‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 10 sur 33 · KONG-WANG · texte numérisé non relu

KONG-WANG

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Le nouveau roi, fils du précédent, n'a que dix ans quand il monte sur le trône. Son nom de prince était Chen ^. On pouvait s'attendre à quelque révolution dans le royaume ; car en telles circonstances, il y a ordinairement jalousie, scission, parmi les régents ; on pouvait craindre quelques défections parmi les vassaux ; c'était une bonne occasion pour eux de reprendre leur liberté. Heureusement, à la tête du gouvernement, il se trouva des hommes de ipérite ; grâce à eux, le pays de Tch'ou échappa au danger, pendant la minorité de son roi.

Le duché de Lou *^, au contraire, était dans un grand embarras, comme nous venons de le voir; trois grandes familles, à savoir Ki ^, Mong îfc et Chou ^, s'y disputaient le pouvoir et rendaient bien pénible la position de leurs ducs. Ceux-ci, voisins du royaume de Ts'i ^, avaient toujours cultivé l'amitié de ce puissant état; par le fait même, ils en étaient devenus les vassaux. Fatigué de cette sujétion, Siuen-kong J^ ^, le dernier duc (608-591), avait essayé de s'en délivrer; il s'était pour cela adressé à Tchoang-wang ; la mort de celui-ci avait trompé ses espérances; il s'était alors tourné vers le pays de Tsin §, rival de Tch'ou ; il avait même envoyé le grand officier Kong-suenkoei-fou S ^ Êf "^ déclarer qu'il rompait avec le royaume de Ts'i, et se faisait l'humble serviteur de Tsin. Mais avant le retour de l'ambassade, Siuen-kong était mort. Dans la crainte d'être désavoué par le nouveau duc, l'ambassadeur s'était réfugié auprès du roi de Ts'i; de là, complications sur complications: d'une part, la cour de Tsin soupçonna une supercherie ; d'autre part, le nouveau duc se défiait de cette alliance avec Tsin ; il y voyait autant de dangers pour lui que dans celle de Ts4 ; bien plus, ce dernier voulant se venger de deux alliés à la fois, venait de faire un traité de paix et d'amitié avec le royaume de Tch'ou. Que faire? avancer, reculer, tout était périlleux! Le nouveau duc préféra suivre la ligne de conduite tracée par son père : il sollicita du roi de Tsin une entrevuje à Tch'e-ki ^ ^ (1), en 590, pour s'expliquer clairement, et parer aux événements ultérieurs ; on y fit un traité d'alliance offensive et défensive ; au fond, le duc de Lou avait seulement changé de maître.

En 589, fuite honteuse du grand officier Ou-tch'en ^ g. Pour la comprendre, il faut reprendre l'histoire d'un peu plus haut:

(1) Tch^e-ki= était uue ville de Tsin; on ne sait à quel endroit exact.

En 598, nous avons raconté une expédition de Tchoang-wang contre le pays de Tcheng §[5 ; il s'agissait de punir Hia-tchengchou 5^SF coupable de s'être révolté et d'avoir tué son prince; le meurtrier fut mis à mort. Sa mère, Hia-ki J Jg, était d'une grande biauté ; Tchoang-wang pensait la prendre pour concubine; Ou-tch'en, alors gouverneur de Chen ^, s'y opposa vivement: Votre Majesté, lui dit-il, a réuni les divers princes pour punir le parricide ; si vous prenez sa mère, vous commettrez un crime de luxure ; votre honneur en sera grandement terni ; le Ghou*king ijfig [livre des Annales] nous donne cet avis: «l'illustre Wen-wang 3J[ J sut faire briller sa vertu, et employer les châtiments avec prudence (1) ; c'est pourquoi il a pu établir la dynastie Tcheou ^.)) Faire briller sa vertu, c'est s'y appliquer tout entier; employer les châtiments avec prudence, c'est ne s'en servir qu'avec répugnance ; or, si après avoir convoqué les princes pour ohâtier un mauvais homme, vous commettiez une action indigne, ce serait attirer les malheurs sur votre tète ; augmenter les calamités, au lieu de les diminuer; que votre Majesté veuille bien y réfléchir! Persuadé par cette sage remontrance, Tchoang-wang abandonna son projet.

Là-dessus, le grand officier Tse-fan ^ g^ voulut avoir cette princesse pour femme. Ou-toh*en l'en dissuada encore: c'est une personne qui porte malheur ! lui dit-il ; elle a causé la mort de son mari Hia-yu-chou JJ^;iK; celle de Ling-kong ft^ prince deTch'en^; celle de son propre fils Tcheng-chou ^ ^ : l'exil de K'ong-ning ^ 1^ et de Y-hing-fou f| f} ^ ; la ruine de la principauté de Toh^en ^. Il y a déjà tant de périls dans la vie de l'homme ; pourquoi en rechercher soi-même ? Il y a tant de beautés célèbres! pourquoi s'opiniâtrer à vouloir celle-ci. qui est si dangereuse (2)? Cédant à ce bon conseil, Tse-fan renonça aussi à son projet.

Finalement, Tchoang-wang donna cette princess à Lien-yngsiang-lao ^ ^ S ^ ; celui-ci fut tué à la bataille de Pi ^^ sans qu'on eût pu recouvrer son cadavre, comme nous l'avons raconté plus haut; alors elle se mit à vivre incestueusement avec Hé-yao M If î le fils de ce dernier mari.

Ou-toh*en, avait des vues sur elle ; il chercha le moyen de l'obtenir; il lui fît dire: rentrez dans votre pays; j'y viendrai moi-même, apportant des cadeaux, pour vous demander en mari-

(1) Zottoli, III, p. 437.— Couvreur, p. 232.

(2) Cette prin(;esse, aux mœurs dissolues, avait aussi causé la mort de son frère Tse-man ^r S;? lequel n'avait même pas laissé de postérité; elle était fille de Moukong § ^t prince de Tcheng ||p« — Son histoire est racontée dans T'ou-ling >pt JpfCî vol. 19, pp. 2 et suiv.. — (Voir aussi notre Histoire du royaume du Ou :^i pp. 19 et suiv.).

âge. De plus, il suborna un faux messager, prétendant venir de ce même pays de Tcheng g^. Maintenant, disait celui-ci, il est possible de recouvrer le corps de 8iang-lao '^ ^ ; mais il faut que la princesse aille en personne le recevoir. La rusëe fit avertir le roi ; Tchoang-wang était indécis ; il demanda conseil, précisément à Ou-tch*en; le traître joua parfaitement son rôle : Oe message n'a rien d'étonnant, dit-il ; nous avons un prisonnier, Tche-yong ^ ^; son père, Siun-cheou ^ •^, était en grande faveur auprès du précédent roi de Tsin ; maintenant, il est aide de camp du généralissime Siun-ling-fou ^ ^ ^, son propre frère; il est l'ami intime du prince de Tcheng ^; certainement, par l'intermédiaire de celui-ci, il va redemander notre prisonnier; en échange, il rendra le fils de votre Majesté ; et de plus le corps de Siang-lao ; depuis la victoire de Pi ^j)s|5, les gens de Tchçng §|5 ont peur des représailles de Tsin: ils feront l'impossible pour contenter Siun-cheou.

Ayant entendu ces paroles, Tchoang-wang permit à la princesse Hia-ki de retourner dans son pays; en partant, la rusée disait: si je ne puis obtenir le corps de mon mari, je ne pourrai revenir ici ! De son côté, Ou-tch'en ne pouvant pas encore l'accompagner, se contenta d'envoyer des cadeaux au prince de Tcheng 155, pour la demander en mariage; celui-ci la lui promit.

Les choses en étaient là, quand survint la mort de Tchoangwang. Le nouveau roi ayant fait un traité d'alliance avec le pays de Ts*i ^, contre le duché de Lou ; on prépara une ambassade, pour régler l'époque de l'entrée en campagne. Ou-tch'en vit l'occasion favorable pour accomplir ses projets; il demanda à être chargé de cette ambassade, et partit avec toute sa famille. En chemin, il fut rencontré par le grand-ofïicier Chen-chou-koei ^ Mi 16» ^^i avec son frère se rendait à Yng ^. C'est singulier! s'écria l'officier, vous n'avez pas l'air d'un délégué porteur d'un ■i grave message ! on dirait un jeune homme partant pour la noce ! auriez- vous donc le dessein de vous enfuir avec quelque jeune beauté ? Fâché de se voir ainsi percé à jour, Ou-tch'en répondit par une chinoiserie, et s'empressa de continuer sa rout3. Arrivé au pays de Tcheng, il confia à son compagnon les cadeaux destinés au roi de Ts4, et lui ordonna de les reporter à la cour de Tch'ou ; quant à lui, il s'enfuit avec la princesse Hia-ki.

Mais où aller? il songea d'abord au royaume de Ts'i ; puis, réfléchissant que ce pays venait d'être battu par celui de Tsin Ç, il dit : Je ne veux pas aller chez un prince qui s'est montré si peu capable! Au fond, il redoutait de s'y trouver forcément en relation avec les gens de Tch*ou; il se rendit donc à la cour de Tsin; là, par l'entremise de K'io-tche ;g|5 5, son ami, il obtint une grande dignité ; il fut nommé gouverneur de Hing ^.

A cette nouvelle, Tse-fan ^ ^, ministre de la guerre, reconnaissant qu'il avait été joué par ce fourbe, entra dans une grande

colère ; il proposa au jeune roi d'envoyer des cadeaux à la cour de Tsin, afin de faire dégrader le traitre, et de lui fermer l'accès à de nouvelles charges. Kong-wang s'y refusa. Ce qu'il a fait, dit-il, est indigne ! mais les conseils qu'il donna autrefois à mon illustre père étaient ceux d'un fidèle sujet ; la fidélité est la base d'un Etat; un tel service couvre bien des méfaits! De plus, si c'est un homme éminent, le roi de Tsin ne voudra pas le chasser, nos cadeaux seraient perdus ! s'il est incapable, on l'aura bientôt éloigné. Pourquoi prendre tant de peine à le contrecarrer?

Quelques années plus tard, Kong-wang changera d'idée, et laissera massacrer toute la parenté de Ou-tch'en; cette fameuse Hia-ki aura donc une fois encore porté malheur !

A l'avènement de Kong-wang au trône, la principauté de Wei ^ n'avait pas envoyé d'ambassade le complimenter, et renouveler l'amitié qui existait jusqu'alors entre les deux pays ; c'était déjà un mauvais signe ! Bien plus, elle avait fait un pacte d'alliance avec le roi de Tsin, contre celui de Ts'i ; c'était donc une défection complète ; elle méritait un châtiment exemplaire ; on décréta de régler d'abord cette affaire, avant de passer au duché de Lou.

Tse-tchong ^ ;g, premier-ministre, s'adressant aux grands dignitaires, les exhorta comme il suit : Notre roi est bien jeune et bien faible ; nous tous, tant que nous sommes, nous ne valons pas les générations précédentes ; aussi faut-il lever une armée plus nombreuse pour assurer le succès de cette expédition ; le livre des Vers [Che-king ^ ^|g] renferme cet avis : «Les officiers sont très-nombreux, Wen-wang 35j J e^t assuré qu'ils soutiendront la dynastie» (1) ; si ce fameux empereur s'appuyait sur le nombre, combien plus nous autres devons-nous faire de même ! Notre dernier roi, Tchoang-wang, nous a fait une suprême recommandation : si vous n'êtes pas capables, disait-il, d'étendre la vertu jusqu'aux pays lointains et de subjuguer les autres Etats par votre ascendant, il vaut mieux vous contenir dans votre royaume, faire du bien au peuple, le traiter avec égards, ne vous en servir qu'avec prudence ! En exécution de cet avis, on a fait le dénombrement exact de la population ; de grandes remises d'impôt ont été accordées ; d'abondants secours ont été distribués aux vieillards sans appui et aux autres indigents ; beaucoup de peines ont été remises aux condamnés. C'est maintenant le moment de lever l'armée !

La garde royale tout entière eut l'ordre de se mettre ellemême en campagne, avec les autres troupes; Kong-wang, malgré sa jeunesse, voulut prendre part à cette expédition ; deux princes lui servaient d'assesseurs sur le char royal ; ils n'avaient pas

(1) Zottoli, III. p. 227.— Couvreur, p. 321.

encore reçu le bonnet «viril» ; on devança l'âge légal (1), et on le leur donna pour cette occasion ; c'étaient King-kong ^ ^, prince de Ts'ai ^ (591-543), placé à la gauche du jeune roi, et Ling-kong H ^, prince de Hiu |^ (591-547), placé à droite ; P'ong-ming ^ ^ était le conducteur.

En l'hiver de cette année 589, l'armée de Tch'ou envahit le territoire de Wei ^ ; il n'en fallut pas davantage ; le pays fît aussitôt sa soumission. De là, on se rendit à Tchou ^ (2), sur le territoire de Lou ; le duc voulut envoyer Ts'ang-suen i^ ^, son grand officier, offrir bien vite sa soumission ; mais celui-ci refusa: L'armée, disait-il, est venue de si loin! elle est depuis si longtemps en marche ! elle est épuisée ; elle s'en retournera d'elle-même ; je n'aurais aucun mérite à son départ ; permettezmoi donc de décliner un honneur si inutile !

Cependant, l'armée de Tch'ou avançait toujours ; elle était déjà parvenue à Yang-kiao j^ ^ (3) ; alors le grand officier Mong-hien-tse 3§; )p ^ s'offrit au duc pour aller, avec de riches présents, adoucir le généralissime, et l'engager à se retirer du territoire de Lou. Il prit cent habiles charpentiers, autant de brodeuses et de tisserands, les offrit en cadeau au jeune roi, puis, comme garantie de fidélité, promit d'envoyeî* en otage à la cour Kong-heng ^ f^, fils du duc de Lou, si l'on voulait faire un traité de paix et d'amitié.

Le généralissime accorda tout ce qu'il demandait. En conséquence, il y eut une réunion solennelle à Tchou ; là furent présents : Yng-ts'i || ^ prince royal de Tch'ou, le duc de Lou en personne, le marquis de Ts'ai ^, le baron de Hiu f^, Yué ^, grand dignitaire de Ts'in ^, Hoa-yuen ^ 7^ ministre de Song 7(5, Suen-leang-fou ^ H :^ ministre de Wei ^, Kong-tse-k'iuts'i ^ -^ i ^ ministre de Tcheng ^, et un grand officier de Ts'i ^. C'était le jour appelé ping-chen p5 ^ (^)-

Confucius ne mentionne pas les noms de tous ces représentants ; la raison est que ce traité avait été extorqué par la force brutale ; selon lui, il n'obligeait personne. Il ne nomme pas non plus les deux princes de Ts'ai et de Hiu ; parce que ceux-cî, se

(1) Le livre des Rites (Li-ki ^ ptj dit que 20 ans était l'âge légal, pour ôtre déclaré majeur et recevoir le bonnet viril. Pour des raisons suffisantes, telle que la mort du chef de famille, on pouvait devancer le terme légal, à partir de 12 ans. (Edition impér., vol. 74, pp. 1 et suiv.). — (Couvreur, Li-ki, vol. 1, p. 602. — vol. 2, p. Qè^^^ et ailleurs).

i2) Tchou = était à l'ouest de T'ai-ngan fou ^ ^ /fj [Chan-tong]; ily a encore un kiosque de ce nom à l'endroit précis, (p. Fa., vol. 10, p. 11)— (g. Fa., vol. 31, p. 25).

(3) Yang-kiao = était au nord-ouest de cette m^me préfecture T'ai-ngan fou. (p. g. Fa., ibid).

(4) A cette réunion se trouvait encore Kong-suen-ning ^ lifî ^^î ministre de Tch'en Eft-

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trouvant sur le char de guerre du roi de Tch'ou, étaient censés avoir abdiqué leur dignité.

Le commentaire approuve son «saint», comme de juste : un homme sage, dit-il, observera qu'il faut tenir à son rang avec un soin scrupuleux ; dès que les princes de Ts'ai et de Hiu eurent perdu leur dignité, ils ne furent plus nommés parmi les vassaux. Les ministres et autres grands dignitaires doivent encore plus veiller à ne pas compromettre l'honneur de leur maître. Le livre des Vers [Che-king f$ jjig] donne le conseil suivant : Si le prince ne demeure pas oisif sur le trône, tout le peuple jouira de la paix ; c'est bien le même enseignement ; voilà pourquoi ces deux princes ont perdu leur trône, et leur peuple leur tranquillité.

Quand l'armée de Tch'ou, à son retour, fut parvenue au royaume de Song 5|5, le prince Kong-heng ^^ i^e voulut pas se rendre à la cour de Kong-wang, pour y servir d'otage; il s'enfuit dans sa patrie. Alors Ts'ang-suen ^ J^, l'ambassadeur si peu dévoué dont nous avons parlé plus haut, osa faire la critique suivante : Kong-heng n'a pas su se sacrifier pour son pays ; il a eu peur de quelques années d'exil; c'est faire bon marché du bien public ! que deviendra notre duché ! qui supportera les conséquences de cette déloyauté ! Car il faudra bien que tôt ou tard quelqu'un en subisse la peine !

Pendant cette expédition, l'armée de Tsin Ç se tint à une distance respectueuse, sachant combien les troupes de Tch'ou étaient imposantes. Sur ce, le commentaire dit: Un homme sage remarquera qu'il faut toujours être nombreux, si l'on veut s'assurer du succès; dans ce cas, quand même les ministres seuls tiendraient les rênes du gouvernement, ils pourraient remporter la victoire; à plus forte raison, si c'est un prince sage qui est à la tête de son armée ! Le livre des Annales [Chou-king § j^] a les paroles suivantes : «L'empereur de la dynastie Chang "^ a des myriades et des millions d'hommes ordinaires, tous divisés de sentiment et de volonté ; moi, je n'ai que dix ministres ; mais en parfaite concorde.» C'est-à-dire que l'union fait la force, et supplée au nombre (1).

