‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · FOU-TCH'OU · texte numérisé non relu

FOU-TCH'OU

Ce roi n'a pas reçu de nom posthume, n'ayant eu ni successeurs ni sacrifices.

En 226, Wang-pen J ^, fils du fameux général de Ts'in 1^ Wang-tsien 3E Sî^ conduisait une armée contre le pays de Tch'ou, et lui prenait dix villes.

Encouragé par ce succès, le roi Che Hoang-ti ^ ^ ^ voulut préparer une- expédition décisive; il demanda donc à son général Li-sin ^ jg combien il faudrait de soldats pour faire la conquête du pays tout entier. Celui-ci répondit que deux cent mille hommes suffiraient amplement.

Che Hoang-ti posa la même question à Wang-tsien. Celuici répondit qu'il fallait au moins six cent mille hommes; sinon, il n'y fallait pas songer. — Je vois que vous êtes devenu vieux et craintif, répliqua le roi ; puis il donna le commandement de la campagne à Li-sin et à Mong-tien ^ *|g, leur confiant deux cent mille soldats seulement. Wang-tsien fut si fâché qu'il prétexta une maladie, et se retira dans son pays de Pin-yang J^ ^ (1).

En 225, Li-sing s'emparait bientôt de P'ing-yu ^ Jâ|, de Yen ^ et de Tch'en |^ (2); Mong-tien ^ ^, de son" côté, prenait la ville de Tsin |g (3); après quoi, ils réunirent leurs troupes à Tch'eng-fou ^ "^ (4).

L'armée de Tch'ou. les suivait de près; elle marcha sans relâche, pendant trois jours et trois nuits, afin de les attaquer à l'improviste. Elle y parvint heureusement, s'empara de deux

(1.) P'in^'-yaiip:= était à (>0 li nord-est de Fou-p'iiig hien |g ^ ^î qui est îl 60 li nord de sa préfecture Si-ngan fou U ">C /jj [Chan-si j (p. Fa., vol. 14, p. 14) — (g. vol. 53, p. "i?).

(2) P'ing-yu = était un peu au sud-est de Jou-ninfî fou ifC 3ft /jjj [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 49).

Yen = étaitjl01i Rud-oueslUel-tch^enghien ÎË M IK» qui est à 120 li sud-est de sa préfecture Siang-yang fou|^ f^ /RT [Hou-pé] (p. vol. 21, p. 28).

Tch'en = c'est Tch'en-tcheou fou ^ ^fl J!p [Ho-nan] . Elle est aussi appelée Yng ^ï parce qu'elle a servi de capitale au royaume de Trli'ou (Voyez, A, l'année 278) — (g. Fa., vol. 47. p. 22).

(3) T8ing=appelée plus tard Chen-k'ieou ^ £c = Or, celle-ci est à 10 li sud-est de Tch'en-tcheou fou (ci-dessus).

(4) Tch'en-fou= était à 40 li sud-ouest de Kia-hien 3^P JÇp ? qui est à 90 li sud-est de Jou-tcheou j^ j^ [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 6^) — (g. vol. 51, p. 40).

camps, tua sept grands officiers, mit Li-sin en déroute avec tous ses gens.

A cette nouvelle, Che Hoang-ti entra en fureur. Mais il fallait à tout prix réparer cet échec! Il s'humilia jusqu'à se rendre en personne auprès de Wang-tsien J ^: Moi, homme de peu de valeur, lui dit-il, j'ai méprisé les conseils de votre expérience; Li-sin vient de déshonorer notre armée; vous, mon général, vous voudrez bien ne pas me laisser dans l'embarras ; quoique malade, venez à mon secours !

Wang-tsien prétextait toujours sa maladie, affirmant être incapable de diriger cette campagne ; mais Che Hoang-ti ne voulait pas en entendre parler. Alors le général lui dit: puisque votre Majesté m'oblige absolument de prendre le commandement, il me faut six cent mille hommes ; sinon, c'est impossible ! — Je me conformerai à vos désirs, répondit le roi ; et il fit lever les troupes demandées.

Wang-tsien se mit en route ; et Che Hoang-ti l'accompagna jusqu^à la rivière Pa ^ (1). Chemin faisant, le général lui demanda de meilleures terres, de meilleures maisons, et en plus grande quantité. — Partez sans inquiétude ! répondit le roi ; ne vous préoccupez pas de votre pauvreté ; j'y pourvoierai !

Mais Wang-tsien revenait à la charge, en disant : j'ai été généralissime de votre armée, et j'ai bien mérité quelque récompense ; je ne suis cependant pas parvenu à être marquis : je profite de l'occasion favorable, pour demander à votre Majesté de terres que je puisse laisser à ma descendance ! Che Hoang-ti riait aux éclats.

Après leur séparation, Wang-tsien envoya encore plusieurs messagers réitérer sa requête. Quelqu'un lui fît renriarquer que c'était vraiment par trop insister. — Vous ne comprenez pas mon idée, répondit-il ; le roi est soupçonneux, et ne se fie à personne : il vient de dégarnir son royaume de toutes ses troupes, pouy me les confier; si je n'avais pas agi ainsi, pour lui prouver conibien je tiens à mon pays, il aurait nourri des soupçons contre moi.

