‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 23 sur 33 · SS · texte numérisé non relu

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des plus fins lettrés; quels genres de ((stratagèmes» ils ont dans leurs besaces, pour ((sauver les peuples» ((former de grands rois» «faire des empereurs» ; car c'est toujours le but de leurs visées :

«J'ai oui dire par les anciens, que les choses arrivées à leur apogée déclinent aussitôt; après les froids de Thiver viennent les chaleurs de Tété; les choses surchargées sont proches de leur ruine ; c'est comme si Ton accumulait des œufs sur des œufs pour en construire une tour !

Or, votre illustre royaume est à son apogée; il est si étendu que des quatre points cardinaux de l'empire, l'ouest et le nord lui appartiennent ; depuis que les hommes existent, jamais simple royaume ne s'est élevé à une telle puissance. Pendant trois générations, vos ancêtres ont bien compris qu'ils devaient faire une poussée jusqu'à la mer orientale, empêcher les princes de Ts'i Hp, de Han |$ et de Wei ^ de se liguer contre vous.

Si maintenant votre Majesté envoyait Tch^eng-kiao J( m (1), comme ministre au pays de Han |$, il arriverait certainement à vous annexer cet état; ainsi, sans boucler une seule cuirasse, sans proférer une seule menace, vous gagneriez une contrée de mille li d'étendue ; ce serait un chef-d'œuvre de votre Majesté! (2) ;

Ou encore : vous pourriez lever des troupes, attaquer le pays de Wei ^, forcer les portes de sa capitale Ta-leang ^ ff^ ; aussitôt vous auriez les contrées de Ho-nei jpf ^^ de Yen §|^, de Soan-tso ^ $, de Hiu ^ et de T'ao ^; vous pourriez encore pénétrer dans la région de Hing JflJ (3) ; les troupes de Wei en

(1) Lettré errant, reçu par le prince de Han comme fugitif de Ts'in ; mais vrai traître au service de celui-ci.

(2) Comme on le voit, et comme on le verra encore'mieux, le lettré' cherche les moyens d'envoyer ailleurs les armées de Ts'in.

(3) Ho-nei = pays dans la'courbe du fleuve Jaune c'est le territoire de Hoai-k'ing fou yi M J^ [Ho-nan].

Yen=(ou Tong-yen-tch'eng J^ ^ iw) = était à l'ouest de Yen-tsin ^S ff ' ^ont la (préfecture est W'ei-hoei fou ^ fl? jfif [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 22)— (g. vol.

Soan-tso = était à 15 li au nord de Yen-tsin.

HiuetT*ao=trè8 près l'une de l'autre, étaient à 30 li à l'est de Wei-hoei fou (g. Fa., ^ol. 49, p. 20).

Hing=(ou Hing-k*ieou Jip 5j0 =était à 70 li sud-est de Wei-hoei fou (p. Fa., vol. ; p. 26)— (g. vol. 49, p. 3).

Il faut bien noter que ces villes énumérées furent prises, plus tard seulement, par terrible Che Hoang-ti "ftu 3E W » 1* S*»»» année de son règne. Donc le roi actuel de n7B*in ne tient pas grand compte de cette stratégie de lettré ; s'il n'envoie pas ses armées ikxi pays de Tch'ou, c'est sans doute qu'il a d'autres bonnes raisons.

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seraient terrifiées; elles se tiendraient dispersées, dans oser porter secours* Alors votre Majesté aurait des mérites insignes envei^s sa patrie.

Après deux années de repos, vous conduiriez de nouveau vos armées en guerre; vous prendriez les villes de P'ou f£, de Yen fl5f, de Oheou "g*, de Yuen g, de Jen f2 et de P'ing-k*ieou ^ J£; celles de Hoang H et de Ts'i-yang ^ ^ (1) seraient bientôt entourées de murailles, et le pays de Wei ^ serait ainsi à vos pieds.

Alors vous prendriez les territoires Pou JH et Mono (au nord de la rivière Pou ^) (2); vous seriez maître des défilés si importants situés entre vous et le royaume de Ts'i JÇ ; en même temps, vous auriez occupé les chemins de communication entre Tch'ou ^ et Tchao ^; ces points stratégiques étant en votre pouvoir, dût la Chine entière se liguer contre vous, vous resteriez vainqueur, et vous seriez l'arbitre incontesté de Tempire !

Après de telles conquêtes, si votre Majesté sait conserver ce qu'elle aura gagné, et maintenir intacte l'autorité qu'elle aura acquise, elle sera assez sage pour mettre une borne à ses désirs; elle s'appliquera à pratiquer l'humanité, la justice ; elle se préservera ainsi de tout malheur. Car il ne peut y avoir place pour personne, après les trois grands empereurs et cinq fameux chefs des princes de l'antiquité. Inutile donc d'aspirer à une sublimité désormais inaccessible !

Si votre Majesté voulait se prévaloir de ses nombreuses armées, de ses immenses provisions de guerre ; si elle se glorifiait

(1) P'ou= c'est Tch*ang-yuen bien "^ jg j|pi à 250 li sud-ouest do sa préfecture Ta-mingfou ;'<C ^ jff [Tohé-li].

Yen=était à 301i au nord^de Tcheng-tcheou So Jl»! [Ho-nan] (p. Fa., vol. 11, p. 6)— (g. Fa., vol. 47. p. 54).

Cheou=était à 11 li sud-ouest de Tch'en-lieou bien ffl ^ J||) qui est à 50 11 à l'est de sa préfecture K'ai-foîig fou f^ ^ m [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. 3)— (g. Fa., xol, 47, p. 16).

Yiien= était à 35 li nord-est de Tob'ang-yuen bien (ci-dessus) (p. Fa., vol. 2, p. 55).

Jen = on en ignore l'emplacement; on sait setilement qu'elle n'est pas loin delà suivante.

P'ing-k4eou= était à 50 li sud-ouest de Tch'ang-yu(n bien (ci-dessus) (p. Fa., Vol. 2. p. 55).

Hoang= était à 60 li à l'est de Ki-bien ^ JUt qui est à 100 li à l'est de sa préfeisture K'ai-fong fou (ci-dessus) (g. Fa., vol. 47, p. 18).

Ts'i-yang= était à 50 li à l'est de Lan-i bien m ff JH' qui est à 90 li nord^est de sa préfecture K'ai-fong fou (p. Fa., vol., 12, p. 5)— (g. Fa., vol. 47. p. 30».