En 588, la cour de Tsin ^ renvoyait les prisonniers de Tch'ou, c'est-à-dire le prince Kou-tch'en ^ ^ Qt le cadavre du grand officier Siang-lao ^ ^, pour délivrer Tche-yong ^ ^, fils de Siun-cheou ^ "§*. Celui-ci étant l'aide du généralissime, il était prudent de gagner ses bonnes grâces ; la cour de Tch'ou accorda donc volontiers cet échange de prisonniers de guerre. A l'audience d'adieu, Kong-wang demanda à Tche-yong : Est-ce que vous me garderez rancune? — Pourquoi donc aurais-je de la rancune? répondit celui-ci; nos deux pays se sont mesurés sur le champ de bataille ; incapable que je suis, je n'ai pas su remplir

(1) Zottoli, III, p. 409.— CouvreuJ, p. 179, n» 6.

mon office: j'ai été fait prisonnier; j'ai eu l'oreille gauche coupée ; vos ministres ont eu l'humanité de m'épargner ; ils auraient pu oindre de mon sang leurs tambours de guerre ; ils m'ont laissé la vie; on me renvoie dans mon pays, pour y recevoir la mort que j'ai bien méritée ; c'est un bienfait de votre Majesté ; c'est grâce à mon incapacité que j'ai été fait captif; comment oserais-je vous porter rancune !— Ainsi donc, reprit Kong-wang, vous m'aurez de la reconnaissance?— Nos deux royaumes, répondit Tche-yong, ont cherché chacun son avantage ; ils ont voulu procurer le bien de leur peuple; actuellement, les colères sont passées; on se pardonne mutuellement; comme gage de paix, on se rend les prisonniers ; c'est le bien du j ays que l'on a en vue, non pas le mien propre ; comment oserais-je vous porter reconnaissance, comme si l'on s'était occupé de ma petite personnalité ! — Quand vous serez rentré chez vous, comment en userez-vous envers moi? — Je n'ai pas de raison pour vous porter rancune ; vous n'en avez point pour exiger de la reconnaissance ; je ne vois pas en quoi je pourrais vous payer de retour! — Mais enfin, dites-moi quelle conduite vous garderez envers mon humble personne? — C'est pure bienveillance de votre gracieuse Majesté qu'un prisonnier de guerre comme moi puisse rapporter ses os dans sa patrie; si mon roi me met à mort, même sur le lieu de l'exécution je me souviendrai de votre bienfait; si, imitant la générosité de votre Majesté, il me remet aux mains de son général, mon père, pour être mis à mort dans le temple de nos ancêtres, môme sur le lieu du supplice je me souviendrai encore de votre bienfait; si l'on me laisse la vie, si l'on me donne une des charges de mes ancêtres, si je dois conduire une armée pour protéger nos frontières, à l'encontre de vos ministres, je ne leur céderai pas un pouce de terrain ; je bataillerai à mort, pour me montrer fidèle serviteur de mon roi. Voilà comment je vous payerai de retour!

Après cet entretien, Kong-wang s'écria: Il n'y a pas moyen de chercher querelle au royaume de Tsin qui a de tels hommes ! Il fit donner de riches cadeaux à Tche-yong, et le renvoya dans son pays. Pendant sa captivité, un marchand de Tcheng ^ avait combiné un stratagème pour le sauver ; il le devait cacher parmi des ballots de soie et de coton, puis passer ainsi la frontière. Avant que ce plan pût être exécuté. Tche-yong fui libéré, comme nous venons de le raconter; il conserva une grande reconnaissance envers le marchand, pour sa bonne volonté. Celui-ci, dans la suite, étant venu au royaume de Tsin, pour son commerce, Tcheyong voulut le combler de cadeaux; mais le marchand s'enfuit au pays de Ts*i ^, en disant: Je n'ai absolument rien fait pour sa délivrance ; comment oserais-je recevoir ses présents ? Moi, homme vulgaire, pourrais-je abuser un sage comme lui ?

En 587, pendant l'automne, le duc de Lou se rendit à la cour de Tsin Ç; mais, malgré Thumilité de cette démarche, il fut mal reçu. Il voulait aussitôt aller à la cour de Tch'ou, renouveler son traité d'amitié, et rompre définitivement avec le royaume de Tsin; K'i-wen-tse ^ ij[^ ^^ le chef de l'une de trois familles maîtresses du pouvoir, l'en dissuada en lui disant: Quoique le pays de Tsin ne soit pas bon, nous ne pouvons nous en séparer ; il est notre voisin ; il est puissant ; ses officiers et ses dignitaires sont unis entre eux ; puisque les autres vassaux reconnaissent encore son prince pour leur chef, nous ne pouvons rompre avec lui. L'ancien historien I '^ a une parole qui convient très-justement à notre cas : quiconque n'est pas de notre famille, ne sera jamais de cœur et d'âme avec nous ; le royaume de Tch'ou est grand et puissant, c'est vrai ; mais son prince n'est pas de notre famille ; jamais il n'aura une vraie affection pour nous. Sur ce conseil, le duc renonça à son projet.

A la llème lune de cette même armée, Kong-suen-chen ^ J^^, grand dignitaire de Tcheng ^, conduisait une année pour délimiter exactement la frontière entre ce pays et cfelui de Hiu |Ç. Cette question était pendante depuis deux ans, c'est-à-dire depuis la dernière expédition ; les gens de Tcheng voulurent la trancher par les armes ; mais ils furent défaits à Tcheng-p'ouo g 1^ (!)• Aussitôt le comte de Tcheng se mit à la tête de son armée, envahit la principauté de Hiu, et lui prit les deux territoires de Tsiu-jen ||[ 'g et de Ling-toen J^ f5[ (2). A peine ce coup de main était-il opéré, que les troupes de Tsin ^ envahissaient la principauté de Tcheng ^, et lui enlevaient à son tour les territoires de Fan fg, et de Ts'ai ^ (3). L'armée de Tch*ou, sous la conduite de Tse-fan ^ g ministre de la guerre, accourut au secours de son protégé, le comte de Tcheng. Celuici et son rival, le baron de Hiu, se présentèrent devant le ministre, pour discuter leurs droits respectifs ; le grand officier Hoang-siu ê '^ portait la parole au nom du comte ; mais les deux partis ne purent s'arranger à l'amiable ; Tse-fan leur dit : Si vos altesses veulent bien se rendre à la cour de notre humble roi, peut-être qu'avec l'aide de ses ministres il pourra vous mettre d'accord, et

(1) Tcheng-p'ouo= était au nord- ouest de Hiu-tcheou ^f ilt) [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 47). (Edition impér., vol. 22, p. 23).

(2) Tsuiu-jen et Ling-toen=On n'en connaît pas l'endroit exact ; mais ce n'était pas loin de Hiu-tcheou, la capitale de cette petite principauté.

(3) Fan=Ce^ays était au sud de Tchong-meou hien ^ ip. ^î dans la préfecture de K'ai-fong fou M K /iT [Ho-nan] . Il y a la rivière Fan, qui a donné son nom à cette région, et à divers autres endroits.

T8*ai=était à 16 li nord-est Tcheng-tcheou S|5 j|t| [Ho-nan] . (g. Fa., vol. 47, pp. 55 et 25).

rétablir la paix entre vos deux pays; quant à moi, Tsé ^, j'en suis incapable (1).

En 586, pendant Tété, le baron de Hiu, suivant ce conseil, plaidait sa cause devant Kong-wang ; à la 6^™® lune, le comte de Tcheng arrivait à son tour soutenir ses droits ; Kong-wang lui donna tort ; il fit même arrêter son avocat Hoang-si :È jft et le prince Tse-kouo ^ ^. Le comte fut furieux; à peine rentré chez lui, il députa le grand officier Kong-tse-yen 5^ -? JS auprès du roi de Tsin §, pour lui demander un traité d'alliance; celui-ci l'accorda volontiers; il envoya le grand officier Tchao-t'ong ^ |^ signer ce traité à Tch'oei-ki ^ ^ (2).

En 585, en été, Tse-tchong ^ ^, premier-ministre de Tch'ou, conduisait une armée punir cette défection ; de leur côté, les troupes de Tsin arrivaient au secours de leur protégé; on se trouva bientôt en présence à Chao-kio ^ f^ (3) ; la bataille était inévitable, quand tout-à-coup les gens de Tch'ou se retirèrent; ceux de Tsin, commandés par Loan-chou ^ ^, se jetèrent de nouveau sur le pays de Ts'ai ^. Kong-tse-chen ^ -? $ et Kong-tse-tch'eng ^ ^ J5^, les deux généraux de Tch'ou, appelèrent alors les garnisons des deux villes Chen t^ et Si ^g„ pour courir au secours de leur allié; ils établirent un camp fortifié devant la ville de Sang-tchoei .^jÉ (^)- Tchao-t'ong ^ |^ et Tchao-kpuo ^ ^, deux généraux de Tsin, voulaient de suite engager le combat; ils en demandèrent l'autorisation à Loan-chou ; celui-ci était tout prêt à la leur accorder, quand trois autres généraux Ten dissuadèrent; c'étaient Siun-cheou ^ *M*ï Che-sié -i; ^ et Han-kiué ^ ^. Ceiix-ci lui dirent: Nous étions venus secourir le comte de Tcheng ^; l'armée de Tch'ou s'étant retirée, nous nous sommes vengés sur le pays de Ts'ai, qui nous a bien payés ; si après cela nous ne sommes pas satisfaits, nous allons surexciter la rage des gens de Tch'ou; dans une bataille rangée ; nous pourrions bien nous en repentir ! On fît encore d'autres considérations de part et d'autre ; finalement, on ne livra pas bataille.

En 583 , pendant l'automne, Tse-tchong ^ H revenait à la charge contre le comte de Tcheng ^, et campait à

(1) Tsé= était le nom ordinaire de Tse-fan, usité dans la famille, et parmi les proches parents. On sait qu'en Chine le môme individu a plusieurs noms ; les étrangers ne peuvent pas honnêtement l'appeler par celui qu'en emploie dans l'intimité de la famille.

(2) Tch*oei-ki= était une ville de Tsin ^] mais on n'en connaît pas la position exacte.

(3) Chao-kio (ou Jao-kio)= était au sud-est de Lou-chan hien ^ [Il jH i qui est à 100 li sud-ouest de Jou-tcheou ^ ji{ [Ho-nan] . (g. Fa., vol. 51, p. 39).

(4) Sang-tchoei=était àl'estdeK'io-chan hien ]^ lll j||) qui est à 90 li sudouest de Jou-ning fou ^ ^ jfif [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 52)— (g. Fa., vol. 50, p. 28).

Fan fjj (1) ; il voulait à tout prix le ramener soub le joug ; Tarmée deTsin, unie aux troupes auxiliaires de tous ses alliés, se présenta de nouveau pour faire échec aux gens de Tch'ou. Dans l'intervalle, deux officiers de Tcheng ^, nommés Kong4chong ^f4> ot Heou-yu ^ ^, ayant livré bataille, avaient capturé Tchong-i ^ m, grand ofBcier de Toh'ou, gouverneur du pays de Yun ^|î; ils en firent cadeau au roi de Tsin; celui-ci le fit conduire dans sa capitale, et le garda prisonnier dans son arsenal.

A la 8^"!^ lune, au jour appelé meou-tch'en jrji^ ^, tous les princes étant réunis à Ma-ling JH ^ (2), on renouvela le traité d'amitié fait en 586, à la 12ème lune, à Tchong-lao || ^ (3). Le prince de Kiu @ (4), un feudataire du roi de Ts'i ^, vint lui-même s'associer à cette coalition contre Tch*ou.

A cette niême année 584, Confucius mentionne, pour la première fois, le royaume de Ou ^, pays sauvage pour lui ; il écrit dono ces quelques mots seulement: une armée de Ou envahit la petite principauté de Fan ^|J (5).

Sur ce, l'historien indique l'origine des guerres formidables que ce royaume de Ou, inconnu jusque-là, livrera au pays de Tch'ou, au point de le mettre à deux doigts de sa perte ; et cela, grâce à des transfuges de Tch'ou.

Voici donc comme il parle : A l'année 595, nous avons raconté comment une armée de Tch'ou avait mis le siège devant la capitale de Song ^^ et obtenu finalement un traité d'alliance. En récompense de cette campagne, Tse-tchong ^ J;, le généralissime,' avait demandé pour roi les deux villes de Ohen ^ et de Liu g (6) ; le roi était disposé à les lui donner ; mais Ou-tchen 32 Eî gouverneur de Chen ^, le fuyard déjà bien connu du lecteur, s'opposa de toutes ses forces à cette cession : Ces deux villes, dit-il au roi, sont la protection de votre frontière septentri

(1) Fan = Cette ville est actuellement Siang-toh'eng bien ^ 3K IH) à 90 li sudouest de Hiu-tcheou ft j^ [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 59)— (g. Fa., vol. 47, p. 45).

(2) Ma-ling= était à 10 li sud-est de Ta-ming fou.;;^ ^ )ff [Tche-li]. (p. Fa., vol.

(3) Tchong-lao = s'appelle maintenant Tong-wo fl3 }]^ î est; à 2 li au nord de Fong-k'ieou bien îj fp m^i à 50 li au nord de la préfecture Wei-hoei fou fÇ jÇ jfï [Ho-uan] . (p. Fa., vol. 12 p. 21)— (g. Fa., vol. 47, p. 28).

(4) Kiu= c'est actuellement Kiu-tcheou ^ jj]^ à 90 li nord-est de Ki-tcheou fou t/f iW /kT [Chan-tong] . Cette petite principauté fut bientôt après détruite par le royaume de Tch'ou. (p. Fa., vol. 10, p. 81)— (g. Fa., vol. 35, p. 27).

(5) Fan=c'est Hai-tcheou W >Wp au nord du Kiang-sou, non loin de la Mer Jaune, (p. Fa., vol. 4, p. 31).

(6) Chen=était à 201i au nord de Nan-yang fou m W m [Ho-nan]; elle était annexée au royaume de Tch'ou depuis l'année 678.

Llu=était à 30 11 à l'ouest du même Nan-yang fou. (p. Fa., vol. 12, p. 41)— (g. Fa., vol. 51, p. 5, où il y a beaucoup de détails sur le pays de Liu).

liB

onale ; si vous les donnez à quelqu'un, immédiatement les armées

de Tsin Ç et de Tcheng fjfj^ pourront s'avanoer librement jusqu'à

la rivière Han ]g|. Frappé de cette remontrance, le roi refusa les

deux territoires en question. Tse-tchong conçut une haine mortelle

contre Ou-tchen, et résolut de se venger à Toocasion. Tse-fan

^ ^, ministre de la guerre, vouloit prendre pour femme la trop

fameuse Hia-ki ^ iji^ ; le même Ou-tchen la lui subtilisa, comme

nous Tavons raconté; Tse-fan se voyant dupé Jura aussi de se

venger. Avec le concours intéressé de quelques amis, ces deux

grands dignitaires firent massacrer, de leur propre autorité, toute

la parenté de Ou-tchen. Parmi les victimes, se trouvaient les

quatre grands seigneurs Tse-yen ^ [g, Tse-tang -^ ^, Fou-ki ^

iS»î gouverneur de Ts'ing jg, et Hé-yao j|t ^ dont le père Siang-

^^o ^ ^ ^^^^^ 1^ mari de cette Ifia-ki. On se partagea les

possessions de ces différentes familles: Tse-tchong prit les biens

de Tse-yen; le gouverneur de Ohen iJfc (6) et Wang-tse-p*i J -^

^ eurent les biens de Tse-tang; Tse-fan, à lui tout seul, s'attribua

ceux de Fou-ki et de Hé-yao.

Ou-tchen était alors réfugié au pays de Tsin ^ : quand il apprit cette nouvelle, il écrivit à Tse-tchong et à Tse-fan: Vous autres, au service de votre prince, vous employez la calomnie et Thypocrisie, pour massacrer tant de gens innocents, et pour vous emparer de leurs biens ; je ferai en sorte que vous vous en repentiez ; je vous susciterai tant d'ennuis que vous mourrez à la peine, en courant de tous côtés pour vous défendre.

En conséquence, Ou-tchen demanda au roi de Tsin la permission de se rendre au royaume de Ou ^, pour y exécuter son projet contre le pays de Tch^ou. Le roi de Tsin accorda volontiers cette demande qui tendait à affaiblir et même à ruiner un rival redoutable.

Cheou-mong ^ ^ (585-561), roi de Ou, fut enchanté de cette bonne aubaine ; dès lors commencèrent ses relations avec les États du nord, c'est-à-dire les Etats chinois proprement dits. Quant à Ou-tchen 22 E? ®^ ^® rendant au royaume de Ou, il avait une escorte de cent vingt-cinq guerriers ; il en laissa vingt-cinq, avec neuf chars, des conducteurs, des archers, des lanciers, pour enseigner aux gens de Ou la tactique militaire usitée chez les Chinois. En même temps, il donna tous les renseignements utiles sur la manière d'attaquer et de harceler le pays de Tch'ou ; il laissa à la cour son propre fils Hou-yong DK ^) à titre de maître des cérémonies, chargé aussi des relations avec les princes étrangers, leurs ambassadeurs, leurs messagers. C'est lui qui devait mettre

(6) Chen ffC =^o'e8t Chen-k'ieou hien SC <ffi j||« à 100 U Bud-eet de s» préfeotore Tch*en-tcheou fou ffi fH Jfip [Ho-nan] ; un vieux kiosque se trouve encore à ranoien emplacement, 5 li à Test de la ville actuelle, (g. F»., vol. 47* pp. 40| 41).

le royaume de Ou en rapport avec les ennemis de Tch'ou. Comme on le voit, le plan du traître était fort habile ; et, de fait, il ne réussit que trop bien dans cette funeste entreprise.

La stratégie chinoise fit des merveilles ; les gens de Ou se sentirent bientôt capables de lutter contre Tch'ou ; ils commencèrent par lui enlever les villes de Tch'ao ^ et de Siu ^ (1) ; alors aussi Tse-tchong ^ ;^ commença à courir de droite et de gauche pour protéger ses frontières contre ce nouvel ennemi. Pendant que les princes coalisés tenaient leur réunion à Ma-ling, comme nous venons de le dire, le roi de Ou envahissait la principauté de Tcheou-lai ^ffl ^ (2) ; Tse-tchong dut abandonner la guerre contre Tcheng ^ pour accourir au secours des régions harcelées par ces sauvages de Ou ; lui et Tse-fan ^ ^ durent ainsi sept fois de suite arriver en grande hâte s'opposer à de nouvelles invasions, Malgré leurs efforts, ils ne purent empêcher plusieurs tribus sauvages alliées de tomber au pouvoir de Ou ; celui-ci grandissait de jour en jour; bientôt il traitait d'égal à égal avec les princes du nord, ou chinois pur-sang (3).

En 583, au printemps, Loan-chou ^ ^, généralissime de Tsin §, conduisit une armée contre la principauté de Ts'ai ^, déjà si maltraitée les années précédentes ; on n'était pas encore content du tort qu'on lui avait fait. De là, on fit une incursion sur le territoire de Tch'ou, et Ton captura le grand officier Chen-li ^H- Déjà, en 585, quand l'armée de Tch'ou se retirait

(1) Tch'ao= était à 5 li nord-est de Tch'ao-hien ^^ j|^î qui est à 180 li à l'est ' de sa préfecture Liu-tcheou fou JH ini /jj [Ngan-hoei]. (p. Fa., vol. 6, p. 14). — (g. Fa., vol. 26, p. 16).

