P'ING-WANG
Nous venons de voir que le nouveau roi tenait h faire oublier ses crimes. En été de cette année 528, il envoya Jan-tan f^ -J^ inspecter les troupes des pays supérieurs, à Ts'ong-k'ieou ^ flS (^) î i^ ^"^ ordonna en même temps de soulager le pauvre peuple de cette région ; lui-même secourait tous ceux qui étaient dans la détresse, comme les vieillards et les orphelins, ceux qui avaient subi des incendies ou des inondations, la famine ou la peste; il faisait de nombreuses remises d'impôts; il faisait rechercher les traîtres, les malfaiteurs, et les punissait avec rigueur, selon la loi ; il s'enquérait des mérites et des vertus des gens de bien ; il élevait ceux-ci aux honneurs ; il récompensait ceux qui avaient rendu service au pays ; il accordait des privilèges aux anciens habitants ; il se montrait aimable envers les étrangers ; il était attentif. à employer chaque dignitaire selon ses capacités. Bref, il se montrait digne de la couronne.
Pour l'est du royaume, il envoya le grand seigneur K'iu-pa ^ ^ inspecter les troupes, à Tchao-ling g ^ (2), et lui donna les mêmes ordres relatifs au soulagement du peuple ; il voulait d'ailleurs la paix avec tous les voisins ; il voulait attendre au moins cinq ans, avant d'entreprendre aucune expédition ; ce temps lui semblait nécessaire pour s'afïermir sur le trône. Le commentaire le loue avec raison d'avoir montré tant de prudence.
Le premier ministre Tsé-k'i -^ ;^, c'est-à-dire Man-Tch'engjan ^ ^ ^î ayant rendu de si grands services, croyait qu'ensuite tout lui serait permis ; il se souciait fort peu des lois du pays ; uni au chef de la grande famille Yang J|, il commettait toutes sortes d'exactions. P'ing-wang, les fît mettre à mort à la Qèiîic lune, au jour nommé Kia-ou Ç ^ ; la famille Yang fut exterminée; Quant au fils de Tse-k*i, le roi lui accorda la
(1) Les pays supérieurs [Chaiig-kouo Jt Klj=c'cst-j\-dirc les hauts pays, ceux •d'où venaient fleuves et rivières ; donc le nord-ouest du royaume.
Ts'ong-k'ieou = était sur la frontière de Koei-tcheou f^ TH» qui est à 35011 à l'ouest de I-tch'aiig fou S Q W (Edition impér., vol. 31, p. 2.) -- (p. Fa., vol. 21, p. 36).
(2) Tchao-ling= était à 45 li à l'est de Yen-tcli'eng bien |i|J M J||, qui est à 120 li au sud de Hiu-tcheou Jt /H [Ho-nan ] (p. Fa., vol. 12, p. 59.) — (g. Fa., vol. 47, p. 47).
permission de se retirer dans son fief de Yun ^^ (1) ; ce prince avait pour nom Teou-sin p^ $. —
En 527, apparaît pour la première fois un certain personnage nommé Fei Ou-ki ^ |ïè ^Si "^ ^^s fripons et des calomniateurs les plus fameux de la Chine ; voici un de ses premiers exploits ; on aura de suite une idée du reste : Nous n'avons pas oublié le grand seigneur Tch'ao-ou ^ ^^ de Ts'ai ■^, qui a tant contribué à mettre P'ing-wang sur le trône ; Fei Ou-k'i le voyait avec dépit en grande faveur auprès du roi ; il résolut de le perdre. Il alla donc le trouver: P'ing-wang, lui dit-il, a une confiance illimitée en votre seigneurie ; c'est pourquoi il vous a placé dans ce pays ; mais comment vous, un homme si remarquable, vous contentezvous d'un poste si peu élevé ? C'est une honte! Vous devriez demander une charge plus importante ! De mon côté, je ferais mon possible pour appuyer votre pétition !
Après cela, ce fourbe s'en alla trouver les supérieurs hiérarchiques de Tch'ao-ou, et leur dit: le roi n'a confiance qu'en ce seigneur; c'est pourquoi il l'a mis dans votre pays; personne d'entre vous n'est en faveur comme lui ; vous en aurez bientôt du désagrément, si vous n'avisez au plus vite ! Ce misérable sut si bien jouer son rôle que les gens de Ts'ai chassèrent Tch'ao-ou ; celui-ci se réfugia ou pays de Tcheng ^. —
A cette nouvelle, P'ing-wang entra dans une grande colère, et demanda pour quelle raison ce seigneur avait été expulsé ; le traître avait sa réponse toute prête: j'ai fait mon possible pour le protéger contre ses ennemis, dit il ; mais, par ailleurs, connaissant le naturel si singulier de cet homme, j'ai craint un malheur pour votre Majesté ; elle n'aurait pas tardé à perdre le pays de Ts'ai; en chassant cet ofïicier, c'est comme si l'on avait coupé les ailes à cette principauté^ pour l'empêcher de s'envoler.
En 526, au printemps, le roi de Ts'i ^ faisait la guerre au prince de Siu ^. P'ing-wang aurait bien désiré aller à son secours ; mais il était alors occupé avec les Tartares Jong-man 5^ g (2) ; il y avait des troubles parmi eux ; bonne occasion pour prendre leur territoire, sous prétexte d'y rétablir la paix! La fidélité, la bonne foi de ces tribus était chose très problématique ; il fallait recourir à la ruse avec eux; Ping-wang l'homme
(1) Yun= c'est Té-ngan fou f® 3C fn [Hou-pé] . C'était la capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le royaume de Tch'ou (g. Fa., vol. 77, p. 20.) — (p. Fa., vol. 21, p. 16).
(2) Siu=sa capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcbeou fou tH jn Jn [ Ngan hoei] .
Les Tartares Jong-man = ils formaient un petit état indépendant, au sud-ouest de Jou-tcheou JX yf\ [Ho-nan] ; c'est seulement en 491 qu'il fut définitivement annexé (g. Fa., vol. 51, p. 36 — et vol. 1, p. 19).
civilisé, rhomme vertueux, ne dédaigha pas ce moyen peu honorable. Il envoya Jan-tan f^ j^ son bras droit; celui-ci trompa le prince Kia J|, le chef de ceÉ sauvages; il îfe fît mettre à tnort, et prit son pays ; mais il s'aperçut que c'était une manœUVte précipitée ; à peine conquis, ce territoire eût été aussitôt perdu ; ces tribus n'étaient pas encore prêtes pour le joug; Ping-wang leur laissa pour chef le propre fils du prince Kia.
En 525, le roi de Ou ^ attaquait lui-même le pays de Tch'ou. Voulait-il venger la prise de Tchou-fang jlj^ "jj (1), par Ling-wang, en 538? Voulait-il essayer la valeur de P'iiig-wang? Peut-être les deux choses à la fois étaient-elles dans son projet? Confucius dit simplement: les gens de Tch^ou et de Ou fie battent à Tchang-ngan ^ ^ (2) ; il n'avait sans doute paS d'autre indication; Voici les détails de cette expédition: Le premier tninistre de Tch'ou, nommé Yang-kai ^ i^ ^" Tse-hia ^ ]g, consulta les sorts; ils furent défavorables; Tse-yu -^ JB, ministre de la guerre, lui dit: nous avons pour nous le courant du Yangtse-kiang ^ ^ fL (fleuve bleu) ; comment les présages peUVent-ilâ nous être contraires? D'ailleurs, d'après les anciens usages^ c'est le ministre de la guerre qui doit consulter les sorts avant d'engagef la bataille ; permettez-moi donc de voir une seconde fois si \à réponse sera la même. Il s'adressa à la tortue divinatoire eil ces termes : si moi et mes gens noUs Combattons à mort, et si le reste de Tarmée nous suit, pouvons-nous espérer la victoire? La réponse fut favorable. Sur ce, on engagea le combat ; Tse-yu attaqua l'ennemi avec furie ; le reste de Tarmée le suivit ; la Victoire fut complète. On captura même le vaisseau royal nommé Yu-hoang '^ ^ ; pour mieux le garder contre un retour offensif, on le- hissa sur la terre ferme ; on creusa toiit autour uiî fossé profond, qui ne tarda pas à se remplir d'eaU ; les soldats de Soei g| et les dernières recrues de Tch'ou montaient la garde jour et nuit, formant une ceintute continue ; sur la passerelle dU fossé brûlaient sans ce^se des charbons ardents, pour prévenir un coup de main à Timproviste. On ne pouvait guère imaginer de plud grandes précautions ; le vaisseau royal fut dépendant repris par les gens de Ou; voici comment:
Le prince Koang 3j^, généralissime de Tarmée, le futur roi Hô-liU* ^ Jft, â'ftdressatlt à ses Soldats, leur dit: rlôu^ avOti«
(1) Tchou-fang = non s avons déjà dit, hn peu pltis haut, que c'est Tcheng-kiang fou ^ ÎL M [Kiang-sou].
(2) Tchang-ngan = La grande géographie, vol. 19, p. 9, donne la description de la montagne jfjèari^-cbati ^ lU i et les m(^nies détails que ci-dessus au sujet dô la bataille ; celle-ci eut lieu sur les bords du Yang-tse-kiang, il 30 11 sud-ouest de Tang-t'ou bien ra ^ IB» dans la préfecture de T'ai-p'ing fou >k ^ /jj [Ngàn-hoei], à Tefndroit appelé T'ien-men-oban y'C ri Ul ' où le fleuve est resserré Comrtie èfitre les deniK montants d'une porte gigantesque (p. Fa., vol. 6, p. 19.) — (g. Fa., vol. 37, p. 3).
perdu le vaissau royal ; la faute n'en est pas à moi seul, mais à vous aussi; nous devons absolument le reprendre, si nous voulons éviter une mort honteuse ; ainsi je compte sur vous ! Sachant que les gens de Tch'ou avaient la barbe fournie, il choisit trois hommes à barbe longue ; il leur ordonna de se faufiler le plus près possible du vaisseau, et leur dit: quand cette nuit nous arriverons pour Tattaque, je crierai: Yu-hoang ! Vous me répondrez de même; il y aura panique, confusion, parmi les soldats de garde ; nous nous précipiterons sur eux, avant qu'ils n'aient eu le temps de se reconnaître ; de l'audace, de la vigueur, et le vaisseau est à nous! Les choses arrivèrent comme il l'avait jlrévu; au cri poussé par les espions, les gens de Tch*ou s'aperçurent qu'il y avait des traîtres dans leurs rangs ; ils voulurent les chercher et les tuer ; un instant de stupeur et de désordre causa leur perte; les soldats de Ou franchirent le fossé, massacrèrent la garde, et rammenèrent triomphalement leur vaisseau. Ce hardi coup de main montre que le prince Koang était un homme capable.
En 524, en hiver, les habitants de Hiu |^ sont transférés à Pé-yu ^ î^ (4) ; ainsi parle Confucius. L'historien ajoute les détails suivants : le prince Wang Tse-cheng J ^ ^, grand officier directeur de la gauche [tsouo-yn 2£ ^]i disait à P'ingwang ; les gens de Hiu et de Tcheng ^ ont toujours été ennemis entre eux ; ceux de Hiu demeurant dans notre royaume conservent quand même cette aversion séculaire ; le comte de Tcheng est en bons termes avec le roi- de Tsin §; si les gens de Hiu l'attaquaient, certainement ce roi viendrait à son secours ; nous serions exposés à perdre du territoire ; et cela, à un endroit très important ; le pays de Ché ^, où sont maintenant les gens de Hiu, est comme le premier boulevard de notre forteresse Fangtoh'eng 3^ JlS ; il ne faut pas exposer ce territoire à être pris par le roi de Tsin; nos regrets viendraient trop tard! Pourquoi ne transporterions-nous pas ailleurs ces gens de Hiu, qUl ne nous aiment pas ; et qui songent toujours à leur ancienne indépendance ? De cette manière, nous conserverions l'amitié du comte qui n'est point à dédaigner ; car il peut nous servir contre les voisins. P'ing-wang fut frappé de la justesse de cette remontrance ; il ordonna à Wang Tse-cheng lui-même d'opérer ce transfert.
En 523, au printemps, Tch^e :^, ministre des travaux publics [Kong-yn X ^]î transportait la ville de Yn |^ à un .autre
(4) Pé-yu = c'était à l'ouest de Nei-hiang bien ft ^ J^i qui est i\ 190 li nordotlëSt de sa préfecture Nan-yang fou ]^ ^ /ff [Ho-nan] (p. î'a., vol. 12, p. 45.) — (g. Fa., val. 51, p. 20).
De fait, c'est lo pays de Si /^ j dont rancien nom était Pé-ya.
endroit, qui* fut appelé Hia-yn F |^ (1). De son côté, le premier ministre Tse-hia ^ ^ fortifiait la ville de Kia j)^3 (2). Sur ce, Chou Suen Tchao-tse :^ îj, D3 "F^ fameux sage de Lou ig, fît la remarque suivante : le roi de Tch*ou ne désire donc plus être le chef des vassaux, puisqu'il est maintenant tout entier à protéger ses frontières et à assurer le trône à sa descendance. Cette observation du lettré signifiait que les calamités allaient fondre sur le pays de Tch'ou, el que Ping-wang aurait tant de mal à s'en tirer qu'il ne songerait guère à autre chose.
L'historien nous indique de suite la source de ces malheurs tant (ie fois prédits : Quand P'ing-wang n'était encore que prince et se trouvait en ambassade à la cour de Ts'ai ^, il eut des relations avec la fille du commandant de la forteresse de Kiuenyang ^g |^ (3) ; il en eut un fils, nommé Kien ^, qui fut son premier-né, Parvenu au trône, il le désigna comme son successeur, et lui donna pour premier précepteur le grand seigneur Ou-ché j3[ ^, fils du fameux Ou-kiu ^ ^, dont nous avons tant parlé, et père du plus fameux Ou-yuen fE R ou Ou Tse-siu f£ ■y ^, dont nous aurons longtemps à parler dans la suite. Le traître Fei Ou-ki ^ ^; JJ^i n'était que le second précepteur; et, ce qui est pire, il n'était pas agréable au prince héritier; son avenir était donc compromis; pour y remédier, il eut recours à la ruse et à la calomnie, ses moyens ordinaires; mais il agit avec une telle habileté que personne ne put se méfier; cet homme devint vraiment le mauvais génie de P'ing-wang et du royaume; grâce
(1) Yii = c'est Lou-hoeiitcli'en;^; ^Ï^JW' à 30 li au nord do Song liieii |^ J^j qui est à IGO li au sud de Ho-nan fou tvj ^ f^ [H«i-Dan] .
Hia-yn = était sur la rive nord du fleuve Han î^i ù l'ouest de Koang-hoa hien jC TU ^' qui est il 180 li nord-ouest de sa préfecture Siang-yang fou ^g rSj )ff [Honan].
Le pays de Yn= comprenait tout le territoire situé entre l'est de Chang-lo bien Jt 8p jip et Lou-hoen-tch'eng.
La grande géographie seule donne des explications claires et précises; les commentaires sont inintelligibles (p. Fa., vol. 21, p. 30.) — (g. Fa., vol. 48, pp. 46, 38 — vol. 79, p. 25). ^ ■
(2) Kia=c'est Kia bien (/$ M îl 90 li sud-est de Jou-tcbeou ï^ jft| [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 03.) — (g. Fa., vol. 51, p. 40, donne tous les détails bistoriques).
(3) Kiuen-yang= était au nord-ouest de Sin-ts'ai bien tSt S .Sp' dans la préfecture de Jou-ning fou YX ^F -flî [Ho-nan] .
Ou-cbé=ce grand seigneur était originaire de Kan-k'i ^ ^î dont nous avons parlé à la fin du règne précédent, et qui se trouvait à 5 li au sud de Tcb'eng-fou JK ^ » ville disparue ; sa famille servait les rois de Tcb'ou, depuis 3 générations, et avait donné de fidèles et prudents ministres.
Tch'eng-f ou— était à 70 li sud-est de Po-tcbeou ^ jH'| [Ngan-boei] ( Yng-tcheou fou-tcbe i^ jUl /ij î^î vol. 8, p. 2). Il ne faut pas confondre cette ville avec la suivante, du même nom (p. Fa., vol. fi, p. 31).
à lui, le pays de Tch'ou arrivera à deux doigts de sa perte.
Fei Ou-ki dit donc au roi : le prince héritier est en acre de se marier; sur ce, P'ing-wang fît demander aussitôt une princesse de Ts'in ^, et Fei Ou-ki fut chargé d'aller la chercher. Au retour, le fripon exalta la beauté de la fiancée, et engagea P'iîig-wang à la prendre pour soi ; celui-ci eut la faiblesse d'y consentir; à la 1^'^^^ lune de cette année 523, la princesse Yng ^ devenait son épouse ; d'un seul coup Fei Ou-ki se vengeait du prince héritier, et se mettait .en faveur auprès du roi.
Après cela, P4ng-wang fit les préparatifs d'une expédition navale contre les sauvages méridionaux, c'est-à-dire ceux qui étaient au sud du Yang-tse-kiang ; leur pays s'appelait Pou J^ (1). Fei Ou-ki dit alors à P-ing wang: si le roi de Tsin ^ a pu se constituer chef des vassaux, il le doit à la position si favorable de son territoire, grâce à laquelle il est en contact permanent avec les états chinois ; notre royaume en est au contraire bien éloigné, et demeure dans l'obscurité ; il ne peut rivaliser avec lui ; si votre Majesté voulait fortifier le mieux possible la ville de Tch'eng-fou -^J ^ (2), y placer comme gouverneur, le prince héritier, elle se mettrait en rapport avec les Chinois du nord, tandis qu'elle-même administrerait les pays méridionaux ; elle serait ainsi maîtresse incontestée de tout l'empire. P'ingwang ne pouvait soupçonner le piège caché sous cette flatterie ; il ordonna aussitôt de fortifier Tch'eng-fou, et en donna le gouvernement au prince Kien ,^. Pendant que l'on activait les travaux, il envoya le premier ministre Tse-hia -^ Jg remercier le roide Ts'in ^ de lui avoir donné la princesse Yng ^; cette démarche établit l'amitié entre les deux pays ; celui de Tch'ou allait bientôt en avoir besoin.