(2) La rivière Fou = coule au nord de Ten-tsin bien J^ )$ j||f qui est à 90li au nord da préfecture K'ai-fong fou (g. Fa., vol. 16, p. 38-vol. 47, p. 29). D'auoans prétendent que Mouo était aussi le nom d'une rivière; mais on ne sait cil I

d'avoir abattu un pays comme celui de Wei ||, et Be sentait tentée de subjuguer toute la Chine, par la force des armes, alors vraiment je craindrais pour elle de grands désastres !

Le livre des Vers [che-king] nous avertit ainsi : beaucoup commencent bien; peu mènent une entreprise à bon terme. Le livre des Mutations [I-kïng ^ M] nous dit de même: malgré toutes ses précautions, le renaroT au passage d'une rivière, se mouille la queue. Ces proverbes nous enseignent qu'il est facile d'entreprendre ; mais que la fin seule couronne l'œuvre.

Vous savez qu'il* y a deux siècles, le roi de Ou ^ s'étant laissé prendre aux doucereuses flatteries du prince de Yué ^, s'engagea dans une guerre contre le pays de Ts*i ; après avoir remporté une belle victoire à Ngai-ling 5t 1^. (^)» ^^ rentra dans son royaume, il ftit vaincu par ce même roi de Yué, sur les bords du San-kiang H Û! (2)î et fut emmené captif.

Le grand seigneur Tche-yao Ijg ^ ayant eu trop de confiance dans ses amis de Han $| et de Wei K|, attaqua le seigneur Tchao jH; il croyait lui prendre la ville de Tsin-yang -g ^ (3) en un tour de main ; ses prétendus amis le massacrèrent au pied de la fameuse tour Tso-tai S m (4).

Actuellement, votre Majesté a du chagrin de ce que le royaume de Toh*ou subsiste encore ; elle ne prend pas garde que la ruine de cet état fortifierait Han et Wei ! A mon humble avis, notre pays ne doit nullement vous inquiéter ; il est au contraire votre appui ; vos ennemis sont à vos côtés ; c'est sur eux que vous devez porter vos coups; sinon, vous commettrez la même faute que le roi de Ou.

Je ne crains qu'une chose ; c'est que les princes de Han et de Wei, si humbles en face, devant vous^ ne réussissent à vous échapper, pour vous porter plus tard le coup mortel. Car, depuis des générations, votre famille leur a fait tout le mal possible; leurs pères et leurs frères, en une longue série, n'ont eu en partage dans votre pays que Texil, la prison et la mort; leurs états sont ruinés ; leurs Esprits tutélaires sont en fuite ; leurs temples des ancêtres sont détruits ; ceux-ci gisent dans la pous-

(1) Ngai-ling = était à 601i au sud de la ville de Pouo fSty c'est-à-dire T'ai-ngan tcheon ^ 9t W [Can-tong] (p, Fa., vol. 10, p. 11).

(2) San-kiang = c'est-à-dire les trois Kiang=iontiilkU sud-est de |Sou-tcheou fou S M ilï [Kiang-sou].

(3) Tsin-yang = c'est T'ai-yuen bien >IC ^ JH 9 à 45 li sud-ouest de T*ai-yuen fou :k M }& [Chan-si] (p. Fa., vol. 8, p. 3).

Le seigneur Tche-yao est encore appelé SiuD<-yao ^ ^\ sa famille fut anéantie en 435 (Voir notre Royaume de Tsin g ) •

(4) La tour Tso-tai^était à 40 li ftu sad^do Yu-tse hien|6 ^ JKt qui est à 60 U sud-est de la même préfecture T'ai-yuen fou (p. Pa., vol. 8, p. 4) — (g, voi 40» p. 13).

sière, éventrés, la tête séparée du tronc, la nuque rompue, le menton fracassé ; leurs os dispersés partout blanchissent au soleil, ou pourrissent dans les bas-fonds; leurs descendants, les mains liées, la corde au cou, ont été conduits en esclavage dans votre pays ; leurs familles ont été semées aux quatre vents du ciel ; les survivants n'ont personne en qui ils puissent se confier.

Les états de Han et de Wei sont donc vos ennemis jurés ; tant qu'ils subsisteront, votre royaume ne peut être libre de tout souci. Et maintenant, votre Majesté voudrait les aider! Les conduire en guerre contre nous! Est-ce possible?

Quels chemins prendrez-vous ? Sans doute vous traverserez ces pays de Han et de Wei? Vous verrez bien vos armées partir; les verrez-vous revenir? Ne seront-elles pas massacrées dans quelque défilé? Si vous ne prenez cette route, il vous faudra passer par les solitudes à l'ouest de Teng-tcheou ^ ^, plaines aux grands fleuves, aux vastes nappes d'eau, aux immenses forêts, aux hautes montagnes, aux torrents et précipices dangereux. Quand même vous occuperiez ces solitudes, quel profit en retireriez-vous ? Il n'y a même pas de quoi vivre ! On vous appellerait «le destructeur de Tch'ou» ; votre renommée serait ternie, et vous n'auriez rien ajouté à votre royaume ! .

De plus, une fois que vous aurez mis la main sur nous, de tous côtes on se lèvera pour prendre sa part du pillage : le prince de Wei f| vous voyant dans l'embarras avec nous, se jettera sur les villes de Lieou -g, de Fang-yu jjf ||, de Hou- Ung Wi ^^ de Tche ^, de Tang 5§, de Siao ff et de Siang ^ (1) (c'est-à-dire tout l'ancien royaume de Song ^),

Le prince de Ts'i ^ occupera le bassin de la rivière Se f|g, pays fertile, bien cultivé. Vous aurez tout le labeur de l'entreprise ; les autres en auront le profit. Si les princes de Han et de

(1) Lieou= était à 50 li sud-est de Pei-hien fip Jff^ i qui est à 140 li nord-ouest de sa

préfecture Siu-tcheou fou ^ 5T| jJRf [Kiang-sou] (p. Fa., vol. 4, p. 29) — (g. vol. 29. p. 14).

Fang-yu = était un peu au nord de Yu-tai bien ]]|[ S |p|)(iui est à 1.50 li sudouest de sa préfecture Ts'i-ning tcheou Vf ^ JTI [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 29) — (g. vol. 32, p. 24).

Hou-ling= était à 60 li sud-est de Yu-tai hien (ci-dessus) (g. Fa., vol. 32, p. 24).

Tche = était à 46 li au sud de Sou-tcheou ^ Jt| î qui est à 233 li nord-ouest de sa préfecture Fong-yang fou JSL ^ m [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. 28) — (g. vol. 21, p. 48).

Tang=était à 3 li à l'est de Tang-hien î^f Hh* 4^ est ù 170 li à l'ouest de sa préfecture Siu-tcheou fou (ci-dessus).

