‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 9 sur 33 · MOU-WANG · texte numérisé non relu

MOU-WANG

A l'année 624, Confucius écrit: En automne, les gens de Tch*ou assiègent la capitale de la petite principauté de Kiang ^; en hiver, Yang-tchou-fou ^ ^ ^^ général de Tsin §, conduit une armée pour les forcer à lever le siège (2).

Nous vonons de voir la princesse Kiang-mi f£ ^k insultée dans un dîner par le nouveau roi, son neveu; nous ne sommes pas étonnés de voir ce même prince lui faire la guerre ; que n'attend-t-on pas d'un parricide ! Voici les quelques .détails donnés sur cette expédition par Tsouo-k'ieou-ming.

Sien-pou ^ ^, grand officier (ta-fou ^^ ^) de Tsin, ne put contraindre l'armée de Tch'ou à lever le siège de Kiang f£ ; il avait trop peu de troupes ; il était là plutôt pour engager la campagne. Le roi de Tsin eut recours à un autre moyen ; il porta la question devant l'empereur, pour s'appuyer sur son autorité morale, et mettre de son côté l'opinion publique. L'empereur députa un prince de sa propre maison, nommé Hoan-kong ^g ^, pour accompagner Yang-tchou-fou et attaquer directement le royaume de Tch'ou ; ainsi se trouverait délivrée la principauté de Kiang.

Ce plan fut couronné de succès. L'armée de Tsin se dirigea vers la fameuse forteresse de Fang-tch'eng ;^ J^, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois; c'était menacer le royaume de Tch'ou à la prunelle de Toeil. Du reste, il ne fut pas nécessaire d'en venir aux mains; en chemin on rencontra Tse-tchou ^ ^, gouverneur de Si ,§,, qui ramenait les troupes de Tch'ou ; celui-ci, en effet, ayant appris l'arrivée du délégué impérial, s'était empressé de lever le siège de Kiang. Pour le moment, la guerre était donc

(1) Mou = ce caractère signifie : Distribuer les bienfaits d'après les règles de la styicte justice. ^ 'fs ^ jS Wi ^ lS*

(2) Dès la 1 *"* lune de cette même année 62^ une armée de Tsin §, renforcée des troupes de Lou ^ i de Song ^ et d'autres auxiliaires encore, avait déjà guerroyé contre la principauté de Tch 'en yL' alliée de Tch'ou; aussitôt les habitants s'étaient dispersée aux quatre vents du ciel.

Les princes de Tch'en étaient des vicomtes (tse *X/î du, clan impérial Ki SE» leur territoire fut d'abord annexé au pays de Ts'ai ^î en 506; puis, peu après, au^ royaume de Tch'ou.

Leur capitale, c'est la ville actuelle de Tch'en-k'ieou pj <H5' ^ H^ li sud-est de Tch'en-tcheou fou ^ iW /JÏ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 57).--(g. Fa., vol. 4.7,rp. 40).— (Kiang-yu piao, vol. t ? p. 17).

finie ; Tarmée de Tsin retourna aussi à ses foyers, sans rien entreprendre contre Fang-tch'eng.

L'année suivante, 623, les gens de Tch*ou, en automne, anéantissaient enfin ce petit état de Kiang {JQ. Confucius se contente de ces quelques mots ; le commentaire n'a point de détails ; personne ne vint au secours. A ce moment, les deux royaumes de Tsin ^ et de Ts'in ^ se faisaient la guerre, ils n'avaient pas le loisir de penser à leurs protégés ; le roi de Tch'ou profita de cette occasion pour accomplir rapidement son dessein.

Tsouo-k'ieou-ming raconte seulement la douleur de Mou-kong ^ ^, roi de Ts'in ^ (669-621), quand il apprit cette nouvelle; il prit le deuil, quitta son palais, se retira dans un appartement solitaire, voulant seulement quelques légumes pour sa nourriture. L'usage n'exigeait pas tant de démonstration, même dans une calamité publique, aussi les grands officiers le blâmaient-ils de cet excès. Il leur répondit: Une principauté amie, liée à nous par des traités solennels, n'a pu être sauvée par nous; comment n'en ressentirais-je pas une grande douleur? de plus, je crains pour nous-mêmes, en considérant les agrandissements de Tch'ou.

Par manière de conclusion, l'auteur ajoute : Le sage se rappelle ici le texte du Livre des vers (Ta-ya ^ ^ Ode VII) : ides dynasties impériales Hia J et Chang ^ n'ayant pas bien réglé leur gouvernementj les diverses principautés eurent peur, et s'appliquèrent à une bonne administration,^) Ces paroles conviennent très bien à Mou-kong; car désormais il mit tous ses soins à bien gouverner son royaume, et à le rendre fort.

En 622, en été, une armée de Ts'in ^ envahissait la petite principauté de Jo ^\ (1). Cet état minuscule s'était d'abord mis sous la protection dé Tch'ou, puis sous celle de Ts'in, puis de nouveau sous celle de Tch'ou; maintenant il subissait le châtiment de ses fluctuations.

• A l'arrivée des envahisseurs, les habitants s'enfuirent au pays de Tch'ou (2), reformèrent une principauté, dont la ville s'appela pareillement Jo ):^\) (3) ; nous verrons, en l'année 504, le roi Tchao-wang BS ï s'en emparer pour en faire sa capitale.

En automne de cette même année (622), dit Confucius, les gens de Tch'ou anéantissent le petit état appelé Lou-kouo ^

(1) Jo^étaità 120 li sud-ouest de Nei-hiang bien ^ TpH/Sp? dans la préfecture de Nan-yang fou m ^ m [Ho-nan]. (Kiang-yu-piao, vol. Ilî p. 17)— (p. Fa., vol. 12, p. 45).

(2) Ils se réfugièrent au sud-est de I-tch'eng bien S ^ ISb» dans la préfecture de Siang-yang fou ^ t^ /jj [Hou-pé] .

(3) La nouvelle capitale Jo= était t\ 90 li do I-tch*eng bien. (p. Fa., vol. 21, p. 28)— (g. Fa., vol. 79, p. 15).

g (1). Ses princes étaient de la famille Yen fl|, et descendaient du fameux Kao-yao Jp. fj^. ministre de la justice du grand empereur Choen ^. Jusqu'alors ils avaient été les humbles serviteurs de Tch'ou ; ils eurent la malheureuse idée de s'unir aux sauvages orientaux (2). Mou-wang ordonna aux généraux Tch'eng-ta-sin J^ ;^ >C* ^* Tse-kia ^ ^ de conduire une armée, et d'anéantir cette principauté ; on ne voit pas que ses alliés aient rien fait pour la sauver.

En hiver de cette même année (622), Tse-sié ^ ^, autre général de Tch*ou, anéantissait le petit état de Liao ^ (3), dont les princes étaient aussi de la famille Yen jg, et de la même descendance. Le sage Ts'ang-wen-tchong J^ jSC fi'' du royaume de Lou ;§., ayant appris cette double annexion, s'écria: Les ancêtres sont privés de leurs sacrifices, et cela, d'une manière inattendue, à l'improviste ; c'est que la vertu de ces princes n'était pas solide ; ils n'avaient ni amis ni protecteurs ; c'est un triste sort!

A cette époque, les rois de Tsin § et de Ts'in ^ se faisant la guerre, celui de Tch'ou en profitait pour faire ses conquêtes, sans être gêné par aucun rival; c'est pourquoi il n'y a guère de détails historiques pendant ces quatre à cinq années.

En 618, à la 3® lune, écrit Confucius, les gens de Tch'ou attaquent la principauté de Tcheng §[5 ; Kong-lse-soei ^ -^ jH, grand officier de Lou i^, obtient des princes de Tsin ^, de Song 5|c, de Wei ^ et de Hiu ^ qu'ils aillent porter secours. Pourquoi ne pas ajouter qu'ils arrivèrent trop tard? Le commentaire vous répond: Confucius tait les noms des ministres de ces états, parce qu'ils se sont montrés négligents dans une affaire si grave; son silence est un blâme à leur égard, et une leçon pour les âges à venir.

Voici ce qu'en raconte Tsouo-k4eou-ming. Fan-chan ^ [Ij, grand officier de Tch'ou, dit à Mou-wang: Le nouveau roi de Tsin -^ est jeune, et n'a pas l'ambition d'être le chef des vassaux; d'ailleurs il a sur les bras plus d'une affaire ; ainsi le temps est favorable pour nous étendre au nord.

Mou-wang trouva le conseil très raisonnable ; il se mit en personne à la tête de ses troupes et les conduisit au pays de

(1) Lou-kono= sa capitale était à 60 li sud-est de Chou-tch*eng bien fty ^ J^» 120 li sud-est de Liu-tcheou fou S /H /kT [Ngan-hoei]. (Kiang-yu-piao, vol. Jt» p. 18)— (p. Fa., vol. 6, p. 16)— (g. Fa., vol. 1, p. 17).

(2) Tong-i ^ ^ = les sauvages orientaux étaient dans la préfecture actuelle de Siu-tcheou fou ^ iHl /fif » au sud de la rivière Hoai t^ [Kiang-sou] ; mais leur territoire n'avait pas de limites bien déterminées à l'est. (Kiang-yu-piao, Jl» p. 22).

(3) Liao=se trouvait au nord- ouest de Ho-k*ieou, Ç flj? dans la préfecture de Yng-tcbeou fou ^ ini /fif [Ngan-boei] . (Kian -yu-piao, vol. Jl» p. 18)~(g. Fa., vol. 6, pp. 31 et 31).

Tcheng ^ ; il livra bataille à Lang-yuen ^ ^ (1) ; il fut assez heureux pour faire prisonniers les trois grands officiers Kong-tsekien ^ ^ ^, Kong-tse.-mang ^ ^ "J^ et Yo-eul ^ 5î aussitôt le prince de Tcheng s'empressa de conclure un traité de paix et d'amitié. Pendant ce temps, Kong-tse-soei 'Sf -f- ^^ grand officier de Lou >§, s'adressait à Tchao-toen ^^, premier ministre de Tsin -g, à Hoa-ngeou ^ |P}, premier ministre de Song 5^, à K'ong-ta J\j j^, premier ministre de Wei ^, enfin aux grands officiers de Hiu |f ^ les pressant d'aller au secours de leur allié ; mais quand ils arrivèrent, tout était fini; l'armée de Tch'ou était déjà repartie.

D'ailleurs, celle-ci ne demeura pas longtemps inactive; en été de cette même. année, elle attaquait la principauté de Tch'en ^, et lui prenait le pays de Hou-k'iéou ^ ^ (2). La raison de cette agression est bien simple : cette principauté s'était mise à la remorque de Tsin Ç. Mou-kong voulait la ramener à son obéissance.

En automne, Kong-tse-tchou ^ ^ ^ revenait encore à la charge, au retour d'une expédition contre les sauvages orientaux; mais il fut battu ; le grand officier Kong-tse-fa ^ -? i$ fut même fait prisonnier. Le prince de Tch^eng ne s'enorgueillit pas de ce succès ; il craignait de nouvelles représailles ; il se hâta de conclure un traité de paix avec Mou-wang.

En hiver de cette même année 618, Tse-yué-tsiao, ^ j^ ^^ grand officier de Tch'ou, se rendait en ambassade auprès du duc de Lou ^, pour lui offrir de riches cadeaux. Avant de partir, il se présenta au temple de ses ancêtres, pour leur donner connaissance de cette mission honorable; il était lui-même neveu du fameux ministre Tse-wen ^ ^ . Dans son ambassade, il se montra arrogant à l'excès; Chou-tchong-hoei-pé ^ fi(i ^ fÔî grand officier de Lou, se hâta de faire une prophétie: La maison de Jo-ngao ^fJC? dit-il, sera anéantie à cause de cet orgueilleux; il se targue trop de ses ancêtres; les Esprits détestent les gens de cette sorte! .

En 617, Confucius écrit: En été, le prince de Tch'ou fait mettre à mort le grand officier Tse-si ^ "g. Voici les détails du commentaire: Kiué-se § |^, fameux devin dans la ville de Fan ^ (3), au pays de Tch'ou, avait prédit que le roi Tch'eng-wang JBK Ïî P^^s Tse-yu ^ ^ et Tse si ^ U mourraient de mort violente.

(1) Lang-yuen = était à l'est de Tchang-ko bien "S ^ ^» dans la préfecture de Hiu-tcheou fî: j^ [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 59).

(2) Hou-k4eou = était sur la frontière méridionale de Tch'eng; elle se trouvait au sud-est de Sin-ts'ai bien Im ^ SI' dans la préfecture de Jou-ning fou {^ 3^ /iï [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 50)— (Hoang-ts'ing king-ki*i ^ |^ M ^' vol. 268, p. 14).

(3) Fan = cette viUe appartenait à la famille de Fan-cban fË LU*

Après la défaite de Tch*eng-pou J^ J||, nous avons vu que Tch'eng-wang interdisait à Tse-yu le retour dans son pays; mais il ne lui ordonnait pas de se suicider; c'eût été commencer l'accomplissement de la terrible prophétie ! il lui envoya même un exprès lui dire de ne pas se tuer; mais le messager arriva trop tard. Tse-si avait été plus heureux; il s'était d'abord pendu, mais la corde s'était rompue; le messager lui défendit de. recommencer ; bien mieux, Tch'eng-w^ang le nommait gouverneur de Chang "^ (1) ! mais, au lieu de s'y rendre, il prit une barque, descendit le fleuve Han ^, puis remonta le Yang-tse-kiang ^ -^ Ûl, pour aller à la capitale Yng ^. Tch'eng-wang se trouvait alors au palais nommé Tchou-kong ^ g (2), situé au sud de la ville; il descendit lui-même dans la salle d'audience pour recevoir Tse-si; celui-ci, tout confus de cet honneur, lui dit: Votre Majesté a bien voulu m'accorder la vie, mais il y a des calomniateurs qui m'accusent de vouloir prendre la fuite ; c'est pourquoi je suis venu offrir ma tête au ministre de la justice. Tch'eng-wang l'établit alors ministre des travaux publics.

Jusque-là, tout allait bien ; mais nous avons vu la fin misérable de Tch*eng-wang ; la seconde partie de la prédiction était vérifiée ; la troisième n'allait pas tarder. Tse-si et Tse-kia ^ ^, ayant ourdi une conjuration pour tuer Mou-wang, celui-ci en fut informé; il les fit massacrer tous deux. Le diable qui avait inspiré la prophétie sut bien trouver les moyens de la réaliser; si toutefois elle est historique, et n'a pas été inventée après coup par l'auteur du commentaire, comme c'est assez la coutume chez les lettrés. Cela se passait à la 5® lune.

En automne, les princes de Tch'en ^ et de Tcheng §|5 avaient une entrevue avec le roi de Tch'ou dans la ville de Si M (^)' ^^ y résolut de faire la guerre au pays de Song ^; en conséquence, en hiver de cette même année, les troupes réunies à celles de Ts'ai ^ entrèrent en campagne. Sur ce, Hoa-yuche ^ li^ :^, grand officier de Song, dit à son roi : Mou-wang désire manifester notr.e impuissance; ne serait-il pas mieux de la reconnaître nous-mêmes? pourquoi nous exposer à un désastre, puisque nous ne pouvons résister? Quelle faute a commise notre peuple, pour le jeter dans les calamités d'une guerre si périlleuse?

(1) Chan^=se trouvait à 90 li à l'est de Chang-tcheou ^ 3t|î dans le Chen-si. (p. Fa., vol. 14, p. 58).

(2) Tchou-kong=(p. Fa., vol. 21, p. 21). Ce palais est actuellement le tribunal du mandarin de Kiang-ling bien UL ^ JS^î dans la préfecture mAme de King-tcheou fou

(3) Si = était à 30 li au nord de Si-hien t%* JS' dans la préfecture de Jou-ning fou iA^J& [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 68).

Le roi trouva ce conseil très raisonnable; il alla au camp de Kiué-mé ^ |^ (1) saluer Mou-wang, se déclara son humble serviteur, fît des largesses à ses troupes, enfîn le conduisit à la chasse à Mong-tchou ;^ |§ (2). Lui-même et sa suite militaire formaient l'aile droite des batteurs ; le prince de Tcheng ^ et sa suite formaient l'aile gauche; Feou-soei ^ ^, gouverneur de Ki-se J5I Jg (3), au pays de Tch'ou, était le Grand veneur de la chasse ; les grands officiers Tse-tchou ^ ^ et Wen-tche-ou-wei ^ ;^ M J^ conduisaient les deux ailes ; on avait commandé d'atteler de grand matin, et de tenir le feu tout prêt; les gens de Song n'en tinrent pas compte, et furent en retard ; Wen-tche-ouwei en colère fît battre publiquement le conducteur du char, royal; on lui fît observer qn'il ne ponvait se permettre un tel affront envers le prince de Song; il répondit: Je fais mon devoir, peu importe si cela déplaît au roi (4)! Cette arrogance lui coûta la vie; nous verrons, en 595, les gens de Song le mettre à mort pour venger cette injure.

