‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 22 sur 33 · HOAI-WANG · texte numérisé non relu

HOAI-WANG

Hoai H signifie : qui donne des louanges d'après la justi- ; — ou encore : doux et bienfaisant, mort avant Tâge de ans (1).

Se Ma-koang ni Se ^ ^^^ - ^ peine le nouveau roi etait-il Ur le trône que la guerre éclata entre le prince de Ts^ ^ et ^îelui de Song ^ ; celui-ci envoya une ambassade à la cour de ^ch'ou, demander du secours. C'était une bonne occasion d'acquérir quelque territoire, d'un côté ou de Tautre ; Hoai-wang ne voulait pas la laisser perdre; il accorda donc ce que Ton désirait ; mais son armée n'était pas encore prête, que déjà les deux partis belligérants avaient fait la paix. Le prince de Tb4 ne tenait pas à se mesurer avec les gens de Tch^ou ; celui de Song se disait avec raison que son puissant allié, après lui avoir rendu service, lui demanderait quelque chose en retour.

En 328, nous allons avoir affaire avec le fameux lettré Tcbang-i ^ 'fH ; il faut rappeler brièvement au lecteur ce que nous avons écrit sur cet homme d'état, dans notre histoire du royaume de Ts'in ^ Son condisciple Sou-ts'in jH |^ était déjà célèbre, et premier ministre de Tchao j^, tandis que lui n'était encore rien ; il se morfondait de jalousie et d'ambition, cherchant tous les moyens de sortir de son obscurité et de faire fortune ; il finit enfin par gagner les bonnes grâces du premier ministre de Tch^ou. Mais, à une soirée solennelle, où l'on buvait joyeusement le vin, le ministre perdit une précieuse tablette de jade [Pi ^ ; ses employés soupçonnèrent Tchang-i : c'est un homme pauvre, disaient-ils, qui ne sait comment vivre ; bien sûr, c'est lui qui aura volé la tablette de votre Excellence !

On saisit le malheureux, malgré ses protestations d'innocence ; on lui administra quelques centaines de coups de verge, et on le renvoya chez lui : belle manière de monter aux honneurs ! lui dit sa famme ; si vous n'aviez pas tant étudié, et si vous n'aviez pas fait tant de voyages pour offrir vos conseils aux roitelets, vous n'auriez jamais eu à subir une telle honte ! — Regarde donc^ répondit-il, si ma langue est encore à sa place ! — Oui,

(1) Texte de cette double interprétation; ^ tllK# B Vi^MiZMHf

dit-elle en riant. — Hé bien, cela suffît! Avec elle je puis encore devenir un grand homme ! ^

Après plusieurs aventures, Tchang-i se rendit à la cour de Ts*in ^ ; il sut plaire au roi Hoei Wen-wang SU ?ît ï (337- 311), et devint ministre en 328, juste au moment où Hoai-wang venait de monter sur le trône. Devenu puissant, il voulut savourer les délices de la vengeance ; car, selon la théorie des lettrés, c'est ce qu'il y a de plus agréable au monde. Vous m'avez battu de verges, écrivit-il au premier ministre de Tch'ou ; je ne vous ai jamais volé une tablette de jade ; maintenant je vous prendrai des villes. Dix ans ne devaient se passer, avant qu'il exécutât en grand cette menace.

En 324, il prit seulement la ville de Tchao-ling B ^ (1) ; c'était [un simple prélude comme pour s'exercer la main. A ce moment, son adversaire Sou-ts'in ^ ^ s'enfuyait au royaume de Ts'i 5Ç; nous avons donné la raison de ce revirement de fortune, dans l'histoire de Ts4n ^.

En 323, Hoai-wang envoyait Tchao-yang Bg |^, grand seigneur de la famille royale, faire la guerre au prince de Wei U|; ce général remporta une première victoire à Siang-ling ^ ^ (2) ; puis il continua sa marche triomphale, prenant sur son chemin huit villes avec leurs territoires; enfin, il conduisit son armée contre le roi de Ts'i ^. —

Celui-ci était grandement effrayé; il s'adressa à Tch'en-tchen 1^ ^, ambassadeur de Ts'in ^, qui se trouvait alors auprès de lui: Que votre Majesté, dit celui-ci, ne se chagrine pas! Je me charge de la délivrer de cette invasion !

Sur ce, il se rendit auprès de Tsao-yang, et lui fit une harangue comme les lettrés en ont le secret: je serais heureux, dit-il, d'apprendre quelle récompense on donne, dans votre royaume, à celui qui a vaincu l'armée ennemie, ou lui a tué son général? — Il obtient de l'avancement, répondit Tsao-yang; il reçoit la dignité de tchou-kouo ^ g [protecteur ou colonne du royaume], qui est considérée comme le plus grand honneur; on lui remet la tablette de jade Koei ^, insigne de cette dignité. — Ya-t-il encore une plus haute récompense ? répliqua Tch'entchen. — On peut le nommer premier ministre, répondit Tsaoyang; au-dessus de cela, il n'y a plus rien. — Mais votre Excellence est déjà premier ministre, et chef de tous les dignitaires, reprend Tch*en-tchen; que désire-t-elle de plus?

Ecoutez, je vous prie, cet apologue: Un seigneur avait

(1) Tchao-ling= était à 45 li à l'est do Yen-tch'eiig bien !S|5 jlfi JKi qui est à 120 11 au sud de Hiu-tcheou pf ffl [Ho-nan] (g. Fa., vol. 47, p. 47).

(2) Siang-ling=:ou tombeau du roi Siang ^i deTsin§ (627-621)= était à 20 U Bud-est de Siang-ling bien ^ K JH» qui est à 30 li sud-ouest de sa préfecture P^ingyang fou ^ ^ jj^ [Chan-si] (g. Fa., vol. 41, p. 5).

donné à ses familiers une coupe de vin ; ceux-ci se consultèrent : une coupe, disaient-ils, ne suffît pas pour faire le tour de la table ; dessinons chacun un serpent à terre ; le premier qui aura fini boira la coupe entière. Aussitôt ils se mettent à l'œuvre ; j'ai fini! crie l'un d'entre eux, à moi la coupe! Puis, se ravisant: j'ai encore le temps d'ajouter des pieds à mon serpent! et il se met à les dessiner. A moi la coupe ! dit un second, j'ai fini ! Vous, monsieur, qu'avez-vous tracé? Ce n'est pas un serpent! Ils n^ont pas pe pattes ! Tout le monde accorda la coupe au second dessinateur.

Or, maintenant votre Excellence étant premier ministre, ayant battu Tarmée de Wei ||, tué son général, a acquis des mérites de premier ordre, qui ne peuvent être surpassés. Elle se transporte au pays de Ts'i ^. pour y faire la guerre; si elle remporte la victoire, quels plus grands honneurs en recevra-t-elle ? Si elle est trompée dans son espoir, ses dignités, sa vie même sont en danger, et son royaume en subira de grandes calamités. Votre Excellence ressemblera au dessinateur qui, à son serpent déjà achevé, voulut ajouter des pattes! Suivez mon bon conseil; retirez votre armée ; vous gagnerez l'amitié du roi de Ts*i ; ce qui vaut mieux qu'une victoire. Quand uii verre est plein, il ne faut plus rien y ajouter! C'est encore un proverbe très sage; vous n'avez rien à gagner dans cette campagne; et vous pourriez y perdre !

Tsao-yang le remercia de son conseil, et s'en retourna avec son armée. Voilà encore un de ces mille traits, où le génie d'un lettré triomphe d'une manière si glorieuse, et sauve les empires, sans coûter une goutte de sang.

Cette même année 323, Tchang-i j[g ^ avait une entrevue, à Yé-sang ^ ^ (1), avec les ambassadeurs de Tch'ou et de Ts'i 3§ î ce qui prouve qu'il avait un peu oublié ses projets de vengeance; d'ailleurs le bon moment de la satisfaire n'était pas encore venu.

En 322, ce traître devint premier ministre de Wei ^, sa patrie; dans l'histoire jie Ts'in ^, nous avons raconté comment il avait brigué cet emploi, pour livrer plus facilement son pays aux mains du roi de Ts*in. qui en secret restait son vrai maître. On ne peut guère trouver félonie plus insigne.

En 321, le fameux Mong Tchang-kiun àg; 'gr ;§•, de Ts*i, avait été envoyé par son maître en ambassade saluer Hoai-wang; celui-ci fut si charmé de ses entretiens, qu*il lui fît présent d'un lit en ivoire sculpté. Mais les employés chargés de porter ce cadeau jusqu'au pays de Ts4, n'osaient se mettre en route, de

(1) Yé-sang=était au sud-ouest de Pti-hien fîp JÇ^? qui est à 140 li nord-ouest de sa préfecture Siu-tcheou toxi i^ j^ }ff [Kiang-sou] (g. Fa., vol. 29, p. 17) — (p. vol. 4, p. 29).

peur de T endommager en chemin ; ils s'adressèrent à Kong Suen - BÎu & M J^f ^^ fac-totum de l'ambassadeur, et lui exposèrent leur crainte : ce lit, disaient-ils, vaut bien mille livres d'argent ; si nous le brisons tant soit peu, nous aurons beau vendre femmes et enfants, nous ne pourrons réparer le dommage ; si vous réussissez à nous décharger de cette commission, nous vous offrirons, en reconnaissance, une précieuse épée que nous avons reçue de nos ancêtres.

Kong Suen-siu accepta ; il se rendit auprès de Mong Tchangkiun, et lui dit : plusieurs états se sont confiés aux bons soins de votre Excellence, dans la conviction qu'elle sait secourir et relever les faibles et les pauvres, sauver ce qui est près de périr, rattacher ce qui est disjoint ; il n'y a personne qui n'aime votre justice, votre intégrité. Or, maintenant que vous avez reçu ici un cadeau si précieux, partout ailleurs on ne saura comment faire pour vous offrir quelque chose d'aussi beau ; partout on aura peur de votre visite, tandis qu'autrefois tout le monde vous désirait !

Mong Tchang-kiun lui répoi^dit : vous avez raison ; je vais renvoyer ce cadeau ! — Là-dessus, l'officier s'empressa de se retirer tout joyeux. Le seigneur le suivait du regard, marchant dans la cour du palais ; il n'était pas encore arrivé à la porte qu'il le faisait revenir : Qu'avez-vous donc, lui dit-il, pour marcher la tète si haute ? Vous avez l'air d'un homme fameusement content de soi !

Alors l'officier lui avoua tout. Au lieu de se fâcher^ comme aurait fait un homme vulgaire, le vertueux tettré inscrivit sur la porte de sa salle: Quiconque peut me faire avancer dans la vertu, afin que j'en répande le parfum autour de moi, quiconque peut m'empécher de commettre une faute, celui-là sera récompensé ! Veuillez m'avertir de mes fautes !

Quelle gentille historiette ! A qui de nous, qui vivons en Chine, semblable tour n'a-t-il pas été joué ? même aux plus fins !

Quant à l'inscription qui demande l'aumône de la correction fraternelle, il y en a partout de semblables, surtout dans les tribunaux ! Mais gare au simple qui ne sait pas comprendre ! Il lui arrivera comme à l'âne de la fable, qui avait eu la sottiôe de faire l'examen de conscience du lion.