Siao = était à 10 li nord-ouest de Siao-hien^ j||) qui est à 45 li sud-ouest de sa préfecture Siu-tcheou fou (g Fa., vol. 4, p. 28).

Siang=était à 90 li nord-ouest de Sou-tcheou [Ngan-hoei] (ci-dessus) (p. Pa., vol. f, p. 28) — (g. vol. 21, p. 48).

de Wei s'unissent contre vous, ils sont de taille à vous tenir tète» Celui de Ts4 ayant ainsi reculé sa frontière méridionale^ protégé à Test par la mer, au nord par le fleuveT Jaune, sera l'un des) mieux fortifiés; dans toute la Chine il n'y aura pas d*état plus puissant que Ts4 et Wei ; s'ils surveillent bien leurs gouverneurs, en moins d'un an Tun de ces princes pourra devenir empereur ; et s'ils n'y réussissent pas, ils seront de taille à vous empêcher de le devenir vous-même.

Voilà mon unique ôhagrin ! Le mieux serait donc d'être en bons termes avec le pays de Tch'ou, de courir ensemble sus au prince de Han ^, qui viendra aussitôt très humblement faire sa soumission. Vous occuperez les défilés à l'est des montagnes (du Chen-si); vous gagnerez la région située à la courbe du fleuve Jaune; l'état de Han ne sera plus qu'une esclave de votre royaume. Si vous mettez une garnison de cent mille hommes dans la ville de Tcheng ^, sa capitale, son voisin, l'état de Wei H tremblera pour sa propre existence ; les garnisons dé Hiu ^ et de Yen-ling 3||J ^ se tiendront soigneusement derrière leurs remparts; Chang-ts'ai J: ^ et Tchao-ling Jg ^ (i) ne pourront prêter la main à la capitale Ta-leang :k ^î ^^ pays de Wei deviendra aussi une esclave de votre royaume. Et tous ces avantages vous auront été procurés par votre amitié avec notre prince.

Vous occuperez les points stratégiques donnant accès au pays de Ts4 H ; pour saisir ses provinces de l'ouest, vous n'aurez qu'à étendre la main ; alors votre domination ne connaîtra d'autres bornes, de l'est à l'ouest, que le rivage des deux mers (2)

Les princes de Yen ^ et de Tchao j^ n'ayant plus l'appui de Ts'i ni celui de Tch*ou, ne songeront pas à former une ligue contre vous; vous n'aurez qu'à toucher aux deux premiers, les deux seconds n'attendront pas votre attaque pour venir vous offrir leurs hommages. »

Enfin, nous voici au bout de ce fameux «mémorandum»] Si le roi de Ts'in |g eut le courage de le lire en entier, il avait une bonne dose de patience ! Il n'eut pas de peine à en découvrir le fond, noyé sous tant de paroles ; cela revenait à dire : prenez donc le pays de nos voisins, laissez-nous le nôtre; vous serez encore assez riche comme cela ! Il dut sourire en voyant les

(1) ChaDg-ts'ai = nou8 l'avons dit plus haut, se trouvait à 10 11 sud-ouest de Changts*ai bien Jl ^ JH ? qui est ù 70 li au nord de sa Jou-ning fou ^x ^ JBt [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 50).

Tchao-ling = était à Test de Yen-tch'eug hien |$ JK JR dans la même préfecture (p. Fa., vol. 12, p. 57).

(2) Comme les gens dv son temps, le grand lettré homme d'état croyait que la Chine était seule au monde, bordéo par la mer, aux quatre points cardinaux.

dant, d'après le proverbe, un homme remarquable est comme une aiguille dans un sac ; il attire bientdt l'attention sur soi ; depuis trois ans votre talent ne s'est pas encore fait jour ; c'est qu'il est bien médiocre ; vous ne pouvez me suivre à la cour de Tch'ou ; restez tranquillement chez vous. — Si je ne me suis pas fait remarquer, répliqua Mao-soei, c'est que votre seigneurie n'a pas encore eu recours à mes services ; mettez-moi dans le sac ; non seulement la' pointe percera, mais encore l'aiguille entière apparaîtra foncièrement bonne.

Content de cette réponse, P'ing-yuen admit le familier pi^rmi les gens de sa suite. Les dix-neuf autres riaient soua cape de voir un si pauvre sire honoré d'une telle distinction ; ils se promettaient de se divertir à ses dépens ; mais ils furent bien détrompés quand ils le virent à l'œuvre !

Quand le seigneur de Ping-yuen fut arrivé à la cour de Tch^ou, il exposa tous les avantages de la ligue, tous les dangers d'un refus, apportant tous les arguments pour et contre; ayant commencé l'entretien au lever du soleil, à midi il n'avait encore rien obtenu. Les dix-neuf héros dirent à Mao-soei : voici le moment de montrer votre talent! allons, îen avant!

Celui-ci tira son épée, monta les degrés de la salle, et dit à P'ing-yuen: il suffît de deux mots pour montrer tous les avantages de la ligue, et les malheurs d'un refus; votre ^eigeurie parle depuis ce matin sans résultat j pourquoi cela? où en est la cause ?

Kao Lié-wang furieux de cette audace lui cria: que viens-tu faire ici? Je parle à ton maître; cela ne te regarde pas; va-t'-ien! Mao-soei, Tépée en main, s'avança jusque devant le roi: votre Majesté, lui dit- il, ose me maudire, parce qu'elle se repose sur le nombre de ses soldats; mais, à ce moment, sa vie est e^tr^ mes mains; et elle ose me mépriser, m'injurier en présence de mon seigneur et maître ! Je n'admets aucun de vos prétextes l L'empereur T*ang ^ n'eut d'abord qu'un territoire de soixantedix 11 d'étendue ; cependant il finit par devenir le maître de la Chine ; l'empereur Wen-wang ^ J n'eut d'abord qu'un territoire de cent li ; il soumit pourtant tous les vassaux ; est-ce que ces deux grands hommes avaient tant de troupes? Votre royaume a cinq mille li d'étendue ; vous pouvez en un moment mettre cent mille hommes en ordre de bataille ; avec une telle armée, vous pouvez subjuguer tous les princes de la Chine ; aucun ne pe^t vous résister. Le général Pé-k'i ^ j^i de Ts'in, n'est qu'un enfant, comparé à vous; co^lment donc a-t-il pu, avec ses quelques milliers de misérables soldats, venir livrer bataille à une armée comme la vôtre? Comment a-t-il pu, dans une première invasion, prendre les villes de Yen ^ et de Yng ^? dans une seconde, brûler I-ling ^ ^? dans une troisième, brûler les tombeaux de vos ancêtres ? Pareilles atrocités suffisent pour créer

que Ton veut vous extorquer quelque territoire; mais, n'étant pas encore sur le trône, vous n'avez pas le pouvoir de faire aucune cession de ce genre. D'autre part, vous savez que le prince seigneur de Yang-wen, ^ ^ ^^ est en ce moment à la cour de Tch'ou; si le roi votre père meurt, et qu'on vous retienne ici, certainement l'un des fils de ce seigneur sera mis sur le trône à votre place^ et vous n'aurez pas le bonheur d'offrir les sacrifices dans le tempfe de vos ancêtres. Donc, voici mon conseil : enfuyez-vous avec leç messagers venus de Tch'ou; moi, je resterai ici, pour ne pas donner, réveil, pendant que vous serez en route; «ensuite, s'il faut mourir, je suis prêt!

