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Quand les travaux dé construction furent achevés, Ling'Wang voulait inaugurer ce palais et cette tour de Tchang^^hoa jft 1|^ par des sacrifices solennels, en présence de tous les vassaux} il tenait à ce que le duc de Lou § vînt en personne; car c'était la fine fleur des princes chinois ((pur sang». Wei Ki-kiang ^ Sk S» ^6 grand directeur ^ies travaux, s'étant fait fort d'amener le duc lui-môme à cette réunion, fut chargé de l'ambassade d'invitation ; arrivé à la cour, voici la harangue qu'il adressa aux ministres : Autrefois, le duc Tch*eng j^ (590-573) a bien voulu assurer à notre humble ministre Tse-tchong -^ H qa'il n'avait point oublié les bonnes relations qui ont existé entre nos deux pays; il daigna même promettre l'envoi di^f grçmd officier Heng-fou ^ ^, nous faire visite, et nous aider dans la bonne administration du royaume; les paroles de votre prince furent reçues avec tant de joie qu'on s'empressa d'en donner commtini* cation aux ancêtres, dans leur temple; feu notre roi Kong ^ tournait sans cesse les yeux vers le nord, espérant toujours voir arriver votre ambassadeur ; il n'eut pas cette consolation ; depuis lors, quatre rois se sont succédé sur le trône, sans que nous ayions eu le bonheur de recevoir votre visite; Tunique chose que nous ayions obtenue, c'est que votre duc Siang-kong ^ ^ soit venu honorer de sa présence les funérailles de notre roi K'ang j^ ; mais, à ce moment, notre prince et tous le» digm* taires étaient tellement absorbés par la douleur qu'il leur étaiétait impossible de penser à autre chose ; ils étaient Incapables .de s'occuper du gouvernement, encore moins pouvaient-ils rendre à votre duc les honneurs qu'il méritait, et lui montrer quel prix on attachait à sa visite (1). Bi maintenant la précieuse personne de votre prince daignait condescendre jusqu'à honorer notre humble roi d'une visite^ oe serait le bienfait le plus Signalé qu'elle pût accorder à notre pays ; ce serait encore une .preuve qu'elle veut loyalement observer l'alliance conclue . et jurée à Chou ^; votre prince nous montrant une telle courtoisie, le nôtre n'aura pas le courage d'exiger encore les otages déternîinés par la convention. Enfin, non seulement notre humble roi lui saura gré de cet honneur; mais mêjme les esprits de ses ancêtres en seront extrêmement flattés ! Si sa seigneurie ne daignait pas nous accorder cette visite, il ne lui resterait plus qu'à fixer le
(2) A rinanguiation d'un nouveau palais, il y avait naturenem«iii tm grand UnUti, S'il renfermait un temple, celni-ci, et tons ses ustensiles^ devaient être consacrés pur te sang d'une victime (Couvreur, li-ki, vol. 2, p. 197).
Ce diflcovurs, vrai ou supposé, mérite d'Atre observé ; il montre comment messieuTS les lettrés savent entortiller leur monde ; toutes ces paroles mielleuses, ces {tériphraseg, ces euphémismes, ont ulu seul but, rappeler au duc le traité humiliant de 589 ; on consec^ à ne pas urger l'exécution de tous les points stipulés ; mais on tient absolument à une visite, en personne !
temps et le lieu de notre rencontre (armée). Alors notre humble roi rapportera les otages et les cadeaux reçus à la convention de Chou ^ ; il demandera pourquoi , on n'exécute pas la promesse jurée par votre duc Tch'eng ^?
Enfin» voilà qui est clair ! Il s'agit de venir, ou de se préparer à la guerre! Le duc ne désirait ni l'un ni l'autre de ces deux partis; mais comment échapper? Il se résigna donc à faire la visite exigée. Pendant qu'il en faisait les préparatifs^ il eut un songe qui lui causa bien de l'embarras ; il rêva que son père, le duc Siang |g, offrait pour lui le sacrifice propitiatoire de ce voyage (1) ; était-ce un bon ou un • mauvais présage ? L'ofïicier Tse-chen :|a^ "gl lui dit : ne partez pas ! Car semblable songe porte malheur au duc Siang lui-même, quand il se rendit à la cour de Tch'ou; il lui sembla que Tcheou-kdng >§ &» le fondateur de la famille, offrait un sacrifice au dieu protecteur des chemins.» L'ofïicier Tse-fou-hoei-pé •? flR ^ fé^ avec autant de raison, insista pouf le départ, ne voyant pas en quoi le voyage du duc Siang avait été malheureux ; si Tcheou-kong lui-même avait offert le sacrifice, c'est que jamais auparavant un duc de Lou ne s'était rendu à la cour de Tch'ou ; il était donc venu en personne encourager cette première démarche ; pour le cas présent, il suffisait d'avoir l'approbation du duc Siang. Ce conseil rassurant fut accepté.
A la 3^i^c lune, le duc se mettait en route; le comte de Tcheng ^ lui fit une réception solennelle, à la porte Che Tcheleang fij ;è ^ ^^ sa capitale. Ling-vv^ang jouissait de son triomphe en voyant le fameux «duc», le duc par excellence, assister à cette inauguration comme un simple petit vassal; pour lui adoucir l'amertume de cette humiliation, Ling-wang donna une fête splendide en son honneur, dans ce même palais Tchanghoa 3t ^ î c'est alors qu'il lui offrit en cadeau l'arc si célèbre appelé Ta-kiué ^ ^. Ensuite, Ling-wang se repentit de cette largesse inconsidérée. Wei Ki-kiang ^ jgf |g, l'homme de ressources, vint encore à son aide: Ce seigneur alla faire visite au duc; celui-ci lui parla du cadeau reçu; le rusé l'en félicita en termes extraordinairement louangeurs ; le duc lui demanda pourquoi l'on faisait tant de cas de cet arc? — Ah! dit le compère, les rois de Ts4 ^, de Tsin § et de Yué ^ depuis longtemps ont voulu l'avoir, notre humble roi n'a jamais consenti à s'en défaire ; jugez de l'estime et de l'affection qu'il a pour votre seigneurie ! Mais hâtez-vous de préparer vos armes pour protéger ce trésor contre ces trois rivaux ; ils feront l'impossible pour vous l'arracher ! Ces paroles étaient dites avec un tel accent de sincérité que le duc y fut pris ; il commença à craindre pour la tranquillité de son pays ; bientôt après, il rendit à Ling-wang ce
(1) Ce sacrifice s'appelait Tsou jffi (Couvreur, p. 981).
présent si dangereux; lui-même, à la 9^^^° lune, était de retour dans sa capitale.
Dans ce voyage, le duc avait pris pour compagnon le célèbre Mong Hi-tse 3! ^ ^p ; mais celui-ci ne se trouva pas à la hauteur de la situation; il ne sut pas répondre convenablement aux compliments de bienvenue, adressés au duc avant son entrée dans la capftale ; il se montra embarrassé au milieu des cérémonies de réceptioti. Ce fut une humiliation salutaire ; il se mit à étudier les rites avec une grande ardeur; de plus, il envoya ses fils à Técole de Confucius. Aussi^ père et fils ont été glorifiés par les louanges de ce «Saint» chinois.
En 534, il y eut de grands troubles dans la principauté de Tch'en ^. Ling-wang dut intervenir pour ramener la paix dans ce pays; voici la raison de ces désordres: le marquis Ngai ^ (568-529) avait trois épouses ; il préférait la seconde, véritable concubine; il désigna pour son successeur le fils de cette femme, nommé Lieou -g; le prince héritier, nammé Tao »1:^, fils de l'épouse légitime, se révolta et fut tué par les gens du parti opposé; son fils Suen-ou ^; ^ s'enfuit à la cour de Tch'ou ; le duc confirma de nouveau au prince Lieou les droits à la succession, qu'il lui avait conférés auparavant; mais ce ne fut pas pour longtemps, comme nous; allons le voir. -
Quand cette révolution fut accomplie, le grand officier Kan Tcheng-che -p ^ 65 fut envoyé en donner connaissance à la cour de Tch*ou ; un des fils de la 3^"i^ épouse dénonça cet ambassadeur, comme étant un des principaux meneurs du complot fratricide ; *Ling-wang le fit saisir et mettre à mort ; c'était montrer qu'il n'acceptait pas le «fait accompli».
A la 9^'^^ lune, K4-tsi ^ ^, frère de Ling-wang, à la tête d'une armée, reconduisait (1) Suen-ou ^ ^, fils du prince héritier massacré, et mettait le siège devant la capitale ; des troupes venues du royaume de Song ^ se réunirent à lui pour cette expédition; elle ne dura pas longtemps, car k la llème \une la capitale était prise d'assaut.