En 616, au printemps, l'armée de Tch'ou attaquait le petit état de K'iun ^ (5) ; la raison donnée par Confucius est assez curieuse ; le prince de K'iun .s'était d'abord rendu à la réunion de Kiué-mé, dont nous venons de parler ; puis il s'était enfui ! Mou-wang voulait l'en punir.

Tch'eng-ta-sin ^ ^ >5i ^^^^ ^® Tse-yu ^ 5^ remporta une victoire à Fang-tchou |^ ^ (6) ; cela ne suffît pas pour abattre la fîerté de ce petit état; JP'an-tch'ong ^ ^, le précepteur et le

(1) Kiué-mé= était daus le territoire de Hiaiig-tch'eiig hieii J^ <9® iSp) dans la préfecture de Tch'eu-tcheou foU ^ *}i\ J^ [Ho-uanJ . (p. Fa., vol. 12, p. 56). Là se trouvaient les armées réunies.

(2) Mong-tchou = Pays couvert de grands lacs, au nord-est de Koei-té fou ^ f* flï [Ho-nan] . tp. Fa., vol. 12, p. 12).

(3) Ki-se = était à 70 li nord-ouest de Kôu-che bien |Q ^ |pp ? dépendant de Koang-4cheou TL jWI [Ho-nanJ . C'était autrefois la capitale de la x^etite principauté de Tsiang ^ anéantie par le roi de Tch'ou. Ses princes, comme ceux de Lou ^^^ descendaient du fameux Tcheou-kong /S| ^' — (p. Fa., vol. 12, p. 68) — (g. Fa., vol. 50, p. 43).

(4) Naturellement, l'historien est fier de cette réponse; à la manière des lettrés, il la corrobore j)ar des textes classiques, pour bien faire voir comment toute vertu est renfermée daus ces livres.

(.5) K'iun= était dans la préfecture de Yun-yang fou JHl) |^ Jn [Hou-péJ ; ,§a capitale était la ville actuelle de Fang-hien J^ jÇj^î à 210 li sud-est de la préfecture. Cette capitala s'appela aussi Fang-ling ^ ^ et Fang-tchou J^ ^î comme il est

dit ci-après. (Kiang-yn-piao, vol. Jl» p. 20)— (p. Fa., vol. 21, p. 33)— (g. Fa., vol. 79, p. 33).

(6) Fang-tchou = Cette petite ville n'avait que quatre li de circonférence ; c'est

maintenant Fang-hien >5f j^ dans la préfecture de Yun-yang fou. (p. Fa., vol. 21,

p. 33)— (p. Fa., ibid).

complice de Mou-wang, vint à son tour avec une armée ; il pénétra dans le pays jusqu'à Yang-hiué ^ î^ (1)» et finit par en avoir raison; la principauté fut annexée; mais son titulaire, réfugié sans doute chez les sauvages voisins, reparaîtra bientôt à leur tête, et menacera le royaume de Tch'ou lui-même.

En été de cette même année 616, Chou-tchong-hoei-pé 5^ (iji M fiâî grand officier de Lou ^, et K'io-kiué jj^ ^ grand officier de Tsin '^, avaient une entrevue à Tch'eng-k'oang ^ g (2) au pays de Song. Ils recherchèrent les moyens d'arrêter les agrandissements de Tch'ou; le duc de Lou commençait à craindre pour ses états, en dépit de l'ambassade et des présents qu'il avait reçus de Mou-wang; le roi de Tsin voyait avec dépit les vassaux, qu'il avait amenés sous son obéissance, lui échapper de nouveau et se soumettre, de gré ou de force, au royaume de Tch'ou.

En 615 en été, dit Confucius, les gens de Tch'ou assiègent la ville de Tch'ao ^ (3). Le commentaire ajoute ce qui suit : Tch'eng-ta-sin ^;:J';^i\j (fils de Tse-yu ^ 2)i premier ministre de Mou-wang, venait de mourir ; Tse-k'ong -^ JL, de la même famille Jo-ngao ^ |jc, lui avait succédé ; alors tous les princes de Chou ff se révoltèrent contre le roi de Tch'ou; mais on n'en dit point le motif. Ils étaient tous de la famille Yen jg ; dans la conjuration se trouvaient le prince de Chou ^ (4), celui de Choukieou ^i^ (5), celui de Chou-yong ^ jj (6), celui de Chou-liao ff ^1 celui de Tseng ^ (7), et quelques autres encore. Le nouveau premier ministre conduisit une armée contre tous ces petits états ; il prit le prince Chou-tse-p4ng ^ -^ ^ et le prince de Tseng ^ ; après quoi il mit le siège devant la ville de Tch'ao. Tout ce monde-là se soumit, fit un traité d'amitié éternelle; pour le moment, on ne fit pas d'annexion.

Le commentaire observe qu'à cette époque beaucoup d'hommes éminents de Tch'ou s'expatrièrent volontairement ; les uns

(1) Yang-hiué = était sur la frontière occidentale de cette même préfecture de Yun-yang fou. (p. Fa., vol. 21, p. 32).

(2) Tch'eng-k'oang— -était à 30 li à l'ouest de Soei-tcheou B^ Jt| ? dans la préfecture de Koei-té fou |§ f^ ^t| [Ho-nan] . (p. Fa., géogr., vol. 12, p. 14).

(3) Tch'ao= était à 5 li à l'est de Tch'ao-hien ^ j^, qui est à 180 li à l'est de sa préfecture Liu-tcheou fou ^ y\] /jj [Ngan-hoei] . (Kiang-yu-piao, vol. Jl , p. 18)— (p. Fa., vol. 6, p. 17)— (g. Fa., vol. 26, p. 16).

(4) Chou= c'est Chou-tch'eng bien ^ M Ji|) 120 li sud-ouest de Liu-tcheou fou. (Kiang-yu-piao, vol. JLt p. 19).

(5) Chou-kieou= était plus au sud, sur la frontière de cette même préfecture.

(6) Chou-yong=étaitprèsde Ngan-k'ingfou "?? J| /j^ [Ngan-hoei]. Chou-liao = était au nord de ce môme Ngan-k'ing fou.

(7) Tsong = était sur la frontière occidentale de Liu-kiang hien JK Ûl H^ » dans la même préfecture Liu-tcheou fou.

avaient quelque affaire sur les bras ; les autres étaient des génies incompris. Nous avons déjà parlé, dans l'histoire du royaume de Ts'in ^, de ces lettrés voyageurs^ de ces philosophes errants, vrais chevaliers d'industrie, toujours très nombreux dans ces pays-ci. Pour le moment, ceux de Tch*ou s'en allaient, de préférence, vers le pays de Tsin §; il y avait alors un ministre très capable, nommé Tchao-siuen-tse ^ ^ -^î qui savait très bien les utiliser.

En 614, mort de Mou-wang, dit le recueil Li-tai tong-ki-piao, vol. 1, p. 50 ; le texte de notre auteur la place à Tannée suivante. D'ailleurs, pas un détail, pas un mot d'explication ! Ce silence est bien curieux ; mais je n'ai rien trouvé pour éclaircir ce mystère, si mystère il y a. On s'attendait sans doute à quelque catastrophe; on aurait voulu voir le parricide châtié de quelque façon dès ici-bas ; la Providence divine laisse quelquefois les plus grands malfaiteurs jouir de leurs crimes en ce bas monde ; pour les punir, elle a l'éternité.

Le tombeau de Mou-wang est à 20 li à l'ouest de Tchekiang-hien ;^ 2C i^o ^ l'endroit nommé Tchang-lo-hiang ^ |î| ^, dans la préfecture de King-tcheou-fou ^\ j^ J^ [Hou-pé] (1). Nous allons étudier les faits et gestes de son fils et successeur Tch'oang-wang.

(1) (p. Fa., vol. 21, p. 33).

TCHOANG-WANG (6i3-r,9i)

Le nouveau roi s'appelait Liu jg; Tchoang est le nom honorifique posthume sous lequel il est connu. dans l'histoire. A son avènement au trône, il était encore tout jeune; le premier ministre Tse-k'ong -^ JL et le Grand précepteur P*an-tch*ong ^ ^ furent les régents du royaume.

Ceux-ci étant partis en guerre contre la principauté de Chouliao ^ |p, dont nous venons de parler, le soin du gouvernement fut confié aux deux grands dignitaires Kong-tse sié ^ ^ ^ et Tse-î -^ ^. Ces deux hommes abusèrent de leur autorité pour faire une révolution contre le jeune roi ; ils fortifièrent d'abord la capitale Yng fg; puis ils envoyèrent des assassins poignarder Tse-k'ong; le complot ne réussit pas; les sicaires revinrent sans avoir accompli leur mission. Les deux révolutionnaires, voyant leur entreprise découverte, changèrent de tactique : il s'emparèrent du jeune roi et s'enfuirent à Chang-mi ^ jg (1), pays naturellement fortifié, situé sur la frontière du royaume de Ts'in ^ (voyez à l'année 635). Mais Tsi-li ^ ||[, gouverneur de Liu jg^ (2), et Chou-mi tJ^ ^ son officier, réussirent à tromper ces rebelles, à les mettre à mort, et à délivrer le jeune roi.

Précédemment, Tse-i avait été prisonnier au pays de Ts'in ^ ; il y était resté jusqu'en 630; puis le roi de Ts'in Tavait envoyé à la cour de Tch'ou négocier un traité de paix; il avait réussi, au contentement des deux parties; mais on avait ensuite oublié de l'en récompenser; on ne lui avait accordé aucune dignité; de là sa vengeance. Kong-tse sié avait en vain cherché à être premier ministre ; il avait échoué ; les moyens honnêtes lui ayant mal réussi, il en employait d'autres. Ainsi l'ambition de ces deux hommes les conduisit au crime et à une mort honteuse.

En 611, dit Confucius, en automne, les gens de Tch'ou, de Ts4n ^ et de Pa fj anéantissent la principauté de Yong jj. Le commentaire ajoute les détails suivants. Cette année, le royaume de Tch'ou souffrait d'une grande famine; les habitants sauvages des montagnes en profitèrent pour envahir les pays de l'ouest ; ils

(1) Chang-Mi=est aussi appelé Tan-choei tch'eng 7T /j^ J^^ nom postérieur de la petite principauté de Jo îfp, attaquée en 635, comme nous l'avons raconté à cette année, (p. Fa., vol. 12, p. 45) — (g. Fa., vol. 51, p. 21) — (Kiang-yu-plao, vol. Jt? p. 17).

(2) Liu= était à 50 li nord-est de Nan-tchang bien ^ f? /||) dans la préfecture de Siang-yang f ou S ^ /^f [Hou-pé]. (p. Fa., vol. 21, p. 29).

pénétrèrent au sud jusqu'à Feou-chan ^ [Ij (1), puis ils campèrent à Ta-lin ^ i^ (2) ; de là ils se dirigèrent vers le sud-est, prirent les deux villes de Yang-k'ieou [^ £: et de Tse-tche ^ ;|^ (3). L'ancien vicomte de K'iun )^ s'était mis à la tête des barbares appelés Pé-pou "g" j^; il campait à Siuen ^ (4), d'où il comptait se jeter sur la capitale Yng ^. De son côté, le prince de Yong conduisait d'autres hordes sauvages. Enfin au nord, on s'attendait aux représailles des états chinois ; en conséquece, les portes septentrionales de Si ^^ et de Chen ^ restèrent tout le temps fermées ; les gens de Tch-ou perdirent la tète et proposèrent de s'enfuir au pays de Fan-kao Kx 1$ (^)^ montagneux, et d'un accès difficile.

Heureusement, il se trouva un homme courageux et intelligent, capable de sauver la situation ; c'était le grand officier Wei- ^^^ ^ Kî autrement nommé Pé-yng fj^ j^, le père du futur premier ministre Suen-chou ngao J^ 7^ |JC- î^ ne faut pas émigrer, disait-il ; car là où nous pouvons nous retirer, les rebelles peuvent aussi pénétrer; le mieux serait de nous jeter sur la principauté de Yong ; les gens de K'iun et les Pé-pou nous croient exténués par la famine, incapables de fournir une campagne; c'est pour cela qu'ils sont si audacieux; dès qu'ils nous verront sous les

(1) Feou-chan=était à 50 li au sud de Faug-hien-y^ ^î dans la préfecture de Yun-yang fou MB Iw m [Hou-pé] . (Edition imper., vol. 18, p. 40).

(2) Ta-lin = était au nord-ouest de la ville actuelle de King-men tcheou ^J fg y\\ [Hou-péJ . L'ancienne King-men tcheou était îl 60 li nord-est de la nouvelle, (p. Fa., vol. 21, p. 40).

(3) Yang-kieou et Tse-tche = leur emplacement est inconnu.

(4) Siuen = était au sud de Tche-kiang hien 1^ tJL ^^ dans la préfecture do King-tcheou fou ^J ^+| jjj [Hou-pé], dont elle est éloignée de 180 li a l'ouest.

Pou, Pé-pou = Sous ce nom générique étaient compris tous les différents sauvages qui demeuraient dans les montagnes, au sud-ouest du royaume de Tch'ou, dans les préfectures actuelles de Tch'ang-té fou ft fS W ^^ Tch'en-tcheou fou ^ J|t| J^ [Hou-nan] . (Kiang-yu-piao, vol. t î p. 23)— (p. Fa., vol. 21, p. 23)— (g. Fa., vol. 78, p. 22).

K'iun = la capitale de cette petite principauté était dans la préfecture actuelle de Yun-yang fou ftp \^ /jj [Hou-pé]. Nous en avons déjà parlé un peu plus haut, année 617. (Kiang-yu-piao, vol. t » p. 20 —(p. Fa., vol. 21, p. 33).

Yong ou Chang-yong = sa capitale était dans la même préfecture, k 40 li à l'est de Tchou-chan hien it lÙ j|^i (p. Fa., ibid).

Si = était à 30 li au nord de Si-hien >5» ^ î dans la préfecture de Jou-uing fou lA ^ M [Hou-pé] . (p. Fa., vol. 12. p. 68).

Chen=était à 20 li au nord de Nan-yang fou ^ ^ /jj [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 40).

(5) Yang= Voyez ci-dessus, (p. Fa., vol. 21, p. 33)— (g. Fa., vol. 79, p. 35)— (Kiangyu-piao, vol. tî p. 20).

Fan-kao= était à l'ouest de Siang-yang fou ^ ^ /fj [Hou-péJ. (Hoang-tsing king-kiai, vol. 253, p. 16, année 611).

armes, ils s'envoleront chez eux! Les Pé-pou ne sont pas réunis sous un seul chef; ils forment plusieurs tribus séparées; à la moindre difficulté, chacune se retire chez soi ; montrons du courage, et toute cette coalition sera dissipée !

Gnlce aux bonnes paroles de Wei-kia, les cœurs abattus se relevèrent à l'espérance ; une armée fut organisée ; elle partit de la ville de Liu J|[ (1) pour entrer en campagne ; bientôt elle campait au pays appelé Keou-che ^7 ;^ (2) ; pour lui fournir des vivres, on avait ouvert tous les greniers publics ; mais, chefs et soldats, tout le monde était à la môme ration. Cette armée était k peine en marche depuis quinze jours, que déjà les Pé-pou s'étaient retirés chez eux ; le généralissime ne s'était donc pas trompé sur leur compte ; on pouvait avoir confiance en lui pour le reste de l'expédition.

De Keou-che, pays montagneux où il avait établi son camp, Wei-kia envoya Tsi-li ^ J|[, gouverneur de Liu, se jeter à l'improviste sur la capitale de Yong; mais, arrivé aux premiers forts des environs, il fut repoussé et mis en fuite, un de ses officiers fait prisonnier. Celui-ci, nommé Tse-yang-tch'oang ^ ^ ^, finit par s'évader après trois jours de captivité. Revenu au camp, il rapporta ce qu'il avait vu ; l'armée de Yong, disait-il, est innombrable ; toutes les peuplades sauvages y sont réunies ; pour attaquer la capitale, il nous faudra toutes les forces du royaume.