Ainsi fut fait. Le jeune prince changea de costume ; il se fit le cocher du dignitaire de Tch^ou, et il fut assez heureux pour passer les défilés de la frontière, sans être reconnu. Pendant ce temps, Hoang-hié gardait le palais, refusant toute visite, sous prétexte que le prince était malade. Quand il supposa le fugitif hors de toute atteinte, il alla trouver le roi de Ts4n, et lui avoua franchement ce qu'il avait fait, s'offrant à en subir le peine.

Dans sa colère, le roi voulait le mettre à mort sur-le-champ ; le premier ministre intercéda en ces termes : Hoang-hié s'est sacrifié pour son maitre ; il s'est montré fidèle serviteur ; le jeune prince devenu roi en fera certainement son ministre ; si nous lui faisons grâce, il aura à cœur de nous prouver sa reconnaissance ; il procurera une amitié durable entre nos deux états.

Le roi se laissa persuader ; il a>ccorda la grâce et la liberté au seigneur Hoang-hié. Celui-ci était à peine arrivé que King- Siang-wang mourait. Le prince-héritier monta sur le trône, où< nous allons le retrouver ; il est connu dans Thistoire sous le nom de Kao-Lié-wang ^ ^ ^•

Hoang-hié devint son premier ministre ; il Télève à la dignité de seigneur de Tch^oen-chen [Tch^oen-chen-kiun ^ ^ ^] (1), et lui accorda un fief de douze villes, sur les bords de la rivière Hoai ft.

C'est alors que le lettré T'ang-kiu Iff ^ ne présenta devant Hoang-hié et lui dit : au jeu d'échecs (2), le roi n'est si puissant que grâce aux pions nombreux qui l'entourent, et qui l'aident à disperser ses ennemis ; par lui'mùme^ il ne vaut pas cinq pions, votre seigneurie étant devenue si puig«(ante ne va-t-elle pas s'entourer de pions?

(1) On ne sait d'où vient ce nom. l)'<>rdia»ire, 1«8 fiefs portaient le nom de leur capitale ; ici, on ne voit aucune ville à laquelle oo puisse l'appliquer.

(2) Les Chinois avaient alors quelque choM comum notrt jeu d'échecs; la principale pièce, répondant k notre roi, portait I9 caractère Hiao A » or, celui-ci signifie ahibov», oiseau cruel dont le petit (l(^vore sa mère, disent les naturalistes chinois; d'où, par extension, ce caractère a aussi \v himih do cruel, destructeur, vainqueur de ses ennemis.

Le premier ministre comprit Tallusion ; il s*entoura de trois mille hommes remarquables, soit lettrés, soit guerriers. Quinze ans plus tard, il représenta au roi que son fief était mal commode, exposé sans cesse aux incursions des gens de Ts4 ^; il proposait donc d'en faire une province, avec une administration régulière; et de réchanger contre un territoire plus tranquille, à l'est du Yang-tse-kiang. Le roi lui accorda le pays de Sou-tcheou j|||| j\\ jfS^ capitale de la province actuelle du Kiang-sou jX jl^. Il se bâtit un palais à Tangle nord-ouest de la ville ; il n'en est plus trace maintenant. La porte appelée par le roi de Ou ^ P'ouo-tch'ou-men fiH^P^, c'est-à-dire porte par laquelle on sortit pour abattre le royaume de Tch'ou, reçut un autre nom, à savoir: Tch*ang-men ^ f^, ou la porte splendide.

Tch'oen Chen-kiun ^ ^ ;g fît beaucoup de travaux, pour fortifîer cette ville [que les Européens ont appelée la Venise de la Chine], pour en développer la canalisation et le commerce ; les histoires locales sont pleines de ses louanges ; il est regardé comme le second fondateur de cette ville importante. En tout cas, il avait fait un bon échange ; les plaines de la Hoai fH sablonneuses, souvent inondées, sont bien loin de valoir le pays de Sou-tcheou, dont le riz est réputé le premier de toute la Chine.

Pour donner une idée de la magnificence de Tch'oen-chen, on raconte le trait suivant : le fameux P'ing Yuen-kiun Zp, ^ ^ (seigneur de P'ing-yuen), du royaume de Tchao ^, avait envoyé un de ses familiers saluer notre premier ministre ; et celui-ci avait reçu son hôte de la façon la plus distinguée. Le dignitaire ■ de Tchao voulut éblouir les gens du palais, eix leur montrant ce qu'il avait de plus précieux ; entre autres, il étala une superbe épée, dont le fourreau, en carapace de tortue, était incrusté de perles et de jades. Mais quelle ne fut pas sa confusion, quand il s'aperçut que les familiers du premier ministre en avaient autant sur leurs souliers !

Les contemporains et rivaux de. Tch'oen-chen sont : P*ing Yuen-kiun (1), dont nous venons de parler; puis Mong Tchangkiun i -§ ^ au pays de Ts4 ^, et Sin Ling-kiun it R g (2) au pays de Wei ^. —

(1) P'ing-yuen=était à 50 li sud-ouest de P'ing-yuen bien -^ j^ f^y dans 1» préfecture de Ts'i-nan îon Wi m fn [Chan-tong] ; mais elle n'appaitenait pas aa prince de Tchao j|^ î on ne sait donc pas pourquoi ce seigneur portait ce nom.

Mong-tchang=on ignore aussi l'origine de ce nom.

(3) Sin Ling-kiun= il avait pour capitale de son fief la ville de Ning ^y un pen à l'ouest de Ning-ling bien SP K JH qui est à 60 li à l'ouest de sa préfecture Koei-té fou mt W^ M [Ho-nan] . On ignore donc d'où venait cette appellation (p. Fa., vol. 12, p- 12) — (g vol. 50, p. 7).