Ling-wang considéra ce pays comme sa conquête ; pourtant il remit à plus tard pour se l'annexer définitivement ; il y plaça comme gouverneur un officier déjà connu de nous, le fameux Tch'oan Fong-siu ^^J^, qui faillit percer Ling-wang d'un coup de lance, en 547. A la bataille de Tch'eng-kiun j^ [^, lui ditil, vous vous êtes montré un brave officier, qui ignore la flatterie; c'est pour cela que je vous choisis aujourd'hui pour ce poste de confiance; puis, étant assis à la même table, et buvant le vin, il ajouta: si alors vous aviez pu prévoir ma fortune présente, vous n'auriez sans doute pas osé disputer svec moi ! Pardon ! répondit l'officier, si j'avais pu prévoir que votre Majesté en
(1) Ce prince est connu dans l'histoire sous le nom de Hoei-kong ]® ^ (528-506)-
viendrait à ce point (par le fratricide et l'usurpation), je vous aurais combattu à movt, pour assurer la paix de mon pays ; et c'eût été mon devoir!
Ling-wang n'insista par sur une question si brûlante; il n'aurait pas eu le dernier mot avec un homme de cette trempe. Dans la suite, il plaça sur le trône un prince de la famille ducale; mais c'était pour attendre le moment propice de l'annexion ; elle se fera en Tannée 479.
En 533, au printemps, Ling-wang se trouvait encore dans cette capitale de Tch'en ^; plusieurs officiers vinrent l'y trouver pour régler plusieurs affaires; c'était Chou-kong ^ ^ de Lou ^, Hoa-hai ^ ^ de Song 5[c, Yeou-ki ^ ^ de Tcheng ^, et Tchao-yen j^ j^ de Wei ^.
Vers le même temps, c'est-à-dire à la 2^^^ lune, au jour nonimé Keng-chen j^^, le prince K'i-tsi ^ ^, le frère de Ling-wang, transplanta les habitants de Hiu fjp au pays de I ^ (ou ^), qui désormais s'appela Tch'eng-fou :^ ^ (1) ; comme ce territoire était insuffisant, le prince prit la ville de Tcheou-lai ^ ^, puis la région située au nord de la rivière Hoai fH, et les leur donna. Les cartes de pays, le cadastre, le catalogue des habitants, tout fut remis au baron de Hiu par le grand officier Ou-kiu j35l $ (c'est-à;dire Tsiao-kiu Jj^jgl ^).
Les anciens habitants de Tch'eng-fou furent transférés à la ville de Tch'en ^ par le grand officier Jan-tan fl^ ^ ; ils reçurent encore le territoire situé à l'ouest de la rivière Pou-choei ^ tK» pour leur faire accepter plus volontiers cette émigration forcée. •
Enfin, les habitants qui demeuraient au-delà de la forteresse Fang-tch-eng j^T ^ furent transférés au pays de Ché ^, d'où venaient les gens de Hiu. Le commentaire observe que Ling-wang ne pouvait laisser gon peuple en repos ; il était remuant et vexatoire de sa nature (2).
A l'année 532, il'n'y a rien dans l'histoire.
En 531. il est fait .mention de V'empereur, personnage dont
(1) Tch'eng- fou = l'ancien pays de 1= était i\ 70 li sud-est de Po-tcheou ^ yf\ [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. SI.) — (g. Fa., vol. 21, p. 61).
(2) Ché = c'est Ohé hien ^jl^) à 12011 au nord de sa préfecture Nan-yang fou ffiP ^ J^ [Ho-nan].
Fang-tch*eng= cette forteresse fameuse était à 160 li nord-est de Nan-yang fou.
Ces pauvres gens de Hiu flp furent d'abord transportés à Ché ; puis à I ; puis ramenés à Ché ; puis transférés encore à Si ^St ' c'est-à-dire au pays de Pé-yu H ^ i actuellement Nei-hiang hien R îff iw » dans la préfecture de Ho-nan fou fpf ^ /iï [Ho-nan] ; puis transplantés à Yong-tch'eng ^ j^ ? à l'ouest de Ché. Ainsi le gouvernement de Tch'ou n'était pas tendre envers ceux de ses sujets dont il croyait bon de se défier, (p. Fa., vol. 12, pp. 47. 48.) — (g. Fa., vol. 1, p. 10 ; là se trouvent tous les détails de ces émigr&tioxks)
personne ne s'occupe ordinairement; voici ce qu'on en raconte: Tempereur King-wang^^ J (544. 520) de: landa à Tchang-hong ^ ?i, l'un de ses officiers, quel est celui des princes qui cette année sera heureux ou malheureux? — C'est le prince de Ts'ai ^, répondit l'officier ; c'est sur lui que vont fondre les calamités (1) ! Il a tué son père quand l'étoile annuaire se trouvait dans la constellation Che-wei ^ ^ [le verseau, les poissons] (2); c'est le retour de la même phase ; le marquis ne passera pas l'année ; le roi de Tch'ou prendra la principauté ; lui-même comblera ainsi la mesure de ses forfaits. Quand l'étoile annuaire se trouvera dans la constellation Ta-leang ^ ^ [le taureau], la principauté ressuscitera ; le royaume de Tch'ou tombera dans le malheur à son tour.
Il faut bien que ces prophéties de lettrés s'accomplissent, puisqu'elles ont été faites après coup! Voici donc, la suite des événements: Ling-wang se trouvait dans la ville de Chen ^, dont nous avons souvent parlé (3) ; dé là il envoya une invitation très aimable au marquis de Ts'ai ^ ; celui-ci fît aussitôt ses préparatifs de départ ; mais un de ses grands officiers lui dit : le roi de Tch'ou est un fourbe insatiable; il ne nous a jamais aimés; aujourd'hui ses cadeaux sont extraordinairement riches, ses paroles des plus mielleuses; que veut-il? N'est-ce pas un piège? Il me semblerait plus sûr d'éluder son invitation !
Le marquis pensait peut-être de la même façon ; mais il craignait aussi la colère de son redoutable suzerain ; il se mit donc en route. A la 3^^^' lune, au jour nommé ping-chen ^ ^, il était reçu avec de grands honneurs, et prenait part à un festin splendide; quand il fut bien enivré, des soldats placés en embuscade, et couverts de cuirasses, se jetèrent sur lui, le chargèrent de chaînes, et le conduisirent dans une prison; à la 4ènie lune, au jour nommé ting-se "f 5»' on le mit à mort avec soixante-dix de ses officiers; après quoi, K'i-tsi ^ ^,* le frère de Lingwang, fut envoyé avec une armée faire le siège de la capitale de Ts'ai.
A cette nouvelle, Han-k'i ^^, premier ministre de Tsin
(1) Ce marquis s'appelait Liug-beou ^ ^ î il régnait depuis l'an 542.
L'étoile annuaire = D'après les Chinois, douze étoiles se partageaient le gouvernement des cieux, et par conséquent celui de la terre ; chacune régnait une année, pendant laquelle tous les événements étaient sous son influence.
(2) En 543. Voilà un exemple des balivernes annexées à l'astronomie chinoise; elles n'étaient pas faites pour en aider l'exactitude. — Nous avons déjà dit que l'étoile « annuaire » était celle dont l'influence se faisait sentir, pendant toute l'année, sur les phénomènes célestes et sur les événements terrestres.
(3) Chen = était à 20 H au nord de Nan-yang fou m V% m [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 39).
demanda au sage Chou-hiang ^ [^ : est-ce que rarmée de Tch'ou sera victorieuse? — Assurément! «épondit le dignitaire; le marquis a commis un parricide, il n'a pas su faire du bien à son peuple ; ainsi le ciel -va le punir de ses crimes. D'un autre côté, moi, j'ai toujours ouï dire par mes maîtres que si un mauvais homme a une chance exceptionnelle, cela n'arrive pas deux fois; Ling-vv^ang vient de prendre le pays de Tch'en |ÇJ, sous prétexte d'y replacer le prince héritier; il vient de tuer le marquis de Ts'ai ^ dans un infâme guet-apens, pouf s'emparer encore de cet état: après sa victoire il subira sous peu son juste châtiment. C'est ainsi que le tyran Kié ^ perdit l'empire après avoir vaincu le prince de Min J.§; c'est encore ainsi que le tyran Kieou ^ perdit le trône et la vie après son triomphe sur les sauvages orientaux (tong-i ^ ^). Le pays de Ling-wang ne peut être cooiparé à l'empire; sa dignité est bien inférieure à celle de l'empereur; sa férocité surpasse celle des deux tyrans; comment le ciel Tépargner'ait-il ! Le ciel tolère pour un temps les hommes pervers; il se sert d'eux parfois, pour punir d'autres criminels; mais il ne les bénit pas: il les laisse combler la mesure de leurs forfaits, puis les anéantit à leur tour. Nous avons une comparaison sous les yeux : le ciel a donné aux hommes les cinq éléments (métaux, bois, eau, feu, terre) ; quand ils s'en sont servis jusqu'à extinction, alors tout et fini ; il n'y a plus de remède possible.
