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Rien ne put calmer les mécontents

L'effervescence augmenta , et les menaces ne furent pas épargnées contre La Gasca. Un complot fut tramé en secret d'après lequel on devait emprisonner l'archevêque, l'auditeur Chanca et les capitaines Hinojosa et Alvarado pour obliger le président à refaire le partage ou à donner de nouvelles rentes, avec la menace de porter une accusation contre lui devant

le conseil des Indes s'il ne les satisfaisait pas. Le complot fut découvert à temps, et les chefs en furent sévèrement châtiés; ce qui pacifia la ville de Guzco. Cependant le maréchal Alfonso d'Alvarado et le capitaine Melchior Verdugo « qui attendaient des récompenses plus grandes que celles qu'ils reçurent, envoyèrent de sanglantes plaintes contre La Gasca au fiscal du roi; mais ces accusations furent méprisées.

Autres dispositions du gouvernement.

1 . Après que le président La Gasca eut terminé à Guanuco plusieurs affaires , il alla à Lima où de plus importantes l'appelaient.

Il partit à la fin de la même année 1548. Les quatre points qui attirèrent le plus son attention furent Taudience royale, le gouvernement de Popayan , la situation des Indiens et la division de la juridiction des évêchés. L'audience royale, avec laquelle il avait à traiter et à résoudre plusieurs points, ne se composait plus que de l'auditeur Ândrès de Ghanca , les deux autres étant morts et Gepeda dé-

pouillé de son emploi. En vertu de son pouvoir illimité et de la nécessité de constituer promptement le tribunal suprême et royal du Pérou , il conféra les titres d'auditeurs aux docteurs en droit Pedro Maldonado^ Hernando de Santillan et Melchior Bravo Saravia. Ce docte gentilhomme y aussi savant que juste ^ entreprit avec activité de savantes recherches et écrivit sur les /éntiquités du Pérou.

2. (1549,) Le gouvernement de Popayan avait besoin d'être visité. Des plaintes et des accusations contre son conquérant et gouverneur , Sébastien de Belalcazar , étaient parvenues depuis plusieurs années à la cour, et le président avait été chargé de les examiner.

Belalcazar avait amené à la conquête de Quito et de Popayan quelques officiers d'une conduite inhumaine et exécrable , tels que Juan de Âmpudia, Alonzo Sanchez, Francisco Garcia de Tovar et Roque Martin. Gomme il importait à Belalcazar de demeurer longtemps à Rio-Bamba , pour les motifs que nous avons

rapportés précédemment^ il chargea ces offi*ciers de faire reconstruire Quito et de soumettre les provinces voisines. Dans Tespoir de découvrir les trésors cachés d'Atahualpa, ils commirent des horreurs incroyables , massacrèrent de sang-froid des milliers d'Indien^, mirent le feu aux villages et firent subir» sinon la mort, du moins de cruelles tortures, à presque tous les caciques. Ce furent eux qui imaginèrent de changer les maisons en bûchers et d'y mettre le feu après y avoir enfermé leurs prisonniers; les premiers ilsdon*nèrent l'exemple de boucheries publiques de chair humaine, pour nourrir une grande quantité de chiens dont ils se servaient pour faire la chasse aux Indiens fugitifs.

3. Les excès abominables de ces quatre tyrans furent attribués à Belàlcazar , parce que, en ayant connaissance, il n'y porta pas remède. Ils passèrent en conséquence dans la province de Popayan, où ils commirent les mêmes horreurs , mais où ils trouvèrent une mort

aiEFreuse, puisqu'ils assouvirent la rage des Indiens et furent dévorés par eux. Fray Marcos Niza et le capitaine Alfonso Palomino, témoins oculaires de ces excès , et tous deux irrités contre Belalcazar, informèrent de ces faits non-seulement l'évêque de Mexico, Zumarraga, mais la cour elle-même, et les mirent sur le compte de Belalcazar. Ils l'accusèrent aussi d'avoir ouvert de sa propre autorité les sceaux royaux, et d'avoir fait frapper à Popayan tout l'or qu'il avait pu se procurer, sans en rendre compte à personne. Les partisans du capitaine George Robledo, qui était du coté de la mer du Nord, et qui avait concouru à la fondation de Popayan , se plaignirent de ce que Belalcazar s'était arrogé l'autorité souveraine en faisant décapiter Robledo et deux de ses officiers.

