PREMIER APPENDICE
-moi^tyo-
LA FAMILLE HIANG i^.
Le fameux général Hiang-yu ]g ^, dont le nom vulgaire était Hiang-tsi ]^ H^, était originaire de Hia-siang 1^ ft (1) ; on ne sait plus comment s'appelait son père ; son oncle prit soin de son éducation; celui-ci est Hiang-leang 3^ ^, fils de ce général Hiang-yen 3g ^ dont nous venons de parler.
La famille Hiang était connue dans tout le pays de Tch*ou ; de génération en génération, elle avait fourni de grands capitaines; son fief, dont la capitale était Hiang-tch'eng 3g ^ (2), avait d*abord été une petite principauté indépendante; anéantie en 643 par le duc de Lou -f^, elle était bientôt tombée au pouvoir du roi de Tch*ou; celui-ci, pour s'en assurer la possession, ne trouva pas mieux que de la confier à cette famille de guerriers, dont on ignore le nom primitif, et qui dès lors prit celui de Hiang.
Après l'extinction du royaume de Tch'ou, et la mort du chef de cette famille, il y eut un moment critique ; les membres de la hiaison étaient suspects au nouveau régime; eux-mêmes avaient de la répugnance à s'y soumettre.
Le jeune Hiang-yu \^ ^ avait été envoyé à l'école par son oncle ; mais il n'y avait rien appris et s'était enfui ; il voulut lui-même s'exercer à manier les armes ; mais il n'y réussit point non plus, au grand dépit de son oncle; c'était un aiglon dont on croyait faire une colombe !
Son oncle découvrit enfin son génie : lui ayant enseigné l'art de la guerre, la stratégie, la tactique, il comprit que c'était là son élément ; l'élève était transporté de joie ; et pourtant, cette fois encore, il n'eut pas la patience d'étudier jusqu'au bout.
Vers cette époque, Hiang-leang fut impliqué dans un mauvais procès; celui de Li-yang ^ IS (3). Dans sa détresse, il
(1) Hia-siang= était à 70 li nord-ouest de Soii-ts'îen bien {^ 3® /îp Q."i ^st â 100 li à l'est de sa préfecture Siu-tcheou fou ^ iHi Jff [Kiang-sou] (p. Fa., vol. 4, p. 30).
(2) Hiang-tch*eng= était $1 120 li au sud de Tch'eng-tcheou fou ^ yf\ JU [Honan] (p. Fa., vol. 12, p. 06).
(3) Li-yang= était il 30 li au nord de Lin-tong bien ^ ÎS Jç|î qui est à 70 li Dord-est de sa préifecture Si-ûgan fou H "^îf /nT [Chen-si] (p. Fa., vol. 14, p. 10).
pria Ts*ao-kieou 1§ ^, second préposé de la justice dans la ville de Ki ^ (1), d'intercéder auprès de Se Ma-hing "gj ^ j^, qui était second préposé de la justice dans la ville de Li-yang; et r affaire fut arrangée.
Mais Hiang-leang ayant tué un homme, se retira avec son neveu à Sou-tcheou |^ jtj /jÇ (2); là, il groupa autour dp roi les hommes les plus intelligents et les plus influents du pays. S'il y avait quelque corvée à fournir pour le gouvernement nouveau, ce qui était très fréquent alors, s'il y avait quelque meurtre, ou quelque querelle de famille, c'était toujours lui qui était chargé de juger le différend.
Pour augmenter encore son influence, et devenir l'arbitre du pays, il entretint en secret une bande de gens bien exercés, parmi lesquels étaient enrôlés tous les membres de sa famille, et tous les hommes qui des autres provinces étaient venus se réfugier à Sou-tcheou ; c'était une véritable armée à son service; nous verrons dans la suite ce qu'il en fera.
Quand Che Hoang-ti ^ô â ^^ ^^^ ^^ Ts4n ^, devenu empereur, vint en l'année 210 visiter le pays de Koei-ki '^ ^ (1), Hiang-leang et son neveu allèrent en curieux spectateurs assister à la réception. Hiang-yu, comme un étourdi, s'écria; cet homme-là! je l'enlèverai, et je prendrai sa place! Hiang-leang lui mit la main sur la bouche, en lui disant: pareilles paroles sont capables de ruiner toute notre parenté ! Au fond, il était content ce voir un tel courage dans son neveu.
Celui-ci avait, dit-on, une stature bien remarquable; sa taille avait plus de huit pieds; il était d'une force herculéenne; il pouvait soulever un trépied; il surpassait en habileté tous ses compagnons ; cela, joint à ses autres qualités naturelles, tenait tout le monde en respect devant lui ; on ne sera pas trop étonné de le voir ensuite accomplir de grandes prouesses (4).
En 209, à la 7^1"^ lune, la révolte avait éclaté au nord du Yang-tse-kiang l§ -^ tC î (^) ^^ nouvelle en fut bientôt apportée dans les provinces du sud. Yn-t'ong jU jJ, gouverneur de Koei-ki, dit à Hiang-leang: tout l'ouest du fleXive est en insurrection; je crois que c'est le moment fixé par le ciel pour anéantir
(Il Ki = était à 200 li iiorcl-ouest do Fou;,' yaii:^ fou HL Iw /îï TN^'aii lioei i (p. Fa., vol. (J, p. 118) {'^. vol. 2Î. ]'. 41») — (Vo\c/ ci-cb'ssr.s, aiiuée 225j.
(2) Sou-teheoiu-t'apitalp do la province du Kian^jf-sou.
(3) Koei-ki = dans la province du Tché-ki:mg Wï SL*
(4) Se Ma-ts'icn ^ ^ 3® dit que Hiang-yu avait îl chaque œil une double prunelle, comme le fameux empereur Choen ^ j le commentaire ajoute que c'est signe d'une grande vigilance!
(5) Tcli'en-chcng |S fl^ avait levé l'étendard de la révolte, et se tenait parmi lés lacs, à l'ouest de Sou-tcheou 1^ iWj j ville située à 233 li au nord de Fong-yauji: foû iSL ^ Jff^ dans la province actuelle du Ngan-hoei (p. Fa., vol. 6, p. 29).
la dynastie Ts'in ^. J'ai toujours ouï dire qui arrive le premier devient le maître; qui arrive le dernier devient le valet; ainsi, je vais lever une armée ; votre seigneurie en aura le commandement avec Hoan-tch'ou.
Mais ce dernier était absent; il se tenait caché parmi les canaux et les lacs, pour échapper aux corvées et aux poursuites arbitraires, si fréquentes alors sous le nouveau régime. Hiangleang répondit au gouverneur: Hoan-tch'ou s'est enfui; personne ne connaît sa retraite, excepté mon neveu Hiang-yu ; je vais le faire appeler; votre seigneurie lui donnera elle-même Tordre d'aller chercher Hoan-tch'ou.
Hiang leang sortit, commanda à Hiang-yu de prendre une épée, et de tuer le gouverneur; ils rentrèrent tous deux dans la salle; le jeune hercule se jeta sur sa victime, et lui coupa la tôte. Hiang-leang courut au palais, s'empara du sceau, et se déclara gouverneur du pays. Hiang-yu coupa encore la tête à une centaine d'individus qui auraient pu s'opposer à la révolution ; et personne n'osa SQuHler mot.
Hiang-leang convoqua tous les hommes qu'il savait capables d'une grande entreprise, et leur communiqua ses plans; il leva une armée dans le pays de Sou-tcheou ^^H»!, et l'envoya soumettre les villes qui n'avaient pas encore secoué le joug de la dynastie Ts'in ^; il avait une troupe de huit mille hommes d'élite, toujours à ses ordres. H donna les postes de confiance à des coopérateurs dévoués et intelligents, soit gardiens, soit explorateurs.
Un individu se plaignait d'avoir été négligé dans cette distribution de charges; il lui répondit: autrefois, je vous avais député pour arranger une affaire, au sujet d'un mort; votre seigneurie ne s'est pas montrée à la hauteur de sa commission ; voilà pourquoi je ne vous donne pas d'office ! Le coup d'œil d'un tel homme subjugua tout le monde; il était vraiment devenu le maître du pays de Koei-ki ^ ^ et de Sou-tcheou j^ >H«| ; son neveu, constitué son aide général, alla encore soumettre quelques villes jusqu'alors fidèles à la dynastie Ts'in |^.