Si le premier ministre était disposé à se contenter de ces considérations philosophiques, d'autres dignitaires n'étaient pas si paisibles ; Siun-ou ^ ^, un des grands officiers^ lui fit la remontrance suivante: nous avons (iéjà laissé prendre Tch'en ^; si nous n'allons pas au secours de Ts'ai ^, qui donc aura confiance en nous? Nous sommes devenus impuissants! Cela saute aux yeux de tout le monde ! Si notre roi est le chef des vassaux, et ne sait pas les protéger, à quoi sert son titre? Ce n'est plus qu'un vain honneur !
Le roi de Tsin § convoqua une réunion des princes féodaux à Kiué-yn i^ ^ (1)? pour aviser aux moyens de secourir le pays de Ts'ai. Tse-p'i -^ ^, ministre de Tcheng ^, était sur le point de partir, quand le lettré homme d'état Tse-tch'an ^ ^1 chercha à le retenir: votre voyage sera sans effet, lui disait-il; sauver un état comme celui de Ts'ai est impossible; il est si petit et si mauvais ! Celui de Tch'ou est si puissant et si pervers ! L'un et l'autre périront ; le ciel va se servir de Tch'ou pour anéantir Ts'ai; mais, dans trois ans Ling-wang recevra à son tour son châtiment ; car dans le bien comme dans le mal, le cours du ciel s'accomplit dans un cycle de douze ans, et la sai^ction arrive.
(1) Kiué-yn=On en ignore l'emplacement.
Comme on le voit, c'est toujours la même ritournelle de lettrés. Le congrès des vassaux n'aboutit à rien ; le roi de Tsin envoya le grand officier Hou-fou |K ^ prier Ling-wang de rétablir le pays de Ts'ai dans son premier état; ce fut tout ! Il y avait donc une raison à cette lâche attitude; l'historien ne la dit pas; mais on peut la soupçonner; tout le monde craignait de se mesurer avec Ling-wang, roi puissant et cruel.
Quant à lui, il se moque du congrès; à la llème lune, il anéantit le marquisat de Ts'ai, emmena le prince héritier Yn ^, et Timmola en sacrifice sur la montagne Kang-chan ^ [Ij (1). Le loyal conseiller Ou-yu M ^ lui reprocha vivement ce crime : il n'est pas même permis, dit-il, d'échanger entre elles les cinq espèces de victimes; combien moins peut-on immoler un prince ! Pareille chose vous portera malheur! (2).
Ling-wang se souciait fort peu de savoir s'il agissait bien ou rr\al; il ne visait qu'à son intérêt; le succès était tout pour lui. Il fît fortifier solidement les villes de Tch'en |^, de Pou-keng ^ (3) et de Ts'ai; dans cette dernière, il plaça son frère K4-tsi ^ comme gouverneur.
Sur ce dernier fait, il eut quelque inquiétude; il demanda à Ou-yu -;|?-^: que pensez-vous du choix que j'ai fait de mon frère, comme gouverneur de Ts'ai? L'officier lui répondit: d'après le proverbe, personne ne connaît mieux l'officier que son roi. L'histoire nous enseigne que Tcheng Tchoang-kong PP ^ 5V (^'^^" 702), ayant fortifié la ville de Li >g| (4), en nomma gouverneur son propre fils Tse-yuen ^ 7c ; ensuite de quoi, Tchao-kong Dg ^, prince héritier et successeur, perdit le trône et la vie; ce choix fut donc une grande faute! Au contraire, Ts'i Hoan-kong H fé S- (684-643), ayant fortifié la ville de Kou iS (5), y plaça le grand officier Koan-tchong § fiji ; depuis lors cette forteresse a toujours été un des plus fermes appuis du royaume ; voilà un
(1) Kangchan = daî)S le Hou-pv'^ ; inaÎK on ignore en quel endroit.
(2) Les cinq victimes étaient : Iv Iconf, It^ ])ouc, le. chien, le porc, et le coq.
(3) rou-ke.ng=il y a deux villes de ce nom: celle de Vesi était an nord-ouest de Ou" yang bien jpp |^ j^ •> qui est à 170 li nord-est de sa préf fcture Nan-yang fou j^ |^ /jaT [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 48.) — (g. Fa., vol. 51, p. 30), celle de l'ouest était au sud-est de Siang-tch'eng bien ^ JM !|) - ' q^ù est à 90 li sud-ouest de Hiu-tcbeou |t JT| [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 59.) — (g. Fa'., vol. 47, p. 46). On ne sait au juste laquelle fut fortifiée.
(4) Li = c'est Yu-tcbeou t^ ^11? îl 320 li sud-ouest de sa préfecture K'ai-fong fou M ^ M [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. fi.) — (g. Fa., vol. 47, p. 50).
(5) Kou = c'est Tong-ngo bien ^ M |^,« à 210 li nord-ouest de sa préfecture T'ai-ngan fou >(C "$ jff [Cban-tong} (p. Fa., vol. 10, p. 14). I/édition impériale, vol. 10, p. 33, a une longue discussion sur l'identification de cette ville ; nous suivons l'opinion de l'érudit Kou Ycn-ou ^ 5^ TC? dans son ouvrage intitulé Je-tche-lou P ^ ^ [vol. 4, p. 18, et vol. 31, p. 21] .
choix bien fait ! Mes maîtres m'ont enseigné aussi ce principe ; aucun des cinq grands seigneurs ne doit être gouverneur à la frontière; aucun mince talent ne doit entrer au palais; aucun proche parent du prince ne doit résider trop loin de la cour ; aucun officier transfuge ne doit avoir une charge auprès de roi. Or voilà votre frère loin de la cour, et l'étranger Jan-tan jg|^ au palais ; que votre Majesté veuille prendre bien garde!
Un autre jour, Ling-wang dit k ce mémo Ou-yu : notre pays a maintenant de belles forteresses; qu'en pensez-vous? Celui-ci lui répondit: le prince de Tcheng ^ avait aussi bâti les forteresses de King jig (1) et de Li il^\ ce fut l'occasion de la révolution de 554 (dont on Vient de parler) ; le prince de Song ^ avait bâti les deux forteresses de Siao H et de Po ^ (2) ; ce fut la cause de la révolution de 682, dans laquelle fut tué le prince Tse-yeou «^ , dans le royaume de Ts'i ^. La forteresse (3) de Kiu-k*ieou 5B fut le principe de la révolution de 685, où fut tué le prince Ou-tche M ^ ; dans le pays de Wei |^, on bâtit les forteresses de P'ou f^ et de Ts'i J^ (4), ce qui causa l'expulsion du prince Hien-kong ^ ^, ^i^ 559. D'après ces faits historiques, on peut conclure que votre Majesté a fait une faute qui portera malheur à son royaume. Le proverbe dit: si la branche est trop lourde l'arbre se brisera; si la queue est trop lourde, on ne peut l'agiter! Ce conseiller avait raison, dans deux ans, nous verrons la révolte éclater dans ces forteresses de Tch'en |^ et de Ts'ai ^.
En 530, à la 5^'^^^^' lune, Ling wang faisait mettre à mort le prince Tch*eng-hou ^ ^ (appelé Tch'eng-hiong ^ ]|| par Confucius), à cause de certains soupçons sur sa conduite; mais la vraie raison était celle-ci: ce dignitaire était le petit-fils de l'ancien premier ministre Tse-yu ^ 3E î c'était donc un des descendants du roi Jo-ngao ^- ^ (790-763), comme la fameuse famille Teou f^, exterminée en 605 ; Ling-wang craignait de le voir un jour
(1) Kinp:=était à 30 li sud-pst do Yoiip:-yaiii,' liieii !^ |W /HR' Qwi est tl 200 li à l'ouest de sa préfecture K'ai-fonf? fou Pa ît /îï [Ho-naii] (p. Fa., vol. 12, p. 8.) — (g. Fa., vol. 47, p. 57).
(2) Siao = était Ti 10 li nord-ouest de Siao-hien "^ !^i qui est Ti 45 li sud-ouest de sa préfecture Siu-tcheou fou ^ *M jjj (p. Fa., vol. 4, p. 28).