En 313, Sou-ts4n i|^ ^ le sophiste, ayant réuni dans sa fameuse ligue les états de Tch'ou ^, de Tchao j^, de Han $Qt, de Wei H, de Yen ||^, et les sauvages Hiong-nou ^ jjg, une armée commune s'avançait contre le roi de Ts*in ^, la terreur de tous ses voisins ; elle était déjà arrivée non loin du dangereux défilé Han-kou-koan j^ ^ H (!)• Le roi de Ts4n alla au-devant de

(1) Han-kou-koan= fameux défilé, à 10 li au sud de Ling-pao bien S 9 JR* qui est à 60 U à l'ouest de Chen-tcheou Rfe JfH [Ho-nan] (g. Fa., vol. 48, p. 56).

su

Tennemi, comme un lion qui sort de son antre ; il mit en déroute les confédérés, et pulvérisa leur ligue. La honte de cette défaite est restée célèbre dans l'histoire de Tch'ou. Hoai-wang s'était laissé séduire par le sophiste ; il s'était constitué chef de la ligue ; et il s'était cru sûr de la victoire. Quelle déception ! Le royaume de Ts*i avait aussi envoyé ses troupes ; mais elles arrivèrent après la bataille.

En 317, pour se venger de cette malheureuse expédition, il fallait bien trouver une victime ! C'est l'auteur de la ligue, c'est Sou-ts'in lui-même qui paya de sa tête le .désastre commun ; nous ne le plaindrons pas, car c'était un beau parleur et un grand fourbe ; c'est le roi de Ts'i qui le mit à mort.

En 314, Hoai-wang jouait un vilain tour au prinÇe de Han ^; et qui plus est, sur le conseil même de Tch'en-tchen ^ ^; voici comment la chose est racontée par Se Ma-koang "^ ,^ 36^ à cette année de son histoire: En 417, le roi de Ts*in ^ avait infligé une grande défaite au prince de Han, à Tchouo-tché ^ ^ (1) ; l'existence même du pays était en péril ; le seigneur Kong Tchong-p'ong ^ fiji ^ proposa de sauver la situation par une volte-face : la ligue dans laquelle nous sommes entrés, dit-il, est un leurre; nous ne pouvons nous appuyer sur personne, sinon sur le roi de Ts'in ; par l'entremise de son favori Tchang-i ^ ^. faisons avec lui un traité d'amitié; ofïrons-lui en cadeau une de nos meilleures villes ; et puisqu'il veut abattre le royaume de Tch'ou, aidons-le dans cette entreprise; nous trouverons bien alors l'occasion de nous compenser, en prenant à ce pays quelque territoire.

Le prince de Han goûta fort ce conseil ; il donna ordre de préparer une ambassade, et il la confia à Kong Tchong-p'ong luimême ; si celui-ci avait pu partir aussitôt, il eût épargné à sa patrie une grande calamité.

Hoai-wang fut averti du complot qui se tramait ainsi contre lui; il manda le fin diplomate Tch*en-tchen ^ ^, afin de se concerter sur les moyens de le déjouer (2). Celui-ci parla en ces termes: depuis longtemps le roi de Ts'in ^ désire vous faire la guerre; le prince de Han ^ se propose de l'aider, et lui donne une ville en gage ; c'est une bonne fortune qu'il a toujours demandée à ses ancêtres; puisque c'est chose conclue, vous aurez certainement la guerre. Pour la conjurer, voici quel serait mon avis ; que votre Majesté lève une grande armée, publiant partout

(1) Tchouo-tché = était à l'ouest de Hiu-tcheou nf /H [Ho-nanJ (p. Fa., vol. 12 p. 58) — (g. vol. 47, p. 43).

(2) Comment ce Tch'en-tchen, autrefois ambassadeur de Ts'in, se trouve-t-il maintenant au service de Tch'ou? C'était uti lettré errant, vendant sa philosophie au plus offrant; c'est, la jalousie de son rival Tchan^'-i tR ]|| qui l'a fait partir de Ts'in.

que c'est pour secourir le prince de Han contre le roi de Ts'in ; que vos chars de gnerre remplissent tous les chemins ; envoyez un dignitaire de grande renommée et d'une probité sûre, en ambassade à la cour de Han ; confiez-lui de riches présents, afin de persuader au prince que vos offres de service sont sérieuses. Ainsi vous l'empêchez de s'allier avec le roi de Ts*in; si votre ambassadeur arrive trop tard, l'armée de Han ne pourra se dispenser de suivre celle de Ts4n ; mais elle aura ordre de ne pas vous faire grand mal; si votre député arrive à temps, et parvient à contrecarrer les projets de Kong Tchong-p'ong, tout est sauvé! Le roi de Ts*in entrera en colère; le prince de Han, sûr de notre renfort, se montrera fier et provocateur; nous les lancerons r un sur l'autre; ensuite, nous les laisserons s'entre-déchirer, sans nous en mêler; ainsi, nous nous épargnerons les malheurs de la guerre, et nous aurons affaibli nos deux rivaux.

Hoai-wang, comme on le pense bien, fut enchanté de ce vertueux conseil et s'empressa de l'exécuter; il envoya ce message au prince de Han : mon état est bien faible ; mais il s'est levé comme un seul homme, pour courir à votre secours; ainsi^ que votre Majesté ne craigne pas d'affirmer ses droits devant le roi de Ts4n; nous vous soutiendrons de toutes nos forces !

Le prince de Han tomba dans le piège, et décommanda son ambassade. Kong Tchong-p^ong lui fit en vain les plus vives remontrances: je supplie votre Majesté, disait-il, de ne pas infliger un tel affront au roi de Ts'in ^; il est sincère à notre égard; celui de Tch*ou n'a que de belles paroles; nous allons nous priver d'un appui solide, et nous livrer à un flatteur ; nous serons la risée de la Chine! Nous ne sommes liés au roi de Tch*ou ni par la parenté, ni par des traités d'amitié, ni par d'anciennes traditions; nous ne sommes jamais allés ensemble combattre le royaume de Ts*in (1) ; aujourd'hui, s'il lève une armée, ce n'est pas à cause de nous, mais pour détourner sur nous la guerre dont il est menacé; je reconnais là une des ruseâ de Tch'en-tchen ^ ^; votre ambassade a été annoncée à la cour de Ts'in ; si elle ne s'y rend pas, ce sera une grande injure ; il va falloir soutenir une guerre que votre Majesté voulait si sagement éviter; quand nous serons abandonnés par les gens de Tch*ou, le repentir sera inutile !

Le prince de Han persista dans son dessein, et rompit ouvertement avec le roi de Ts'in ^; celui-ci entra en fureur; il leva aussitôt une armée et se jeta sur le pays de Han; il y eut

(1) Le seigneur qui parle si bien a la mémoire courte ; U oublie l'expédition des «ligueurs» contre Ts'in, en 318.

une grande bataille à Ngan-men ^ R (^); l>îen entendu, les gens de Tch*ou arrivèrent trop tard; rarmée de Han fut anéantie, et en grande partie faite prisonnière, malgré son courage, malgré l'intelligence et la bravoure de ses chefs. On finit par conclure la paix ; mais elle fut très onéreuse pour le prince de Han ; il dut même donner en otage son fils et héritier Ts'ang j^. Quant à Hoai-wang, il jubilait avec son favori Tch'en-tchen d'avoir joué un si bon tour.

Mais « à bon chat, bon rat », dit le proverbe; nous allons voir Hoai-wang lui-même leurré de la plus belle façon, par Tinsigne fripon Tchang i ^ 'fli ; le fait est resté légendaire en Chine; c'est Se Ma-ts'ien qui l'a raconté le premier; tous les historiens l'ont reproduit sur son témoignage; le voici:

En 313, le roi de Ts*in ^voulait faire la guerre à celui de Ts'i ^; mais sachant que celui-ci était un allié de Tch'ou, il voulait d'abord rompre cette union, pour exécuter plus sûrement et plus facilement son entreprise. Il publia donc bien haut que Tchang-i n'était plus son premier ministre ; en même temps il l'envoyait jouer le rôle de traître à la cour de Tch'ou, ce qui lui réussit à merveille.

S'adressant à Hoai-wang, le fourbe lui dit: mou humble maitre n'aime personne autant que votre Majesté ; quant à ma chétive perssonne, je désire si fort jouir de votre présence,, que pour cela je suis prêt â accepter l'office de portier dans votre palais. Une seule chose nous sépare ; c'est votre affection pour le roi de Ts'i, l'ennemi de mon maître, et le mien ; sans cela, nous serions de tout cœur au service de votre Majesté ; si vous aviez le courage de rompre avec lui, et de fermer à ses ambassadeurs tous les chemins de votre royaume, je me fais fort d'obtenir pour vous de mon maître tous les territoires de Chang-yu |g jjf^ (2), d'une étendue de six cents li ; de plus, je vous procurerai, comme concubine, une princesse royale de Ts*in ^^; les deux familles n'en feront plus qu'une, les deux peuples se chériront et se soutiendront mutuellement; trois avantages insignes obtenus d'un seul coup, chose inouïe dans l'histoire jusqu'à ce jour!

Hoai-wang se laissa prendre dans le filet; il fut si enchanté

en-

(1) Ngan-men = était à 28 li lïord-fst de Hiu-tcheou flp yi\ [Ho-nan] ; îi cet droit, il y a encore un kiosque appelé ïcli'ang-ou-tiug "ft ^ Ç (p. Fa., vol. 12, p. 58) — (g. vol. 47, p. 44).

(2) Les pays de Chang-ju- étaient ù l'ouest de Nei-hiang bien W /ff ^ï qui est à 190 li nord-ouest de Nan-yang fou ^ |^ /jj [HouanJ . Les deux caractères signifient: la ville de Chang "j^ î qui est au pays de Yu«tchoiig ]5^ ^ : à 7 li ù l'ouest de Neihiang, il y a encore un village nommé Yu-ts'uen "SS tÎ ou Yu-tchong "ff^ ^ • Quant à Chang ^1 ou Chang-tcheou RJ J"'? cette ville est maintenant dans la province de Chen-si BR H • Entre les deux endroits, il y a une distance de six cents li (p. Fa-, vol. 12, p. 45? -^Tol. 14, p. 57) — (g. Fa., vol. 51, p. 21).

de cette proposition, qu'il confia aussitôt le sceau du premier ministre à Tchang-i 5g ^ ; chaque jour ils conféraient et buvaient le vin ensemble ; Hoai-wang se félicitait tout haut de sa bonne fortune: je vais donc, disait-il, recouvrer les territoires que nous avons perdus en 340! Tous les dignitaires venaient le congratuler de cette bonne fortune; Tch'en-tchen ^ |ê^ seul était dans la tristesse ; Hoai-wang lui en fît des reproches : nous allons, sans coup ferir, récupérer six cents li de territoire, et vous pleurez ! — Hélas! répondit Tch'en-tchen, l'unique raison pour laquelle le roi de Ts4n nous estime et nous craint, c'est notre alliance avec le prince de Ts'i ^; maintenant vous voulez rompre, avant d'avoir reçu aucune compensation, une union si avantageuse pour votre royaume ; vous allez être isolé ; c'est justement ce que veut le roi de Ts4n, avant de vous attaquer. Avant d'en venir là, exigez du moins qu'on vous livre ces territoires de Chang-yu; sinon, vous serez joué par ce rusé Tchang-i; les deux rois de Ts'in et de Ts4 s'uniront contre vous; leurs deux armées fondront ensemble sur votre pays; il sera trop tard de se fâcher contre les fourbes, et de déplorer nos malheurs!

Hoai Wang ne tint pas compte de ces remontrances ; il interdit même à Tch*en-tchen de lui reparler de cette affaire, jusqu'à ce qu'on ait livré les territoires en question. Au départ, Tchangi richement récompensé se fît accompagner par un général, auquel il devait remettre les contrées promises, il continua ses fourberies jusqu'au bout. Arrivé au pays de Ts4n, il feignit d'avoir trop bu, se laissa tomber de son char, fît le malade pendant trois mois, refusant de sortir, et surtout de traiter la fameuse cession; le général dut se résigner à attendre la fin de cette comédie.