Juste à ce moment, c'est-à-dire à la 1^^'^ lune de Tannée 208, Tch'en-chen |^ ^, le chef de la rébellion du nord, avait envoyé un de ses compagnons, nommé Tchao-p'ing Q Zji, soulever le pays de Yang-tcheou ^ »)^, Celui-ci était originaire de cette contrée; il échoua pourtant dans cette expédition; de plus, il apprit que Tch'en-chen avait été battu, ses troupes dispersées ; et que l'armée de Ts'in se mettait en marche vers le sud ; sa propre position allait devenir critique. Vite, il traversa le fleuve Yang-tse-kiang ^^ -^ ^ ; là, où se trouve maintenant la ville de Tcheng-kiang fou ^ JL )^ \ prétextant un ordre de son maître, il vint, soit-disant de sa part, offrir à Hiang-leang le titre de
grand ministre d'état du royaume de Tch'ou (1). Puisque l'est du fleuve est pacifié, lui disait-il, vous êtes prié de conduire vos troupes vers Touest, à l'attaque de Ts4n ^.
Hiang-leang se mit en marche, avec ses huit mille hommes d'élite. Chemin faisant, il apprit que Tch'en-yng ^ ^ avait déjà soumis le pays de Tong-yang ^ ^ (2) ; il lui envoya un messager, lui proposer de réunir leurs troupes, en vue d'un effort commun. Les partisans de celui-ci auraient voulu qu'il se déclarât prétendant à la couronne; Tch'en-yng, homme aussi intelligent que probe, leur répondait: la famille Hiang a toujours fourni de grands capitaines au royaume ee Tch'ou ; si l'on veut abattre la dynastie Ts'in, il faut prendre lé généralissime parmi les membres de cette famille; sinon, l'entreprise avortera.
Le conseil fut approuvé ; les deux armées furent réunies. Hiang-leang leur fit traverser la rivière Hoai fH; sur son chemin, de nouvelles troupes se joignirent à lui ; bientôt il se vit à la tête de six cent à sept cent hommes ; il les conduisit assiéger la ville de Hia-pei T^ ^ (3).
A cette époque, un homme puissant, nommé Ts'in-kia ^ ^, originaire de Yang-tcheou ^ jj+j» avait déjà établi, comme roi de Tch*ou, le seigneur King-kiu -^ |B|, d'une des trois grandes familles du royaume; lui-même guerroyait à Test de Siu-tcheou fou # jltj /iï, appelée autrefois P'ong-tch'eng '§^ ^: i\ voulut même se mesurer avec Hiang-leang. Ce dernier dit à ses généraux : c'est Tch'en-wang ^ J (Tch'en-cheng ^ ^) qui a le premier levé l'étendard de l'insurrection contre Ts4n ^; il a été malheureux dans sa campagne; on ne sait même pas où il est maintenant ; or, voici que Ts4n-kia s'insurge contre lui ; c'est méconnaître tout droit et toute justice.
Hiang-leang livra bataille, et remporta la victoire; il poursuivit les fuyards jusqu'à Hou-ling ^8 1^ W î ^^i Ts'in-kia fit volte-face, et lutta toute une journée ^ mais il fut tué; son armée, d'abord dispersée, se joignit bientôt aux*troupes de Hiang-leang; le roi éphémère King-kiu mourut dans sa fuite vers le pays de Leang-ti ^ ^, c'est-à-dire Siu-tcheou fou ^ jfl ^. —
Hiang-leang ainsi renforcé, s'en alla attaquer la ville de Hou-ling, qui tomba bientôt en son pouvoir. Il apprit alors que Tchang-han ^ fl(J, généralissime de Ts'in ^ s'était avancé
(1) Tch'ou-wanfî-chang-tchou-kouo ^ î Jt tt @- —
(2) Toiipr-yanp:= était à 70 li à l'est de T'ien-tch'ang bien 5Ç "^ H^î qui est à 157 li sud-est de sa préfectun^ Se-tcheou fH J*\ \^^9,n-\\oQÏ\ (p. Fa., vol. 6, p. 42).
(3) Hia-pei = c'est Pei-toheou ÎK ifH ? à 150 li nord-est de Siu-tcheou fou ^ iffl flU [Kiang-Bou] (p. Fa., vol. 4, p. 29).
(i) Hou-linR-étaitiVflOli sud-est de Yu-tai bien ^ S jl^i qui est à 150 li sud-ouest de Ts'i-ninfî tcheou 8f ^ t\ [Chan-tong] , sur la frontière (p. Fa., vol. 10, p. 39) — (g. vol. 29, p. 14, — et vol. 32. p. 24).
jusqu'à la ville de Li ^ (i); il députa ses généraux Tchou Ki-che :^ j8l ^ et Yu Fan-kiun ^ |l| :&, pour le combattre; le second mourut [en chemin?]; le premier fut vaincu, et se replia sur Hou-ling; mais il n'eut pas le temps d'y arriver; Hiang-leang alla le trouver à Sié f^ (2). et l'y fît mettre à mort pour s'être laissé battre.
Hiang-yu J^ Jf^ reçut ordre de prendre la ville de Siangtch'eng ^ i^ (3) ; celle-ci était bien défendue, et résista longtemps ; elle finit cependant par être enlevée d'assaut; Hiang-yu était si en colère qu'il fit massacrer toute la population.
Après cette victoire, Hiang-leang apprit avec certitude la mort de Tch^en-wang ^ -^ [Tch'en-cheng ^ J|p], celui qui le premier avait levé Tétendard de la révolte contre Ts'in ^ ; il convoqua tous ses généraux . en conseil, à Sié ^. H s'agissait de savoir quelle conduite on' devait tenir dans cette conjoncture. A cette • réunion fut aussi présent le duc de Pei j^ [Pei-kong j^ ^], appelé plus communément Lieou-pang ^ ^, celui qui subjuguera tous ses compétiteurs, et fondera la dynastie impériale Han j^. —
Etait aussi présent Fan-tseng fg j§, vieux lettré de soixantedix ans. originaire de Ts'ao ^ (4), qui tout en demeurant dans sa chambre rêvait de grandes entreprises; il développa ses hautes conceptions en ces termes : il n'y a rien d'étonnant, si Tch'enchen a été vaincu; parmi les six royaumes anéantis par Che Hoang-ti ^ ^ ^, celui de Tch'ou méritait le moins ce mauvais sort; depuis que son roi Hoai ^ fut retenu prisonnier et mourut en exil, tout le peuple a constamment déploré ses malheurs; aussi le fameux devin Tch'ou Hoan-kong j^ 1^ ^ a-t-il prédit que la dynastie Ts'in ^ serait détruite par le royaume de Tch'ou (5). Tch*en-chen a commis la faute de se déclarer lui-même chef des insurgés; il eût mieux fait de placer sur le trône un prince de la
di Li= était à IVst dq Hia-i liieii S[ G HI- «U" ♦'st à IJO li à lest de sa préfectiii-e Koei-té fou ^ W' JS Ho-iian (p. Fa., vol. 12, p. 13i
• 2) Siê=était à 40 li »u sud de Teiig-hien J^ Hp? qui est à 14011 sud-est de sa préfecture Yen-tcheou fou '^ yf\ nf Cban-ton«r' . Sous la dynastie Hia S' c'était uue petite principauté (p. Fa., vol. 10. p. V).
i3> Siaug-tcl)*eu^ = t t à vH; li .akI fit - dt Uiu-tcheoii Wv J*\ .Ho-nan [p. Favol. 12. p. ô9) — î.'. v-l 47. p 40
• 4) Ts'ao= était à .'» li nord-est de Ts*ao bien ^ S|. qui est à ISO li à l'est de sa préfecture Liu-tcheou fou H yH /HT ^Xgan-hœi' (p. Fa., vol. 6, p. 17).
(ô) On ne sait qui est ce devin: on dit que c'est un bonze T?ao-cbe ^& itjî grand astrologue, grand diseur de bonne aventure, c'est-à-dire grand escroc du pays de Tch*ou; on prétend qu'il a laissé treize cbapitres de propbéties, qui sont autant de balivemes, à l'usage de ses successeurs dans ce métier bonorable. On en peut voir un exemple dans la
fameuse énigme San-hou Zl P * dont il est l'auteur, dit-on «Hisioire du royaume de
maison royale ; lui-même n'avait aucune chance de durer longtemps. Maintenant la famille Hiang J^ s'étant insurgée à son tour contre le régime tyrannique, tout le monde la suit en masse à cause de sa renommée séculaire; on la croit capable de rétablir sur le trône un des descendants de la maison royale, et de rendre au pays son ancienne prospérité.