Ui^

K'AO-LIÉ-WANG. (262-238) # ??}« î

Le nom du nouveau roi renferme deux caractères ; K*ao ^ signifie très appliqué h garder la modération en toutes choses ; Lié ^ signifie homme de grand mérite, qui donne la paix à son peuple. Nous verrons si ces appellations élogieuses sont un peu plus méritées que celles du précédent (1).

On n'a pas oublié la manière dont le nouveau roi s'était ^vadé de Ts^in ^ ; il n'était plus dans les griffes du tigre ; mais il en redoutait encore la colère; pour Tapaiser, il lui céda le pays de Tcheou )i\ (2).

En 258, le prince de Tchao |g se voyait en grand péril ;

l'armée de Ts'in guerroyait chez lui, et menaçait d'anéantir ses

états. Il ordonna au seigneur de P*ing Yuen-kiun Z^ j^ ^, son

£rère, d'aller en ambassade à la cour de Tch'ou former une

nouvelle ligue, et demander du secours. Vous savons la valeur

cïe telles conventions ; chacun des confédérés donnait son nom,

nais il cherchait avant tout son intérêt privé ; il n'y avait pas

«l'action commune décisive pour le bien commun. Aussi, le roi

cle Ts*in avait beau jeu ; il ^attaquait les ligueurs l'un après

l'autre, s'emparait de quelqu'un de leurs territoires, et devenait

de jour en jour plus menaçant envers tous.

Avant de se mettre en route, le seigneur de P'ing-yuen fit savoir à ses familiers qu'il voulait avoir, dans son escorte, vingt hommes t^aniarquables et courageux, pour l'aider à accomplir dignement sa mission. Or, parmi ces milliers de parasites, lettrés ou guerriers, il ne se trouva que dix-neuf hommes dans les conditions voulues. C'est alors qu'un certain individu nommé Mao-soei ^ âS ^® présenta pour compléter le nombre de vingt.

P'ing-yuen lui dit : depuis combien d'années mangez-vous mon riz? — Depuis trois ans, j'ai l'honneur d'être auprès de votre seigneurie, répondit Mao-soei. — Je n'ai point encore entendu parler de vos qualités éminentes, repartit P*ing-yuen ; cepen-

(1) Texte chinois de l'interprâtation : :h Jt^SS Q M^ ^ ^ 9 R

B Û' JU IBte

(2) Toheou= appelée plus tard Tcheou-ling J|T| Ri =était à30 li a l'est de Kien-

li bien JE fl IR ) ^ui est à 310 li à Test de sa préfecture King- tcheou fou ^ tH IHf [Hou-pé] (g. Fa., vol. 78, p. 18).

ut

dant, d'après le proverbe, un homme remarquable est comme une aiguille dans un sac ; il attire bientdt l'attention sur soi ; depuis trois ans votre talent ne s'est pas encore fait jour ; c'est qu'il est bien médiocre ; vous ne pouvez me suivre à la cour de Tch'ou ; restez tranquillement chez vous. — Si je ne me suis pas fait remarquer, répliqua Mao-soei, c'est que votre seigneurie n'a pas encore eu recours à mes services ; mettez-moi dans le sac ; non seulement la' pointe percera, mais encore l'aiguille entière apparaîtra foncièrement bonne.

Content de cette réponse, P^ng-yuen admit le familier parmi les gens de sa suite. Les dix*neuf autres riaient sous cape de voir un si pauvre sire honoré d'une telle distinction ; ils se promettaient de se divertir à ses dépens ; mais ils furent bien détrompés quand ils le virent à l'œuvre !

Quand le seigneur de Ping-yuen fut arrivé à la cour de Tch^ou, il exposa tous les avantages de la ligue, tous les dangers d'un refus, apportant tous les arguments pour et contre; ayant commencé l'entretien au lever du soleil, à midi il n'avait encore rien obtenu. Les dix-neuf héros dirent à Mao-soei : voici le moment de montrer votre talent! allons, ^en avant!

Celui-ci tira son épée, monta les degrés de la salle, et dit à P'ing-yuen: il suffît de deux mots pour montrer tous les avantages de la ligue, et les malheurs d'un refus; votre ^eigeurie parle depuis ce matin sans résultat j pourquoi cela? où en est la cause ?

Kao Lié-wang furieux de cette audace lui cria: que viens-tu faire ici? Je parle à ton maître; cela ne te regarde pas; va-t'-ien! Mao-soei, Tépée en main, s'avança jusque devant le roi: votre Majesté, lui dit-il, ose me maudire, parce qu'elle se repose sur le nombre de ses soldats; mais, à ce moment, sa vie est eiitrie mes mains; et elle ose me mépriser, m'injurier en présence de mon seigneur et maître ! Je n'admets aucun de vos prétextes 1 L'empereur T*ang |§ n'eut d'abord qu'un territoire de soixantedix li d'étendue ; cependant il finit par devenir le maître de la Chine ; l'empereur Wen-wang ^ J n'eut d'abord qu'un territoire de centli; il soumit pourtant tous les vassaux; est-ce que ces deux grands hommes avaient tant de troupes? Votre royaume a cinq mille li d'étendue ; vous pouvez en un moment mettre cent mille hommes en ordre de bataille ; avec une telle armée, vous pouvez subjuguer tous les princes de la Chine ; aucun ne pe^t vous résister. Le général Pé-k4 ^ j^i de Ts'in, n'est qu'un enfant, comparé à vous; co^lment donc a-t-il pu, avec ses quelques milliers de misérable» soldats, venir livrer bataille à une armée comme la vôtre? Comment a-t-il pu, dans une première invasion, prendre les villes de Yen ^ et de Yng ^? dans une seconde, brûler I-ling ^ ^? dans une troisième, brûler les tombeaux de vos ancêtres ? Pareilles atrocités suffisent pour créer

^iMre vos deux pays des inimitiés qui n0 s'oublient pas pendant

Cent générations! Notre royaume de Tchao lui-même a été

'^càdigné en apprenant une telle barbarie; et votre Majesté n'en

Ressentirait aucune honte ! Si nous voulons cette ligue, q'est pour

'^ bien de votre royaume, non pour le nôtre ; et vous osez me

^^toaudire, en présence de mon seigneur et maître !

K^ào Lié-wang se hâta de répondre: oui, oui, ce que vous

ites là est bien vrai ! Je vous suivrai donc avec mes troupes ! —

8t-ce bien convenu? reprit Mao-soei; consentez-vous h faire

vec nous un traite d'alliance? — Oui, c'est entendu répondit

t roi.