Ce discours jeta la consternation parmi les troupes ; un grand officier, nommé Che-chou gj ;^, prit la parole en ces termes : Attaquons de nouveau l'armée de Yong ; laissons-lui gagner quelques petites victoires, pour l'endormir dans la sécurité ; elle se croira invincible, et négligera les précautions nécessaires ; nos gens, au contraire, se sentant humiliés par ces petits échecs, finiront par se fâcher; ce sera le moment de les lancer sur l'ennemi, la victoire sera assurée; n'est-ce pas ainsi que notre roi Fen-mao i|i^ ^ soumit autrefois le pays de Hing-si

Ce plan fut accepté; sept fois de suite, les troupes de Tch'ou furent repoussées et mises en fuite. Elles ne valent pas la peine qu'on leur livre bataille! disaient les gens de Yong; déjà même il n'y avait plus que les soldats des trois villes Pei

(1) Lm= voyez un peu plus haut.

(2) Keou-che = pays montagneux à l'ouest de Kiun-tcheou J^ Jti s dans la préfecture de Siang-yang fou g ^ W [Hou-pé] . (p. Fa., vol. 21, p. 30)— (Hoang- Tsing king-kiai M. ^ M M^ vol. 253).

(3) Hing-si, (ou Hing-che)= signifie les pays marécageux et montagneux, à l'est de King-tcheou fou ^J jWi /fj [Hou-pé] . — (Hoang-Tsing king-kiai, ibid.). D'autïes auteurs entendent par là les pays au sud de Hiu-tcheou Wr> JJl [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 59).

|j^ Sou ^ et Yu ^ (1) à s'opposer à elles, dans les derniers combats ; les autres ne daignaient pas se déranger pour si peu !

Sur ces entrefaites, le jeune roi Tchoang-wang, monté sur un char à grande vitesse, avait lui-même rejoint l'armée à Lin- P'iî^ Eê DO (^) • ^^ ^^ partagea en deux corps; l'un, commandé par le général Tse-yué ^ ^, prit le chemin de Che-k'i ^ 'JH ; l'autre, sous les ordres du général Tse-pei ^ ^, prit le chemin de Jen ^; quelques troupes auxiliaires, de Ts'in ^, de Pa f^ et de quelques petits états sauvages, étant arrivées juste au bon moment, l'armée de Yong fut vaincue, la principauté anéantie.

En 608, l'armée de Tch*ou faisait une invasion dans les pays de Tch'en ^ et de Song 5(5; pour en comprendre le motif, il faut revenir un peu en arrière. En 611, les gens de Song avaient massacré leur propre prince; en 610, Siun-lin-fou ^ >^ ^, général de Tsin §, commandant les troupes réunies de plusieurs états, était venu punir ce régicide; mais avec de l'argent la paix avait été vite conclue ; Wen-kong ^ ^^ le nouveau prince de Song, fit même un traité de soumission et d'amitié avec le royaume de Tsin, et assista à une réunion solennelle des princes amis de ce pays. L'assemblée eut lieu dans la ville de Hou ^ (3); l'on y prit la résolution de punir la principauté de Ts'i ^ parce qu'elle molestait trop souvent le duc de Lou ^; mais encore cette fois les ministres et les généraux de Tsin, ayant reçu de l'argent, s'en retournèrent sans avoir rien fait. Mou-kong ^ ^, prince de Tcheng ^ (627-605), en était indigné: «Ce royaume de Tsin est un pays de vauriens,» disait-il; et il se rangea sous le drapeau de Tch'ou en faisant avec lui un traité de paix et d'amitié. Par ailleurs, en 615, Kong ^ prince de Tch'en ^ étant mort, les gens de Tch'ou n'avaient pas observé les cérémonies d'usage, c'est-à-dire n'avaient pas envoyé une ambassade de condoléance assister à l'enterrement. Irrité de ce mépris, le nouveau prince, nommé Ling ^, avait fait un traité d'alliance avec le roi de Tsin ^. C'est pour punir cette défection de Tch'en ^ et de Song ^ que l'armée de Tch'ou entrait en campagne, en 608. Les princes menacés firent appel à leurs amis de Tsin ■§, de Ts'ao 1^ et de Wei |^ ; ils tinrent ensemble un congrès à Fei-lin ïi|| >^ (4) ; ils donnèrent le commandement

(1) Pei, Sou = étaient près de Yu; celle-ci, c'est Fong-tsi bien ^ gp |||î dans la préfecture de Koei-tcheou fou ^ jrrj }^ [Se-tch'oan] . (p. Fa., vol. 24) — (g. Fa., vol. 69, p. 3).

(2) Lin-p4n= était au sud-ouest de Kiun-tcheou (ci-dessus); mais on ne sait pas au juste à quel endroit, (g. Fa., vol. 79, p. 26)— (p. Fa., vol. 21, p. 30).

(3) Hou= était au nord-ouest de Yuen-ou bien ^ ^ j^Fî dans la préfecture de Hoai-k'in^ fou ^ M }^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 29)— (g. Fa., vol. 47, p. 27).

(4) Fei-lin (ou Lin-hiang ^ ^ = était à 25 li à l'est de Sin-tcheng bien j^f SP <^» dans la préfecture de K'ai-fong fou H ^ jj^f [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, P- S)— (g- Fa., vol. 47, p. 32).

de leurs armées réunies h Tchao-choen |g @, généralissime de Tsin g.

Celui-ci ne crut pas prudent d'attaquer directement les troupes de Tch'ou ; il préféra s'en prendre à un de leurs alliés, le prince de Tcheng î||5; sachant bien qu'elles viendraient au secours de celui-ci, et laisseraient les autres tranquilles. Il ne se trompait pas; Wei-kia ]^^) général de Tcli^ou, accourut avec une armée, livra bataille à Pé-lin 4b ^ Wi ^^^ prisonnier le grand officier Kiai yang ^ ;^, et força les troupes de Tsin dç retourner chez elles.

En 607, Kong-tse-koei-cheng ^ •? |§ ^ , prince de la maison Tcheng g^, cédant aux instigations de Tchoang-wang, attaqua le pays de Song ^ ; les deux généraux Hoa-yuen ^ xi et Yo-liu ^ g s'opposèrent à son invasion; à la 2® lune, au jour appelé Jen-tse ï -f, on livra bataille à Ta-ki :;fc ^ (2) ; les gens de Song furent complètement battus; le général Hoa-yuen fut pris vivant, et plus tard racheté ; .Yo-liu mourut sur le champ de bataille, mais son cadavre fut emporté par l'ennemi; ce qui, dans les livres chinois, s'appelle encore être pris; on captura 450 chars de guerre, 250 soldats, dont une centaine eurent l'oreille gauche coupée. K'oang-kiao ^ ^, grand officier de Song, voulant prendre un ennemi, fut pris lui-même. L'homme de Tcheng ^ s'était réfugié dans un trou ; K'oang-kiao le suivait de près, sans s'apercevoir qu'il portait à l'envers sa lance à branches recourbées; le fuyard sauta hors de sa cachette, se jeta sur K'oang-kiao, et le fît bel et bien prisonnier. Sur ce, le commentaire fait ses réflexions philosophiques : Celui qui n'observe pas les usages de la guerre, qui n'obéit pas à son chef, qui porte sa lance à l'envers, celui-là mérite d'être fait prisonnier; en campagne, il faut montrer du courage, de la force, de la constance, en obéissant en tout aux ordres de son général ; voilà les usages de la guerre ! Combattre à mort, c'est là du courage ; poursuivre à outrance les ennemis, malgré les obstacles, c'est de la force et de la constance ; quiconque ne pratique pas ce système sera pris au lieu de prendre!

Quant au général Hoa-yuen, il fut victime d'une trahison. Avant de livrer bataille, il avait tué une chèvre, et avait préparé un dîner à ses officiers, mais il n'y avait pas invité Yang-tchen ^ M' ^^ guide de son char; celui-ci fut froissé, et résolut de se venger. Au fort de la bataille, il dit à Hoa-yuen : Précédemment, vous étiez le maître de m'inviter ou de ne pas m'inviter à

(1) Pé-lin = était au sud-ouest de Tchong-meou bien ^P -^ IÇ^î dans la préfecture de K'ai-fong fou [Ho-nan] . (g. Fa., vol. 47, p. 24).

(2) Ta-ki= était à 70 li sud-ouest de Ning-ling bien m ^ Hb) dans la préfecture de Koei-té fou tÊ ^ J^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 12)— (g. Fa., vol. 50, p. 7).

dîner: maintenant c'est moi le maître de conduire votre char où je veux; aussitôt il le lança au milieu des troupes de Tcheng g|i; la défaite fut le résultat de cette vengeance. Le commentaire ajoute ses réflexions : Le sage remarquera que ce Yang-tchen ne mérite pas le nom d'homme ; par sa rancune, il a compromis le bien public, et causé la mort de tant de gens ! un crime de ce genre est un des plus graves ! c'est d'un individu pareil que le Livre des vers dit n'avoir pas de conscience! (Siao-ya >J> jJH, Ode LXIX— Zottoli, III, p. 215).

Pour racheter son général, le prince de Song consentit à donner cent chars de guerre, trois cents hommes couverts de cuirasses, et sept mille deux cents fantassins; c'est-à-dire tout l'armement de ces cent chars de guerre ; il y ajouta quatre cents chevaux tachetés, des plus beaux. La moitié de la rançon était à peine arrivée au pays de Tcheng ^ quand Hoa-yucn réussit à s'évader. Arrivé à la porte de la capitale de Song, il alla se faire reconnaître par le gardien avant d'entrer. Le commentaire le loue d'avoir montré ainsi la civilité qui convient à un homme distingué. Bien mieux ! en chemin^ il rencontra le traître Yang-tchen; d'un air tranquille, il lui dit: C'était le fait de vos mauvais chevaux! — Non, répondit l'autre, c'était bien mon fait! Aussitôt il s'enfuit au pays de Lou ^.

En 606, une armée de Tch'ou entrait en campagne contre les Tartares du pays de Lou-hoen ^ ïÇ (1); Tchoang-wang luimême était à la tête de ses troupes. Après avoir guerroyé dans la vallée des fleuves I -j^ et Lo f^, il s'en alla jusque sur la frontière du territoire impérial faire une démonstration militaire, ou plutôt une parade. Pour gagner les bonnes grâces de ce sauvage, capable de tout, l'empereur lui envoya un ambassadeur nommé Wang-suen-man J ^x î^, pour le saluer et le féliciter.

Dans l'intimité de la conversation, Tchoang-wang osa demander si Ips neuf trépieds (ce fameux palladium de l'empire !) étaient lourds ou légers. Il reçut pour réponse une avalanche de chinoiseries qui est restée célèbre; la voici: La fortune de l'empire repose sur la vertu, non sur les trépieds; dans l'antiquité, quand la dynastie Hia ^ pratiquait la vertu, les peuples les plus éloignés vinrent offrir à l'empereur les cartes géographiques de leurs pays, avec le dessin des produits de ces mêmes régions;

(1) L'ancienne ville de Lou-hoen = était ù SO li au nord de Song-hien celle-ci est A, 160 li au sud de sa préfecture Ho-nan fou ^ m m [Ho-nan].

La montagne Lou-hoen chan, est à 40 li nord -est de Song-hien— La rivière I ^ coule au pied de cette montagne.

Ces Tartares furent aussi appelés Yn-jong |^ ^t parce qu'ils avaient hahité le^pays de Yn ; ils avaient été transférés dans ce nouveau territoire par les rois de Ts'in et de Tsin ^) en l'année 038, la 22® de Hi, duc de Lou.

(p. Fa., vol. 12, pp. G et 39)— (g. Fa., vol. 46, p. 26— vol. 48, p. 45).

les gouverneurs des neuf grandes provinces ayant ausfii offert une certaine quantité des métaux fabriqués par chacune d'elles, l'empereur fit fondre ces neuf trépieds; sur chacun d'eux on grava ce qu'il y avait de particulier à la province. De cette manière, le peuple eut une connaissance exacte des bons et mauvais esprits de chaque région; dans ses voyages, passant les fleuves, les rivières, les montagnes, les forets, rien ne l'étonnait, rien ne l'effrayait, rien ne lui portait malheur; ni revenants ni génies ne cherchaient h lui nuire; libre de tout maléfice, il restait étroitement uni à ses chefs, à ses égaux; il jouissait ainsi de toutes les bénédictions du ciel.

Mais quand le pervers empereur Kié ^ (1818-1766) eut rejeté toute vertu, alors aussi les neuf trépieds furent transmis à la famille Chang ^, dans laquelle ils restèrent six cents ans. Quand le tyran Tcheou ^f (1154-1123) exerça toutes sortes de cruautés, les neuf trépieds passèrent à la famille Tcheou ^. Si donc la vertu est en honneur, les neuf trépieds, fussent-ils légers, deviennent si lourds qu'ils ne peuvent être transférés ailleurs. Si la dynastie a décliné du chemin de la vertu, si elle a perdu le sens du bon gouvernement, et ne cause que troubles et désordres dans l'empire, alors les trépieds, fussent-ils du poids , le plus lourd, deviennent légers et sont facilement transportés ailleurs. Le ciel récompense la vertu; il ne cesse d'accorder ses bénédictions que quand arrive la fin d'une dynastie. L'empereur Tch'eng J5^ (1115- 1078) a définitivement placé les neuf trépieds à Kia-jou ^5|î §|^ (1); on a consulté les sorts; le ciel a accordé trente générations, dont la durée totale sera de sept cents ans. La vertu de notre dynastie actuelle est bien amoindrie; mais le moment fixé par le ciel n'est pas encore arrivé; ainsi, demander si les trépieds sont lourds ou légers est une question bien inutile.

Pendant Tété de cette même année 606, l'armée de Tch'ou faisait irruption dans le pays de Tcheng f|5, parce que son prince venait de se mettre sous la dépendance du roi de Tsin Ç; mais cette campagne n'eut pas grand résultat. (*)

En 605, révolution au pays de Tch'ou; en voici les principales circonstances. Précédemment, Tse-liang ^ g, ministre de la guerre, membre de la famille royale, avait eu un fils qu'on

(1) Kia-jou=se trouvait à l'ouest de l'ancienne ville de Ho-nan J^ fg? mais d'après l'histoire, ce ^f ut l'empereur Ou-wang |^ ï (1122-1115) qui transféra les neuf trépieds ù Lo-yang )§ |^ — (p. Fa., vol. 12, p. 32)— (g. Fa., vol. 48, p. 15).

(*) Un trait de mœurs : Après ce simulacre d'expédition, la paix était censée rétablie; l'année suivante, la cour de Tch'ou envoya une magnifique tortue, comme cadeaii de jour do l'an. C'était un mets recherché; le comte de Tcheng en était si friand qu'il voulut le manger tout seul ; furieux de n'avoir pas été invités à ce dîner, les grands dignitaires formèrent le complot de massacrer le comte !

nomma Tse-yué-tsiao ^ jS |^. Tse-wen ^ tjJ, alors premier ministre, dit à Tse-liang, son frère cadet: Il faut tuer ce garçon; il a Tair d'un ours et d'un tigre; sa voix est celle d'un loup; si vous ne le tuez pas, il anéantira notre maison Jo-ngao. Le proverbe dit : Le loup a un cœur sauvage ; jamais il ne peut être apprivoisé. Cet enfant est un loup ; comment le conserver et l'élever? — Malgré ces raisons, le père tenait à son enfant; il ne put se résoudre à le sacrifier. Tse-wen en avait grand chagrin; sur le point de mourir, il réunit toute sa parenté et parla en ces termes : Si Tse-yué devient jamais premier ministre, hâtez-vous de vous enfuir, de peur d'être tous enveloppés dans une même ruine; puis il ajouta en pleurant: Les mânes des morts réclament leurs offrandes ; hélas ! celles de notre maison Jo-ngao ^ |^ devront périr de faim!

Tse-wen étant mort, son fils Tse-yang -^ ^ lui succéda dans la charge de premier ministre, tandis que Tse-yué devenait ministre de la guerre, et Wei-kia ^ ^ ministre des travaux publics. Ce dernier calomnia Tse-yang, et finit par le massacrer. Sur ce, Tse-yué devint premier ministre et Wei-kia, ministre de la guerre, mais la bonne harmonie ne dura pas longtemps entre eux. Tse-yué conçul une haine mortelle contre Wei-kia; il résolut de se débarrasser de lui, malgré les grands services qu'il avait rendus au pays. Un jour, il réunit tous les guerriers de sa famille Jo-ngao, s'empara de Wei-kia à Liao-yang |^' |^, et le massacra; de là, il conduisit son armée à Tch'eng-yé ^ |^ (1), dans le dessein d'attaquer le roi lui-même; l'odeur ^du sang l'avait enivré; dans son ambition, il se croyait déjà maître du trône.