Po= était un peu au nord-ouest de Koei-té fou ^ fg J^ [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 12).
(3) Kiu-lv'ieou= était îl 10 li sud-ouest de Ngan-k'ieou bien 'S 5\) ^ qui est îllGO 11 sud-est de sa préfecture Ts'ing-tcheou fou rq yj] /JJ [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 26.) — (g. Fa., vol. 35, p. 21).
(4) P*ou=c'est Tcliang-yuen bien ^ J0 ^i à 250 li sud-ouest do sa préfecture Ta-ming fou :)^ ^ M [Tche-li] (p. Fa., vol. 2, p. oo.) — (g. Fa., vol. 10, p. 41).
Ts'i= était à 7 li au nord de K'ai-tcheou pfl yj\ i qui est ù 120 li au sud de sa préfecture Ta-ming fou (p. Fa., vol. 2, p. 54.) — (g. Fa., vol. IG, p. 36).
prétendre à la couronne, il voulut s'en débarrasser, n'importe sous quel prétexte. Quant au malheureux prince, il avait été averti .en secret, par des amis, du danger qui le menaçait; il n'eut pas le courage de fuir; il tenait trop à sa haute dignité^ et aux émoluments qu'elle lui rapportait ; ce fut sa perte.
A la xO^™® June, Ling-wang se livait à de grandes chasses, dans le territoire de Tcheou-lai fi\ ^, k \a, jonction des rivières Yng U et Hoai JH, à l'endroit appelé alors Hia-ts'ai If ^ (1). Pendant ce même temps, il ordonnait à cinq de ses grands officiers de conduire une armée contre la principauté de Siu ^: son but était de harceler le roi de Ou ^, ami et protecteur et voisin de ce petit état. Quand les hostilités furent commencées, lui-même se rendit à Kan-k'i ^ ISf (2), pour être prêt à porter secours en cas de besoin. Les cinq officiers chargés de cette expédition étaient les suivants : T'ang-heou ^ ^, P'an-tse ^ ^, Se Ma-tou ^ ^ îg-, Hiao Yn-ou 3^ ^ -^ et Hi ^ gouverneur de Ling ^ (3). Personne ne soupçonnait que Ling-wang fût à sa dernière campagne, et qu'il ne reverrait pas sa capitale ; encore moins pouvaiton prévoir le manière dont il allait perdre le trône et la vie.
Lui-même, d'ailleurs, semblait dans une parfaite sécurité ; le récit de l'historien en fait foi ; voici ce qu'il en raconte. Un jour il tombait de la neige ; Ling-wang sortit pour faire une promenade ; il n'avait pour compagnon que le grand officier Si-fou jjg^ ^, le conducteur de son char; pour vêtements, il avait un bonnet (ou chapeau) en fourrure, une robe ouatée de duvet, don du roi de Ts*in ^, un manteau (ou surtout) orné de plumes de martin pêcheur, des souliers en peau de léopard ; le fouet en main, il guidait lui-même son attelage.
Au retour, vers le soir^ il aperçut le grand officier Jan-tan 4ft ^ [encore appelé Tse-ko -^ ^] qui l'attendait ; aussitôt il ôta son fouet, puis revint s'entretenir avec ce dignitaire, dont l'office était Yeou-yn :ff ^ (c'est-à-dire directeur de la droite). Il lui dit: autrefois mon ancêtre Hiong-i ^ ^ (1122-1079), Liu-ki g {5 de Ts'i ^, Wang Suen-meou ^ ^, ^ de Wei |{Ç, Si-fou ^ ^ de Tsin §, et K'in-fou 'li' ^ de Lou ^, ayant tous les cinq servi avec grand dévouement l'empereur K'ang J^ (1079-1053), celui-ci récompensa largement les 4 autres princes ; mais il n'eut pas le temps de récompenser mon ancêtre, enlevé trop tôt par la mort. Je pense maintenant envoyer une ambassade auprès de
(1) Hia-t8'ai= anciennement appelé Tcheou-lai = était à 30 li au nord de Cheoutcheou § JW 1 qui est îl 180 li à l'ouest de sa préfecture Fong-yanf,' fou M* m M [Ngan-hoei]. La Hoai iW- osth 25 li nord-ouest de Cheou-teheou ; sa jonction avec la Yng ^ se fait il 40 li nord-ouest de Cheou-tcheou 'p. Fa., vol. G, pp. 24 et 2G.) — (g. Fa. vol. 21, p. 25).
(2) Kan-k'i = ou K'ien-k4= (voyez à l'année 536).
(3) Ling = inconnue.
l'empereur, lui demander en cadeau les neuf trépieds (Kieou-ting "hi M) (^) i croyez-vous qu'il mo les accorde? — Certainement! répondit Jan-tan, car votre ancêtre Hiong-i s'était retiré dans le pays sauvage de King-chan ^j ilj (2) ; il n'avait qu'un char en bois brut, des vêtements misérables ; il devait vivre au milieu des broussailles, courir par monts et par vaux#pourle service de l'empereur; son arc était en bois de pêcher; ses flèches en jujubier sauvage; avec des moyens si précaires, il devait pourtant écarter, repousser les ennemis de l'empire ; qui donc eut plus de mérites que lui? Mais le roi de Ts*i ^Ç, était ronde maternel de Tempereur Tch'eng jj)^; les princes de Tsin Ç. de Lou <^., et de Wei gg, ses propres frères; voilà, sans aucun doute, la raison pour laquelle ils furent récompensés, tandis que votre ancêtre fut oublié! Mais, aujourd'hui, les rôles sont changés; l'empereur Tcheou ^ et les quatre princes en question sont au service de votre Majesté ; elle n'a qu'à dire un mot pour être obéie ! Comment vous refuserait-on les neuf trépieds?
Ling-wang reprit: autrefois, K'oen-ou ^ §, l'oncle de mon ancêtre, demeurait dans le pays de Hiu (3) ; maintenant, c'est le prince de Tcheng ^ qui, dans sa rapacité, s'est emparé de ce territoire; si je le lui réclame, pensez-vous qu'il me le rende? — Assurément ! répondit Jan-tan ; l'empereur vous accordant les neuf trépieds, qui donc oserait vous refuser quelque chose?
Autrefois encore, ajouta Ling-wang, les princes féodaux ne se préoccupaient guère de notre pays ; le roi de Tsin § recevait leurs hommages; maintenant que j'ai fortifié les villes de Tch'en 1^, de Ts'ai ^ et de Pou-keng ^ ^; maintenant que j'ai mille chars de guerre, les vassaux vont-ils craindre à respecter mon autorité? — Qui pourrait en douter? répondit Jan-tan; h'auriezvous que ces forteresses, qu'ils auraient déjà grand'peur ! Or, avec un royaume comme celui de Tch'ou, comment ne respecteraient-ils pas votre Majesté?
A ce moment, le directeur des travaux [Kong-yn X f*]» nommé Lou j^, entra et dit au roi ; votre illustre Majesté a ordonné de sculpter des morceaux de jade, pour en orner les manches de vos haches de combat; oserais-je lui demander de
(1) Lesneuf trépieds [Kieou tiiig /L ^J~Noii& avons déjà expliqué, dans l'histoire du royaume de Ts'in ^î quelle importance on attachait alors à ces fameux tré, pieds ; ils étaient comme le palladium de la Chine ; quiconque les avait, était par le fait môme le véritable «empei'eur». Qu'on ju^e alors de l'ambition de Liuff-wang ! Il rôvait, ni plus ni moins, ù, l'empire !
(2) King-chan = cette montagne est à 80 li nord-ouest de Nan-tchang bien ÎH PfC lH, quit est à "120 li sud-ouest de sa préfecture Siang-yang fou § ^ /JJ [Hou-pè] (p. Fa., vol. 21, p. 29.) — (g. Fa., vol. 79, p. 19).
(3) Hiu = cette antique principauté, c'est Hiu-tcheou Wr >W| [Ho-nan] (p. Fa. vol. 12, p. 57.)
vouloir bien préciser le travail à exécuter? Ling-wang sortit pour aller donner ses ordres; Jan-tan resta seul avec Si-fou 3^ fC' ^® conducteur du char royal.
Quel vilain flatteur faites-vous ! dit celui-ci à Jan-tan ; vous, l'appui, Tespérance de notre royaume, comment vous faites-vous récho de telles fantaisies? Est-ce ainsi que vous pensez au bien de l'état? — Patience! répondit Jan-tan; j'aiguise d'abord mon couteau, pour couper plus facilement ces excroissances extravagantes!