Siu = Sa capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcheou tH Jn [Ngan-hoei] . (p. Fa., vol. 6, p. 39).— (g. Fa., vol. 21, p. 37).

(2) Tcheou-lai =place d'une importance majeure, était à 30 li au nord de Cheoutcheou ^$ JIt| î qui est à 180 li à l'ouest de Fong-yang fou IS^ feg /jj [Ngan-hoei] . La rivière Hoai-choei \%. TfSt venant de la montagne Kia-che-chan 9v Ç lU ' passe par là. L'édition impériale, vol. 23, p. 9, explique l'importance de cet endroit : vers le nord, c'était la route pour aller au duché de Lou *§*» vers l'ouest et le sud, c'était la route pour pénétrer au royaume de Tch'ou. Entre les mains du roi de Ou ^^') celui-ci en partait pour n'importe quelle direction; entre les mains du roi de Tch'ou, celui-ci s'en servait pour tenir à distance les armées de Ou. (p. Fa., vol. 6, p. 24). — (g. Fa., vol. 21, p. 21).

(3) Chez les Chinois proprement dits, comme chez leurs voisins dits sauvages, les chars de guerre formaient la principale force d'une armée; ceux de la dynastie TcheoÙ /5 étaient plus massifs: chacun d'eux avait cent hommes; ceux de Tsin ^* étaient plus légers, plus rapides ; ils n'avaient que soixante-quinze hommes. En général, c'étaient les chars qui engageaient le combat; ils étaient traînés par quatre chevaux attelés de front, et munis de cuirasses. Au son du tam-tam, ou de la clochette, l'armée s'avançait; au son du tambour, èUe se retirait. — Chez les Komains, les mouvements étaient dirigés par les enseignes, à savoir : l'aquila, pour la légion ; le signum, pour la cohorte ; le vexillmn, pour la centurie et la cavalerie.

devant celle de Tsin, à Chao-kio ,^^, ce même Loan-chou s'était jeté à l'improviste sur le petit Etat très inoffensif de ^ (1), et en avait capturé le prince Tsi Jg. L'historien attribue ces résultats heureux à la déférence de Loan-chou aux conseils des trois grands seigneurs Tche ^, Fan J£ et Han ]^: Celui qui suit les avis des sages, dit-il, est comme un homme porté par le courant favorable d'un fleuve ; sa barque avance toute seule et sans effort ; le livre des Vers [Che-king ^ 3|g] nous donne le même enseignement dans les paroles que voici: Notre prince est gracieux et affable; comment n'attirerait-il pas de loin les hommes à sa suite? quiconque sait chercher les hommes sages et s'en servir, accomplira de grandes choses. (Zottoli, III, p. 235, ode 5^^®) — (Couvreur, p. 332, paragr. 3).

Pendant que Loan-chou était occupé à son expédition, le comte de Tcheng ^ lui conduisit des troupes auxiliaires; traversant le pays de Hiu f^, il s'aperçut que la capitale n'était pas sur ses gardes ; il se lança subitement sur la porte orientale, et fît un grand butin.

En 582, au printemps, ce même comte de Tcheng ^ s'abouchait avec Kong-tse-tch'eng ^ -î* ^, un grand dignitaire de Tch'ou, à Teng §[5 (2), où il signa un traité de paix et d'alliance; on n'espérait plus pouvoir le vaincre par les armes ; il était trop bien protégé par le roi de Tsin § et les autres princes coalisés ; on se résigna à le gagner à force de riches cadeaux ; on croyait l'avoir détaché de la ligue avec laquelle il venait de jurer amitié deux mois auparavant (3). Le rusé ne l'entendait pas ainsi; il croyait plus habile de manger à deux râteliers à la fois ; il eut même l'impudence de se rendre, en automne, à la cour de Tsin, pour y offrir ses hommages. Le roi, indigné d'une telle félonie, le fit saisir et interner à T'ong-ti ^ ^ (4); en même temps, il envoyait Loan-chou envahir le territoire de ce traître. A cette nouvelle, les gens de Tcheng J|5 députèrent Pé-kiuen fg ^, leur ministre des affaires étrangères, pour offrir leur soumission et proposer un nouveau traité. Pour toute réponse, Loan-chou fît massacrer l'envoyé, et continua son chemin. L'historien réprouve, ^ avec raison, cet acte de barbarie qui violait le droit des gens

(4) Chen= voyez un peu plus haut.

(5) Teng= c'est Teng-tcheou H) jHi î à 120 li sud-ouest de Nan-yang fou [Ho-nan] . Cette petite principauté avait été annexée par le roi de Tch'ou, en 678. (p. Fa.» vol. 12, p. 43).— (g. Fa., vol. 1, p. 16).

(6) Il avait signé ce traité à P'ou fm^ ville de la principauté de Wei f^« C'est maintenant Tchang-yuen hien ^ JH Wl* » ^ 250 li sud-ouest de sa préfecture Ta-ming ton :M y^ M [Tche-li]. (p. Fa., vol. 2, p. 55).

(4) T'ong-ti = (soulier de cuivre)=La ville et la forteresse se trouvaient à 10 li au sud dé Sin tcheou i\^ Jli [Chan-si] ; le roi de Tsin y avait un palais, une tour de plaisance, etc. (p. Fa., vol. 8, p. 31).— (g. Fa., vol. 43, p. 9).

admis chez tous les peuples ; si les ambassadeurs, les agents diplomatiques. n*ont pas une sécurité assurée, il n'y a plus de relations possibles entre les nations.

Tse4chong, premier ministre et généralissime de Tch^ou, ne pouvait laisser attaquer le pays de Tcheng HfS, censé ami, sans essayer de le sauver; par ailleurs, il ne tenait pas à une lutte en règle avec l'armée de Tsin ff ; il préféra faire diversion en attaquant Tétat de Tch^en ^.

Les choses en étaient là, quand un jour le roi de Tsin s'en alla inspecter son arsenal ; ayant aperçu Tchong-i JS f|, le prisonnier de Tch'ou dont nous avons parlé plus haut (en 584): Quel est cet homme qui porte le chapeau des pays méridionaux? demanda-t-il. — C'est le captif que les gens de Tcheng |K( ont offert à votre Majesté, répondit le gouverneur de l'arsenal. Le roi le lit délier, l'appela auprès de lui, et lui exprima ses condoléances. Tohong-i se prosterna; de son front il frappa deux fois la terre, en signe de reconnaissance. Le roi l'interrogea sur sa famille, sur son emploi. — J'étais directeur de musique, répondit-il.— Vous savez donc chanter et faire de la musique? dit le roi.^Mon vénérable père avait déjà cet office, reprit le prisonnier, je n'ai pal osé apprendre un autre métier. On apporta aussitôt une guitare ; Tchong-i se mit à chanter un hymne national (1). Le roi l'interrogea ensuite sur la personne même de Kong-wang. Oe n'est pas un pauvre homme comme moi qui peut vous répondre sur cela, dit humblement Tchong-i. Le roi insistait pour savoir son opinion: Quand il était encore prince héritier, ses précepteurs le conduisaient le matin chez le premier ministre ; et le soir chez le ministre de la guerre ; je ne sais rien de plus, dit enfin Tchong-i.

Le roi communiqua cet entretien à son ministre Fan-wen-tsa 3fi 39c 7 ) celui-ci en fut frappé d'admiration : Cet homme est un vrai sage, dit-il ; en parlant de son office, il rappelle celui de son père : il ne veut donc pas dégénérer des bonnes traditions de sa famille; en chantant, il choisit un hymne national: il n'oublie donc pas sa patrie ; en parlant de son prince, il raconte des particularités de sa Jeunesse: il n'est donc pas prétentieux; il n'a dit qu'un mot des deux grands ministres, et c'est tout à l'honneur du jeune roi. Ne pas rougir de sa basse extraction c'est de l'humanité; ne pas oublier sa patrie, c'est de la fidélité; ne pas être prétentieux, c'est de la loyauté ; honorer son prince,

(l) Le texte dit que les sons de cet hjnnne étaient méridionaux [Nan-yn ^ 1SJ» Etait-ce un langage différent de celui de Tsin? Les deux interlocuteurs venaient de s'entretenir sans interprète. Tchong-i comprenait donc le chinois. D'ailleurs, le livre des Vers ne renferme rien du royaume de Toh*ou; ainsi Confuoius n*a, semble-t-il, connu aucun des hymnes de ce pays. Le chant du captif n'était donc pas en chinois, mais en langage des barbares méridionaux.

c'est faire preuve d'intelligence. Qui a de l'humanité est capable d'entreprendre de grandes choses ; qui a de la fidélité sera stable; qui a de la loyauté ne déviera pas de son but; qui a de l'intelligence finira par réussir. Ainsi, cet homme peut mener à bonne fin les plus grandes entreprises ; pourquoi votre Majesté ne pourrait-elle le renvoyer dans sa patrie, pour y négocier un traité de paix et d'alliance avec vous?

Le roi suivit ce conseil ; il le combla de marques d'honneur, puis l'envoya commencer les pourparlers entre les deux pays rivaux, également intéressés à une concorde véritable, également peu disposés à céder quoi que ce fût pour y arriver; pendant plusieurs années ils députeront messagers et ambassadeurs, de part et d'autre, sans pouvoir s'entendre; après quoi ils feront, vaille que vaille, un traité de paix quelconque, dont ni l'un ni l'autre n'aura souci.

A la llème lune de cette même année 582, Tse-tchong ^ ^ retirait son armée du pays de Tch'en ^ pour envahir celui de Kiu '§ (1) ; il mit tout d'abord le siège devant la Ville de Kiuk'ieou 1^ Ê (^) j ^®® fortifications étant en mauvais état, la population s'enfuit et se réfugia dans la capitale même ; au jour nommé ou-chen f^ ^, le gens de Tch'ou entrèrent dans la ville abandonnée. Pendant les travaux du siège, Kong-tse-ping ^ ^ ^, un de leurs princes, avait été pris par les habitants; Tse-tchong les pria de ne pas le tuer, promettant de rendre à sa place tous les prisonniers de Kiu ^ ; ils préférèrent le mettre à mort. Tsetchong furieux assiégea aussitôt la capitale ; les fortifications étaient aussi en mauvais état; les habitants et les réfugiés se dispersèrent de tous côtés; les gens de Tch'ou n'eurent que la peine d'entrer; de là ils allèrent encore prendre la ville de Yun jp (3) ; la principauté était ainsi conquise à peu de frais, en douze jours !

L'historien place ici quelques réfexions mélancoliques sur du prince de Kiu ^. Il s'était fié à la pauvreté et à l'éloignement de son pays ; ne se croyant pas en danger, il n'avait pas pris les précautions nécessaires ; il avait négligé ses fortifications ; rien n'était prêt pour une résistance à un ennemi quelconque; encore moins à un ennemi tel que le royaume de Tch'ou. Le livre des Vers [Che-king fj g] nous donne le conseil suivant: Si tu as de la soie et du chanvre, tu ne dois pas pour cela rejeter

(1) Kiu = la capitale de ce petit État est maintenant Kiu-tcheou g jt|i à 90 li nord-est de Ki-tcheou-fou yT iH| Jn » Chan-tong.

(2) Kiu-k*ieou= était à 10 li sud-onest de Ngan-k'ieou 5C J£» qui est à 160 li sudesi de sa préfecture Tsing-tcheou-fou pq yt\ jJJ) Chan-tong.

(3) Yun = était à 40 li nord-est de Ki-choei-hien Cfî pfC IÎ|î qui est à 120 li au nord de sa préfecture Ki-tcheou-fou vT 3tI jjï» Chan-tong. (p. Fa., vol. 10, pp. 26 et 31).— (g. Fa., vol. 35, pp. 21, 26, 29).

les graminées à fibres grossières ! Ta femme fût-elle une princesse impériale Ki ^ ou Kiang H, tu ne peux te passer des services de simples servantes ! Les hommes parvenus aux plus hautes dignités ont encore besoin des plus humbles artisans (1) !

A la 12^1»^ lune de cette même année 582, Kong-wang envoya le grand dignitaire Tse-tch'en -^Jg remercier la cour de Tsin ^, pour l'heureux message apporté par Tchong-i ; volontiers il acceptait le projet d'un traité de paix et d'amitié ; mais il s'en tenait à cette bonne parole.

Au printemps de Tannée 581, Ti-fa ^ '^, grand dignitaire de Tsin, venait remercier la cour de Tch'ou de son ambassade si agréable ; et c'était tout. On pouvait prolonger longtemps de tels pourparlers, sans aboutir à rien. Modèle de politique à la chinoise !

En été, King-kong ^ ^ roi de Tsin mourait, laissant à son successeur le soin de poursuivre les négociations. Un ami commun des deux pays vint heureusement offrir sa médiation ; c'était le fameux Hoa-yuen ^ tc, ministre de Song ^; il avait su conquérir les sympathies de Tse-tchong et de Loan-chou, les deux généralissimes rivaux; son entremise fut acceptée.

Pendand l'hiver de l'année 580, il se rendit à la cour de Tch'ou; puis à celle de Tsin; il fut assez habile pour obtenir l'accord des deux partis sur les conditions du traité à conclure.

En 579, à la 5^^® lune, au jour nommé koei-hai ^ ;^, Chesié i ^ grand dignitaire de Tsin, Kong-tse-pi ^ ^ ^ et Hiu-yen l^jg, grands officiers de Tch'ou, eurent ensemble une conférence solennelle, en dehors de la porte occidentale de Song (2) ; c'est là qu'ils signèrent enfin le traité de paix et* d'alliance, au nom de leurs deux pays.

Le texte disait: Désormais il n'y aura plus de guerre entre les royaumes de Tsin § et de Tch*ou ^ ; bonheurs et malheurs seront communs ; n'importe en quel embarras, en quelle calamité, on se portera mutuellement secours ; spécialement en cas de guerre; dans les relations amicales, les chemins seront libres et sans empêchements ; on avisera ensemble contre quiconque manifesterait des intentions hostiles ; quiconque ne se présentera pas à la cour, quand il y est obligé, sera puni. — Si l'un des partis n'observait pas ce traité, que les Esprits l'en châtient! qu'ils dispersent ses armées! qu'ils lui enlèvent son royaume!

Le comte de Tcheng ^ fut libéré ; il vint de nouveau à la

(1) Ces vers ne se trouvent plus dans le Che-king ^ i|^î ils ont été éliminés par Confucius, ou perdus par la faute des copistes.

(2) D'après les préjugés de ce temps-là, recevoir les délégués dans la ville eût été un déshonneur. L'histoire de l'Europe nous montre des faits de ce genre, encore plus comiques.

cour de Tsin ; il y signa le traité qu'on lui proposa, c'est-à-dire celui qui avait été conclu entre les princes de Tsin, de Lou § et de Wei Hf, à Sou-tche Jf ^ (1).

Quelque temps plus tard, le roi de Tsin envoya Kio-tche ^ ^ à la cour de Tch'ou, pour y faire une visite amicale, et traiter quelques détails concernant l'alliance des deux royaumes. On lui prépara un dîner solennel ; Tse-fan ^ g était le compagnon du roi et le maître des cérémonies ; en cette qualité, il avait fait construire une cave sous la salle du festin ; il y avait fait suspendre les cloches et les autres instruments de musique. A l'arrivée de l'ambassadeur, l'orchestre fit entendre son vacarme; Kio-tche en fut si effrayé qu'il prit la fuite. Tse-fan alla le chercher: Le jour baisse, lui dit-il; mon humble prince vous attend depuis longtemps; venez donc à la salle de réception! Kio-tche s'excusa poliment: Votre illustre roi, dit-il. a daigné se souvenir des traités d'amitié qui existaient autrefois entre nos deux pays ; il a bien voulu étendre ses bienfaits jusqu'à ma chétive personne ; il m'a reçu d'une manière trop solennelle ; il m'a honoré d'une musique à grand orchestre; si, par une faveur spéciale du ciel, nos deux princes avaient une entrevue, que pourrait-on imaginer de plus en leur honneur? voilà pourquoi je n'ose me rendre à votre invitation. Tse-fan répondit brutalement: Si, par une faveur spéciale du ciel, nos deux rois avaient une entrevue, on jouerait de la flèche, non de la musique; voilà' tout! notre humble prince vous attend; que votre

(1) Sou-tche = se trouvait à l'ouest rie Yuen-liiig ^ j^ j or celle-ci était à .38 li nord-est de Sin-tcb'eng-hieii ^ |î|S J^, dépendance de K'ai-fong-fou ^ ^ jflf Ho-nan. (p. Fa., vol. 12, p. 6).

n y a de longues discussions sur ce traité de Sou-tche. Confucius y nomme leg princes de Tsin, de Lou, de Wei; il ne parle pas du roi de Tch'ou. I^ commentaire de T8ono-k*ion-ming 5 W ™ "*^ parle pas des princes rie Ix>u et de Wei. Pourquoi cette divergence ? T>es lettrés vous diront que Confucius v^ut ainsi réprouver cette alliance avec le pa3S de Tch'ou. C'est toujours la mAme ritournelle! le <f saint» omet les faits qui lui déplaisent! Peut-Atre qu'on x^'ut c^jncilier les auteurs en disant qu'à Sou-tche les autres princes ont simplement déclaré leur adhéKion formelle au traité signé à la porte occidentale de Song. (Edition impér., vol. 24, p. 4). Quant aux arites» à observer, dans les réceptions officielles d'un prince, voici comment parle Confucius : «Econtez attentivement ; je veux vous parler encore de neuf cérémonies, dont quatre «appartiennent au grand festin (offert par un prince k un prince;. Si qrielqu'un les «comprenait bien, quand même il n'aurait d'autre emploi qu*- celui de labourer et «d'arroser les champs, ce serait un sage de premier ordre : I>or«/|«'un prince fait vihitf? à un «antre prince, devant la grande porte ils se saluent, s'invit^mt l'un l'autre ;i ♦•ntnîr, et il» «entrent; dans la cour, les cloches, les tamlxjurs, et le»i aiitn-î» iuHirujfif^iiU HURp*înduf»,

«se font entendre Ainsi les sages souverains de l'antjquît/î n'avajVnt pat» b«'»^^in

«de se parler, pour manifester leurs sentiments; ils m? contentai «ait fU' h^ exprimer «par les cérémonies, et par .les chants.» Quelle profond*? phil//{*//pbi<'îî ^Cotavrenr, Li-ki, vol. 1, p. 577 — vol. 2, p. 383).

seigneurie se hâte donc de se rendre auprès de lui ! ' Kio-tche réplique : Si nos deux souverains devaient avoir une rencontre flèche en mains, ce serait le plus grand malheur; comment serait-ce une faveur du ciel? Quand ce monde est bien administré, les divers princes, dans les moments de loisir que leur laisse le service de l'empereur, se font mutuellement des visites amicales ; pour ces circonstances, il y a des règlements qui fixent le cérémonial de la réception et du festin ; c'est à la fois une leçon de politesse et d'économie, de bienveillance et d'humanité. Quiconque pratique la politesse et l'économie, celui-là sait les cérémonies traditionnelles des anciens ; quiconque pratique la bienveillance et l'humanité, celui-là aura un bon gouvernement ; alors le peuple jouit d'une grande paix; pour bien remplir leur office^ les dignitaires n'ont besoin que de la matinée ; c'est ainsi que les princes deviennent le bouclier de leurs populations. C'est pourquoi le livre des Vers [Che-king fj g] a la parole suivante : Ces braves officiers sont infatigables ! ils servent de rempart à notre prince (1) ! Mais, dans les temps de troubles et de révolutions, les princes ont la concupiscence de l'argent et du profit; ils suivent leurs penchants déréglés; dans leurs jalousies et leurs querelles, pour quelques pouces de terre, ils sacrifient leurs peuples ; ils se servent des mains et des pieds de leurs officiers pour exécuter leurs desseins pervers, c'est-à-dire pour nuire le plus possible à leurs voisins. C'est pourquoi le livre des Vers continue en ces termes: Ces braves officiers sont infatigables ! ils vivent dans l'iptimité du prince! Quand règne le bon ordre dans l'empire, les prince domptent leurs passions, et sont le bouclier de leurs peuples contre toutes les calamités extérieures ; en temps de troubles, c'est juste le contraire! Or, ce que votre seigneurie vient de dire, ce sont des paroles de désordre ; elles ne peuvent donc servir de règle. Mais, puisque vous êtes ici le maitre, je n'ose désobéir! — Ayant fini sa semonce, Kio-tche se rendit enfin auprès de Kong-wang.