Tchoang-wang était, en effet, fort effrayé de cette rébellion inattendue ; il alla jusqu'à offrir en otages les descendants des trois rois précédents, à savoir Wen 35^, Tch'eng ^ et Mou 5g, comme preuve de pardon et comme gage d'amitié. Tse-yué refusa, et transporta son camp à Tchang-che ^ j^ (2), sur les bords de la rivière Tchang; les pourparlers n'ayant amené aucun résultat, la bataille devenait inévitable.

En automne, à la 7® lune, au jour nommé Meou-siu jrj^ j^, Tchoang-wang attaquait l'armée rebelle, à Kao-hou .^ ^ (3).

(1) Liao-yang et Tch*eng-yé = deux villes de Tch'ou, dont on ne connaît pas ridentifioation.

(2) Tchang-che = La rivière Tchang coule à 50 li sud-ouest de Tang-yang hien m ^ -Sp ' qïii dépend de King-men toheou ^J P" jlt| [Hou-pé] ; elle a sa source à la grande montagne Ta-hong chan yZ . ÇÇ UJ » à 120 li à l'ouest de Soei-tcheou BH yn ' L'endroit exact du camp est à Ho-yong tou ^ f^ {j^^ au confluent des deux rivières Tchang et Tsiu JB.- (g- Fa., vol. 77, p. 16).

(3) Kao-hou = C'est actuellement Lou-ngan tcheou A's "5C îtt| [Ngan-hoei] . L'édition impériale, vol. 19, p. 24, dit que ce petit état, Kao-hou, ainsi que ceux de Yng ^, Lou /v Eul ^S et Tchen ^ étaient tous occupés par des descendants du fameux ministre Kao-yao ji^ ^ — (p. Fa., vol. 6, p. 38).

Tse-yué était un archer éminent ; il visait avant tout à frapper le roi ; une première flèche frôla le timon du char, toucha le pied du tambour, et pénétra dans la monture ; une seconde efïïeura de nouveau le timon, et frappa la tenture du char, juste au-dessus du roi. Quand l'armée vit que Tse-yué tirait si juste, elle fut effrayée et recula. Tchoang-wang dépécha aussitôt un officier rassurer ses gens par le message suivant : Quand mon ancêtre Wen-wang ^ 3£ conquit la capitale de Si ,g„ il eut la bonne fortune de ravir trois flèches infaillibles; Tse-yué en avait volé deux; il vient de les lancer, il n'en a plus d'autre, il n'y a donc plus rien à craindre. Sur ce, il frappa le tambour, et recommença Tattaque ; la bfitaille fut acharnée de part et d'autre; la famille Jo-ngao y fut exterminée ; un seul homme fut sauvé, savoir K'é-hoang ^ ^, fils de Tse-yang. Au moment de la révolution, il était en ambassade à la cour de Ts'i 5^; comme il s'en retournait, arrivé au pays de Song 5^. il apprit à la fois la révolte et l'anéantissement de sa famille ; ses conseillers l'exhortaient à se chercher un refuge hors du royaume de Tch'ou; il leur répondit: Si je désertais un office confié par mon roi, qui donc, dans toute la Chine, voudrait me recevoir? Le roi est pour moi le ciel visible ; qui peut fuir le ciel? Ayant ainsi parlé, il continua son chemin ; parvenu à la capitale, il rendit compte de son ambassade, puis il se remit à la disposition du ministre de la justice. Tchoang-wang admira cette loyale conduite; il pensa à tous les biens que Tse-wen ^ ^ avait procurés au royaume; il ne pouvait se résoujlre à le priver de toute postérité. Si je fais mourir K'é-hoang ^ ^, disait-il, comment pourrai -je ensuite exhorter les hommes à pratiquer la vertu? Sur ce, il lui confirma tous ses titres et tous ses emplois, mais il changea son nom; il l'appela Cheng ^, c'est-à-dire le ressuscité.

Pendant la fin de cette même année 605, et les premiers mois de la suivante, Tchoang-wang recommençait les hostilités contre le pays de Tcheng §j5 ; celui-ci comptait recevoir des secours du roi de Tsin §; ne voyant rien venir, il fît sa soumissio!! à Tchoang-wang. Son voisin, le prince de Tch'en ^, tremblait pour sa capitale ; il conclut aussi un traité de paix et d'amitié.

A peine les troupes de Tch'ou étaient-elles reparties que Siun-lin-fou ^ ^ ^, général de Tsin ^, arrivait à son tour avec une armée; venu trop tard pour secourir les amis, pouvaitil raisonnablement les punir de leur défection? c'est cependant ce qu'il fit.

Mais Tchoang-wang menace les deux malheureux princes d'une nouvelle invasion, s'ils ne reviennent à son obéissance; ils s'empressent de se soumettre. Sur ce, en 603, au printemps, Tchao-siuen-tse H^-?, ministre de Tsin §, et Suen-mien ^ ^

général de Wei ^, accourent et punissent de nouveau les deux réfractaires. Aux derniers mois de cette même année, Tchoangwang fait envahir les deux principautés; Ses troupes ne se retirent qu'après avoir obtenu d'elles un traité de soumission et d'alliance, signé à Li-chan Jg |Jj (1). Triste condition que celle-là! placés entre deux rivaux puissants, ces deux petits états sont ballottés de l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'ils disparaissent enfin dans les serres de l'un ou de l'autre, par une annexion définitive.

En 601, Tchoang-wang anéantit les deux principautés de Chou ^ et de Liao ^ (2), qui s'étaient révoltées contre lui; il en profita pour régler à l'amiable avec le royaume de Ou ^ la question des frontières communes ; le fleuve Hoa f*^ , (3) fut reconnu comme limite ; on fit un traité de paix et d'amitié, auquel fut aussi admis le royaume de Yué ^ ; puis on se sépara, enchantés les uns des autres. Ou et Yué n'étaient pas sans jalousie, ni même sans inquiétude, en voyant ce redoutable voisin se rapprocher de plus en plus, mais il fallait se fortifier soi-même, avant d'engager une lutte avec lui.

Pendant cette expédition, le prince de Tch'en ^ avait été contraint de revenir à l'obéissance du roi de Tsin ^ ; à cette nouvelle, Tchoang-wang dépêche une armée, pour le ramener à Tordre; il signe un nouveau traité de soumission; vraie comédie, en attendant le drame final !

En 600, Tchoang-wang, pour la même raison, entre en campagne contre le pays de Tcheng g|5 ; mais K'io-kiué ^ ^, général de Tsin ^, arrive à son secours, et bat l'armée de Tch'ou à Lieou-fen :|5II ^ W 'i c'est une joie universelle ; seul, Tse-liang ^ %, frère de Siang-kong g ^ (604-587), est dans la tristesse: Cette victoire, dit-il, est la ruine de notre pays! Après" le départ des gens de Tsin, il persuade à son frère de faire un traité de soumission et d'amitié avec Tchoang-wang, afin de prévenir une revanche terrible.

En 599, le roi de Tsin §, indigné de cette lâcheté, réunit ses troupes à celles de Song 5^, de Wei ^, de Ts'ao '^^ et s'en vient punir son protégé; le comte de Tcheng ^g continue son jeu de bascule, et signe un nouveau traité aussi sincère, aussi durable que tous les précédents. Aux derniers mois de cette mê-

(1) Li-chan= Montagne à 40 li de Té-ngan fou fS "® J^ [Hou-pé]. (p. Fa., vol. 2J, p. 18.)— (g- Fa., vol. 77, p. 36).

(2) Chou=C'e8t Chou-tcheng bien py J^ ^î 120 11 sud-ouest de Liu-tcheou fou SL jlfl M [Ngan-hoei]. (p. Fa., vol. 6, p. 16j— (g. Fa., vol. 1, p. 17).

Liao= était au nord-ouest de Ho-k'ieou bien S ^ ^^ 191 li sud-est de Yngtcheou fou IB i*H M [Ngan-hoei] . (p. Fa., vol. 6, p. 32).

(3) Le fleuve Hoa=est à l'est de Liu-tcheou fou. (Edition impériale, vol. 20, p. 8).

(4) Lieou-fen = endroit inconnu, dans l'ancien état de Tcheng.

me anné(s Tchoang-wang se présente avec une armée, décidé cette fois k en linir avec ce pays de Tcheng Jg ; mais Che-hoei i ^» général de Tsin. arrive et refoule les troupes de Tch'ou jusqu'au nord de la rivirre Yng ^ (1).

En 598, au printemps, Tchoang-wang revient à la charge, et atta(ju(» la ville de Li jj^ (2). Tse-liang ^ J^ dit au prince son frère : Les rois de Tsin et de Tch'ou ne pratiquent pas la vertu dans leur rivalité ; ils se disputent le pouvoir à main armée; faisons toujours un traité avec celui des deux qui nous attaquera ; |)ui8qu'ilH n'ont ni l'un ni Tautre aucune loyauté, pourquoi nous autres leur garderions-nous la foi jurée? Sur ce, en été, on signe un nouveau traité avec le rovaume de Tch'ou, à Tch*en-ling ^

Pendant ce tcunps, Tse-tchong ^ ;^, frère de Tchoang-wang, H<» jette à l'improviste sur le royaume de Song JfJ, pour le punir d'avoir, Tannée précédente prêté son concours au roi de Tsin ; Ttslioanir-wang ne fait pas lui-même partie de cette expéditon; il S(' contcnittî d'en attendre le succès à Yen Ji£|5 (4). Le prince de Song se soumet, et obtient son pardon.

C'est à i)ropos de cette campagne qu'on entoura de murs la ville (le Ki ^Jf (5). Le premier ministre de Tch'ou, nommé Nuen-chou-ngao ^ ^^^^ avait la direction générale des travaux; il y montra une habileté extraordinaire; tout avait été prévu, (îahmlé, (^t préj)aré d'avance: il avait lui-même tracé les fondations, examiné W. devis des entrepreneurs, compté la quantité de terre à ti'ansi)ort(T, les journées de travail, les provisions nécessaires pour tant d'ouvriers; lui-même avait inspecté et distribué les instruments; les bois, les planches, les pilons, tout avait été n\(^suré sous ses yeux; pour la surveillance des travaux, il n'employait i\uv des hommes dignes de confiance. En trente jours le travail était achevé; et ce mur de terre était très solidement construit.

Dans les derniers mois de cette même année 598, Tchoangwang conduisait une expédition contre le pays de Tch'en p^; en

(1) La nvicr(^ Yng—cst j\ doux li au nord de Yu-tchcou -j^ jll'l [Ho-nan], (g. Fa., vol. 4(5, p. 2i)— vol. d7, p. r)l>).

(2) Iii"(J'('Hi Yu-trheou, A ;^201i sud-ouest de la préfecture K'ai-fongfou PQ îî Jiï [Ho-uau]. (p. Fa., vol. 12, p. 0).

(M) Teli'en-ling= était au sud-est de Tch'ang-p'ing "S -^ > cette dernière ville ('ïtftii. M'oueHt de ïfoai-uing bien fH m J^' dans la préfecture de Tcli'en-tclieou fou Mt îW /ff |lIo-nanl. (p. Fa., vol. 12, p. .5.'))— (g. Fa., vol. 47, p. 35).

(4) Yen «était sur la frontière de Hiang-tch'eng bien J§ J^ JÇp ? il 120 li au sud de la préfecture Teh'(>ng-tebeou fou. (Edition impér., vol. 20, p. 27).

(M Kin=était Hur la frontière de Tcben^-yang bien :R I^ Jwî dans la préfecture de .lou-niuK fou HC Ht M [Ho-nan]. (Edition impér., ibid.).

apparence, pour y rétablir la paix; en réalité, pour s'en rendre maître et se l'annexer. La puissante famille Hia J avait excité une révolution et massacré le prince; Tchoang-wang profita de cette bonne occasion pour exercer ses fonctions de protecteur, ou de suzerain ; il fit une proclamation au peuple : Ne me supposez pas, disait-il, une intention hostile; je viens uniquement punir le parricide qui a été commis parmi vous. Il entra aussitôt dans la capitale, prit Hia-tcheng-chou ^ ^ ^, chef de Tinsurreotion, et le fit écarteler à la porte Li-men ^ P^ do la ville. A ce moment, le nouveau marquis de Tch'en ^ était à la cour de Tsin Ç; il se nommait Tch'eng-kong j^ ^ (598-569).

Au sujet de cette expédition, il se passa un incident assez curieux. Ghen-chou-che ^ ^ fl^, grand officier de Tch'ou, était alors en ambassade au pays de Ts^i ^; à son retour, il rendit compte de sa mission ; puis se retira, sans féliciter Tchoang-wang au sujet de sa campagne. Celui-ci s'en montra mécontent: Hiatcheng-chou, lui dit-il, homme sans conscience, avait assassiné son prince; moi, homme de nulle valeur, je me suis mis à la tête de nos alliés, pour venger ce crime ; tout le monde m'a approuvé, et m'en a félicité; vous seul n'en montrez aucune joie; pourquoi cela? — Puis-je vous manifester librement ma pensée? répondit l'officier. ^ — Oui, dit le roi; parlez sans crainte. — Hia-tcheng-chou, reprit l'olficier, a commis un grand crime; Votre Majesté l'a mis h mort; c'est un grand acte de justice; mais il y a un proverbe: Un bœuf en marchant a endommagé votre champ, saisissez-le! S'emparer d'un bœuf pour un si petit dommage, n'est-ce pas exorbitant? De même, les vassaux vous ont accompagné, reconnaissant que vous faisiez bien de punir le coupable ; mais maintenant, vous voulez vous annexer ce pays de Tch'en ^; sa capitale deviendra une de vos villes; vous lui enlèverez toutes ses richesses. Sous prétexte de punir le parricide, vous avez appelé tous vos vassaux; ils vont comprendre que la convoitise seule vous a poussé à entreprendre cette expédition ; n'est-ce pas regrettable? — Très bien! dit le roi; on ne m'avait pas fait cette juste remarque ; il est encore temps de réparer cette faute ! — Oui, repartit l'officier; nous autres, pauvres gens, nous disons entre nous: Si l'on a pris quelque chose du sac d'autrui, il vaut mieux le rendre?

Grâce à cette sage remontrance, Tchoang-wang laissa subsister la principauté de Tch'en [5^; il se contenta de saisir un homme de chaque village, en forma une sorte de colonie qu'il établit dans la ville appelée dans la suite Hia-tcheou ^ j^ (1).

(1) Hia-tcheou = C'est l'origine de la préfecture Ou-tch'aiig fou ÎPC Q jj^, que les Européens connaissent davantage sous le nom de Han-k'eou JH M • — Le recueil intitulé Kiang-hia-hien tche flL S, -Sh îS ' vol. 2, p. 5, fait remarquer que la fondation de cette ville eut lieu au nord du fleuve Yang-tse-kiang ^ "jr iJLt à l'endroit nommé autrefois Hia-joei 5 \\^i actuellement Han-k'eou. (p. Fa., vol. 21, p. 1).

Le fait est mentionné, et même loué, par Confucius comme conforme à la justice. Le vicomte de Tch'ou, dit-il, entra dans la capitale de Tch'en, et y établit Kong-suen-ning & ^ $ et I-hing-fou 'H fr ^. Or ces deux individus étaient des traîtres, dans la compagnie descjuels et par lesquels avait été massacré le prince; leur exaltation était-elle un acte de justice?

En 597, au printemps. Tchoang-wang mettait le siège devant la capitale de Tcheng mS, en punition d'un nouveau traité de soumission fait avec le roi de Tsin ^. Après dix-sept jours d'attente, les gens de la ville, ne voyant «lucun secours arriver, consultèrent les sorts: devait-on se soumettre à Tchoang-wang? La réponse fut négative. Devait-on se rendre au temple des ancêtres de la maison régnante, y faire les lamentations du départ, et préparer l'émigration dans une autre contrée? La réponse fut affirmative. Sur ce, la capitale tout entière s'en alla au temple; les soldats eux-mêmes quittèrent les remparts, et se mêlèrent à la foule ; c'était un vacarme épouvantable ! Tchoang-wang fut touché de compassion ; il ordonna à son armée 'de se retirer à trente li de distance, espérant par cette condescendance gagner le cœur des assiégés, et obtenir leur soumission. Les gens de Tcheng en profitèrent pour réparer les brèches de leur mur. Tchoang-wang, frustré dans son espoir, fit revenir son armée et recommencer le siège ; trois mois plus tard, il emportait d'assaut la porte appelée Hoang-men ^ P^, et pénétrait dans la ville par un boulevard si large que neuf chars de guerre pouvaient y marcher de front.