Hiang-leang trouva ces remarques très justes; il se mit à la recherche des arrière-pclits-fîls du roi Hoai ^; il finit par trouver le prince Sin t\^ occupé à garder les brebis ; il le proclama roi, sous le nom de Hoai-wang l^ï, comme son ancêtre, pensant ainsi ranimer l'espérance et le courage du pays tout entier.
On était à la 6"^^ lune de Tannée 208. Tch'en-yng ^ ^, l'homme probe par excellence, qui avait refusé le trône, fut nommé au poste de Chang-tchou-kouo Ji 'JÉ 8 [grande colonne de Tétat]; c'est-à-dire grand ministre d'état; il resta auprès du nouveau roi. dans la ville de Yu-i ^ ^ (1). Hiang-leang se contenta du titre de Ou-sin-kiun ^ flf ^r seigneur de Ou-sin; nous avons vu plusieurs fois ce nom donné à de fameux capitaines: il pourrait se traduire par fidèle guerrier. Après avoir séjourné quelque temps auprès du nouveau roi, il repartit en campagne, prit la ville de Kang-fou % "f^ [^), joignit ensuite ses troupes à celles de Ts-i ^, commandées par les seigneurs T'ien-yng g ^ et Long-tsié f| ^; avec ce renfort, il courut au secours de la ville de Tong-ngo ^ |5pf (3), où il remporta une victoire décisive sur les troupes de Ts'in ^.
Après ces glorieux exploits, les gens de Ts*i se retirèrent pour faire bande à part, se souciant peu de guerroyer pour l'avantage du roi de Tch'ou ; ils agissaient en cela comme tous les révolutionnaires, qui se querellent pour le partage du butin, chacun voulant la plus grosse part.
Hiang-leang se sépara de P'ei-kong ^ ^ et de Hiang-yu J^ ^; il les envoya attaquer la ville de Tch'eng-yang JlJ I^ (4); la résistance fut opiniâtre; pour se venger, les assiégeants massacrèrent toute la population ; ils se dirigèrent ensuite vers l'ouest, rencontrèrent les restes de l'armée de Ts'in. qui s'étaient retirés à Pou-yang ^ |^ (5) ; les battirent de nouveau, et s'en allèrent
(1) Yu-i=est à 7 li au sud de Se-tcheoii ffi ji\ [N^au-hoeij (p. Pa., vol. 6, p. 41) — (g. vol. 21, p. 40).
(1) Kang-fou = était à 50 li au sud de Ts'i-niug tcbeou ^ ^ Jt| [Chan-tong]. C'était et c'est encore une position très importante, à cause de son défilé si étroit qui donne entrée dans le pays (p. Fa., vol. 10, p. 88) — (g. vol. ;^3, p. 2).
(3) Tong-ngo = était à 25 11 à l'ouest delà ville actuelle de ce ut)ni, dans la préfecture de T'ai-ngan fou 7^ ^ J^ [Chan-tongJ (p. Fa., vol. 10, p. 14).
(4) Tch'eng-yang = était à 60 li nord-est de Ts'ao-tcheou @^ yf\ [(nian-tongj (g. Fa., vol. 33, p. 26).
(5) Pou-yang= c'est K'ai-tcheou Pi ^fl' «» lî^O li au sud de Ta-ming fou ^ ^ OT [Tche-li] (p. Fa., vol. 2, p. 54).
assiéger la ville de Ting-tao ^ ^ (1) ; n'ayant pu s'en emparer, ils se remirent en marche, et soumirent tout le pays, jusqu'à Yong-k*ieou ^ £ (2): là, ils remportèrent encore une grande victoire sur Tarmée de Ts'in; ils eurent même la joie de couper la tête au gouverneur Li-yeou ^ ^, fils du fameux Li-se ^ ^ le grand ministre qui avait secondé Ohe Hoang-ti ^ J| $ dans Tanéantissement de tous les royaumes ; après cette glorieuse vengeance, ils rebroussèrent chemin, et assiégèrent la ville de Wai-hoang ^ ^ (3) sans pouvoir la prendre.
Cependant^ Hiang-leang avait fini par quitter Tong-ngo; il s'était rendu près de Ting-tao, dans Tespoir de réduire cette place ; il y avait d'abord remporté une victoire sur Tarmée impériale, mais il n'avait pu prendre la ville. Cet échec n'empêcha pas ses gens de se donner des «airs orgueilleux»; formule ordinaire des lettrés chinois pour annoncer des malheurs.
Ayant tant de fois vaincu les troupes de Ts'in, les gens de Tch'ou commençaient à les mépriser ; le fameux lettré 8ong-i tI? ^ s'aperçut du danger; il crut devoir en avertir Hiang-leang: vos soldats sont trop fiers de leurs succès, lui dit-il; ils deviennent négligents et paresseux; les troupes de Ts*in s'amassent de plus en plus autour de vous ; je crains beaucoup pour votre seigneurie!
Hiang-leang ne tint pas compte de cet avertissement; il envoya môme l'importun admoniteur au pays de Ts'i T0f; pendant son voyage, le clairvoyant lettré prédit de nouveau les malheurs qui allaient arriver. En effet, Hiang-leang fut battu par Tarmée de Ts'in, et mourut sous les murs de Ting-tao.
A celte nouvelle, P*ei-kong ^i^^ et Hiang-yu ]g ^ abandonnèrent le siège de Wai-hoàng $h |^, et allèrent attaquer Tch'enlieou 1^ •© (4); mais ils durent encore renoncer à s'en emparer; elle était trop bien fortifiée et trop bien défendue ; ils s'en allèrent donc vers le pays de P*ong-tch'eng "S^ ^ (5), où guerroyait Liu-tch'en g g, un général de leur parti. Pendant ce temps, Tchang-han $ f^, généralissime impérial, croyant la rébellion étouffée au sud, passa le fleuve Jaune, et ce mit en campagne dans l'ancien état de Tchao j^. —
Hoai-wang «g J, effrayé des nouvelles fâcheuses qu'il recevait, s'était lui-même retiré à P'ong-tch'eng. Il s'était laissé
(1) Ting-tao = était un peu à l'ouest de Ting-tao hien JE fi^ -w' dans la préfecture de Ts*ao-tchebu H Jf] [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 17).
(2) Yong-k'ieou= c'est Ki-hien ft jR, à 100 li à l'est de K'ai-fong fou H §t J|^ [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 3).
(3) Wai-hoang=; était à 60 lî nord-est de Ki-hien (g. Fa., vol. 47, p. 18).
(4) Tch*eng-lieou= était à 20 li au nord de la ville actuelle de ce nom, dans la préfecture de K'ai-fong fou ^ ^ /jj [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 3).
(5) P*ong-tch*eng = c'est Siu-tcheou fou ^ 7^ fff [Kiang-soul .
fasciner par le lettre Song-i ^ |^; parce que celui-ci avait si justement prédit le sort de Hiang-leang. Ayant réuni toutes ses troupes, il fît une distributiorf générale de dignités ; Song-i son homme de confiance, devint généralissime [chang-tsiang-kiun t jjfF Ç] Hiangyu 35 ^ nommé duc de Lou [Lou-kong ^ ^], ne fut que second général ; Fan-tseng fj j§ fut le troisième. Après cette singulière promotion, nos trois hommes furent envoyés ensemble au secours de Tchao |g (1); c'était un tigre attelé avec deux bœufs; un tel char ne pouvait marcher bien longtemps !
L'armée étant parvenue à Ngan-yang ^ ^ (2), le retint pendant quarante-six jours dans une complète inactivité. Hiangyu dit alors : j'ai appris que les troupes impériales assiègent Kiulou |g jjj (3) ;. hâtons-nous de passer le fleuve Jaune ;nous attaquerons les gens de Ts4n ^; par dehors, tandisque la garnison fera une sortie de toutes parts ; nous sommes sûrs de la victoire !
