LIVRE V
ORDRES DE LA COUR.- CONQUÊTES DES GOUVERNEURS DE QUITO ET DE POPAYAN. — NOUVELLES GUERRES CïVILES.
Vaca de Castro est envoyé au Pérou par la cour d^Espagne. Nouvelles conquêtes et fondations de Belalcazar.
1. Tandis qu'au Pérou chacun cherchait son intérêt particulier, regardant le mal d'autrui comme lui étant entièrement étranger, l'empereur Charles-Quint, au contraire, vou-
lait porter remède au mal commun , et travailler au bien de tous ses sujets. Bien avant que Fernando Pizarro n'arrivât à la cour , il était parfaitement informé de tous les événements du Pérou. Les partisans d'Almagro , réduits àgémir sous un Joug tyrannique^ avaient su faire arriver leurs plaintes jusqu'au pied du trône. Le capitaine Diego de Alvarado , qui était parti secrètement pour l'Espagne , avait pleinement informé l'empereur de tout ce qui s'était passé en Amérique.
2. On avait la plus grande confiance dans les renseignements qu'Alvarado avait donnés^ non-seulement à cause de sa noblesse et des sentiments d'honneur qui l'avaient toujours distingué , mais aussi parce qu'il n'avait pris parti pour personne et avait toujours cherché à concilier les esprits. Il s'était porté accusateur des Pizarro , tant à cause de la mort d'Almagro , que de la manière brutale avec laquelle ils l'avaient traité lui-même quand il avait voulu intercéder pour lui. Il avait l'intention de de-
mander à l'empereur la permission de les défier tous trois; car, à cette époque, malgré l'humeur belliqueuse de la noblesse, les duels étaient déjà défendus, et il fallait obtenir l'autorisation du souverain.
3. Gharles-Quint, qui avait des goûts militaires et aimait ceux qui se distinguaient par leur valeur, lui fit un accueil plein de distinction, et s'informa de tous les événements du Nouveau-Monde. Il pensait qu'en accordant à Alvarado la permission qu'il lui demandait, il pourrait porter un remède efficace aux troubles du Pérou. Les protecteurs de Pizarro , ayant appris cette affaire , craignirent les conséquences d'un combat aussi dangereux, et ils tâchèrent de se débarrasser d' Alvarado. Celui-ci mourut en effet à Valladolid, où était alors la cour, trois jours après l'audience qu'il avait eue de l'empereur, avec toutes les marques d'empoisonnement ( Gomara, Hist. gén., chap. 141 ).