Le comte de Tcheng vint à sa rencontre, dans l'accoutrement le plus humble, c'est-à-dire le corps demi-nu, et traînant une chèvre, en signe de la soumission la plus complète. Le ciel ne m'est pas favorable, dit-il; je n*ai pas su rendre hommage à Votre Majesté ; ainsi j'ai excité votre juste courroux ; je vous ai forcé à mettre le siège devant ma petite ville; ma faute est bien grande! comment oserais-je encore maintenant résister? je suis à vos ordres;* dussé-je être envoyé comme prisonnier ou comme esclave dans les pays au sud du Yang-tse-kiang ^ -^ ^, ou sur les bords de la mer ! vous êtes le maître ; disposez de tout comme il vous plaira; partagez ma principauté entre les divers princes vos amis^ emmenez les hommes comme vos esclaves, les femmes comme vos concubines et vos servantes ; nous n'avons tous qu'à obéir! Mais si Votre Majesté daigne se souvenir de notre ancienne amitié; si elle espère les bénédictions de mes ancêtres, les deux empereurs Li-wang f^ J (878-828) et Siuen-wang gî (827-782), de nos fondateurs Hoan-kong i^ ^ (809-771) et Ou-kong 5ÊC5V (770-744) ; si elle me permet de continuer leurs sacrifices, je ne demande pas mieux que de changer ma dignité; je suis prêt à servir en humble sujet*, à l'égal des neuf principautés

que Votre Majesté a incorporées à son royaume ; c'est le suprême bienfait que j'ose à peine espérer de votre générosité, après ma révolte; je vous ai ouvert mon cœur; considérez ce que la clémence vous dictera (1).

L'entourage de Tchoang-wang jugeait impossible de faire grâce ; la conquête avait été assez laborieuse ; pourquoi en abandonner le fruit? — Mais, disait Tchoang-wang, ce prince sait s'humilier; il semble vraiment capable de conduire loyalement son peuple ; s'il possède le cœur de ses gens, comment porviendrais-je à m'annexer sa principauté?

Sur ce, il retira de nouveau son armée à trente li de distance, afin de pouvoir librement traiter de la paix. Il délégua à cet effet un de ses officiers nommé P'an-wang jg lï±; tout fut conclu au gré des deux partis; Tse-liang -^ ^, frère du comte de Tcheng, fut envoyé comme otage h la cour de Tch'ou.

A la 6® lune de cette même année (597), Siun-lin-fou ^* i^ ^, général de Tsin Ç, arrivait enfin, avec son armée de secours ; il était bien temps ! Parvenu au Fleuve jaune, il apprit la défaite et la soumission de la principauté. Attendons, dit-il, que Tchoang-wang soit rentré daus sa capitale, pour pénétrer nous-mêmes dans le pays de Tcheng §|5. Che-hoei -j^ ^, général de l'aile gauche, approuva ce plan. Pour réussir dans une expédition, dit-il, il faut combattre l'injustice de l'ennemi dans une guerre juste, comme nous l'enseigne l'histoire ; si l'adversaire pratique la vertu, s'il punit les coupables avec justice, s'il s'occupe de l'administration du royaume, s'il a soin d'arranger les affaires courantes de son peuple, si les lois sont intégralement observées, alors il est impossible de se mesurer avec un tel ennemi; ce serait une injustice d'attaquer un bon prince. Or, le roi de Tch'ou a puni le comte de Tcheng à cause de sa déloyauté; il exerça la miséricorde envers lui dès qu'il s'humilia ; il corrigeait le traître ; il pardonna au sujet soumis ; c'est là pratiquer la vertu, et punir le crime avec justice. Abattre un rebelle est une punition juste; recevoir celui qui reconnaît son tort, c'est de la clémence. Quand précédemment il attaqua le pays de Tch'en |^, pour châtier le parricide Hia-tcheng-chou g ^ ^, aussi bien que dans cette expédition contre le comte de Tcheng §(5, il ménagea son propre peuple avec grand soin; il en est aimé ; son administration est des plus régulières ; il lève ses troupes, les met en campagne, d'après les règlements de son

(1) Le comte Hoan était frère de l'empereur Li; ainsi la famille réguante de Tcheng se rattachait A, la dynastie impériale. — Tchoang-wang s'était annexé, les 9 principautés suivantes: Si M*^ Teng S[5î Hien 5^5 Hoang ^î Koei ^î Kiang JX? Lou /\î Liao ^î Yong /J* — Précédemment, Ou-wang JR^ ^ avait pris celle de K'iuen >§! (740-690;; et Wen-wang ^ ï, celle de Chen ^ (689-677). Aussi le commentaire dit-il ne pas comprendre pourquoi le texte a le nombre 9, au lieu de 11.

ancôtre Ou-wang |^ J ; les marchands ambulants, les boutiquiers, les artisans, les açrrieulteurs. personne ne reçoit de dommage ; sa cavalerie, son infanterie, agissent de concert ; Tordre est parfait. Quand Wci-ngao )^^ j^ devint premier ministre, il fit un choix des meilleures lois du royaume: en campagne, les troupes (1) sont divisées en cinq corps : chaque char est protégé par son escorte de droite, celle de gauche pourvoit aux fourrages et aux autres provisions : l'avant-gîirde, avec ses porte-étendards, veille h ouvrir la marche: le centre est prêt à toute occurrence; à Tarrière-garde se trouve l'élite de l'armée : tous les officiers se règlent sur les signaux: les mouvements, les changements, se font ainsi sans que le généralissime ait à publier de nouveaux ordres; c'est une preuve que l'administration est parfaite. Le roi veut-il conférer une dignité, il recherche qui en est digne, aussi bien dans les autres familles que dans la sienne ; s'il choisit quelqu'un, ce sont les mérites qu'il récom])ense. Les vieillards sont toujours bien traités ; les étrangers ont des privilèges et sont exempts de corvées; les nobles ont leur costume particulier; ils jouissent des honneurs dûs à leurs titres et à leurs otïices ; le peuple a aussi ses rangs bien déterminés. La vertu étant pratiquée, les lois observées, l'administration soignée, les rites en vigueur, nous oserions nous attaquer à ce royaume ! Avancer quand c'est possible, reculer h temps quand la difficulté est trop grande, c'est de la bonne stratégie ; aider les états faibles, s'annexer ceux des princes étourdis, voilà encore une bonne façon de faire la guerre; que votre Seigneurie se règle d'après ces principes ! Il y a des états faibles, des princes étourdis ; le royaume de Tch'ou est-il de ce nombre? Dans le Livre des annales (Chou-king ^ H), Tchong-hoei fij> ]^ a une bonne parole : Retranchez les perturbateurs ; mettez à mort ceux qui courent à leur perte (2) ; voilà ce qui s'appelle aider les faibles! Le Livre des vers (Che-king "^1^)) dans l'ode intitulée Tcho g^/, ainsi dénommée parce que l'empereur Ou-wang |gÇ 3E consultait toujours les circonstances avant de prendre les armes, il est écrit: Oh! que les légions de Ou-v^ang étaient belles ! consultant les circonstances, il les formait avec soin ! Voilà ce qui s'appelle destituer les aveugles opiniâtres ! Plus loin, on célèbre encore ce même empereur; il est dit: Ses belles actions sont incomparables ! Si donc vous secourez les états faibles, et si vous profitez des étourderies des princes aveugles, vous accomplirez de belles actions sans obstacle.

Sien-kou ^ ^, aide-de-camp du généralissime, désapprouva tout ce discours. Notre roi de Tsin, dit-il, est devenu le chef des

(1) Les troupes forment cinq corps : l'avant-garde, l'aile gauche, le centre, l'aile droite, l'arrière-garde.

(2) Zottoli, III, p. 374 — Couvreur, p. 107. — La traduction est un peu différente : Associez des collègues aux faibles ; destituez les aveugles opiniâtres.

princes vassaux, parce que ses armées sont braves, ses officiers distingués ; si aujourd'hui vous laissez perdre cette autorité, vous ne remplissez pas votre devoir; si l'ennemi est devant vous sans que vous fondiez sur lui, votre armée n'est pas valeureuse. D'après mon humble avis, il vaut mieux mourir, plutôt que de laisser perdre la prééminence de notre roi sur les vassaux ; notre armée étant en campagne, reculer parce que les ennemis sont nombreux, c'est de la lâcheté ! Le roi vous a constitué notre chef pour nous donner l'exemple de l'intrépidité ; que ceux qui ont le courage de s'en retourner le fassent ; pour moi, j'en suis incapable ! Ayant dit ces mots, il ordonna à ses soldats de passer le fleuve (1). Siun-cheou ^ "^, frère du généralissime, et aide-de-camp du général de l'aile gauche, dit à son tour: Ces troupes s'exposent au plus grand danger ! Le Livre des Mutations (Tcheou-i ^ J^), à l'anagramme sept, nous indique le péril; l'hexagramme Se M se change en Ling-g; la partie inférieure K'an ~ (nuage, eau) se change en Toei ££ (étang, eau stagnante) ; l'hexagramme Se signifie : Quand l'armée sort, il faut observer les règlements ; sinon, les calamités l'atteindront. Si tous les officiers sont d'accord, tout est pour le mieux; s'ils sont divisés," il leur arrivera malheur; l'image K'an — se changeant en Toei EE, indique scission dans l'armée : celle-ci est affaiblie, comme le courant d'un fleuve déborde sur les rives et s'y dessèche. Il y a des règlements dans l'armée; mais chacun veut faire à sa guise; c'est pourquoi le texte des Mutations dit : Les règlements négligés tournent à mal ; ils sont comme morts et desséchés : si le fleuve ne suit plus son cours, il se disperse ; s'il rencontre un obstacle, il s'obstrue, il déborde sur ses rives, forme un étang, une eau stagnante, il s'y dessèche; Se 11 devient Ling M; voilà le mal! Si un chef n'obéit pas au généralissime, c'est l'obstruction la plus grave ; c'est tout à fait notre cas ! Si nous rencontrons l'ennemi, nous sommes sûrs d'être battus! Sien-kou ^fe ^ aura été cause de ce malheur ; s'il échappe à son mauvais sort sur le champ de bataille, de retour à la maison il ne pourra s'y soustraire (2).

(1) L'endroit exact du passage est A. 22 li au nord de Yuen-ou bien /^ IRI ^ ? qui est i\ 180 li à l'est de la préfecture Ho-nan fou ifPf m Jiï [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 29)- (g. Fa., vol. 47, p. 27).

(2) Le lecteur ne comprendra rien à toute cette argumentation; il n'y a pas honte à l'avouer! Il n'y a môme rien à comprendre! En dépit des explications des plus tins lettrés, le Livre des Mutations est une œuvre abracadabra! son emploi est une jonglerie; cela revient, à peu prè^, à tirer les cartes. Les lettrés croient y voir et dire quelque chose ; n'ayant aucune notion de philosophie, ils dansent sur la corde de leur imagination, y font des jeux de mots, des tours de passe-passe. Voilîl où parvient la raison humaine, se contentant de sa suffisance ! Nos fortes têtes chinoises ne disent pas. plus d'insanités que certains pseudo-philosophes de l'Europe incrédule.

(Voir le commentaire I-king je-kiang ^ 1^ p gjf i vol. 4, p. 21, et les autres auteurs, sur l'hexagramme 7^, Se pjp) •

Han-kiué ||! JP( s^adressant au généralissime: Sien-kou, ditil, a commis une grande faute, mais vous êtes le maitre ; à qui vous plaindre, si les ofîiciers n'obéissent pas? vous avez déjà perdu un de vos fiefs ; vous allez encore perdre une armée ; qui vous sauvera? dans le cas présent, ne vaut-il pas mieux aller de l'avant? Si l'entreprise échoue, nous en supporterons; tous le déshonneur ; mieux vaut partager la charge entre nous six, que de la porter tout seul !

Sur ce, l'armée tout entière passa le Fleuve jaune. — De son côté, Tchoang-wang conduisait ses troupes dans la même direction; il campait alors à Yen )^\i (1). Tch*en-yn ^ f* (le gouverneur de Tch*en) était le généralissime, et commandait le centre; Tse-tchong -^ ;g était à l'aile gauche, et Tse-fan -î^ JR à Taile droite. En principe, on faisait une simple promenade; on voulait seulement se glorifier d'avoir abreuvé ses chevaux dans les eaux du fameux Fleuve jaune ; puis rentrer glorieusement chez soi. Quand on eut appris le passage de l'armée de Tsin, Tchoang-wang voulait rebrousser chemin; son favori Ou-ts'an jj ^ le pressait de livrer bataille ; le premier ministre Suen-chouî^gsio îê ^ Iftï ^" contraire, voulait absolument éviter toute rencontre. L'an dernier, disait-il, nous avons eu la campagne contre Tch'en ^; cette année, contre Tcheng §|5 ; ce sont des expéditions continuelles ! Si nous livrons bataille et sommes vaincus, la chair de Ou-ts'an mangée pourra-t-elle réparer ce désastre? — Ou-ts'an était piqué: Si TatTaire réussit, dit-il, ce sera une preuve que le premier ministre n'est pas un homme de conseil; si elle échoue, ma chair sera mangée par les gens de Tsin; en aurez-vous une part?

Malgré tout, le premier ministre tourna vers le sud le char de guerre royal et le drapeau du généralissime, pour indiquer le retour au pays de Tch'ou. Ou-ts'an revint à la charge devant le roi. Le généralissime de Tsin, dit-il, est nouveau et incapable de se faire obéir; son aide-de-camp, Sien-kou, est un homme entêté, inflexible, inhumain; jamais il n'a su plier; ainsi les trois généraux suivront leur fantaisie, aucun ne réussira; s'il n'y a pas unité de commandement, cette multitude de soldats ne saura que faire; sa perte est assurée. De plus. Votre Majesté se trouve

(1) Yen = Ville de Tcheii^', près de IM-tch'eng 'xi\* J^l ù 10 li environ au nord de Tcheng-tcheou S|5 ji\ [Ho-iian J . (^, Fa., vol. 47, p. 55).

Tchen-yn= signifie: le gouverneur de Tch'en; cependant, pour abréger, eu plusieurs endroits, où le nom de ce dignitaire n'est pas indiqué, nous avons écrit simplement Tch'en-yn, comme l'auteur chinois.

La ville de Tch'en dont il s'agit ici, et qu'il ne faut pas confondre avec Tcb*én-k*ieou îîfc SUj s'appela aussi Ts'in f^ et Kou-che ® jtpî elle se trouvait à 140 li à l'est d e Koang-tcheou [Ho-nan]. (g. Fa., vol. 50, p. 42).

en présence d'un simple général ; lui céder le pas, reculer devant lui, ce n'est pas possible ; l'honneur, le salut de notre royaume est en jeu !

Tchoang-wang, impressionné par ces raisons, ordonna au premier ministre de replacer le char et le drapeau dans la direction du nord; bientôt on se mettait en marche, et l'on s'arrêtait à Koan ^ (1), pour y attendre l'ennemi alors campé entre les montagnes Ngao |5c et Kao j|p (2).

Hoang-siu ^ J^, officier de Tcheng §]5, fut envoyé vers l'armée de Tsin avec le message suivant: Notre prince a fait sa soumission au roi de Tch'ou, pour éviter de plus grands malheurs; mais, de cœur, nous sommes avec vous ; un succès si rapide l'a enorgueilli; mais ses troupes sont harassées; rien n'est prêt pour un combat; livrez, bataille ; à l'arrière, nous vous aiderons ; la victoire est sûre !

Sien-kou triomphait. Abattre le royaume de Tch'ou, reconquérir le fief de Tcheng, disait-il, tout cela dépend d'une journée ; il faut absolument accepter les offres de cet envoyé !