Song-i répondit en sage lettré ; ce n'est pas ainsi qu'il faut faire ; d'un coup de main, vous pouvez bien écraser les mouches d'un bœuf, vous n'écraserez pas les poux qu'il a sur le dos ! [c'est-à-dire: il ne s'agit pas tant de sauver les gens de Ts'ao que d'anéantir l'armée de Ts'in] ; si les troupes impériales remportent la victoire, elles seront affaiblies par les travaux de ce long siège ; nous pourrons avec notre armée toute fraîche les mettre en pleine déroute; si elles ne peuvent'prendre la ville, nous n'avons pas à nous en occuper ; nous nous lancerons vers l'ouest, à la conquête de Ts*in ; ainsi, nous n'avons qu'à gagner à laisser les deux partis s'affaiblir mutuellement. S'il s'agit d'endosser la cuirasse, et de manier la lance, vous êtes plus fort que moi ; s'il s'agit de donner un bon conseil, avouez que je suis plus fort que vous!
Sur ce, Song-i publia l'ordre du jour suivant : quiconque se montrera furieux comme un tigre, opiniâtre comme un bouc, acharné comme un loup, indocile aux ordres donnés, aura la tête coupée ! Puis il envoya son fils Song-siang 5|c ^ ^u pays de Ts*i ^, pour y prendre en main l'administration ; lui-même l'accompagna jusqu'à Ou-yen ^ ^ (4), où il donna de grands festins en son honneur.
Le temps était froid et pluvieux ; les soldats souffraient à la fois du climat et de la faim ; Hiang-yu donna publiquement cours à son indignation : Au lieu d'aller d'un commun accord
(1) Ponr indiquer le titre de généralissime, l'auteur emploie encore l'expression
K4ng-tse-koan-kiun JP J ^ SS — *
(2) Ngan-yang = était au nord-ouest de Tchang-té fou J^ fB J^ [Ho-nan] (p.
Fa., vol. 12, p. 16).
(3) Kiu-lou = c'est P'ing-hiang bien ^ SP ^' à 80 li sud-est de sa préfecture Choen-té fou M M M [Tche-li] (p. Fa., vol. 2, p. 47).
(4) Ou-yen = était îl 20 li à l'est do Tong-p'ing-tcheou 'M "^ ini ' qui est à 150 11 à l'ouest de sa préfecture T'ai-ngan fou j5c ^ /jf [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 13).
combattre Tarmée impériale nous restos ici morfondus, sans bouger de place ; nous crevons de faim, n'ayant à manger que de misérables légumes, tandis que le généralisôime vit dans l'abondance et les festins ! Si nous |)assions le fleuve Tchang j5|È (1)^ nous trouverions des vivres dans le pays de Tchao HS ; unissa'nt nos forces, nous irions battre l'armée de Ts'in. Le généralissime prétend profiter de son affaiblissement pour l'anéantir ; étant si nombreuse et si aguerrie, elle n'aura pas de peine à vaincre celle de Tchao ; une armée triomphante est-elle donc si affaiblie qu'on puisse facilement l'écraser ! Il n'y a pas longtemps qu'elle nous a battus ; notre roi en a été si chagriné qu'il ne peut ni manger ni dormir ; on attend de nous la paix du pays ; son existence même dépend de cette expédition. Mais le- généralissime se soucie bien de cela ! Il pense à ses affaires de famille, et non au bien public.
Le lendemain^ Hiang-yu alla trouver Song-i, le tua, et lui coupa la tête. De suite, il fît publier dans le camp: Song-i était un traître, d'accord avec les gens de Ts'i 55, pour anéantir notre pays ; notre roi a envoyé un ordre secret de le mettre à mort.
Les autres généraux n'osèrent protester; ils dirent même à Hiang-yu : c'est votre famille qui a commencé le relèvement de notre royaume ; vous venez de punir un traître, c'est encore un nouveau bienfait! Là-dessus, ils le déclarèrent généralissime. On envoya des hommes à la poursuite du fils do Song-i, jusqu'au pays de Ts"i, où ils le massacrèrent. Hoan-tch'ou ;g ^ fut député auprès de Hoai-wang, pour l'informer de ce qui était arrivé; celui-ci ne povait que garder le silence au sujet du fait accompli ; il confirma à Hiang-yu le titre de généralissime.
On était à la llème lune de l'année 207. Après ce coup de force, la terreur de Hiang-yu se répandit partout, même dans les pays environnants. li ordonna aux deux généraux Tang Yangkiun K ^ ^ë* et P'ou Tsiang-kiun îS Sf S ^® passer le fleuve Tchang }3|t, avec vingt mille hommes, et de courir au secours de Kiu-lou ^ |g. Ceux-ci ne remportèrent qu'une victoire indécise; le général de Tchao |§ réclama avec instance de nouveaux renforts.
Hiang-yu mit en marche tout son monde ; après avoir traversé le fleuve Tchang, il fît couler à fond ou briser toutes les barques : il fît de même casser les instruments de cuisine, détruire les campements, emporter des vivres pour trois jours seulement, afin qu'on vît clairement qu'il fallait vaincre ou mourir.
(1) Le fleuve Tchang=appélé encore Lieou-choei ^ ^= vient de la préfecture Koang-p'ing fou jR ^ /RT [Chan-si] , et coule 20 li au sud-ouest de Kiu-lou (p. Fa., vol. 1, p. 4) — (g. vol. 15, p. 10).
Aussitôt arrivé, Hiang-yu cerna les assiégeants, commandés par Wang-li 3E d^ livra neuf batailles, coupa les communications par où venaient les vivres à Tennemi, rempoirta enfin une victoire éclatante. Parmi les gens de Ts'in |^, Wang-li fut fait prisonnier, le général Sou-kio f^ f^ fut tué, le général Ché-kien ^ ^ ne voulant pas se rendre, se brûla de rage.
Dès lors, Tarmée de Tch'ou fut réputée la première de toute la Chine. Car bien que les troupes auxiliaires de dix états insurgés fussent venues au secours de Kiu-lôu, personne n'avait osé se mesurer avec les gens de Ts'in. Quand l'armée de Hiang-yu marchait au combat, tous les généraux montaient sur leurs retranchements, pour assister de loin à la bataille. Les soldats de Tch^ou avaient une contenance si martiale qu'un seul semblait en valoir dix; leurs cris étaient si formidables que les troupes auxiliaires en étaient elles-mêmes saisies de frayeur dans leurs campements.
Après cette glorieuse victoire^ Hiang-yu manda tous les chefs des insurgés; ceux-ci se traînaient à genoux devant lui, et n'osaient le regarder en face. Dès lors il fut considéré comme le généralissime de tous les états révoltés; il en était le maître incontesté.
Tchang-han ^ flp, généralissime des troupes impériales, était campé à Ki-yuen H j^ (1), au sud du fleuve Tchang J|t ; Hiang-yu alla s'établir en face de lui ; mais il n'eut pas besoin de livrer bataille ; après avoir refusé plusieurs fois le combat, et attendu vainement du renfort, Tchang-han se soumit à Hiang-yu, et fit cause commune avec lui. Pour se l'attacher plus étroitement, celui-ci le constitua roi de Yong-wang ^ ï (2), lui attribuant ainsi les territoires de son ancien souverain dans ces régions. Restait à les conquérir!
D'abord, les soldats de Tchang-han furent incorporés parmi les troupes de Tch'ou ; mais Hiang-yu ne croyait pouvoir se fier à eux; homme sans conscience, il eut la cruauté de les faire massacrer, au nombre de vingt mille, au sud de Sin-ngan ^ ^ (3) ; de la, il se lança à la conquête de Ts'in ^.
Quand il voulut pénétrer dans le fameux défilé de Han-koukoan g| ^ 9li ^^ ^^ trouva occupé par les troupes de P^ei-kong ^ ^, qui l'y avait précédé ; les deux armées furent sur le point d'en venir aux mains ; mais comme P'ei-kong était un homme prudent et modéré^ il céda le passage, et une paix quelconque fut rétablie entre les deux généraux.
(1) Ki-yuen = était au sud de P'iuj^-hiang bien ^ IB JH » qui est à 80 li sud-est de sa préfecture Choen-té fou IR ^ jff [Tohe-li] (g. Fa., vol. 15, p. 10).