Hoai-wang trouvait le temps bien long; il s'imagina que le roi de Ts*in n'était pas encore satisfait de sa bonne volonté, et, qu'il en voulait des gages certains; il envoya un insigne forban, nommé Song-i, injurier le prince de Ts4 en pleine cour; de manière que toute réconciliation fût impossible. Outré de colère, le roi de Ts'i fit immédiatement un traité d'alliance avec celui de Ts*in, contre Hoai-wang.

Aussitôt que la nouvelle en fut arrivée, Tchang-i se trouva guéri; il fît venir le général, et feignit l'étonné: comment, , lui dit-il, vous n'avez pas encore occupé tel et tel territoire que je vous avais désigné? Or, il y avait juste six li de long, six li de large! Le général eut beau protester; il dut s'en retourner couvert de honte.

On peut imaginer la fureur de Hoai-wang ; il ordonna aussitôt de lever une armée pour venger cette injure. Alors Tch'entchen lui demanda la permission de parler encore sur cette question : faire la guerre dans ces conditions, dit-il, c'est ajouter malheur sur malheur ! Tâchons de gagner l'amitié du roi de Ts^n ; don-

nons-lui en cadeau une de nos meilleures villes ; si nous obtenons son concours contre le prince de Ts'i, nous aurons Toccasion de nous compenser ; l'intégrité de notre royaume sera sauvée ! Une guerre contre les pays ensemble nous mettra sur les bras les troupes de toute la Chine ; calamité dangereuse, mortelle peut-être, pour notre royaume.

Hoai-wang ne voulut rien entendre ; il envoya le généralissime K'iué-kai ^ ^ contre le roi de Ts'in ; celui-ci lui opposa le grand officier Wei-tchang H :^ (1) ; une guerre redoutable était engagée.

En 312, au printemps, une grande bataille eut lieu à Tanyang ^ ^ (2) ; K'iué-kai JU ^ fut fait prisonnier, avec son aidede-camp et soixante-dix grands officiers ; quatre-vingt-mille hommes portant cuirasse eurent' la tète coupée ; la province de Han-tchong-kiun ;^ 4* $[î ^^^ envahie, le royaume de Tch'ou en grand danger. Hoai-wang appela sous les drapeaux tout ce qu'il put trouver de valide, et envahit à son tour le pays de Ts'in ^ ; mais une armée de ce genre, organisée à la hâte, non exercée, était un embarras plutôt qu'un secours ; elle fut mise en pleine déroute à Lan-t'ien Jg (3).

Lès princes de Han ^ et de Wei f| profitèrent d'une si belle occasion; ils envahirent le pays de Tch'ou et pénétrèrent jusqu'à Teng 35 (4) ; Hoai-wang se hâta de revenir sur son propre territoire, avec les restes de son armée ; ne sachant plus où donner de la tête, il se résigna à demander humblement la paix au roi de Ts'in ; en action de grâces, il dut encore offrir deux villes au vainqueur. Quelle humiliation pour un royaume comme celui de T'chou ! Ainsi un fripon est toujours puni par un autre fripon plus coquin que lui.

En 311, le roi de Ts'in envoyait un ambassadeur à la cour de Tch'ou, proposer un échange de territoire ; à savoir, la contrée située en dehors du défilé Ou-koan ^ ^, et faisant partie de Ts'in, contre la région de K'în-tchong |^ t\f (5) appartenant

(1) Ce grand officier, originaire de Wei, était peut-être de la famille royale de ce pays.

(2) Tan -yang= était à? li sud-est de Koei-tcheou 15 jHi? qui est à 350 li à l'ouest de I-tch*ang fou lË ^ /Sf [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 38) — (g. vol. 78, p. 35).

(3) Han-tchong-kiun = cette province comprenait le sud du Chen-si actuel, avec la capitale Han-tchong fou @| •t* /Jî » bassin supérieur du fleuve Hau y| (p. Fa., vol. 14, p. 30).

Lan-t'ien=est à 90 li sud est de Si-ugan fou W "5? iff [Cheu-si] (p. Fa., vol. 14, p. 11).

(4) Teng=était à 35 li sud-est de Yen-tch*eng |S|) ^K» qui est à 120 li au sud de Hiu-tche6u f^, ^ [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 50) — (g. vol. 47, p. 47).

(5) Ou-koan =:î\ 80 li à l'est de Chang-tcheou |S jHl [Chen-si]. — K'in-tchong= était à 22 li à l'ouest de Tch'en-tcheou ^ jtl [Hou-nan] ; le territoire allait donc jusqu'au Se-tch<oan Q /In qui appartenait déjà au roi de Ts'in (p. Fa., vol. 14, p. 58, — vol. 22, p. 18).

à Tch'ou. Hoai-wang répondit à l'ambassadeur : le terrain en ' question m'importe peu ; ce que je veux, c'est ce traître Tchangi ^ ^ ; livrez le moi ; /je vous fais grâce du reste !

A cette nouvelle, Fimpudent paya d'audace ; il demanda lui-même à se présenter à la cour de Tch*ou. Y pensez-vous ? lui objecta avec stupéfaction le roi de Ts'in ; ne savez-vous pas que Hoai-wang veut votre tête ? Sa vengeance ne sera assouvie que dans votre sang ! — Le rayaume de Ts'in, répondit Tchangi, grandit de jour en jour; celui de Tch'ou, au contraire, va s'affaiblissant ; tant que votre Majesté me protégera, je n'aurai rien à craindre de personne ! De plus, j'ai un ami secret à la cour de Tch*ou ; c'est le grand dignitaire King-chang ^ f^ ; ce seigneur possède les bonnes grâces de Tcheng-sieou fj^ :j^, concubine toute-puissante auprès du roi ; cette femme étant gagnée à ma cause, je suis en sûreté. Puisque c'est moi qui ai provoqué la guerre entre nos deux pays, il faut que j'aille en personne présenter mes excuses au roi de Tch'ou ; si dans sa fureur il me met à mort, ce sera un grand avantage pour le royaume de Ts'in ; que puis-Je désirer de plus glorieux pour moi !

Tchang-i se rendit donc à la cour de Tch'ou ; Hoai-wang le fit enchaîner, et se préparait à le massacrer, quand le favori K*in-tchong l'en dissuada en disant : votre Majesté va de nouveau exciter la colère du roi de Ts'in, et s'attirer des malheui:s ; personne ne viendl'a à son secours ; car, en ce moment, on n'estime que Ts'in et ses protégés. Le dignitaire s'adressa aussi à la puissante concubine en ces termes : vous savez combien le roi de Ts'in affectionne Tchang-i ; pour le sauver de la mort, il offre six villes du pays de Chang-yong Jt JJ (1) ; il enverra aussi les plus belles femmes qu'il pourra trouver, ainsi que les plus habiles musiciennes de sa cour ; vous savez combien Hoai-wang désire s'annexer de nouveaux territoires ; combien il est passionné pour les belles femmes ; ces musiciennes une fois arrivées, votre crédit sera bientôt perdu ; le mieux serait donc de presser le roi de renvoyer au plus tôt Tchang-i, et de prévenir ainsi votre disgrâce.

La concubine trouva le conseil excellent ; jour et nuit elle se mit à pleurer devant Hoai-wang ; pourquoi, disait-elle, votre Majesté veut-elle faire mourir Tchang-i ? Chaque ministre cherche a prouver l'avantage de son maître ; il n'a fait autre chose ; si on le met à mort, nous aurons une guerre d'extermination ; je vais m'enfuir auparavant, avec mon fils, dans les pays au sud du Kiang [Yang-tse-kiang], pour ne pas tomber entre les mains des sauvages de Ts'in.

(1) Chang-yong=La ville de ce nom était îl 40 li à l'est de Tchou-chan bien rj Ul j||î qui est à, 380 li sud-ouest de sa préfecture Yun-yang fou ft5 f^ J^ [Hou-pé] (p. Fa., vol 21, p. 32).

Le stratagème réussit enfin ; Hoai-wang relâcha son prisonxiier ; il le traita même avec les plus grands égards, pour lui faire oublier sa captivité. Rendu à la liberté, le rusé compère i^enta d'amener Hoai-wang à se mettre à la remorque de Ts'in ; il lui disait: vous aviez l'ormé une ligue contre mon maître; i^ais vos alliés étaient comme un troupeau de moutons attaquant un tigre ! Rompez donc franchement avec vos associés, et rangez- 'VOUS de notre côté ; faites avec nous un traité en règle ; contractez des mariages avec notre famille royale. Si vous persistez à faire cause commune avec nos ennemis, notre armée, après avoir abattu les prince s de Han ^ et de Wei ||, se jettera sur votre royaume ; nous avons déjà conquis les pays de Pa £^ et de Chou §, qui sont vos voisins à l'ouest, et sur le cours supérieur du Kiang ; déjà les provisions, les vaisseaux, tout est prêt pour une descente chez vous ; rien de plus facile ! En un jour, sur ce grand fleuve, nous pouvons faire cinq cents li de chemin ; en moins de dix jours, nous serons à votre fameux défilé Han-koan ^ 1^ (1) ; maîtres de ce passage, nous sommes maîtres chez vous ; puisque de là tous vos chemins nous sont ouverts ; du coup, vos provinces de K*in-tchong |g^ tji et de Ou-kiun 3J ^ (2) tombent entre nos mains ; une autre armée passant par Ou-koan ^ j^, prendra vos pays du nord ; en moins de trois mois, l'expédition sera finie ; vos associés, s'ils osent même se mettre en route, auront besoin de six mois pour arriver; tout sera terminé depuis longtemps. Pourquoi rejeter l'appui de. Ts'in, qui est tout à votre avantage, tandis que votre union avec des principautés si faibles vous attirera infailliblement de grandes calamités ! Voilà ce qui me cause un véritable chagrin ! (3)

Hoai-wang ne croyait sans doute pas son royaume si proche de sa ruine ; pourtant, il y avait raison de craindre une campagne comme la précédente ; il promit donc de suivre les conseils de son prétendu ami.

Tchang-i était déjà reparti, quand le seigneur K'iué-yuen JS iS revint de son ambassade auprè*s du roi de Ts'i 55* Appreeant ce qui s'était passé, il blâma fortement Hoai-wang de s'être nncore laissé enjôler par le fourbe, au lieu de le massacrer.

(1) Han-koan — cp défilé, dont nous uvoni; déjà parlé, est ù 70 li ou sud de Tch'angyang bien ^ ^ Jï^' qui t'st à i)0 li au sud de aa. préfecture I-tch'ang fou K ^ Jn [Hou-pé] (p." Fa., vol. il , i». IM',) ~ ({<. vol. 78, p. 30 et vol. 69, p. C).

(2) Ou-kiun = la capitali^ (Ju-ttliVijf^âc j(£ était un peu au noid-t-st de Ou-chan bien S lU iH^ quiebt ù lîià) li nordt- bt de Koei-tcheou fou^ ){{ f^ [Se-tch'oauJ (p. Pa., vol. 24, p. 25) — (g. vol. Oy, p. 8).

i'3) Le présent discours eut dunn Iti rijcueil intitulé |K H ^» vol. 5, p. 17; il y en a encore du môme diploniatt-, avtu- <j«iux de Sou-ts'injilc ^i ai d'autres sophistes semblables; tout cela est ruisselnut d<3 vertu,

Hoai-wang reconnut sa faiblesse; il dépêcha des hommes pour ramener Tchang-i ; c'était trop tard ; le diplomate était en sûreté ; il se rendait auprès des princes de Han ||, de Tchao jg, de Ts'i H et de Yen ^, dans le but de les gagner au parti de son maître ; il réussit encore dans ce dessein, et par le fait même détruisit la fameuse ligue.

Gela méritait bien une récompense; elle lui fut gracieusement accordée ; il fut élevé à la dignité de seigneur de Ou-sin ^ ^; mais il n'eut pas le temps d'en jouir; son maître et protecteur Hoei Wen-wang jg, 3Ît 3E mourut subitement, et fut remplacé par Ou-wang gÇ 3£, ennemi personnel du diplomate.