Loan-chou ^ ^, aide-de-camp du général du troisième corps, prit la parole en ces termes : Depuis que Tchoang-wang a annexé la principauté de Yong j^, il ne cesse de soigner et d'instruire son peuple; le salut public, dit-il, ne se procure pas facilement ; chaque jour le malheur peut fondre sur nous ; donc it faut veiller, et ne pas s'endormir dans l'indolence ! Quand il est au camp, chaque jour il examine toutes choses ; il veut que tous, officiers et soldats, soient attentifs à leur devoir. Personne, dit-il, ne peut garantir la victoire! L'empereur Tch'eou ^t|- (1154- 1123), après avoir été cent fois vainqueur, a tout perdu en une seule journée, sans même laisser de postérité ! Il leur cite l'exemple de ses ancêtres, Jo-ngao ^ |j( (790-764) et Fen-mao iS" B (757-741), dont les voitures étaient faites de branches d'arbres entrelacées^ les vêtements usés et rapiécés ; c'est ainsi qu'ils ont défriché les forêts et les collines. Sans cesse il exhorte son peuple. Le bien public, dit-il, dépend de l'application à son devoir ; quiconque est diligent ne manquera jamais du nécessaire. — Un royaume ainsi administré n'est pas orgueilleux, et ne se repose pas sur ses lauriers. Notre fameux Tse-fan -F ÎEî oncle de notre illustre roi Wen-kong ^ ^, a dit

(1) Koan = c'est le teiTitoire actuel de Tcheng-tcheou P|S jlt|î qui est à 140 li de la préfecture K'ai-fong fou PB ^ /jj [Ho-nan] . 'p. Fa., vol. 12, p. 7) — (g. Fa., vol. 47, p. 54).

(2) La montagne Ngao = est à 24 li h l'ouest de Yong-tché bien *^ ^ ^ ? qui est à 140 li nord-ouest de la préfecture K'ai-fong fou, [Ho-nan] . — Sous la dynastie Ts'in ^^) un certain Ngao y bâtit un dépôt; de là est venu le nom.

La montagne Kao = est à 10 li nord-est de Yong-tché bien. (Ho-nan tong-tcbe ÎRT ^ M îê' vol. 6, p. 4).

autrefois une parole célèbre : L'armée qui défend la vérité est forte; celle qui combat pour l'injustice est faible. Nous autres, nous ne pratiquons guère la vertu ; nous cherchons querelle au roi de Tch'ou ; c'est lui qui a raison; nous avons tort; comment dire que son armée est faible ? Sa garde du corps a deux sections ; chacune a quinze chars de guerre ; chaque char a cent vingt-cinq hommes; la section de droite attèle de grand matin, et fait rcxercice jusqu'à midi; celle de gauche lui succède aussitôt, et manœuvre jusqu'au soir; les officiers du palais, à tour de rôle, se partagent les veilles de la nuit, pour prévenir toute surprise de l'ennemi ; comment dire qu'une telle armée n'est pas prête à tout événement ? Tse-liang ^ ]^ est l'homme le plus distingué de Tcheng ^; P'an-wang ^ /{£§ est l'homme le plus éminent de Tch'ou; ils ont conclu la paix; Tse-liang est otage: comment dire que les deux pays ne sont pas intimement liés l'un à l'autre? Ce prétendu député de Tcheng vient nous pousser à la bataille : si nous sommes vainqueurs, on ne se mettra pas pour cela de notre parti; si nous sommes battus, on rira de nous; selon moi, nous ne pouvons avoir confiance en ce député.

Les deux grands officiers Tchao-kouo t§ ^ et Tchao- t'ong Jg |g[ répliquèrent : Nous avons conduit tant de troupes ici, pour chercher et abattre l'ennemi; si nous sommes vainqueurs, nous reprendrons un fîef qui nous appartient ; qu'avons-nous encore à attendre et à discuter? l'avis de Sien-kou est le meilleur!

Siuen-cheou s'écria: Ces deux messieurs sont les âmes damnées de notre mauvais génie Sien-kou !

Le grand officier Tchao-cho ^ ^ intervint à son tour : Sans aucun doute, dit-il, le conseil de Loan-chou est préférable; s'il peut faire prévaloir son idée, il deviendra certainement premier ministre !

Ainsi le conseil de guerre de Tsin se trouvait orageux et divisé d'opinions. Sur ces entrefaites, le substitut (Chao-tsai ^ ^ (1)) du premier ministre de Tch*ou se rendit au camp de Tsin. Notre humble roi, dit-il, depuis sa plus tendre jeunesse, n'a rencontré que des temps mauvais ; il n'a pu être formé aux moeurs fines et délicates des Chinois ; il a seulement appris que ses deux prédécesseurs, Tch'eng j^ (671-626) et Mou ^ (625-614), sont autrefois venus dans ces parages, uniquement pour exhorter la paincipauté de Tcheng ^ et y mettre de l'ordre, sans vouloir en aucune façon blesser le royaume de Tsin ; pourquoi vos Seigneuries prennent-elles la peine de rester ici? (2).

(1) Chao-tsai = Je n'ai pu trouver les documents nécessaires, pour savoir au juste quelle était cette fonction.

(2) Voyez le genre de finesses propre au langage chinois, pour dire : vous n'avez rien à voir dans les affaires de cette principauté

Le général Che-hoei ^ 'g* lui répondit; L'empereur P'ingwang 3^ 2 (770-720) a autrefois ordonné à notre prince Wenheou ^ ^ (780-746) et au comte de Tcheng ^ de garder et protéger les deux côtés de la maison impériale ; il leur enjoignit de ne pas négliger leur office ; le comte de Tcheng maintenant s'en met peu en peine ; notre humble prince nous a envoyés lui en demander raison ; comment oserions-nous vous obliger à rester ici ! nous sommes bien reconnaissants envers votre illustre roi de nous avoir intimé ses ordres (1) !

Sien-kou ^ ^ était indigné de ces flatteries ridicules ; il envoya à la hâte l'officier Tchao-kouo ^ ^ à la poursuite du délégué, pour changer la teneur de la réponse : Notre interprète, dit-il*, a falsifié nos paroles ; voici ce que nous avons dit : Notre prince nous a envoyés pour anéantir jusqu'à la dernière de vos prétentions sur le fief de Tcheng, et nous avons ordre de ne céder en rien; nous ne pouvons désobéir, et reculer devant vous!

Malgré cette fanfaronnade, Tchoang-wang députa un nouveau délégué au camp de Tsin pour proposer un traité de paix et d'amitié. On accepta; on fixa même un jour pour le conclure, mais les choses allèrent bien autrement, comme nous allons le voir.

Pendant les négociations, Yo-pé |^ f|§, fameux guerrier de Tch'ou, s'en alla au camp de Tsin provoquer au combat ; il était accompagné de Hiu-pé |^ fQ, son guide de char, et de Ché-chou ^* :jJ^, son écuyer. Moi, dit Hiu-pé, j'ai ouï dire aux anciens que la provocation se fait ainsi : On lance son char avec la rapidité de réclair; on va jusqu'au pied du rempart, et l'on s'en retourne. Moi, répondit Yo-pé, j'ai entendu la chose autrement. Arrivé à la porte du camp, le provocateur lance du côté gauche sa meilleure flèche; puis il prend en main les guides du char; le conducteur descend, époussette les chevaux, remet les harnais en ordre, remonte en voiture, et l'on s'en revient. Moi, reprit Che-chou, j'ai appris encore autrement : L'écuyer de droite entre dans les retranchements, coupe l'oreille gauche à un ennemi, le fait prisonnier, le force à monter sur le char, et l'on s'en retourne. Nos trois héros firent comme il avaient dit, et rebroussèrent chemin. Mais alors l'armée de Tsin se mit à leur poursuite; elle se déploya des deux côtés, cherchant à enserrer les fuyards dans ses. deux immenses cornes; le péril était extrême! Yo-pé décochait ses flèches; à gauche il tuait les chevaux; à droite, les hommes; grâce à son habileté, le cercle ne put se fermer devant lui; il ne lui restait plus qu'une flèche, quand apparut un magnifique cerf. Il le perça du coup; puis, se retournant, il aperçut Pao-koei |g^ ^, grand officier de Tsin^ qui le suivait de près; il lui cria : Ce n'est pas encore l'époque de la chasse, on n'a pas encore commencé à faire des cadeaux de venaison ; permettez-moi cependant de vous offrir cette

(1) A bon chat, bon rat I Chinoiserie pour chinoiserie !

pièce de gibier pour régaler vos gens ! Pao-koei s'arrêta. Cet homme est si bon archer, si beau parleur, dit-il ; laissons-le s'en aller ; ce doit être un sage !

Dans le camp de Tsin, un certain Wei-i || ^^, grand officier, avait en vain brigué l'honneur d'entrer dans la famille royale ; son échec Tavait rendu furieux ; il ne cherchait que l'occasion de se venger, même aux dépens de l'armée. Il avait demandé Tautorisation d'aller provoquer les gens de Tch'ou ; lé généralissime le lui avait refusé; pour le consoler, il l'avait nommé délégué pour négocier la paix. Arrivé devant Tchoangwang, il demanda, au contraire, une bataille en règle, et repartit sur le champ. Indigné d'une telle impudence, P'an-tang ^ jj^, fils du général P'an-wang ^ /g, se mit à sa poursuite, et le serra de près sans l'atteindre. Ils étaient ainsi parvenus au bord du lac Yong 9^ (1), quand tout à coup apparurent six grands cerfs ; Wei-i en perça un ; puis se retournant vers P'an-tang, il lui cria: Étant si occupés à l'armée, vos chasseurs n'ont peut-être pas eu le temps de se procurer de la viande fraîche ; oserais-je vous offrir cette pièce de gibier? Sur ce, P'an tang arrêta son char, et laissa Wei-i continuer tranquillement son chemin.

Un autre ambitieux mécontent l'avait accompagné dans cette expédition, mais il avait trouvé moyen de faire bande à part. Il se nommait Tchao-tchen |§ j^ ; il avait brigué en vain la charge de premier ministre, et son ressentiment s'était accru en voyant qu'on avait abandonné la poursuite de Yo-pé et de ses deux compagnons ; il avait alors demandé à corps et à cris qu'on livrât bataille; le généralissime le lui avait refusé; comme consolation, il l'avait adjoint à Wei-i pour aller traiter de la paix; mais au moment du départ il n'était pas prêt ; pu plutôt, il voulait faire une esclandre de sa façon; il laissa partir Wei-i, et fit le voyage tout seul.

L'officier K'io-k'é ^ ^ fit alors la réflexion : Nos deux ambassadeurs vont certainement nous attirer quelque affaire ! Si nous ne nous préparons pas au combat, nous serons sûrement surpris et battus! — Sien-kou ^ ^ répliqua: Le délégué de Tcheng ^ nous a poussés à livrer bataille ; on n'en a rien fait ; le roi de Tch'ou nous a proposé la paix; on ne sait pas la conclure ; notre armée est sans tête ; tous nos préparatifs seraient inutiles! — Che-hoei J^ '^ lui fît observer qu'être prêt à tout est plus sûr! si ces deux individus exaspèrent le roi de Tch'ou, son armée peut tomber sur nous à l'improviste, et nous écraser en un moment ; le mieux serait donc de nous tenir prêts ! Si Tchoang-wang n'a pas de mauvais desseins, nous pouvons reculer, à quelque distance, et traiter amicalement de la paix; cela ne

(1) Le lac Yong = est au sud de Yong-tché hieii 5^ ^ JÇ^? dans la préfecturt de K'ai-fong ion M M f& [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 8)— (g- -Fa-, vol. 47, p. 58).

nuira en rien à la bonne entente; sinon, notre armée étant sous les armes et en ordre de bataille, nous serons en mesure de recevoir l'ennemi. Même dans une simple entrevue, il est d'usage qne la suite du prince soit toujours prête à tout hasard ; c'est une règle de prudence. — Sien-kou était vexé; il ne voulut rien entendre à des conseils si sages. Alors son collègue Che-hoei ordonna en secret aux deux aides-de-camp Kong-cho ^ ^ et Han-tch'oan ^ ^ de mettre des soldats en embuscade à sept endroits différents, au pied de la montagne Ngao U; ; c'est cette précaution qui sauva l'armée de Tsin d'une ruine complète. De même le général Tchao-yng-ts'i !§ H ^ envoya ses soldats préparer des barques sur le Fleuve-jaune ; on verra bientôt qu'elles ne furent pas inutiles; mais que dire d'une armée où les choses se font en dépit ou à l'insu du généralissime? elle est vouée à une perte certaine !

Pendant ce temps, qu'était devenu le ministre manqué, le délégué Tchao-tchen ^ j^ ? H était arrivé de nuit devant le camp de Tch'ou ; il avait bravement étendu sa natte, pour se reposer devant la porte; puis il avait envoyé ses gens à l'intérieur s'aboucher avec ceux de Tch'ou. Le lendemain, comme de coutume, l'escorte de droite de Tchoang-wang, commandée par Hiu-yen f^ jg et son collègue Yang-yeou-ki ^ ^ ^:, attela au chant du coq et fît l'exercice jusqu'à midi ; celle de gauche, commandée par P'ongming l^ ^ et son collègue Kiué-tang J^ ^, lui succéda, et fît l'exercice jusqu'au coucher du soleil.

Ce fut le jour I-mao ^ ^ qu'eut lieu l'entrevue, la provocation, et la fuite de Wei-i ^ |^. Tchoang-wang, apprenant alors la présence de Tchao-tchen |§' ]5^ à la porte du camp, se mit à la tête de son escorte de gauche et lui donna la chasse. Le brave délégué prit la fuite au plus vite ; il donna son propre char attelé de deux magnifiques chevaux à son frère aîné et à son oncle; il leur ordonna de prendre les devants à toute bride; quant à lui, il monta leur char dont les chevaux étaient bien inférieurs; voyant qu'il allait être pris par l'escorte du roi, il sauta à bas, et s'enfuit dans la forêt; l'assesseur Kiué-tang sauta de même, et se lança à sa poursuite ; il l'atteignit, et lui enleva la cuirasse inférieure, sans pouvoir le faire prisonnier.

Pendant ce temps, les gens de Tsin, inquiets sur le sort des deux délégués, avaient envoyé quelques chars de guerre à leur rencontre ; ceux-ci, dans leur course rapide, soulevaient un nuage de poussière. P'an-tang -]§ ^., qui chassait Wei-i^ dépêcha un exprès au camp avec ces mots : l'armée de Tsin arrive sur nous !

Les généraux de Tch'ou craignirent que Tchoang-wang ne tombât, dans sa poursuite, au beau milieu de l'ennemi ; ils ordonnèrent aussitôt à toutes les troupes de sortir du camp et de

se ranger en bataille. Suen-chou-ngao ^^ 'JSi îï? premier ministre, cria: En avant ! attaquons l'ennemi! cela vaut mieux que de l'attendre ! le Livre des Vers (Che-king ||p |^) ne dit-il pas cette parole : Dix grands chars de guerre ouvrirent la marche (1) ! Sur ce, l'armée partit au pas de course.

Siun-lin-fou ^ i^îc ^, généralissime de Tsin, à cette nouvelle, ne sait où donner de la tête ; il fait battre le tambour, et proclamer: Qui aura le premier repassé le Fleuve jaune sera recompensé ! Le deuxième et le troisième corps se précipitent et s'arrachent les barques; les soldats qui ne peuvent y monter, s'y cramponnent, et retardent le départ; on leur coupe les doigts, pour leur faire lâcher prise. Le premier corps d'armée fait l'office d'arrière-garde; il reste à son poste, protégeant la fuite, et prêt à recevoir le choc de l'ennemi.

Ts'i ^, ministre des travaux publics de Tch'ou, à la tète de Taile droite, s'acharne contre le troisième corps. Tchoang-wang députe les deux officiers Tang-kiao ^ ^ et Ts'ai-kieou-kiu ^ jj^ ^ auprès de Hoei^, marquis de Tang ^ (2), avec ce message: Moi, homme de peu de valeur, je manque de. vertu, et je veux encore me distinguer dans la guerre; par ma faute, je me trouve devant une armée considérable ; si nous ne remportons pas la victoire, ce sera aussi une honte pour vous; puis-je vous prier de faire avancer vos troupes si nombreuses? En même temps, il ordonne à P'an-tang j^ ^ de prendre 40 chars de la réserve pour escorter le marquis. L'aile gauche se joint à eux ; tous ensemble se jettent avec fureur sur le premier corps de Tsin ; c'est un moment décisif!

K'io-k'é ;g|S ^, aide-de-camp de Che-hoei -^ ^, général du 1°^ corps, lui demande: faut-il attendre ici l'ennemi? — Non, répond celui-ci; l'armée de Tch'ou est dans le feu de l'attaque ; si elle tombe tout entière sur nous, nous serons écrasés ! replionsnous, tout en combattant, et repassons le fleuve ; ainsi nous sauverons beaucoup de vies ; la honte de la défaite sera commune atout le monde ; il n'y aura pas de jalousies, ni de récriminations! Grâce à sa bonne contenance, il permet au reste de l'armée d'échapper à une ruine certaine.