En automne, P'ing-wang ordonna encore de fortifier Tcheoulai >H'| ^, qu'on avait reprise au roi de Ou ^. A cette nouvelle, Siu j^, gouverneur de Chen-yn ^ ^, lui fit une vive remontrance: nous sommes sûrs d'être battus à cette même place, dit-il; car en 529. le ministre Tse-k'i ^^ ayant proposé d'aller reprendre cette ville, votre Majesté le lui refusa avec raison, parce que le peuple n'était j)as encore prêt pour une telle entreprise ; aujourd'hui nous sommes encore dans les mêmes conditions ; si nous allons fortifier Tcheoii-lai. c'est provoquer le roi de Ou: comment ne serait-ce pas courir à une défaite?
(1) Poii=ou encore l*6-pou H jp| [les cent tribus sauvages de Pou] = Nous avons déjà dit que c'était le territoire actuel de Tch'anfj^-té fou ^ ^ m et de Tch'en-tcheou fou Je jHi Jrî [Hou-ntuii, mais qu'on est peu sûr de cette identilioation ; car les auteurs ne sont pa:-. d'accord à ce sujet (Kian^'-yu-piao Ift ^S ^î vol. J^i p. 23).
(2) Tch'eng-foLi — ou Pou-tch'eng= (qu'il ne faut pas confondre avec la précédent»') était à -10 li à l'ouest de Kia-bien, dont nous venons de parler, un peu plus haut (p. Fa., vol. 12, p. G3.) - (g. Fa., vol. .51, p. 40).
ut
Quelqu'un de l'entourage lui répondit: le roi ne cesse de répandre des bienfaits sur le peuple; c'est maintenant la 5^"^^ année que notre pays est en repos ; cela ne s'appellc-t-il pas soigner le peuple ? — Nullement ! répliqua le gouverneur ; mes maîtres m'ont enseigné que pour soigner son peuple, un roi doit être économe à l'intérieur, et répandre ses bienfaits jusqu'au dehors ; de sorte que ses sujets soient heureux chez eux, et q^u'il n'y ait point d'ennemis au dehors. Voyez maintenant ce qui se passe chez nous: le roi bâtit palais sur palais, sans qu'on sache quand il finira; il n'est donc pas économe; le peuple est surchargé de corvées: c'est à tel point que les uns meurent à la peine ; les autres s'enfuient hors du royaume ; on n'a plus le temps de prendre ni nourriture ni repos ; est-ce là qu'on appelle soigner le peuple ? Mais les doléances de ce dignitaire ne furent pas prises en considération.
Le premier ministre Tse-hia ^ ]g fit une autre remontrance, à propos du prince Kiué-yeou ^ ^ qu'on retenait prisonnier depuis Tanné 537 ; c'était le propre frère du roi Ou ^ : De quel crime est-il coupable ? demandait le ministre ; nous faisons vraiment comme dit le proverbe «un tel a un sujet de colère; il s'en va le proclamer au marché;» et cela, contre un innocent! Il vaut beaucoup mieux oublier nos vieilles rancunes. P'ing-wang écouta favorablement le conseil, et libéra le captif.
* En 522, après avoir bien dressé ses machines, le fourbe Fei Ou-ki ^ ^ ;^ les mit en jeu; il dit à P'ing-wang: aidé du premier précepteur, le prince héritier va prendre pour soi les territoires septentrionaux, et se déclarer indépendant ; il aura pour lui les deux magnifiques forteresses de Fang-tch'eng jljf ^ et de Fou-tch'eng "^ ^'i il imitera les princes de Song ^ et de Tcheng^; les rois de Ts4 ^ et de Tsin § l'aideront dans ses projets ; ils font cause commune, et vftnt créer bien des malheurs à notre pays ; il est temps d'y aviser ; ensuite il serait trop tard !
P'ing-wang eut encore la faiblesse de croire ces calomnies; il manda le seigneur Ou-ché ^ ^, pour avoir des explications; celui-ci fort de son innocence, lui répondit : votre Majesté a déjà offensé son fils^ c'est une fois de trop ; pourquoi voulx)ir recommencer? P*ing-wang comprit Tallusion; il entra en fureur contre ce fidèle officier, et ordonna de l'enchainer; puis il enjoignit à Fen-yang Ç jj^, commandant de la forteresse de Tch'eng-fou j(£ ^, de partir aussitôt et de mettre à mort le prince Kien ^. Ce dignitaire, connaissant la calomnie et son auteur, dépêche secrètement un courrier au prince héritier, qui s'enfuit aussitôt à la cour de Song ^ ; c'était alors la 3^»^^' lune.
A cette nouvelle, P'ing-wang rappelle Fen-yang celui-ci se fait enchaîner, comme un prisonnier, par les gens de Tch'eng-fou, et se fait conduire au palais. Dès que P'ing-wang l'aperçoit, il lui crie avec rage : mes paroles n'étaient sorties de
ma bouohe que pour entrer dans tea oreilles ; quel autre que toi a donc pu prévenir le prince Kien ?
C'est moi le coupable, en effet, répond Fen-yang ; votre Majesté m'avait autrefois ordonné de servir le prince, comme je la servirais elle-même ; je suis un homme stupide qui ne i^ais pas changer de sentiment ; j'ai exécuté fidèlement ihon premier mandat; trouvant le second trop sévère, je n'ai pas ed le courage de l'accomplir.
Alors, comment as-tu osé reparaître ici ? reprend P4ng^ Wang. — C'est qu'ayant désobéi une fois, je tt'oaais recommencer! Deux fois traître envers votre Majesté, où donc aurals-je pu m'enfuir?
Radouci par la franchise de cet officier, P'ing-wang lui dit: retourne à ton poste, et garde-le bien, comme tu as fait jusqu'ici! Cela ne faisait pas le compte du sinistre Fei Ou-ki ; il revint donc à la charge, et dit au roi: les fils de Ou-ché 'flf ^ sont dels génies; s'ils s'enfuyaient jamais à la cour de Tsin §, ^ou bien à celle de Ou ^/ votre Majesté en recevrait un grand détriment; on pourrait les appeler ici^ sous prétexte de pardonner à leur père ; ils ont de la piété filiale^ ils vont certainement accourir ; sinon, il arrivera malheur!
P'ing-warig ne vit pas encore le piège; il manda aux fils de Ou-ché: venez ici, et je pardonnerai à votre père! Mais Chatl^ f^, l'aîné, alors gouverneur de la ville de Tch*ang ^ (1), dit à Bon frère Yuen ^ (2) : fuyez chez le roi de Ou ^ ; mes talents sont loin d'égaler les vôtres je puis mourir sans grand préjudice ; vous saurez bien nous venger; on nous rappelle, il faut absolu»ment que l'un de nous se présente ; se livrer pour sauver son père, c'est de la piété filiale ; s'enfuir pour Venger sa famille, c'est aussi de l'humanité; nous ne pouvons abandonner notre père ; mais nous ne pouvons pas non plus laisser éteindre notre race; affronter la mort, c'est du courage; choisir pour la vengeance un homme capable, c'est de la prudence. Allons ! il faut nous séparer, pour accomplir chacun notre tâche! Sur ce, Chang f^ se rendit à la cour. Quand Ou-ché ^ ^j^ apprit que son fills Yuen ^ s'était enfui au pays de Ou, il s'écria plein de joie; maintenant le roi et ses ministres n'auront pas le loisir de pretl»dre tranquillement leurs repas !
Toujours obsédé par Fei Ou-ki, P^ing-wang fit mettre à mort
(1) Tcli'ang= était au nord de Lou-ho bien A\ ^ j^? qui est à 130 li au nord de Nan-kiHg ^ *^ • H a- été assez difficile d'établir cette identification ; qui donc aurait pensé que cette ville se trouvait à cet endroit, non dans le Hou-pé ! (p. Fa., vol. 4, p. 14.) — (g. Fa., vol. 20, p. 60) ( ]viang-yu-piao, Jl ? p. 66).
(2) Ce discours est réputé un chef-d'œuvre de tittérature et de politique ; comme tel, il est connu de tous les étudiants, qui doivent l'apprendre par (Steur .^Zottoli, IV, p. 91),
Ou-ché et toute sa famille (1); Yuen g seul avait échappé. Arrivé à la cour de Ou ^, il prit le nom de Ou Tse-siu ffi -^ jf» sous lequel il est devenu célèbre. Tout d'abord il chercha à persuader au roi Leao ^ de faire la guerre au pays de Tch^ou ; il montrait que c* était le moment le plus propice; mais le prince Koang ^, le futur roi Ho-liu ^ M[, le contrecarrait en disant ; c'est parce qu'on a anéanti sa famille que ce fugitif veut se venger; il ne faut pas nous fier à ses conseils ! De fait, le prince Koang était du même avis que son adversaire; mais il briguait déjà la couronne; il ne voulait pas affermir, par des victoires, l'autorité de son cousin le roi Leao.
Ou Tse-siu tE "f W comprit la pensée du prince Koang ; il vit que le temps n'était pas encore arrivé de donner suite à ses projets ; il se retira de la cour, décidé à trouver un homme capable de seconder Tambition du prince Koang ; il alla visiter le fameux héros Tchoan Ché-tchou h^ fj ^, et se lia d'amitié avec lui ; puis il s'occupa d'agriculture.
En 521, en hiver, le géjiéral Wei-yué ^ j^ conduisait une armée au pays de Sông ^ ; il ne s'agissait pas d'une cause bien honorable : la puissante famille Hoa ^ s'était mise en révolte contre son prince ; mais elle se voyait vaincue ; elle avait demandé secours et refuge à P4ng-wang ; les rois de Ts'i ^ et de Ou ^ s'étaient aussi mêlés de cette querelle. Fan Jg, grand administrateur [ta-tsai ^ ^] s'était opposé de tout son pouvoir à cette expédition, mais en vain ; il disait à P4ng-wang : parmi toutes les principautés, c'est celle de Song dont les officiers se sont montrés les plus fidèles aux intérêts de votre Majesté comment pourrions-nous abandonner le prince, pour soutenir contre lui des insurgés? — Vos observations viennent trop tard, avait répondu P4ng-wang; ma parole est engagée, je ne puis la retirer !
Au pays de Ts'ai ^ (2), il y avait aussi des troubles; P'ingwang, conseillé par son mauvais génie Fei Ou-ki, s'en occupa encore d'une façon peu honorable : A la 11^ï"«' lune de cette année 522, le prince P*ing-kong ip, ^ était mort; Tchou ;^ son. fils aine lui avait succédé ; mais son oncle Tong-kouo '^ g lui disputait la couronne ; c'est pourquoi il s'était enfui, et était venu
(1) Le tombeau de Ou-clié est à 10 li à l'est de Fou-tcheou Ifn /H ' dans la préfecture de Yng-tclieou fou ^ Tu /lï [Ngan-hoei] (Annales de Yng-tcbeou fou vol. 2, p. 69).
(2) En 531, Ling-wang avait mis à, mort (offert en sacrifice) le prince Yn j^t puis annexé la principauté ; — en 529, P'ing-wang l'avait restituée, et avait placé sur le trône le prince Liu JK connu soup le nom de P'ing-kong ^ Xf î — en 522, son fils aîné, Tchou ^ lui succédait; — mais en 521, son oncle Tong-kouo ^ @ lui enlevait la couronne, et montait sur le trône, pour deux ans! Celui-ci est connu sous le nom .de Tao-kong ^ &• —
demander secours à P4ng-wang. Celui-ci était tout disposé à lui accorder protection ; mais Fei Ou-k'i avait secrètement reçu de l'argent de Tong-kouo; il manda aux gens de Ts'ai: le prince Tchou ^ s'est montré désobéissant aux ordres de notre roi ; celuici veut mettre à sa place le prince Tong-kouo ^ g, hâtez-vous d'exécuter ce désir, sinon notre armée ira vous punir. A ce faux message, les gens de Ts'ai prirent peur; il placèrent Tong-kouo sur le trône, et le tour fut joué à Tinsu du roi.
Cependant, P'ing-wang voulait se mettre en campagne, et reconduire le prince Tchou dans sa capitale ; il fallait à tout prix l'en dissuader. Fei Ou-k'i lui fît la remontrance suivante: P'ingkong avait conclu un traité d'amitié avec nous, à Teng ^ ; c'est pour cela qu'il fut placé sur le trône ; son fils ne nous est pas affectionné, il faut l'écarter. Ling-wang ^ 3^ avait mis à mort le prince Yn ^ ; P'ing-kong, aidé par Kong Tse-pi ^ •? Jfc, a fait mourir à son tour Ling-wang, et votre Majesté en a eu le profit ; vos amours et vos haines étant les mêmes*, P'ing-kong s'est montré dévoué pour votre Majesté ; il était juste de lui donner la couronne ; il n'en est plus de même avec son fils; d'ailleurs il est absolument au pouvoir de votre Majesté de placer qui elle voudra sur. le trône, les gens de Ts'ai s'empresseront d'obéir. Ce misérable traître fascinait en quelque sorte P'ingwang ; celui-ci abandonna la cause du prince Tchou et laissa Tong-kouo en paix. Mais revenons à l'expédition contre le pays de Song.
En 520, le général Wei-yué ^ j|| était donc parti avec son armée; arrivé à destination, il avait envoyé à la cour le message suivant: notre humble roi a appris que votre Altesse a des officiers désobéissants, qui lui causent du chagrin, et font le déshonneur de leur famille ; notre humble roi vous prie de lui livrer ces mauvais garnements, pour qu'il les mette à mort. Ces paroles étaient une pure chinoiserie, comme le lecteur l'a déjà compris. Le prince de jSong répondit: moi, homme de peu de valeur, je suis absolument incapable de gouverner, incapable de vivre en paix avec mes proches parents ; ainsi j'ai le chagrin de causer des soucis à votre illustre roi ; grand merci d'avoir daigné me communiquer ses ordres ; ici, prince et sujets nous nous livrons chaque jour des batailles ; maintenant, votre illustre roi nous mande qu'il va aider les sujets rebelles contre leur prince ; malgré cela, je me soumets à ses ordres ; mais il y a un proverbe qui dit «ne passez pas devant une maison où l'on se bat»; si votre illustre roi veut secourir cette petite principauté, j'ose espérer qu'il daignera ne pas accorder sa protection à des gens indignes et déloyaux ; ce serait encourager les révolutionnaires ; que son illustre Majesté veuille bien examiner le cas présent !
Les gens de Tch*ou étaient fort mécontents de cette réponse, si sage, si mesurée,' à laquelle il n'y avait rien à reprendre; par
ailleurs, à quel titre engager une bataille en règle ! Wei-yué fut tiré d'embarras par les chefs du parti royal. Les princes fédérés, aniis du roi de Song, connaissant la position critique où il se trouvait, lui avaient envoyé des troupes auxiliaires ; leurs officiers se réunirent en conseil pour délibérer sur la conduite à tenir envers les gens de Tch'ou : pousser à bout lia famille Hoa ^, la forcer de combattre à mort, ne semble pas prudent, disaient-ils; faire perdre la face à l'armée de Tch'ou, là contraindre à livrer bataille, est plus dangereux encore; le mieux serait d'obtenir le départ des insurgés, comme s'ils étaient délivrés par l'armée de Tch'ou ; le pays de Song en sera débarrassé, et n'aura plus rien à redouter d'eux ; nous avons été envoyés pour secourir cette principauté; si nous éloignons à tout jamais la cause de ses troubles, que pouvons-nous de plus pour elle?
D'après ce conseil, les officiers obtinrent du roi de Song, pour les révolutionnaires, la permission de sortir du pays. Au jour nommé* ki-se 2. E' ^® grand seigneur Hoa-hai ^ ^^ avec cinq autres chefs du parti rebelle, rejoignaient le général Weiyué ^ j^, et s'enfuyaient à la cour de Tch'ôu,
En 519, Confucius écrit: à la 6^™« lune, Tong-kouo ^ g|, prince de Ts'ai ^\ meurt à la cour de Tch'ou. Les commentaires n'ajoutent aucun détail ; ce qui fait supposer que ce prince se trouvait là en simple visite.
Confucius dit encore: le jour meou-tch'en ^ ^, les gens de Ou ^ battent les armées réunies de Toen î|^, de Hou jjjj, de Chen ^, de Ts'ai |^\ de Hiu ff, à Ki-fou |S| ^ ; Koen ^ prince de Hou, et Tch'eng ^ prince de Chen. sont anéantis; Hia-yé ^ ^, grand officier de Tch*en ^, est fait prisonnier; c'est-à-dire qu'ayant été tué sur le champ de bataille, son cadavre fut pris par l'ennemi. Confucius ne parle pas de l'armée de Tch'ou, qui était pourtant présente ; c'est qu'elle avait été surprise et vaincue avant d'avoir été rangée en bataille.
' Voici maintenant les détails sur cette grande affaire : Le roi de Ou s'était mis en campagne, pour reprendre Tcheou-lai jHi ^; il occupait déjà Tchong-li ^^, qui n'en était pas bien loin; Tsehia ^ ]g, le premier ministre de Tch'ou, était accouru avec une armée, et de nombreux auxiliaires ; mais il était malade, et ne tardait pas à mourir ; ce fut une première cause de décourage* nient pour son armée ; le général Wei-yué ^ j^ , prit le commandement, et campa près de Ki-fou jH ^ (1).
(1) Tcheou-lai= était à 30 11 au nord de Cheou-tcheou ^ >ltl) qui est à 180 11 à l'ouest de sa préfecture Fong-yang fou Mt ^ ./h [Ngan-hoel] (p. Fa., vol. G, p. 24.) — (g. Fa„ vol. 21, p. 21).
.To}K)ng:li= était à 4 H à l'est de Fong-yang fou (p. Fa., vol. 6, p. 20).
JCi-fou=était au sud-ouest de l'ancienue ville de Ngan-fong S H > or, celle-ci
était à 60 li sud-ouest cle Ôheou-tcheou (p. Fa., vol. C, p. 27 ) •— (g. Fa., vol. 21, p. 29).
Le prince Koang 36 d>* *^ ^^h son cousin: les vassaux qui aident Tarmée de Tch'ou sont nombreux il est vrai, mais ils sont faibles; c'est par peur de leur suzerain qu'ils sont venus ici; j'ai ouï dire par les anciens que dans une entreprise militaire, courage et décision valent mieux qu'amitié ; même un plus faible peut alors vaincre un plus fort; les princes de Hou "^ et de Chen f^ sont jeunes et l'égers ; le grand ofïicier Yé H est dans la force de l'âge, mais il est peu intelligent et entêté; les princes de Toen 1^, de Hiu 1^ et Ts'ai ^ détestent le gouvernement de Tch'ou ; le vrai général vient de mourir ; son successeur ne le vaut pas ; il est sans autorité; sous lui, tout se fait par faveurs; ses ordres ne seront pas exécutés ; il n'y aura pas d'ensemble dans l'action ; pourra-t-il même ranger ses troupes disparates en ordre de bataille ? Divisons notre armée en plusieurs corps ; attaquons d'abord les princes de Hou ]§g, de Chen ^ et de Tch*en ^ ; certainement ils vont s'enfuir; du même coup, les autres auxiliaires seront ébranlés; l'armée sera en désordre, et bientôt vaincue. Que notre avant-garde simule donc la négligence et la faiblesse ; le reste de nos troupes s'avancera en rangs serrés, dans un ordre parfait; nous sonimes sûrs du succès!