Sur ce, Mao-soei s'écria devant Tentourage: apportez du ^^ang de coq, de chien et de cheval ; nous allons de suite faire e serment ! Prenant en main une cuvette de cuivre, il y versa e sang, se mit à genoux devant le roi et lui dit; que votre àjesté se frotte les lèvres ; ensuite ce sera le tour de mon "^^naitoe, puis le mien ! (1)

C'est ainsi que Mao-soei réussit à faire conclure un traité -^'alliance, dans le palais même de K^ao Lié-wang. Quand ii eut ifini, il fit signe à ses dix-neuf compagnons d'approcher, leur ifte&dit la cuvette en disant: vous autres, vous êtes ici pour faire siombre, et rien de plus ! Allez vous frotter les lèvres, en dehors «de cette salle ! (2)

Le seigneur de P4ng-yuen retourna dans son pays; )à, il sentit, paraît*il, le besoin de s'excuser devant Mao-soei de n'avoir pas plus tôt découvert ce génie caché: je n'oserai plus, lui 4it-il, me flatter de ma perspicacité: je croyais qu'aucun homme de valeur ne pouvait échapper à mon coup d'oeil; je m'étais trompé! A la cour de Tch^ou, Mao-soei a fait pencher la balan^ce de nos intérêts, plus que ne l'auraient pu faire les neuf trépieds et les grosses cloches de l'empereur ; avec ses trois pouces de langues Il s'est montré plus fort que les généraux et les guerriers de toute la Chine ! Non vraiment, je ne me flatterai plus d'être un connaisseur d'hommes; puisque je n'avais pas su distinguer celui-ci !

(1) Quand l'empereur jurait un traité d'alliance, il employait du sang de boeuf et de cheval; les divers princes, du san^ de chien et de cochon mâle , les grands officiers et seigneurs, du sang de coq. Ici on réunissait tout à la fois ; pour montrer que la ligue serait universelle. Remarquons, en passant, que dans les provinces septentrionales de la Chine, le chien a été de tout temps regardé comme un animal honorable, dont on pouvait servir la chair dans les festins solennels.

(3) Inutile de remarquer que les lettrésschinois trépignent de joie, quand ils lisent ou racontent ce fait bien connu ; ils jubilent de voir un des leurs, méconnu jusque là, briller tout d'un coup d'un éclat merveilleux, qui luira de génération en génération ; ils e^èr^Qt pour eux-mêmes nne pareille bonne fortune ; comme les joueurs espèrent toujours gagner le fçroê loi.

Le lecteur a déjà compris que cet éloge enthousiaste est s^rti du pinceau de l'historien ; la langue du seigneur de P4ng^ yuen à dû être beaucoup plus discrète; si K^ao Lié-wang avait promis son concours à la ligue, il y avait encore un autre intercesseur intéressé à cette conclusion favorable: le prince de Tchao avait offert un cadeau magnifique au premier ministre de Tch'ou, le seigneur de Tch*oen-chen ^ ^ ; il lui avait donné en fief le territoire de Ling-k4eou jt HS (1) ; ayant accepté un tel présent, le premier ministre avait exhorté son maître, et K'ao Lié-wang avait accordé ce qu'on désirait ; les choses s'étaient passées bien plus prosaïquement que Thistorien, ou plutôt le lettré, ne le donne à entendre. Quoi qu*il en soit, Mao-soei devint dès lors le chef des familiers du seigneur de P'ing-yuen.

L'armée de Tch^ou arriva bientôt; mais elle n'engagea aucun combat ; par sa présence elle augmenta sans doute la confiance et le courage des autres soldats; les gens de Ts^in |^ furent vaincus, sous les murs de Han-tan ^ |[5, capitale de Tchao; mais ce triomphe était dû surtout à Kong-tse Ou-ki & -^ ^ >§l, frère du roi de Wei H, et à son armée. On était à Tannée 257.

L'empereur voyant que les troupes de Ts'in pouvaient encore être battues par quelqu'un, sonna lui-même le tocsin, appelant toute la Chine à l'assaut du terrible roi ; mal lui en prit ; il y Perdit son territoire et son trône ; l'empire fut définitivement â.néanti.

En 255, le premier ministre de Tch'oen Chen-kiun $ ^ £ établissait comme gouverneur de Lan-ling H ^ (2) le fameux philosophe Siun-hoang |5 ^, originaire de Tchao j^, dont les ouvrages subsistent encore. Ils ont le rare privilège d'être lus, parce que sa doctrine n'est pas si absurde que celle de ses congénères. Se Ma-koang "gj J^ :)fc nous en donne un spécimen, que je ne rapporterai pas, il est trop long et peu intéressant; le philosophe discute avec un autre lettré sur la meilleure manière de faire la guerre; naturellement, ces deux généraux en chambre dissertent sur les principes et la stratégie des anciens sages, qu'ils développent dans les plus grands détails.

Cette même année 255, le duché de Lou j§, pays classique de la ccvraie doctrine» selon Confucius, cessait d'exister, même de nom; d'ailleurs depuis longtemps il n'avait ni prestige, ni influence ; il ne subsistait que par grâce, personne n'osant se

(1) Lmg-k'ieou= était à 10 U à l'est de Ling-k*ieou bien M 55 IR» qui est à 270 U sud-est de sa préfecture Ta-ming fou ^ ^ Jj^ [Chan-si] . La grande géographie, vol. 44, p« 50, relate expressément cette donation.

(2) Lan-ling = était à 60 li à l'est de Yen-tcheou fou 3^ JTJ Jff [Chan-tong]. Il ne faut pas la confondre avec une autre ville du même nom, qui se trouvait à fîO li nordouest de Tch'ang-tcheou fou 'ffi W fn [Kiang-sou] (g. Fa., vol. 32, p. 19).

Tannexer. K'ao Lié-wang crut le moment venu de s'en emparer; il relégua le duc au pays de Kiu ^ (1). Nous venons de voir son premier ministre Tch^oen-chen disposer de la ville de Lanling, y établir Siun-hoan (ou Siun-tse) comme gouverneur ; ce territoire appartenait au duc; mais on agissait déjà en maitre à son égard, sans se préoccuper de son consentement.

En 253, K^ao Liéwang ne se croyant pas en sûreté dans sa capitale de Tch^en ft^, transportait sa cour à Kîu-yang £ |^ (2).