A ce moment, Ling-wang rentra et reprit son entretien. I-siang ^ ;fg, l'historiographe de gauche [c'est-à-dire celui qui relatait les paroles du roi destinées à l'histoire] vint justement à passer: Voilà un historien modèle! dit Ling-wang; que votre seigneurie le tienne en grande estime ! C'est un homme qui
possède à fond les trois fen [H JÉl' ^^^ ^^^^ *^®^ [5 JHi î^^ huit souo [J\ 5^] et les neuf k'ieou [ji flj] ! (1).
J'ai déjà expérimenté sa science, répliqua Jan-tan. Autrefois, l'empereur Mou-wang ^ î (1001-947) ne désirait qu'une chose, c'est-à-dire suivre tous les caprices de son cœur ; il se promena dans tout l'empire, voulant laisser partout la trace de ses chariots et de ses attelages; alors Meou-fou ^ -J^, prince de Ts'ai ^ (2) son grand ministre, chercha le moyen de réprimer cette extravagance; il composa l'ode K'i-tchao fÇ ^, dans laquelle il loue le ministre de ce nom, pour corriger son maître ; grâce à cette ode, l'empereur eut le bonheur de mourir dans son palais Tchekong fiS '^^ Je demandai ces vers à l'historiographe; il m'avoua les ignorer; ne connaissant pas des événements plus proches de nous, comment peut-il posséder à fond la haute antiquité?
Vous pouvez-donc me réciter ces vers? reprit Ling-wang. — Oui, sans doute, répondit Jan-tan; le? voici: Ah! que K*i-tchao, notre ministre de la guerre, est pacifique et doux ! Comme il fait éclater la grande renommée de notre glorieux empereur! Il trouve moyen d'engager son maître à garder la mesure en tout, comme le jade et l'or ont chacun leur nature et leur usage pro-
(1) Les San-fen ^ J^=rce sont les livres qui traitent dos trois plus anciens empereurs, Fou-hi ix ^î Chen-nong ^ >R et Hoang-ti Sf W*
Les Ou-tien £ ^ = racontent riiistoire des cinq empereurs Chao-hao 3^^» Tchoan-hiu f|^ ^» Kao-sin ^ ^î Yao ^ et Choen ^- —
Les Pa-souo 7K ^=ce sont les «Pa-koa /V S^^^' ouvrage cabalistique dont l'interprétation donne, soi-disant, la clef de tous les événements, de toutes les destinées.
Les Kieou K'ieou TL K~ce sont les histoires des neuf provinces des temps primitifs iKieou-tcheou it W)'
(2) Ts'ai ( écrit sans la partie supérieure «» ) = Cette petite principauté avait été donnée en fief au S*"»» fils de Tcheou-kong ^ ^ î elle était à 15 li nord-est de Tchengtcheou ^ iW » qui est à 140 li à l'ouest de sa préfecture K'ai-fong fou P^ ^ Jff [Ho-nan] (g. Fa., vol. 1, p. 14 ; et vol. 47, p. 55).
tit
près. Aussi, rien qui ne soit adapté aux circonstances! L'empereur, avant d'imposer une corvée à son peuple, examine ses forces, et demande ses services dans une juste mesure. Il est éloigné de tout excès dans la nourriture et le vin.
Ayant entendu ces paroles, Ling-wang salua Jan-tan, et se retira dans ses appartements ; on apporta son souper, il n'y toucha point; plusieurs nuits de suite, il ne put dormir; mais cet accès de bonne volonté ne dura pas longtemps ; il retomba de nouveau dans ses excès ; ainsi il ne put échapper à son malheureux sort.
Tchong-ni fi|i ^, c'est-à-dire Coufucius, a écrit sur ce prince la remarque suivante : «il y a un ancien livre qui dit : se vaincre pour observer les règles établies, cela s'appelle pratiquer l'humanité ; voilà un principe vraiment bon ! Si Tch'ou Ling-wang l'avait mis en pratique, il ne serait pas arrivé à cette honte qui l'attendait àKan-k^i ^^l —
A l'année 529, Confucius écrit: «le prince Tse-pi ^ Jfc, en exil au pays de Tsin §, rentre dans sa patrie, tue le roi de Tch'ou son frère, à Kan-k*i, pour régner à sa place.» Le lecteur jugera si ces paroles du «philosophe,» du «saint,» ne sont pas complètement fausses ; puisque Confucius était contemporain, et pouvait savoir la vérité, ne faut-il pas dire que son récit est mensonger ? Ce mot est bien fort ; mais y a-t-il une autre éphithète pour un écrit semblable ?
Voici les faits racontés par Tsouo K'ieou-ming ^ ^ Bfl et d'autres historiens : Lorsque Tch'ou Ling-wang ^ ^ 3E n'était que premier ministre, en 543, il avait mis à mort le ministre de la guerre Wei-yen ^ ^, et s'était emparé de ses biens. Devenu roi, il avait pris les terres du seigneur Wei-kiu ^ Jg, parent du précédent ; aussi cette famille en avait-elle conçu une grande haine. De plus, il avait forcé le peuple de Hiu |^ d'émigrer^ et avait gardé comme otage le seigneur Wei ^. Autre chose: quand Ling-wang anéantit la principauté de Ts'ai, le seigneur Wei p^ avait été mis à mort ; son fils était devenu officier à la cour de Tch'ou ; il était en si grande faveur qu'il fut nommé gouverneur de la capitale, pendant l'expédition de Kan-k'i $^ ^;,mais ce dignitaire n'attendait que l'occasion pour venger son père. Encore: à la réunion des vassaux, à Chen Ë^, en 538, un grand ofïîcier du royaume de Yué j^ avait été gravement offensé < Enfin : Lingwang avait pris la ville de Tchong-cheou 4* ip au grand seigneur Teou Wei-koei ^ ^ ^, petit-fils de l'ancien ministre Tse-wen ^ ^. Man Tcheng-jan, fils de ce même seigneur, avait dû aussi résigner son propre fief; celui-ci dissimula .sa haine, pour ne pas s'attirer de plus grands malheurs ; il reçut même un poste de gouverneur à la frontière, charge très importante à cette époque; il avait toujours été l'intime du prince K'i-tsi ^ ^, frère du roi, et maintenant gouverneur de Ts'ai ^. A tous ces mécontents, i) faut ajouter un bon nombre de grands officiers, qui avaient perdu
leurs places à ravénement de Ling^-wang* Une conjuration était inévitable ; elle ne tarda pas à se produire ; Tch'an^ Cheou-kouo ^ S iBî grand officier, .originaire de Yué j|| s'en constitua le chef; il leva l'étendard de la réVolte, assiégea {)lu8ieurs forteresses, prit là Ville de Si-tcheou j^^ ^ (1) où il établit son quartier général.
Tous ces rebelles n'étaient que des subalternes; il fallait des personnages plus haut placés, pour en imposer au peuple^ et Tentraîner dans leur parti ; hous allons les voir arrivel*, d'une façon assez singulière :
En 551, un certain officier de Tch'ou, nommé Koan-k*i m^, avait été écartelé pour ses concussiohs ; son fils Koaii-ts*ong|^:^ était alors au pays de Ts'ai ^ ; il y resta désormais, employé au service du seigneur Tch*ao-ou ^ ^; C'est cet homme qui va devenir la cheville ouvrière du complot; intelligent^ audacieux, il avait tout ce qu'il fallait poût le mener à boHne fin. Voyant donc la révolte. se propager^ el cohnaissant là haine universelle contre Ling-wang, il dit à son maître : ô'est lé moment; ou jamais, de rendre à ce pays de Ts'âi son indépendance j essayons ! Servons-nous du nom de K'i-tsi ^ ^ pour l'appelée ses deux frères, les princes Tse-kan ^ ^ et Tse-si -^ Ç^ qui sont à la cour de Tsin §. Il alla les attendre à la frontière ; il leur doftlttiunique son stratagème^ et les força de jurer alliance avec lui; puis il les introduisit dans la capitale de Ts'cli. K'i-tsî était à diner quand^ ils se présentèrent : il fut si stupéfait qu'il s'enfuit aussitôt. Koan-ts^ong ne se trouble point ; il engagea les deux frères à se mettre à table ; après le repas, il creusa un trou dans la terre, y versa le seing d'une victime, eut laquelle il avait déposé le prétendu texte de la conjuration ; après, les deUJÉ frères se hâtèrent de prendre le large. K'oan-ts'ong fit au peuple de Ts*ai la proclamation suivante : Notre ëeigneUr et gouverneur a appelé ses deux frères ; il a juré avec eux un traité d'alliance ; il veut les réintroduire dans leur patrie ; il lé§ a envoyés en avant^garde ; lui-même organise une armée pour appuyer lexit revendication.