A ce moment, Tchoang-wang aperçoit son escorte de droite ; il veut sauter sur un des chars, et assaillir les dernières lignes de l'ennemi, Kiué-tang ^ ^ l'arrête en disant: Votre Majesté a commencé le combat avec l'escorte de gauche ; il faut y rester jusqu'à la fin ! Depuis ce jour^ l'escorte de gauche eut le pas sur celle de droite.

L'historien raconte un incident de la bataille en ces termes :

(1) Zottoli, III, p. 147, ode XXIII, Strophe 4)— (Couvreur, p. 212).

(2) Taug— Cette petite principauté, lief de Tch'ou, se trouvait à 85 li il l'ouest d(^ Té-ngan fou ^M ^ m [Hou-pé]. (p. Fa., vol. 21, p. 17)— (g- Fa., vol. 1, p. 17).

Un char de Tsin s'était enfoncé dans une fondrière ; un guerrier de Tch'ou cria au conducteur: Enlevez la barre de devant! Le char avança un peu, sans pouvoir sortir du trou ; les chevaux tournaient en vain de droite et de gauche : Enlevez encore le grand drapeau, couchez-le en travers; le vent aura moins de prise sur vous! cria le soldat; aussitôt fait, le char sortit d'embarras; le conducteur lui cria fièrement: Grand merci! nous autres, gens de Tsin, nous sommes moins habiles que vous à la fuite! et il partit comme une flèche.

Voici encore quelques détails d'un autre genre. L'officier Fong ^ se trouvait sur un char avec ses deux fils ; apercevant le fameux délégué Tchao-tchen |g ^ dans un grand embarras, il dit à ses fils: Laissez-le, ne faites pas attention à lui! Malgré cela, les jeunes gens retournaient la tête en disant : Le vieux Tchao est derrière nous; il sera pris! Le père, en colère, leur ordonna de descendre : Voilà un arbre, leur dit-il, vous pouvez y laisser vos cadavres! Sur ce, il tendit un bout de corde à Tchao-tchen, et le hissa sur son char. Le lendemain, on trouva les cadavres des deux jeunes gens au pied de l'arbre ; le fanfaron était sauvé.

Hiong-fou-ki ^ ^ ^, grand officier de Tch'ou, avait pris Tche-yong jj} ^. fils de Siun-cheou ^ '^, l'intraitable général de Tsin, commandant du 3® corps. A cette nouvelle, Siun-cheou laissa ses gens passer le fleuve ; il monta sur son char, suivi d'une escorte, et retourna au combat; les troupes de Tch'ou le pressaient de tous côtés; lui, sans s'inquiéter, cherchait les meilleures flèches, et les plaçait dans le carquois devant son collègue Wei-i ^ |§, le premier auteur du désastre. Impatienté, celui-ci lui demanda: Est-ce que vous ne voulez pas reprendre votre fils? avez-vous peur de sacrifier pour cela quelques flèches? dans nos marécages de Tong jf (1), il y a de quoi en faire d'autres! Siun-cheou lui répondit : Si je n'atteins un homme distingué, comment 'puis-je recouvrer mon fils? je ne puis tirer au hasard! Enfin, il bande son arc, une flèche part; elle perce Lien-yngsiang-lao ^ ^ ^ ^i dont le cadavre est aussitôt chargé sur le char ; d'une autre flèche, il frappe Kong-tse-kou-tch'en ^ ^ ^ g, fils de Tchoang-wang : il le fait également mettre sur son char, et s'en retourne; il a de quoi proposer un échange!

A la tombée du jour, l'armée de Tch*ou vint camper à Pi !ï^^P (2) ; toute la nuit retentit des cris des gens de Tsin, qui repassaient le Fleuve jaune. Le jour nommé Ping-tch'en j^ ^,

(1) Tong=Ces marécages se trouvent îl 85 li nord-est de Wen-bi bien |^ -g* qui est à 70 li de Kiang-tcheou $$ yf\ [Chan-si] . (p. Fa., vol. S, p. 44).

(2) Cette ancienne ville se trouvait à 6 li à l'est de Tcheng-tcbeou ^ yf\^ qui est à 140 li de la préfecture K'ai-fong îon ^ M M [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 7).

Tchoang-wang laissa ses provisions sous la garde d'une bonne escorte, et transporta son camp à Heng-yong ^ ^ (1).

Le général P'an-tang lui proposa d'élever un monument pour perpétuer le souvenir de cette victoire ; par exemple, on ramasserait tous les cadavres de Tsin, on les mettrait tous ensemble; puis on les couvrirait d'un monticule de terre. Tchoangwang lui répondit: Vous n'entendez rien à cette affaire; écrivez le caractère Tche jf; (arrêter); puis le caractère Kouo :J^ (armes); joignez-les ensemble en un seul ; n'avez-vous pas le caractère Ou ^ (la guerre) ? Il en est ainsi ; on fait la guerre pour avoir la paix ; non pas pour se glorifier de ses victoires. Quand l'empereur Ou-wang 1^ J eut abattu la dynastie Chang |g, il composa l'hymne qui dit: J'ai mis en dépôt les boucliers et les lances; j'ai replacé les arcs et les flèches dans leurs étuis ; je veux montrer une grande vertu, et la déployer dans les grandes plaines ; ainsi je protégerai le pays en véritable empereur (2) !

Ailleurs, le Livre des Vers (Che-king ||f ^) lui donne cette louange: Ayant vaincu le tyran Tch'eou ^, il affermit son ouvrage ! Ailleurs encore : Il sut établir un bon gouvernement, convertir le peuple, ramener les esprits à la paix! Ailleurs encore: Il donna la paix à toutes les principautés ; pendant bien des années de suite, les récoltes furent des meilleures !

L'empereur Ou-wang eut donc sept grands mérites : il a abattu les tyrans, fini les guerres, assuré la grandeur de l'empire, rétabli son influence sur toutes les contrées, rendu la tranquillité au peuple, ramené l'accord des esprits, procuré Topulence à tout l'empire. Afin que la postérité n'oubliât pas de si grands bienfaits, on a écrit tout cela dans le Livre des Vers.

Quant à moi^ je serai seulement cause que les ossements des guerriers blanchiront au soleil, sans sépulture ; c'est une cruauté ! J'ai fait des expéditions, des démonstrations militaires, pour effrayer les vassaux; je n'ai donc pas fait cesser les guerres ! Etant si cruel, et étant toujours en campagne, comment puis-je me flatter d'avoir affermi l'empire? Malgré cette victoire, le royaume de Tsin continuera d'exister, et sera toujours notre rival ; puis-je prétendre avoir remporté des lauriers impérissables? puisqu'il peut chaque jour prendre sa revanche ! Il y a encore beaucoup de choses dans lesquelles j'ai dû déplaire au peuple ; comment me vanter de lui avoir donné la tranquillité ? Je suis sans vertu ; c'est par la force des armes que j'ai soumis les autres états, et m'en suis fait des alliés ; puis-je donc prétendre avoir

(1) Heng-5'^0T)g=était à 5 li nord-ouest de Ynen-ou bien i^ ÎP^ Ipp? qui est à 180 li a l'est de sa préfecture Hoai-k4ng fou 18 ,^ Jjï [Ho-uan] . (p. Fa., vol. 12, p. 29).

(2) (Zottoli, III, p. 294, ode VIII, n«> 3— p. 303, ode XX, n» 2— p. ;309, odes- XXIX / et XXX)— (Couvreur, pp. 424, 435, 444) avec traduction légèrement différente.

établi la bonne harmonie parmi eux? J'ai profité de l'embarras d'autrui ; j'ai tiré avantage des révolutions chez mes voisins ; c'est ainsi que j'ai acquis de la gloire ; puis-je dire que j'ai procuré le bien-être aux autres? Ces guerres continuelles ont causé de grandes disettes !

L'empereur Ou-wang possédait ces sept vertus ; moi, je n'en ai aucune; qu'ai-je donc à transmettre à la postérité? Je me contenterai de bâtir un temple à mes ancêtres, pour leur annoncer que l'entreprise a réussi ; cela sera bien suffisant ; un trophée est inutile (1).

Dans les anciens temps, les bons empereurs abattirent les princes dissolus, qui molestaient les autres; après la victoire, on prenait une baleine, sur laquelle on élevait un monticule, pour représenter l'amas de crimes entassé par ces mauvais princes; c'était une leçon pour les malfaiteurs. Le roi de Tsin n'a commis aucun crime ; son peuple n'a fait que lui obéir, et s'est montré fidèle jusqu'à la mort; à qui donc ferais-je la leçon?

En conclusion de cet entretien, Tchoang-wang ofYrit un sacrifice au fleuve Jaune, pour se le rendre favorable ; il bâtit un temple à ses ancêtres, pour les remercier du secours qu'ils lui avaient procuré pendant cette expédition, et leur en annoncer l'heureuse issue : puis il retourna dans son pays. Le comte de Tcheng g|5 et le baron de Hiu f^* allèrent bientôt l'y saluer.

L'historien ajoute enfin un dernier incident : Pendant la guerre, Che-tche Ç -JJ, grand officier de Tcheng ^, s'était rendu au camp de Tch'ou ; il avait proposé de donner une partie du pays au prince Kong-tse-yu-tchen S -F jÊ5 g; mais les habitants ayant appris cette démarche, massacrèrent ce prince et l'officier, le jour nommé sin-wei ^ ^ — Il ajoute la remarque philosophique suivante : l'homme sage observera que ce meurtre fut l'application du principe énoncé autrefois par l'historien I ^ «Ne faites pas votre profit des troubles d'autrui». Le livre des Vers [Che-king ^ |E] a aussi cette parole : Ce temps de troubles

(1) Il faut se rappeler ici l'ancienne] coutume : Avant l'expédition, des sacrifices étaient offerts aux ancêtres, dans leurs temples, pour la leur annoncer. En campagne, on emportait quelqu'une de leurs tablettes, sur un char spécial, pour obtenir leur secours. — Zottoli, III, pp. 671, 673, puis l'édition impériale du Li-ki TB. PU [Livre des rites], vol. 26, p. 25, donnent tous les détails désirables sur cette question; il serait trop long de les insérer dans cette présente note. La tablette que l'on portait en guerre, était la plus récemment retirée du temple des ancêtres. Dans ces pagodes, il n'y avait que cinq tablettes, représentant cinq générations [l'empereur seul en avait sept] ; à savoir : celle du fondateur de la maison; celle-là ne pouvait être retirée en aucune façon; celle du père, du grand-père, de l'aïeul, du bisaïeul. A la mort du prince régnant, sa tablette était déposée dans le temple; celle du bisaïeul en sortait, pour lui faire place; c'est cette dernière que l'on emportait en campagne, pendant la guerre. Chaque tablette avait son autel; mais, comme on le voit, la gloire finissait au bout de 4 générations. (Voir encore: Couvreur, Li-ki, vol. I, p. 431).

et de malheurs, à qui l'imputer? à ceux qui en tirent leur profit (1) !

Dans les derniers mois de cette même année 597, Tchoang- Wang marchait contre la principauté de Siao H (2). Hoa-tsiao ^ -Kï' grand officier de Song 5j;, vint au secours, avec une armée auxiliaire de Ts'fi^i ^. Dans les combats, les gens de Siao eurent la chance de saisir les officiers Hiong-siang-i-leao ]^ ft S 1S! et Kong-tse-ping S ^p j^ ; Tchoang-wang fut vivement afYeoté de cette perte ; il envoya un exprès avec ce message : Ne tuez pas mes officiers; rendez-les-moi, et je me retirerai! Les gens de Siao préférèrent les mettre à mort. Tchoang-wang furieux mit le siège devant la capitale, après avoir dispersé leur armée. Sur ce, Ou-tch'en 32 g gouverneur de Chen ^^ vint l'avertir : Nos soldats souffrent du froid ! Tchoang-wang fit aussitôt la ronde ; il consola et exhorta si bien ses hommes qu'ils ne se sentaient plus incomm.odés, et pressèrent plus activement les travaux du siège. La ville se rendit, et la principauté fut annexée.

En 596, en été, Tchoang-wang attaqua le pays de Song ^fj» pour le punir d'avoir secouru la principauté de Siao. L'année précédente, les états de Tsin g, de Wei ^, de Tsao ^ et de Song 5fJ avaient fait ensemble un pacte d'alliance, à Tsing-k*ieou 9î Ê (^)î e^ conséquence de quoi, ce dernier avait porté secours à la principauté de Siao ; quand il se vit à son tour en danger, personne ne vint l'en tirer.

En 595, le roi de Tsin § annonce aux divers princes qu'il va venger son honteux échec de Pi '^{l ; de fait, il lève une nombreuse armée, se met en marche, fait une démonstration militaire à la frontière du pays de Tcheng g|5 ; puis s'en revient tranquillement chez soi. Etait-ce une fanfaronnade? une mystification? Nullement; il avait atteint son but! Siun-ling-fou ^ ^ '^i son généralissime lui avait dit: Pas n'est besoin de livrer bataille! montrons seulement nos troupes ; vous verrez aussitôt les gens de Tcheng tremblants de peur venir se soumettre* En effet, on se hâta de rappeler Tse-leang -^ ]|[, qu'on estimait le meilleur conseiller dans une telle circonstance ; on envoya Tse-tchang ^ 5ê à sa place, comme otage ; le comte de Tcheng lui-même se rendit à la cour de Tch'ou, pour savoir comment il devait se conduire après cette démonstration militaire ; on en resta là, pour le moment.

Cette même année, Tchoang-wang envoya Chen-tcheou ^ ^,

(1) (Zottoli, III, p. 188, Siao-ya, n° 50, vers 2® ) — (Couvreur, p. 267). Traduction différente.

(2) Siao = était à 10 li nord-ouest de Siao-hien ^ j^ ? qui est à 45 li sud-ouest de la préfecture Siu-tcheou fou j^ ^ jjj [Kiang-sou] . (p. Fa., vol. 2, p. 28)- (g. Fa., vol. 1, p. 17). (Kiang-yu piao, vol. Jl » p. 18).

(3) T8'ing-k'ieou=était à 70 li sud-est de K'ai-tcheou ^ Jl| [Tche-li]. (p. Fa., vol. 2, p. 55).

son grand offîcier, saluer le roi de TwS'i ^ : Vous traverserez, lui dit-il, le pays de Song 5J5 sans en demander l'autorisation: puisque c'est mon vassal. De même, il envoya le grand dignitaire Kong-tse-ping ^ ^ ?% saluer le roi de Tsin § ; il avait ordre de passer par la principauté de Tcheng ^, sans en demander la permission. Or Cheh-tcheou était odieux aux gens de Song, pour s'être montré si fier envers eux, en 617, quand il avait fait fouetter le conducteur du char royal ; il se doutait bien qu'on lui ferait une mauvaise réception; il dit donc au roi: Les gens de Tcheng sont intelligents; l'ambassadeur n'a rien à craindre d'eux, mais ceux de Song sont des brutes ; j'y laisserai ma peau, certainement ! S'ils vous tuent, répond Tchoang-wang, je vous vengerai !

Chen-tcheou, sûr de sa mort, conduisit Si ^, son fils, auprès de Tchoang-wang, et le lui confia ; puis il partit. Arrivé au pays de Song, il fut arrêté et mis à mort, par Tordre du premier ministre Hoa-yuen ^ 7^. Quand la nouvelle en fut apportée à Tchoang-wang, il secoua vivement la manche de son habit, et sauta de son siège ; il sortit avec une telle rapidité qu'il était déjà à la porte du palais, quand on lui apporta sa chaussure; il était hors du palais quand on lui apporta son épée ; il était déjà au marché P'ou-siu ?j| '^i quand son char de guerre le rejoignit; tellement il avait hâte d'en finir avec ce pays de Song. A la gème lune, ïl mettait le siège devant la capitale; mais il n'en vint pas sitôt à bout.

En 594, pendant que Tchoang-wang était occupé aux travaux de ce siège, le duc de Lou ^., qui avait des querelles avec le roi de Ts'i '^, lui envoya un grand officier nommé Kong-suenkoei-fou 5^ î^ |§ ^, lui présenter ses respects et ses hommages les plus dévots; il voulait ainsi se préparer une alliance, en prévision d'une guerre prochaine.