En 251, mourait Tchao Siang-wang HS il I, roi de Ts'in 1^, après un glorieux règne de cinquante-six ans. K'ao Liéwang ne devait pas être bien affligé de cet événement ; il envoya cependant son premier ministre porter ses condoléances à la cour, selon Tusage. S'il s'était réjoui en se voyant débarrassé d'un redoutable ennemi, sa joie ne devait pas durer longtemps ; car le nouveau roi, le fameux Che Wang-ti, allait se montrer bien autrement terrible ; c'est lui qui va broyer tous les états de la Chine, et les réunir en un seul empire sous sa main. Mais n'anticipons pas sur la marche des événements; voyons comment cette catastrophe se prépare :

En 249, K*ao Lié-wang, qui avait jusque là laissé un semblant de cour princière au malheureux duc de Lou ^, lui retire ce dernier reste d'honneurs ; il le réduit à l'état de sinple particulier, et le transfère dans la ville de Pien -JT (3).

En 247, le premier ministre Tch'oen-chen échange son fief des bords de la Hoai fj^, contre celui de Sou-tcheou j|^ jt|, comme nous l'avons dit plus haut.

Cette même année, l'armée des cinq états confédérés remporte une grande victoire sur les troupes de Ts4n ^ ; on poursuit les fuyards jusqu'au fameux défilé Han-kou-koan ^ ^ Û i c'est en,core un exploit de Kong-tse Ou-ki S -^ |R <§t? frère du prince de Wei ||. —

En 241, les ligueurs reviennent à la charge; mais cette fois le généralissime est Ling Ou-kiun fê ^ :g^ (le seigneur de Lingou), un favori du premier ministre Tch*oen-chen. D'abord, on 8'emj)are de la ville de Cheou-ling ^ ^ (4); puis, l'on s'avance fièrement jusqu'au défilé Han-kou-koan, comme dans la précédente expédition; mais le succès n'est plus le même: l'armée de Ts*in sort de son embuscade, et disperse les confédérés comme un troupeau de moutons.

(1) Kiu=c'e8t Kiu-tcheou S JH|î à 90 li nord-est de I-tcbeou fou W tH Af [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 31) — .g. vol. 35, p. 27).

(2) Kiu-yang= était à 40 11 nord-ouest de Yng-tcheou fou ^ fH Jff [Nganhoei] ; le roi se retirait donc à 270 li vers le sud-est.

(3) Pien=est à 50 li à l'est de Se-choei bien jfi ^ JH i qui est à 90 li à l'est do sa préfecture Yen-tcheou fou ^ JT| /|ï [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 8) — (g. vol. 32, p. 13).

(4) Cheou-ling=on ne sait plus où était son emplacement.

Le premier ministre avaft mal choisi son homme ; c'est sui lui qu'on rejette la faute; dès lors il perd une bonne partie dè-^ son influence. Le commentaire, parlant de cette campagne, la -^ compare à la dernière agitation fébrile d'un moribond. Encore un peu de temps, et les ligueurs vont tomber. Tun après l'autre, sous les coups de Ts4n.

A cette occasion, un fameux lettré, nommé Tchou-yng ^ ^, originaire de Koan-tsin |^ ^ (3), faisait à Tch^oen-chen la remarque suivante: On dit qu'auparavant le royaume de Tch'ou était fort, et qu'il s'est affaibli sous votre administration ; ce n'est pas mon avis. Précédemment, nous vivions en bons termes avec le roi de Ts4n m ; pendant vingt ans, nous n'avons pas eu de guerres avec lui ; la raison est que son armée aurait dû passer par le délilé si dangereux de Mong-i ^ |S; ou bien elle aurait dû demander l'autorisation de traverser le territoire de l'empereur, ou celui de Han ||;, ou celui de Wei J^, toutes choses peu pratiques ; maintenant, il n'en est plus de même ! L'état de Wei 1^ est sur le point de périr: il ne peut plus garder ses villes de Hiu fj^ et de Yen-ling 3|5 fê (4) ; il a cédé la première au roi de Ts^in ; dès lors, les troupes de celui-ci, pour faire invasion chez nous, n'ont plus qu'une faible distance à franchir; elles ne sont plus qu'à cent-soixante li de notre capitate Tch^en ^. Ainsi, il est évident que nous aurons des guerres continuelles à soutenir contre lui.

Le danger était manifeste ! On transféra la capitale à Oheoutch*oen ^ ^ (1) ; mais pour donner le change au peuple et aux Esprits, on donna à cette ville le môme nom que l'ancienne et célèbre capitale Yng ^S- Quant au premier ministre Tch'oehchen, voyant que son influence était bien amoindrie, il se retira, à la fin de l'année, dans son fief de Sou-tcheou J^ j^Jj. D'ailleurs, il se rendait compte aussi que le royaume de Toh'ou approchait de sa ruine ; il n'avait plus guère de courage à l'administrer.

En 238, le nouveau roi de Ts'in ^, Che Hoang-ti ^ £ ^, déclaré majeur prenait en main le gouvernement de ses états, et dès sa première année montrait ce qu'il serait plus tard (Voyez l'histoire de ce pays).

La cour de Tch^ou se trouvait alors dans un triste état ; les

(3) Koan-tsin=: était à 33 11 sud-est de Ou-i bien ^ & XI ) qui est à 50 li

noï'd-est de «a préfecture Ki-tcheou #| jHi [Tché-li] (p. Fa., vol. 2. p. 66) — (g. vol. 14, p. 39).

(4) Hiu «était tl 30 li à l'est de Hiu-tcheou ^ iJH [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 58). Yen-ling=c'e8t Yen-ling bien ^ |^ JR, à 40 li sud-ouest de K*ai-fong fou H

$f /& [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 4).

(1) Cbeou-tcb*oen= c'est Cbeou-tcbeou ^ jW» à 180 H à l'ouest deFong-yang fou m ^ /lï [Ngan-boei] (p. Fa., vol. 6, p. 24).

historiens qui le racontent semblent se contredire; est-ce un roman qfu'ils nous débitent ? est-ce la réalité ? Quand un gouvernement edt à la merci de femmes intrigantes et de courtisans ambitieux, on peut s'attendre à tout ! Voici donc ce que Ton nous dit :

K^ao Lié-wang n'avait pas d'enfants, malgré les nombreuses

femmes que son premier ministre lui avait procurées. Un

seigneur de Tchao jg, nommé Li-yuen ^ g, avait une sœur

qu*il désirait lui offrir ; mais ayant entendu dire que le roi était

incapable d'engendrer, il craignit que sa sœur ne tombât en

disgrâce, il la confia au premier ministre lui-même ; puis, il

demanda permission de rentrer chez soi, promettant de revenir

•au bout de quelques jours. Il prolongea un peu plus son obsen-

oe, dans l'espoir que le ministre lui en demanderait la raison.

