‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 18 sur 33 · TAO-WANG · texte numérisé non relu

TAO-WANG

C'est le fils du précédent ; il s'appelait Hiong-i ^ ^ ; son nom posthume n'est pas très louangeur; il signifie: homme qui sapplique peu à la vertu, et ne s'inquiète que d'ofïrir des sacrifices h temps et à contre-temps (1).

En 400, les princes de Wei |S|, de Han U et de Tchao ^\ c'est-à-dire les chefs des trois familles qui s'étaient partagé le royaume de Tsin ^^ firent nn simulacre de guerre au royaume de Tch'ou ; leur armée pénétra jusqu'à Tch'eng-k'ieou ^ ^ (2), puis elle s'en retourna. Unies sous un même sceptre, ces trois principautés pouvaient rivaliser avec le pays de Tch'ou ; divisées d'intérêts, elles étaient réduites à l'impuissance, et condamnées à périr dans un avenir peu éloigné.

En 398, une armée de Tch'ou mettait le siège devant la capitale de Tcheng §|5. Ce pays était en révolution ; le premier ministre venait d'y être massacré ; sous prétexte de rétablir la paix, le puissant voisin venait traxailler à son profit ; c'est encore le système de certains états actuels.

Se Ma-ts'ien '^ J^ ^ ajoute que l'armée de Tch'ou fit aussi la guerre à l'empereur ; mais il ne donne pas de détails. Il est bien probable que ce fut une simple promenade militaire. Une fois arrivées dans les grandes plaines arrosées par le fleuve jaune, les troupes de Tch'ou auront voulu se donner le plaisir d'efïrayer un peu le personnage poétique^ appelé l'empereur, qui se morfondait à Lo-yang '^ ^ (3).

En 393, Tao-wang s'attaque au prince de Han @, pour le punir de sa récente expédition contre Tch'eng-k'ieou £ ^ ; il lui prend la ville de Fou-chou ^ ^ i^)-

(1) Texte de cette interprétation ; ^ fx ^ jfi H '[î^-

(2) Tch'eng-k4eou= était à 50 li nord-est de Ts'ao bien "Ç J^î qui est à 120 li sudest de sa préfecture Ts'ao-tcheou fou W ffl )n [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 17) — (g vol. 33, p. 28).

(3) Se Ma-koang ^ ^ 3C dit que l'armée s'avança jusqu'à Chang-k'ieou ^ jljj j ce serait Sang-li ^ ^î à l'est de Si-p'ing bien E3 ^ ^^i qui est à 130 li nord-ouest de sa préfecture Jou-niDg fou ^ ^ ifif [Ho-nan] (g. Fa., vol. 50, p. 28).

(4) Fou-cbou=est le village de Fou-cbou-tsiu '^ ^ jR» qui se trouvait ù 27 li sud-ouest de l'ancienne ville de Yang-tcb'eng |^ J^ î or, celle-ci était à 40 li sud-est de Teng-fong bien S ^ IS» qui est à 140 li sud-est de sa préfecture Ho-nan fou <Pj^ ^ iJÏ [Ho-nanJ (p. Fa., vol. 12, p. 39) — (g. vol. 48, p. 45).

En 391, les trois principautés de Han ^, de Wei J( et de Tchao Jg prennent une revanche inattendue ; elles s'emparent des deux villes Ta-leang :f^ ^ et Yu-koan i^ ^ (1). Grande humiliation pour Tao-wang! Au lieu d'accourir avec son armée, il s'en va offrir de riches cadeaux au roi de Ts'in ^, pour gagner les bonnes grâces de ce mortel ennemi des trois principautés ; celui-ci ne demande pas mieux que d'avoir un allié puissant dont il saura se servir un jour contre elles.

En 389, un ambassadeur de Tch'ou assistait à une singulière réunion de princes, tenue à Tchou-tché î® ^ (2), dans le pays • de Ts'i ^; le motif de ce congrès était de s'opposer aux agrandissements du royaume de Ts'in ^ ; le promoteur était le roi de Ts'i lui-même, qui commençait à craindre pour ses états ; les princes de Wei ^ et de Wei ^ étaient présents à cette assemblée. La conclusion fut l'organisation d'une ligue, dont le chef était le roi de Ts*i ; huit états en faisaient partie ; et l'empereur donna son approbation ; c'est tout ce qu'il pouvait !