Le roi suivit ce conseil ; le dernier jour de la 7ème \\xne eut lieu la bataille de Ki-fou fS| ^ : Tarmée de Ou fut partagée en trois corps ; le roi commandait le centre ; à droite, était le prince Koang; à gauche, le prince Yen-yu j|| j^, oncle du roi, et fils du roi Cheou-mong ^ ^. En avant, on plaça trois mille malfaiteurs, chargés d'engager le combat avec les troupes de Hou, de ,Chen et de Tch'en ; les uns se battaient, les autres s'enfuyaient, comme c'était convenu : les trois armées se débandèrent à les poursuivre ; alors les gens de Ou se précipitèrent sur elles avec fureur, et les anéantirent; les princes de Hou et de Chen, puis le grand officier Yé, furent faits prisonniers ; quant aux simples soldats^ on les laissa partir, afin qu'ils allassent jeter la panique parmi les autres troupes; l'armée de Ou les suivait de près poussant des cris formidables ; les gens de Tch'ou n'étaient pas en ordre de bataille ; ils ne s'attendaient pas à être attaqués le dernier jour de la lune, réputé néfaste; les auxiliaires prirent la fuite. Bref, ce fut une défaite complète!
La mère du prince héritier Kien ^ se trouvait à Kieou ^g; elle invita l'armée de Ou à vepir prendre cette ville, pour venger son fils exilé. A la lO^^^^^ lune, au jour kia-chen Ç ^, le prince héritier de Ou, nommé Tchou-fan ^ ^, entrait dans cette ville emmenait la femme de P'ing-wang avec tous ses trésors, puis rentrait dans sa capitale.
Le général Wei-yué ^ ^ était accouru pour l'arrêter en chemin ; il arriva trop tard ; dans sop désespoir, il voulait se tuer; mais les ofïiciers le retenaient en disant: conduisez-nous au pays de Ou ; là, nous vaincrons, ou nous périrons ! Non, répondait
Wei-yué, je ne puis mener mes troupes à un second désastre ; si je le faisais, ma mort ne suffirait pas à expier ce crime; j'ai laissé prendre l'épouse de mon roi, moi seul suis coupable, seul je dois mourir! Sur ce, il se pendit à Wei-che ^ ]^ (l).
Le nouvau prince ministre se nommait Niang-wa ^ 5^, et encore Tse-tch'ang ^ *^ ; son grand-père, l'ancien ministre Tseniang ^ ^, avait, en mourant, recommandé avec instance de fortifier la capitale Yng ^; jusque là on ne l'avait pas fait; mais alors, on craignait si fort une invasion des gens de Ou ^ qu'on se mit aussitôt à l'œuvre.
. Siu J^ (2), gouverneur de Chen ^, critique cette entreprise, comme une grosse faute; le premier ministre, disait-il, va perdre notre capitale! Quand on ne se sent pas capable de la défendre, l'entourer de fortifications 'est inutile! Dans les anciens temps le rempart de l'empire était formé par les sauvages des 4 régions; c'est que la vertu et les bienfaits de l'empereur, dépassant les frontières, allaient atteindre les barbares eux-mêmes, qui alors étaient très contents de le servir. Plus tard, l'empire ayant dégénéré, les sauvages firent invasion; les vassaux les repoussèrent, et devinrent à leur tour le rempart de l'empire; si les divers princes étaient forts, leur sûreté consistait à avoir des relations amicales avec leurs voisint^ ; s'ils étaient faibles, il fallait veiller avec soin à la garde des 4 frontières ; ils n'y manquaient point; ils faisaient des traités d'alliance avec leurs voisins, pour s'assurer leur concours ; ainsi le peuple vivait à la campagne dans une grande paix ; rien n'arrêtait les travaux agricoles ; on ne craignait ni brigands, ni voleurs, ni invasions du dehors; on ne pensait guère à fortifier les villes ! Maintenant, on craint le royaume de Ou -^, vite on répare les murs de notre capitale ; précaution insignifiante ! Si nous sommes incapables de sauver nos frontières, comment pourrons-nous échapper à la ruine de notre pays! Autrefois, le prince de Leang ^ (3) creusa un fossé autour de son palais ; son peuple se dispersa aux quatre vents
(1) "Wei-che = est un affluent de la rivière Che J^? qui se trouve à 80 li sud-ouest de King-chan bien. Cette ville est i\ 110 li A, l'est de sa préfecture Ngan-lou fou 3f ^g Jff [Hou-pé] (p. Fa., vol. 20, p. 14.) — (g. Fa., vol. 77, p. S).
Kieou=dans le pays de Tch'ou, mais on ignore à quel endroit.
(2) Dans le recueil intitulé Hoang-tsiii.'( Kinc:-kiai .^ M flt W?' vol. 104, p. 32, il y a toute une discussioti sur la cause des malheurs de Tch'ou ; est-ce la construction des murs de la capitale? Lin grand nombre de politiques et de lettrés ont commis l'erreur de conclure: post hoc, ergo propter hoc. Inutile de rapporter ce fuiras d'érudition oiseuse.
(3) Leang=cette petite principauté était ù 22 li an sud de Haii-tcb'eng bien ^ |j£ H^î qui est îl 220 li au nord de sa préfectun-^ T'ong-tcheou fou |^ jt] ^ [ Chen-si ] . Ce prince aimait les constructions. Le roi Mou-kong ^ ^î de Ts'in ^« s'annexa ce pays, en (342 (p. Fa., vol. U, p. 19.) — (g. Fa., vol. 1, p. 17).
du ciel ; quand les sujets ne sont pas attachés de cœur à leur prince, la ruine est inévitable! Si nous tenons bon ordre aux frontières, si les forteresses et les camps de refuge y sont en bon état et bien gardés; si l'agriculture est en prospérité par tout le royaume ; si parmi le peuple règne l'affection mutuelle et le système d'association cinq par cinq (1) ; si nous sommes sincères et fidèles, dans nos relations avec les pays voisins ; si les dignitaires remplissent bien leurs fonctions ; s'ils ne sont ni cupides, ni arrogants, ni violents ; si l'on observe les anciens règlements sagement établis ; si nous sommes prêts à tout événement ; qu'avons-nous à craindre de qui que ce soit? Le livre des vers [Che-king |f jg] nous donne le bon conseil suivant : ne penserezvous pas toujours à votre aïeul? Perfectionnez vos vertus! (2) Nous avons les exemples de nos ancêtres Jo-ngao ^ gf (790-764) et Fen-mao J^^ f (757-741), jusqu'aux rois Ou |^ (740-690) ; et Weh 35[ (680-677) ; retendue de notre territoire n'était que de cent li (3) ; comme on gardait bien la frontière, on n'avait pas besoin de fortifier la capitale ; maintenant, notre pays a plusieurs milliers de li, et nous sommes obligés de fortifier notre capitale ! N'est-ce pas honteux et inquiétant?
Comme on le voit, ce beau discours du gouverneur de Chen gj[^ est encore une prophétie de lettré, annonçant à bref délai la prise de la capitale; elle aura lieu, en effet, en 506, par les gens de Ou.
En 518, Confucius dit sèchement: en hiver, l'armée de ^ anéantit Tch*ao ^ (4); voici les détails: P'ing-wang préparait une flotte pour envahir le royaume de Ou ; Siu J^, le même gouverneur de Chen -J^, fit encore des remontrances : à cette expédition, dit-il, certainement nous perdrons quelque ville ! Car, avant d'avoir réparé les derniers désastres, notre roi va de nouveau fatiguer le peuple dans une guerre ; sans avoir été provoqués par le roi de Ou, nous allons le harceler ; il nous poursuivra; et comme nos frontières ne sont pas en bon état de défense, nous y perdrons quelque ville.
(1) Ou li = cinq soldats sous un petit chef ; 5 familles pour se défendre mutuellement (Couvreur p. 580).
(2) (Zottoli, III, p. 229, ode 1, vers 6.) — (Couvreur, p. 322).
(3) C'est-à-dire un t'ong |^ » un carré de cent li de coté.
(I) Tch'ao= était à 5 li nord-est de Tch'ao-hien ^ j^^ qui est à 180 li à l'est de sa préfecture Liu-tcheou fou JR y1l\ /jj [Ngan-hoei]. C'était une petite principauté, soumise tantôt à Tch'ou, tantôt à Ou. C'est la patrie de Fan-tseng ?£ J^i le vieux lettré ami du fameux Hiang-yu ^^ 4^|î que nous connaissons déjà par l'histoire du royaume de Ts'in ^^» et que nous retrouverons ici en son temps. C'est là aussi que l'empereur Tch*eug-t'ang JK ^ relégua le tyran Kié ^ (1766-1754), après l'avoir détrôné (p. Fa.^ vol. 6, p. 17.) — (g. Fa., vol. 26, p. 16).
Siu-ngan ^ Jf, grand officier de Yué j^, attendait Tannée de Tch*ou, à Tendroit où là rivière Yu-tchang ^ j|t (1) fait une courbe ; il venait offrir des vivres, de la part de son roi. Le prince héritier Ts'ang j^ avait amené un beau vaisseau, qu*il voulait donner à P4ng-wang ; lui-même, avec le général Cheoumong ^ ^, conduisait une armée auxiliaire, pour cette campagne.
P'ing-wang étant parvenu à Yu-yang |g ^ (2), encore sur son propre territoire, s'en r.etourna brusquement, on ne sait pour quel motif! Le roi de Ou ^ le poursuivit, et prit les villes de Tch'ao ^ et de Tchong-li @ ^. Siu J^, le prophète gouverneur de Chen-yn ^ fB", s'écria de nouveau : voilà le commencement de notre ruine ! Dans une seule expédition nous avons perdu deux villes avec leur garnison; encore un peu, et l'ennemi prendra notre capitale ! Le livre des vers nous dit : de qui est venue la longue suite de mécontentements? (3) Ce texte ne s'applique-t-il pas à notre roi ?
En 517, à la fin de Tannée, P'ing-wang envoyait le grand officier Wei-che ^ ^ fortifier la ville de Tcheou-kiué ji\ Jg, et y établir les habitants de Kia '^ ; il devait aussi fortifier K'ieou-hoang Q^ ^, y placer les gens de Tse ^ (4). Le grand officier Hiong Siang-mei '^ ^ lf% allait en même temps entourer de murs les faubourgs de Tch'ao ^; enfin, le grand officier Kijan ^ f^ en faisait autant à K'iuen ^ (5).
A cette nouvelle, le fameux seigneur de Tcheng ^, Tse T'aichou ^ -jl^ :^ Ht aussi sa prophétie: bientôt, dit-il, P'ing-wang va mourir; il ne peut pas laisser son peuple cultiver tranquillement ses terres ; l'inquiétude, le chagrin de ses sujets va finalement atteindre le roi ; il ne durera plus longtemps !
(6) De fait, en 516, à la 9^^"^ lune, au jour nomme keng-chen ^ t^, P'ing-wang mourait, sans avoir désigné le prince héritier.
(1) La rivière Yn-tchan^'=On ne la connaît pas exactement ; dans le Kiang-si ft 23 î il y a un cours d'eau de ce nom ; quelques commentaires prétendent que c'est celui dont il est question ici.
(2) Yu-yang=ville de Tch'ou ; mais on en ignore l'emplacement.
(3) (Zottoli, III, p. 269, ode 23, vers 3.) — (Couvreur, p. 385, vers 3).
(4) Tcheou-k'iu, Kia, K'ieou-lioang, Tse = villes inconnues =11 y a bien une ville de Tse, qui se trouvait à 40 li sud-ouest de Kong bien ^ JS^ j celle-ci est à 130 li à l'est de sa préfecture Ho-nan fou ]fR| ^ /jj [Ho-nan] . Mais c'était un territoire de l'empereur, non le pays de Tch'ou (g. Fa., vol. 48, p. 29).
(5) K4uerk=était au sud-ouest de Cbé-bien 5^ JH? qui est à 120 li au nord de sa préfecture Nan-yang fou ^ ^ jff [Ho-nan] (g. Fa., vol. 51, p. 31).
(6) Le tombeau de P'ing-wang = était à l'est de King-tcheou fou ^J yf\ jjï [Houpé] près du lac Leao-tai-bou. Nous verrons, plus tard, comment Ou Tse-siu 1Ï ^ W » pour se venger, détruira ce tombeau avec une fureur sauvage, et jettera le cadavre dans le fleuve (g. Fa., de la dynastie Ming ™ j vol. 62, p. 14).
Voulait-il, par là, reconnaître ses torts envers son fils aîné Kien J^, et indiquer qu'on devait le rappeler de Texil ? Peut-être ! mais les choses ne se passèrent pas ainsi : le premier ministre Tse-tch'ang -^ *^ voulait d'abord placer sur le trône le prince Tse-si ^ "gf, l'aîné des fils de concubines; il croyait avoir en cela une excellente raison: Jen ^, disait-il, le fils de l'épouse légitime (la princesse Yng ^ de Ts'in ^), est encore trop jeune; de plus, sa mère ayant été ravie au prince héritier Kien, n'est en réalité qu'une concubine. Tse-si ^ |f est dans la force de l'âge ; il aime le bien ; il est d'une probité remarquable ; sous lui, nous pouvons espérer un bon gouvernement, et il est l'aîné. 11 réunit donc en sa personne toutes les conditions désirables.
Mais Tse-si -^ |g" lui-même s'opposa au projet du premier ministre ; vous voulez, disait-il, mettre le trouble dans l'état, et mettre le roi défunt au pilori, comme ayant pris la femme de son fils; nous ne pouvons faire cette injure au roi de Ts'in ^, dont Jen ff est le neveu, et dont l'appui nous est si nécessaire; l'héritier légitime est là; l'écarter serait commettre une infamie, violer les droits de succession, attirer la haine du pays de Ts4n ; je ne voudrais pas à ce prix la couronne impériale; encore moins celle d'un royaume. Moi, je propose de mettre à mort le premier ministre, pour avoir médité de tels forfaits!
Celui-ci ne s'attendait pas à un tel langage ; il eut peur et se hâta de placer le prince Jen ^ sur le trône ; nous allons l'y retrouver dans un instant, sous le nom de Tchao-wang B3 2-
A la cour impériale, il y avait aussi des révolutions. Finalement, les familles Yn ^ et Tchao ^, puis le grand seigneur Mao-pé ^ fg avec le prétendant Wang Tse-tchao J J- [^g, furent obligés de s'enfuir; ils se retirèrent tous à la cour de Tch'ou.
Le prince Tse-si = d'après le commentaire de Tou-ling et autres, était fils du roi P'ing, mais né d'une concubine. Se Ma-ts'ien dit que c'était le frère cadet de P'ing, mais le fils d'une concubine du roi Kong (Voyez Y-che, vol. 1, p. 16.) — (Se Ma-ts'ien, chap. 40, p. 15j.
TCHAO-WANG (515-489) (i)
En 515, au printemps, le roi de Ou ^, profilant du deuil national, attaquait le pays de Tch*ou ; il envoya ses deux frères Yen-yu ^ ^ et Tchou-yong ^ Jj assiéger la ville de Ts'ien ^, Les deux grands officiers Jan ^ et Mi D| conduisirent Tarmée de secours; Chen Yn-siu ^ |9* ^, le fameux aide du ministre de la guerre, avec tous les employés des écuriers royales [haras?], menèrent la garnison de la capitale; une autre armée était sous les ordres du directeur de gauche [tsouo-yn ^ ^] nommé K4oyuen §P ?S, et du ministre des travaux publics [kong-yn X I*] nommé Cheou ^ ; enfin, le premier ministre Tse-tch*ang -^ ^ lui-même avait conduit une flotte jusqu'à la rivière Cha-joei ^j^, puis il était reparti. Comme on le voit, l'affaire était extrêmement grave ; si cette fois encore on était vaincu, le chemin de la capitale était ouvert à Tennemi qui s'y rendrait à marches forcées, sachant qu'il n'y trouverait qu'un roi enfant et qu'une cour en désarroi. Le moment était critique pour le royaume de Tch'ou. On rencontra l'armée de Ou près de la rivière K'iong ^ (2) ; prise par devant et par derrière, elle ne pouvait songer à la fuite ; il ne lui restait qu'à se rendre ou a combattre à mort.
C'est alors qu'on apprit le massacre du roi de Ou, nommée Leao ^j par son propre cousin le prince Koang y^; c'était une nouvelle chance de victoire pour les troupes de Tch'ou ; mais elles respectèrent le deuil national de leurs ennemis, et se retirèrent sans avoir livré bataille.
(1) Tchao= signifie : extérieur vénérable, plein de respect, rempli d'affection pour les autres. — Une autre version dit : appliqué à faire briller la vertu (Souo-yn f^ B»
(2) Chen Yn-siu = traduisez ainsi : Siu, gouverneur de Chen, comme nous l'avons
dit plus haut.
Ts'ien=était à 30 li nord-est de Ho-chan bien ^ |Il Hp? qui est à 90 li sudouest de sa préfecture Lou-ngan fou /\ 3? /kT [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. 39.) — <g. Fa., vol. 26, p. 23).
Cha-joei=est un affluent de la rivière Hoai fUî au nord de Fong-yang fou ^ ^ M [Ngan-hoei] (g. Fa., vol. 21, p. 9.) - (Yng-tcheou fou-tcho |B jW| KJ ÎÈ- vol. 1, p. 4 et suit).
K4ong= cette rivière s'appelle maintenant Fong S î elle se trouve à 10 li sudouest de Ho-k*ieou bien Ç flS J^ » qui est à 290 li sud-est de sa préfecture Yng-tcheou iou iW jff [Ngan-hoei] (g. Fa., vol. 21, p. 33).