(2) Yong= c'est la province actuelle du Chen-si RR H"^*
(3) Sin-ngan = est à 70 li à l'ouest de sa préfecture Ho-nan fou iRT ?fî ilî [Honan] (p. Fa., vol. 12, p. 37).
HiaDg-yU| aveo ses troupes il nomblreuses, eitvabit donc Tancien pays de Ts^in (1) ; 11 en massaora le dernier roi, Tem* pereur Tse-yng ^ jj), dévasta la célèbre capitale Hien^^yang j^ m, la réduisit en cendres, déshonora le tombeau ds Ohé Hoang^ti iig Jl $« et ât un butin Immense.
C'était à la fin de Tannée 207. Un seigneur, nommé Ts'at« oheng im ^, lui ayant fait la remarque très sensée que cettu province était le meilleur boulevard de sa domination, il lui répondit par un proverbe banal : quiconque a fait fortune, ou est monté au plus haut sommet des honneurs, ne rentre pas dans sa patrie pour se faire voir, est comme un homme qui s'habille en grand gala pour marcher dans les ténèbres; qu'y gagne^^t-il? Et moîf repartit le seigneur, je reconnais la justesse d'un autre proverbe^ qui dit que les gens de Tch^ou n'ont jamais été que des siAges coiffés! Hiang-yu bondit de colère, et fit rôtir l'imprudent oon*" tradicteur.
Après ce bel exploit^ il envoya un messager demander les ordres de Hoai-v^ang; celui-ci répondit: qu'on s'en tienne à de qui a été autrefois réglé ! Sur ce, Hlang-yu le proclama empereur, sous le nom de I-ti jj| ^ (2) ; ensuite, il déclara rdis touièl ses généraux, leur attribuant de grandes et riches contrées.
Bien entendu f il ne s'oublia pas dans c6 partage. Comme il désirait rentrer dans sa patrie, il divisa le pays de Toh^ou en quatre contrées, prit celle qui lui convenait, celle de P^ongtch'eng ^ jll (3), qu'il appela Si^tch'ou "S ^ (le) royaume occidental de Tch^ou), et se déclara chef de tous les prinees vassaux de l'empire (pa-wang ]|^ £), avec P'ong^toh^eng pour capitale.
Voici comment il fît sa distribution des royaumes: P^ei-kong f^ ^ ayant le premier forcé l'entrée de Ts^in j|§, âvait^ plus qu'aucun autre, droit à l'investiture de ce pays; mais c'était un trop grand territoire; il était déjà un rival bien dangereux; il fut donc relégué le plus loin possible; il reçut les provinces de Pa g^, de Chou I^ et de Han-tchong :^|| 4*^ ^vec le titre de roi de Han ^, et Nan-tcheng ^ j^ pour capitale (4). Malgré toutes les précautions prises par Hiang-yu, notis verrons bientôt P'ei^kong se soumettre toute la Chine.
Le général Oujoei ^ ^ fut roi de Heng-chan ^ ilji avee Tohou ^|l (5) pour capitale^ Le général Yng-pou ^ ^ fut rd de Kieou-kiang ;^ ^, aveo Lou -f; (6) pour capitale^ Le général
(1) Pour connaître l'étendue de l'ancien royaume de Ts'in, consultez notre histoire de ce pays.
(2) I-tî=c'est-à-dire l'empereUr juste, équitable.
(3) P*ong-tcli*eng=c'e8tlacontrée de Siu-tcheoufou^ jf\ fff [BUiiDg-soti] .
(4) N an-tcheng= c'est Haii-tchong fou Si T* W [Chen-si],
(5) Tchou = c'est Hoang-t«heou fou 5C TH jff [Hou-péj.
(6) Lou= c'est Lon-ngan toheou ^\ 3c jn [Ngan-hoei] .
Kong-ngao ^ {J[ fut roi de Lin^kiang |£ £C, avec Kiang-ling ÏL M W pour capitale. Celui qui connaît la Chine s'apercevra que Hiang-yu s'était attribué la part du lion, à peu près le Kiang-nan actuel, c'est-à-dire la contrée la plus fertile et la plus populeuse. Cette réunion de rois eut lieu dans le camp . de Hiang-yu, sur )es bords de la rivière Hi-hia jft T {^) ChaciiD des nouveaux princes devait se rendre dans son royaume pour )à 4ème lune de Tannée 206.
Quant à l'empereur nominal I-ti H ^, Hiang-yu lui dit: les anciens «saints», vos prédécesseurs, n'avaient qu'un territoire de mille li d^étendue ; et cela, toujours sur le cours supérieur d'un fleuve. C'était lui intimer Tordre de partir; il fut relégué dans la préfecture actuelle de Tch^ang-cha ^ j^, province du Hou-nan ; c'était un véritable exil ; car ce pays était alors habité par des peuples à peine civilisés. Il n'y arriva pas même vivant; pour se débarrasser de lui, Hiang-yu ordonna au nouveau roi de liin-kiang ($ ;^ de le massacrer, au moment où il traversait le fleuve Yang-tse-kiang ;|j| ^ ÎL» à la lOèmeiune de Tannée 205 (4)..
P'ei-kong |ïf J^, en homme prudent, se rendit à Lo-yang Jgf ^, l'ancienne résidence des empereurs; là, il célébra offlcielleinent ce qu'on nomme aujourd'hui un service funèbre, revêtit des babits de deuil, et dénonça aux autres ptinces l'assassinat de t-
Il arriva bientôt ce que Ton pouvait prévoir: plusieurs ne furent pas contents de leur lot; Hiang-yu avait agi ai^bitrairemént; il avait favorisé ses amis; les autres étaient jaloux; d'ailleurs, eût-il fait un partage équitable, il n'aurait pu satisfaire l'ambition révolutionnaire de ses coopérateurs. Puis, son naturel était btlital, Hôupçonneux, cruel, tyratiitiique ; si quelqu'un le gênait, il le faisait mettre à mort, toujours sous prétexte de trahison, bien entendu.
Tandisque P^ei-koiig ^ ^ s'établissait solidement dàiis 6oll tôyaume, celui de Ts4 était en pleine révolte contre Hiang-yu; celui dç Tchad ^ et celui de Yen ^ secouaient son jôiif , et êe donnaient des princes de leur choix, ennemis naturellement dé éet homme fantasque. II s'emporta dé colère, envoya des ordres qu'on méprisa ; il enyoya des armées qui furent battues ; son prestige baissait à Vue d'œiL P*ei-kong, au contraire, sans faire de btuit, arrondissait son téfrltoire, groupait les mécontents autour de roi, s'entourait de généraux et de diplomates Càpableâ.
(2) Kiang-ling=c'est King-toheoù fou ^ tH jjï [Hou-pé]«
(3) La rivière ni-hia=coule à 30 li à Test de Lin-ioug bien fê ft JK) qui est à 70 li à l'est de Si-ngan fbu W ^ jiï [Chen-si] (p. Fa., vol. 14, p. 10) — (g. voi. 58, p. 44).
(4) I-ii=8on tombeau est à T^chen-tdheoti #P yt\ {É.oii^a.h'] ] il est enoéie un objet de vénération pour le peuple ; mais je n'ai pas trouvé l'indièatiori od il est iifUê,
A la l^^e lune de Tannée 205, Hiang-yu se mettait lui même en campagne, contre le nouveau et puissant roi de TsM ; ayant remporté la victoire à Tch^en-yang ^ |^ (1), il fit massacrer les soldats qui s'étaient rendus à lui, avec promesse de vie sauve; il réduisit à Tesclavage les femmes, les vieillards et les enfants, mit le pays à feu et à sang ; de telles sauvageries poussèrent la haine de ce peuple jusqu'au paroxisme; ce fut une lutte à mort.
P'ei-kong voyant le moment favorable, s'associa cinq princes révoltés contre Hiang-yu ; leur armée montait à cinq cent soixante mille hommes. Â cette nouvelle, Hiang-yu laissa ses généraux poursuivre la destruction de Ts'i ^; lui-même prenant trente mille soldats d*élite, s*en alla faire face à cette ligue redoutable.
n passa par la ville de Lou 1^ (2) et se rendit à Hou-ling 4^ m (3). Les soldats de P'ei-kong ^ ^, hlsL i^^^ lune, s'étaient emparé de P'ong-tch*eng J^ ^, du trésor et des femmes de Hiang-yu ; celui-ci les surprit en pleine ripaille, en tua plus de cent mille, et mit le reste en fuite ; c'était un vrai coup de théâtre; mais le drame était loin d'être fini!