C'était un revirement de fortune ; Tchang-i eut la prudence de se retirer à temps; il quitta la capitale de Ts'in [Hien-yang ^ ^]) après avoir rendu compte de son ambassade; il se rendit à la cour de Wei ||, où il fut bien accueilli, malgré tout le mal qu'il avait causé à ce pays; il y mourut l'année suivante (309), ayant vécu quelques années de trop pour sa gloire.

Les partisans de la ligue n'avaient pas attendu jusque là pour réformer leur coalition contre le roi de Ts'in ; celui-ci réunit une armée, et se lança sur le pays de Han ^; pendant Tannée 308, il s'acharna au siège de la ville de I-yang *sL IS (1); il finit par la prendre; mais il fut si fâché de la résistance des habitants, <iu'il ordonna le massacre de soixante-mille hommes; les gens de ^S4n aimaient ces boucheries sauvages, comme nous l'avons raconté dans leur histoire.

Au début de cette campagne, Hoai-wang avait eu la pensée d'aller au secours de son associé; s'adressant à son grand conseiller Tch'en-tchen [^ |^, il lui avait dit: Han-tch^e ^ ^^ le gouverneur de I-yang, est un homme de ressources; il sait à fond tout ce qui regarde les affaires des princes; il parviendra certainement à se tirer d'embarras ; je vais lui porter secours, et m'attacher par la reconnaissance un homme si remarquable.

Tch'en-tchen avait répondu: laissez-le à son sort, et ne vous préoccupez pas de lui; car cette fois la sagesse de cet homme de ressources ne pourra le sauver. Dans les grandes chasses parmi les montagnes et les broussailles, le plus fin des animaux, c'est le grand cerf; il sait pourquoi on le pousse dans une certaine direction ; c'est qu'on y a placé des filets pour le prendre ; au lieu d'-avancer, il rebrousse chemin, rompt la ligne des chasseurs et s'enfuit au large ; mais la manœuvre du cerf est connue ; à l'arrière on dispose aussi des filets ; le malheureux trouve la mort

(1) I-yang=était à 14 li nord-est de I-yang bien S ^ JÇp» qui est à 70 U nordouest de sa préfecture Ho-nan fou ifpT ]^ ^ [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 86). Le prince Han-tch*e est aussi appelé P^ong ^ par quelques auteurs ; les 2 caractères se ressemblent en effet. Ailleurs il est encore nommé Kong-tchong Xf fp > il était membre de la famille régnante Han.

3id

où il croyait trouver le salut. Ainsi en sera-t-il dans le cas présent: les animaux que l'on poursuit dans cette chasse sont nombreux [les ligueurs]; le plus habile d'entre eux ne réussira pas à s'échapper.

Hoai-wang comprit que -la ville de I-yang serait perdue, malgré Thabileté de son gouverneur; en dépit des conventions faites entre les ligueurs, il n'alla pas au secours de son malheureux associé.

En 307, Ou-wang ^ ]£» ^oi de Ts*in, mourait sans postérité ; son demi-frère lui succéda sur le trône ; il est connu dans rhistoire sous le nom de Tchao Siang-wang D3 3E S' comme il était alors tout jeune enfant, sa mère, une princesse Mi ^iî ^, de la maison royale de Tch'ou, gouverna le royaume en femme supérieure, comme nous l'avons raconté dans l'histoire de ce pays.

En 306, le roi de Ts'i ^ chercha encore une fois à renouveler la fameuse ligue ; il croyait avoir beau jeu du jeune prince de Ts*in ^ ; il n'eut pas grand effort à faire pour persuader le prince de Han ^ ; quant à Hoai-wang, c'était plus difficile ; voici la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet: j'ai un grand chagrin en voyant votre illustre Majesté tenir si peu à la gloire de son nom; pourquoi rester au service de Ts'in? La situation de ce pays a bien changé ! C'est un enfant qui en est le roi ; les deux principaux ministres sont Yu Li-tsi IH H j^ et Kong Suen-yen ^ J^ fl5f; le premier est ami de Han ^; le second est ami de Wei f^: si votre Majesté continue, malgré cela, ses anciennes relations de dépendance, les états de Han et de Wei feront alliance avec votre rival ; ils seront bientôt suivis par ceux de Tchao j^ et de Yen ^ ; ainsi le roi de Ts'in deviendra l'arbitre de Tempire ; votre autorité sera ruinée ; votre royaume deviendra comme une province de Ts'in. Ne vaudrait-il pas mieux unir nos forces, et contraindre les quatre pays susdits à nous suivre dans une guerre contre Ts*in? Ainsi nous prouverions notre dévouement envers Tempereur; nous procurerions le repos à nos troupes, et la paix à nos peuples. Alors votre Majesté pourrait donner ses ordres à toute la Chine, sans éprouver aucune résistance; alors la gloire de votre Majesté serait à son comble ! Marchant à la tête des vassaux, vous iriez vous emparer du fameux défilé de Oukoan ^ PU ; vous reprendriez votre ancienne province de Hantchong-kiun ^ 4* ?P' vous enlèveriez le pays de Chou ^, et vous anéantiriez enfin votre rival. Déjà maître des anciens royaumes de Ou ^ et de Yué jg^, maître de tout le commerce sur le Yang-tse-kiang ^ ^ tt ^^ sur la mer orientale, vous verriez bientôt les princes de llan $| et de Wei ^ vous offrir la fertile contrée de Chang-tang Jt JR l^)' pour gagner vos bonnes grâces;

(1) Chang-tang=ce pays se trouvait dans la province actuelle du Chan-si llj Q > il comprenait la préfecture de Lou-ngan fou lS5 >f ifif (p. Fa., vol. 8, p. 11). On parle beaucoup de ce pays dana l'histoire du royaume de Tsin ff •

vous prendriez encore le défilé si important de Han-kou-koan S ^ W- Q^^ donc alors pourrait oser vous résister? Vous auriez un million de soldats pour l'écraser !

Réfléchissez combien vous avez été trompé par Tchang-i ^ JH ! Comment on vous a dépouille de votre territoire de Hantchong-kiun JH 4* îR • Comment votre armée a été battue à Lant^en !

A cette époque, il n'y eut personne qui ne soupirât des chagrins causés à votre Majesté. Après de tels affronts, voudriezvous encore bénévolement rester au service de Ts'in? Je prie votre Majesté de peser mûrement ces considérations que je lui présente !

Tout juste à ce moment, Hoai-wang était presque décidé à faire un traité d'alliance avec le roi de Ts4n. Ayant reçu cette lettre, il se trouva dans une grande perplexité; ne sachant à quoi se résoudre, il réunit en conseil tous les dignitaires de sa cour; naturellement, les uns opinèrent pour, les autres contre le traité d'alliance; Hoai-wang restait dans l'embarras.

Alors le seigneur Tchao-tsiu D8 J§ se leva et dit: quoique nous ayons pris les anciens royaumes de Ou ^ et de Yué ^, cela ne suffît pas pour laver les affronts que nous avons ensuite subis ; il nous faut le pays de Ts'in: alors notre honneur sera vengé aux yeux des autres princes. Mettons-nous en bons rapports avec le ministre Yu Li-tsi IH 3. ^ î l'état de Han briguera aussitôt notre amitié; le roi de TsM ^ nous offre son alliance, acceptons la franchement ; son premier ministre, le prince Mei ^, est originaire de Han; son autorité sera un bien commun entre les trois pays; elle nous sera très utile. Malgré le désastre de I-yàng ^ ^, le prince de Han est resté l'ami de Ts4n ^; c'est parce que les tombeaux de ses ancêtres sont dans la ville de Ou-soei ^ ^ (1) qu'il lui a prise autrefois ; il craint de les perdre sans retour;, pour ce motif, il veut à tout prix vivre en paix avec lui. S'il avait agi autrement, Ts4n lui aurait encore enlevé la contrée de San-tchoan ^ )\\ ; le prince de Tchao ^ lui aurait ravi la région de Chang-tang J: ^R; nous-mêmes, nous lui aurions arraché tout le territoire situé au sud du fleuve jaune [ho-wai fpf ^H; c'eût été la ruine complète de son pays; quand même nous eussions alors voulu le sauver, nous n'eussions pas pu. Maintenant les rôles sont changés ; le prince de Han doit s'appuyer sur nous ; le roi de Ts'in lui rend la ville de Ou-soei; le fleuve jaune et la chaîne de montagnes sont désormais la frontière des deux états ; félicitez-l'en chaudement; donnez des louanges au premier ministre Yu Li-tsi H ii|. ^ ; faites en sorte que les

(1) Ou-soei = avait été prise en même temps que la ville de I-yang. (Voir Se Makoang ^ »^ 3K commentaire, à l'année 306) ; elle était à 70 li à l'est de P'ing-yang fou ^ ^ M [Chan-Bi],

princes de Ts*i et de Han le tiennent en grand honneur; pour vous prouver sa reconnaissance, il persuadera au roi de Ts'in de vous rendre les territoires qu'il vous a autrefois enlevés.

Hoai-wang se laissa gagner par cette harangue, et donna son adhésion à la ligue; mais ce ne fut pas pour longtemps; Tannée suivante (305), il rompait cette alliance et faisait un traité d'amitié avec Tchao Siang-wang HH S 3E' ^® jeune roi de Ts'in; celui-ci, qui venait de prendre en main les rênes de son gouvernement^ lui fit de riches cadeaux; il lui donna même comme concubine une princesse de sa propre famille ; Hôan-wang alla en personne la chercher à la cour de Ts*in; c'était une volte-face un peu leste !

En 304, il y eut une entrevue des deux rois, à Hoang-ki )| JK (1) ; là, on confirma le traité d'amitié conclu TanAée précédente ; Tchao Siang-wang rendit gracieusement le territoire de Chang-yong J: Jj, pris en 311.

En 303, les princes de Ts'i g, de Han ^ et de Wei ^, voyant qu'ils avaient été joués par Hoai-wang, voulurent l'en punir d'une manière éclatante ; ils organisèrent une armée commune, et se jetèrent sur le pays de Tch'ou. Hoai-wang envoya le prince héritier Hong ^ comme otage à la cour de TsMn, et demanda une armée de secours. Le ministre sans porte-feuille [K*o-kMng ^ 0\, nommé T'ongjg, fut chargé de conduire les troupes auxiliaires ; à son arrivée, les ligueurs se hâtèrent de déguerpir.

A cette même année 303,, Se Ma-koang "^ JH -Jfc raconte la vie et l'exil de l'illustre personnage K*iu-yuen Jg Jg[, autrement nommé P4ng 2]^, auteur de la fameuse élégie Li-sao lf$, |g| (2). Le monde lettré le pleure et l'honore comme un modèle ; il nous faut bien en dire quelques mots : Il était de la famille royale, et comme elle s'appelait Mi '^^ ; sous le règne de Hoai-wang, il avait plusieurs charges importantes ; il était chef et administrateur des trois grandes familles princières K*iu Jg, Tchao HH et King Jlt, parentes du roi [san liu ta-fou ^ K :fc 5fe] î il ^t^ît grand conseiller de la cour, introducteur des rois et des princes ■ . t ■

(1) Hoang-ki = était à 70 li nord-est de Sin-yé bien Wt ^ IR» qui est à 50 li sudest de sa préfecture Nan-yang fou m ï^ Jn [Ho-nan] . C'était la capitale de la petite principauté de Sié f^ (p- Fa., vol. 12, p. 46) — (g. vol. .5, p. 24).