Wang-tsien reprit la ville de Tch^en ^, dont nous avons parlé plus haut, et tout le territoire environnant, jusqu'à Pingyu 2p 1| ; puis il se fortifia solidement dans son camp, refusant tout combat avec l'armée de Tch'ou. H fit reposer ses troupes, leur fit prendre des bains, les nourrit copieusement, et se montra si paternel qu'il mangeait avec les soldats.

S'amuse-t-on bien ! demandait-il. — Oui ! répondait-on : nous jouons à qui sautera le plus haut et le plus loin ; à qui

(1) La rivière Pa = coule à 30 li à l'est de Si-ngau fou © $ fn [Chen-si] (g. Fa.; vol. 53, p. 15)

lancera le plus loin les plus lourdes pierres. — C'est bien ! disait-il; de tels soldats seront capables de tout, quand le moment sera venu.

L*armée de Tch'ou voyant qu'elle perdait son temps à attendre le combat, finit pas s'en aller vers les pays de l'est* Wang-tsien se mit à sa poursuite avec ses meilleures troupes, la vainquit, et la dispersa aux quatre vents du ciel ; il poursuivit les fuyards jusqu'au sud de Ki ^ (1) ; après quoi, il organisa l'administration régulière dans les contrées conquises.

En 233, il revint à la charge, avec le concours du général Mong-ou m ^ ; cette fois, le royaume de Tch*ou fut anéanti, et devint une dépendance de Ts*in ^ ; Fou-tch'ou lui-môme fut fait prisonnier.

Le général Hiang-yen ]g ^ ne désespérait pas de relever son pays ; il réunit tout ce qu'il put des restes de l*armée, déclara roi le prince Tch*ang-p*ing ^ ^ ^, dont nous avons parlé plus haut, et se mit à harceler les troupes de Ts4n, au sud de la rivière Yai g|. — Mais il finit par être vaincu et se suicida ; le prince Tch'ang-p4ng (ou Tch*ang P*ing»kiun) fut tué ; ce fut vraiment la fin de Tch'ou.

Comment ce seigneur de Tch'ang-p'ing ; demi-frère de Poutfïh^ou, frère des deux petits rois précédents, se trouvait-il premierministre à la cour de TsMn ^, en 238, où il aida efficacement le roi à réprimer la rébellion de Lao-ngai ijf i§? Pourquoi était-il rentré dans son pays, en 226 ? Je ne trouve pas de réponse dans les auteurs.

Wang-tsien ayant établi une administration régulière, pour le compte de son maître, s'empara encore de l'ancien royaume de Yué jg. Dans ce pays, il y avait un certain nombre de princes de la famille royale, qui, en 334, après la conquête du roi Wei ^, s'étaient retirés dans les villes du bord de la mer méridionale, et y vivaient indépendants ; ceux-là même vinrent faire leur soumission à ce fameux général.

Finissons cette histoire du royaume de Tch*ou par une remarque du grand érudit Kou Yen-ou ^ ^ ^, dans son recueil intitulé Je-tche-lou B 3U H^^ vol. 22, p. 5.

Il dit donc: «Ce pays a été abattu par le roi de Ts4n ^, c'est vrai ; mais il était capable de se relever ; et il le montra bien ; car c'est lui qui détruisit à son tour cette dynastie impériale éphémère de Ts*in; ceux qui lui portèrent les plus rudes coups étaient des hommes de Tch*ou:. Tch*en-cheng I^JH^i Lieoupang SB ^1 Hiang-leang ]g^ (fils de Hiang-yen ^^), Hiang-yu ;]g ^, et d'autres.

(1) Ki=: était à 3611 au sud de Sou-tcheou ^ tH) qui est à 233 li nord-ouest de sa préfecture Fong-yang fou M* ^ m [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. 28) — (g. Fa., vol. 21, p. 49).

De tous temps, ce pays avait en une forte organisation, capable de résister à de grands chocs; il avait une bonne administration, une armée nombreuse et aguerrie ; aussi eut-il moins de révolutions que ses voisins ; il dura plus longtemps, et se releva presque aussitôt après sa chute (pour devenir le maître de toute la (^hine)».

Ajoutons que cette gloire lui a même survécu jusqu'à nos jours. La province actuelle du Hou-koang ^ ^, c'est-à-dire celle qui comprend le Hou-pé ^ ^ ^t \e Hou-nan ^ f^*, est le centre physique et moral de la Chine ; ses habitants se considèrent comme les Chinois «par excellence» ; ils sont les ennemis acharnés des Européens; nulle part la frénésie des lettrés n'est plus violente ; nulle part les calomnies ne sont plus odieuses, ni entretenues avec une obstination plus diabolique. Ses soldats sont réputés les meilleurs do l'empire ; tant que ceux-là ne sont pas vaincus, la Chine est sauve ! Ils sont le rempart le plus assuré de la grande patrie !

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