Les troupes débandées traversèrent les rivières Kou ^ et Se fg (4), pour se réfugier dans les montagnes du sud; Hiangyu les poursuivit jusqu'à Test de Ling-pi H -^ (5) ; il les cerna sur les bords de la rivière Soei J|^ (6) ; ils croyaient pouvoir refuser le combat; mais Hiang-yu les chargea avec une telle furie, qu'il les força de se jeter dans la rivière; il en périt encore plus de cent mille ; les cadavres des tués et des noyés étaient si nombreux qu'ils arrêtaient le cours de l'eau.
(1) Tch'en-yang= était à 60 li nord-est de Ts'ao-tcheou fou V ^ jj^ [Chantong] . Pendant cette grande révolution, plusieurs fois ou a bataillé près de cette ville. Le roi de Ts'i en question se nommait T'ien-yong Eu Si (P« Fa., vol. 10, p. 16) — (g. vol. 33, p. 26).
(2) Lou = patrie de Confucius, dont le tombeau est à 2 li au nord, c'est K'iu-feou fou Q jp. TJ^ 1 qui est tl 30 li à l'est de sa préfecture Yen-tcheou fou ^ jHi jff [Chantong] (p. Fa., vol. 10, p. 7) — (g. vol. 32, p. p. 4 et 47).
(3) Hou-ling=à mi-chemin entre Yen-tcheou fou et Siu-tcheou fou ^^ JH Jn [Kiang-sou] (g. Fa., vol. 29, p. 14).
(4) La rivière Kou = est une branche de la rivière Soei JE (ci-après), dont elle se sépare où était l'ancienne ville de Kou-chou tR j^i de là lui est venu son nom; elle coule au sud de Siu-tcheou fou, tourne vers le nord-est, et va se joindre à la rivière Se ftj (g. Fa., vol. 29, p. 7).
La rivière Se=se trouve au nord-est de Siu-tcheou fou (ibid, p. 29).
(5) Llng-pi=au nord-ouest de Sou-tcheou ^ JT| ? qui est à 233 li nord-ouest de sa préfecture Fong-yang ton M* m M [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. 28) — (g. vol. 21,
(6) La rivière Soei=à 60 li au sud de Siu-tcheou fou, à 20 li^au nord de Sou-tcheou;
venant de Siao-hien jff JH » c'est là qu^ut lieu la bataille, comme le dit la r grande géographie, vol. 21, p. 50.
P'ei^kong était daira une position désespérée ; trois cercles de soldats lui barraient le passage ; il ne lui restait qu'à vendre chèrement sa vie, s'il voulait mourir avec honneur* Mais un terrible ouragan, venu du nord-ouest, le tira de ce péril extrême: le vent brisait les arbres, renversait les maisons, soulevait une madse de poussière si considérable qu'elle obscurcissait la lumière du jour. Cet ouragan frappait en plein les soldats de Hiang-yu. P'ei-kong profita du désordre causé par cette tempête, et s'échap-^ pa avec quelques dizaines de ses hommes; on le poursuivit en vain; il était hors d'atteinte quand on s'aperçut de son évasion.
A la S^*»® lune de cette même année ^205, P'ei-kong était réfugié à Yong-yang HI ^ (1) ; c'est là que les restes misérables de son armée vinrent le rejoindre ; là aussi que son fidèle ministre Siao-ho ^ jqf lui amena des renforts considérables, qui lui permirent de reformer une nouvelle armée,
Hiang-yu enivré de ses derniers succès, sûr d'avance d'un nouveau triomphe, se présenta bientôt sous les murs de cette ville; mais il ne put la prendre d'assaut; il fut obligé de livrer bataille entre les deux rivières King jjf et Souo ^ (2) ; il y fut vaincu, et il dut signer un traité de paix quelconque avec ce redoutable adversaire ; coup bien sensible pour un tel homme !
A la 6ènie lune, P*ei-kong attaqua l'ancien généralissime de Tchang-han jjÈ flU, établi roi de Yorig (3) par Hiang-yu; ce fameux général fut battu ; il en fut si humilié qu'il se suicida ; son territoire fut annexé à celui de son vainqueur; le ministre Siao^ho H jpf y établit une administration régulière, ainsi que les temples des ancêtres, pour s'affectionner le cœur du peuple. Les généraux de P'ei-kong, de leur côté, guerroyaient avec succès dans les pays de Wei ^ et de Tchao ^; à la lOème lune de cette même année 205, ils achevaient la soumission de ces royaumes.
En 204, à la 4ème lune, Hiang-yu, effrayé de tels agrandissements, prit la résolution d'arrêter et d'abattre ce rival si heureux; il revint donc mettre le siège devant Yong-yang |j| ^ ; c'est la que mourut Fan-tseng fâ J#, son conseiller; c'était une grande perte ; car Hiang-yu n'était qu'un homme de guerre, incapable d'administrer un pays quelconque.
P'ei-kong ne vint pas lui-même s'opposer à Hian^-yu ; îl
(1) Yong-yang = un peu au nord de la ville actuelle de ce nom, qui est à 200 li à l'ouest de K'ai-fong fou ^ M M [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 8).
(2) La rivière King =22 li à Test de Yong-yang; à 30 li sud-est se trouvait la ville de King.
La rivière Souo = à 35 li au sud de Yong-yang ; à 20 îi à l'ouest de la précédente ville de King, se trouvait Ta-souo-tch'eng ^ ^ JK » c'est entre ces deux villes qu'eut lieu la bataille (g: Fa., vol. 47, p. p. 56, et 58).
(3) Le pays de Yong= c'est la province actuelle du Chen-si.
lT4
députa pour cela le fameux P^on^-yuë % j||, ancien chef de brigands, bon général ; celui-ci remporta quelques avantages, mais il put empêcher la prise de Yong-yang, à la 6*™» lune. Pour se venger de la résistance de cette ville, Hiang-yu fit rôtir le gouverneur ; après quoi, il s*en alla prendre la ville de Tch*eng-kao j^ j)^ (1).
A la 8*™« lune, P*ong-yué voyant son impuissance, finit par se retirer. A la 10^™® lune, P'ei-kong arriva Iui->même, reprit Tch'eng-kao, et livra une bataille sanglante, près de la montagne de Koang-ou jH ft (2) ; il fut grièvement blessé à la poitrine. A cette même époque, son fameux lettré-diplomate, Li 0he-k4 fl|^ ^, était rôti par le roi de Ts4 39; deux traits qui suffisent à faire connaître les moeurs de ces temps de révolutions
En 203 à la 8*^»^ lune, les deux rivaux faisaient un nouveau traité de paix ; ils se divisaient la Chine en deux parts ; tout ce qui était à Test de la rivière Hong-keou |A ^ (3), appartenait à Hiang-yu, avec le titre pur et simple de roi de Tch*ou ; tout ce qui se trouvait à l'ouest, appartenait à P*ei-kong. Donc, dans leur pensée, les autres états n'étaient plus que des provinces à soumettre.
La raison de cette convention, c'est que P^ei-kong voulait à tout prix délivrer son père et sa femme, détenus par Hiang-yu : celui*ci, dans sa brutalité, pouvait à chaque instant les massacrer, comme il les en avait plusieurs fois menacés.
De son côté, Hiang-yu désirait la paix ; il se voyait délaissé par ses anciens généraux, devenus des rois; de plus, il sentait qu'il ne parviendrait jamais à réduire ce rival, aussi fort, et plus habile que lui. A la 9^"^® lune, il lui renvoya son père et sa femme, licencia sa propre armée, et reprit le chemin de sa capitale P'ong-tch'eng.
P^ei-kong allait faire de même, quand il en fut dissuadé par ses deux conseillers, Tchang-leang ^ 5 ®* Tch*en-p'ing ^ 2p. Ceux-ci en sages lettrés prévoyant l'avenir, lui disaient : vous, le maître de la plus grande moitié de Tempirre, vous laissez échapper une si belle occasion ! L'armée de Hiang-yu est exténuée,. affamée; vous ne l'exterminez pas ! Voulez-vous donc épargner ce tigre, pour renouveler les guerres sans cesse?