Revenu de son ambassade, il raconta à Fan-wen-tse fâ ^ •? tout ce qui était arrivé ; celui-ci s'écria : Des gens qui connaissent si peu les rites manqueront certainement à leur parole jurée ; préparons-nous donc à combattre à mort, avant peu de temps!

Vers la fin de cette même année 579, Kong-wang députait le grand officier Kong-tse-pi ^ ■? ^ pour rendre visite à la cour de Tsin, et régler encore quelques détails de la même alliance. A la 12ème lune, on signait enfin un accord définitif, dans la ville de Tch'e-ki "^ ^ (2). Tous ces pourparlers, toutes ces allées et venues, montrent la défiance mutuelle des deux partis; chacun voulait prendre des assurances contre son adversaire ; ni Tun ni l'autre ne se croyait obligé sérieusement à l'observation de ce traité, qui

(1) (ZottoU, III, p. 8, ode 7èni«)— (Couvreur, p. 11).

(2) Tch'e-ki = on n'en connaît pas l'endroit exact.

ne dura guère que quatre ans à peine. Ce fut plutôt une suspension d'armes qui permettait au roi de Tsin ^ de résister à un autre rival non moins dangereux ; à savoir, son puissant voisin le roi de Ts*in ^.

En 576, pendant l'été, Kong-wang mettait une armée en campagne contre le comte de Tcheng §p. Tse-nang ^ ^, son propre frère, chercha en vain à le détourner de cette entreprise: Nous venons à peine de faire un traité ; manquer ainsi à la foi jurée ne me semble cependant pas permis ! Tse-fan ^ j^, le ministre de la guerre, lui répliqua: Quand on peut faire son profit, on va de l'avant, sans se préoccuper d'autre chose !

Chen-chou-che ^ ^ ^, un vieux sage, vivait retiré dans sa ville de Chen ^ ; quand il eut connaissance de cette parole, il s'écria: Tse-fan ne mourra pas de sa belle mort! la loyauté se manifeste dans l'observance des rites ; ce sont les rites qui protègent les personnes ! La loyauté et les rites mis de côté, comment un homme pourrait-il échapper à une mort violente ?

Pendant ce temps, l'armée de Tch'ou avait envahi le territoire de Tcheng g^ ; elle était parvenue jusqu'à Pao-soei ^ |^ (1); de là, elle s'était avancée dans le pays de Wei ^ jusqu'à Cheoutche "^ Jt (2) ; mais, à son tour, Tse-han -^ ^, officier de Tcheng g|5, envahissait le royaume de Tch'ou, et prenait la ville de Sin-che j^ ^ (3). De son côté, Loan-chou ^ ^, ministre de Tsin §, voulait aller punir Kong-wang de sa félonie ; Han-hien-tse ;^ )^ -^^ un autre ministre son collègue, l'en dissuada en disant: Laissons le roi de Tch^ou se parjurer, commettre ses crimes à son aise ; bientôt son peuple se révoltera contre lui ; alors, contre qui pourra-t-il livrer des batailles? Cette prophétie de savant lettré doit se réaliser l'année suivante.

Pendant cette regrettable expédition, le royaume de Tsin ^ était lui-même en révolution: I ^, Tche 3g et Tch'eou Ç, trois frères de la grande famille princière Kio ^, jalousaient un autre grand seigneur nommé Pé-tsong fg J^, connu de tous pour sa droiture incorruptible ; ils le calomnièrent d'abord, puis l'assassinèrent; son fils^ nommé Pé-tcheou-li f|§ f\ ^ s'enfuit à la cour de Tch'ou. Loan-fei-ki ^ ^ >§5, membre de la grande famille Loan ^, tomba aussi sous les coups des trois frères ; enfin, ceux-ci, gens arrogants et violents, finirent eux-mêmes par être exterminés.

(1) Pao-8oei = ville de Tcheng ^J)? dont on ignore l'emplacement exact.

(2) Cheou-tche (ou Cheou-Hiang "§* JlpJ = était au sud-est de Soei-tcheou p^>lT|f qui est à 170 li à l'ouest de sa préfecture Koei-te-fou S^ |^ jfl) [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 14)— (g. Fa., vol. 50, p. 14.)

(3) Sin-che ^ était près de Ghe-hien j^ J^ i qui est à 120 li au nord de sa préfecture Nan-yang-fou W ^ M [Ho-nan]. (Edition impér., vol. 24, p, 16) — (p. Fa., vol. 12 p. 48).

Vers la fin de cette même année 576, Ling-kong fK ^i prince de Hiu ^ (591-547), harcelé sans cesse par le comte de Tcheng |jp, demanda à émigrer dans le royaume de Tch'ou ; le prince Tsenang ^ m le conduisit, avec son peuple, dans le pays de Che

En 575, pendant Tété, l'armée de Tch'ou et celle de Tcheng ^5 subissent une grande défaite à Yen-ling i^ ^ (2) ; en voici les détails : Au printemps, Kong-wang se trouvait à Ou-tch*eng |Ç JjJ (3) ; il cherchait le moyen de s'attacher définitirement le prince de Tcheng f^, et d'en obtenir enfin un traité d'alliance vraiment sérieux ; la chose n'était pas facile ! Placé entre deux grands royaumes rivaux, le pays de Tcheng avait pris le parti de rester en balance perpétuelle, se joignant à chaque fois avec le dernier vainqueur; bernant ainsi l'un et l'autre, tour à tour. Kong-wang députa le grang officier Kong-tse-tch*eng ^ ^ JSS offrir la contrée située au sud de la rivière Jou ^f^ (4). C'était un magnifique cadeau. Le prince de Tcheng l'accepta avec empressement; il envoya le grand-officier Tse-se -^ m à Ou-tch'eng, conclure le traité d'alliance proposé.

Le roi de Tsin ^ en fut bientôt informé; il voulait aussitôt se mettre en campagne, pour punir cette félonie; le grand officier Che-si ':tSI ^'^^ dissuada; il s'appelait encore Fan-wen-tse ^^ •^: Je voudrais bien^ disait-il au roi, que tous nos vassaux nous quittassent ! alors nous aurions la paix à l'intérieur ; la concorde se rétablirait entre les grandes familles qui déchirent actuellement notre pays; alors on pourrait respirer à l'aise! Si le seul prince de Tcheng §|J nous abandonne, ce coup ne suffira pas pour nous réveiller; d'autres plus terribles nous attendront sous peu!

Moi, répliquait le premier ministre Loan-chou ^ ^, je ne souffrirai pas que de mon vivant les divers princes nous délaissent ! il faut absolument punir le comte de Tcheng ^ !

Sur ce, on leva des troupes: Loan-chou était le généralissime et commandait l'armée du centre^ avec Che-sié -^ ^ pour aide de camp; K'io-i ^ |§ conduisait l'aile droite, avec Siuny^^ ^ W. pour second; l'aile gauche était sous les ordres de

(1) Le pays de Che = c'est Che-hien, dont on vient de parler, (g. Fa., vol. 51, p, 31).

(2) Yen-ling = était la capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le comte de Tcheng ^P- Elle était à 40 li au sud-ouest de la ville actuelle de ce nom; celleci est à 160 11 au sud de sa préfecture K'ai-fong-fou M ^ /ÎT [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12. p. 4) — (g. Fa., vol. 47, p. 22).

(3) Ou-tch'eng = H y a bien des villes de ce nom. Celle-ci était à 20 li au nord de Nan-yang-fou ^ m m [Ho-nan] . (p. F., vol, 12, p. 41) — (g. F., vol. 51, p. 6).

(4) La rivière Jou=a sa source dans la montagne Ta-yu-chan ITCillI » à 7011 sudouest de Lou-chan-hien 5* pj JH i qui dépend de Jou-tcheou ^ jHi [Ho-nan] ; elle est un affluent considérable de la Hoai ^« (p. Fa., vol. 11, p. 7) — (g. Fa., vol. 46, p. 35).

Han-kiué ^| j^ ; les recrues étaient commandées par les deux frères Kio-tch*eou ;g|5 ^ et K'io-tche ^ ^.

On envoya K'io-tch'eou en ambassade aux pays de Wei ^ et de Ts'i ^, demander des troupes auxiliaires; Loan-yen ^ ^ se rendit dans le même but à la cour de Lou ^; là, le fameux Mong-hien-tse ^^ ^ \q félicita en disant: Le royaume de Tsin Ç est assuré de la victoire; car ses généraux sont humbles^ et observent bien les rites.

Quand le comte de Tcheng ^ eut appris ces préparatifs, il dépêcha un messager à la cour de Tch'ou ; celui-ci était accompagné d'un grand officier nommé Yao-keou-eul ^fe 'êj 3 qui ^'^vait cependant aucune mission officielle. Kong-wang fit aussitôt partir son année ; le généralissime était le ministre de la guerre, Tse-fan ^ )x\ il commandait le corps du centre ; le premier ministre Tse-tchong ^ H était à l'aile gauche ; le grand ministre Tse-sin ^ ^ à l'aile droite. En chemin^ les troupes traversèrent la ville de Chen ^ (1) ; là se trouvait le fameux Chen-chou-che ^ ^ fl^i qu^ 1^ vieillesse retenait dans la solitude, éloigné des soins de l'administration, Tse-fan alla lui faire visite^ et lui demanda comment il devait conduire son armée : Pour cela, dit le vieux mentor, il faut six choses: (2) de la bonté, de la sévérité, de bons présages, de la justice, l'observance des rites, et de la loyauté : de la bonté, pour savoir récompenser les homme de mérité, pour maintenir la discipline; de bons présages, pour donner la confiance aux troupes; de la justice, pour ne pas outrer les châtiments ; l'observance des rites, pour tout faire en temps et lieu convenables; de la loyauté, pour vous gagner les cœurs. Si les supérieurs répandent des bienfaits, le peuple vit dans Tabondance; la vertu régne en maîtresse, et il n'y a pas de relâchement; si l'on est attentif aux avantages, les affaires s'arrangent sans peine; si Ton agit en temps et lieu, tout réussit: si l'accord existe entre les supérieurs et les inférieurs, tout marche avec entrain, sans résistance aucune ; chacun remplit avec cœur son office. Le livre des Vers (3) nous donne cet avis en ces termes : C'est uniquement à votre incomparable bienfaisance que notre peuple doit d'avoir des grains. Voilà pourquoi les Esprits donnaient à profusion toutes sortes de bénédictions ; les saisons se suivaient sans calamités ; les peuples étaient dans l'abondance ; les inférieurs étaient uniquement appliqués à exécuter les ordres des supérieurs; sur le champ de bataille ; ils méprisaient la mort et comblaient

(1) Chen = était à 20 li au nord de Nan-yang-fou TO fe /H* [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 41)— (g. Fa., vol. 51, p. 6).

(2) Encore une de ces ritournelles où le génie des lettrés se montre dans sa splendeur; on voit ce doctor umbraticus étalant sa sagesse devant des jeunes gens ébahis de cette haute philosophie, héritage des anciens !

(3) Voir; Zottoli, III, p. 297, ode 10«- —Couvreur, p. 426.

joyeusement les vides faits dans leurs rangs; ainsi l'on était sûr de la victoire. Voilà comment faisaient les anciens! Mais maintenant, le peuple est méprisé ; on ne tient aucun compte des traités de paix et d'amitié ; on se moque la foi jurée sous l'invocation des Esprits; les supérieurs condamnent leurs inférieurs de la façon la plus arbitraire ; le soldat ne sachant où il est conduit voudra-t-il en aveugle sacrifier sa vie? Moi, je n'aurai plus le plaisir de revoir votre seigneurie; je la supplie de s'appliquer de toutes ses forces à son office.

Ainsi le sage lettré annonçait en termes assez clairs la défaite et la mort de Tse-fan. Quant à Yao-keou-eul, le compagnon de l'ambassadeur, il s'était hâté de retourner dans son pays ; le grand officier Tse-se ^ ,|5J le questionna: L'armée de Tch^ou, répondit-il, n'a aucun ordre dans sa marche; même dans les défilés dangereux, elle néglige les précautions le plus nécessaires ; elle s'expose à tous les hasards; peut-elle se promettre la victoire? ce n'est pas ainsi qu'elle nous sauvera !

A la 5^'"^^ lune, l'armée de Tsin § passait le Fleure Jaune; le général Tse-si (Pan-wen-tse f^ lit "F) apprenant l'arrivée des troupes de Tch'ou ^ proposa de rebrousser chemin: si nous faisons semblant d'avoir peur, disait-il, notre gouvernement s'appliquera davantage à son devoir; ce sera diminuer d'autant nos malheurs futurs ; car, pour le moment, notre roi est incapable de retenir les divers princes sous sa suzeraineté; tâchons de transmettre cet héritage à des mains capable de le garder; si nous autres officiers, nous sommes unis, si nous servons notre roi avec fidélité, il y a espoir de réussir. Loan-chou, le généralissime, rejeta cet avis.

A la 6®^"^ lune, les deux armées étaient en présence à Yenling ^ ^. Pan-wen-tse refusa de combattre. K'io-tche >}|j ^ l'exhorta en ces termes : en 645, à la bataille de Han ^ (1), contre les troupes de Ts'in ^, notre roi Hoei ^, fut pris, notre armée totalement dispersée ; en 627, en combattant les Tartares à Ki ^ (2), notre général Sien-tcheng 5fc ^ fut tué ; en 597, à la batanie de Pi '^\\ (3), notre général Siun-ling-fou ^^ ^ ^ fut forcé de reculer en grand désarroi. Votre seigneurie connaît aussi bien que moi l'histoire de notre pays ; si aujourd'hui nous reculons, ce sera une honte de plus à ajouter aux précédentes ! Fan-wen-tse lui répondit : nos anciens rois ont en effet livré bien des combats ; mais ils y étaient contraints par nos quatre rivaux, les royaumes de Ts'in ^, de Ts'i ^, de Tch'ou g et de Ti J^lfe, qui menaçaient de nous anéantir. Maintenant, trois d'entre eux

(1) Han = était à 20 li sud-est de Han-tch'eng-hieu ^ JK Ji^f dépendant de Tong-tcheou l^liltl [Chen-si]. (p. Fa., vol. 14, pp. 19 et 20).

(2) Ki=étaità 35 li à l'est de T'ai-kou-hien :ic ^ |^i dans la préfecture de T'ai-yuen-fou :M ^^ M [Chan-si]. (p. Fa., vol. 8, p. 4).

(3) Pi=Voyez à l'année 697.

reconnaissent notre suzeraineté ; nous n'avons plus qu'un ennemi, la royaume de Tch'ou ; or il n'y a que les «saints» à pouvoir vivre en sûreté, même quand ils n'ont aucune difficulté à l'intérieur ou à l'extérieur ; les autres hommes ont besoin de soucis et de périls pour exercer leur vertu ; pourquoi ne reculerionsnous pas devant l'armée ennemie, afin d'avoir ainsi toujours des dangers à l'extérieur ? Notre pays aurait à l'iùtérieur l'ordre et la paix !

Au jour nommé kia-ou Ç ^, dernier de la lune, de grand matin, les gens de Tch'ou se mettaient en ordre de bataille ; une faible distance séparait les deux armées. Les officiers de Tsin § étaient très perplexes ; ils n'osaient accepter le combat un jour néfaste. Alors Fan-kai ^ ^, le fils de Fan-wen-tse fj^ ^ -y, arriva en toute hâte: Comblons les puits creusés, dit-il; laissons à terre nos batteries de cuisine ; rangeons-nous en bataille là où nous sommes ; sur le front de ligne, élevons vite une faible chaussée de terre qui nous serve de rempart au premier choc; dans une guerre comme celle-ci, c'est le ciel qui accorde la victoire ; ainsi, pas d'hésitation !

Fan-wen-tse, courroucé de voir son fils faire la leçon à ses chefs, prit une lance et le chassa rudement : Un jeune fou comme toi, dit-il, peut-il savoir d'où viendra la ruine ou la félicité de notre pays ? Sur ce, le généralissime Loan-chou ^ ^ dit à ses collègues: L'armée de Tch'ou agit à la légère; élevons un remblai, puis attendons ! dans trois jours elle se retirera ; nous tomberons sur elle, et nous l'écraserons.

Le général K'io-tche ;g|5 ^ observa : L'armée de Tch'ou a six grands défauts, profitons-en ! les deux grands-ministres Tsetchong ^ '^^^ et Tse-fan -^ R se jalousent, et ne sont pas d'accord ; la garde royale est vieille, usée, sans valeur; les troupes de Tcheng §|S ne savent pas garder leurs rangs ; les sauvages méridionaux ne connaissent pas la discipline ; les généraux n'ont pas songé que c'est aujourd'hui un jour néfaste ; au lieu de garder le silence, leurs soldats font vacarme; chacun s'oriente pour le moment de la fuite ; de pareilles troupes ne sont pas à craindre ; nous sommes sûrs de la victoire !