Tout d'abord, le peuple crut à une mystification ] il voulait saisir Koan-ts*ong et le massacrer; mais celui-ci répondit aved sang-froid : les deux frères sont en sûreté, l'armée s'est déjà formée; si vous me tuez, à quoi cela vous servira-t-il ? Sur ce, on le laissa tranquille.
Son maître Tch'ao-ou j^ ^, s'adressaht à la noblesse de Ts'ai : Messieurs, disait-il, si vous voulez mourir pour Ling-wang, vous n'avez que faire de suivre K4-tsi ; vous n'avez qu'à attendre, et voir à qui sera le succès ; mais si Vous voulez une paix
(1) Cette ville était du royaume de (teh'qu ; mais on n'en connaît pës l'endroit. Quant à cet officier de Yué, nous en avons parlé à l'année 537, 10*™« lune.
stable, vous devez vous joindre à lui, pour l'aider à mener son entreprise à bonne fin. De plus, si vous faites opposition à votre gouverneur, de quel côté attendez-vous ilu secours?
On pouvait lui répondre : Ling-wang viendra lui-même à notre aide. Mais^ déjà les esprits étaient fascinés par l'espérance de la liberté reconquise ; à l'unanimité on promit de se réunir aux conjurés, et d'aider le gouverneur ; on appela les deux princes, et l'on jura alliance à Teng gg (1); les principautés de Tch'en JfJH et de Ts'ai ^ furent rétablies, et les conjurés s'appuyèrent, pour attaquer le royaume de Tch'ou, sur ses propres conquêtes.
Pendant ce temps, K*i-tsi avait été mis au courant du complot : les choses étant arrivées à ce point, il n'eut pas le courage de résister; il ne songea plus qu'à diriger le mouvement, pour le faire tourner à son profit. Lui et ses deux frères, avec les seigneur Man Tch'eng jan ^ js£ ^ ^t Tch'ao-ou ^ ^ conduisirent les troupes de Tch'en ^, de Ts'ai ^, de Pou-keng /f, J|, de Hiu ff et de Ché ^ ; les quatre grandes familles ennemies de Lingwang amenèrent aussi leurs contingents ; tous ensemble envahirent le royaume de Tch'ou, et parvinrent sous les murs de la capitale.
Les gens de Tch'en et de Ts*ai voulaient construire un grand tertre, ou rempart en terre, pour laisser à la postérité un souvenir de leur délivrance ; K'i-tsi les en dissuada : hâtons-nous d'entrer dans la ville, leur disait-il ; épargnons à nos troupes une corvée inutile : construisons une simple chaussée, pour protéger notre camp ; cela suffît ! Il ordonna aux deux grands officiers de Tch'ou, Siu Ou-meou ^ ^ ^ et Che-pi ^ :j^, ses intimes, d'entrer les premiers dans la capitale, de se rendre immédiatement au palais, d'y massacrer les deux fils de Ling-wang, le prince héritier Lou jjg^ et le prince Pa-ti ^ j^. Aussitôt dit, aussitôt fait.
Le prince Tse-kan -J ^ fut déclaré roi : le prince Tse-si -^ ^, premier ministre; mais, pour plus de sûreté, tous deux demeurèrent à Yu-pi ,ffi ^ (2), attendant la fin des événements. K'i-tsi ^ ^, nommé ministre de la guerre, se chargea de faire évacuer le palais royal. Il envoya Koan-ts'ong ^ ^ à Kan-k4 ^ g||, pour déboucher les troupes de Ling-wang, et les rallier au parti des rebelles: quiconque rentre le premier, garde son emploi, leur disait-il ; quiconque ne se hâtera pas, aura le nez coupé !
C'est alors que Ling-wang apprit la révolution excitée contre
(1) TeDg=était à 35 li sud-est de Yen-tch'eng bien 1115 :fcfe S|î qui est à 120 li au sud de Hiu-tcheou oT '/M [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 59.) — (g. Fa., vol. 47, p. f7).
(2) Yu-pi = était au nord-ouest de T'ien-m en bien X P^ H^' q"i ♦^st jI 210 H sud-est de sa préfecture Ngan-lou fou ^ ^ !f^' [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21. p. 15.) — (g- Fa., vol. 77, p. 24^
lui; vite, il reprit le chemin de sa capitale; mais arrivé à Tseleang ^ ^ (1), ce fut un sauve-qui-peut général. Quand on lui annonça la mort de ses deux fils, il se laissa tomber de son char en s'écriant: est-ce que jamais personne a aimé ses enfants comme moi ! Un de ses officiers lui répondit ; les autres hommes les aiment encore plus que vous ; car ils savent que s'ils n'ont pas d'enfants, ils finiront leur vie dans un fossé ! — Ah ! s'écria Ling-wang, j'ai causé la mort de tant de jeunes gens ! Je devais en subir la peine !
Jan-tan fl^-f^ lui dit: restons ici, à la frontière du royaume, pour voir à quoi se résoudra le peuple, à qui il adhérera. — Non répondit Ling-wang, il ne faut pas provoquer la colère de cette multitude en révolte! — Alors, retirons-nous dans une des grandes forteresses, et demandons du secours aux princes nos alliés ! — Toutes les forteresses font cause commune avec les rebelles ! — Alors, enfuyons-nous chez un des princes féodaux, et attendons ce que les grands états vont décider à notre égard ! — Non, c'est impossible î Un malheur comme le mien est irréparable ; nous ne ferions qu'augmenter notre honte !
Jan-tan quitta la place, et se rendit à la capitale. Ling-wang ne sachant que faire, ni où aller, errait sur les bords du fleuve Hia J[, espérant parvenir à la ville de Yen 3|[5 (2). Chen-hai ^ ^, fils de l'intrépide Ou-yu ^ f^, apprit cette triste chute : mon père, disait-il, s'est montré deux fois revêche envers le roi sans en avoir subi la colère; un tel bienfait ne doit pas s'oublier! Sur ce, il alla chercher Lingwang; il le trouva auprès d'un petit village (Ki f^], et le ramena chez lui.
En été, à la 5^"^« lune, au jour nommé koei-hai ^ ^ (3), Ling-wang se pendit, dans la demeure même de son hôte. Chenhai ^ ^ l'enterra, et deux de ses propres filles furent enfermées dans le même tombeau (4).
Qu'on se rappelle maintenant les paroles de Confucius. Ce n'est ni par un assassinat, ni de la main de Tse-pi ^ J:^ (Tse-kan ^ •^), ni à Kan-k'i ^ ^ que Ling-wang trouva la mort. Que
(1) Tse-leang= ville de Tch'ou, dont on ignore l'emplacement.
(2) Le fleuve Hia = c'est le fleuve Han §|î f^rand affluent du Yang-tse-kiang. Yen=se trouvait à 9 li sud-ouest de I-tch'eug bien S ^K -^' Çl^i ©st îl 120 li
sud-est de sa préfecture Siang-yang fou ^ |^ /Jj [Hou-pé] . Le fleuve est à 4 li à l'est (p. Fa., vol. 21, p. 28).
La monographie de la montagne Ta-pié-chau y^ ji*} |JJ [vol. 4, p. 24.] dit que Ling-wang remontait, en barque, la rivière Hia, depuis Han-k'eou fH M jusqu'à Yen.
(3) C'est-i\-dire le 2G«'n« jour d'avril.
(4) Voilà encore un exemple de victimes humaines, sans qu'on puisse trouver d'autre raison que la superstition, c'est-à-dire l'influence du diable, ennemi de la nature humaine. Quand, plus haut, Ling-wang sacrifia le prince héritier de Ts'ai, on pouvait supposer des raisons politiques, mêlées de superstition ; ici, rien de semblable.
dire d*une telle rédaction V Oonfuciua a employé le caractère ehe ^, qui signifie meurtre d'un père ou d'un souverain., Taepi s'était enfui au royaume de Tsin ^, lorsque son frère Ling- Wang s'était emparé du trône; on le trompa, pour le faire revenir; il fut l'instrument de la la révolution ; nous allons le voir en être la victime; comment Confucius peut il, lui, contemporain de ces événements, rejeter le tout en bloc sur la tête de ce prince ? Comment n'en accuse-t-il pas K4-tsi, lui qui est bien autrement coupable ?. '
Reprenons notre récit: Koan-ts'ong |^ ^ s'était rendu auprès du nouveau roi Tse-kan ^ ^ (Tse-pi) ; il lui dit : il faut vous défaire de K'i-tsi ; autrement, il vous arrivera malheur ! -»- Je ne puis me résoudre à un tel crime ! répondit le prince, -r- Lui s'y résoudra bien! répliqua Koants'ong; quant à moi, je voua quitte pour ne pas assister à votre mort! Sur ce, il s'en alla ; il n'avait vu que trop juste.
