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battent à la fois sur divers points ^ et traiter de tant de sujets à la fois, que personne jusqu'à présent n'a pu le faire d^une manière claire et complète. Ce n'est que dans les histoires générales du Pérou que Ton trouve, épars ça et là et sans aucune liaison, les faits qui se rattachent à notre sujet ; je ne me flatte pas d'avoir complètement réussi à en éclaircir la marche, mais j'ai du moins mis quelque ordre dans la chronologie de faits jusqu'à présent très confus.
Pour bien comprendre cette conquête , il faut la considérer comme une tragi-comédie composée d'événements sérieux et ridicules, et représentée sur le théâtre de Quito à la fois par une foule de personnages. Les principaux acteurs sont au nombre de six : le premier est Ruminahui qui , après avoir usurpé tyranniquement le royaume, s'obstine à le défendre contre les Espagnols; le second est le capitaine Sébastien de Belalcazar, qui en entreprend la conquête avec les soldats et au
nom du capitaine-général Francisco Pizarro; le troisième est le capitaine Pedro de Al varado, qui, avec la permission de l'empereur Charles- Quint, part , dans le même but, de la Nouvelle- Espagne; le quatrième est le capitaine Diego de Almagro, que Pizarro envoie contre Al varado ; le cinquième est le général Quizquiz , qui, abandonnant le royaume de Cuzco, va défendre celui de Quito et les droits de la maison royale d'Atahualpa; le sixième, enfin, est le capitaine Hernando de Soto, envoyé par Pizarro contre Quizquiz. Le rôle de bouffon est joué par le cacique Otavalo, et celui du démon de la discorde par l'interprète Filipillo, qui reçoit enfin le prix de ses perfidies.
État pitoyable du royaume sous la tyrannie de Ruminahui.
1 . Rumifiahui, dont le nom veut dire figure de pierre y était natif de Quito. Son intrépidité, sa valeur et ses talents militaires en firent, dès le règne de Huayna-Capac, un des plus célèbres capitaines du royaume. Pendant la guerre civile il commanda glorieusement l'armée d'Âtahualpa ; celui-ci l'avait rappelé de Cuzco pour i^rendre, à Caxamarca, le com-
mandement de 5,000 hommes qu'il avait fait venir de Quito. Il venait d'arriver dans cette ville, quand il assista à l'entrevue qui eut lieu, au palais des Bains, entre l'Inca et les envoyés de Pizarro. Il prévit, avec beaucoup de sagacité, les malheurs qui menaçaient son souvei^in, et versa des larmes en se séparant de lui pour aller prendre le commandement de son corps de troupes, la veille de la conférence qui devait avoir lieu à Caxamarca , entre ce prince et Pizarro.
2. Le jour suivant, lors du massacre des Indiens, il entendit bien le bruit de Tartillerie au moment même où il réunissait ses troupes campées aux environs de la ville; dès qu'il apprit que l'Inca était prisonnier, il se dirigea vers Quito. Prévoyant la mort de son souverain, loin de chercher à lui porter secours , il travailla à lui succéder; dès qu'il fut sur les limites de Quito, il annonça hautement qu'il était chargé par l'Inca de gouverner pendant sa prison et après sa mort, jusqu'à
ce qu'un de ses fils fût placé sur le trône.
3. Aussitôt qu'il fut arrivé à Quito, au commencement de 1 533, il dépouilla Cozo-Panga du gouvernement du royaume, et se fit remettre tous les trésors de son souverain , dont celuici l'avaijt fait dépositaire en partant pour la guerre civile. Cozo-Panga obéit, croyant qu'il disait vrai: l'Inca Illescas, frère cadet d'Atahualpa, se soumit à son autorité, moins par confiance en ses paroles que parce qu'il était un homme de peu de courage, sans force pour s'opposer à Rumiiiahui. A dater de ce moment, Illescas ne fut plus que tuteur du jeu ne prince, fils de son frère; et, peu de temps après , il fut obligé de partir pour Caxamarca.