Confucius dit : en été, les gens de Teh'ou mettent à mort le grand officier K'io-yuen ^P ^. Ou se demande comment le «Saint» a pu écrire chose pareille! Quand on aura lu les circonstances de cette mort, on verra qu'audun charlatan littéraire ne peut excuser ce texte, destiné à tromper le lecteur. Voici les détails donnés par Tsouo K'ieou-ming ^ fiP OJJ :
K'io-yuen ^-[J ^ (1) était un homme pacifique, servant loyalement son prince, et aimé de tout le monde ; il n'avait que deux ennemis, l'infâme Fei Ou-ki ^ ^ ;g et son digne acolyte Yen- Tsiang-che ^ jjf gj, le commandant de gauche; pour le perdre, ceux-ci abusèrent de ravarice et de la légèreté du jiremier ministre, qui croyait toutes les délations. Fei Ou-ki dit donc à Tse-tch*ang ^ *^ : K4o-yuen serait bien honoré si votre Excellence daignait accepter un goûter chez lui! et à K'io-yuen: le premier ministre serait bien flatté si votre seigneurie l'invitait à un goûter ! K4o-yuen répondit : qui suis-je pour oser inviter un tel personnage ! Si d'ailleurs son Excellence tenait absolument à me faire cet honneur, je ne saurais quel cadeau lui offrir! Vous savez, reprit le traître, que le premier ministre aime les belles cuirasses et les belles armes; faites en apporter, je choisirai celles qui sont le plus de son goût. Le misérable choisit cinq cuirasses et cinq épées ; vous les placerez, dit-il, près de la porte d'entrée, afin que le premier ministre puisse les apercevoir à son arrivée; alors vous les lui offrirez. K'io-yuen fit comme il était convenu.
Le jour fixé pour le goûter, il fit dresser une tente près de la porte, et y plaça les cuirasses et les épées ; comment pouvait-il soupçonner le piège qui lui était si perfidement tendu ! Fei Ou-ki s* était rendu chez Tse-tch'ang; d'un air tout rempli d'émotion, il lui avait dit: hélas! j'ai failli vous mener dans la gueule d'une fauve ! K'io-yuen méditait de vous assassiner ! Les armes sont cachées près de la porte d'entrée ! D'ailleurs, j'aurais dû me défier de cet homme; car à la dernière expéditon de Ts'ien jg, Tarmée de Ou ^ se trouvant dans une impasse, où nous étions sûrs de l'anéantir, K'io-yuen se retira le premier, content sans doute de L'argent qu'il avait reçu ; il trompa encore les autres * généraux, et leur persuada de se retirer comme lui, sous le prétexte qu'attaquer un ennemi plongé dans le deuil national porte malheur! L'armée de Ou avait-elle donc respecté notre deuil ? N'était-ce pas justice de profiter du sien pour nous venger !
Le premier ministre envoya un espion, examiner s'il y avait vraiment des armes à la porte de K4o-yuen ; sur le rapport afflrmatif, Tse-tch'ang ne douta plus du complot; il fit venir Yen Tsiang-che j^ jff ÊJ(, comparse de Fei Ou-ki, et lui raconta le
(1) K*io-yuen s'appelait encore Tse-hou "X SB • —
fait; celui-ci partit aussitôt, donna l'ordre de massacrer K'ioyuen, et de brûler sa demeure. A cette nouvelle, K'io-yuen se pendit.
Mais personne ne voulait incendier la maison de cet homme si universellement aimé ; le premier ministre publia l'édit suivant: quiconque n'aidera pas à brûler la maison de K'io-yuen, sera censé faire partie de son complot, et subira la même peine.
Il n'y avait plus moyen de s'excuser; les uns apportèrent de vieilles nattes; d'autres, quelques poignées de paille; maison se contentait de les jeter à terre, sans y mettre le feu; les gens du premier ministre furent obligés de faire eux-mêmes cette infâme besogne ; ils rôtirent le cadavre de K'io-yuen, et exterminèrent sa famille et ses amis Yang Ling-tchong ^§ >fh IÇ? ^Hs du précédent ministre Tse-hia ^ Jg; puis ses frères Wan ^ et T'ouo fÈ ? puis le grand officier Tsin-tch*en § ^ avec ses fils et ses frères. Les membres de cette dernière famille parcouraient la capitale en criant et hurlant: nous sommes sous le gouvernement des traîtres Fei Ou-ki et Yen Tsiang-che, qui mettent le royaume à feu et à sang ; ces misérables perdent la dynastie royale ; ils trompent la cour et le premier ministre, qui est absolument à leurs ordres; que va devenir le pays?
Tout cela se passait en été. Tse-tch'ang ^ *^ était très mortifié des rumeurs, qui se répandaient contre lui ; il n'ignorait pas que le peuple offrait des sacrifices, pour attirer des malheurs sur sa tête ; même alors, il ne pouvait s'imaginer avoir été si indignement trompé. C'est encore 8iu j^, le gouverneur de Chen-yn fjfc ^> ^^i ^^^ l'audace de lui reprocher son crime, et lui ouvrir les yeux : Personne, lui dit-il, ne sait encore pour quel forfait votre Excellence a fait périr des hommes aussi distigués que K'io-yuen et Yang Ling-tchong ; vous avez agi sur de simples délations ; c'est encourager le métier de traître ! C'est exciter la haine du peuple contre vous ! Un homme juste ne peut arrêter des rumeui^s comme celles qui s'entendent partout contre vous ; votre Excellence ne paraît pas s'en inquiéter ! Moi j'en suis tout perplexe ! Fei Ou-ki est le plus misérable calomniateur de ce royaume; tout le monde le hait: c'est lui qui en 527 a causé l'exil du seigneur Tch'ao-ou "^ ^\ lui qui en 521 a privé de la couronne le prince Tchou ^ de Ts'ai ^; lui qui a perdu notre prince héritier Kien ^ ; lui qui a fait périr le premier précepteur Ou-ché lE §, ce serviteur si fidèle! Lui qui a fermé les yeux et les oreilles du roi P'ing, et lui a fait commettre tant de fautes. Sans l'influence néfaste de cet homme, le roi P*ing aurait pu surpasser les meilleurs de ses prédécesseurs ; il était clément, bienfaisant, accommodant, économe (1). Si malgré ses
(1) Nous avons vu, en 523, un réquisitoire du môme gouverneur, contre P'ingwang ; ici, il rejette la faute sur so^ mauvais génie Fei Ou-ki.
brillantes qualités, il n'est pas devenu le chef des vassaux, c'est Fei Ou-kî, son mauvais génie, qui Ten a empêché. Ce fourbe vient de faire exterminer trois familles seigneuriales innocentes; la calomnie, la trahison fleurissent de plus en plus ; un jour, votre Excellence en sera victime, et elle ne semble pas s'en douter; quand donc, enfin, prendra-t-elle des mesures contre ces traîtres? Yen Tsiang-che n'a-t-il pas prétexté un ordre de votre Excellence pour anéantir ces trois familles? Le royaume de Ou ^, maintenant gouverné par le prince Koang ^Ê? est pour nous plus dangereux encore qu'auparavant ; aux frontières, il s'élève chaque jour des incidents du plus mauvais augure, qui pourraient facilement attirer la guerre avec nos voisins : dans un pays bouleversé comme le nôtre, vous courrez les plus grands dangers. Un homme sage écarte à tout prix les calomniateurs, pour avoir la paix; votre Excellence paraît au contraire les aimer et les favoriser; veut-elle donc se perdre? C'est commettre une erreur des plus graves !
Ayant entendu patiemment cette longue mercuriale, Tsetch'ang répondit; j'avoue ma faute, et je vais prendre les mesures nécessaires pour empêcher de nouveaux malheurs. En conséquence, à la 9^'"^ lune, au jour nommé i-wei 2L ^i Fei Ou-ki ^, ^ ^g et Yen Tsiang-che ,^[5 }||p gg étaient mis à mort avec toute leur famille. Dès lors, les délations cessèrent.
En 514 et 513, rien de spécial dans l'histoire.
En 512, Confucius écrit laconiquement: en hiver, à la 12^"^® lune, le roi de Ou anéantit la principauté de Siu ^^; le prince Tchang-yu "^ ^ s'enfuit à la cour de Tch'ou. Voici les détails fournis par Tsouo K'ieou-ming: Le nouveau roi de Ou ^, Holiu ^ M (l'ancien prince Koang y^), manda au prince de Siu de lui envoyer Yen-yu ^ g^, et au prince de Tchong-ou ^ ^ (1) de lui envoyer Tchou-yong :l^ J^, les deux frères du roi Leao jj{ massacré ; mais ces derniers prirent la fuite, et se rendirent au pays de Tch'ou. Tchao-wang leur assigna de grands fiefs ; il députa le grand officier T'ai-sin -jj^ t{j<, pour les recevoir à la frontière, et les conduire à Yang ^ (2), où ils devaient demeurer habituellement; il envoya en même temps le dignitaire Jan ^ avec Chen Yn-siu gt ^ J^i l'aide du ministre de la guerre, pour
•1) Tchon^-ou = c'est Sou-ts'ien bien 'fg îH JÏ^i qui est îi 100 li à l'est de sa préfecture Siu-tcheou fou ^ *)i\ jfif [Kiang-sou] ; l'endroit exact est Se-ou-tch'eng ^ 5 iSfei un peu au nord-ouest de la ville (g. Fa., vol. 1, p. 18,-22, p. p. 31. 33).
Siu = sa capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcheou fH ji] [Ngan-hoei] comme nous l'avons dit en tant d'endroits. Cette fois, elle est prise par le roi de Ou.
(2) Yang=était au nord-est rie Chen-k'ieou bien ^ £|5 j^î qui est à 110 li de sa préfecture Tch'en-tcheou fou ^ jHj /jï [Ho-nan] . Elle était à 120 li de Yng-tcheou fou |g W ^ (g. Fa. vol. 47, p. 41).
t'ortiUer cette ville; puis, comme le territoire n'était pas suffisant encore» il ordonna d'en prendre sur ceux de Tch'eng-fou jd| ^ et de Hou jj^ (t). On profitait de cette occasion pour préparer quelques incursions sur le royaume de Ou.
Tse si -^ 5» demi-frère de Tchao-wang, celui-là même qui vivait refusé la couronne, blâma cette entreprise: Ho-liu ^ jjjl, dil-il, est un prince très remarquable; il aime son peuple, il le soigne comme ses enfants; joies et tristesses, tout est commun; sous peu, il fera de ses sujets ce qu'il voudra; si à la frontière de Ou, vous vous montrez bienveillant, conciliant, nous aurons encore à redouter une invasion ; vous le narguez en exaltant ses ennemis, vous les placez juste à la frontière; vous excitez sa oolt^re^ chose que vous ne devriez pas faire ! Les rois de Ou descendent de la dynastie impériale Tcheou ^ ; T'ai-pé ^ fjQ et Tchong-yong fi[i ^, fils de T'ai-wang ;J^ ^, vinrent au rivage de la mer inférieure [méridionale?], et n'eurent plus de relations avec les autres princes de la famille Ki jg ; maintenant, les rois de Ou sont puissants; ils sont les égaux des Chinois; Ho-liu n'est inférieur à aucun de ses plus fameux ancêtres; nous ignorons si le ciel lui enverra des calamités, s'il morcellera son pays pour le donner à d'autres familles ; ou si au contraire, il le bénira, le rendra plus fort; bientôt nous saurons à quoi nous en tenir. Pourquoi ne pas laisser nos Esprits tutélaires en repos? Pourquoi ne pas laisser tranquilles les princes de notre famille, et attendre la tournure que prendront les événements? A quoi bon aller nous-mêmes au-dovant des malheurs? [Le prince continue sa longue semonce; nous en faisons grâce au. lecteur].
De fait, Ho-liu ^ j§[ était fort mécontent. En hiver, à la jOiNmu lune, il fit saisir le vicomte de Tchong-ou ^ JI ; puis il uUa((Utt la capitale de Siu ^; au lieu d'en faire le siège, il fît oh»lruer un torrent, et la submergea; au jour ki-mao Q ^, elle tomlmit en son pouvoir. Le prince Tchang-yu ^ ^ se tondit [rttHaV] la chevelure, et vint avec son épouse au-devant de Ho-liu. Celui-ci he montra clément, le consola, et lui laissa la liberté; il lui permit même d'avoir une suite d'officiers et de serviteurs ailier nombreuse. Malgré cela le prince s'enfuit aussitôt au pays de Tuh*ou; son petit état fut annexé au royaume du Ou.
Oheu Yn-siu iJC ^ & ^^^*^ accouru avec une armée ; mais il tUait trop tard, tout était fini ; il dut se contenter de fortifier la ville de I «^ (2), et d'en confier la garde au prince détrôné.
0) Hou — était A 2 H i)ord-oiiest de Yng- tcheou fou; c'est la partie nord de la ville ftotwt^Uw, (g, Kft., vol, 1, p. 17 — vol. 21, p. Z'i] — (Histoire de Yng-tcheou-fou, vol. 2, p. ^\).
(ii) t-t^\*at U mAme chose que Tch*eng-fou-tch'eiig i|£ ^ i|K' à 70 11 sud-est do Vo-toht^ou ^S /M [Nj;an-hooi] . Actuellement, c'est le bourg de Tch'eng-fou-tcheng (p. F»,, vol. U, Pv.âl) (k- Fa,, vol. 21, p. Cl) — (Histoire de Yng-tcheou fou, vol. 8, p. 2).
Après cette conquête, Ho-liu H M[« s'adressant ^a Ùigitif Ou Tse-siu fl£ -p 5 lui dit : il y a dix ans, vous proposiez d^ttsiquer le royaume de Tch"ou : je savais bien que c était faisable : mais je craignais que le roi Leao fg^ ne men chargeât: il eût encore profité d^une gloire qui m'eût été duc: c>st pourquoi je m^op« posai alors à votre dessein: maintenant, je veux le reprendre pour mon propre compte: comment faire pour y réussir?
Ou Tse-siu fiL -jF W répondit: dans le pa^^-s de Tch^ou, tout le monde veut gouverner: chacun a son idée: personne ne veut souffrir pour le bien public : organisez donc trois armées ; la première envahira le pays de Tch'ou : immédiatement on viendra la repousser: elle se retirera: les gens de Tch*ou s'en retourneront ; la seconde armée recommencera Tattaque, de la mt^me manière; puis la troisième: et cela, plusieurs fois de suite, et à des endroits différents; bientôt les gens de Tch*ou ne sauront où donner de la tète ; ils seront harassés : vos trois armées se présenteront alors en masse, avanceront avec vigueur jusqu'au cœur du pays ; le succès est assuré ! Ho-liu suivit ce plan ; alors commencèrent les malheurs de Tch'ou.
En 511, en automne, une armée de Ou ^ mettait le siège devant I |^, résidence du prince fugitif de Siu ^^ puis envahissait le territoire de Ts'ien f^ et de Lou ^, comme on s'y attendait, Chen Yn-siu ifc |9* j^ arriva au secours de ces deux villes ; aussitôt l'armée de Ou se retira ; le général de Tch*ou transféra les habitants de Ts^ien à Nan-kang ^ [33 (1)» puis il retourna à la capitale. A peine était-il rentré qu'une autre armée de Ou attaquait la ville de Hien ^ [2) ; Chen Yn-siu revenait aussitôt avec le général Ki ^, second aide du ministre de la guerre ; ils étaient arrivées à Yu-tchang ^ jjt (3) quand l'ai-mée de Ou se retira de nouveau ; les gens de Tch*ou s'en retournèrent de même. C'était bien le plan de Ou Tse-siu; encore quelques années, et il réussira.
En 510, le royaume de Ou -^ avait avec le pays de Yué j^
(1) Ts'ien = voyez un peu plus haut.
Lou= c'est Lou- ngan tcheou ^\ "5C >N| (Nf<an-lioei] Autrefoia petite principauti^; eUe avait été annexée en 62^, (g. Fa., vol. 20, p. 19) — (Histoire do Lou-ngan tcheou^
vol. 2. p. 3, et vol. 10, p. 20).
Nan-kang=dan8 le royaume de Tch'ou, mais on ignore en quel endroit.
(2) Hien--était à 45 li sud-ouest de Koang-tcheou ift W [Ho-nan) ; petite principauté annexée en O-^'k» (g. Fa., vol. 1, p. IG — vol. 50, p. 40).
(3. Yu-tchang=Ce territoire comprenait Ich villen actuelle» de Kieou-kiang Ùl, Chao-tcheou ^ ffl, Ngan-k'ing ^ 3E' Yng-tcheou |J j|H' Po-tcheou îW. Liu-tcheoii BL îW» Cheou-tcheou M ^+1' Koang-tcheou % TH et Hoangtcheou ^ jtl- Tout cela est marqué sous le nom dv. Yu-tchatig (Hoang-tHitig-king-
kiai 4 ^ ft f^» p. 15)-
sa première grande guerre; les gens de Tch*ou sont donc tranquilles de ce côté. De même, en 509.
En 508, la petite principauté de Tong ;|^ se révoltait contre Tchao-wang; on ne sait pour quel motif. Le roi de Ou, Ho-liu H JH conseillait-il cette rébellion % C'est probable ; car il en profita pour tendre un piège assez curieux ; 11 députa le prince de Chou-kieou ^j^ (1), autre petit vassal de Tch*ou ; vous exciterez Tohao-wang, lui dit-il, à m'attaquer, comme auteur de la révolte; moi, j'attaquerai les gens de Tong, comme si je voulais les punir de m'avoir attiré cette guerre ; Tchao-wang sera flatté ; il croira que j'ai peur de lui ; il ne prendra pas les précautions nécessaires ; une autre armée tombera à l'improviste sur lui ; il sera perdu. Le stratagème réussit à merveille. Le prince de Chou-kieou consentit à jouer son rôle de traître. En automne, Tse-tch'ang, premier ministre de Tch*ou^ arrivait au pays de Yutchang fjj^ 3jÈ, dont nous avons parlé plus haut; un des généraux de Ou ^ fît une démonstration navale contre la ville de Tong ; pendant ce temps, une autre armée, cachée à Tch'ao ^, se jetait tout-à-coup sur les gens de Tch'ou, et les mettait en pleine déroute ; après quoi elle prenait d'assaut la ville même de Tch'ao, dont le gouverneur Kong Tse-fan S* •? I8 ^^t fait «prisonnier, et emmené comme otage. Les deux chefs de cette expédition étaient Ou Tse-siu 15 -^ ^ et Suen-ou ^ ;gÇ.
En 507, le marquis de Ts^ai ^, nommé Tchao B3 (518-491), alla faire visite à la cour de Tch'ou; il était vêtu d'une magnifique robe de fine fourrure, avec un pendant de ceinture très précieux; il offrit à Tchao-wang une robe et un ornement semblables; celui-ci, pour montrer sa joie, voulut porter cette robe et cette ceinture, pendant le festin solennel donné en l'honneur du marquis. Le premier ministre Tse-tchang était jaloux ; il voulait que le marquis lui ofîrît son propre vêtement en cadeau ; celui-ci s'y refusait absolument ; pour se venger, Tse-tch*ang ne lui permit pas de partir, et le retint quasi prisonnier.