(2) Li-8ao= Cette élégie a été traduite en plusieurs langues européennes. Le P. Zottoli, rV, p. 209, donne les lamentations de K'iu-yuen ; p. 229, il traduit ce que Se Mats'ien a écrit sur ce personnage, au chap. 84 de son histoire.

Les oeuvres de K'iu-yuen ont été rééditées bien souvent ; elles se trouvent partout, BOUS le titre de Tch*ou-se 5S 1^ » l'édition que j'ai entre les mains est en 17 volumes, elle est belle, et a de bons commentaires; elle a été imprimée en 1S83, à Tch*ang-cha ^ 1^1 capitale de la province du Hou-nan fljfl M) pays où l'auteur s'est donné la mort, et où il est plus honoré que partout ailleurs. ^ ► . -

dai^f leurs visites ou leurs ambassades ; il ëtait chargé de répon^ dre à toutes leurs difficultés ; il était le rédacteur des édits royaux ; bref, c'était rhomme le plus en vue de toute la cour de Tcb'ou ; il avait son franc-parler, même avec le roi; et nous l'avons vu, au retour d'une ambassade, blâmer vertement Hoaiwang de n'avoir pas tordu le cou au fourbe Tchang-i ji "fl.— :

Etant donc un homme si important, un lettré si vertueux, i) avait des jaloux, des ennemis, qui cherchaient toute occasion de IjB perdre. Un jour, ayant reçu ordre de rédiger un édit, il ne Tavait ei>core qu'ébauché, quand survint le seigneur King-chang ^ '^, que nous connaissons déjà; ce grand dignitaire voulait emporter la pièce, telle quelle ; K'iu-yuen la lui refusa ; Kingi chang profita de cette circonstance pour le calomnier^ et causer sa riiine ; votre Majesté, dit-il a Hoai-wang, a confié la rédao<> tipn d'un rçscrit à K'iu-yuen ; tput le monde le sait, tellement il s'en vante ; et il se proclame seul capable d'écrire des pièces semblat^le^).

Hoai-wang ajouta foi à ces paroles menteuses, et exila K*iuf yuen ; c'est alors que celui-ci composa son élégie si célèbre, A yrai dire, il n'y fait que glorifier ses qualités, vertus incompara" blés, qui le mettent au-dessus de tout le monde ; son ouvragci doitfiervir de guide aux princes futurs, qui ne sauraient pas distinguer l€^8 sages et vertueux lettrés ; voilà le résumé en quelques inots, ; . ;

Nous avons vu combien de fois Hoai-wang .fut malheureui( dans ses entreprises ; pn préten^i avec Se Ma-ts>ien % Jg ^, que toutes set bévues furent commises après Texil de K4u-yuen ;^ on ajoute que, lui présent, elles eussent été impossibles ; maie l» chronologie n'est pas assez exacte, pour prouver ces affirmations. i. d'après Se Mrt-ltoang ^ ^ -^^ l'exil commença seulement en Ifannée 303 ; du moins, c'est à cette date qu'il raconte le fait.

Quoi qu'il en soit, nous verrons bientôt Hoai-wang aUe;r demalheurs en malheurs ; K'iu-yuen écarté des affaires et de la^ cour, attribuait tous ces désastres aux mauvais conseils de Tsev Un ^ m, le jeune fils de Hoai-wang. Sous le roi suivant, jee prince devint premier ministre ; il savait l'opinion de K'iu-yuen à son égard ; pour l'^n punir, il le fit exiler encore plus loin ; c'est-à-dire jusque parmi les régions incultes situées au sud du Yang-tse-kiang. Le pauvre lettré finit par se décourager ; en 296, le cinq de la cinquième lune, il se jeta dans la rivière Milouo-kiang }g jH Jï* après s'être attaché une grosse pierre au cou. C'est ainsi qu'il termina sa vie (1). Voilà aussi pourquoi ce jour de l'année est si célèbre en Chine ; il y a partout des

(l) L'endroit s'appelle K'iu-tan ^ (9 1 au pied de la montagne Tu-che-cban 3E ^ |i|> à 70 li au nord de Siang-yang hien Ji 1^ JH' qui est à 120 li nord-ett fié, Toh*ang-oba f ou :^ ^ Jljf [Hou-nan] (g. F»., vol, 80, p. 8).

fiâtes, des processions, régales, en Thonneur de ce génie malheureux; partout, en souvenir de lui, on mange des pelotes de riz enveloppées dans des feuilles de roseaux ; on les nomme communément Tsong-tse f^ -^ ; mais les lettrés les appellent Kio-chou ^ |^, c*est-à-dire (pelote de) riz à cornes, à cause de la forme triangulaire de la pelote. Bref, ce jour-là, dans les villes et dans les bourgs, il y a plus de mouvement qu'aux grandes foires de Tannée ; les feuilles de roseaux s'y vendent en quantités incroyables ; heureux le paysan qui en a sur son terrain ; il gagne de l'argent ! Mais revenons à notre histoire^

En 302, le prince-héritier Hong i^, qui était en otage à la oour de T»Mn |^, ayant eu une querelle avec un grand officier, le tua et s'enfuit dans sa patrie ; ce fut l'occasion d'une guerre entre les deux pays ; les états de Han ]^, de Wei ^ et de Ts'i jif en profitèrent pour se venger de Hoai-v^ang ; ils firent cause commune avec le roi de Ts'in, et lui fournirent des troupes auxiliaires.

En 301, les armées réunies, commandées par Hoan H, grand dignitaire de Ts*in (1), remportaient une première victoire, à Tehong-k'ieou H £q (2), tuaient le général T'ang-mei Jg ^, et s'emparaient aussitôt de la ville. Voici quelques détails, con* serves dans le recueil de Liu-pou-wei g /fi $ (vol. 25, p. 11):

Tchang-tse jgt ^, générai de Ts4 ^, était déjà depuis six mois retranché dans son camp, en face de l'armée de Tch^ou, séparé d'elle seulement par la rivière Pi |)(; (3) ; mais il s'obs* finait à ne pas livrer bataille. Impatienté de ce long retard, le roi de Ts'i dépêcha le seigneur Tcheou-tsoei ^ ;g, ordonnant au général d'engager le combat immédiatememt. Celui-ci répondit : le roi' peut me priver de mon office, me mettre à mort avec toute ma parenté, s'il le juge bon ; mais il n'obtiendra jamais de moi, son humble serviteur, que je livre bataille sans espoir de succès, pu que je ne la livre pas quand il y a chance de victoire ; et il continua de temporiser.

Pendant ce temps, il envoyait des espions explorer la rivière, et chercher des gués ; mais les soldats de Tch^ou leur lan* çaient des flèches, et les forçaient de se retirer. Un jour, un bûcheron leur fit cette remarque très sensée : observez où les

(1) Ce dignitaire était un Chou-tchang S^ "ft^ dit l'historien; sans doute un Tacbou-tchang ^ g^ "^ > ^^^ tel était le nom du généralissime dans une expédition, comme nous l'avons noté dans l'histoire de Ts'in.

(2) Tchang-k'ieou= encore appelé quelquefois Pi-k*ieou IX S^^ parce qu'elle était sur les bords de la rivière Pi fJu*

(3) La rivière Pi=ooule au sud de T'ang-hien ^ J|^) qui est à 120 li sud-est de sa préfecture Nan-yaug fou f^ ^ JQ [Ho-nan] ; sur ses bords se trouve la montagne Pik4eou-chan ^ i$ llj*

gens de Tch^ou sont très nombreux ; là, il y a certainement un gué ; là, où ils sont peu nombreux, Teau est profonde, soyez-en sûrs ! Conduit devant le général, ce honhonune répéta les mêmes paroles, sans la moindre hésitation.

Tchang-tse fut frappé de cette indication pleine de bon sens; il ordonna à ses troupes de se préparer pour une attaque nocturne ; il tomba ainsi à Timproviste sur les soldats qui gardaient un gué ; c'est alors qu'il tua le général T'ang-mei, et remporta une belle victoire (1).

De son côté. Se Ma-ts4en (chap. 5, p, 23) relate une expédition contre la forteresse de Fang-tch'eng "fj J||, réputée imprenable, et dont nous avons parlé si souvent. Il dit que le roi y envoya son oncle maternel, le prince Mi-jong ^ ^, comme généralissime des armées réunies ; les gens de Ts4 étaient comman.dés pas Tchang-tse ; ceux de Wei ^, par Kong Suen-hi S ^. S^i ceux de Han, ||, par Pao-yuen ^ jîg. —

Selon ce récit, le prince Mi-jong aurait d'abord, avec ses propres soldats, pris la ville de Sin-che ^ l^ (2) ; puis il aurait rejoint les autres généraux, et se serait rendu devant la forteresse de Fang-tch*eng. Peut-être que ces entreprises ne furent achevées qu'en l'année 300; en tout cas, la guerre commença en 301.

En 300; le prince Mi-johg remportait encore une victoire, y tuait le généralissime King-k'iué ^ ^, et coupait la tête à trente mille hommes; après cette boucherie, il s'emparait de la ville de Siang-tch'eng ^ ^ (3). A ce coup, Hoai-wang craignit une catastrophe ; il envoya son fils, le prince-héritier Hong :^, comme otage à la cour de Ts'i ^, priant le roi de négocier la paix.

Cette même année, le prince-héritier de Han ^ étant mort, Hoai-wrang voulut obliger le roi à passer la succession au prince Ki-che fl ^, alors en otage au pays de Tch'ou, et très en faveur auprès de cette cour. Le roi de Han ne fut pas de cet avis. Pour vaincre sa résistance, Hoai-wang envoya une armée mettre le siège devant Yong-che |ï ^ (4) ; les. réclamations étant inutiles, le roi de Han s'adressa au roi de Ts'in ^, qui daigna s'occuper

iX) L'endroit exact, situé tout près de la ville de Tchoug-k'ieou, doit être enteiida d'après l'indication que nous venons de donner ; elle corrige celle qr.i se touve dans le recueil T'ong-kien-kang-mou jH £ 91 B et les commentaires ; elle nous est fournie par la grande géographie, vol. 51, p. 11, qui cite à l'appui Lia Pou-wei (p. Fa., vol. 12, p. 42.)

(2) Sin-che = était à 100 li au nord de King-chan hien M lU Hb* dans la préfecture de Ngan-lou fou 3? ^ /ff [Hou-pél .

(S) Siang-tch*eng (ou Sin-tch'eng 3S iR)=étaità 90 li sud-ouest de Hiu-tcheou flp jHiî dans le Ho-nan (p. Fa.^ vol 12, p. 59) — (g. vol. 47, p. 45).

(4) Tong-che= était à 40 li sud-ouest de Fou-keou hien JtC m^ ^i Qui est à 120 li nord-ouest de sa préfecture Tch'en-tcheou fou EK /H /iï [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 57) - (g. vol. 47, p. 23).

de cette affaire ; aussitôt les troupes de Tch*ou levèrent le siège.