4. Le président La Gasca ne pouvant aller personnellement faire l'enquête, y envoya un magistrat instructeur {pesquisidor)^ afin de prendre d'abord des informations judiciaires

à Quito , et de passer de là à Popayan pour les terminer. Par suite il ôta à Belalcazar son gouvernement, confisca ses biens et l'envoya prisonnier à la cour, accompagné d'un des juges qui avait instruit son procès. Bèlalcazar, dépouillé de ses grandes richesses et privé de tous ses honneurs et de toutes ses charges, mourut de chagrin en arrivant à Garthagéne , à la fin de 1 549. Il fut un des meilleurs officiers qui avaient pris part à la conquête du Pérou, vaillant, prudent, plein de sagacité et bon envers lès Indiens. Il se montra toujours très -fidèle au roi, en exposant sa vie et ses biens pour suivre son parti ; mais il eut le malheur d'être obligé de se servir de Juan de Âmpudia, qiii entacha son honneur et fut cause de sa fin malheureuse. 5. Ce qui occupa le plus La Gasca pendant presque toute l'année 1549, ce fut de régler, de concert avec l'audience royale, les points concernant les Indiens. On n'avait pas pensé jusqu'alors à leur conversion. Le tribut qu'ils

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payaient appartenait aux titulaires des repartimientos , et l'avarice de ceux-ci leur faisait prélever des taxes énormes. Leur conduite inhumaine avait été le sujet d'une foule de plaintes et le scandale du monde entier. Plus de vingt mille Indiens étaient morts en portant les fardeaux des Espagnols pendant leurs guerres civiles^ et un bien plus grand nombre encore avaient succombé dans leurs expéditions et dans leurs conquêtes , soit à cause du climat auquel ils n'étaient pas habitués, soit dans les mines où ils étaient assujettis à un travul continueL

6. La Gasca confia la conversion et l'instruction des Indiens aux évéques, auxprêtreset aux moines y qui li'avaient eu jusqu'alors d'autres occupations que la guerre, et avaient pris part à tous les troubles. Les évêques étaient au nombre de quatre; les prêtres étaient très- nombreux, ainsi que les moines qui avaient déjà fondé un grand nombre de couvents dans presque toutes les villes et tous les

villages du Pérou ; car ils avaient pleine^liberté de venir s'établir en Amérique et de fonder des maisons dans les nouvelles conquéteé, sans avoir besoin de permission particulière, liberté dont ils profitaient largement. Depuis quelques années il y avait déjà , dans la ville de Quito seulement, trois couvents très-grands et très-nombreux : un de Dominicains, fondé par Fr. Alonzo de Monténégro; un autre de Franciscains , fondé par Fr. Luis flamenco; et le troisième de Tordre de la Merci, fondé par Fr. Martin de Victoria. Le dominicain Monténégro avait catéchisé et converti quelques Indiens de Quito. Les autres n'avaient ambitionné jusqu'alors que les emplois militaires. 7. Le vice-roi menaça des peines les plus sévères, et même de la perte de leurs repartimientos , ceux qui réduisaient les Indiens en esclavage ou les forçaient à porter des fardeaux sans les payer. Quant aux tributs, il envoya des délégués dans toutes les provinces interroger les Indiens et leurs commandeurs,

et leur faire déclarer, sous la foi du serment , ce qu'ils avaient payé jusqu'alors. Après s'être fait instruire de tout et s'être consulté avec l'archevêque et d'autres personnes pleines de sagesse et de prudence, il taxa les tributs royaux plus bas qu'on ne l'avait fait Jusqu'à ce moment ; de sorte que les Indiens en furent très-contents. La taxe ne fut pas la même pour toutes les provinces; elle fut un peu plus forte pour celles qui s'étaient montrées plus rebelles, et où il y avait eu des soulèvements , et plus faible , au contraire , pour celles qui s'étaient soumises volontairement et qui avaient rendu des services.