. Pendant ce temps, Kong-wang se tsnait sur le haut d'une tour roulante, pour observer l'ennemi ; le premier ministre lui avait envoyé Pé-tcheou-li fé jt| ï^» ^^ fuyard de Tsin, pour lui donner toutes les explications nécessaires. Kong-wang lui demanda : Vos gens courent à droite, à gauche, en toute hâte, pourquoi cela ? — Ce sont les officiers qui sont appelés auprès du généralissime ; — les voilà qui tiennent conseil ; — on dresse une tente ; — on consulte les sorts devant la tablette des ancêtres; — on enlève latente; — on va donner les derniers ordres; — on pousse de grandes clameurs ; — ce nuage de poussière prouve que l'on comble les puits, et que Ton démolit les fourneaux ; —

voilà qu'on se range en bataille ; — les chefs sont sur leurs chars de guerre ; — le généralissime et son compagnon descendent, les armes k la main; ils donnent les derniers ordres. — Kong-wang lui demande encore : Vont ils livrer bataille? — .On ne peut pas encore le savoir ; — le généralissime et son compagnon sont remontés sur leur char ; — les autres chefs sont descendus ; — ils invoquent les Esprits, leur demandant la victoire.

Le roi de Tsin avait aussi à ses côtés un fuyard de Tch'ou ; il se nommait Miao-fen-hoang "gf "]^ ^, fils de Teou-tsiao ^ {|l; sa famille révolutionnaire avait été exterminée, en 605; lui seul avait eu la chance d'échapper au massacre, et s'était réfugié à la cour de Tsin. L'entourage du roi lui fit observer: Kong-wang a pour le conseiller un homme éminent de notre pays. Pé-tcheou-li f â îW ^ î son armée est considérable ; nous aurons grand peine à la vaincre ! Miao-fen-hoang répondit : La force principale de l'armée est dans la garde royale, où se trouvent les princes du sang ; prenez vos soldats d'élite ; lancez-les sur les ailes de droite et de gauche; pendant ce temps, réunissez le reste des trois corps, fondez avec impétuosité sur le centre ; vous êtes sûrs d'une grande victoire !

Le roi de Tsin fit consulter les sorts, au moyen de feuilles d'achillée. Le devin répondit: Les présages sont heureux! nous avons le diagramme feou ££ (fg^) ; cest-à-dire : en haut le trigramme koenn ~, en bas le trigramme tcheng ig; cela signifie que le royaume méridional est réduit à un embarras extrême; le prince a une flèche dans l'œil ; n'est-ce pas la victoire? Qu'attendons-nous? Aussitôt le roi ordonna la marche en avant (1).

Le conducteur de son char était K'io-i ^ ^ ; son écuyer Loan-kien ^ |)^, le fils du généralissime. Kong-wang avait pour conducteur P'ong-ming ^ ;^, et pour écuyer P'an-tang ^ ^ ; le comte de Tcheng ^ avait pour conducteur Che-cheou ;gf "M* 5 pour écuyer, Tang-Keou ^ ^.

L'armée de Tsin avait devant elle une mare ; ce qui obligeait les troupes de se diriger les unes à droite, les autres à gauche; les membres des deux grandes familles Loan ^ et Fan 12 entouraient le roi. Bientôt le char royal se trouva embourbé dans la mare ; le généralissime accourut, et voulut prendre le prince sur son propre cbar; son fils lui cria: Vous, Chou ^ (2), retirez-vous ! général en chef, voulez-vous donc vous faire con-

(1) Zottoli, III, p. 554, explique bien autrement ce diagramme; comme le font, du reste, les commentaires accrédités ; ici, c'est le devin qui trouve cet Heureux présage, pour les besoins de l'occasion; il aurait pu dire tout autrement, s'il l'avait voulu; ex absurdo sequitur quidlibet, dit la saine philosophie .

(2) Devant le roi, le fils appelle son père par son nom familier; il ne pouvait faire autrement, par respect pour la majesté royale, devant laquelle on ne voit plus ni ministres, ni généraux, mais uniquement des sujets.

ducteur de char ? quitter son poste pour prendre la charge d'un autre, c'est un déshonneur ! Sur ce, il sauta à bas, souleva le char, et le fit sortir du bourbier.

Le jour précédent, P'an-tang ^ ^, Técuyer de Kong-wang, et son ami le fameux archer Yang-yeou-ki ^ ^ ^, avaient réuni un certain nombre de cuirasses, et les avaient placées les unes derrière les autres, pour essayer leurs coups ; d'une flèche ils en avaient percé jusqu'à sept à la fois, tant leur tir était violent ! ils en avaient averti Kong-wang : Avec de tels hommes, lui disaient-ils, pouvez-vous craindre la bataille? Kong-wang les avait réprimandés : C'est une honte, leur avait-il dit, de supposer que notre royaume compte sur la force plutôt que sur l'intelligence ! demain, cette force sera votre perte, au lieu d'être votre salut (1)!

Un grand officier de Tsin avait eu un songe singulier ; il lui semblait avoir d'une flèche atteint la lune; il se nommait Liu-i g f^; il lui semblait, qu'ensuite, en se retirant, il s'était embourbé dans une mare. Il consulta un devin ; celui-ci lui répondit: Le nom Ki ^ de la famille impériale signifie soleil : tout autre nom royal signifie la lune; le prince de Tch'ou est de la famille Mi ^ ; frapper la lune c'est indiquer que vous blesserez Kongwang ; mais après cela vous périrez dans une fondrière ! De fait, le lendemain, Liu-i d'une flèche atteignit Kong-wang, et lui blessa un œil. Celui-ci appela Yang-yeou-ki, lui remit deux bonnes flèches, en lui disant de le venger. Yang-yeou-ki banda son arc ; du premier coup Liu-i fut frappé à la nuque; il s'affaissa sur son carquois, et mourut. Yang-yeou-ki tout fier rendit l'autre flèche à Kong-wang.

Pendant la bataille, K4o-tche -SIS S» un des généraux commandant les recrues de Tsin, avait par trois fois assailli la garde royale de Tch*ou ; apercevant Kong-wang, il était descendu de char, avait ôté son casque, et était parti comme une flèche ; tellement il était pénétré de respect pour la majesté royale. Kong-wang l'avait bien remarqué ; il en avait été très flatté ; il avait aussitôt député le ministre des travaux publics Siang |^ pour lui offrir un arc en cadeau et en souvenir : A un tel moment, lui avait-il dit, l'homme aux genouillères et aux guêtres en cuir rouge, s'est montré un vrai sage ! il a fait attention à mon humble personne; il s'est retiré avec grand respect; je crains vraiment qu'il n'expose sa vie en agissant ainsi !

K'io-tche voyant venir l'envoyé, enleva de nouveau son casque, pour écouter avec respect le message royal ; puis il remercia en disant: moi, Tche ^, l'humble serviteur de sa Majesté, j'ai suivi notre humble prince sur le champ de bataille ; grâce aux mérites de son illustre Majesté, je me trouve en ce moment

(1) Hoai-nan-tse ffi ffi 'J et plusieurs autres célèbrent Yang-yeou-ki comme l'un des plus habiles à tirer de Tare à son époque.

cuirassé de pied en cape ; je ne puis me prosterner à terre, comme je le devrais ; je suis peiné de répondre si indignement à une si grande faveur ; forcé par les circonstances, je me contenterai de saluer de mes mains l'envoyé de sa Majesté ! Sur ce, il salua trois fois le messager, puis retourna aussitôt au combat.

Han-kiué $Ç j^, général du troisième corps, poursuivait en ce moment le comte de Tcheng ^ ; son conducteur Tou-hoenlouo tfc fg j^ lui dit : Hâtons-nous de pousser en avant ! son conducteur regarde sans cesse en arrière ; il a peur ; certainement nous l'atteindrons! Han-kiué lui répondit: J'ai déjà porté la main sur la personne sacrée du roi de Ts*i (1) ; il ne faut pas commettre ce crime une seconde fois ! Aussitôt il ordonna de rebrousser chemin.

Quelques instants plus tard, K4o-tche se trouvait de même à la poursuite de ce prince; son écuyer lui dit: Envoyez quelques troupes légères arrêter ou retarder la course de son char ; j'arriverai par derrière; nous pourrons le prendre vivant! K*iotche refusa: H ne faut pas pousser les choses jusqu'à ce point, lui dit-il ; quiconque touche à une tête couronnée s'attire des malheurs ! Et il cessa la poursuite.

Che-cheou ^ "M*! ^^ conducteur du comte, lui dit alors : en 660, à la grande bataille sur les bords du lac Yong ^, le prince de Wei ^j fut vaincu uniquement pour n'avoir pas abaissé son étendard (2). Sur ce, il enroula le drapeau du prince, et le mit dans sa gaine. T'ang-keou ^ ^, l'écuyer, dit au conducteur : Vous êtes le seul appui de notre roi; notre défaite est déjà assez grande; je ne vous vaux pas; fuyez avec le prince; moi, je resterai ici pour arrêter l'ennemi! Aussitôt dit, aussitôt fait; le généreux écuyer se fit tuer sur place; mais il sauva son maître.

Pendant ce temps, l'armée de Tch'ou était poussée dans des impasses, et réduite aux abois. Le grand officier Chou-chan-jan ^ il] rt^ cria à Yang-yeou-ki ^ ^ ^ : malgré la réprimande de notre roi, considérez le salut public; mettez-vous à lancer vos flèches ! Celui-ci obéit sur le champ : à chaque coup il tuait son homme. De son côté, Chan-jan ne restait pas oisif ; il empoignait les fantassins à bras le corps, les jetait sur les chars ennemis avec une telle violence qu'il en rompait la barre d'appui. Les gens de Tsin § furent si terrifiés à la vue de ces deux héros qu'ils abandonnèrent la place ; ils se retirèrent, emmenant prisonnier le prince Kong-tse-fa ^ ^ ^j^, du royaume de Tch*ou.

(1) A la bataille de Ngan ^i en 589.

(2) La bataille est décrite à l'année 660, c'est-à-dire la 2^ du duc Ming-kong Pg {& • Le lac Yong ^ est au sud de Yong-tche-hien 5k î^ iw ' dans la préfecture de K*aifong-fou ^ M f^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 8).

Au milieu de la mêlée générale, Loan-kien m ||^, écuyer du roi de Tsin §, aperçut le drapeau du ministre Tse-tchong ^ J: Quand j'étais ambassadeur à la cour de Tch'ou, dit-il, ce ministre me demanda en quoi, nous autres, nous mettions la valeur d'une armée et d'un homme courageux ; je lui répondis que c'était dans le bon ordre le plus strict. Il insista; je lui dis: C'est encore dans l'aisance et la possession de soi, même au plus fort de la bataille. Or, nous n'avons pas encore envoyé de parlementaire ; nous ne tenons donc pas au bon ordre ! oublier ses propres paroles n'est pas une preuve d'aisance au milieu du combat! que votre Majesté me permette d'envoyer un verre de vin à Tse-tchong! Le roi le lui permit. Loan-kien députa un officier avec le message suivant: Faute de mieux, notre humble prince m'a fait l'honneur d'être son lancier ; ainsi je suis bien occupé ; je ne puis moi-même aller servir quelques rafraîchissements à votre suite ; j'envoie donc un de mes hommes vous offrir ce verre de vin.

Tse-tchong répondit à l'envoyé : Votre maître a eu autrefois un entretien avec moi, à la cour; je vois qu'il ne Ta pas oublié; c'est un homme qui comprend bien les rites ! Après ce compliment, Tse-tchong but le vin, congédia l'officier, puis se remit à battre le tambour des signaux.

La bataille avait commencé au point du jour; la nuit était venue ; les étoiles brillaient au firmament ; le combat n'avait pas encore cessé. Alors Tse-fan ^ g[ voulut payer d'audace ; il fît publier l'ordre suivant: Qu'on cherche les blessés, et qu'on les soigne ! qu'on reforme les cadres de l'armée ! qu'on répare les chars, les armes ! demain, au premier chant du coq, qu'on se tienne en rang de bataille !

Les gens de Tsin § entendirent cet ordre ; ils en furent bien mortifiés ; eux qui croyaient avoir remporté une victoire complète ! Miao-fen-hoang "Ôf "ft è? *® fuyard de Tch'ou, les rassura par un stratagème semblable ; sur son conseil, le roi fît publier l'ordre suivant : Examinez avec soin les chars, aiguisez les armes ; reformez les cadres ; soignez bien les chevaux ; man gez sur votre couche ; faites votre prière avec ferveur ; car demain, au point du jour nous recommençons le combat. Il fît même lâcher tous les prisonniers, pour montrer aux gens de Tch'ou combien il était sûr du triomphe.

Kong-wang fut en effet découragé ; il fît appeler Tse-fan, son généralissime, pour se concerter avec lui ; mais celui-ci ne put venir; il était ivre. Le ciel veut la ruine de mon royaume, s'écria Kong-wang ; nous ne pouvons rester ici ! Aussitôt il donna le signal du départ ; et l'on s'enfuit en silence. Le lendemain, l'armée de Tsin ^ entra dans le camp abandonné; elle y festoya pendant trois jours avec les provisions qu'on y avait laissées.

Fan-wen-tse IS 3!^ -f était un sage ; il craignit que cette victoire ne donnât de l'orgueil à son maître; debout devant le

char du roi, il lui dit : Votre Majesté étant si jeune, et nous autres sans valeur, comment avons-nous pu remporter un tel triomphe ? que votre Majesté prenne bien garde ! le livre des Annales (Chou-king "^ jjg) dit avec raison: Le mandat que vous a confié le ciel n'est pas irrévocable! il faut pratiquer la vertu (1)!

Dans sa fuite, l'armée de Tch'ou était parvenue jusqu'à Hiai ]g (2); Kong-wang fit dire à Tse-fan ^p g^: Autrefois, les généralissimes vaincus, comme par exemple Tse-io ^ 3Ei s® donnaient la mort; le roi n'étant pas présent à l'armée, toute la responsabilité retombait sur eux ; cette fois, s'il y a eu faute, on doit me l'imputer. Tse-fan entendant ce message, frappa la terre de son front à plusieurs reprises : Sa Majesté m'eût-elle mis à mort, ditil, je n'aurais pas eu de quoi me plaindre ; car c'est bien ma faute si nos troupes ont dû prendre la fuite !

Le premier ministre Tse-tchong -^ ^ vit au contraire une bonne occasion de se défaire d'un rival; il envoya dire à Tse-fan Vous savez ce que fît Tse-io, quand il eut perdu la bataille; pourquoi donc ne l'imitez-vous pas? Tse-fan lui fit répondre: L'exemple de Tse-io ne fût-il pas là, le juste blâme de votre seigneurie me serait un ordre suffisant ; pourrais-je oublier ce que j'ai mérité ? j'ai perdu l'armée de notre illustre prince ; comment pourrais-je survivre à ce désastre ?

Kong-wang fut averti de ce qui se passait entre les deux ministres; il dépécha un courrier pour en empêcher les suites; il était trop tard; Tse-fan était déjà mort (3).

Les princes de Ts'i ^, de Wei ^f, de Lou § avaient été invités par le roi de Tsin § à prendre part à cette campagne ; ils avaient accepté ; mais le premier arriva après la bataille ; le second se mettait seulement en marche; le troisième faisait encore ses préparatifs. Ce fut ce dernier qui paya pour tous ; dans sa colère, le roi de Tsin refusa de le recevoir à la grande assemblée des vassaux qui eut lieu en automne.

(1) Zottoli, III, p. 443. — Couvreur, p. 244.

(2) Hiai = se trouvait au sud-est de Chan-sang-hien llj ^ jÇp; or celle-ci est à 37 li au nord de Mong-tch'eng-hien ^ j^ jfp » qui à son tour est il 1 80 li au nord de sa préfecture Yng-tcheou-fou ^ jt| /jj [Ngan-hoei] ; on ne possède pas d'indication exacte sur l'emplacement. (Edition impér., vol. 24, p. 23)— (p. Fa., vol. 6, p. 33) — (g. Fa., vol. 21, p. 34).

(3) Confucius, parfant de ce fait, se contente de ces quelques mots : «Le royaume de Toh*ou met à mort le grand officier Kong-tse-tsé ^ -Jp fiîl», c'est-à-dire Tse-fan. Pareille phrase ne doit-elle pas induire le lecteur en erreur ? Est-ce le style d'un «historien modèle», d'un «saint», du «précepteur de tous les âges à venir»? Il n'y a qu'une explication plausible ; Confucius a copié purement et simplement le texte qu'il a trouvé dans les archives du duché de Lou; il aurait dû y ajouter quelque bref commentaire.

En 574, à la première lune. Tse-se ^ m, grand officier de Tcheng ^, envahissait le territoire de Tsin §, pour venger la défaite de l'année précédente ; il s'avança jusqu'aux villes de Hiu ^ et de Hoa ^ (2). Une armée de Wei ^j le repoussa et pénétra à soii tour dans le pays de Tcheng jusqu'à Kao-che '^ J5 (3). Kong-wang avait promis son concours pour cette expédition ; mais il ne se fiait pas trop à la loyauté du comte ; il lui avait demandé des otages ; il avait même exigé qne la capitale de Tcheng fût confiée à la garde de ses deux grands officiers Kong-tse-tch'eng ^ -? J^ et Kong-tse-yn S* "? lî? P^^^ parer à toute éventualité fâcheuse. La précaution était sage. Bientôt, en effet, une armée de Tsin envahissait le territoire de Tcheng ; renforcée par des troupes auxiliaires, elle parvenait sans grande difficulté jusqu'aux villes de K4u-wei ^ ^ et Hi-tong ^ Jf. A cette nouvelle, Tse-tchong ^ ;^, le premier ministre, accourut avec ses troupes, et campa près de Cheou-tche "^ Jt (4); l'armée de Tsin se retira devant lui, et retourna dans ses foyers préparer une nouvelle expédition.

A la lO^ï^e luj^e de cette même année, elle revenait à la charge ; au jour nommé keng-ou J| ^, elle mettait le siège devant la capitale ; mais Kong-wang ayant envoyé ses troupes, sous les ordres du général Kong-tse-chen ^ ^ ^, les gens de Tsin durent encore une fois décamper.

A la fin de cette même année, une armée de Tch'ou annexait la petite principauté de Chou-yong ^ j^ (5); c'était une vengeance. Après la défaite de Yen-ling ^ ^, racontée plus haut, le prince de Chou avait pressé le roi de Ou ^ d'envahir le pays de Tch'ou; la ville de Tch'ao ^ (6) avait été prise; les villes de Li

(2) Hiu= n'était pas loin de Hoa; mais on ignore l'endroit exact.