4. Bientôt après on reçut l'ordre de l'Inca, qui demandait une grande partie de ses trésors pour servir au payement de sa rançon ; mais , comme cet ordre était adressé à Cozo- Panga et non à Ruminahui, celui-ci expliqua ce fait en disant que l'Inca supposait qu'il n'était pas encore arrivé à Quito. Cependant
il ne voulut rien livrer des immenses trésors du roi , qui étaient déjà tous en son pouvoir, en déclarant que^ malgré tout de qu'on don-^ nerait, jamais son souvéraîn ne rachèterait sa vie, et qu'il valait mieux Tes exmsérytr pour ses flls , ses héritiers légitilnes. L'Inca Ulescas voyant cela , et désif ant avec àrdeUf la liberté de son frère ^ réunît le peu d'or qftii • lui appartenait et se rendit dans Id pî^ovince de Puruha^ dont il dépouilla le temple et te palais ; il alla livrear tousi ces trésors à Fit&tto; mais il n'eut pas assez de force et de courage pour voir son frère dans sa prison, et, prétextant Ja nécessité d'aller prehdre soin de ses enfants, il se hâta de retourner à Quito. 5. Peu de temps après son arrivée, on reçut la nouvelle de la mort d'Âtahualpa. Ruminahui en fut ravi et crut que le moment ou ses espérances devaient s'accomplir était arrivé. Ayant appris qu'avant sa mort l'Inca avait ordonné qu'on plaçât son corps dans le sépulcre de ses ancêtres , pi'ès de Liribamba ,
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dans la province de Puruha, il parj;it à la tête de ses troupes pour aller au-devant du cortège, et célébra les obsèques de Tlnca avec tant de splendeur et tant de démonstrations de douleur, qu'il s'attira par là l'afiFection des Indiens et même des personnes de la famille royale, qui croyaient trouver en lui leur plus ferme appui. L'Inca Illescas lui recommanda d'avoir soin des jeunes enfants du feu roi ^ dont il s'était chargé pendant son absence.
Rumiûahui lui répondit que son seul désir et le seul but de ses efforts était de placer l'un d'eux sur le trône; car il prévoyait bien que Hualpa-Capac l'ainé serait aussi sacrifié par les barbares chrétiens,
6. Il avait aveuglé tout le monde par son hypocrisie; on ignore si Mama-Oclo-Cori- Duchicela , première épouse et sœur d'Atahualpa, femme de beaucoup de prudence et d'esprit, fut trompée aussi par lui, ou si elle le trompa elle-même. Soit qu'elle pénétrât les desseins du tyran et ne voulut pas rester ex-
posée à ses insultes, soit qu'elle crut à sesprotestationSy elle lui fit promettre de l'enterrer dans le même tombeau qu'Atahualpa et se retira ensuite dans l'intérieur de son palais où elle se donna la mort pour aller rejoindre son époux. Peu de jours après, on ensevelit aussi son fils aine Hualpa-Capac. Ruminahui accomplit la promesse qu'il lui avait faite, et, sous prétexte de consoler le reste de la famille royale , qui était plongée dans la douleur, il fit préparer un banquet splendide pour tous les grands et les seigneurs de la cour.
7. Quand il les eut tous plongés dans l'ivresse, il les égorgea jusqu'au dernier, aidé seulement de deux de ses confidents. Puis, ayant lié l'Inca Illescas, le seul qui ne se fût point enivré , il massacra sous ses yeux tous les fils d'Âtahualpa, sans en excepter un seul, ainsi que toutes les épouses et toutes les concubines du roi défunt, qui étaient ou qui pouvaient être enceintes; après avoir rendu
Illescas témoin de co triste spectacle, il l'écorcba tout vivant et fit faire de sa peau un tambour^ auquel son crâne servait de fond (Niza, Conquista de Quito. Goraara, Hist.
gen.f c. 125.)