En effet, Tch'oen-chen l'interrogea sur son retard ; il répondit :

j'allais me mettre en route, quand est survenu un messagerduroide

Ts4 ^, demandant ma sœur en mariage pour son maître ; j'ai dû

retarder mon départ, afin de traiter honorablement l'envoyé et sa

suite. — Le mariage est-il conclu? — Non, pas encore! Je voulais

auparavant consulter votre seigneurie ! Le ministre tomba dans

le piège ; voyant la jeune personne recherchée par un roi, il

voulut la garder pour soi, comme un trésor ; il en fît donc sa

concubine.

Dès qu'elle se sentit enceinte, elle en avertit son frère ; celui-ci lui fit la leçon ; voici, lui dit-il, les considérations qu'il faudra exposer habilement à votre mari : Sa Majesté vous tient en plus grande estime que ses propres frères et ses proches parents ; vous êtes son premier ministre depuis plus de vingt ans. Mais le roi n'ayant pas de fils, après sa mort, un de ses frères sera placé sur le trône ; celui-ci voudra s'entourer de ses favoris ; vous ne pourrez garder votre dignité. Bien plus, dans une si longue administration, vous avez plus d'une fois froissé l'orgueil de ce prince ; arrivé au trône, il cherchera à se venger de vous ; les plus grands malheurs fondront sur votre tète ! Maintenant j'ai conçu ; personne ne le sait encore ; on ignore même que je jouis de votre faveur ; usez de votre influence pour m'introduire auprès du roi ; certainement il sera content de moi ; je m'appliquerai à gagner ses bonnes grâces ; si le ciel m'acoorde un fils^ c'est lui qui sera le princes-héritier ; ainsi le royaume sera vôtre ; ne sera-ce pas mieux pour vous que d'être exposé à tant de malheurs !

Tch^oen*chen trouva le raisonnement très sensé ; il éloigna la jeune personne, la mit dans un palais princier, et la recommanda à K^ao Lié-wang. Celui-ci Taccepta et l'aima gran* dément. De fait^ elle mit au monde un fils, qui fut aussitôt proclamé prinee-héritier ; elle-même devint la reine titulaire, et son frère fut gratifié d'une grande dignité à la cour.

Jusque là, le stratagème avait bieu réussi ; Li-yuen n'était pourtant pas tranquille ; le premier ministre pouvait un jour ou Tautre trahir le secret ; il importait donc de se débarrasser de lui ; car on se doutait de Tintrigue dans Tentourage du roi. Liyuen prit à sa solde un certain nombre de forbans prêts à tous les coups, et il attendit une occasion propice.

Bientôt K^ao Lié'wang tombait malade. Tchou-yng ^ ^ dit à Tch^oan-chen, son maître: il arrive parfois des bonheurs ou des malheurs inattendus ; de plus, votre vie n'a pas de sécurité, puisqu'elle dépend du bon plaisir du roi ; comment pouvez-vous vous passer de Thomme providentiel qui peut détourner tous les coups qui vous menacent !

Qu'entendez-vous par ce mot «bonheurs inattendus»? demanda le ministre. ^ Voici ! dit Tchouyng : votre seigneurie sertie roi depuis plus de vingt ans ; vous n'aviez que le titre de ministre ; mais vous étiez le vrai maître du pays; maintenant, sa Majesté est si malade qu'on ne peut, le matin lui assurer qu'elle vivra jusqu'au soir ; après sa mort, vous servirez encore le princehéritier; mais quand celui-ci sera devenu majeur, vous devrez lui remettre les rênes du gouvernement; ou bien il faudrait vousmême vous établir sur le trône à 1^ mort du roi ; ce qui serait un bonheur inattendu !

Qu'entendez-vous par «malheurs inattendus»! reprit le minis tre.— Voici ma pensée! repondit Tchou-yng: le seigneur Li-yuen: ^ g n'administre pas le royaume ; et il est votre ennemi ; lui qui n'est pas dans les rangs de l'armée, vous le voyez entouré de sicaires, comme un chef entouré de ses soldats; à la mort du roi, il s'emparera sans doute du trône, et vous massacrera; ce qui serait un malheur inattendu !

Mais qu'entendez-vous encore par «l'homme providentiel» ? répliqua le ministre. — Que votre seigneurie, . répondit Tchouyng, me confie la garde du palais ; aussitôt le roi mort, Li-yuen se hâtera d'accourir ; je le massacrerai sur-le-champ, et je serai l'homme providentiel !

Laissez donc pareilles idées! dit le. ministre; Li-yuen est une nullité ; de plus, je ne lui ai jamais fait que du bien ; comment en viendrait-il à ce point d'ingratitude?

Tchou-yng voyant ses conseils inutiles, quitta de suite le royaume, pour échapper aux malheurs qu'il voyail imminents. A peine dix-sept jours plus tard, K'ao Lié-wang mourait, Li-yuen avec ses forbans envahissait le palais, tuait le premier ministre Tch^oen-chen, jetait sa tête pardessus la porte Ki-men H |F^, et envoyait aussitôt exterminer toute sa famille (1).

(1) Le tombeau de Tch*oen-chen est sur le versant méridional 3e la colline appelée Kiun-cban iS* |i| i au nord-est des murs de Eiang-yn Ql l^ T il dut être splendidè: une porte d*honneur, une galerie voûtée, un sanctuaire pour le cercueil, une tour deux

sss

Quant au petit prince-héritier, il s'appelait Han ^ ; il fut immédiatement proclamé roi ; mais il ne vécut pas longtemps ; c'est Li-yuen qui gouverna à sa place, heureux de voir ses plans si bien accomplis.

monolithes, dont il ne reste plus que les bouts; mais tout cela est en ruine; et qui donc voudrait le restaurer ? Sous la dynastie Ming ^ (1368-1644), le mandarin local ayant fait opérer des fouilles à ce mausolée, on y entendit, paraît-il, des sons de cloches et de tambours ; on y trouva des lanternes vernies, qui depuis plus de mille six cents ans n'étaient pas encore éteintes! Ce sont des contes de bonzes, pour attirer les pèlerins à leur pagode ; l'historien dit qu'il n'y croit pas; mais qu'il rapporte seulement ce qu'on en racontait autrefois ; en vérité il y croit bien un peu ! Sous l'empereur Kien-long J|E S (1736-1795), de la dynastie actuelle, le mandarin local fit ériger une pierre commémorative, dans la crainte que l'on ne perdît le souvenir de ce grand ministre.

Kiang-yn bien JLC I^ JH ^^^ dans la préfecture de Tch'ang-tcheou fou qf SHi Jff [Kiang«80u] (Annales Kiang-yng bien, vol. 3, p. 1 — vol. 23, p. 1).

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