Hoa= était la capitale d'une ancienne petite principauté de ce nom, annexée en 627 par le roi de Tsin; elle se trouvait à 20 li au sud de Yen-se-hien le BlP w' dans le préfecture de Ho-nan-fou IrT ï§ /îï [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 34).

(3) Kao-che = était au sud-ouest de Yu-tcheou -ffi yi\^ dans la préfecture de K'aifong-fouH MM [Ho-nan]. (g. Fa., vol. 47, p. 52).

(4) K'iu-wei= était un peu au sud de W'ei-tcheou îflf J|t| î dans la môme préfecture de K'ai-fong-fou. (p. Fa., vol. 12, p. 4).

Hi-tong = est la montagne actuelle de Fang-chan ^ lU i îl 40 li au sud de Fanchoei-hien Ï^Ij pJC H^î dans la môme préfecture de K'ai-fong-fou. (p. Fa., vol. 12. p. 10). Cheou-tche = c'est Cheou-hiang H JP» au sud-ouest de Tchang-té-fou ^^M

[H'o-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 14)

(5) Cheou-yong=Nou8 avons déjà parlé de ces petits Etats de Chou; ils formaient le territoire actnel de Chou-tch'eng-hien @* M iS » q^ est à 120 li sud-ouest de Liu-tcheoufou JE jHl /Jï [Ngan-hoei] . (p. Fa., vol. 6, p. 16). — (g. Fa., vol. 1, p. 18).

(6) Tch'ao= l'ancienne ville se trouvait à 5 li nord-est de Tch'ao-hien ^^) dans la préfecture de Liu-tcheou-fou. (p. Fa., vol. 6, p. 17).

et de Hoei Jg, sur le territoire de Kia Jg (1), avaient également succombé. Sûr de la protection de son puissant ami, le prince de Chou n'avait pris aucune précaution contre toute surprise ; il s'en repentit bientôt. Kong-wang dépêcha son général Kong-tseto-che S* *? ^ SB punir ce traître ; la capitale fut emportée en un tour de main, et la principauté annexée.

Jusque-là, le royaume de Ou ^ avait été un vassal obéissant, sinon ami ; son roi, Cheou-mong ^ ^ (585-561), ayant îippris la défaite de Yen-ling, et de plus pressé par le roi de Tsin ^, se déclara non seulement indépendant, mais même ennemi de Tch'ou. Dans cinquante ans, nous verrons des guerres redoutables entre les deux pays et le royaume de Tch'ou en grand danger.

En 573, en été, le comte de Tcheng §|5 envahit le pays de Song 5^ ; déjà il est devant la capitale, quand Tarmée de Tch'ou vient se joindre à lui pour cette expédition ; les villes de Tchaokia ^?^î, de Tch'eng-kao iSi^|5, de You-k^ou ^ £ et de P'ongtch'eng ^ JiS tombent en leur pouvoir (2) ; cette dernière étant la plus importante, on y établit Yu-che ^ ^ avec quatre autres grands seigneurs, pour la garder ; on y laisse trois cents chars de guerre à leur disposition ; puis les deux armées retournent à leurs foyers (3).

Les gens de P'ong-tcheng, les plus humiliés, ont grand'peine à reconnaître leur nouveau maître ; le grand seigneur Si-tsou-ou M ®L *§ les exhorte à la soumission en leur disant : Pourquoi vous affliger ? personne n'aime les gens pervers ; si le roi de Tch'ou déteste les mêmes hommes que nous, et nous fait du bien, servons-le loyalement, sans penser à aucune révolte ; si, poussé par une concupiscence insatiable, il nous traitait comme une de ses villes, et n'était pas encore content de nous, il y aurait lieu de nous affliger; s'il recevait amicalement nos traîtres, et les employait comme dignitaires, pour semer la discorde parmi

(1) Li= était à 4o li à l'est de Yong-yang-hien ^ ^ JKî qui est à 200 li à l'ouest de K*ai-fong-fou. (g. Fa., vol. 47, p. 57).

Hoei=était au sud-est de Liu-tcheou-fou, Ngan-hoei; on ne sait à quel endroit exact. Kia = item.

(2) Le pays do Song= s'étendait depuis Koei-té-f ou SÇ j§ jjj [Ho-nan], jusqu'à Siu-tcheou-fou {^ yf\ /kT» • [Kiang-sou] ; la capitale était la ville actuelle de Koei-té-fou. (g. Fa., vol. 1, p. 10). — (p. Fa., vol. 12, p. 11).

Tohao-Ma= c'est Hia-hien ^ JH) dans la préfecture de Koei-té-fou.

Tch*eng-kao=Yeu-k'iou= c'est Siao-hien ^ j^ dans la préfecture de S.u-tcheou-

fou.

P'ong-tch'eng= c'est Siu-tcheou-fou. Elle fut dans la suite la capitale du fameux

guerrier Hiang-iu J^ /p^t qui contribua le plus à la chute de la dynastie Ts'in S§*

(Edition impér., vol. 24, p. 47). — (p. Fa., vol. 12, p. 13).

(3) Les troupes de Tch'oii étaient commandées par le général Tse-sin "X "^ > celles de Tcheng ^i par le général Hoang-tch'en

^ nous, ce serait encore le cas de nous affliger. Mais, pour le moment, il exalte les traîtres des divers princes, il leur distribue le butin de guerre, pour barrer par leur moyen les chemins de communication entre les deux pays de Tsin Ç et de Ou ^ ; de cette manière, il éloigne de soi les gens fidèles ; il irrite les vassaux ; il oblige les rois de Tsin et de Ou. à pourvoir à la sûreté de leurs Etats; tout cela est un sujet de joie pour nous. Jusqu'à ce jour, nous avons fidèlement servi le roi de Tsin ; pourrait-il nous délaisser ? certainement il aura pitié de nous !

A la 7è"ie lunç de cette même année, deux généraux de Song 5[c essaient de reprendre P'ong-tch'eng ^ J^ ; ils en font en vain le siège ; ils y perdent tous deux la vie. A la llème lune, Tse-tchong ^ ;^, premier ministre de Tch'ou, arrive avec une armée, et force les assiégeants de déguerpir; après cela, unissant ses troupes à celles de Tcheng ^, il se met à parcourir le pays de Song, pour le soumettre en entier. Un grand seigneur, nommé Hoa-yuen ^ x^ se rend en toute hâte à la cour de Tsin ^, annoncer l'extrême détresse de sa patrie. Han-hien^tse ^ ^ ^^ autrement nommé Han-kiué ^ JU, premier ministre, fait au roi la remarque suivante : La grande fortune de votre illustre ancêtre Wen-kong ;^ ^, qui mit notre pays à la tête des vassaux, date du secours qu'il apporta au royaume de Song jf?, en 632. Sur ce, le roi de Tsin se met lui-même en campagne; bientôt il arrive à Tai-kou -^ ^ ; il y établit un camp retranché ; puis de là se met à la recherche de l'armée ennemie ; il la rencontre dans la vallée de Li-kio H ^ (1), mais il n'a pas Thonneur de livrer bataille ; les gens de Tch'ou et de Tcheng, ne se sentant pas de force à lutter contre des troupes si considérables, s'empressent de se retirer.

En 572, c'est le duché de Lou ig. qui essaie lui-même de reprendre P'ong-tch'eng ^ ^ pour le compte du prince de Song ; dévouement bien insolite de la part de ce faible pays ! Son prince est un enfant de quatre ans (2) ; il a grand besoin de l'appui du roi de Tsin ; voilà pourquoi on s'empresse de lui plaire ; c'est par son ordre que l'on fait cette démonstration belliqueuse. Bientôt l'armée de Tsin §, renforcée de troupes auxiliaires, arrive à son tour sous les murs de la ville ; celle-ci finit par se rendre à discrétion ; Yu-che ^ .Ç et les quatre autres grands seigneurs sont emmenés captifs et internés à Hou-k'ieou

On n'a pas coutume de s'arrêter en si beau chemin ! A la

(1) Tai-kou = l'emplacement exact n'est pas connu. Mi-lrio=item.

(2) Il s'appelait Siang ^»

(3) Hou-k'ieou= était à 20 li sud-est de Yuen-k'in-hien Jg W j^i dépendant de Kiang-tcheou ^ jlt| [Chan-si] . (p. Fa., vol. 8, p. 45) — (g. Pa., vol. 41, p. 43).

5ème lune, Tarmée victorieuse se jette sur le pays de Tcheng d'un trait elle parvient jusqu'aux faubourgs de la capitale Sintcheng 5gf ^j sous les ordres du généralissime Han-kiué ^ JJJf ; celui-ci remporte une victoire sur les bords de la rivière Wei p^ (1). Un détail assez curieux est raconté par )e commentaire ; c'est qu'à cette bataille les gens de Tcheng n'avaient que de l'infanterie, sans chars de guerre; mais même sans ce déficit ils eussent été vaincus !

Pendant cette expédition, les troupes de Ts'i ^, de Lou ^, de Tsao 1^, de Tchou ^\l, et de Ki H^ campaient à Koei i||5 (2), prêtes à porter secours s'il en était besoin. Han-kiué se joignit à elles, et s'en alla ravager le pays de Tch'ou ; en peu de temps il s'empara de la ville de Tsiao-i |l ^ (3), et de la principauté de Tch*eng ^; quant aux princes de Tsin Ç et de Wei ^, ils se tenaient à T'si ]^ (4) avec une armée de réserve. C'était un moment critique pour Kong-wang.

En automne, Tse-sin ^ ^, général de Tch*ou, imagina un stratagème pour forcer les coalisés à cesser leur invasion; il. s'en alla au pays de Tcheng g|5, unit ses troupes à celles du comte, et partit pour la principauté de Song ^ à laquelle il prit les villes de Liu g, de Liou -g, puis celle de K4uen-k'ieou ^E^ (5).

En 571, au printemps, Kong-wang ordonnait au comte de Tcheng ^ d'envahir de nouveau le pays de Song ^ ; il voulait reconquérir surtout la ville de P'ong-tch'eng ^ :J^ ; il fut trompé dans ses espérances ; les choses tournèrent bien autrement. Pendant l'été, le comte (6) tomba gravement malade; le

(1) Sin-tch'eng = est la ville du môme nom, à 220 li sud-ouest de la préfectuire K*ai-fong-fou pfl îf /jj [Ho-nan] . L'ancienne capitale n'occupait que la partie nordouest de la ville actuelle.

La rivière Wei = coule au sud de la môme ville, et a sa source dans la montagne Tang-tch*eng-chan ^ ^ lU (p. Fa., vol. 12, p. 5).

(2) Koei=cette ancienne ville se trouvait à 50 li nord-est de Mi-hien ^ jÇp» qui est à 120 li nord-ouest de K*ai-fong-fou. (p. Pa., vol. 12, p. B).

(3) Tsiao-i = appelée plus tard Tch'eng-fou-tch'eng "^ ^ ^=étaità70 li sudest de Po-tcheou ^ >n| » au nord de Yng-tcheou-fou q^l JIt| jjj [Ngan-hoei] . (p. Fa., vol. 6, p. 31)— (g. Fa., vol. 21, p. 61).

(4) T8*i = était à 7 li au nord de K'ai-tcheou pg yf\ ? dans la préfecture de Taming-fou y^ ^ J^ [Tche-il]. C'était une ville du prince Wei ^* (p. Fa., vol. 2, p. 54)(g. Fa., vol. 16, p. 36).

(5) Liu = était à 50 li à Test de Siu-tcheou-fou '^ jH| /jj [Kiang-sou] .

Liou = était à 50 li sud-est de Pei-hien fîp ^î dans la même préfecture de Siutcheou-fou.

K*iuen-k*ieou= était à 30 li nord-ouest de Yong-tch'eng-hien :3C Wi -Sh' dans la préfecture de Koei-té-fou W ^ M [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 4, p. 27— vol. 12, p. 13)— <g. Fa., vol. 29, pp. 5 et 14— vol. 50, p. 10).

(6) Ce comte s'appelait Tch'eng JK*

grand officier Tse-se ^ Ifj lui conseilla de se reposer ; il refusa en disant: Le roi de Tch'ou est venu en personne au secours de mon pays ; il a même reçu une flèche dans l'œil ; c'est pour mon humble personne qu'il s'est sacrifié jusqu'à ce point ; si je le quittais, il se serait dévoué en vain ; je serais un parjure ; qui doncç après cela, voudrait être mon ami? messieurs les ministres, ne m'excitez pas à un tel crime !

A la 7ènie lune, le comte de Tcheng §|5 mourait. Sans égard pour le deuil, une armée de Tsin § envahit aussitôt son territoire ; tous les grands officiers voulaient faire leur soumission ; mais Tse-se ^ Ifj les retint en disant : La parole de notre prince est encore en vigueur ; il n'est pas encore enterré ; son fils porte encore le deuil ; c'est donc lui qui est censé régner.

Le roi de Tsin § réunit les vassaux à Ts'i ;^, pour délibérer sur cette expédition ; Mong-hien-tse ;^ ^ ^^ grand seigneur de Lou ^, proposa de prendre la ville de Hou-lao J^ ^ (1), puis de la fortifier, afin d'en faire un centre d'opérations ; de là il serait aisé de harceler le reste du pays. Ce conseil fut approuvé; en hiver on le mit à exécution; aussitôt le nouveau comte de- Tcheng §|5 demanda à faire un traité de soumission et d'amitié.

Quant au royaume de Tch'ou, il se contenta pour le moment de dévorer cette humiliation en silence. Kong-tse-ch3n ^ -^ ^, son ministre de la guerre, avait reçu de grands cadeaux de plusieurs petits Etats, pour leur rendre service ; en conséquence, depuis quelque temps il s'ingéniait à contrecarrer les projets du premier ministre Tse-tchong -^ î| et du grand général Tse-sin ^ •^ ; ceux-ci finirent par le faire mettre à mort.

Voilà ce que dit l'historien ; mais la véritable raison n'est peut-être pas celle-là ; ne voulait-on pas plutôt se débarrasser d'un rival ? car, à cette époque, toute l'administration était entre les mains de ces trois puissants seigneurs ; Kong-tse-chen gênait ses collègues ; ne pouvant s'en défaire autrement, ils l'accusèrent de trahison ; le pays venait de subir plusieurs échecs ; il fallait trouver un bouc émissaire pour satisfaire l'opinion publique ; c'est Kong-tse-chen qui fut sacrifié.

En 570, au printemps, Tse-tchong ^ ;g prenait les meilleures troupes, et les conduisait lui-même contre le royaume de Ou ^; il voulait venger d'une manière éclatante la défection de ce grand pays; mais l'entreprise n'était pas des plus faciles: d'abord on prit la ville de Kieou-tse j!j| ^ (2) ; puis on se rendit jusqu'à

(1) Hou-lao = était un peu à l'ouest de Fan-choei-hien fU /fC j||î qui est à 250' li à l'ouest de sa préfecture K'ai-fong-fou PB j^ /jj [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 10).

(2) Kieou-tse = fut appelée plus tard Ou-hou ^ (^ ; elle se trouvait à 30 li â l'est de la ville actuelle de ce nom, dans la préfecture de T'ai-p*ing-fou >(c ^ /fif" [Ngan-hoei] . (g. Fa., vol. 27, p. 6).

la montagne de Heng-chan ^ \l\ (1); tout allait bien jusque là; mais Tse-tchong eut la malheureux idée d'envoyer plus loin en avant son collègue, le général Teng-liao S|5 J^ ; ce fut la ruine de l'expédition. Celui-ci avait trois cents fantassins dont la cuirasse était en cordons de soie vernissée, et trois mille dont la cuirasse, ou plutôt la tunique ouatée, était en grosse soie cuite ; c'était sans doute un uniforme bien extraordinaire pour l'époque, puisque l'historien en fait mention avec tant de détails. Les gens de Ou laissèrent ces beaux soldats s'engager dans un défilé ; là ils les attaquèrent avec une telle fureur que des trois cents premiers il n'en resta que quatre-vingts; et des trois mille autres il n'en revint que trois cents ; Teng-liao lui-même fut pris vivant. A cette nouvelle, Tse-tchong retourna bien vite dans son pays ; les gens de Ou le suivirent de près ; il avait à peine achevé les sacrifices à ses ancêtres que l'armée ennemie envahissait le royaume de Tch'ou et s'emparait de nouveau de la ville de Kia ^ (2). Double malheur! car cette ville était aussi forte que Teng-liao bon général ! Le commentaire observe mélancoliquement que le gain ne compensait pas la perte dans cette expédition. Tout le monde en rejeta la faute sur Tse-tchong; il en fut si humilié qu'il tomba malade et mourut de chagrin. C'est la première des sept campagnes que nous aurons à raconter contre le royaume de Ou; elle n'était pas brillante.

Le successeur de Tse-tchong fut Tse-sin -f ^; celui-ci avait la passion de la guerre ; il ne cessait de pressurer les petits Etats; on le haïssait cordialement. Tch'eng-kong j^j^ ^, prince de iTch'en g^ (598-569), voulut se soustraire une bonne fois à ses exactions; il envoya Yuen-kiao :^ ^, un de ses grands officiers, à la réunion des vassaux qui se tenait à K^i-tche H ^ (3), et demanda la faveur d'être admis dans leur confédération sous la tutelle du roi de Tsin §. Sa requête fut admise avec empressement; les ambassadeurs de l'empereur étaient présents à cette assemblée.

Kong-wang fut informé de cette nouvelle défection ; il ordonna aussitôt à Kong-tse-ho-ki & J- jëi §S,, son ministre de la guerre, d'envahir le pays de Tch'en ^, De son côté, le roi de Tsin § envahissait le pays de Hiu fj^, dont le prince était resté fidèle à Kong-wang, et n'avait pas paru à la réunion de K'i-tche. On

(1) Heng-chau=La grande géographie, vol. 20, p. 26, dit que cette montagne a ose étendue de 80 li et une hauteur de deux mille pieds; elle est visible de très-loin, et de tous côtés. L'endroit exact dont il s'agit est Hoang-wang-chan |f| 35 (Il , à 60 li nordest de T'ai-p'ing-fou, comme il est dit expressément dans la grq,nde géogr., vol. 27, p. 4.

(2) Kia = dans la préfecture de lâu-toheou-fou JK yf\ jj^» [Ngan-hoei}. (voyez ci-dessus).

(3) K'i-tche=vme de Wei M, était à l'ouest de Koang-p'ing-fou M ^ ^ [Tche-li] . (p. Fa., vol. 2, p. 48).

était à la fin de l'année, en plein hiver: on ne poussa pas les affaires plus loin.