En 299, Hoai-wang se voyait attaqué par les gens de Ts'in; il perdit d'abord huit villes ; puis, pour comble d'infortune, il se lai&sa conduire dans un guet-apens où il fut fait prisonnier. Voici les détails de cette aventure; ils sont connus de tout Chinois un peu lettré :

Le roi de Ts'ip ^ écrivit à Hoai-wang la lettre suivante : «Précédemment, moi homme de peu de valeur, j'avais fait la'N paix avec votre illustre Majesté ; nous désirions vivre comme ) deux frères, dans la plus parfaite harmonie ; ce traité fut conclu ^ en 304 ; et votre prince-héritier devint le gage de votre bonne foi, \ ce qui me réjouit grandement. Mais le jeune prince tua traî- | treusement un de mes grands ofiiciers, et s'enfuit dans sa patrie ; / j'en conçus une violente colère, et j'envoyai une armée envahir votre territoire. Maintenant, j'apprends que votre Majesté a confié son fîls-héritier au roi de Ts'i ^, priant celui-ci de s'entremettre entre nous deux pour renouveler notre traité de paix. Or moi, -*^ homme de peu de valeur, je suis votre voisin; ma famille est parente de la vôtre, grâce à des mariages mutuels; longtemps fA^ nous avons été amis ; en ce moment pourtant, nous ne sommes pas en bons termes ; ainsi il est impossible de commander efficacement aux autres princes. Je voudrais donc avoir avec votre Majesté une entrevue à Ou-koan g^ ^, afin de nous entretenir! sur ce pacte d'alliance et d'amitié que nous désirons tous deux», y

Hoai-wang ayant reçu ce message, fut dans une grande perplexité: d'une part, il craignait un piège; de l'autre, il redoutait la colère de son rival. Lés seigneurs Tchao-tsiu gg J||| et K'iu-p'ing Jg 2ji lui conseillèrent de ne pas se rendre à cette invitation: préparez plutôt immédiatement, disaient-ils, une armée pour défendre votre territoire ; car les gens de Ts'in sont des tigres et des loups ; ils veulent anéantir tous les états de la Chine; il est impossible de se fier à eux. Tse-lan ^ H, le plus jeune fils de Hoai-wang, pressait son père de consentir à l'entrevue; et son conseil prévalut. Le roi de Ts'in députa un général pour jouer le rôle de roi à sa place; en même temps, il plaçait des soldats en embuscade, près du défilé de Ou-koan; quand "" Hoai-wang y fut arrivé, il fut saisi et conduit à Hien-yang J^ ^, la capitale de Ts'in. Là, on voulut le forcer à se reconnaître vassal de Ts'in, et à céder les deux territoires de Ou ^ et de K'in-tchong |^ »!• ; il n'y consentit jamais, et aima mieux rester prisonnier jusqu'à la fin de ses jours (1).

(1) Hoai-wang=fut interné dans la fameuse tour Tchang-tai St Jjfî qui se trouvait au cœur môme de l'ancienne capitale Tch*ang-ngan :k 3l î or celle-ci était à 13 U nord-ouest de Si-gnan fou W ^ /ff [Chen-si] (g. Fa., vol. 51, p. p. 11 et 21).

A partir de sa captivité, Hoai-wang ne porte plus, dans les livres historiques, que son nom propre Hoai ^i à la manière des roiB détrônés; son nom posthume se prononce de même; mais s'écrit autrement.

Pendant ce temps^ le prince-héritier Hong ifj^ était à la cour de Ts*i ^, comme nous Tavons dit. Les grands dignitaires se réunirent en conseil, pour savoir quelle conduite tenir, au milieu de telles conjonctures; il fallait tout d'abord empêcher une entente entre les deux rois de Ts^in et de Ts^i; obtenir ensuite le , retour du prince Hong. Quelques seigneurs, prévoyant les difficultés auxquelles on allait se heurter, proposaient de déclarer roi un autre fils de Hoai-wang, présent dans la capitale ; mais Tchao-tsiu H^ |^ s'y opposa en disant: notre roi et notre prince héritier sont tous deux prisonniers; vous voulez encore augmenter nos malheurs, en mettant sur le trône un prince de second rang, fils d'une concubine? Cela ne se peut pas !

On résolut alors d'envoyer à la cour de Ts'i un faux message, annonçant la mort de Hoai-wang, et rappelant son fils en toute hâte, pour lui succéder. A cette nouvelle, plusieurs grands dignitaires de Ts4 conseillaient à leur roi de retenir le prince- Hong, pour lui extorquer les territoires situés au nord de la rivière Hoai f||. Le premier ministre leur répondit ; si les» gens de Tch'ou, voyant notre mauvaise foi, mettent un autre! prince snr le trône, notre otage ne ser*a plus qu'un homme ordi-". naire, sans utilité pour nous; et nous aurions fait une chose | désapprouvée de tout le monde par toute la Chine. Mais d'autres ■ seigneurs lui répliquaient: si les gens de Tch^ou établissent un autre roi, nous irons négocier la même chose av^c lui : cédez-noas, lui dirons-nous, la région basse à Test de votre royaume, et nous tuerons votre rival ; sinon, d'accord avec nos trois alliés, nous allons le conduire de force dans sa capitale, et vous en, expulser.

Cependant, le roi de Ts4 se rangea à l'avis de son premier ministre ; il rendit la liberté au prince Plong ; celui-ci monta sur le trône, à la place de son père toujours captif; c'est lui que nous étudierons bientôt, sous le nom de K4ng Siang-wang ^ ^

t Le recueil historique intitulé Tchan-kouo-tch*e p{ H 5Ki ^^^

I5, p. 29, donne plus de détails sur ces mêmes faits; voici comme Ml les raconte: le prince Hong demandant son congé, le roi de Ts'i lui dit; cédez-moi un territoire de cinq cents li, voisin de notre frontière, et je vous laisserai partir; sinon, je vous retiens ici. — Permettez-moi, répondit le prince, d'en conférer avec mon vieux maître et conseiller Chen-tse ^ ■^. Or, celui-ci l'exhorta à concéder ce qu'on lui demandait: votre liberté, lui disait-il^ la faculté d'enterrer votre père, valent plus qu'un terrain de cinq cents li ! Sur ce, le prince accorda la région que l'on désirait, et se rendit à sa capitale.

Quand il fut sur le trône, une ambassade solennelle, escortée de cinquante chars de guerre, vint lui demander l'exécution de sa

^]3fome8Se ; le prince oonftulta de nouveau ^on mentbi* Chen-tse: 4emi|in, répondit celui-ci, appelez tous les grands dignitaires de votre cour, et demandez leur avis.

Ainsi fat fait. Quand se présenta Tse-leang ^ ^, Tune des colonnes du royaume [chang-tchou-kouo Jl ^ H|]) ^^ prince lui dit: pour obtenir la liberté de rentrer dans ma patrie, enterrer OOnvenablement mon père, et jouir de la vue de vos seigneuries, j'ai promis un territoire de cinq cents H à notre frontière orien-^ tule; maintenant, le roi de Ts^i réclame ces terres; que dois-jé faire? — Ne pas tenir votre parole serait une félonie, répondit Tse-leang ; personne ne voudrait plus jamais conclure de traité avec vous; accordez ce territoire, ce sera loyauté; puis préparez une armée pour le reprendre, ce sera du courage !

Bientôt arrivait le seigneur Tchao-tch*ang BH^ ; le prince lui posa la même question; la réponse fut toute différente: Vous ne pouvez pas céder ce terrain, dit-il ; ce serait la moitié de votre royaume ! Vous auriez peut-être encore le nom grand état ; mais ainsi affaibli, à peine pourriez-vous réunir mille chars de guerre ! Refusez nettement, et chargez-moi de défendre ce pays contre les représailles de Ts'i !

Le seigneur King-li -j^ || opina encore d'une autre façon: Vous ne pouvez, dit-il, céder ce territoire aux gens de Ts*i ; mais vous ne pouvez non plus le garder pour vous seul : car, de votre propre bouche, vous Tavez promis au roi de Ts'i ; un manque de parole serait abhorré par toute la Chine ; permettezmoi de me rendre auprès du roi de Ts4n, lui demander des troupes auxiliaires, en lui promettant une partie de ce terrain.

Enfin se présenta le vieux Chen-tse ^ ^ ; \e prince lui exposa les avis des trois seigneurs précédents, et lui demanda lequel il devait suivre: tous les trois! répondit le vieux sage. Le prince changea de couleur, et montra du mécontentement. Laissez-moi vous expliquer ma pensée, reprit Chen-tse, et vous verrez qu'elle est très sensée: envoyez d'abord Xse-leang, avec une escorte de cinquante chars, à la cour de Ts4, pour exécuter la cession; puis, enyoyez Tchao,-tch'ang avec une grande armée, pour garder ce même territoire ; enfin, envoyez King-li, avec une suite considérable, à la cour de Ts^n demander des troupes auxiliaires.

Le prince Hong approuva ce plan, et l'exécuta aussitôt. Tseleang étant arrivé à la cour de Ts*i, le roi envoya des troupes prendre possession du territoire accordé ; Tchao-tch*ang refusa de le livrer : j'ai reçu mission de garder ce pays, dit-il, je le défendrai au péril de ma vie ; si vous voulez le prendre, venez avec moi vous mesurer sur le champ de bataille ! A cette nouvelle, le roi de Ts'i se disposa à la guerre; mais ses gens n'étaient pas encore prêts, quand on lui annonça qu'une armée de Ts^n, de cinq cent mille hommes, s'avançait dans la direction

de Ts^f. En efîet, le généralissime lui envoyait bientôt le message suivant: vous reteniez prisonnier le prince-héritier de Tch^ou, c'était inhumain; vous lui avez extorqué un grand territoire, c'^est injuste ; si vous persistez dans vos prétentions, venez vous mesurer avec nous sur le champ de bataille !

Le roi de Ts4 comprit qu*il était inutile et dangereux d'insister; il chargea Tse-leang lui-même d'arranger TafTaire à Tamiable; celui-ci fut assez adroit pour conserver à son maître la possession du territoire en litige, sans en rien livrer^ ni à Ts'i, ni à Ts'in.

Voilà un fait qui date de loin ! mais il montre que la diplomatie chinoise garde fidèlement les traditions reçues des ancêtres ; à plus de deux mille ans de distance, nous voyons la même bonne foi dans les traités, les mêmes stratagèmes pour les éluder !

sn

K'ING SIANG-WANG (298-293^ (i).

Le nouveau roi étant monté sur le trône, la cour de Tch*ou voya à celle de Ts^in f^ le message suivant: «grâce aux prits tutélaires de notre état, nous avons un nouveau roi».

C'était une véritable provocation. Les gens de Ts'in venaient

mettre sur pied une armée de cinq cent mille hommes, pour

utenir le prince Hong contre les injustes prétentions de Ts*i

; on leur avait promis, en récompense, une partie du territoire

question ; mais on ne leur avait rien donné ; ils retenaient

ptif Hoai-wang, espérant toujours qu'il finirait par céder la

a^ion septentrionale de la rivière Hoai-pé }f| :[t. ; ils se voyaient

core une fois déçus; la guerre fut aussitôt déclarée. Une

issante armée passa le défilé Ou-koan ^ m, se jeta sur le

ys de Tch*ou, coupa la tête à cinquante mille hommes, et

it seize villes (2); c'était une première vengeance; nous en

rrons bien d'autres !

En 297, Hoai-wang parvenait à s'échapper ; mais on s'en erçut à temps ; ordre fut donné d'occuper tous les chemins qui uvaient le conduire à sa capitale ; force lui fut de suivre des aticrs détournés, et de se rendre au pays de Tchao |g; là, on voulut pas le recevoir, pour ne pas s'attirer des représailles; malheureux fugitif se dirigea vers le pays de Wei ^ ; mais il t; repris et ramené en prison, où il tomba malade.

En 296, Hoai-wang étant mort, son cadavre fut renvoyé à la ur de Tch'ou ; le peuple touché de son malheur et de sa consîce, le pleura comme des fils pleurent un père chéri ; les très princes de la Chine partagèrent les mêmes sentiments à

(1) Les historiens le nomment Siang-wang, tout coui*t. Le fameux lettré Kou Yen* Wk ^ ^ï dans son recueil intitulé Je-tcbe-lou B ^ ^ vol. 23, p. 23, en

mêla raison: les anciens, pour nom posthume, n'employaient qu'un caractère; c'était

) sorte d'abréviation; et il cite une dizaine d'exemples.