Le prince de T'ang Jgl (2), nommé Tch'eng jjj^, était dans le même cas ; il avait à son char deux magnifiques chevaux pommelés ; le premier ministre les désirait ; pour forcer le prince à les lui donner, il le retenait aussi à la ^îapitale. Ennuyés de cette situation, quelques officiers du prince lui demandèrent la permission de remplacer les gens de sa suite ; il le leur accorda
(1) Tong= était une minuscule principauté, au sud-ouest de celle de Chou-kieou ; ses princes étaient de la famille Yen |1|) (Kiang-yu-piao, vol. Jl? p. 18).
Chou-kieou= sa capitale était au sud-ouest de Chou-tch'eng bien ^ |K îK' <l«i est à 120 li sud-ouest de sa préfecture Liu-tcheou JK jfl| fff [Ngan-hoei] (g. F., vol. 26, p. 10).
(2) T*ang= se trouvait à 85 li à l'ouest de Té-ngan fou ^^ M [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 17) — (g. vol. 77, p. 34).
volontierci; ceux qui venaient d'arriver donnèrent un festin à ceux qui partaient; quand ceux-ci furent bien enivrés, les nouveaux venus allèrent prendre les deux chevaux et les offrirent à Tsetoh*ang, qui permit au prince de partir. Quant on fut de retour, les ofQoiers se livrèrent eux-mêmes au ministre de la justice, en disant: notre prince tenait vraiment trop h son attelage; et pour cela il se nuisait à lui-même, et à tout le pays; nous nous offrons à aider les éleveurs de chevaux à s'en procurer d'aussi beaux, pour remplacer ceux que nous avons donnés. Mais le prince leur fit répondre: moi, homme de peu de valeur, j'ai eu tort; que vos seigneuries ne se mettent pas en peine de me trouver un attelage semblable!
Quand les gens de Ts'ai ^ eurent appris ce fait, ils insisté^ rent pour que le marquis cédât son vêtement ; celui'Ci finit par y consentir, bien à regret ; alors la suite du prince alla présenter ses respects au premier minisire; Tse-toh'ang feignant d'être en colère, dit au principal officier: si votre maître a été retenu si longtemps, c'est qu'il n*a pas encore offert les cadeaux d'usage ; si demain ils ne sont pas apportés, je vous fais mettre à mort! Tout le monde comprit la comédie ; on se mit tranquillement en route. Mais le marquis était furieux d'avoir été ainsi traité; en passant le fleuve Han ]g|, il jeta un jade dans l'eau en s'écriant; B\ jamais je repasse ce fleuve, pour aller à celte maudite cour de Tch*ou, que tous les malheurs fondent sur moi! Je prends le génie de cette rivière à témoin! De fait, il se rendit incontinent à la cour de Tsin §, y laissa son flls Yuen yt et les fils de ses grands officiers en otages, et pria le roi de déclarer la guerre au pays de Tch'ou.
En 506, à la 3ènie iqne, il y eut à Tchao-ling g M (3) une réunion de dix huit princes, fait unique à cette époque; bien plus, c'est Lieou Wen-kong il) 5C S»» représentant de l'empereur, qui eut la présidence. Comment donc s'était opéré ce revirement de fortune? Il était dû à Lieou-kiuen ^\ ^ [ou Lieou-fen |[|j jjj^], ministre de l'empereur, qui, après avoir apaisé les troubles dont nous avons parlé en 516, avait su relever le prestige de l'autorité impériale, au moins pour un moment.
Le but de cette imposante assemblée, c'était d'aviser aux moyens d'anéantir le royaume de Tch'ou et de le partager entre les congressistes; la haine était si générale, et l'on était si sûr du succès, qu'on avait choisi pour lieu de réunion une ville de ce royaume. Un des plus ardents à prêcher la guerre, était le prince de Ts*ai, comme on le pense bien ; mais il ne réussit pas au gré de ses désirs; Siun-yng ^ ^, ministre de Tsin §, voulait aussi des présents; comme le marquis les lui refusait, il persuada au
' (8) TcbaO'Ung^ était à 45 li à l'est 46 Y^R-tcb'eng hien Q! jtjfi JRi qui dépend de Hiu-tcheou ffif JH [liou-nan] (p. Fa., vol. 13, p. 69) — (g, vol. 47| p. 47).
roi de Tsin de s'opposer à la guerre; ce premier échec fut bientôt suivi d'un second:
Le prince de Chen ffQ ne s'étant pas rendu à l'assemblée générale, le roi de Tsin ^ donna mission de le punir au marquis de Ts'ai, son voisin; celui-ci enchanté de cette bonne occasion, assiégea la capitale, la prit, et s'annexa cette petite principauté. Mais, en automne, une armée de Tch^ou venait le punir à son tour, et assiégeait sa capitale. Le roi de Tsin le laissa dans l'embarras, sans venir à son secours.
Le marquis, ainsi abandonné, se tourna vers le roi de Ou ^; il lui amena son fils Kien ^ et les fils de ses grands ofHciers, en otages ; il fît avec lui un traité d'alliance offensive et défensive; c'est ainsi qu'il attira de grandes calamités sur le royaume de Tch'ou, comme nous allons le raconter :
Ou Tse-siu H 'f W^ ^^ fugitif, était devenu ministre des affaires étrangères [hing jen fj A]; il avait la confiance du roi Ho-liu PQ jt ; en cette qualité, il cherchait partout des auxiliaires pour la campagne qui se préparait. Il était aidé dans ce dessein par un grand dignitaire [ta-tsai ^^], nommé Pé-p'i fg §g, fugitif comme lui, et animé du même désir de vengeance. Ce dernier était petit-fils du fameux Pé Tcheou-li f|â ÏA î^» ^^^^ nous avons tant parlé autrefois ; en 515, à la mort de K4o-yuen :g^ jg, il avait dû s'exiler avec toute la famille P4 |J. Ces deux hommes vont faire un grand mal à leur pays.
Vers la fin de cette année 506, l'armée de Ou ^ se mettait en marche, secondée dans cette campagne par les troupes de Ts'ai ^ et de T'ang Jg^, dont les princes avaient été maltraités par le premier ministre Tse-tch'ang ^ ^. D'abord on remonta en barque le fleuve Hoai f^ ; quand on fut à Hoai-joei fH J^ (1), on mit pied à terre, et l'on se dirigea vers l'ouest, en suivant le bord de la rivière ; on passa sans encombre trois défilés dangereux, et Ton arriva à Pé-kiu f^f ^ (2) ; c'était une route de six cents li accomplie^ sans avoir rencontré l'ennemi. On fit cent li, de la même manière ; c'est seulement sur les bords du fleuve Han ^ (3) qu'on trouva enfin l'armée de Tch'ou, au cœur du pays pour ainsi dire,
(1) Hoai-joei = c'est Cheou-tcheou *§ 2Ni [Ngan-hoei]. Ce territoire faisait partie de la région appelée Yu-tchang, comme nous venons de le dire.
Chen=il s'agit de Chen-kieou, dont nous avons parlé tant de fois.
(2) Pé-kiu= c'est Ma-tch'eng bien M ÎR -^» dont la préfecture est Hoangtcheon fou K yH Ht [Hou-pé] . — La rivière Kiu ^ est à l'est de la ville ; elle a sa source dans la haute et abrupte montagne de Koei-fong-chan ift Pqp Ui i à 60 li a Test de Ma-tch*eng. A 30 li nord-est de cette même ville, se trouve la montagne Pé-tsechan tt •? lU (p. Fa., vol 21, p. 10) — (g. vol. 76, p, p7).
(3) C'est-à-dire jusqu'à Han-k*eou l8| P î ville bien connue maintenant des Européens, à l'endroit même où le fleuve Han se jette dans le Yang-tse-kiang.
D'abord on se contenta de se surveiller de part et d*autre ; les gens de Ou ^, à Test du fleuve, les gens de Tch'ou à Touest ; qui passerait le premier ? Siu J^, le brave gouverneur de Chen j^, et aide du ministre de la guerre, s'adressant à Tse-tch^ang •^^, lui proposa un plan excellent: Restez ici, lui dit-il : suivez les mouvements de l'ennemi, qu'il monte ou qu'il descende : empêchez le de passer la rivière ; moi, je vais conduire l'armée de Fang-tch'eng ')j j^ détruire la flotte de Ou ; ensuite je reviendrai occuper les défilés de Ta-soei ^ ^, Tche-yuen ^ Hî et Ming-ngo S JPS {^5 alors vous franchirez le fleuve : vous prendrez Tennemi par devant, moi par derrière : 1^ victoire est certaine. Tse-tch*ang fut enchanté de Texécuter, et le brave Siu partit aussitôt.
Mais ce projet fut contrecarré par les autres généraux : Hé Ift, gouverneur de Ou-tch'eng HCidK^)' ^^^ ^ son tour à Tse-tch*ang:
(1) Siu, gouverneur de Chen, proposait donc d'aller, avec une faible escorte, chercher la garnison de la forterese Fang-tch'eng ; d'aller ensuite détruire la flotte qui avait amené l'armée de Ou, et qu'on avait laissée à Hoai-joei; puis de revenir par le chemin suivi par cette même armée ; d'occuper fortement les trois défilés par où elle était venue ; de lui couper ainsi la retraite de toute manière. Ce plan suppose un homme de grande énergie, et un habile capitaine : s'il n'avait pas été stupidement contrecarré, les troupes de Ou eussent été anéanties avec leurs auxiliaires.
Les trois défilés dont il s'agit sont dans la préfecture de Jou-niug fou W ^h Iw [Ho-nan] .
1**) Ta-soei = appelé encore Ou yaug-koau Hp P§ BBi ou encore Fong-chan-koau
S lu W=estàl501i sud-est de Sin yang tcheou ^ ^ Jfr|» Vers le sud-ouest, il
conduit à Yu-chan bien ^ |ll ^ » dans la préfecture de Té-ugan fou S 3C ffif
[Hou-pé], à une distance de 130 li. . C'est le moins dangereux de tous; il porte encore le
nom de Ta-sai-ling ^ ^ "B*
2°) Tche-yuen = appelé encore Hoang-hien-koau ^ Pl^ wit bu Pé-j'en-koau H ^ K) ou Kieou-li-koau TL S Hl=est à 901i au sud de Sin-yang tcheou. Au sud, il conduit aussi a Yng-chan bien, avec 90 li de distance.
3") Men-ngo = est à 90 li sud-est de Sin-yang tcheou. Au sud, il conduit aussi à Yng-chan bien, 65 li. Ce défilé s'appelle encore P*ing-tsing-koan ^ ^ M ) taillé de main d'homme dans le roc, il est si étroit, si dangereux par lui-même, qu'il n'a pas besoin de fortifications (p. Fa., vol. 11, p. p. 8 et suiv). — (g. vol. îfî, p. p. 42 suiv. où sont tous les détails désirables) — (Histoire du Ho-nan. vol. 6, p. p. 42 et suiv). Ces gorges de défilés sont à Test du grand massif Hoai-chan \% [Ij » dont nous avons parlé au début de cette histoire, lors des entreprises du roi Ou-wang ÎpÇ i contre le marquisat de Soei HB« Ils s'appellent du nom commun Tch'eng-k'eou ^ M? ils ont environ 200 li de longueur dans les montagnes.
L'armée de Ou avait d'abord marché vers le nord, pour déguiser son intention; elle s'était ensuite dirigée vers l'ouest, poin- s'unir aux troupes de Ts'ai ^ î les gens de Tch*ou s'attendaient à une invasion par le sud ; ils n'avaient point songé que l'ennemi pût faire un si énorme détour; ils n'avaient point gardé les défilés en question; combien ils devaient s'en repentir !
(2) Ou-tch*eng=Il y a bien des villes de ce nom: celle-ci était jI 25 li nord-est de Sin-yang tcheou ^ ^ 9\ {V Fa-» vol. 50, p. 34).
les àfmes [les boucliers?] de Ou sont en bois, les nôtres en cuir; nous ne pouvons pas rester plus longtemps ici, par cette saison; il vaudrait mieux livrer bataille tout de suite.— Le grand officier Che-hoang ^ ^ ajouta : le peuple vous déteste, et il aime votre rival Siu; si celui-ci réussit dans son dessein, la victoire lui sera attribuée, votre seigneurie n'aura que la honte ; hâtons-nôus donc de livrer bataille !
Emu par ce discours, Tse-tch'ang passa le fleuve et disposa son armée en ordre de bataille entre les deux montagnes Siao-pié >J^ ^J et Ta-pié -^ ^0 (1) ; il engagea successivement trois combats, Sans pouvoir entamer les troupes de Ou ; cet échec le découragea ; il parla même de s'enfuir. Che-hoang lui dit: en temps de paix, vous ambitionniez la première dignité du royaume: maintenant dans TembarraS, vous voulez fuir! Où pourriez-vous aller ? Il faut saXTbir mourir, et réparer ainsi vos torts passés !
A la llème lune, au jour nommé keng-ou j^ ^, les deux armées se livrèrent une bataille décisive à Pé-kiu ;|^ Çt, c'est-àdire entre la montagne Pé-tse-chan ifô "P lll (2) et la rivière Kiu j^. Le matin même, Fou-kai ^ §| dit au roi Ho-liu son frère: le premier ministre de Tch*ou manque d'humanité; aucun de ses inférieurs ne voudra affronter la mort pour lui ;• laissez moi le premier l'attaquer ; ses soldats s'enfuiront certainement ; notre armée se jettera alors sur eux ; notre victoire sera complète. Ho-liu n'approuva pas ce conseil. Fou-kai dit alors à ses amis : il y a un proverbe ancien ainsi conçu : que l'inférieur examine les circonstances (favorables), et agisse ensuite, sans attendre Tordre du supérieur ; c'est notre cas ! Que je meure aujourd'hui, nos troupes entreront dans la capitale de Tch'ou! Sur ce, il conduisit ses cinq mille hommes au combat ; les soldats de Tse-tch'ang prirent la fuite; les troupes de Tch'ou se débandèrent ; l'armée de Ou les poursuivit» et les tailla en pièces ; Che-hoang périt sur le champ de bataille ; Tse-tch'ang alla se réfugier chez le prince de Tcheng ^. —
Ârrivèu «Ur les bords de la rivière Tsing-ia jg g (3), les
(1) Ta-pié-chan= était autrefois à l'est de fleuve Han; en 1465, sous la dynastie Ming ^ î on a détourne le cours de cette rivière ; maintenant la montagne est à l'ouest; elle est à un demi li nord-est de Han-yang fou ^ m M [Hou-pé] .
Siao-pié-chan=est à 10 li au sud de Han-tcheou bien ^ )\\ J||î qui est à iCOli nord-ouest de sa préfecture Han-yang fou. Il y a environ 150 li entre les deux montagnes. (Ta-pié-chan-tcbe :h M lU îê^ vol. 1, p. p. 6 à 17, édition de 1874) (p. Fa., vol. 21, p. p. 5 et suiv.). --=- La monographie sur ces 2 montagnes a pour auteur Hou Hong-lan B8 Mt #J appelé aussi Yué-ts'iao >^ ti* —
(2) Pé-tse-chan = Voyez un peu plus haut, îl la note Pé-kin.
(3) Tsing-fa= cette rivière, appelée aussi Yuen-choei ÎM >4^» est au nord-ouest de Té-ngan fou ^ ^ )^ [Hou-pé] ; elle a sa source dans la montagne chan X si lli [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 16) — (g. vol. 77, p. 28).
gens de Ou voulaient de nouveau livrer combat; Fou-kai leur dit: une bête fauve poussée à bout se retourne contre ses agresseurs; si Tarmée de Tch'ou voit qu'il n'y a plus qu'à mourir, elle se battra à outrance, et nous vaincra peut-être: si l'avant-garde peut passer la rivière, l'arrière-garde la suivra; attendons que la moitié des troupes soit de l'autre côté, ce sera le bon moment pour Tattaque. Ainsi fut fait, et Ton remporta encore une grande victoire. L'armée de Tch'ou était occupée à préparer son repas, quand on se jeta sur elle; après la bataille, les gens de Ou trouvèrent donc leur diner tout prêt; ils s'en régalèrent au plus vite, et se remirent à poursuivre les fuyards ; ils les atteignirent à Yong-che ^ "(^ (1), les anéantirent complètement, et marchèrent droit sur la capitale.
Au lieu d'en faire le siège, les gens de Ou employèrent un autre stratagème; ils détournèrent la rivière Tchang }^, la firent passer près de Ki-nan ^ ^, et la conduisirent dans le lac Tch'e-hou ^ jj^ (2). Quand les eaux furent assez hautes, ils les lâchèrent sur les remparts de la capitale; ceux-ci, qui n'étaient probablement qu'en terre battue, ne tardèrent pas à s'écrouler (3).
A la llème lune, au jour appelé ki-mao g, ^, Tchao-wang quittait la ville, emmenant sa plus jeune sœur Ki-mi Pi-ngo ^^ J^ ^ (4), et le censeur Kou g|. Avant de partir, il avait essayé un moyen de défense désespéré ; il avait un certain nombre d'éléphants daus son palais ; il ordonna de les conduire hors des remparts, de leur suspendre des torches allumées sous la queue, et de les lancer sur l'armée de Ou ; (5) mais ce fut inutile.
(1) Yong-che = cette rivière coule 80 li sud-ouest de King-chan hien ^^ \i\ j^i dont la préfecture est Ngan-lou fou ^ |§g /JJ [Hou-pé] ; elle a sa source dans la montagne Mouo-che-chan © ^ [il » qui est à 70 li plus à l'ouest (p. Fa., vol. 20, p. 14) — (g. vol. 77, p. 8).
(2) Tch*e-liou=ce lac est à 15 li nord-ouest de King-tcheou fou TpJ jWl /JJ [Houpé] (loco citato).
La rivière Tchang=a sa source dans la sous-préfecture Nan-tchang hien ^ iffC JP|) dont la préfecture est Siang-yang fou ^ feg /Jj [Hou-pé] (p. Fa., vol 20, p. 7) — (g. vol. 77, p. 16).
(3) (g. Fa., vol. 78, p. 8, citant l'histoire de King-tcheou fou, l'ancienne capitale de Tch'ou).
(4) Dans sa fuite, Tchao-wang traversa d'abord la rivière Soei Jffej à 1 li au nord de Tan-yang hien s IW -^ ' 0.^^ 6st à 120 li à l'ouest de sa préfecture King-men tcheou ^ P^ W (p. Fa., vol. 77. p. 10).