En 569, au printemps, l'armée de Kong-wang, revenue dans ses frontières, campait à Fan-yang |^ p^ (1) ; le premier ministre de Tsin Ç, nommé Han-hien-tse ^ J^ -^i pressait son roi d'abattre enfin le pays de Tch'ou : Le fameux Wen-wang "^ J, lui disait-il, voyant les vassaux révoltés contre la dynastie Yn |g^ les ramena à Tobéissance, et leur persuada de se soumettre à l'empereur Tcheou ^^ (1154-1123); voilà un homme qui savait profiter des moments opportuns! Nous autres, nous faisons juste le contraire! aussi aurons-nous de la peine à réussir comme lui!

A la 3ènie lune, l'armée de Tch'ou se remit en marche contre le pays de Tch'en |^ ; mais elle apprit bientôt la mort du prince Tch'eng-kong ^ ^ ; sur-le-champ elle s'arrêta, par respect pour le deuil national. Malgré cette marque de déférence, les gens de Tch'en ne voulurent pas revenir sous l'autorité de Kong-wang. Quand le sage Ts'ang-ou-tchong |^ ^ f^iî du pays de Lou ig-, apprit ce détail, il s'écria: La principauté de Tch'en va périr! un grand royaume lui montre une telle courtoisie en observant les rites à son égard, elle n'en est pas touchée! un grand Etat pâtirait après une telle faute ; à plus forte raison une petite principauté !

En été, le général P'ong-ming ^ :^, de Tch'ou, conduisait une armée contre Tch'en ^. Outre la raison que nous venons de donner, il y en avait encore une autre ; la voici : Kong-wang avait ordonné au petit état de Toen i|| de surveiller celui de Tch*en ^, et de profiter de la première occasion pour l'envahir; pour se venger, les gens de Tch'en avaient eux-mêmes assiégé la capitale de Toen (2). L'historien va nous dire, un peu plus loin, pourquoi le général P*ong-ming ne réussit pas tout de suite dans ses opérations ; il dut attendre deux ans avant d'obtenir la soumission du pays de Tch'en.

En 568," Kong-wang mettait à mort son premier ministre Tse-sin ^ ^ ; voici pourquoi : on avait demandé aux gens de Tch'en le motif de leur défection ; ils avaient répondu : C'est l'insatiable rapacité de votre premier ministre ; il nous harcèle de contributions ! Sur ce, en automne, Kong-wang fit massacrer Tse-sin; mais les gens de Tch'en ne voulurent pas encore revenir à résipiscence. Le commentaire blâme Kong-wang: «Ce roi,

(1) Fan-yang=il y a encore un kiosque de ce nom, au nord de Sin-ts*ai-hien Jp" ^ iw' dans la préfecture de Jou-ning-fou 2X % iSf [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 50)--(g. Fa., vol. 50, p. 26).

(2) Toen = la capitale était nn peu au nord de Chang-choei-bien ^ TjÇ J^î à 90 li sud-ouest de sa préfecture Tch'en-tcheou ^ yrl [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, ô,

^)— (g. Fa., vol. 1, p. 16).

dit-il, ne savait pas appliquer les châtiments avec justice; d'abord il ne sut pas connaître les concussions de son ministre, ni exhorter efTicacement le prince de Tch*en à pratiquer la vertu; ensuite il ne sut pas réprimer convenablement la révolte de ce dernier; il leva une armée considérable pour punir un si petit Etat, sans pouvoir y réussir; de dépit, il se vengea sur son premier ministre; cela ne fit qu'augmenter les difficultés. Le livre des Vers [Cheking Hf ^] nous dit avec raison : Le grand chemin est uni et droit ; mon cœur aime à voir clair dans les affaires ; si dans les délibérations vous ne trouvez pas de bons moyens, il faut appeler des sages pour les apprendre de leur bouche (1). Kong-wang n'était pas loyal ; il manquait lui-mômc à la foi jurée ; il faisait mourir arbitrairement ses ministres ; chose semblable est-elle permise? Le livre des Annales nous avertit en ces termes: Quand la probité de quelqu'un est solidement établie, les affaires s'arrangent d'elles-mêmes (2). Nous allons entendre la contrepartie de cette mercuriale.

A la Qènie lune, le seigneur Tse-nang ^ ^ devenait premier ministre. A cette nouvelle, Fan-kai |3; ^, le fameux ministre de Tsin ^^ dit à son entourage: Nous allons perdre la principauté de Tch'en ^; car le îoi de Tch'ou a su punir l'homme pervers, et l'a remplacé par un sage tel que Tse-nang ! le cours des affaires va Changer; le pays de Tch'en sera vite réduit à l'extrémité; il est si près de Tch'ou, comment lui résister! d'ailleurs, nous autres, nous n'avons pas le bras assez long pour le secourir en tout temps; abandonnons-le; c'est le meilleur parti à prendre.

Le roi de Tsin en jugeait sans doute autrement; car, à la llème lune, il réunissait les vassaux à Tch'eng-ti ^ ^ (3), pour concerter une expédition ; la conclusion fut l'envoi immédiat d'une armée organisée par les divers princes, pour parer à toute éventualité. Ainsi ^se-nang se trouvait en échec par la présence des troupes confédérées ; il se retira pour quelque temps.

A l'année 567, il n'y a rien d'inscrit dans les annales de Confucius [Tch'oen-ts'ieou ^ ^].

En 566, à la 10^^® lune, Tse-nang reparaissait avec son armée, et mettait le siège devant la capitale. A la 12ème lune, le roi de Tsin § réunit les princes à Wei g|5 (4) ; mais cette fois ils furent en désaccord ; ils étaient au nombre de neuf; de désespoir, le prince de Tch'en ^ s'enfuit de l'assemblée, rentra chez lui,

(1) Ces vers ne sont plus dans les éditions actuelles.

(2) Ce texte n'y est plus.

(3) Tch'eng-ti= était à 10 li au nord de Yang-ou-hien ^ j^ j||î qui est à 90 11 nord-ouest de sa préfecture Hoai-k4ng-fou '^ M M [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 29)-(g. Fa., vol. 47, p. 26)..

(4) Wei = était dans la principauté de Tcheng Ppî mais on en ignore remplace j ment exaot.

et fît la paix avec Tse-nang. Les autres, ne voulant pas s'attirer les représailles de Tch'ou, se séparèrent sans avoir rien tenté.

L'historien raconte que dans cette circonstance les deux ministres de Tch'en jouèrent un vilain tour à leur maître; voyant le peuple fatigué par le siège, ils firent dire à Tse-nang: Nous allons vous envoyer le prince Hoang ^, le propre frère de notre roi, comme pour parlementer; saisissez-le. Ainsi fut fait. Les deux ministres envoyèrent aussitôt un message au prince de Tch'en : Votre frère, disaient-ils^ a été pris par les gens de Tch'ou; que votre seigneurie veuille bien revenir au plus vite ; car nous, vos humbles sujets, nous ne pouvons voir la ruine de notre pays, ni celle du temple de nos ancêtres ; le peuple est fatigué du siège ; il menace de vous quitter^ pour se donner au roi de Tch'ou. Trompé par ce stratagème, le prince laissa l'assemblée et revint en toute hâte. Le commentaire fait encore observer que les lignes des assiégeants n'étaient pas très serrées, puisqu'on pouvait si facilement les franchir.

En 565, pendant l'hiver, Tse nang ^ ^, premier ministre de Tch'ou, conduisait une armée contre le comte de Tcheng ^, pour le punir d'avoir envahi l'Etat de Ts'ai ^, quelques années auparavant. Sur ce, une moitié des grands seigneurs de Tcheng voulait faire sa soumission ; l'autre moitié voulait attendre les secours de Tsin § ; finalement, les premiers triomphèrent ; on signa un traité de paix et d'amitié, aussi illusoire que tous les précédents ; il s'agissait seulement de gagner du temps ; aussitôt que l'armée de Tsin apparaîtrait, on s'empresserait de lui jurer une fidélité inviolable et éternelle. Nous voyons les gens de ce pays renouveler ce jeu de bascule toutes les fois qu'il est jugé nécessaire. Le comte envoya un ambassadeur à la coiir de Tsin, pour s'excuser; protestant qu'il n'avait cédé qu'à la force, et que de cœur il restait comme auparavant un vassal des plus soumis. Le roi de Tsin ne fut pas si sot que de croire à ces belles paroles ; en attendant, il fit répondre qu'il irait saluer ce fidèle sujet à la tète d'une armée, aussitôt qu'il en aurait le temps.

En 564, pendant l'été, voici un autre personnage qui entre en scène, et trouble ses projets de vengeance. King JP;, roi de Ts'in ^ (576-537), envoyait le grand ofïîcier Ohe-kien i ^| à la cour de Kong-warig, lui demander des troupes auxiliaires contre ce même pays de Tsin §. Quelle magnifique occasion pour le royaume de Tch'ou ! son rival pouvait enfin^ être abattu, anéanti ! comment pourrait-il résister aux deux Etats les plus puissants de cette époque? Nous allons pourtant le voir sortir d'embarras sans y périr.

Tout d'abord, Kong-wang promit son concours avec empressement. Mais son premier ministre vint aussitôt lui faire des remontrances : Cette expédition ne réussira pas, lui dit-il ; pour le moment, nous ne sommes pas capables de tenir tête au royaume

de Tsin ^ ; car, actuellement, son prince ne choisit que des hommes de mérite, et ne les emploie que d'après leurs talents ; tous ceux qui ont un oftîce se montrent dignes de la confiance que l'on a mise en eux; aucun n'abuse de son pouvoir; les hauts dignitaires sont assez humbles pour céder leur place à des gens plus capables ; les grands officiers sont de vrais modèles dans l'administration ; leurs subalternes n'ont qu'une ambition, celle d'exécuter fidèlement les ordres qu'ils en reçoivent; le bas peuple est tout entier à l'agriculture ; les marchands, les artisans, les serviteurs, tous sont appliqués à leur devoir; le fameux seigneur Han-kiué |^ ^ est vieux, c'est vrai ; mais Tche-yong ^ j^, son successeur, lui demande conseil dans toutes les affaires ; Fan-kai 13; ^ est plus jeune que Tchong-hang-ien ^ ff M. '- cependant il occupe un poste plus élevé; il est l'adjudant du généralissime. Hang-yen, voyant ses grands talents, lui a cédé sa place; d'autres grands officiers ont pratiqué la même abnégation ; le prince se montre prudent ; les supérieurs sont humbles ; les inférieurs sont respectueux ; quand on pratique ainsi la vertu dans le pays de Tsin §, personne ne peut rivaliser avec lui ; le mieux serait de lui montrer de la déférence ; plus tard nous verrions ce qu'il y aurait à faire; que votre Majesté veuille bien réfléchir à tout cela!

Kong-wang répondit : J'ai donné ma parole, je ne puis la rétracter ; il faut donc que notre armée se mette en campagne, mais il n'est pas nécessaire qu'elle pénètre dans le pays de Tsin. Sur ce, en automne, Kong-wang lui-même se mit à la tête de ses troupes ; mais il se contenta de camper à Ou-tch'eng ^ ^ (1). A ce moment, la famine sévissait au royaume de Tsin ; c'était pour lui une grosse difficulté de plus ; son prince voyant le danger d'une résistance opiniâtre, consentit à faire un traité de paix avec le roi de Ts'in ^. (Le reste de cette expédition appartient à ce dernier royaume. Voir l'histoire que nous en avons écrite précédemment.)

A la lOèna® lune de cette même année, l'armée de Tsin §, réunie à celle des princes confédérés, se rend au pays de Tcheng ^ ; c'est plutôt une démonstration militaire ou une promenade qu'une véritable expédition ; le comte de Tcheng n'attend que cela pour se dégager des liens factices qui le tiennent sous l'obéissance de Tch'ou.

A la 12ènae lune, Kong-wang se présente à son tour ; que va faire le pauvre comte ? c'est bien simple : le grand seigneur Tsese -^ ,155 s'offre pour aller renouveler le précédent traité de soumission; mais les deux seigneurs Tse-k'ong ^ ^L 6* Tse-kiao ^ il s'y opposent : Nous venons de conclure un pacte solennel avec

(1) Ou-tch'eng = Nous avons déjà fait remarquer qu'il y a plusieurs villes dfe ce nom ; celle-ci était au nord de la ville actuelle de Nan-yang-fou ^ f^ ^ [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 40).

le roi de Tsin ; le sang des victimes est encore sur nos lèvres ; nous irions si tôt le rompre ! cela n'est pas possible ! Tse-se leur répond : Le texte de ce traité dit que nous servirons le puissanT; prince ; or, en ce moment, Kong-wang est à notre porte ; c'est donc lui le puissant prince ; quant au roi de Tsin. il est loin ; il ne vient pas à notre secours, à lui la faute ! le pacte qu'il nous a imposé a été signé par contrainte, il n'a donc pas de valeur ; les Esprits n'y étaient pas présents, ils n'ont pu le ratifier ; la sincérité est le point essentiel de tout bon procédé; c'est la base de la foi jurée; c'est elle qui attire les Esprits; comme elle était absente de ce traité, pourquoi craindrions-nous de le rompre? Ce raisonnement singulier triompha des vertueux scrupules de l'assemblée ; Tse-se fut envoyé au camp de Tch*ou porter un acte de soumission ; Kong-wang l'accepta, députa le grand seignur Pi-jong f| j^ pour aller dans la capitale signer en son nom un pacte solennel ; la cérémonie eut lieu dans le quartier appelé Tchong-fen tfi ^. Sur ces entrefaites, arrive la mort de la mère de Kong-wang; celui-ci dut partir en toute hâte, sans avoir réglé les points de détail de ce traité.

En 563, Tse-nang ^ ^, premier ministre de Tch'ou, et Tse-eul ^ 5? général de Tcheng, conduisaient leurs troupes réunies contre le paya^de Song 5fç, un des Etats confédérés. Tout d'abord, on campa à Tse-ou ^ ij (1); puis on se rendit sous les murs de la capitale ; au jour nomme keng-ou j^ 4^, de la 6^"^® lune, on se battit à la porte septentrionale appelée Tong-men :f|3 P^. Le prince de Wei ^, apprenant cette nouvelle, se mit en marche pour porter secours aux assiégés ; il était déjà arrivé à Siang-nieou ^4^ (2), quand il se vit obligé de se défendre lui-même contre les gens de Tcheng ^. Ceux-ci. en effet, avaient reçu de Kong-wang l'ordre de surveiller le prince de Wei, et de l'empêcher de procéder à cette expédition ; le grand seigneur Tse-se voulait qu'on se tînt tranquille, sous prétexte que l'armée était assez fatiguée des guerres précédentes ; mais le fougueux seigneur Tse-tchen -^ ^ le blâma en présence du conseil: Si nous n'attaquons pas le prince de Wei, dit-il. nous ne prouverons pas une sincère adhésion au roi de Tch'ou ; il en sera offensé; nous avons déjà encouru la colère de Tsin ^; ainsi nous serons châtiés des

(1) Tse-ou = était sur la frontière actuelle de Po-tcbeou ^ iWl [Ngan-hoei], et de Lou-i-hien ^ ^ M' qui dépend de Koei-té-fou B§ ^ ijï [Ho-uan] . (Edition impériole, vol. 26, p. 3)— (g. Fa., vol. 50, p. 3).

(2) Siang-nieou=c'est Soei-tcheou p^ *)f\ j à 170 li à l'ouest de Koei-té-fou, Ho-nan. (g. Fa., vol. 50, p. 13).

Voyez à l'année 633, la note où il est dit que certains auteurs croient que c'est Pou-tcheou i^ îH1 1 dans la préfecture de Ts'ao-tcheou-fou Ç J|t| Jff [Chan-tong] . (p. Fa., vol. 12, p. 13j— (Hoang-Ts'ing-king-kiai, vol. 253, p. 9).

deux côtés ; ce sera notre ruine 1 ne vaut-il pas mieux imposer encore cette campagne à nos troupes? Cette observation fut accueillie par les grands officiers; en conséquence, on envoya le général Hoang-eul ^ 5 envahir le pays de Wei.

A la 7ème lune, Tse-nang ^ ^ et Tse-eul ^ 5 quittèrent la capitale de Song, pour attaquer la frontières occidentale de Lou ^ ; puis, revenant sur leurs pas, ils mirent le siège devant Siao ^ (1), ville de Song; à la 8^^^ lune, au jour nommé ping^ yn p^ II, ils s'en emparaient. Cette victoire donna du courage aux troupes; Tse-eul en profita pour envahir la partie septentrionale du même pays.

Pendant ce temps, l'armée des princes confédérés se tenait à Hou-lao ^^ (2), prête à harceler le comte Tcheng gp. Nous avons vu, un peu auparavant, qu'on avait fortifié cette ville ; on y avait laissé une petite garnison ; mais les murs étaient délabrés ; les princes réunis s'empressèrent de les remettre en bon état. Le roi de Tsin ^ fortifiait de même les villes de Ou ij^ et de Tche -Sfl (3) ; tout cela pour faire savoir au comte qu'on allait lui demander raison de sa dernière défection ; aussi, quand celui-ci eut appris que l'armée était en marche pour venir l'attaquer, il s'empressa de proposer uu nouveau traité de soumission. Les gens de Tsin étaient à peine partis, que T«e-nang arrivait à son tour, et forçait le malheureux comte de rester sous Tobéissance de Tch'ou.

A la llème lune, les princes confédérés, laissant de côté la capitale de Tcheng §(5, se rendaient tout d'une traite au sud du pays, devant Yang-ling ^ ^ (4) ; ils croyaient que l'armée de Tch*ou se hâterait de quitter la place ; on avait ainsi tant de fois joué à cache-cache ! mais cette fois Tse-nang crut pouvoir rester; il fallait donc en venir aux mains. Tche-yong jgj

(1) Siao=C'était la capitale d'une petite principauté de ce nom; elle était au nordouest de Siao-hien ^ J|^ » qui est à 45 li sud-ouest de sa préfecture Siu-tcheou-fou % j\\ M [Kiang-sou]. (p. Fa., vol. 4, p. 2S)—{g. Fa., vol. 1, p. 17— vol. 29, p. 11).

(2) Hou-lao = (Voir un peu plus haut) = il y avait là un défilé important, donnant accès au pays de Tcheng.

(3) Ou = était au sud de Yong-yang-hien ^ç f^ |||î îl 300 li environ de sa préfecture K'ai-fong-fou ^ ^. jij' [Ho-nan]. (Edition impériale, vol. 26, p. 6).

Tche= C'est Fan-choei-hien |[i ^JC jÇpî qui est à 250 li à l'ouest de sa préfecture K*ai-fong-fou.— Il y a encore une autre ville de ce nom, ù, 38 li nord-est de Sin-tcheng Sr l!p l'ancienne capitale de ce comté. Mais nous croyons qu'il s'agit de la première; car celle-ci, ainsi que Ou, ne devait pas ôtre loin de Hou-lao, pour se soutenir mutueUement ; le roi de Tsin avait là des postes d'observation pour surveiller le comte et le harceler à plaisir, (p. Fa., vol. 12, pp. 5 et 10)— (g. Fa., vol. 47, pp. 32 et 62).