8. Quand il fallut en venir à la désignation des limites de la juridiction des divers évêchés, il s'éleva beaucoup de disputes. Jusqu'en 1549 on avait établi cinq sièges épiscopaux , et aucun ne connaissait encore les limites précises de sa juridiction , parce que la nomination des évêques n'avait eu lieu que quelque temps après

rérection du siège, lorsque le pays était livré aux plus grandes révolutions. La première érection fut celle de Guzco en 1 537 j en 1 539 on érigea celles de Lima et de Truxillo. En 1 543 Don Fray Juan de Solano , de Tordre de saint Dominique , vint prendre possession du siège de Guzco y et Don Fray Greronimo de Loaisa de celui de Lima. Quant à révéchè de Truxillo , il resta longtemps vacant. En 1 544 on érigea celui de Quito en faveur de Don Garcia Dias de Ârias^ prêtre séculier. Quelques-uns mettent cette fondation à Tannée suivante 1545, lorsque Lima devint archevêché ; mais il est certain que ce fut en 1544, et qu'en octobre de cette même année , Arias était déjà sacré ; il fut un de ceux que Taudience royale consulta pour savoir si Ton donnerait le titre de gouverneur à Gonzalo Pizarro ( Gomara , Hist. gen.yC. 1 64 ). En 1 547 on fonda Tévêché de Popayan, et Don Juan del Valle vint aussitôt l'occuper avec le titre d'évêque, non de Popayan , mais d'Antioquia , comme en font

foi les bulles des papes ^ même celles qui sont bien postérieures à cette époque.

9. Comme on ne savait quel territoire donner à révêque de Truxillo, on fit le partage du Nord au Sud entre les quatre évêchés de Popayan, Quito, Lima et Cuzco. Celui de Popayan partait du 7** 30' de lat. nord dans la province d'Antioquia , dont la capitale reçut son écusson royal la même année de la fondation de l'évêché , c'est - à - dire en 1 547 , el se terminait à la rivière de May o, à près de 2"^ de lat. nord , comprenant ainsi , dans ces limites , presque toutes les provinces et tous les établissements dépendants du gouvernement de Popayan.

10. Celui de Quito, qui s'étendait depuis la rivière de Mayo, à 2** de lat. nord jusqu'à 6** de lat, sud , comprenait les provinces dePasto et Pastos, appartenant au gouvernement de Popayan , toutes celles du royaume de Quito et la province deSan-M iguel de Piura, dépendant du gouvernement de Lima. L'archevêché de Lima

prenait depuis le Q"" de lat. sud jusqu'au 12* ; de la même latitude, et comprenait les provinces de Chachapoyas, Caxaraarca, Truxillo, Lima, Xauxa et les provinces adjacentes. L'évêché de Guzco partait des limites de Tarchevêché de Lima et s'étendait , non au sud , mais à l'est, sur les provinces où l'on avait fondé Guamanga, Arequipa , La Paz , Ghuquisaca et leurs dépendances. Plus tard, lorsqu'on établit de nouveaux évêchés , on fit les divisions pour chaque juridiction particulière. Lorsqu'on nomma un évêque àTruxillo, en 1612, les deux évêchés de Quito et de Lima durent lui céder chacun une partie de son territoire. Il y eut alors mille difficultés à vaincre, et c'est pour cette raison qu'on n'y nomma pas d'évèque en 1577, lorsqu'on en fit une seconde fois un évêché , et ce siège resta prés d'un siècle sans être occupé.

Nouvelles eonc[uêtes et nouvelles fondations dans le royaume

de Quito.

1 . Tandis que le président La Gasca s'occupait ^ pendant le cours de l'année 4549 et au commencement de la suivante ^ à mettre de Tordre dans toutes les parties de. son gouvernement , ceux qui avaient été envoyés à de nouvelles conquêtes accomplissaient aussi leur mission. Je passerai sous silence ce qui n'entre pas dans mon sujet ; et je parlerai seulement de ce qui a rapport au royaume de Quito.

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