Quelques auteurs croient que Tchao-wang emmenait deux sœurs, dont l'une s'appelait Ba-mi ^ -^-^î et l'autre Pi-ngo 7ï* ^» L'ancien historien Fou-k'ien ^R ^î affirme cependant que c'est une seule personne, dont le surnom serait Ki-mi.
(5) On avait donc en Chine, à cette époque, des éléphants de querre. Aux Indes (et en Indo-Chine probablement), l'usage en est très ancien. A l'ouest de l'Indus, la première apparition de ces éléphants remonte îl-l'an 331 avant Jésus-Christ.
Au jour nommé keng-tch'en j^ g, les geps de Ou entraient dans la capitale, et prenaient possession des palais abandonnés. Chacun voulait avoir le plus beau ; c'est ainsi que Tse-chan ^ llj, fils du roi Ho-liu, prit celui du premier ministre; mais Foukai ^ g|, frère du même roi, le pria de le lui céder, sinon il allait Ten déloger à main armée.
Pendant ce temps, que devenait Siu J^, gouverneur de Chen Jfc, ce brave général qui avait conçu un plan si magnifique pour anéantir Tarmée de Ou? Il était parvenu à Si ,g, (1), quand lui arriva la nouvelle des premiers désastres ; aussitôt il rebroussa chemin, et vint attaquer l'ennemi sur les bords de la rivière Yong-che ^\^; il remporta la victoire, mais il fut blessé luimême. Ayant été autrefois ofïicier de Ho-liu, il avait honte de tomljer entre ses mains, vivant ou rtiort; il demanda donc à son entourage: qui peut sauver ma tête? Kiu;pei ^^ J^, comme lui transfuge de Ou, répondit: moi, homme de rien, puis-je être agréé de vous? — Très bien! répliqua Siu: je ne te savais pas si courageux; j'accepte ton offre! Sur ce, il livra encore deux batailles, et fut deux fois blessé; à la fin, il s-écria: c'est fini, je meurs ! et il expira. Kiu-pei étendit son vêtement à terre ; il coupa la tête du général, l'enveloppa avec soin et l'emporta ; quant au cadavre, il le cacha si bien que les gens de Ou ne purent le retrouver.
Tchao-wang, dans sa fuite, avait d'abord traversé la rivière Soei Bfl; puis, se dirigeant vers l'ouest^ avait encore traversé le fleuve Kiang ^1 (2)» à 180 li de sa capitale; il errait dans les broussailles de Yun-tchong ^4* (^)» ^® sachant que devenir^
(Voyez le dictionnaire des antiquités grecques et romaines, de Hachette, à l'article « elephas ».
(1) Si=était a 301i ail nord de Si-bien M* /S' qui est à 90 li nord-ouest de sa préfecture Koang-tcheou "Tu îHj [Hou-pé] ; c'était la capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le toi de Tch'ou (p. Fa., vol. 12, p. 58).
(2) Voilîl une version sur le chemin parcouru par Tchao-wang ; car le texte dit qu'il traversa le Kiang flC î ce qui, dans le sens obvie, signifie le Yang-tse-kiang; et de fait, sur la rive sud de ce fleuve, il y avait et il y a peut-être encore beaucoup de broussailles. Il aurait donc erré à l'aventure, ne sachant où se retirer; tandis que les ressources de sa puissance étaient au nord; à la fin, il s'y rendit, et c'est de ce côté que lui vint le salut.
D'autres tranchent le nœud de la question, en disant que Kiang jï j signifie le le fleuve Han ^i qui en effet, à cause de ses masses d'eau, est aussi quelquefois nommé Kiang.
(3) Yun-tchong= est aussi expliqué Yun-mong^ ^, bas-fonds, marais et broussailles, qui se trouvent à 50 li au sud de Té-ngan fou ^ "3? Jjï [JHou-pé] ; cette dernière ville est à 40 li à l'est de la rivière Tchang PfL • C'est l'opinion la plus naturelle ; c'est celle de la grande géographie, vol. 77, p. 28).
n'osant se retirer dans quelque forteresse, dans la crainte d*y attirer l'armée de Ou.
Un soir, pendant son sommeil, des brigands vinrent l'attaquer; il reçut un coup de lance ; un second coup allait Tachever, si le prince Yeou-yu ^ -^ ne l'eût couvert de son corps ; celui-ci fut blessé derrière Tépaule, et tomba évanoui.
Tchao-wang ayant échappé à ce péril se réfugia dans le pays de Yun ^jj (1). L'officier Tchong-kien ^ ^ portait la princesse Ki-mi ^ ^ sur ses épaules ; le prince Yeou-yu ayant recouvré ses sens, suivait lentement par derrière.
Nouveau danger: le gouverneur s'appelait Teou-sin |^ ^; son frère Hoai ^ lui dit: le roi P'ing ^ a tué notre père; moi, je veux tuer son fils; n'est-ce pas juste? — Non, répondit Sin ; quand le roi met à mort un de ses officiers, qui peut vouloir s'en venger? Ses ordres sont ceux du ciel même! Le livre des vers nous donne un bon conseil en ces termes : je ne dévore pas ce qui est tendre, et ne rejette pas de ma bouche ce qui est dur; je n'opprime pas les veufs ou les veuves, et je ne crains pas de résister aux puissants et aux violents (2). Seul un homme de vertu peut agir ainsi. Eviter les forts et se venger des faibles est de la lâcheté; profiter de. l'embarras d'un homme. pour lui nuire, c'est de la barbarie ; causer la mort de toute notre famille, et faire cesser les sacrifices des ancêtres, c'est de l'impiété ; commettre un tel forfait serait donc une folie ! Si tu veux absolument exécuter ce crime, moi-même je vais te tuer!
Teou-sin avec un autre frère plus humain, nommé Tch'ao ^^ accompagna le roi jusqu'à Soei ^ ; là, le péril devint extrême : L'armée de Ou était sur la piste de Tchao-wang ; bientôt elle arrivait à cette même ville de Soei, et y faisait des perquisitions. Les gens de Ou disaient aux habitants : toutes les principautés de notre antique dynastie Tcheou ^, autour du fleuve Han ^, ont été anéanties par les rois de Tch'ou ; le ciel nous a poussés à punir un de ces tyrans, et vous voulez le cacher! Quel crime notre maison de Tcheou a-t-elle donc commis envers vous? Si vous nous aidez à venger l'honneur de notre famille, vos bienfaits remonteront jusqu'à notre roi, et accompliront les desseins du ciel. Si votre prince nous fait cette amitié, les territoires du bassin de la Han -^ lui seront donnés en fief.
Tchao-wang se trouvait alors dans la partie nord du palais ; les gens de Ou dans la partie sud. Tse-k4 ^ ^, demi- frère de Tchao-wang, fils d'une concubine [du roi P*ing 2j5, lui ressemblait beaucoup; il lui copseillait de s'enfuir au plus vite, tandis que lui-même feindrait d'être le roi, se livrerait aux gens de Ou,
(1) Yun -capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le roi de Tch'ou 'est Té-ngan fou ^ ^ )^ [Hou-pé] (p. Fa., vol. 31, p. 16) — (g. vol. 77, p, 26).
(2) (Zottoli, III, p. 229) - (Couvreur, p. 491).
et conjurerait ainsi le péril. On consulta les sorts, pour savoir si ce parti était bon ; la réponse fut négative ; on n'y donna pas suite. Les gens de Soei dirent à ceux de Ou : notre minuscule principauté est voisine de Tch'ou ; jusqu'ici les rois de ce pays nous ont laissé notre indépendance ; nous avons ensemble des traités d'amitié qui n'ont jamais été violés; si maintenant nous trahissions Tchao-wang dans son malheur, quelle confiance auriezvous en nous? puis, votre embarras ne cesserait pas par la prise d'un seul homme ! Si vous soumettez à votre domination le royaume de Tch'ou tout entier, notre humble prince oserait-il ne pas vous obéir? — 'Sur ce, les gens de Ou se retirèrent.
L'officier Louo Kin-tch'ou fH^ :fj était aux ordres du prince Tse-k'i ; c'est lui qui avait suggéré cette réponse aux habitants de Soei ; Tchao-wang l'appela pour le récompenser ; celui-ci refusa : jamais, dit-il, je n'oserai tirer avantage de ce faible service; d'ailleurs, ma langue seule en a tout le mérite. Tchaowang fut grandement réjoui de cette réponse ; il tira un peu de sang de la poitrine de Tse-k'i pour signer un traité d'alliance avec le prince de Soei.
Le lecteur n'a pas oublié le fameux Ou Tse-siu iS. ^ ^; cette campagne contre le royaume de Tch'ou, sa patrie, était vraiment son ouvrage, le fruit de sa vengeance ; il était à la tète de l'armée. Après avoir pris la capitale, il chercha à s'emparer de Tchao-wang ; ne pouvant y réussir il tourna sa rage contre le roi P'ing ^ ; il fit démolir son tombeau, retirer son cadavre ; du pied gauche il lui frappa sur le ventre : de sa main il lui arracha les yeux et lui fit donner trois cents coups de fouet; après quoi il lui coupa la tète, en lui criant: qui donc l'a conseillé d'écouter les calomnies, et de tuer mon père et mon frère aîné? .N'était-ce pas une injustice révoltant^?
^ C'est ainsi que le fait est raconté par Se Ma-ts'ien (1). D'après son texte, on supposerait que le tombeau était dans les environs de la capitale; or, l'histoire de la province du Ho-nan, vol. 19, p. 19, le place au nord de Ou-yang bien ^ ^ ^, qui est à 170 li nord-est de sa préfecture Nan-yang fou ^ ^ J^- Etait-il là dès le commencement? Y a-t-il été transféré plus tard, quand on fit les réparations d'honneur pour l'injure qu'il avait reçue? Je n'en sais rien. L'acte sauvage de Ou Tse-siu est admis par tous le historiens ; il n'y a que de faibles divergences ; ainsi, Liu Pou-wei g JJi :^, dans son recueil intitulé Tch*oen-ts*ieou $ ^, et le fameux philosophe Hoai Nan-tse fH ^ ^, disent que Ip cercueil fut seulement fouetté, non le cadavre (2).
(1) (Se Ma-ts'ien, histoire, de Ou Tse-siu) — (Kai-yu-ts'ong-k'ao ^ ^ J», ^ vol. 39, p. 6).
(2) Liul'ou-wei' Q ^ ^ï Tch'oen-ts'ieou ^ $\> vol. 14, p. 11.
Hoai Nan-tse iH to *T^' ^ol. 20, p. 15. Pour le reste, ces deux auteurs donnent les mêmes détails.
Tchao4 j^ %, dans son recueil Kâi-yu-ts'ong*k*ao |îj f^^^ ^, vol. 39, p. 6, rapporte uii fait analogue des temps postérieurs, où l'on brûla les ossements, on délaya la cendre dans l'eau, et on l'avala avec rage.
Si le roi P'ing a été primitivement enterré au nord de Ouyang hieti, la vengeance de Ou Tse-siu n'a dû avoir lieu qu'à son expédition contre la principauté de Tcheng HjS. Quant à celleci, voici ce qu'on raconte de lui : Eii 523, il avait fui avec le prince Kien ^, fils aîné du roi P'ing^ comme nous Tavons dit plus haut ; ils avaient cru trouver asile à la cour de Tcheng; ils furent grandement déçus ; Kien y fut massacré, et Ou Tse^siu mis en prison, d'où il parvint à s'échapper. On comprend qu'après avoir pris la capitale de Tch'ou, il songeât à punir le prince de Tcheng ; il se présenta bientôt en effet, à la tête de son armée ; le prince de Tcheng était dans les transes; il alla jusqu'à publier l'édit suivant : quiconque sera capable de détourner de nous Tarmée de Ou, partagera le trône avec moi ! Un jeune pêcheur se présenta et dit: je m'en charge, et n'aurai besoin ni de soldats, ni de provisions de guerre ; je n'ai besoin que d'une petite barque, sur laquelle en ramant je chanterai mon refrain. Quand donc Ou Tse-siu arriva avec Ses troupes, le jeune homme se mit à ramer en frappant la mesure, et chanta la chanson intitulée Lou*tchong-jen i^f tf« A- c'est-à-dire «l'homme au milieu des roseaux» ; il continua jusqu'à ce qu'il eût attiré l'attention de Ou Tse-siu. Ce refrain qui réveillait ses anciens souvenirs lui causa une vive émotion ; il s'écria : qui chante ces paroles ? On lui amena le jeune homme: Qui es-tu? lui dit-il. Je suis le fils du -pêcheur qui vous a salivé la vie; notre prince a promis la moitié dé la principauté à celui qui détournerait de lui l'armée de Ou ; mon père a autrefois sauvé votre Excellence ; en retour, je vous demande la principauté de Tcheng. — Hélas ! dit en soupirant Ou Tse-siu, oui, j'ai reçu de ton père un grand bienfait; c'est grâce à lui que je suis devenu ce que je suis maintenant ; par le ciel bleu, je ne puis être ingrat ! — Sur ce, il ramena l'armée dans le pays de Tch'ou, et se remit à la poursuite de Tchao-wang.
Cette historiette si poétique a-t-elle été inventée? C'est possible ; en tout cas^ c'est un trait tout chinis ; ce peuple s'attendrit quelquefois d'une manière inattendue, au milieu de sa colère, dès qu'on évoque le souvenir de ses parents, d'un bienfait signalé resté dans la mémoire, ou de circonstances réputées sacrosaintes.
Reprenons maintenant la suite de notre récit: Non seulement Ou Tse-siu ne parvint pas à prendre Tchao-wang, mais il dut encore se retirer^ et retourner dans le royaume de Ou, après avoir perdu ses conquêtes ; et, ce qui est plus curieux, c'est un ancien ami qui lui infligea ce désastre.
Autrefois, Ou Tse-siu avait été lié d'amitié avec un certain
sage, nommé Chen Pao-siu, seigneur de Tch'ou ; en 523, partant polir l'exil, il avait dit a cet ami: certainement je me vengerai! Le sage lui avait répondu ; si tel est votre dessein, appliquez-vous y tout entier ; car si vous êtes capable d'anéantir notre pays, je suis capable de le relever !
Au moment où nous parlons, Chen Pao-siu était retiré dans les montagnes ; de là, il envoya ce message à Ou Tse-siu : Votre vengeance n'est-elle pas excessive? Vous avez été officier du roi P*ing Zp ; vous avez tourné votre visage vers lui ; vous l'avez honoré comme majesté royale ; aujourd'hui^ vous insultez son cadavre dans le tombeau ; est-il permis d'aller jusqu'à ce point ?
Ou Tse-siu lui lit répondre : je salue atîectueusement Chen Pao-siu: mais le soleil va se coucher, le chemin est encore long, il faut donc aller vite, même en se résignant à offenser un ancien ami et bienfaiteur !
Chen Pao-siu comprit qu'il n'obtiendrait rien de ce côté ; il résolut de s'adresser au roi de Ts'in ^, l'oncle maternel de son prince ; il voyagea jour et nuit, au point que ses pieds étaient tout enflés et couverts de plaies ; alors il déchirait sa robe, enveloppait ses jambes, et réprenait sa route. Arrivé au palais de Ts'in, il se prosterna à terre, implorant une armée de secours ; le roi de Ou, disait-il, semblable à un gros sanglier, à un énorme serpent, dévore tous les états, même chinois; sa tyrannie s'exerce d'abord sur notre pays, au point que notre humble roi a dû s'enfuir dans des régions inhabitées ; il m'a envoyé, moi son serviteur, pour vous exprimer sa détresse. L'appétit de ces sauvages de Ou, vous dit-il, est insatiable; si par la conquête de notre royaume ils deviennent vos voisins, vous aurez bientôt des malheurs à votre frontière ; profitez du temps où ils n'ont pas encore établi solidement leur domination, pour prendre une partie de notre pays; si le royaume de Tch*ou doit périr, ces terres seront à vous; si par votre puissant secours, vous nous faites miséricorde et nous relevez, de génération en génération, nous serons vos fidèles serviteurs !
Le. roi Ngai-kong ^ ^ (536-501) était un buveur, et ne s'occupait guère de son gouvernement; il finit cependant par envoyer un officier dire à Chen Pao-siu : notre humble roi connaît maintenent vos ordres; il va prendre conseil et vous donner sa réponse; allez vous reposer à l'hôtellerie !
Chen Pao-siu répliqua: notre humble roi demeure dans les régions sauvages, et n'a pas où s'abriter; comment votre infime serviteur oserait-il prendre du repos? Il restait donc appuyé contre le mur de la salle et pleurait à chaudes larmes, n'acceptant ni nourriture, ni boisson ; tantôt il se lamentait, tantôt il chantait sa complainte; il persévéra ainsi sept jours. Le roi Ngai était très impressionné: le royaume de Tch'ou, disait-il, a de tels
sages ; et malgré cela le roi de Ou a pu s'en emparer ! Notre pays, qui n'a pas un tel homme, pourrait-il lui résister ? Nos jours sont comptés ! Il vint lui-même devant Chen Pao-siu, et chanta l'ode «Direz- vous que vous n'avez pas de vêtements? Je partagerai avec vous mes tuniques ouatées ! Le roi va conduire ses troupes en campagne; je prépare mes lances; vos ennemis seront les miens ! » (1) Chen Pao-siu frappa neuf fois la terre de son front, et consentit ennn à s'asseoir (2) ; on organisa aussitôt une armée.
En 503, pendant que les troupes de Ts*in ^ se rendaient au pays de Tch'ou^ le roi de Yué, de son côté, envahissait celui de Ou; il n'avait nullement l'intention de porter ainsi secours à Tchao-wang; il agissait pour son compte, et dans son propre intérêt ; voyant son voisin occupé dans une grande guerre dans une contrée lointaine, il crut trouver une magnifique occasion de s'emparer de ses états ; il se jeta dessus à la façon des brigands ; c'était une heureuse conjoncture pour le pauvre Tchaowang.
Chen Pao-siu arriva à la 6^"^^ lune, avec ses cinq cents chars de guerre, c'est-à-dire environ trente sept mille cinq cents hommes, commandés par les deux généraux Tse-p*ou ^ ^ et Tseh*ou ^ J^. Ceux-ci dirent à Chen Pao-siu: nous ne connaissons pas la tactique des gens de Ou ; mettez les soldats de Tch'ou h l'avant-garde ; les nôtres les suivront. C'était une mesure prudente. Chen Pao-siu partit sur-le-champ, réunit toutes les troupes qu'il put trouver, et rejoignit les auxiliaires à Tsi ^; ensemble ils marchèrent à la rencontre de Fou-kai ^ H, frère du roi de Ou, et le battirent à I î)f (3).