P'ei-kong oublia la foi jurée, et se mit à la poursuite de Piang-yu. Parvenu au sud de Yang-hia |jj J (4), il s'y établit
(1) Tch'eng-kao = était un peu au nord-ouest de Fan-choei bien fQ PfC J|^) qui est à 250 li à l'ouest de sa préfecture K*ai-fong fou ^ ait OT [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 10)— (g- Fa., vol. 47. p. 42).
(2) LamontagnedeKoang-ou=e8tàl01inord-estdeYong-tché 56 3»» Çt^û est k 110 li uord-ouest de K*ai-fong fou (p. Fa., vol. 12, p. 8)— (g. Fa., vol. 47, p. 59).
(3) La rivière Hong-keou=eët au nord de Yong-yang bien Ik im JR) 4^ ^^^ ^ 200 li à l'ouest de sa préfecture (p. Fa., vol. 12, p. 8)— (g. Fa., vol. 47, p. 58).
(4) Yang-hia= c'est T*ai-k*ang bien jJH ffjk JSf** à 501i au nord de Tch'en-tcheon tonW M M [Ho-nan (p. P., vol. 12, p. 57).
en camps retranchés, pour attendre les renforts promis par ses anciens généraux, restés ses amis et ses alliés. Ne voyant rien ■venir, il se rendit jusqu'à Kou-ling g ^ (1); mais il y subit une grande défaite ; il ramena ses troupes, et creusa plus profonddément les fossés de ses retranchements, afin de n'être pas surpris par Hiang-yu.
S'adressant à Tchang-Ieang, il lui disait: les autres princes^ mes alliés, ne viennent pas! que faire? Celui-ci lui répondit: Han-sin $|: ^ et P'ong-yué |r^ j^ sont fâchés contre vous ; parce que vous ne leur avez rien attibué dans le dernier partage de Tempire, malgré les grands mérites qu'ils ont acquis dans toutes «es guerres.
P*ei-kong reconnut sa faute; il expédia aux deux généraux le message suivant : allons ensemble abattre Tétat de Tch'ou ; <|uand ce sera fait, tout le territoire situé entre Tch*en-tcheou ^ *|t| et la mer orientale appartiendra à Han-sin ^ ^, avec le "titre de roi de Ts'i 5¥ ; la contrée entre Soi-yang B§ |i^ et Koutioh^eng fg j^ (2), sera le partage de P'ong-yué JT^ ]^. —
Aussitôt les deux généraux se mirent en marche^ dévastant 'tout sur leur passage: ils campèrent à Kai-hia ^ '^ (3), ou se "trouvait Hiang-yu. Celui-ci vit plusieurs de ses officiers le quitter «t faire cause commune avec ses ennemis. Tel fut Tcheou-yn J9 JR» gouverneur de Chou ^ (4), qui se rua sur la ville de Lou ^, masacra toute la population, puis alla se joindre à P'ei-kong. Ija dernièrQ partie de ce long drame allait se jouer.
L'armée de Hiang-yu, nous l'avons dit, avait été licenciée; ee qui lui restait n'avait pas de vivres ; elle était cernée de toutes parts ; pendant la nuit, Hiang-yu entendait les chansons joyeuses <lu camp rival ; il pouvait distinguer la voix de ses anciens soldats <{ui se riaient ainsi de lui. H fut effrayé; s'adressant à son entourage, il demanda: P'ei-kong est-il donc maître du pays de Tch'ou? Comment a-t-il dans son camp tant de gens de notre dialecte? Sur ce, il passa toute la nuit à boire, pour noyer son chagrin. H avait une concubine fameuse, nommée Yu-ki J||^ ^ ;
(1) Kon-lîng= était à 43 li nord-ouest do Tch*en-tchepu fou (p. Fa., vol. 12, p. .'»5)— (g. Fa., vol. 47, p. 86).
(2) Tch*en-tcheou=:dan8 la province du Ho-nan.
Soei-yang« était à .1 li au sud de Koei-té fou HI fS Iff [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 12).
Kou-tch*eng= c'est Tong-ngo ]R W» à 210 li nord-ouest T'ai-ngan fou jfc 3lt /RT [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 14).
(3) K*fti-hai=sc'e8t à 90 li à l'ouest deOu-ho bien £ [rT JR) qui est à 150 U à l'ouest de Se-tcheou fB JT| [Ngan-hoei] ; c'est un petit bourg, au pied d'une colline (p. Fa., vol. 6, ç. 43)— (g. Fa., vol. 21, p. 16).
(4) Chou et Lou (Lou-ngan tcheou A\ $ yH)? sont aunord de Ngan-k'ing y jff [ Ngan-hoei] .
il fallait maintenant lïi quitter ! Il avait un superbe coursier grispommelé, nommé Tchoei |§, il fallait Tabandonner ! Dans sa douleur, il chantait la complainte suivante : mes forces étaient si grandes que je pouvais transporter des montagnes ; mon courage était sans bornes; malgré sa rapidité, mon coursier ne peut me sauver! hélas, que faire? Ma chère Yu-ki, ma chère Yu-ki, qu'allons-nous devenir? Celle-ci alternait avec lui sa complainte; et tout l'entourage pleurait à chaudes larmes, sans oser le regarder en face.
Tout-à-coup, Hiang-yu retrouve son énergie ; il enfourche son coursier, suivi seulement de huit cents hommes des plus intrépides ; il perce les lignes ennemies, et s'enfuit vers le sud. Au lever du jour, P'ei-kong est averti de cette courageuse évasion; il ordonne à Koan-yng }|[| ^, général de la cavalerie, de prendre cinq mille hommes, de se lancer à la poursuite de Hiang-yu, et de le ramener mort ou vif.
Celui-ci parvenu à la rivière Hoai fH, n'avait plus qu'une centaine d'hommes qui avaient pu le suivre dans sa course effrénée. Arrivé près de Yn-ling |^ Jgî (1), il ne reconnaissait plus son chemin ; il interrogea un paysan ; celui-ci, dans son aversion pour un homme qui avait mis toute la Chine à feu et à sang, le trompa indignement, et lui dit : tournez à gauche ! Hiang-yu erra dans les maréccages, et perdit un temps considérable avant de retourner vers Test.
Parvenu enfin à Tong-tch^eng ^ jtft (2), il n'avait plus que vingt-huit cavaliers ; il se vit bientôt cerné par les hommes de Koan-yn; s'adressant à ses compagnons, il leur dit: il y a huit ans que je suis partienguerre; j'ai livré plus de soixante-dix batailles; quiconque m'a résisté a été abattu, jusqu'ici j'ai été invincible ; je n'ai tourné le dos devant personne ; ainsi j'étais devenu le maître de l'empire; maintenant, me voici dans une affreuse impasse: le ciel veut ma perte; ce n'est pas une défaite qui m'a mis dans cet embarras. Aujourd'hui, il faut mourir; c'est dans l'enivrement du combat que je veux finir ma vie, sous vos yeux, messieurs; je veux encore remporter trois victoires, rompre les cercles de fer qui nous entourent, tuer le général envoyé pour me prendre, déchirer d'un coup de glaive ce drapeau élevé en face de nous ; je veux vous prouver, messieurs, que c'est le ciel qui veut ma perte, et non mon génie qui m'abandonne.
L'endroit de ce combat homérique est au pied de la montagne
(1) Yn-ling= était à 601i nord-ouest de Ting-yuen bien £ i& JRf qui est à 90 li au sud de sa préfecture Fong-yang fou Mt ^ Jn [Ngan-hoei] (p. Fa. vol. 6, p. 23).
(2) Tong-tch*eng= était à 50 li sud-est de la même ville Ting-yuen bien (p Fa., vol. 6, p. 28)— (g. Fa., vol. 21, p. 12).
Se-koei-chan B 9| |Il (1) ; Hiang-yu divisa ses compagnons en quatre groupes, afin de cacher sa présence ; il les fit marcher en même temps sur Tennemi. Allons couper la tête à ce général inutile ! En avant ! Et il poussa ce cri avec une telle furie que les premières bandes ennemies se dispersèrent un moment. Hiangnyu profita du trouble pour couper la tête au général. Un autre officier se mit à sa poursuite ; Hiang-yu le maudit avec une telle fureur, que chevaux et hommes s^enfuirent à plusieurs li de distance.