A la capitale^ c'étaient chaque nuit des rumeurs et des clameurs ; Ling-wang revient! Ling-wang est revenu ! K4-tsi préparait ainsi son coup. Au jour nommé i-mao ^ ^, c'est-à-dire Je 18è»ae (de la 5^^^ lune), il fit crier : Lingwang est rentré ! Ling-wang est rentré le peuple était dans la consternation. Pendant ce temps, il envoyait son intime Man Tch'eng-jan ^ j£ ^ auprès des deux princes Tae-kan et Tse-si, avec le message suivant : le roi est rentré ; le peuple à déjà massacré K^i-tsi; que V05J seigneuries se hâtent de prendre un parti ; car la foul& s*agite comme une mer en furie, comme un incendie terrible ; impossible de lui échapper \ Il parlait encore que des clameurs se firent entendre du dehors ; de nouveaux émissaires entraient dans le palais, confirmant les paroles du traître, et assurant que la foule accourait derrière eux. Les deux princes se suie^idèrent.
Le lendemain matin, K'i-tsi montait sur le tr6ne; il prit pour nom Hiong-kiu ]|| ^ ; mais il est plus connu sous so^ nom posthume P'ing-wang Zp 2, le roi pacifique ! C'est ce même homme que nous avons vu si attentif à ne pas endommager les champs sur le bord de la route, alors qu'il se rendait en ambassade à la cour de Tsin §. G vertu païenne quelle chose, dans les livres !
Le nouveau roi enterra son frère Tse-kan -^ ^ à Tse ^ (1); c'est pourquoi ce prince reçut le nom de Tse-ngao ^ |^, c'est-àdire: le roi de paille inhumé à Tse; c'est le commentaire que nous donne cette explication : dans le langage de Tch'ou, on appelait ngao le roi qui n'avait pas régné, et par conséquent ne recevait pas de nom posthume (2).
Pour calmer le peuple, Hiong-kiu (K'i-tse) fit tuer un malfai-
(1) Tse= Je n'ai pu identifier cet endroit.
(2) Voici le texte chinois :
teur en prison ; revêtit le cadavre de vêtements royaux, et le jeta dans le fleure Han ^ ; on alla ensuite le repêcher, et il fut enterré solennellement. Le drame était joué ; plus aucune rumeur ne fut entendue; le peuple accepta docilement le nouveau joug qui lui était imposé. Man Tch'eng-jan ^ J^ ^ devint premier ministre; il méritait bien cette récompense, pour ses tristes services.
Il faut maintenant revenir un peu en arrière, pour examiner ce qui se passait avec le roi de Ou ^., contre qui Ling-wang avait si malencontreusement lancé sa dernière campagne. L'armée qui assiégeait la capitale de Siu f^, apprenant le départ de Lingwang, se mit aussitôt en route pour retourner dans ses foyers; en chemin, elle subit une grande défaite, à Yu-tchang ^ ij^ (3) ; les cinq généraux furent faits prisonniers; ils restèrent sans doute au pays de Ou, car leur nouveau roi n'avait guère le temps de s'occuper d'eux.
Hiong-kiu rétablit les principautés de Tch'en ^ et de Ts'ai ^ ; il laissa retourner dans leurs patries respectives les populations que son frère avait forcées d'émigrer (4) ; il distribua de larges aumônes au peuple; il publia une amnistie, pour réparer les maux de la guerre civile ; il rendit leurs charges aux dignitaires digrâciés par Ling-wang.
(3) Yn-tchang=e3t une montagne, â 40 li à l'est de Té-ngan fou ^ 3C jff [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 16.) — fg^. Fa., voi. 77, p. 27). Ce dernier recueil dit qu'il n'y a pas de doute sur cette identification ; mais quelques auteurs ne l'acceptent pas.
(î) Outre les populations que? Bons avons indiquées ; à l'année 533, il faut ajouter celles de Hou rB» ^^ Chon ^i de Tfto 3B' de Fang ^ et de Chen Ç-
Hoa- - sa capitale était à 2 li nord-oneat de Yng-tcbeou fou ^^ yt\ jjj [Nganhoei] (p. Fa., vol. 6, p. 30.) — (g. Fa., vol. 1, p. 16).
Chen=sa capitale était la viUe actodie Chen-k'ieou bien ^ fp J^» qui dépend de Tch'eu-tcbeou ^ jtl [Ho-nan] (.p. F&^ vol. 12, p. 57.^ -- fg. Fa., vol. 1, p. Uh
Taa= sa capitale était à 10 li sud-oi8e»t de Si bien J^% J|p r quâ dépend de Koan^teheou 36 !/*i [Ho-nan] (p. Fa-, vol. 12, p. 68.) — La géographie de Hoan-yu-ki ^ ^^ Eu met cette capitale à 20 li au nord de K'io-chan bien ff^ \il ^ dans }a préfecture de Jou-ning fou f^ ^ ifif [Ho-naii] (g. Fa., vol. 50, p, 27k
Fang = sa capitale était la ville actuelle de Soei-p'ing bien SS T^ JK d<Mit la préfecture est Jou-ning fou ^ ^^ fn [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 52).
Cben=sa capitale était au nord de Nan-yang fou 1^ ^ J^ [Ho-nan] , comme noua l'avons déjà plusieurs fois indiqué.
Tout ce monde avait été transporté au pied de la montagne King-cban 5fl| Ui » pays fermé de trois côtés, ouvert seulement au sud-est, comme une cour de prison;, c'est à 80 li nord-oueat de Nan-tcbang bien to v? ^B' qui est à 120 li sud-ouest de Siangyang fou [Hou-pé] , comme nous l'avons àéjii écrit un peu plus baut.
Quant à la principauté de ïcb'eng, Hiong-kiu la rendit au prince Ou ^^ ( 9uenou), qui avait été ramené par Ling-wang, mais n'avait pas été placé sur le trône.
Quant à celle de Ts'ai, Hiong-kiu la rendit au prince Liu Js.: dont le père avait été immolé en sacrifice, par Ling-wang.
Quant à Koan-ts^ong |^ {£, qu'il connaissait si bien, dont il appréciait les talents, et auquel il devait en grande partie la couronne, il le fit venir et lui dit : quel office désirez-vous ? — Les ancêtres de votre serviteur, répondit-il, furent les les aides du devin par la tortue. — Alors, je vous constitue grand devin parla tortue, ajouta le roi.
Pour se concilier les bonnes grâces du comte de Tcheng H^, Hiong-kiu envoya le grand officier Tche Jou Tse-kong, i^ fs ^ f^ le saluer, et lui restituer les terres de Tcheou JJ et de Li ;^ qui lui avaient été enlevées par Ling-wang. Mais l'officier accomplit son ambassade sans parler des deux villes ; parce qu'il voyait le comte déjà très bien disposé envers Hiong-kiu, et lui adhérant, sans qu'il eût été question de restitution.. Toutefois, le comte fut surpris de ce silence; il interrogea lui-même l'ambassadeur: J'ai entendu dire que votre illustre roi a ordonné de me rendre mes deux villes; puis-je savoir ce qu'il en est? — Je n'en ai rien entendu, répondit l'officier, et je n'ai reçu aucun ordre à ce sujet!
Revenu à la cour, Hiong-kiu lui demanda comment il avait accompli sa mission ; il commença par ôter ses insignes, et avoua sa désobéissance. Votre serviteur, dit-il, n'a pas encore rendu les deux villes! Hiong-kiu lui prit les mains, en disant; ne vous chagrinez pas trop de cela; gardez vos dignités, et rentrez chez vous; quand j'aurai besoin de vos services, je vous ferai appeler !
Comme on le voit, Hiong-kiu cherchait tous les moyens de se concilier les cœurs ; il voulait faire oublier les crimes qui lui avaient procuré la couronne. L'officier Chen-hai |^ ;^, voyant la paix rétablie, ramena le cercueil de Ling-wang à la capitale. Hiong-kiu le fît inhumer en lieu convenable.