K'ing= signifie: vigilant et attentif. lE '6 tt tS B 1^-

Siang= signifie: toujours auguste, il augmentait ses états]en toute probité. ^ jH

(2) C'était d'abord la ville de Si W' Q^i comprenait alors les territoires de Neing ft ÎS et de Si-tch'oan ^ Jl| » dans la préfecture actuelle de Nan-yang fou m

J^ [Ho-nan] . Les autres villes ne sont pas spécifiées ; elles devaient se trouver dan» environs.

son égard; ils désapprouvèrent le roi de TsMn, qui s*était montré si fourbe et si crufii envers un parent.

Le règne de Hoai-wang fut une époque d'humiliations profondes, pour le pays de Tch'ou ; les historiens les attribuent à la déloyauté de ce prince, à son désir immodéré d'agrandir ses états. Il eut des guerres avec tous les voisins ; finalement, il snccombait entre les mains du roi de Ts'in, aussi fourbe que lui, mais plus prudent, mieux secondé dans ses entreprises par d'habiles ministres, et par les premiers généraux de cette époque. Une grande aversion se forma entre les deux peuples ; pendant près de six années, ils n'eurent plus de relations sociales.

En 293, le roi de Ts'in marchant de succès en succès, se voyant le maître incontesté de tous les autres princes, résolut de contraindre K'ing Siang-wang à Tobéissance ; il lui enyoya le message suivant: le royaume de Tch'ou a rompu impoliment avec nous; je vais amener avec moi les .armées des autres états; que votre Majesté veuille donc se préparer à nous rejoindre sûr le champ de bataille; on verra qui vivra, qui mourra!

K*ing Siang-wang ne voulut pas risquer une telle partie; il se hâta de renouer les anciennes relations ; il s^humilia même jusqu'à demander pour épouse une princesse de Ts4n.

Bien plus! en 292, il allait lui-même, en personne, chercher cette princesse à la cour de Ts'in. Or, en Chine, tout roi qui avait conscience de sa force et de sa dignité ne faisait une pareille démarche; c'était se déclarer, en quelque sorte, le vassal, rhumble serviteur de Ts*in. Aussi les historiens et commentaires' poussent des lamentations à ce spectacle : car, pendant dés siècles, le royaume de Tch'ou avait été plus puissant, mieux organisé que n'importe quel autre en Chine ; désormais il accep-! tait sa déchéance comme un fait accompli.

En 288, le roi de Ts'in, secondé par Pé-k*i ^ fc, qn'de^ plus grands généraux de ce temps, faisait une suite Te guerres heyreuses. Malgré Talliance dont nous venons de parler, il enlevait à K*ing Siang-wang un territoire de trois cents li d'éteriduëV C'est à partir de ce moment qu'il se fit appeler remperéàr de l'ouest (si-ti 'S'itt)'» comme nous l'avons raconté dans l'histoire de Ts'in.

C'est aussi à partir de cette année que la plupart dès pri nées,' qui n'avaient pas encore adopté officiellement le titre de Wang (3E)' prirent cette dénomination. Quant à celui de Tch'ou, Il portaijt ce titre depuis longtemps.

En 265, le roi de Ts4n accordait à K*ing Siang-wang^une entrevue amicale dans la ville de Yuen ^ (1) ; là, on reiioiiWlâ les anciens traités de paix; on résolut de vivre dans la )plus intime harmonie, comme il convenait à des parents.

(1) Yuen =^ c'est actuellement Nan-yang fou m ïm Jn [Ho-nan].

ssi

Cette même année, Ming ^Ç, glorieux roi de TsM H, le seul rival redouté de Ts4n, après plusieurs campagnes heureuses en d'autres pays, faisait une invasion dans le royaume de Tch'ou ; mais nous n'avons aucun détail sur cette expédition. La fierté de ce prince provoqua une réaction de la part de plusieurs états; une ligue se forma contre lui, entre les gens de Yen ^, de Tciiao jg, de Wei ^ et de Tch*ou J|; le roi de Ts*in lui-même ne dédaigna pas d*en faire partie, dans Tespoir de réduire un jour ou Taiitre le seul monarque qui lui faisait ombrage, et s'opposait à sa domination universelle.

En 283, la lutte commune contre le pays de Ts'i durait encore; et le roi de Ts4n fournissait son contingent de troupes. K'ing Siang-wang avait déjà pris pour soi la région la plus voisine de sa frontière, au nord de la rivière Hoai fjg; puis, voyant que le pays de Ts4 allait sombrer totalement, au profit de Ts4n surtout, il fît volte-face; il envoya le général Nao-toh*e |^ m (1) avec une armée, au secours de ce même état qu'il venait de morceler; enfin, pour comble d'incohérence, ii finit par masr sacrer le roi Ming }Ç !

En 283, K4ng Siang-wang, après de si singuliers exploits^ avait une entrevue avec le roi de Ts'iA à Yen ^; puis une autre, en automne, à Jang K (2) ; on ne dit point quel en était le but; sans doute il ne s'agissait que de relations amicales.

En 281, s'il faut en croire les historiens, K4ng Siang-wang, d'accord avec les princes de Ts4 ^ et de Han ]|f , aurait eu la velléité d'attaquer le roi deTsMn, et même de prendre le teritoire de l'empereur. Cela semble bien fort ! Si ce n'est un conte en l'air, cela prouve une tête mal équilibrée chez K'itig Siang-wang.

Quoi qu'il en soit, voici le récit qu'on en donne : l'empereur envoya un grand seigneur à la cour de Tch^ou ; celui-ci s'adressa au premier ministre en ces termes: l'empereur n'a qu'un petit territoire, dont l'étendue est à peine de cent li ; il n'en est pas moins le maître de toute la Chine; si on lui prend ce terrain, il ti'y a pas de quoi enrichir un royaume; si on lui prend son peuple, il n'y a pas de quoi renforcer une armée; cependant, quiconque oserait lever la main sur ce personnage auguste, serait noté d'infamie comme un parricide. Il y a des princes qui voudraient l'attaquer, pour lui enlever les instruments de sacrifice qui lui sont propres, et les neuf trépieds, insignes de sa dignité.

Prenons un exemple : la chair du tigre est repoussante, et né

peut se manger ; il a des griffes et des dents terribles ; malgré

(1) Le géuéral Nao-tch'e=origiuaire de Tch'on devint premier ministre de Ts*i, lors de sa ruine totale (Se Ma-ts-ien, chap. 46, p. 3).

(2) Yeu= était à 911 sud-ouest de I.tch'eug hieu £ M 91) qui est à 12011 sudest de sa préfecture Siang-yang fou S ^ Jn [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 28).

Jangs^étaità 2 li sud-^st de Teng-toheou. Sp 'jNI) qui est à 120 11 sud-ouest de Kon-yang fou fflf 9| JrP [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 44) — (g. voL 51 p. 17). )

cela, on lui fait la chasse pour avoir sa peau, qui est une fourrure splendide; si le grand cerf, que Ton poursuit dans les basses vallées, avait une peau semblable, il y aurait des millier^ d'hommes à lui faire la chasse. Si Ton divisait le pays de Tch'ou, il y aurait de quoi enrichir tous les autres états; quiconque vous abattrait ne recevrait que des louanges de tous côtés. Considérez donc ce que vous entreprenez, en vous attaquant au père commun de Tempire!. Vous voulez ravir les saints instruments qui nous ont été transmis par trois antiques dynasties : si vous osez cela, tout le monde se lèvera contre vous!

Cet apologue sufBt pour apaiser les convoitises du roi de Tch*ou, disent les lettrés. Soit! De pareilles velléités, si elles furent réelles, surprennent grandement chez K4ng Siang-wang, Il ne faisait plus que végéter, grâce à la bienveillance de Ts*in ; malgré l'étendue de son royaume, malgré la ligue dont on parle, ligue de moutons contre un tigre, le dénouement approchait; l'heure n'était pas éloignée où tous les états de la Chine allaient tomber sous la main de fer du roi de Ts4n.

En tout cas, cet apologue, et l'effet qu'on lui attribue, rendent J)ien l'idée qu'on avait de l'empereur, dans l'antiquité ; malgré sa faiblesse, malgré sa nullité même, on n'osait y toucher; il fallut un sauvage, comme le roi de Ts'in, pour porter la main sur un si vénérable personnage.

De nos jours même, le principe d'autorité est encore très vivace chez le peuple chinois; cela explique la tranquillité relative dont jouit cet immense pays, malgré une administration très faible en réalité, et viciée de graves défauts.

A cette même année 281, Se Ma-ts'ien rapporte le long discours d'un sage inconnu, grand sauveur de peuples, comme toujours, lequel développe à grands flots d'éloquence les moyens si faciles d'abattre ses ennemis, et de devenir empereur par surcroît. K'ing Siang-wang n'était sans doute pas à la hauteur de celte philosophie; cas il ne sut ou ne put s'en servir.

C'est encore vers ce temps que les princes de Wei 0|, de .V Ts4 ^, de Han ^, de Tchao ^, de Yen ^ etc, etc, bâtirent de longues murailles pour protéger leurs frontières contre l'ennemi le plus à craindre. Le royaume de Tch*ou les avait devancés depuis longtemps dans ce genre de fortifications ; une de ses murailles allait de Lou-chan ^ [Ij vers l'est, jusqu'à la rivière Tsing ^; du nord au sud, sur une longueur de plusieurs centaines de li, une autre allait de Teng gf5 jusqu'à la montagne I-wang-chan ^ ^ ll| (1). Cette observation nous fait compren-

(1) Lou-chan=dans le territoire de Jou-tcheou PT iWl [Ho-nan].=La rivière

Tsing=, dans le territoire de T'ang-hîen ® |||i qui est à. 120 li sud-est de sa préfecture

Nan-yangfou 1^ ^ M [Ho-nan].

Teng = c'est Teng-tcheoù W tN) ^ 120 li sud-ouest de sa préfecture Nan-yang fou (p. Fa., vol. 12, p. 48). ■ j

dre pourquoi, précédemment, le général Pé-k'i ^ |^ vint attaquer le royaume de Tch'ou du côté de Touest; au nord, il était trop bien forlifié ; dans la suite, d'autres généraux suivront le même chemin que lui.

En 280, K*ing Siang-wang est guéri de ses utopies, et rappelé à la réalité par une dure leçon. Le roi do Ts'in envoie le général Se Ma-ts*ouo "^ ^ fS' ^vec une armée levée dans le pays de Long-si R| W (2)» lui enlevey la contrée de K4n-tchong S^ tfi, dont nous avons parlé plus haut. Pour obtenir la paix, K*ing Siang-wang se voit encore obligé de céder les territoires situés au nord du fleuve Han ^ et la province appelée Changyong (1).

En 279, Pék'i |^ ^ revient h la charge, et prend les trois villes de Yen j|5, de Teng gs et de Si-ling W ^- Se Ma-ts*ien ne parle que de cette dernière ; en revanche, il dit que Pé-k'i s'avança jusqu'à King-ling ^ |^' (2), c'est-à-dire jusqu'au coeur da »^aume.

En 278 j désastre plus grand que tous les précédents! Le terrible Pé-k'i, venant de nouveau par la frontière de l'ouest, s'empare de Yng fg, l'ancienne capitale de Tch'ou, et réduit en cendres la ville de I-ling ^ |^ (3). Du même coup, sont brûlés et détruits les tombeaux des anciens rois; injure la plus grande que l'on puisse imaginer! présage funeste de la ruine prochaine du pays !

K*ing Siang-wang ne peut compter sur son armée ; elle est démoralisée, dispersée; il se retire vers le nord-est du royaume,

(1) Long-si = c'est la province actuelle du Kan-sou p j|| * Les |deux caractères aignifient: l'ouest de la montagne Long; or, celle-ci est à 60 li à l'est de Ts4n-ngan Ik 5c [Kan-sou] (p. Fa., vol. 15, p. 36) — (g. vol. 1, p. 34). Le général vint par la principauté de Chou ^) c'est-à-dire le Se-tch'oan H /l| actuel, à l'ouest de Tch^ou.