8. S'étant ainsi débarrassé de tous les obstacles , il se fit prêter serment et reconnaître comme souverain , sans que personne pût s'y opposer. Il convertit le monastère des Vierges du Soleil en un harem de concubines^ réforma les troupes, nomma de nouveaux officiers, et se mit à faire de nouvelles levées pour s'opposer aux Espagnols; car il sentait bien que l'appât de ses richesses , qui en réalité étaient très - grandes , ne tarderait pas à les attirer. Comme Huayna-Capac avait tenu sa cour à Quito pendant près de quarante ans , il y avait accumulé d'immenses trésorç pour le service de son palais et l'ornement des temples.
9. Ruminahui envoya ensuite des messagers dans toutes les provinces pour ordonner aux gouverneurs de réunir le plus de troupes
qu'il leur serait possible ^ afin de résister à l'ennemi commun^ qui, déjà maître de la plus grande partie de l'empire, se dirigeait sur Quito. Ne doutant pas que ses ordres ne fussent exécutés, il se hâta de se mettre en campagne avec 8,000 hommes seulement, car, à cette époque, le royaume était dépourvu de soldats, à cause des levées continuelles qu'avaient nécessitées les guerres civiles.
10. Les gouverneurs, principalement ceux du nord, méprisèrent ses ordres et refusèrent de le reconnaître pour leur souverain ; ils se réjouissaient au contraire de ce que ses forfaits allaient recevoir leur juste châtiment des mains mêmes de l'ennemi. Tous se considéraient déjà comme indépendants en voyant que l'ordre harmonieux par lequel ils avaient été unis en un seul corps de monarchie et avaient vécu soumis au joug de tant de souverains, était complètement dissous; ils ne pensèrent donc plus dès lors qu'à leurs intérêts particuliers. Ils préféraient même se sou-
mettre aux chrétiens plutôt qu'au tyran, usurpateur d'une dignité qu'il était incapable de soutenir.
Le premier qui se révolta fut le cacique de Ganar, qui envoya un courrier à la colonie de San Miguel, pour demander au gouverneur Sébastien de Belalcazar aide et secours contre les violences de Ruminahui. Quelques autres résolurent de se retirer dans les montagnes ; d'autres pensèrent follement qu'ils pourraient maintenir leur indépendance.
1 1 . Parmi ces derniers se trouvait le cacique d'Otavalo, qui se fiait au dévouement de ses sujets et au prompt refuge qu'il pourrait trouver dans Jes montagnes impénétrables des environs. Il espérait pouvoir vivre libre du joug de l'ennemi et ne pensa dès lors qu'à chercher l'occasion de s'enrichir en accumulant des trésors. Il s'était informé minutieusement du costume, des armes et de la manière dont les chrétiens montaient à cheval. Ces renseignements devaient lui servir à se faire une armée
qui ressemblât à la leur; il organisa donc une nombreuse cavalerie, composée d'Indiens montés sur des lamas et des pacos domestiques, imitant, autant que possible, les habits et les armes des étrangers.
12. Il réunit aussi plusieurs milliers de fantassins et marcha, avec cette armée ridicule, vers la province voisine de Carangui, afin de jouer aux habitants le tour grossier qu'il avait médité. Cette province était une des plus riches du royaume; le palais du roi et le temple du Soleil, qui étaient les premiers édifices que Huayna-Capac avait fait construire dans sa populeuse capitale, renfermaient des trésors immenses y sans compter les ustensiles d'or et d'argent appartenait aux particuliers, qui enlevaient ces métaux des montagnes voisines aussi facilement que de la terre. Cieça de Léon assure que ce temple était plein de trèsgrands vases en or et en argent, et de tant de joyaux et de richesses, qu'il est impossible d'en faire la description , car le mur même
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était couvert d'or et d'argent {Chrôn. del Perùj c. 37).