(4) Yang-ling était au nord-ouest de Hiu-tcheou ^f jHl [Ho-nan] . (Edition impér., vol. 2H, p. 6).

généralissime de Tsin, proposa un stratagème: faisons semblant de retourner [chez nous, dit-il ; les gens de Tch'ou vont croire que nous avons peur; ils vont s'enorgueillir; ils négligeront les précautions jnécesaires; nous tomberons sur eux à l'improviste ; nous sommes sûrs de la victoire? Mais son collègue Loan-i ^U s'écria: fuir devant l'armée de Tch'ou, surtout quand nous sommes soutenus par tant de troupes auxiliaires, serait une honte affreuse? Mieux vaut mourir! Laissez-moi tout seul attaquer Tse-nang ! Ainsi l'armée tout entière fut obligée de s'avancer vers la capitale ; au jour nommé ki-hai g. !^î ^^^^ se trouva en face des gens de Tch*ou, séparée seulement par la rivière Yng-

Tse-kiao ^ i^g, grand seigneur de Tcheng g|5, dit à ses collègues : les princes fédérés étant déjà décidés à partir, ne livreront pas bataille, assurément; si nous nous soumettons à eux, ils partiront encore plus vite; alors l'armée de Tch'ou se retournera contre nous ; de toute façon, les gens de Tsin se retireront, et nous laisseront dans l'embarras ; n'est-il pas mieux de nous soumettre à Kong-wang ? Sa proposition fut acceptée ; lui-même, pendant la nuit, se rendit au camp de Tse-nang, pour y conclure un traité de soumission au nom du comte.

Pendant ce temps, le fougueux Loan-i demandait à engager la bataille dès le lendemain; mais Tche-yong ^ ^, son généralissime, le lui refusa: nous ne sommes pas en mesure de tenir tête aux gens de Tch'ou, lui dit-il ; par ailleurs, nous ne pouvons protéger efficacement le pays de Tcheng ^ contre un retour offensif de Tse-nang ; ainsi, gardons notre rage dans le cœur et rentrons chez nous; si nous livrons combat, la victoire eôt très problématique; ne nous exposons pas à être la risée de nos alliés. Sur ce, au jour nommé ting-wei "f* ^, chacun reprit la route de son pays; le long du chemin, on ravagea la partie septentrionale du comté, pour se venger un peu de cette piteuse retraite. Peu après, Tarmée d'^ Tch'ou rentrait aussi dans ses foyers.

En 562, le comte de Tcheng gp voulut trouver un moyen efficace, pour se délivrer de ces incursions perpétuelles des deux rivaux sur son territoire; il réunit un grand conseil, et demanda les avis de chacun. Les seigneurs dirent en général: depuis trois ans nous ne suivons pas sincèrement notre suzerain, le roi de Tsin §; c'est pour cela que notre pays est sur le bord de la ruine. Kong-wang est en réalité plus faible que son rival; mais celui-ci ne montre pas grand zèle à nous protéger; s'il était plus

(1) La rivière Yng-choei a sa source dans la montagne Yang-kien-chan IS fE tu » qui se trouve à 25 li h l'est de Teng-fong-hien § ^ j|| , dont la préfecture est Ho-nan-foù iP} m Jn [Ho-nan] . Après un parcours de quinze cents li, ayant reçu les eaux de la Ts'ai ^i elle se jette dans la Hoai fH» (p. Fa., vol. 11 p. 6 —(g. Fa., vol. 48, p. 45).

empressé, les gens de Tch'ou ne viendraient pas si facilement nous tourmenter. Comment donc faire, pour que le roi de Tsin tienne davantage à nous, et «oit disposé à tous les sacrifices pour nous défendre? Si nous obtenions cela, Kong-wang nous laisserait tranquilles, et ne viendrait .plus troubler nos relations amicales avec Tsin.

Le seigneur Tse-tcheng ^ J^ proposa le plan suivant: allons attaquer le pays de Song ^; aussitôt les princes fédérés accourront à son secours; nous ferons alors avec eux un traité d'amitié; le roi de Tch'ou se hâtera d'arriver, pour nous punir; nous ferons un traité de soumission; le roi de Tsin entrera en fureur; il se présentera bien vite à la tète d'une nombreuse armée. Kongwang ne pouvant lui tenir tête s'en retournera chez lui ; nous en serons débarrassés ; nous pourrons alors obéir sans crainte au roi de Tsin.

Tout le monde applaudit ce stratagème; en conséquence, les officiers préposés à la garde de la frontière eureut ordre de molester et de provoquer les gens de Song; ceux-ci finirent par se fâcher; eux-mêmes envahirent le territoire de Tcheng, et y firent un grand butin. Maintenant, dit le seigneur Tse-tcheng, nous pouvons attaquer à main armée le pays de Song. En été, il conduisit lui-même une armée; les princes accoururent; on conclut un traité à Po ^ (1), comme on l'avait prévu.

Tse-nang -^ ^ voulut alors frapper un grand coup; il envoya un ambassadeur à la cour de Ts'in |^ demander des troupes auxiliaires, pour envahir ensemble le pays de Tcheng ^, et abattre enfin l'ennemi commun, le roi de Tsin §. Ausitôt que les deux armées réunies apparurent, le comte alla à leur rencontre, et proposa de faire sa soumission; elle fut acceptée sur le champ; comme preuve de sincérité, il joignit ses troupes aux leur, pour une campagne contre le pays de Song; lui-même resta chez lui.

A la 9^"^e lune, tous les princes fédérés, depuis le premier jusqu'au dernier, au lieu d'aller au secours de Song, envahirent le territoire de Tcheng; ainsi les événements prenaient une autre tournure. Le comte envoya son ministre Leang siao ^ ^, avec le grand-officier Che-tcho "^ g, à la cour de Tch'ou, annoncer qu'il était forcé de signer un nouveau traité de soumission avec le roi de Tsin g.

Kong-wang indigné d'une telle mauvaise foi, fît prisonnier l'ambassadeur; ce dont il est blâmé par Confucius, comme d'une chose contraire aux usages reçus. Le traité n'en fut pas moins signé par le rusé Tse-tcheng ^ j^, au nom de son maître ; tous les seigneurs et officiers de Tsin § reçurent les cadeaux les plus

(1) Po=était à 14 U à Toueet de Yen-ohe-hien ^ M %> qui est à 70 li à l'est de sa préfecture Ho-n^n-fou (Rf ||f Jjji [Ho-nan.] (p. Fa., vol. 12, p. 34).

magnifiques, et les plus capables de contenter leurs passions.

A la fin de cette même année, les troupes de Ts'in ^ entraient enfin sur le territoire de Tsin Ç et remportaient une victoire khyi^ (1). Les gens du pays, voyant une armée si peu nombreuse, avaient cru en avoir facilement raison; ils apprirent à leurs dépens quelle était la valeur guerrière de ces soldats à demi sauvages; mais ce succès ne suffisait pas au désir de vengeance de Kong-wang.

En 561, en hiver, Tse-nang ^ |g et Ou-ti |gt J|^, grand-ofïïcier de Ts'in ^, reprenaient leur campagne contre Song ^, et campaient ensemble à Yang-leang j^ ^ (2). Bien plus! Kingkong ^ ^, voulant prouver son amitié pour Kong-wang, lui donna en mariage la princesse Yng ^, sa propre sœur cadette : L'historien ajoute que peu de temps après Tse-keng ^ J^, frère de Kong-wang et ministre de la guerre, alla remercier King-kong: la princesse ne fit pas elle-même cette visite, parce que son père et sa mère étaient déjà morts; elle se faisait remplacer par un ambassadeur ; ainsi le voulaient les usages entre princes à cette époque. Ce mariage ne dura pas longtemps.

En 560, à la 9^"i^' lune, au jour nommé k'ang-tcheng J^ jg, mourait Kong-wang; il était à peine âgé de quarante ans. Avant d'expirer, il avait fait venir les grands dignitaires, et leur avait parlé en ces termes: Moi, homme sans vertu, j'avais à peine dix ans quand je dus succéder à mon illustre père; je n'avais pas encore été suffisamment instruit par mes tuteurs, quand je dus assumer le lourd fardeau de chef d'état; j'ai été cause de notre défaite à Yen-ling j§î (^ ; vos seigneuries ont grandement souffert de ce déshonneur; grâce à votre dévouement, j'eus la vie sauve; et j'ai maintenant le bonheur de mourir dans mon palais en grande tranquillité ; je vais donc prendre place dans le temple de nos ancêtres, à la suite de mes prédécesseurs; pour l'enterrement et les sacrifices du printemps et de l'automne, vous me donnerez un nom posthume; donnez-moi, je vous prie, un nom peu honorable, comme, par exemple, Ling H ou Li jg, à votre choix (3). Personne n'ayant rien répondu, il réitéra son désir jusqu'à cinq fois ; enfin les grands dignitaires le lui promirent. Après son décès, Tse-nang ^ |^, le premier ministre, réunit de nouveau le

(1) Ly = il y eut une ville de ce nom, A, 30 li an nord de Ling-tong-hien ^ tM /S^> au nord de la rivière Wei t R ' ell« appartenait au royaume de Tsin g î c'est proba blement l'endroit dont il s'agit; mais la petite géogr.,.vol. 14, p. 10, et la grande géogr.. vol. 53, p. 42, ne l'indiquent pas comme absolument certain.

(2) Yang-le«ng=était à301i sudestde Koei-té-fou ^ W^m' [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 12). -- (g. Fa., vol. 50, p. 6).

(3) Ling= signifie qu'il y a eu des désordres et des troubles dans le royaume, sans qu'on ait perdu quelque territoire HL HU 4^ $ B fi '

Jjiî=8ignifie un tyran (jui a fait rnourjr des innocents Jlç ^ ^ ^ Pi 1^*

conseiK pour déterminer le nom en question; les seigneurs répondirent qu'il était déjà désigné par la volonté du défunt; mais Tse-nang leur répliqua : c'est par humilité qu'il a demandé un tel nom ; allons-nous déshonorer la mémoire d'un tel prince ! Si notre royaume est si glorieux, c'est grâce à lui; il a su soumettre les Man-i S 1^ (^) ^ ^^ ^ étendu sa domination jusqu'à la mer du sud; après tant de mérites, il a encore su reconnaître ses défauts; n'était-il pas véritablement humble? je propose donc de l'appeler Kong ^, c'est-à-dirq, le modeste. Tout le monde applaudit. C'est sous ce nom qu'il est connu dans l'histoire; personnellement, il s'appelait Chen ^.

Le roi de Ou ^ voulut profiter du deuil national pour faire invasion dans le pays de Tch'ou; le général Yang-yeou-ki ^ ^ ^, le fameux archer dont nous avons parlé, fut chargé d'aller en avant-garde; Tse-keng ^ J^, frère de Kong-wang et ministre de la guerre, devait le suivre à quelque temps de là, avec le reste de l'armée. Yang-yeou-ki dit au généralissime : le roi de Ou veut profiter de la mort de notre prince ; il croit que nous ne pourrons lui tenir tête; dans son orgueil, il nous méprise; bien sûr, il ne prendra pas les précautions nécessaires ; mettez des troupes en embuscade à trois endroits différents, puis attendezmoi; je vais aller moi-même l'attirer dans le piège. 11 en arriva ainsi; les gens de Ou furent taillés en pièces à Yong-p'ou J^ ^ (2); un de leurs princes, nommé Tang ^, y fut fait prisonnier. Le commentaire fait la remarque suivante : l'homme sage comprendra que le roi de Ou s'est attiré une juste punition du ciel, en violant la loi naturelle qui lui commandait de respecter le deuil national; le livre des Vers [Che-king ||p ^] dit avec raison: «quiconque est sans miséricorde, et n'observe pas la loi du ciel, aura des révolutions continuelles, et ne sera jamais en paix» (3).

Nous avons vu plus haut comment Leang-siao ^ ^, le ministre ambassadeur Tcheng ^, et son compagnon, l'officier Che-tcho ^ M, étaient restés captifs à la cour de Tch'ou ; ils ne savaient que faire pour obtenir leur liberté; dans leur pays, on ne semblait guère s'inquiéter d'eux. Che-hoan s'adressa un jour au premier ministre Tse-nang, et lui dit: les anciens et sages empereurs consultaient les sorts pendant cinq années consécutives, afin de savoir s'ils devaient entreprendre un voyage d'inspection, et quand ils devaient le commencer; ayant reçu une réponse favorable, ils se mettaient en marche; sinon, ils restaient chez eux, s'occupant à pratiquer la vertu, en attendant l'ordre du ciel. En ce moment, votre pays ne peut rivaliser avec le royaume de Tsin § ; mais est-ce la faute des parlementaires

(1) Man-i = c'est-à-dire les sauvages du sud et de l'est.

(2) Voir l'histoire du royaume de Ou, page 30.

(3) Zottoli, III, p. 165, ode 37.

de Tcheng §|5 ? Vous retenez un ministre, cela vous fait tort et nous est avantageux ; vous empêchez ainsi toute rivalité entre les ministres de notre pays ; nos gens étant mécontents de vous, se montrent de jour en jour plus affectionnés envers le roi de Tsin; vous ne gagnez donc rien à nous retenir; ne serait-il pas mieux de nous laisser partir? vous déjoueriez le but qu'on s'était proposé dans cette ambassade ! Leang-siao revenu à la cour, et mécontent de son prince, exciterait la discorde parmi les seigneurs, et ramènerait peu à peu le pays sous votre suzeraineté ; cela ne serait-il pas beaucoup mieux ? Tse-nang trouva sans doute ce raisonnement assez juste ; car il permit aux deux captifs de retourner chez eux.

Avant de passer au règne suivant, notons quelques petites anecdotes sur Kong-wang et sur sa cour:

Le roi de Ts4 ^ avait envoyé comme ambassadeur le philosophe Yen-tse § ^ (1), qui était chétif et de petite taille; les gens de Tch*ou pensèrent s'amuser de lui ; ils voulaient donc le faire entrer par une des petites portes du palais, au lieu de lui ouvrir la grande porte d'honneur; mais Yen-tse leur dit avec malice : ceux qui sont envoyés à une cour de chiens passent par la porte des chiens ; moi, j'ai été envoyé à la cou-r de Tch'ou, je ne passerai pas par ce trou ! Il fallut donc l'introduire par la porte d'honneur.

Pendant l'audience, le roi de Tch'ou lui demanda: votre prince n'a donc personne auprès de lui, puisqu'il a été obligé de vous confier cette ambassade! — Yen-tse lui répondit: notre capitale Ling-tche gfr '^^ (2) est entourée de trois cents hameaux, dont la population est si dense que si les gens étendaient leurs manches ils obscurciraient le soleil ; s'ils- jetaient leur sueur, ils feraient une pluie ; leurs épaules se touchent ; leurs talons se pressent; en vérité, la population grouille! — S'il en est ainsi, reprit le roi, pourquoi vous a-t-on choisi?- — Chez nous, dit Yentse, c'est le prince qui est le maître ; c'est lui qui assigne a chacun son poste ; auprès des cours sages., il envoie des sages ;

(1) Yeii-tse = Ce philosophe, ou plutôt ce heau parleur, s'appelle aussi Yeii-yug ; il est resté très célèbre ; on le propose comme le modèle des siècles futurs ; il fut

constamment conseiller tout-puissant sous les trois rois Ling Tchoang et King ; il vécut entre les années r)8l et HOO avant Jésus-Christ. Il y a des «Mémoires historiques» publiés sous son nom ; ils ne sont probablement pas de lui ; mais ils sont anciens, et étaient déjîl connus de Se-ma-ts'ien ; sous ce rapport, ils ont de la valeur. Mon édition a été faite par le grand lettré Suen-sin-ien -^ ^ lifj de notre préfecture Tcliang-tcheou-fou ^ yH JJU.» en 1788; elle a été réimprimée en IS?-"); on peut facilement se la procurer dans ce pays-ci.

(2) Ling-tche = c'est Ling-tche-hien ^ 1Q{ jçpj îl 30 H nord-est de sa préfecture Tsing-tcheou-fou W *}^ M^ [Chan-tongJ. (p. Fa., vol. 10, p. 24).

chez les gens grossiers, il envoie des rustauds; voilà pourquoi t moi, l'homme le plus intime, j'ai été envoyé ici. — Voilà une preuve que les Grecs n'avaient pas le monopole des facéties. —

Quand à la cour de Tch'ou on apprit que Yen-tse allait venir en ambassade, le roi dit à son entourage: cet homme est de tous les gens de Ts'i celui qui a la langue la mieux pendue: il faut trouver le moyen de lui faire perdre la face affreusement. Quelqu'un proposa le stratagème suivant: quand il sera en audience, nous lierons un individu ; nous passerons devant votre Majesté ; vous demanderez qui est cet homme? nous répondrons: c'est un étranger de Ts*i ; vous demanderez ce qu'il a fait; nous dirons: c'est un voleur ! Ainsi fut tait. Pendant que ;Yen-tse était à boire le vin, on amena le prétendu larron: le roi demanda: les gens de Ts'i sont-ils donc si fameux voleurs? Yen-tse se leva respectueusement de sa natte et repondit : j'ai oui dire que les oranges des pays au sud de la Hoai fH sont de vraies oranges; celles qui mûrissent dans les contrées au nord de ce fleuve, sont des fruits amers et acides ; les feuilles seules sont les mômes dans les deux régions: ainsi en est-il des hommes! ceux qui grandissent dans le pays de Ts'i sont honnêtes; ceux qui passent au pays de Tch'ou deviennent des fripons; c'est le climat qui cause cette différence! — Ainsi, c'est le roi lui-même qui perdait la face; il linit par en rire, et dit à son entourage: il ne faut pas s'attaquer à un saint; vous voyez comment la honte en est tombée sur nous!

Un autre jour, étant à table, on servit des oranges; chacun avait un couteau recourbé pour les peler, et pour en tailler des tranches. Yen-tse attendit quelque temps, puis se mit à manger une orange sans la peler ni la tailler; le roi lui en fit l'observation; le malin lettré lui répondit: on m'a enseigné que si Ton dine à la cour, on ne doit peler ni melon ni pêche, ni orange, ni les tailler en quartiers à moins d'y être invité par le roi ; j'ai attendu les ordres de votre Majesté; voyant qu'elle ne disait mot, je me suis mis à manger une orange sans la peler. Ainsi le philosophe donnait encore une leçon d'étiquette au roi lui-même.

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