A la bataille de Pé-kiu >fè ^, les gens de Ou avaient fait prisonnier Wei-che ]^ Ijf, grand officier de Tch'ou ; son fils étant parvenu à rassembler les fuyards, suivit l'armée du prince Tse-si •? "Bî demi-frère du roi; ensemble ile vainquirent les troupes de Ou, à Kiun-siang Ç îj^ (4).
(1) (Zottoli, III, p. 101, ode 133)— (Couvreur, p. 142).
(2) Kou Yen-ou ^ ^ ^i dar.s son recueil intitulé Je-tche-lou ^ ^j vol. 28, p. 4, dit que ces prostrations sor.t extraordinaires, excessives, explicables seulement par l'extrême danger de royaume de Tch'ou. Ordinairement on se contentait de deux inclinations très profondes, suivies de deux prostrations; dans une violente douleur ou allait jusqu'il trois. Ici, le roi chanta 'rois strophes ; Chen Pao-siu fit trois prostrations après chacune d'elles. — Malgré cette t \plication savante, l'usage de neuf prostrations, mAme pour des cérémonies ordinaires, s'<'st perpétué jusqu'à nos jours.
(3) Tsi = était dans le territoire de Tpng-pé bien |I3 ^Ê iH' <l"i «'«t à 300 li sudest de sa préfecture Nan-yang fou f§ ,g]|f jjj [Ho-nan] , près du pays do Soei BB 'P- Fa., vol. 12, p. 43).
1 = était au nord-est do Sin-yang tcheou JnP ^ tH [Ho-nan] .
(1) Kiun-siang= était au sud-ouest, de Soei-tcheou (g jHj [Hou-pé].
A la 7ème lune, Tse-k*i -^ M, autre demi-frère du roi, et Tse-p*ou -^ J^, général de Ts4n ^, anéantissaient la principauté de T*ang H^, qui avait fait cause commune avec les gens de Ou, comme nous l'avons dit. Pei.dant ce temps, Ou Tae-siu s'acharnait en vain à la recherche de Tchao-wang.
Fou-kai ^ H ayant été battu, et voyant le mauvais état des affaires, rentra dans son pays, et se déclara roi à la place de son frère; c'était donc à la fois la révolte ouverte et l'invasion étrangère qui désolaient le royaume de Ou : Ho-liu fut contraint de rapatrier ses troupes. Fou-kai fut vaincu ; il s'enfuit à la cour de Tch*ou ; qui lui assigna comme fîef le territoire de T'ang-k'i f^ (2) ; c'est là qu'il passa le reste de sa vie.
L'armée de Ou remporta encore une victoire à Yong-che |{| , où elle avait commencé sa campagne ; mais elle fut de nouveau vaincue par les troupes de Ts'in à Kiun m (3). L'historien veut que Tse-k*i fît incendier le camp et brûler Tennemi ; son frère Tse-si voulait l'en empêcher: les ossements de nos pères et de nos frères, disait-il, gisent encore à terre depuis la dernière bataille ; nous n'avons pas encore eu le. temps de les inhumer ; comment irions-nous les brûler avec l'ennemi? Ce n'est pas possible! Tse-k4 lui répliqua: notre pays est à l'agonie; si les morts ont encore quelque connaissance (d'eux et de nous), nous pourrons, après avoir sauvé notre royaume, leur offrir des aaoriflces ; pourquoi craindre de brûler leurs ossements? On mit donc le feu au camp; mais un grand nombre de soldats purent échapper à l'incendie ; on se mit à leur poursuite ; on les battit dans une première rencontre; puis on les mit en pleine déroute au torrent de Kong-si ^ Jg (4), sur les bords du Yang-tse-kiang.
On voit que l'armée de Ou se hâtait de regagner la frontière; mais elle avait peine à y arriver; elle y parvint enfin, et s'empressa de retourner dans ses foyers. Elle emmenait captif un grand offîcier de Tch*ou, nommé Yn Yu-pai |^ ^ ^ il demanda permission de marcher un peu en avant, et réussit à s'enfuir
(1) Taiig-k'i = était ti 100 li nord-ouest de Soei-p'ing hieii jS T^ ^» dans la préfecture de Jou-ning fou îx ^ H'ï [Ho-na:i] . Au nord, ce fief s'étendait jusqu'à Yen-tch'eng @P JS ' la capitale était à Ou-fang tch'eng ^ J^ j^^ ville ainsi appelée parce que c'était ia capitale de l'ancienne principauté de Fang, et qu'elle avait été donnée à un seigneur de Ou. Le tombeau de Fou-kai y^ |^ était à 120 li nord-est de Piyang bien f*& \^ 7^1 dans la préfecture de Nan-yang fou TO Iw /fif [Ho-nan] (fç. Fa., vol. 50, p. 29) — (Histoire de la province du Ho-nan, vol. 19. p. 29).
(2) Kiun = était il 30 lia l'est de Yo-tcheou fou W JM m [Ho-nan]. Le grande géographie, en donnant l'identification de l'endroit, écrit j^? et lit Mi; les deux caractères se ressemblent beaucoup. Qui a raison ? Il faudrait consulter les histoires locales du Hou-nan, que je n'ai pas sous la main (g. Fa., vol. 77, p. 12). Les commentaires disent qu'il faut lire Kiun.
(3) Kong-8i= dans le royaume de Tch*0U; mais on ignore rendroit.
ce qui prouve le désordre avec lequel s'opérait la retraite.
Voici un autre trait, rapporté par l'historien : Siu J^, le fameux gouverneur de Chen j^ dont il a été parlé si souvent, avait deux fils, l'aîné nommerchou-leang ^ ^, né de Tépouse légitime, était gouverneur de Ché 3^ ; le cadet, né d'une concubine, s'appelait Heou-ts'ang Jff^; celui-ci avait été emmené captif avec sa mère, par les gens de Ou, qui en espéraient une bonne rançon ; mais le jeune homme réussit à s'enfuir, et retourna à la maison, sans attendre que sa mère eût été libérée. Son frère aîné, indigné de ce manque de piété filiale, ne voulut plus le voir.
L'armée de Ou étant partie, Tchao-wang put rentrer dans sa capitale Yng ^$. En bon lettré, notre historien va nous prouver que ce salut inespéré avait été prévu et prédit par un prophète de ce temps-là: Le seigneur Teou-sin \^ r^, que nous connaissons déjà, voyant que les grands dignitaires de Ou se jalousaient, se disputaient les palais, fit la remarque suivante: j'ai ouï dire par les anciens que là où règne l'ambition, il n'y a ni paix ni union, le régime ne peut durer longtemps ; les seigneurs de Ou se querelleront entre eux, et seront obligés de s'en retourner; comment pourraient-ils s'emparer du royaume de Tch'ou?
Quand Tchao-wang fuyait vers la ville de Soei gg, il dut traverser la rivière Tch*eng-k4eou |^ Q (1) ; à ce moment, Wei jj£, gouverneur de Lan j^, était occupé à faire passer sa femme et ses enfants ; il refusa de prêter sa barque. La paix étant rétablie, Tchao-wang voulait l'en punir et le mettre à mort; mais le prince Tse-si ^ ^ s'y opposa en disant : le premier ministre Tse-tch'ang ^ *^ ne pensait qu'à venger ses injures; vous savez ce qu'il y a gagné! Est-ce que votre Majesté voudrait l'imiter? — Hé-bien, répondit Tchao-wang, qu'il garde son postr, j'y consens; je lui accorde cette grâce en souvenir des maux que j'ai soufferts!
On récompensa généreusement les grands seigneurs Teou-sin ^ ^, Wang-suen Yeou-yu 3E î? É "l^^ Teou-tch'ao p^ J,, Wang Suen-yu 3E if, [g, Tchong-kien @ J^, Chen Pao-siu ^ ^ ^, Wang Suen-kia J |f| ^, Song-mou 5fc tJc et Teou-hoai p^ jg, le frère de Teou-sin.
Le prince Tse-si -^ fS voulait faire rayer de la liste ce Teou-hoai, qui avait eu l'intention de tuer le roi dans sa fuite ; Tchao-wang refusa en disant: sa faute a été ensuite grandement réparée par son dévouement ultérieur ; on ne peut le méconnaître !
Chen Pao-siu ^ @ ^ refusa absolument ce qu'on lui offrait:
(1) La rivière Tch'eng-k'ieou = est .\ 30 11 tl l'est de la préfecture Ngan-lou fou "ï? ^è )n iHou-péj ; elle a sa source dans la haute et large montagne Leao-k'iué-cban W ^ Ui ) 50) li l'est de la môme ville ; c'est un affluent de la Han ïH (g. Fa., vol. 77, p. p. 4 et 5).
J'ai travaillé, disait-il, pour mon seigneur et roi^ non pour mon propre avancement; votre Majesté est rétablie sur son trône, que puis-je vouloir de plus ! Moi-mèmo, j'ai autrefois blâmé Tse-k'i 'ÎF M ' parce qu'il recherchait son propre avantage, en récompense de ses grands services : oserais-je aujourd'hui en faire autant !
Tchao-wang voulait marier sa sœur Ki-mi ^ ^ à quelque grand prince ; elle s'y opposa en disant : une jeune fille doit être loin de tout homme ; personne ne peut la toucher, si ce n'est son mari ; or Tchong-kien @ ^, en me portant m'a touchée ; lui seul peut être mon époux ; on la donna donc à cet officier, qui reçut en même temps l'office de directeur de la musique royale.
Pendant que Tchao-\vang était réfugié à Soei gg, le prince* Tse-si ^ ^, à cause de sa ressemblance, avait simulé le roi, montant son char, portant ses robes, tenant sa cour à Pé-sié 3$ ^ (2), pour rassurer le peuple qui était afîolé. Dès que Tordre fut rétabli, il se hâta de venir près de son frère, et de se mettre à ses ordres. Ainsi, dans son malheur, Tchao-wang avait été bien servi par les circonstances et par ses gens; lui, au contraire, avait fait assez piteuse figure.
Wang Suen Yeou-yu ï î^ È -^ avait été chargé de fortifier la ville de Kiun ^, dont nous avons parlé tout récemment ; quand il vint rendre compte de sa mission, le prince Tse-si lui demanda quelle était la hauteur, la largeur des murs? Je n'en sais rien, répondit-il. — Si vous n'entendez rien à un tel travail, riposta vivement Tse-si, vous n'auriez pas dû vous en occuper! — Ainsi ai-je obstinément refusé, faisant connaître mon ir capacité; c'est votre seigneurie elle-même qui m'a forcé d'accei)ter ; chaque homme a ses talents, en conséquence desquels il est capable pour tel office, incapable pour tel autre ; lorsque le roi, dans sa fuite, se trouvait au milieu des broussailles, à Yun-tchong ^ p|9, je l'ai protégé contre un coup de lance des brigands; vous pouvez encore en voir la cicatrice sur mon corps ; j'avoue mon incapacité pour faire ce que vous avez si bien accompli à Pé-sié. Ce disant, il découvrit ses épaules et lui montra sa blessure.
Tout cela est raconté par l'historien avec un plaisir évident ; il veut montrer quels hommes avait le royaume de Tch*ou ; et que c'est grâce à eux qu'il put se relever de son effondrement.
En 504, au printemps, le comte de Tcheng ^, voyant une bonne occasion dans l'état de désarroi où se trouvait le pays de Tch*ou, anéantit la petite principauté de Hiu |^, et se l'annexa.
A la 4^™® lune, au jour appelé ki-tcheou g, J, Tchong-lai fX ^, prince héritier de Ou, battait la flotte militaire de Tch'ou, faisaft prisonniers les deux commandants Pan Tse-tch'en ^ -? g
(2) Pé-sié = était aux environs de la capitale Yng ÎP • mais on ne connaît pas au juste l'endroit, dit le commentaire impérial.
et Siao Wei-tse i]^ 'ffl -Jp, avec sept autres grands officiers; il prenait encore la ville ; de P'ouo § (ou P'ouo-yang f| |^) (1). A ce nouveau désastre s*en joignait presque aussitôt un autre aussi considérable; le prince Tse-k'i ^ ^, généralissime de l'armée de terre, se faisait battre à Fan-yang fè ^ (2) î ^®^ S^^^ ^® Tch'ou tremblèrent encore une fois pour leur existence.
Le prince Tse-si ■? îî, au contraire, devenu premier ministre, montre presque de la joie : Maintenant, disait-il, tout ira bien! Il avait compris, en effet, que pour rendre le pays fort et stable, il fallait y opérer plusieurs changements importants qu'il pourrait exécuter du consentement de tous. On transféra d'abord la capitale à Jo ^ (3); puis on modifia tout le système d'administration.
Aux années 503 et 502, rien n'est inscrit dans l'histoire; de même pour les années suivantes.
En 496, à la 2^^^ lune, au jour nommé sin-se ^ g^, le prince Tse-k'i ^ ^. aidé du grand officier de Tch*en |^, Kong Suen T'ouo-jen ^ M ft A? anéantissait le minuscule état de Toen i^ (4), qui avait rompu avec son suzerain immédiat, le prince de Tch*en ^, et voulait se meltre sous l'obéissance du roi de Tsin § ; son prince, nommé Tsang {j^:, fut conduit prisonnier au pays de Tch'ou.
A la 5èï«e lune , Ho-liu |^ JJ, le terrible roi de Ou, mourait des blessures qu'il avait reçues dans une expédition contre le pays de Yué jg ; toute la colère des gens de Ou s'étant tournée contre Yué, le royaume de Tch'ou pouvait respirer en paix.
En 495, à la 2^"^^ lune, au jour nommé sin-tcheou ^ J, le petit état de Hou jjig (5) sombrait à son tour. Pendant les malheurs de Tch'ou, le prince Pao ^ s'était emparé de toutes les villes situées dans son voisinage ; Tordre était rétabli depuis longtemps ; malgré cela, ce fier roitelet refusait encore de se soumettre : l'existence comme la ruine d'un pays, disait-il, est réglée par le ciel; pourquoi irais-je servir le roi de Tch'ou? Ce
(1) P'ono=on P*ouo-yang= était îl 50 li à l'est de Chao-tcheou ^ jHi [Kiang-si] (g. Fa., vol. 85, p. 18).
(2) Fan-yang= était au nord de Sin-ts'ai bien Im ^ Jip» qui est à 501i à l'est de sa préfecture Jou-ming fou Jx ^r /ff [Ho-nan] . Il y a encore un autre Fan-yang au nord de Nei-hoang ri Jï» avec lequel il ne faut pas le confondre (g. F., vol. 50, p. 26).
(3) Jo= était à 90 li sud-est de I-tch'eng bien fi M iH^ qui est à 120 li sudest de sa préfecture Siang-yang fou S Iw Jn [Hou-pé]. Le palais de Tchao-wang était ù 5 li à l'est du bourg actuel de Jo-tcb*eng ^ JK (g- F., vol. 79. p 14).
f4i Toen = c'est Chang-choei bien |g PlK'^) à 90 li sud-ouest de Tcb'en-tcheou f$ îHI [Ho-nan] (p. F., vol 12, p. ^5)— (g. F., vol. 47, p. 37).
(5) Hou = était à 2 li nord-ouest de Yng-tcbeou fou jf^ Jt| /Jf [Ngan-boei] (p. F. vol. 6, p. 30)— (g. F., vol. 21, p. 54).
vasselage coûte trop cher! Enfin, une armée vint lui prouver que «la raison du plus fort est toujours la meilleure.»
.En 494, le pays Ts*ai ^ recevait la punition du concours qu'il avait prêté au royaume de Ou, douze ans aiuparavant; les troupes de Tch'ou ^, de Tch'en ^, de Soei gg et de Hiu f^ vinrent mettre le siège devant sa capitale. Nous trouvons ici le prince de Soei mentionné parmi les autres à titre égal ; Tchao-wang lui avait accordé cet honneur en récompense de l'hospitalité qu'il lui avait donnée au moment de son plus grand péril ; auparavant ce petit état était vassal d'un autre prince, feudataire lui-même de Tch'ou ; il n'était donc que médiatement sous la suzeraineté de Tchao-wang, et n'avait pas entrée à la cour; désormais il était sous sa juridiction immédiate. De même, la petite principauté de Hiu ^, anéantie par Tétat de Tcheng ^|5 en 504, réapparaît ici, à régal des autres alliés ; c'est Tchao-wang qui l'avait relevée.
Les armées réunies élevèrent tout autour de la ville, à un li de distance, une chaussée en terre, large de dix pieds et haute de vingt, pour protéger leurs travaux d'attaque, et pour empêcher toute communication avec l'extérieur ; elles-mêmes campaient entre cette chaussée et les remparts de la capitale. Cet ouvrage n'avait coûté que neuf nuits, tellement le généralissime Tse-si ^ U avait bien pris ses mesures pour l'accomplir.
Lés gens de Ts'ai étaient terrifiés; hommes et femmes, divisés en deux groupes, vinrent demander grâce, et offrir leur soumission. Tse-si ^ "Jf leur pardonna, mais à condition qu'ils émigreraient entre le Yang-tse-kiang \^ ^ {X ^^ ^^ fleuve Jou ^ (1). Ils en firent volontiers la promesse; mais une fois les armées parties, ils refusèrent de l'accomplir; ils aimèrent mieux se retirer, en 493, sur le territoire de Tcheou-lai »}\\ ^, dans le royaume de Ou.
Pendant les grands désastres de Tch'ou, le prince de Tch'en ^ n'avait pas voulu faire cause commune avec le roi de Ou, comme on l'en pressait; celui-ci envoya une armée le punir de ce mépris; nouvelle frayeur pour les gens de Tch'ou, qui se crurent menacés d'une invasion ! Tse-si les rassura en faisant un beau discours sur l'union, la concorde, qui les rendra vainqueurs de tous leurs ennemis (Voyez notre histoire de Ou, p. i08). De fait, cette expédition n'eut pas de suites.