13. En arrivant à la petite Cordilliére, que traverse la route royale, le cacique se fit précéder par plusieurs familles, composées d'hommes, de femmes, d'enfants, qui faisaient semblant de courir en pleurant, et en fuyant devant les chrétiens qui les suivaient de près. Les habitants de Carangui , surpris par cette nouvelle, dirigèrent leurs regards vers le chemin, et voyant défiler le long des montagnes la nombreuse cavalerie de Pacos et de Lamas, ils furent saisis de crainte et, abandonnant leurs maisons, ils s'enfuirent précipitamment dans les montagnes. L'infan^^ terie , en arrivant dans la ville , saccagea à son aise les maisons, le temple et le palais, et porta à Otavalo tous les trésors qu'il contenait. Les fugitifs, revenus de leur surprise, apprirent par leurs espions que tout n'avait été qu'une fiction, à l'exception du pillage qui était bien réel. Leur désespoir fut si
grand qu'ils déclarèrent aux Otavalos une guerre qui dura plusieurs années, et que la haine qu'ils leur vouèrent h cette époque s'est perpétuée jusqu'à nos jours ( Idem , chap. 39).
14. Tandis que cette comédie avait lieu entre ces deux provinces, Ruininahui était arrivé, avec ses troupes , dans celle de Puruha; celle-ci était, à cette époque, entièrement dépourvue de gens capables de porter les armes, car elle avait été la plus intéressée dans les guerres civiles d'Atahualpa, et avait fourni pour cette raison beaucoup de soldats. Son principal gouverneur était le célèbre général Galicuchima, oncle maternel de l'Inca, qui avait été brûlé à Caxamarca. Son jeune frère Gachulima, seigneur de Cacha, s'était retiré et restait étranger à tous ces troubles. Le lieutenant gouverneur de Puruha se soumil à Rumiiiahui, craignant ses violences, et fit tous ses efforts pour lui fournir des troupes.
15. Malgré tout cela, l'année de l'usurpateur ne comptait pas douze raille hommes, quand il apprit que les habitants de Canar avaient demandé des secours contre lui aux Espagnols de San Miguel de Fiura. Il divisa alors sa petite armée , se fiant plus à ses ruses qu'au nombre de ses gens. Il laissa huit mille hommes dans le Tambo royal, et dans la forteresse de Tiocaxas, sous le commandement du vice-gouverneur de Puruha , et s'avança avec le reste sur les frontières de la même province , dans l'espérance de recevoir des renforts considérables; il s'établit dans une petite forteresse voisine de Tiquizambi, qui dominait un défilé formé par deux Cordillières peu élevées, et qui servait de passage à la route royale; il ordonna à ses espions d'observer les mouvements de l'ennemi, qui était déjà très-près. C'était le capitaine Sébastien de Belalcazar, qui, par une marche forcée, et à laide de ses nouveaux alliés de Canar , avait campé à quelques lieues de distance. Puisqu'il
s'est arrêté ici , il est bon de dire avant tout de quelle manière et avec quelles forces il allait à la conquête de Quito.
Le capitaine Sébastien de Belalcazar est envoyé à la conquête
du royaume de Quito.
1 . Sébastien de Belalcazar était le plus fameux capitaine de Tarmée de Francisco Pizarro; il s'était déjà distingué dans la conquête de la Nouvelle-Espagne, par sa valeur et ses talents. Avant que Pizarro eût quitté Caxamarca pour se rendre à Cuzco au commencement d'octobre 1533, il lui avait conféré tous les pouvoirs nécessaires pour entreprendre la conquête du royaume de Quito, en lui accordant le titre de capitaine général et gouverneur de tout le pays dont il ferait la con-
quête, avec tous les privilèges attachés à ce titre, ainsi que le droit de nommer ses officiers et de créer des emplois. Mais comme il avait besoin, pour le moment, de tous ses gens pour l'expédition de Cuzco, il l'envoya en attendant en qualité de gouverneur de la colonie de San Miguel, lui ordonnant de se mettre en campagne aussitôt qu'il aurait reçu les secours que l'on attendait de Nicaragua et de Panama.