Les compagnons de Hiang-yu ne formaient plus que trois groupes ; les gens de P^ei-kong se divisèrent de même en trois compagnies, ignorant où se trouvait Hiang-yu; celui-ci les chargea, comme un tigre attaque un troupeau de moutons ; il tua une centaine d'hommes, et coupa encore la tête à un petit chef; il parvint ainsi à sortir de l'enceinte où il était cerné. Quand il eut rassemblé ses compagnons^ il se trouva n'en avoir perdu que deux. Hé bien! leur dit-il, n'ai-je pas tenu ma promesse? Eux se jetèrent à ses genoux en s'écriant: oui, votre Majesté a tenu sa parole !
Hiang-yu pensait d'abord traverser un bras du Yang-tse-kiang, nommé Ou-kiang\|^ {£ (2); le garde champêtre le pressait même de monter au plus vite sur sa barque: le paye à Test du fleuve, lui disait-il, n*a guère que mille li d'étendue ; mais sa population est nombreuse ; votre Majesté y aura encore un royaume respectable ; hâtons-nous donc de traverser ce fleuve ! Ma barque est la seule en ce moment; les gens de P*ei-kong ne pourront vous poursuivre !
Hiang-yu s'était ravisé, et souriait de ce conseil donné à un aigle par une colombe : le ciel veut ma perte^ répondit-il stoïquement; pourquoi traverserais-] e ce fleuve? Il n'y a que quelques années, je sortais de ce pays, suivi d'une brillante jeunesse de huit mille hommes; il n'en reste pas un seul; quand même leurs pères et leurs frères exerceraient la miséricorde envers mqi, de quel front oserais-je paraître devant eux ! Quand même ils ne proféreraient pas une seule plainte, une honte inexprimable rongerait toujours mon cœur ! Je connais votre probité, je veux la récompenser; voici mon coursier; je n'ai pas le courage de le tuer ; prenez-le ; il n'a pas son pareil ; il peut faire mille li en une journée !
(1) La montagne Se*koei=e8t à 70 li au nord de Hono-toheou ^ ' yT\ [Nganhoeî] (g. Fa., vol. 29, p. 30).
(2) Ou-kiang=ce bras du Yang-tse-kiang se trouvait à 4 li environ au sud de l'ancienne sous-préfecture de ce môme nom ; celle-ci était à 40 li nord-est de Houo-tcheou. La grande géographie vol. 20, p. 29, dit qu'on a bâti un kiosque, juste à l'endroit où Hiang-yu s'est suicidé, pour en perpétuer le souvenir (p. Fa., vol. 6, p. 36) — (g. vol. 29, p. 31).
Ayant ainsi parlé, Hiang-yu ordonna à ses oompagnons dé mettre pied à terre, et de faire face aux gens de P^ei-kong qui le cernaient de nouveau ; ils en tuèrent encore plusieurs centaines ; mais cette fois Hiang-yu perdait son sang par plus de dix blessures. Apercevant Liu Ma-tong S J9§ Iti i^ ^^^ cria: n'étes-^voufl pas un de mes anciens officiers? Oelui*ci détournait la tête, pour cacher sa honte, et disait au générait Wang-i £ JR: le voilai c'est le roi Hiang*yu lui-même ! Ce dernier reprit : j'ai oui dire que P^ei-kong a mis ma tête à prix; mille livres d'or, et un fief de dix-mille familles, à qui la lui rapportera; je vais vous récompenser des services que vous m'avez autrefois rendus 1 Bur ce, il se coupa la gorge.
Les gens de P^ei-kong se disputèrent le cadavre ; il y eut encore là quelques disaines de morts, chacun voulant recevoir 1« récompense ; de fait, elle fut partagée entre les généraux, qui devinrent de grands richards et de grands seigneurs (1).
Hiang-yu avait été reconnu officiellement duo de Lou if^^ par le roi Hôai «H, comme nous l'avons dit; il fut donc enterré avec les honneurs dûs à ce titre, dans un fief de ce duché, près de la ville de Kou*tch^eng jit :Hl (2); mais on ne sait plus au juste à quel endroit ; Le recueil intitulé Ta-ts'ing-i-t^ong*tche :^ SI "^ ft ïfe' vol, 142, p. 8, donne trois versions, et se décide pour celle qui place le tombeau au nord-est de la ville«
Hiang-yu n'eut pas une gloire durable ; il brilla un instant d'un vif éclat, pour rentrer aussitôt dans la nuit. Parti de rien, il réussit en trois ans à abattre la dynastie Ts4n ^, devint le maître de toute la Chine, la partagea entre ses généraux, dont il fit des rois. Jamais pareille chose ne s'était vue jusqu'alors en Chine. Mais il ne sut conserver ce qu'il avait conquis ; guerrier violent^ impétueux, entiché de son génie militaire, il n'entendait rien à l'administration d'un pays ; après cinq ans de règne, il était usé.
P^ei-kong était moins fort pour la tactique ; mais il le surpas-
(1) Le fameux érudit Kou Yen-ou ^ j|j IK » dans son recueil intitulé Je-tohe-lou P tD iSf vol. 11, p. 11, fait la remarque suivante: en Chine, l'or avait cpnrs comme
monnaie, dès avant la dynastie Han @| y seigneurs, paysans l'employaient dans leurs transactions ordinaires; l'argent, au contraire, ne fut adopté, comme monnaie, qne sons la dynastie T'ang Jj (620-907), et surtout sous la dynastie Song ^ (900-1280). ta monnaie courante était la sapèque ; une livre valait dix-mille sapèques; le jade, les perles, le nacre, l'éoibille de tortue, l'argent, l'étain, servaient pour l'ornementation des menbles ou des ustensiles, nullement comme monnaie. L'argent n'avait pas grande valeur, puisque huit onces de ce métal ne se payaient que mille sapèques, le cuivre était donc bien plus apprécié que de nos jours,
(2) Kou-tch'eng=nous avons dit plus haut que c'est Tong-ngo hien J^ PQ jSf%i i 110 li nord-ouest de sa préfecture T*ai-ngan ion j\ 3t Jn [Ghan-tong] (p. Fa., vol 10, p. 14)— (g- Fa., vol. 33, p. 17).
tT9
sait de beaneonp pocr tout le resle. II se montra généreux après la Tictnire ééSmiÈàwm : il ^àmmiM WÊÊan^ son compagnon d'armes dereBV son riraî : contraîreineiit aux usages d'alors, il n'extermina pas la pazvmé de Hiaw-TC : il lui accorda de hautes faTeoTS.
Hiang-pe }^ £. onde de Hîang-jm^ devînt marquis de Cheyang-heoa ^ B ^ A ' Hiang-siang derint marquis de T^ao-heou tt f^ (^T et son fils Ché ^ fut plus tard ministre : Hiang-touo 3^ fl^ derint marqui s de P^îng-kiU'heon ^ 4^ IH (^ : un autre membre de la famille fut marquis de Hiuen-on ^ H^ : mais on ignore le Dom du titulaire et I^emplacement de ce fief.
P'^ei-koiig alla plus loin: il adopta la famille Hiang comme ses piDp re s pai en ts ^ et leur donna son nom Lieon ||. Cet esprit de c<iiialiatkm. de prudence, gagna le ciœiir du peuple. 0*est ainsi que P^ei-kong ae rît bîenlàt le maître unique de tout Tempire. et iEmda la dynastie Han ^. — Après des guerres si longues^ si sanglantes, chacun dénrait la paix ; on se donna Volonfiers à eelui qui Totdait et pourart la procurer.
(i) Chc-TVBg=c*est Cban-jang bien lu tm JK^ dMtàB hk -préUtcban è» Htm-ngtm, ioa S Je Inf [Kiang-*»: (p. Fa-, voL 4, p. ttf^i^. Fm^ tqL 22, p. S>.
(2) T'w-tcli'ei^^ était à 6d ii à l'est d« Wô-hoeî ixm^ tf, JQf « «n nord àa Yen-
Uân faifs it P^M [Hi>-Ban: (g. F»^ roL 49, p. 3P).
P9 P'iBg-kni-étAit i YD li end-est de Hc«i4[4D« <(>a f| JljQf [Ho-hbd (p. Fa., ToL 12, p. 25)---(g, F». voL «», p. 3).