Voici quelques détails ajoutés par l'historien : Quand Lingwang voyait toutes choses lui réussir à souhait dans son ambition il consulta les sorts ; est-ce que je parviendrai à l'empire ? demanda-t-il. La réponse fut négative; outré de colère, il jeta la tortue par terre et cracha contre le ciel en s'écriant: vous me refusez ce lambeau de terre? Hé bien, je le prendrai moi-même! Nous comprenons pourquoi il voulait demander à l'empereur les fameux trépieds ; mais le ciel se vengea. Quant au peuple, qui avait eu à souffHr de cette insatiable ambition, il se montra peu chagrin de la mort tra^ ' |ue de ce tyran; il se rallia sans peine au parti du nouveau ri ,
Nous avons vu, autrefois, que le roi Kong ^ n'avait pas eu de fils de sa femme légitime ; de ses concubines, il en avait cinq, qu'il chérissait également; il ne put se résoudre à choisir parmi eux le prince héritier; il préféra demander au ciel cette indication. Il fit donc un sacrifice solennel aux génies des étoiles, des montagnes, et des fleuves ; il leur adressa la prière suivante : veuil-
lez, bienheureux esprits, choisir parmi mes cinq fils celui qui est le plus capable de procurer le bonheur du pays. Ensuite, prenant en main une tablette de jade, il fit le tour des autels en disant: celui qui vous offrira ses hommages sur cette tablette sera considéré comme votre élu ; qui donc oserait s'opposer à votre choix! Après quoi^ en compagnie de sa concubine Ki ^, princesse de Pa £^, il enterra secrètement celte tablette, dans le temple des ancêtres ; il ordonna à ses fils de jeûner, et de se préparer à une cérémonie solennelle dans ce même tem.ple.
Les princes furent introduits, l'un après l'autre, selon leur âge, et firent les prostrations d'usage. Le premier passa sur la tablette, sans s'y arrêter; c'est pourtant lui qui régna sous le nom de K'ang-wang J^ '^. Le 2^"^^ toucha du coude l'endroit où était la tablette ; c'est lui qui devint Ling-wang. Les princes Tsekan ^ ^ et Tse-si -^ ^ s'en allèrent se prosterner bien loin de l'endroit mystérieux. Ainsi, tous les quatre ne semblaient pas agréés par les Esprits. Quant au 5^'"^^- K'i-tsi |g -^^ il était tout petit, porté dans les bras de sa nourrice; il fit aussi sa prostration; à deux reprises, il toucha l'anneau de la tablette, qui sortait un peu de terre.
Le seigneur Teou Wei-koei PJ iÇ^ ^, connaissant cette circonstance, et tenant pour sûr que cet enfant parviendrait au trône, le confia à son fils Man Tch'eng-jan '^ j^ j^ en disant : l'ancien usage voulait que l'aîné fût le prince héritier; on a rejeté cette sage coutume, c'était une première faute ; on a consulté les Esprits, mais on a dédaigné leur choix ; c'est une faute encore plus grande ; notre pays verra de grandes calamités !
Quant au prince Tse-kan -J ^ (ou Tse-pi ^ jj;), voici comment en parle l'historien: (1) Au moment où il quitta le royaume de Tsin §, le premier ministre Han-k4 U j^ demanda au sage Chou-hiang |p] :!^ ; le prince réussira-t-il dans son entreprise? — C'est peu probable^ répondit le fameux lettré. — Pourquoi cela ? reprit le ministre ; les deux frères n'ont qu'une même haine ; un même désir de délivrance ; ils vont s'entr'aider dans leur commun projet! — Le deux princes, répliqua la sage, n'ont pas les mêmes amours, ils ne peuvent avoir la même haine; d'ailleurs, cinq circonstances rendent l'accession au trône bien difficile: le prétendant doit avoir de sages auxiliaires, des partisans à l'intérieur du pays, de la prudence, l'affection du peuple, enfin de la vertu! Or, voilà treizjî^ans que Tse-kan est chez nous: parmi ses amis d'ici et de sci'c pays, il n'a pas un homme capable, donc i)as d'auxiliaires; sa •i:farenté est contre lui, donc pas de partisans à l'intérieur; il n'a en ce moment aucune occasion qui prête à l'insurrection, il va donc de l'avant sans
(1) Voilîl encore une de ces élucubrations philosophiques de lettré, comme on n'en voit plus sous la calotte des cieux! Nous l'abrégeons, pour ne pas ennuyer les «profanes».
prudence ; ayant vécu si longtemps hors de son pays, il est un étranger pour son peuple ; étant en exil chez nous, personne n'a eu pour lui une affection spéciale, preuve qu'il n'a pas de vertu! Ling-wang est un tyran qui ne recule devant rien ; on peut donc arriver à le détrôner, malgré les cinq difficultés dont je viens de parler; mais je ne crois pas que Tse-kan puisse s'établir à sa place. K'i-tsi a plus de chance d'y parvenir; il est déjà maître de Tch'en ^, de Ts*ai ^ et de la forteresse de Fang-tch'eng ^jjf 1;^ ; il a su gouverner son peuple sans exercer de vexations; sur ses territoires, il n'y a ni pillages, ni brigandages ; dans son administration, il ne cherche pas son intérêt privé ; aussi le peuple lui est tout dévoué. De plus, c'est lui que les Esprits avaient destiné au trône; lui qui a la confiance de tout le monde. Enfin, il est de tradition que si dans la famille Mi il y a des révolutions, c'est toujours un des princes cadets qui parvient au trône. Ainsi, l'avenir semble être pour K'i-tsi. Tse-kan est d'une naissance moins illustre (1) ; il n'a eu jusqu'ici qu'un poste inférieur, celui de Yeou-yn ;^ ^ (c'est-à-dire directeur de la droite) ; il n^a jamais été en faveur, ni chez nous; tout est donc contre lui.
Le premier ministre objecta : dans les pays de Ts*i y, le fameux Hoan-kong jg ^ (684-644), et chez nous, l'illustre Wen-kong '^ ^ (635-628), furent comme Tse-kan, fils d'une concubine inférieure ; ils furent cependant de grands rois !
Chou-kiang répondit : la mère de Hoan-kong était une princesse Ki ^ de Wei |{|, la favorite de son père le prince Hi {gl ; de plus, il avait pour auxiliaires des hommes comme Pao Chou-ya ^ ^ 3gp, Pin Siu-ou $ ^ |S et Che-p'ong H j|9 ; en outre, il avait de puissants appuis dans ses oncles maternels, les princes de Kiu ^ et de Wei ^ ; à Tintérieur, il avait des partisans dans les familles seigneuriales Kouo g| et Kao ^ ; luimême était incliné naturellement à tout ce qu'ail y a de bon et d'élevé, respectant et vénérant le bien partout où il le rencontrait ; il n'était pas amasseur de trésors ; il ne lâchait pas la bride aux mauvaises passions ; il se montrait, au contraire, partout et toujours, large et généreux ; il était infatigable dans la recherche des hommes éminents ; c'est aînsi qu'il parvint à la couronne ; n'était-ce pas juste ?
Notre illustre Wen-kong Jj^ ^ était aussi de la. famille Ki JE, par sa mère la princesse Hou ^ ; il était le chéri de son père le roi Hien Jp ; il était d'un naturel studieux ; il poursuivait son but avec constance, ne courant pas après des chimères ; etc,
(1) On ne connaît guère de détails sur ces concubines, mères de princes. Peut-être que cette concubine Ki JE î de Pa E^ • dont il est parlé plus haut, était la mère die K'itsi. Ce « clan » Ki est des plus illustres ; la famille impériale en faisait partie ; il prétendait descendre du premier empereur Hoang-ti ^ 7^ • Toutes les autres maisons disparaissaient devant celle-là (Je-tche-lou p ^ @() vol. 23).
etc. ( Suit encore une longue digression, qui appartient à l'histoire du royaume de Tsin § ; nous l'omettons ici, pour la placer en son lieu, dans l'histoire de ce royaume que nous préparons). Bref, ces deux princes furent d'une autre étoiïe que Tse-kan ! Quand celui-ci quitta notre pays, personne ne le reconduisit; arrivé à sa frontière, personne n'est venu lui souhaiter la bienvenue ; quelle espérance pourrait-il avoir de parvenir au trône ?
Encore un mot, avant de passer au règne suivant : A la fin de cette année 529, le roi de Ou ^ anéantissait la petite principauté de Tcheou-lai îlt|^. A cette nouvelle, le premier ministre Tse-k'i ^ j^ (1) voulait aussitôt lever une armée, pour venger cette perte; Hiong-kiu l'en dissuada, en lui disant: nous n'avons pas encore relevé notre peuple de sa misère, m réconcilié les cœura, ni affermi notre autorité, ni préparé suffisamment cette expédition ; Si, après avoir imposé cette corvée à nos troupes, nous perdons la bataille^ nos regrets viendront trop tard ; Tcheoulai, sous la suzeraineté de Ou, est comme sous la nôtre ; nous ne perdons rien à attendre le moment propice pour réclamer no^s droits.
(1) Tse-k4=c'est Mau ïch'eng-jaii §t J5X ^» sous un nouveau
nom.