En 493 et J@[92, rien dans l'histoire. — En 491, Confucius écrit dans sa chronique: «en été, les gens de Tsin ^ saisissent le chef des sauvages Jong-man ^ !^', nommé Tch'e ^, et le livrent au roi de Tch'ou». Voici comment le commentaire de Tsouo K'ieou-mJng ^ 5B 59 raconte celte félonie : Les généraux
(1) Le fleuve Jou = est dans le Ho-nan, comme nous l'avons déjà dit (p. Fa., vol.
de Tchao-wang ayant comprimé la révolte des sauvages I-hou ^ ^, se consultèrent sur les moyens à employer, pour faire prévaloir dans ces pays du nord Tinfluence du royaume de Tch'ou ; alors Pan ly^, aide du ministre de la guerre, Oheou-yu ^ ^, / gouverneur de Chen -J^, et Tchou-leang |g ^ gouverneur de v Tch'e ^, réunirent ce qui restait des gens de Ts*ai ^, et les placèrent à Fou-han ^ ^ (1) ; les habitants ramassés en dehors du territoire de Fang-tch'eng 'fj j[£ furent transférés à T/Sengkoan f f ^ (2) ; puis ces généraux firent répandre le bruit que l'armée de Ou ^, longeant les bords du Yang-tse-kiang, allait de nouveau attaquer la capitale de Tch*ou, qu'ils étaient obligés eux-mêmes de s'y rendre en toute hâte» Trompés par cette rumeur, les Jong-man ne se mirent pas sur leur garde ; en une seule nuit, ils perdirent les deux villes de Leang ^ et de Houo H (3) ; le général Chen Feou-yu ^ j!^ ^ mit le siège devant la capitale ; aussitôt la population se dispersa, et le prince Tch'e ^ s'enfuit à Yn-ti f^ ^ (4), dans le royaume de Tsin ^. Le général Pan B]^ amena encore les garnisons de Fong j^ et de Si ^ (5), avec des troupes auxiliaires de Tartares Ti y^ et Jong 3^, pour attaquer la ville de Chang-lo J; ^ (6) ; son aile gauche guerroyait à Tou-houo ^ î^, montagne à l'est de Ghang-lo; son aile droite à Ts'ang-yé ^ ^ (7), au sud de la même ville. Pendant ce temps, il envoyait à Che-mien -^ ^, gouverneur de Yn-ti, le message suivant: les rois de Tsin § et de Tch*ou ont fait un traité d'alliance offensive et défensive ; ils n'ont qu'un seul cœur et une seule âme ; mon humble maître ne demande qu'une seule chose, c'est qu'on observe bien ce traité; sinon, il passera le défilé Siao-si (8) et viendra demander vos ordres.
(1) Fou-han= était dans le territoire à l'ouest de Sin-yang toheou fâ P^ JfJ [Ho-nan] (g. Fa., vol. 50, p. 32).
(2) Tseng-koan = était près de Yu-tcheou y^ Jt| 1 qui est à 120 li nord-est de sa préfecture Nan-yang fou ffif W M [Ho-nan] (g. Fa., vol. .51, p. 28;.
(3) Le|ng= était à 45 li sud-ouest. Hou à 20 li sud-est de Jou-tcheou ÏX jHl [Honan] ; la capitale des sauvages était au sud-ouest de la même ville (g. F«., vol." 51, p. p. 35 et 37).
14) Yn-ti=son territoire était très étendu, comme nous l'avons déjà dit, depuis la frontière du Chen-si jusqu'à la préfi^cture Ho-nivn fou, dans lés montagnes du Ho-nan (g. Fa., vol. 48, p. 48).
(5) Fong = était au sud-ouest de Si-tch*oau bien yffi ]\\ ^i qui est à 240 li sudouest de sa préfecture Nan-yang fou f^ Pot /IÏ [Ho-nan] .
Si = c'est Nei-hiang bien W îS SK î à 190 li nord-ouest de la mAme préfecture (p. Fa , vol. 12, p. p. 45, 46) (g. Fa., vol. 51, p. p. 20 et 26).
(()) Chang-lo = c'est la ville actuelle de Cbang-tcheou ^ tH [Chen-si] — (p. Fa. vol. 14, p. 58).
(7) T8'ang-yé= était à 140 li au sud de Chang-tcheou (g. Fa., vol. 54, p. 13).
i8) Siao-si = c'est le fameux défilé Ou-koanJt BW-» dont " nous avons parlé dans l 'histoire du royaume de Ts'in ^ (p. Fa., vol. 13, p. 16).
Le gouverneur embarrassé demanda des instructions au premier ministre Tchao-mong ^ i; ; celui-ci répondit : notre pays n'a pas la paix à l'intérieur; comment oserait-il provoquer le royaume de Tch'ou ? Hâtez-vous de livrer les fuyards qui se sont réfugiés sur votre territoire ! Le gouverneur se rendit auprès des Tartares de Kieou-tcheou jl jt|, qui se trouvaient à Lou-hoen ^ î¥ et à Yn-ti |^ )ft, il fit semblant de vouloir distribuer des terres aux fuyards, et leur construire une ville ; il consulta les sorts au moyen de la tortue divinatoire ; quand les sauvages vinrent demander le résultat de la consultation, le gouverneur fit saisir Tch*e ^, leur chef, avec cinq de ses grands officiers, et les remit entre les mains du général, à San-hou ^ ^ (i). Celui-ci voulait avoir toute la population; il continua le jeu de son compère ; il commença les murs de la prétendue ville qu'il leur destinait, avec un temple pour leurs ancêtres ; les Tartares étalent sans défiance ; ils furent tous pris et emmenés dans le pays de Tch'ou.
A Tannée 490, il n'y a rien dans l'histoire. -—En 489, le roi de Ou ^ n'ayant pas encore assouvi sa haine contre la principauté de Tch^en ^, venait de nouvau l'attaquer au printemps. A celte nouvelle, Tchao-wang dit à son entourage : mon père a fait un traité d'amitié avec le prince de Tch'en (en 529), je ne puis omettre de lui porter secours. Sur ce, il se mit à la tête de ses troupes, et vint camper à Tch'eng-fou j^ ^ (2). A la 7ème lune, il consulta les sorts, pour savoir s'il convenait de livrer bataille ; la réponse fut négative ; devait-il se retirer avec l'armée ? La réponse était encore négative. Alors il ne me reste plus qu'à mourir ! s'écria-t-il. Plutôt que de voir mes troupes vaincues de nouveau ; plutôt que d'abandonner un état ami et fuir honteusement, il vaut mieux périr en combattant !
Ayant ainsi parlé, il désigna le prince Tse-si ^ |f pour son successeur ; celui-ci refusa, et le pria de choisir le prince Tse-k'i ^ ^ ; celui-ci refusa de même, et le pria de désigner le prince Tse-liu '^ i^ ; ce dernier refusa jusqu'à cinq •fois, puis finit par consentir.
Au moment de livrer bataille, Tchao-wang fut subitement arrêté par une grave maladie ; il donna cependant Tordre d'attaquer la ville de Ta-ming ^ g (3), puis il mourut à Teh'eng-fou même, où il se trouvait encore.
(1) San-hoii= était au sud-ouest de Nei-hiang bien, dont nous avons parlé un peu plus haut (p. Fa., vol. 12, p. 45) — (g. vol. 51, p. 23).
(2) Tch'eng-fou= était H 70 li sud-est de Po-tcheou ^ JT| [Ngan-hoei] , coitime nous l'avons déjà dit (p. Fa., vol. 6, p. 31).
|3) Ta-ming = était, d'après les commentaires, à l'ouest de Hiang-tch'eng ^ JK) qui et au sud-ouest de Tch'en-tcheou W *}»\ [Ho-nan] , mais les recueils géographiques ne l'indiquent pas.
Le prince Tse-liu dit alors aux grands dignitaires: le défunt roi avait laissé de côté son propre fils, pour passer la couronne à ses frères et ministres, nous donnant un bel exemple de désintéressement ; j'avais accepté par obéissance ; maintenant j'use de mon autorité pour déclarer roi le prince héritier Tchang ■y (1) ; en cela, je ne fais qu'exécuter le désir intime du défunt ; et c'est encore réellement lui obéir.
D'accord avec Tse-si et Tse-k'i, on cacha soigneusement la mort de Tchao-wang ; on fît venir le prince Tchang, puis -on retourna avec Tarmée à la capitale.
Naturellement, le commentateur va nous prouver que cette mort inopinée du jeune roi avait été annoncée par de sinistres présages: Selon lui, trois jours de suite, le soleil avait été entouré d'nne foule de nuages rouges, ressemblant à une bande d'oiseaux ; Tchao-wang avait été intrigué par ce fait si singulier; pour en avoir l'explication, il avait consulté le grand augure [t'ai-che ^ ^] (2) de l'empereur; la réponse avait été celle-ci:
(1) La mère du prince Tchang était fille de Yué Kiu-tsien j® tQ ^ j le fameux roi de Yué ® qui anéantit le royaume de Ou -^^ et dont nous avons longuement parlé dans l'histoire de ce pays. C'est une des héroïnes chinoises; c'est elle qui aurait poussé Tchaowang, son mari, à la pratique de la vertu et aiix grandes entreprises. Il y a toute une monographie sur elle, dans le recueil T'ong-kien-kang-mou 3® S| iM B» vol. 23, p. 29.
(2) T'ai-che= Voilà donc cette fameuse expression, qu'on traduit si souvent paa grand annaliste, ou grand historiographe, etc. — Par le contexte, il est évident que cse deux caractères signifient tout d'abord grand astrologue, chef des augures, chef des devins; offices qui, en Chine, n'étaient pas bien distincts. Se Ma-ts'ien "H ,^ JÏÏC» comme son père, était chef des devins H la cour impériale. D'après les idées reçues, il y avait une connexion naturelle et nécessaire entre les phénomènes célestas et les événements qui se passaient sur la terre ; Dn notq,it les uns et les autres ; on avait ainsi des documents anciens et sûrs, éléments nécessaires de l'histoire. Bien certainement aussi, ces devins, surtout leur chef, avaient du temps libre ; ils devinrent annalistes, archivistes, historiographes, etc. (Voyez: Chavannes, introduction à l'histoire de Se 'Mats'ien, p. XI).
Le recueil intitulé Hoang-tsing-king-kiai ^ M S /^) vol. 9, p. 21, dit qu'à cette époque tous les princes féodaux avaient des t'ai-che ^ 5^ ? et par conséquent les tien-tsi ^^ ^ <^^ archives, mémoires, livres contenant la doctrine des anciens. Le royaume de Tch'ou ne les avait pas : mais il était considéré comme sauvage, et ne faisait pas partie de la communauté chinoise. Ces t'ai-che avaient les mêmes titres et les mûmes fonctions qu'à la cour impériale ; ils résidaient auprès de leurs princes respectifs. Quand donc on lit dans les livres qu'on consultait le Tcheou t'ai-che -^ >(C ^i cela ne signifie pas nécessairement qu'on se rendait à la cour impériale ; mais seulement que l'on interrogeait le grand archiviste du pays, le gardien et le maître de la «vraie doctrine», pour avoir les explications relatives à des phénomènes extraordinaires ou à des points de «doctrine chinoise».
A l'époque dont il est question ici, le royaume de Tch'ou était aussi en possession de ce précieux trésor; Wang Tse-tch'ao î "? Çljî frère de l'empereur Tcheou Kingwang ^ ^ 3Eî qui l'y avait introduit, quand il vint se réfugier à cette cour, an 516.
Le soleil indique le chef du royaume ; le malheur n'attendra que le pays de Tch'ou, puisque le phénomène n'a pas été observé ailleurs; le roi est menacé en personne par l'influence du mauvais air, représenté par ces nuages extraordinaires ; s'il fait les sacrifices voulus, il pourra détourner cette funeste influence ; mais elle se portera sur son premier ministre, et sur le ministre de la guerre.
Tchao-wang aurait répondu : moi, je suis le cœur ; mes ministres sont les bras et les jambes ; quelle utilité y aurait-il de dériver la maladie du cœur, pour la faire tomber sur les bras et les jambes? Si moi, homme de peu de valeur, je n'ai rien de considérable à me reprocher, le ciel ne me fera pas mourir jeune ; si j'ai commis de fautes graves, il est juste que j'en subisse la peine ; pourquoi la rejeter sur d'autres? En conséquence, il avait refusé d'offrir les sacrifices déprécatoires qui lui étaient suggérés.
Au début de la maladie, on avait consulté la tortue divinatoire ; la réponse avait été la suivante : c'est l'Esprit du fleuve Jaune qui cause cette maladie. Tchao-wang refusa encore d'envoyer lui offrir des sacrifices ; il ne permit pas même d'aller les offrir à la frontière du royaume, la plus proche du fleuve ; Les trois grandes dynasties anciennes, disait-il, nous ont laissé pour règle que les princes ne peuvent sacrifier qu'aux Génies des montagnes et des rivières de leur territoire; notre pays poçsède les fleuves Yang-tse-kiang )j^ ^ -jl, Han ]^, lR)ei B§ et Tchang }5|t ; le bonheur ou le malheur ne peut nous venir que de ceux-là; quoique je sois un homme de peu de vertu, quelle faute aurais-je pu commettre contre l'Esprit du fleuve Jaune (1)?
Après ces sornettes de lettrés païens, en voici une autre encore digne de ces messieurs: A cette époque, Confucius en personne se trouvait en voyage dans pays de Tch'en ^ et de Ts'ai ^ ; lui, le «Saint» le maître de toutes les générations futures ! Tchao-wang ayant appris cette nouvelle, envoya vite une ambassade solennelle, Tinviter à venir au royaume de Tch'ou. Confucius avait grand'envie d'accepter. Emoi et frayeur à la cour de Tch'en et de Tsai ! Les grands dignitaires tiennent conseil; que faire? Si «le Saint» va au pays de Teh*ou, si ce royaume embrasse sa doctrine, nous sommes perdus ! Sur ce, on envoie un régiment de soldats monter la garde autour de Confucius, et l'empêcher de partir; on le soumet à un jeûne rigoureux, jusqu'à ce qu'il ait renoncé à son projet. Seul, son fidèle disciple Tse-kong ^ ^ trouve moyen de se rendre auprès du roi de Tch'ou, lui faire connaître l'état des choses. Celui-ci voulait à tout prix recevoir «le Saint» ; il lui préparait déjà le fief de
(1) Lieou-hiang^ 3!) IKI ) vol. 1, p. 13, raconte et célèbre le même fait ; et tous les letferéa postérieurs rapportent cette sornette.
Chou-che § ft (1), d'une étendue de sept cents li et contenant dix sept mille cinq cents familles.
Le premier ministre Tse-si ^ If eut toutes les peines du monde, pour empêcher le roi de donner suite à ce dessein.- Son meilleur argument était celui-ci: Confucius connaît bien les règlements des anciens empereurs Tcheou ^ ; d'après eux, les princes de Tch'ou ne sont que des vicomtes, et n'ont droit qu'à un territoire de cinquante li d'étendue; or le nôtre en a des milliers; tout cela nous sera donc enlevé. De plus, Confucius et ses disciples étant des saints, l'empire finira par leur être dévolu; il remettront en vigueur le régime de la vertu pure, où naturellement nous n'aurons pas place.
Voilà les intrigues qui ont empêché Confucius de faire refleurir l'âge d'or! Ainsi dans le royaume de Tch'ou, ainsi ailleurs!
Choses semblables sont encore débitées maintenant, d'après les formules de Mong-tse ;£ ^, Se Ma-ts'ien "^ ,^ ^ et autres ; on y croit encore comme au temps jadis ; bien mieux ! qui n'y croit pas est un hérétique ! La vérité semble se réduire à une certaine estime, bien platonique, à l'égard de Confucius; le nimbe glorieux qui entoure sa tête ne lui est venu que plus tard; ses contemporains se souciaient fort peu de lui et de ses sermons sur «le juste, milieu». Son positivisme si pratique a séduit les Chinois, peuple .ami des réalités «palpables». L'idéalisme de Platon est à mille pieds au-dessus de cette doctrine ; et pourtant il n'a pas été mieux reçu de ses contemporains.
Tsouo K'ieou-ming 2£ fl5 ^9 nous donne l'appréciation de Confucius sur Tchao-wang: «ce roi, disait-il, entend la grande et vraie doctrine ; voilà pourquoi il n*a pas perdu son royaume, quoiqu'il fût à deux doigts de sa perte; le livre des annales dit: seuls les princes de T'ao ^ et de T'ang J||^ ont suivi la doctrine du ciel, et ont pu ainsi posséder le pays de Ki ^ (2) ; à présent, ses principes sont abandonnés, ses lois et ses règlements sont bouleversés; par suite, la ruine est prochaine; le même livre dit encore: la sincérité procède du cœur, et le bonheur aussi; quiconque suit constamment les lois du ciel, avec droiture et sincérité, est dans la bonne voie». (3)
Le tombeau de Tchao-wang est au nord du parc et du petit lac de la famille Si ^, au pied méridional de la montagne Péma-chan |^ J^ [Il (4) ; c'est un endroit de plaisance encore très-
(1) Chou-che = on ne connaît pas ce pays. Tous ces racontars sont des fables inventées par les lettrés, qui veulent toujours exalter «leur Saint» jusqu'aux nues.
(2) Ki=c'est P'ing-yang fou ^ ^ flï [au Chan-si] (p. F., vol. S, p. 6).
(3) Le commentaire dit que ce texte est perdu ; il y a cependant quelque chose de semblable (Zottoli, III, p. 369 n* 7).— (Couvreur, p. 94, vers 7).
(4) Pé-ma-chan=est à 10 li sud-ouest de Siang-yang fou ^ fej )^ [Hou-pé] (g. F., vol. 79, p. 10).
fréquenté maintenant, surtout le troisième jour de la troisième lune. Ce tombeau a été pillé par des brigandç, vers Tan 479 après Jésus-Christ; on y trouva des miroirs et des coffrets en jade, de vieux livres, des écritures sur des planchettes de bambou, d'autres sur de la soie verte; un vieux lettré aurait remarqué que c'étaient des fragments du Tcheou-li ^ jj| ou Rites de la dynastie Tcheou.
La famille Si ^ est une des plas anciennes et des plus nobles du pays.
Le recueil intitulé Je-tche-lou Q OT ^ ? vol. 15, p. 1, dit que ce tombeau est appelé Tchao-k'ieou B3 È* Vers la fin de l'époque du Tch'oen-ts'ieou ^ ^K» les tombeaux sont appelés k'ieou £• colline, colline artificielle élevée de main d'homme pour montrer la grandeur du personnage qui y est enterré.
Dans les temps anciens, ces tombeaux s'appelaient mou 5 ^ ^^^ <1^^ ^^^ maintenant employé pour ceux du peuple,
Depuis environ 326 ans avant Jésus-Christ, les tombeaux royaux furent appelés ling ^ 9 qui signifie aussi colline.
A partir de la dynastie Han l^f ce caractère a été employé, à l'exclusion de tout autre.