En 387, Ou-k'i ^ g, grand seigneur de Wei ||, s'enfuyait à la cour de Tch'ou; on ne dit pas pour quel motif. C'était un sage lettré, qui fît des discours onctueux sur l'efficacité de la vertu (3) ; il fut bientôt établi ministre. Quand il se vit assuré des bonnes grâces de Tao-wang, il commença son œuvre de réforme; il publia des lois claires, trancha les questions indécises, renvoya les employés inutiles, éloigna une foule de gens plus ou moins apparentés avec le roi ; avec toutes ces économies, il entretenait une belle et forte armée, toujours prête à entrer en campagne; ce qui prouve qu'il ne se fiait pas uniquement à l'efficacité de la vertu, comme il l'avait prêchée autrefois ou prince de Wei |]|.

Il avait horreur des sophistes errants, qui, comme de petits Confucius, s'en allaient de pays en pays, vendant au plus offrant leur recette infaillible pour devenir empereur, ou à tout le moins chef des vassaux.

Au sud du royaume, il faisait un traité d'amitié avec les différents princes voisins, connus sous le nom vague de Pé-yué 'S 1Ê [^^^ ^®^* roitelets de Yué], c'est-à-dire ceux qui étaient

(1) Ta-leang= [ne pas confondre avec K*ai-fong fou ^ ^ /n » qui s'appela aussi Ta-leang] = était à 45- li sud-ouest de Jou-tcheou jf( yf] [Ho-nan] Yu-koan était à l'ouest de cette même ville (g. Fa., vol. 51, p. p. 36 st 37). Il y a encore le défilé Yukoan.

(2) Tchou-tché=il y a deux villes de ce nom. La grande géographie, vol. 47, p. 43, dit

que celle dont il est question ici se trouvait à l'ouest de Jou-tcheou ffp W [Ho-nan] . L'autre était au nord-est de Kiai-tcheou^ jH| [Chan-si] (ibid, vol. 41, p. 29). Quelques auteurs prétendent qu'il s'agit de cette dernière.

(3) Voir le recueil T*ong-kien kang-mou JS £ wS B ' Tcheng-pien jE fB* vol. 1, p. 17.

sur la frontière de ce pays. Au nord, il tenait en respect les trois principautés de Wei ^, Han ^ et Tchao |§, tronçons de Tsin §. A l'ouest, il fît la guerre au roi de Ts'in ^, qui en dépit de la ligue susdite, venait de passer les Pyrénées chinoises, appelées Tchong-nan-chan ,f^? ^ jlj, était entré dans le bassin du fleuve Han j||, avait pénétré jusqu'au Se-tch'oan J|[, et s'était emparé de la principauté de Chou -^. —

C'était donc une bonne fortune pour Tao-wang que d'avoir trouvé un si bon ministre ; grâce à lui le royaume de Tch'ou se voyait respecté et même redouté de tous les autres pays. Mais, naturellement, cet homme supérieur devait être jalousé, haï, calomnié, par la clique des bouches inutiles qu'il tenait éloignées de la cour.

En 381, mort de Tao-wang; c'était la perte assurée de son ministre: les mécontents se réunirent en masse, et l'attaquèrent dans le palais même ; Ou-k'i ^ i|E se réfugia derrière le cadavre du roi; une grêle de flèches tomba sur lui et sur le corps du défunt. Voilà quelle fut la recompense du mérite!

Vingt ans plus tard, un fameux lettré, nommé Wei-yang ^ $feî se fendit à la cour de Ts'in ^, y eut des succès pareils, et une fin aussi tragique; mais il fut encore plus dénigré.

Le crime de ces ^eux grands ministres, c'est qu'ils étaient traîtres à la bonne doctrine des anciens, ne s'appuyaient pas uniquement sur la vertu, estimaient trop la puissance des armes, tyrannisaient le peuple pour plaire au roi. On reconnaît tout de suite la ritournelle des sophistes errants, jaloux de n'être pas au pouvoir, malgré leur génie !

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