(2) Chang-yong=La ville de ce nom était à 40 li ii l'est de Tch'ou-chan bien

ri Ul JR» qiii est à 380 li sud-ouest de sa préfecture Yun-yang fou MB W fn [Houpô] (p. Fa., vol. 21, p. 32) — Prise en 311, elle avait été rendue en 304 au roi de Tch'ou.

(3) Yen et Teng= (voyez un peu plus haut) — Si-ling= c'est I-ling, dont nous allons parler.

King-ling= était un peu au sud-ouest de T4en-men bien P^ f j Iw» qui est à 210

li sud-est de sa préfecture Ngan-lou fou "5C ^ /lî [Hou-pé].

(4) I-ling= c'est I-tch*ang fou S 19 /IT [Hou-pé]*; ville ouverte au commerce européen. Le caractère I vient de la montagne I-chan ^ pj j qui est au nord-ouest de la ville ; les caractère Ling signifie tombeau, colline ; les deux réunis signifiaient donc leâ tombeaux de la montagne I, c'est sous ce nom que l'on désignait la nécropole des anciens rois de Tch'ou. A 15 li au nord de I-tch'ang fou, se trouve la caverne de Pé-k4 [Pé-k*i-tong B J& fPI 1 ' c'est là, dit-on, que se tenait les général pendant l'incendie des tombeaux; de peur d'être rencontré par les mânes des morts ainsi mises en fuite (p. Fa., vol. 21, p. 36 — vol. 20, p. 14) — (g. vol. 78, p. 26 — vol. 77, p. 21) — (Kiang-yu-piao, vol. Jl» p. M).

et transfère sa capitale à Tch^en |^ (1) ! Voilà donc le fruit des entrevues amicales accordées par le roi de Tt'in ! Voilà comment H entendait vivre dans la plus parfaite harmonie avec son parent !

Il faut avouer aussi que K'ing Siang-wang se montrait absolument nul. Précédemment, le sage Tohoang-sin ^ ^ (un descendant du roi Tchoang ]^) lui avait fait de vives remontran* ces sur sa conduite: votre Majesté. lui disait*il, avec ses favoris intimes, les seigneurs Tcheou-heou j^ f|, Hia«haou j[ ^, Yenling SU IS^ et Cheou-ling H ^, n'a qu'une chose à cœur, s'am^ser à longueur de journée, accorder à ses sens toutes les jouis^ sances possibles, sans nul souci de l'administration; le royaume court ainsi les plus grands dangers !

Pour tenir un tel langage à un roi, ce précepteur devait avoir une probité peu ordinaire. Que lui avait donc répondu la royal insensé? — Mon maître, vous êtes bien vieux; vous ne faites que radoter! Etes-vous prophète, pour savoir ce qui arrivera d'heureux ou de malheureux à ce royaume? ' .* / .?«7;-i// n

Je ne suis nullement prophète, avait répliqué Tohoang>-sin : je prévois seulement les conséquences nécessaires des causes que vous, posez maintenant; ne faisant que vous amuser avec ces quatre seigneurs, votre Majesté ruinera son royaume, et même elle le perdra complètement. Permettez-moi de me retirer au pays de Tchao j|g; là, j'attendrai les malheurs qui vont foi^dre sur votre peuple.

Tchoang-sin était à peine parti depuis cinq mois, qu€ les généraux de TsMn arrivaient, et commençaient les campagnes que nous avons racontées ci-dessus. Quand la capitale eut été établie à Toh'en jy, K'ing Siang-wang se souvint de son fidèle conseiller; il lui envoya une ambassade solennelle, pour le prier de revenir; à son arrivée, il lui demanda pardon, le suppliant dt lui indiquer un moyen efficace de sortir d'embarras.

Tçhoang-sin (2) lui rendit courage et lui fit une harangue, un peu trop poétique, un peu trop longue peut-ètre pour! H circonstance; elle est bien connue des lettrés; la voici: tout espoir n'est pas perdu ; le proverbe dit : chercher le chien de chasse, quand déjà le lièvre apparaît, n'est pas encore trop tard; après avoir perdu le mouton, réparer le parc est encore bon. Ainsi, dans l'antiquité, les fameux empereurs T'ang H et Ou |^ n'eurent d'abord qu'un territoire de cent 11 ; cependant ils finirent par abattre les tyrans Kié ^ et Tch'eou |f, qui étaient les inaUres de la Chine* Maintenant, votre royaume est bien amoindri; cependant, il a encore plusieurs milliers de li en étendue; il s'agit (itésormais de faire attention! •

(1) Tcb'eQ=«QcieQne capitale de la principauté du même nom = c'est Tch*entcheou fou R JH JU [Ho-nan].

(2) Cette pièce de littérature est dans Zottoli, IV, p. 187.

as»

Yoyet une libellule; avec ses six pattes et ses quatre ailed, sa vie se passe à voltiger et à s'amuser; elle se contente de quelques insectes, et de quelques gouttes de rosée ; elle est folâtre, et sans souci d'aucun malheur; arrive un jeune garti ayec une amorce sucrée, collée sur des flls de soie; à douze pieds de haut, la libellule est prise et devient la pâture des fourmis. Voilà ce qui arrive à cette petite libellule!

Le chardonneret est déjà plus . grand ; il se contente dé quelques grains de riz blanc, puis il s'amuse dans les branches touffues, voltigeant de ci de là, sans souci d'aucun malheur, n'ayant jamais fait de mai à personne : surviennent de jeunes promeneurs, portant des arbalètes; il lancent leurs balles à trente pieds de haut, et le chardonneret tombe entre leurs mains; ils en feront un appeau ou une bouchée. A midi, le petit oiseau chân* tait tout joyeux dans les branches; le soir, il est mariné dani le sel et la vinaigre! •

Le cygne jaune est encore plus grand; il s'amuse au bord des fleuves, des lacs, ou des mers ; il se contente de quelque carpe ou de quelque anguille ; il mange quelques châtaignes d'eau, quelques feuilles d'asarum odoriférant; puis il étend les six longues plumes de ses ailes, et s'élance dans les airs; allant de droite et de gauche, sans souci d'aucun malheur, n'ayant jamais querellé personne. Survient un oiseleur muni de soii «ro ; celui-oi lance à trois cents pieds de haut la flèche à pointe de pierre, munie d'un long fil; le pauvre cygne est frappé et tité des- haut e ur s du^ ciel. A midi, il prenait ses ébats sur lé bord d'une rivière; le soir, il est cuit dans Fa grande marmite! -

Il y a plus encore: Au pays de Ts'ai ^, le prince Lisgheou 9r iSI^ (âni9-&29} aimait à s'amuser; au sud, sur le bord dei lacs; au nord, sur les montagnes de Ou-cbaa S lll •* îl »e désal* térait aux sources limpides du torrent de Jou [•Tothkli ^ g|]} il se délectait des poissons du fleuve Siang ffg 7JI(, toujours entouré de concubines et de servantes, Il folâtrait à Kao-ts^ai ^ ^ (1), sans s'occuper en rien de l'administration* il ne se doutait pas que votre ancêtre Ling-wang H J enverrait le général Tse^fan ^ 4B 'ui ^^^^^ ^^ guerre, et que finalement il ée verrait ]\4 de cordons de soie rouge, et emmené prisonnier (en 581)1

Son ca^ n'est pas le plus fort; le vôtre est grave. Votre Majesté est toujours entourée de ses q«atre favoris ; ensemMé

*^j »» f i ' m * À '■- ■*— »— ^■■■> — -■ ■■■»■ ,^ — ^ ■-■■! ^ -■■ ■^-—■P ^.i I ■■■ * ^p w ij ^ ■■!■ ■■■■■■■ ■^ ■■ ■ A , J ^

(1) Ou-chan=Il y a une montagne de ce nom. à .10 li « l'est d« Ou<oh«n hien S Ul ^^ dansIa.^feoturedeKoeitcbeoufou WM ^ [â«-tob<oan E9 ji|] ; mais s'agit-il de celle-là ? C'est bien loin !

Le fleuve Siang=dans la préfecture de Toh'aog-chft fou :R jSr Jfï [Hou-nan], est renommé pour ses poissons; mais c*eBt encore bien de la principauté de Ts'ail

Kao-ts^ai (ou Cbang-ts'ai X ^) =était 4 75 U au nord de Jou-oing fou |fC tP J^f [Ho-nan] ; l'anovuiiLe était 4 10 ii snd'OiMfl de ii^ np^Ycdle..

(1) Ce marquis, c'est le fameux ministre Wei-jan fK -^i le frère-aîné de la reine-douairière de Ts'in.

<2) Ming-sai=ce défilé, dont nous avons rli^jà parlé, lors des guerres avec le roi de Ou :^î s'appelait aussi P'ing-tsing-koan-^ ^ RI '. il est à 90 li sud-est de Sin-yangicheou is ^ jt\ i dans la préfecture de Jou-ning fou ; c'est la porte de communication entre la province de Ho-nan et celle du Hou-pé (g. Fa., vol. 50, p. 35).

vous dissipez les impôts; ensemble vous courez le plaisir dans les plaines de Yun-mong |§ ^ ; vous ne savez pas ce qui se passe en Chine, ni même dans votre royaume; vous ne vous doutez pas que le marquis de Jang [Jang-heou ^ ^] (1) a reçu ^ du roi de Ts-in Tordre de forcer le défilé de Ming-sai 3| ^ (2), ^ et de vous expulser de ce pays !

Ayant entendu ce discours, KMang Siang-wang pâlit et trem- — bla. Pour prouver sa reconnaissance, il éleva Tchoang-sin à la^^s dignité de seigneur de Yang-Iing-kiun ^ ^ ë"» i^ '"î remit une ^ tablette de jade, grâce à laquelle il avait accès libre à la cour, «. ' et lui attribua pour fîef les terres situées au nord de la rivière Hoai Jt — .

Pour obtenir la paix, K4ng Siang-wang céda la capitale Yng ^ et la contrée environnante ; le roi de Ts'in en fit sa province appelée Nan-kiun |& $^ ; il était si content de cette acquisi- — tion qu'il nomma Pé-k'i seigneur de Ou-ngan [ Ou-ngan-kiun

\ûn 277, ce général établissait une administration régulière, pour le compte de son maître, dans les pays de Ou ffi et de K*in-tchong |^ r\* qu'il venait d'enlever; c'est là qu'il forma la province de K*in-tchong [K'in-tchong-kiun |^ «f 85]-

En 276, il y eut une lueur de bonne fortune pour le royaume de Tch'ou. K'in Siang-wang sortit enfin de sa nonchalance et de sa torpeur; par un élan vigoureux, il organisa une armée de plus de cent mille hommes, dans les pays de Test; puis il se rendit au sud du Kiang, reprit quinze villes, de celles qui lui avaient été ravies deux ans auparavant; mais il ne put ravoir son ancienne capitale, située au nord du fleuve, et trop bien gardée par les troupes de Ts'in; il établit de forteô garnisons dans les places reconquises; ainsi le pays de Tch'ou eut quelques années de repos. '

En 273, le roi dé Ts'in ayant reçu la soumission des princes de Han ^ et de Wei ^, après des guerres sanglantes, tourna de nouveau ses regards du côté de Tch'ou ; il convoqua ses troupes et celles de ses alliés ; mais avant leur départ, arrivait à la cour le fameux Hoang-hié ^ ^, ambassadeur de K4ng Siang-warig* Cet homme habile comprit aussitôt le danger qui menaçait son pays ; pour le conjurer, il écrivit au roi de Ts'in une lettre restée célèbre, comme chef-d'œuvre diplomatique; la voici ; elle nous montrera quel genre d'idées hante le cerveau

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