Le siège étant poussé avec vigueur, la ville était dans une grande détresse ; le prince de Song envoya Yo-yng-ts'i ^ ^ ^ en ambassade auprès du roi de Tsin ^, pour le prier de venir à son secours. Celui-ci y était tout disposé; mais le grand- officier Pé-tsong flâ^ lui fît la remontrance suivante : Il n'est pas possible d'aider ce pays; les anciens nous ont transmis ce proverbe «Le fouet ne doit pas atteindre le ventre du cheval» ; c'est-à-dire il ne faut pas frapper à un endroit si sensible. C'est juste le moment où le ciel comble de ses bienfaits le roi de Tch-ou; il ne faut pas rivaliser avec lui ; notre pays, malgré sa puissance, ne peut résister à la volonté du ciel. Des proverbes disent: Se montrer fier, ou se montrer humble, d'après la prudence! et encore : Les montagnes comme les marais ont des miasmes nuisibles ! et encore : Les eaux courantes et les stagnantes amassent de la vase! et encore: Les jades les plus beaux ont des taches! Tout cela enseigne à votre Majesté la patience dans cette affaire ;

attendons un moment plus propice; un peu de retard dans la vengeance ne portera pas préjudice ; c'est l'enseignement du bon sens que le ciel a donné dans ces proverbes.

Persuadé par ces conseils, le roi de Tsin n'envoya point de troupes ; il députa seulement le grand officier Kiai-yang fj^ ^ pour dire au prince de Song de ne pas se soumettre au roi de Tch'ou, et d'annoncer partout l'arrivée prochaine des gens de Tsin. Malheureusement, l'ambassadeur fut arrêté au pays de Tcheng ^, et livré à Tchoang-wang ; celui-ci chercha à le corrompre, afin qu'il annonçât tout le contraire au prince de Song. Par trois fois, Kiai-yang refusa les cadeaux qui lui étaient offerts; enfin il sembla se laisser toucher; on le conduisit sur une des tours mobiles des assiégeants ; là, il devait appeler les gens de Song, et leur déclarer le faux message soufïïé par Tchoang-wang ; mais il cria de toutes ses forces les propres paroles du roi de Tsin. Grande fut la colère des troupes de Tch*ou ! on voulait le massacrer sur le champ: Vous avez manqué à la foi jurée, lui criaiton; vous allez subir le châtiment de votre perfidie! Kiai-yang leur répondit tranquillement : C'est vous qui êtes de mauvaises gens ; puisque vous avez cherché à me corrompre ! la loyauté eonsiste à accomplir les ordres justes de son prince ; un homme loyal n'admet pas deux mandats contradictoires ; quand vous m'avez offert vos cadeaux, j'étais encore chargé de ma première commission ; j'ai feint de céder, pour pouvoir m'en acquitter : si je meurs, c'est pour moi le plus grand bonheur; mon humble prince saura qu'il a encore des serviteurs fidèles ! Tchoang-wang fut touché de cette intrépidité; il défendit de mettre à mort l'ambassadeur; il se contenta de l'interner dans sa capitale.

A la Sème lune, la ville n'était pas encore prise ; le siège semblait devoir s'éterniser; Tchoang-wang était vivement contrarié; il songeait même à se retirer. Chen-si ^ Jp, le fils de ,Chen-tcheou ^ ^, alla se prosterner à terre, devant le char royal: Mon père, dit-il, savait qu'il allait à la mort; mais il n'osa pas enfreindre les ordres de son roi ; maintenant, votre Majesté voudrait-elle manquer à la parole donnée? Tchoang-wang confus ne savait quoi répondre; Chen-chou-che ^ 7^ ^, son écuyer, lui suggéra un bon conseil : Ordonnez à l'armée de se bâtir des maisons, et de cultiver les terres voisines, pour montrer aux gens de Song que vous êtes décidé à en finir avec eux; et que vous ne partirez qu'après la reddition de la ville. Tchoang-wang trouva l'idée excellente ; il la fit aussitôt exécuter. Les assiégés furent pris de stupeur; ils députèrent le premier ministre Hoayuen ^ 7c pour parlementer avec Tchoang-wang. Comme il avait des connaissances dans l'entourage du grand officier Tse-fan ^ Rî il pénétra de nuit dans le camp de Tch*ou, et parvint jusqu'au lit de cet officier; il le réveilla et lui dit: Mon humble prince m'envoie vous avertir de notre extrême détresse; nous

sommes dans une telle pénurie de vivres que Ton échange mutuellement ses enfants, pour les dévorer; on se sert des ossements pour combustible; malgré cette extrémité, nous ne consentirons jamais à faire un traité tant que vous serez sous nos murs ; retirez vos troupes à 30 li d'ici; alors nous serons à vos ordres! Tse-fan, se voyant seul devant cet homme qui parlait autorité, se sentit pris de peur, et promit de l'aider. Il parla au roi ; Tarmée fut retirée ; le traité conclu ; Hoa-yuen lui-même fut donné comme otage. Le texte portait les paroles suivantes: Nous autres, gens de Tch'ou, nous ne voulons tromper en aucune façon; vous gens de Song, n'ayez aucune inquiétude; il n'est pas nécessaire de prendre aucune précaution contre nous.

En 591, à la 4^™^' lune, le duc de Lou ^ envoyait une ambassade à la cour de Tch'ou, demander des secours contre le roi de Ts4 ^ ; nous avons vu précédemment qu'il y avait mésintelligence entre les deux pays; de -plus, le roi de Ts'i venait de faire un traité avec celui de Tsin § ; il ruminait certainement quelque entreprise.

Tchoang-wang eût volontiers profité de cette circonstance pour tâcher d'agrandir un peu ses états de ce côté de la Chine ; il n'en eut pas le temps; il mourut pendant l'automne de cette même année. Le pays tout entier étant en deuil, l'armée ne put aller porter secours au duc de Lou (1).

Pour la première fois, Confucius mentionne le décès d'un roi de Tch'ou; encore se garde-t-il bien de lui donner ce titre; il ne l'appelle que le vicomte [tse ^]: il n'inscrit pas non plus l'enterrement; parce que, dit le commentaire, les princes de Tch'ou et de Ou i!^, dans ces occasions, commettaient des excès contraires à la modeste simplicité des rites; le sage des sages veut ignorer ces gens non vertueux !

Il agissait de même envers le roi de Yué ^, autre sauvage aussi puissant que les deux précédents. Nous avons déjà indiqué ailleurs la raison de cette conduite: pour les Chinois, il n'y avait qu'un seul et unique roi [wang 3£]; c'est celui qui trônait à Lo-yang '^ ^; tous les autres princes, petits et grands, étaient censés ses vassaux; ou bien réputés sauvages. La distinction entre empereur et roi a été employée, sinon inventée, par nous autres, étrangers, pour mettre plus d'ordre et de facilité dans l'histoire; et parce que nous avions cela en Europe, à savoir: un empereur gouvernant des rois, comme ceux-ci gouvernaient des princes, leurs vassaux.

(1) Tchoang-wang mourut, le jour nommé kia-siu ^ ^» Aucun de ses prédécesseurs n'eut l'honneur d'être inscrit sur les registres du duc de Lou; parce qu'il n'y avait pas encore eu de traité d'amitié entre les deux pays ; ici, il est fait mention de Tchoang-wang, mais avec son nom personnel Liu jRî au lieu de son nom posthume ou historique. Ainsi le voulait l'usage; ainsi faisait le «saint)), scrupuleux observateur des rites.

Le tombeau de Tchoang-wang, selon les uns serait à 10 li nord-est de Siang-yang fou JJ |^ jjj, Hou-pé, à l'endroit de l'ancienne ville Yeou-tcheng ^^\ J^; selon d'autres, il est à l'ouest de King-tcheou fou ^J ji] /]^, même province ; et cette dernière opinion est plus probable ; pourquoi enterrer ce grand roi à 470 li de sa capitale? (Voyez le recueil Siang-yang-hien tche SISIH^, vol. 1, T, P- 55). (1)

Tchoang-wang, d'après l'histoire, a eu l'honneur très recherché, d'être le chef des grands vassaux, avec le titre correspondant Pé [vénérable oncle]. Celui qui en était gratifié était censé le bras droit de l'empereur, le grand exécuteur de ses ordres, mais, le plus souvent, il se -gérait à sa guise; il était le véritable empereur effectif, sans en avoir le nom. Quelquefois il reçut ofïïciellement ce titre, de la part de l'empereur lui-môme; ordinairement il se le procurait par sa propre puissance, ou par la force des armes, comme nous venons de le voir tout le long de ce règne; par instinct, par intérêt, les petits princes se tournaient vers celui qui leur paraissait le plus puissant; ils redoutaient sa colère, ou recherchaient ses bonnes grâces; alors, qui donc se préoccupait de ce roi suprême ou empereur de Lo-yang j^ |^ ? Les- lettrés, dans leurs livres, à l'exemple de Confucius ! Aussi, les commentaires observent que ces grands chefs [Pé fjQ] étaient le plus florissants, lors de la décadence de la dynastie impériale Tcheou j^.

Tchoang-wang eut encore l'honneur d'être inscrit parmi les modèles! les cinq chefs classiques, dont on parle si souvent [Ou Pa 5 3R]- Mais, quant à savoir au juste quels furent ces cinq grands hommes, il y a divergence parmi les autres.

D'après le recueil intitulé Je-tche-lou ^ ^, vol. 4, p. 37, il y a les 5 grands chefs des temps anciens ; à savoir : K*oen-ou ^ ^, sous la dynastie impériale Hia g ; Ta-p'ong ^ ^ et Che-wei ^ ^, sous la dynastie Chang |^ ; Hoan-kong ;^ ^, roi de Ts*i ^, et Wen-kong "^ ^, roi de Tsin §, tous deux sous la dynastie Tcheou j^ (2).

Le commentaire de Mong-tse ^ ^ donne une autre liste; à savoir: Hoan-kong j^ ^ roi de Ts'i ^ (684-643); Wen-kong ^^, roi de Tsin § (635-628), dont nous venons de parler; puis Mou-kong ^ ^, roi de Ts*in ^ (659-621); Siang-wang ^ J? roi de Song ^ (650-637) ; enfin notre Tchoang-wang.

D'autres commentaires refusent cet honneur à Tchoang-wang;

(1) A l'ouest de King-tcheou fou, c'est-à-dire sur la montagne Long-chan wB LU î autour de ce tombeau, il y en a dix autres plus petits; probablement, ce sont ceux des personnages qui ont dû se sacrifier pour servir d'escorte aux mânes de leur roi dans l'autre monde. Nous avons déjà parlé de cette coutume barbare, dans l'histoire du royaume de Ou i^ et dans celle du royaume de Ts'in ^§'

(2) Voyez les commentairep de Tou-lin tt tT^> sur le recueil Tsouo-tchouan & iÇ » vol. 21, p. 10— et le commentaire de Legge, p. 341.

et mettent à sa place Pou-tch'ai ^ H, roi de Ou ^ (495473). D'autres encore effacent Siang-wang de Song, et inscrivent Ho-liu M US, roi de Ou (514-496). D'autres enfin, comme Kou-yen-ou JH î^lS» rejettent Mou-kong et Siang-wang; ils préfèrent Ho-liu, et Keou-tsien ^ jj^, roi de Yué ^, le vainqueur de Fou-tchai.

Donc la question n'est pas décidée. Il y a une formule «les cinq grands chefs des vassaux» ; mais les noms y sont intercalés selon le bon plaisir des différents auteurs. Le plus fameux de tous est Hoan-kong ^ ^, roi de Ts'i 5^, parce que Confucius et Mong-tse, les deux «saints,» Tont ainsi décrété; mais si quelqu'un ne se laisse pas influencer par l'autorité de ces deux personnages, il donnera probablement la palme à Wen-kong 3fiCÔ» roi de Tsin ^, qui semble la mériter d'après l'histoire (2).

Une chose bien curieuse, c'est la popularité de Tchoangwang ! Une foule d'anecdotes, d'historiettes, de traits piquants, sont attachés à son nom par les historiens de 2^^^ classe, tels que les prétendus philosophes Hoai-nan-tse fH ^ -?, Han-fei-tse ^ ^^ ■?' Lieou Hiang ^J |pij , etc. etc.. Dès qu'on ne se rappelle pas au juste sous quel prince est arrivé tel fait, on l'attribue à Tchoang-wang ; car on n'a guère le scrupule de la vérité historique.

Par exemple: Han-fei-tse, vol. 2, p. 1, dit ouvertement que ce roi a conquis et annexé 26 principautés, donnant ainsi à ses états une étendue de deux mille li; ne serait-il pas bien embarrassé, s'il devait en faire l'énumération exacte? Nous l'avons suivi pas à pas, tout le long de son règne ; nous n'avons rien trouvé de semblable.

Le même auteur, vol. 9, p. 19, affirme que Wen-wang ^^ (689-677) aimait les chapeaux en peau de licorne ; et que les gens de Tch'ou imitèrent leur roi. Où a-t-il trouvé ce détail?

Le même, vol. 12, p. 7, rapporte le trait suivant: Tchoangwang demanda un jour à Chen-ho /§ -(pf, devin très perspicace: Comment faut-il faire pour bien administrer mon royaume? — Vous savez bien vous conduire vous-même, répondit le sage, et vous ne sauriez bien gouverner votre peuple! — Moi, homme de nul mérite, reprit le roi, j'ai eu la bonne fortune de succéder à mes ancêtres ; je voudrais bien savoir le secret de conserver le royaume qu'ils m'ont transmis ! — Celui qui sait se conduire lui-même, répondit encore le sage, ne peut pas être incapable de gouverner un état ; celui qui ne sait se conduire ne peut être capable de régir un royaume ; c'est ce que j'ai toujours ouï dire ! il faut donc s'appliquer au principal avant l'accessoire! — C'est parfait, dit le roi; c'est pourquoi Lao-tse ^ ^ enseignait: Quiconque se perfectionne soi-même a une vertu solide !

(2) Voyez le recueil Hoang-Ts'ing king-kiai ^ ïB Hoc /)t» vol. 105, au début; on y discute longuement cette question : quels sont les cinq grands chefs des vassaux ? les modèles ?

Encore, vol. 13, p. 8: Le fidèle conseiller et premier ministre de Tchoang-wang était Suen-chou-ngao ^ 4^ j^, fils du seigneur Pé-yng fÉl 3i après Téclatante victoire de Pi jUSÇ, le roi voulut récompenser ce bon serviteur, et lui [donner un fief; celui-ci refusa absolument; quand il fut sur le point de mourir, il appela son fils et lui dit: Le roi voudra certainement vous donner un beau fief ; refusez ; acceptez seulement une contrée rocailleuse, comme Tsing-k-ieou ^ J^ (1) dont le nom même est de mauvais augure [tsing ^ signifie tombeau] ; personne ne vous jalousera. Il arriva comme il le désirait; son fils reçut le territoire désigné. C'était un proverbe au pays de Tch*ou que les grandes dignités, les grandes richesses, ne passaient pas au-delà de deux générations. Seule la famille de Suen-chou-ngao a conservé les unes et les autres jusqu'à ce jour ! Qui sait se modérer dure longtemps.

Encore, vol. 18, p. 19: Yen-wang jj 3E» prince de 8iu^(2), était un homme si éminent que 32 roitelets vinrent le saluer et lui faire hommage. Wang-suen-li 3E ^ iS ? grand officier de Tch'ou, dit à Tchoang-wang: Si votre Majesté ne fait pas la guerre à Yen-wang, elle finira par aller aussi lui rendre hommage! Impossible de lui déclarer la guerre, répond le roi; c'est un prince accompli, aimant la justice, l'humanité ! — L'officier insista: J'ai ouï dire aux anciens que les grands près des petits, les forts près des faibles, sont comme des pierres près des œufs, des tigres près des porcs; ces derniers périssent nécessairement; quiconque fait profession de civilisation, et ne sait pas s'adapter à son temps, quiconque fait profession des armes et ne les fait pas prévaloir, est en contradiction avec soi-même ; il n'évitera pas les malheurs ! Tchoang-wang trouva la raison bonne ; il fit la guerre à la principauté de Siu, et se l'annexa.

(1) Tsing-k'ieou= C'est maintenant le pays de Chen-k'ieou f/C Si y un peu au sud de la sous-préfecture de ce nom, laquelle est à 110 li sud-est de Tch'en-tcheou ^ 3t| [Ho-nan]. A cet endroit, nous verrons, en 215, le fameux général Mong-tien ^ tSï» de Ts'in 5^1 remporter une grande victoire sur l'armée de Tch'ou. (g. Fa., vol. 47, p. 41).

(2) Siu= Sa capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcheou tH aH [Ngan-hoei], (voyez, année 645)— (p. Pa., vol. 6, p. 39)— (g. Fa., vol. 21, p. 37).

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