‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 30 sur 33 · DES NOMS DE (FAMILLE (CHB JE · texte numérisé non relu

DES NOMS DE (FAMILLE (CHB JE

Le commentaire du livre des Rites [Li-ki jjB |E] donne les remarques suivantes : Les princes féodaux, qui avaient pour ministre un membre de leur famille [t*ong-sing j^ ^], lui accordaient, en récompense de ses mérites, un nom de famille (che Jg), comme par exemple : Kong-tse ^ ^ (fils du prince régnant); et à ses fils, celui de Kong-suen ^ ^, (petit-fils du prince régnant). Mais sa descendance ultérieure n'avait plus le droit dé marquer ainsi le lien qui la rattachait à la maison régnante.

En conséquence, les petits-fils et arrirère-petits-fils avaient recours à une combinaison pour former leur che J^; par exemple: 1® de leur père, ils adoptaient le prénom, soit le tse ^ (ou tchenghao jE SI), soit le hao ^ (ou t*ai-hao ^ iî$) (1). 2® ou bien ils adoptaient son nom posthume, c'est-à-dire son che |g; 3® ou bien encore le nom de la Tille dont il avait été gouverneur ; 4® ou bien le nom de la dignité dont il avait été honoré. 5® s'ils étaient

(1) Le tse=prénoin ordinaire, moins distingué, dont se servent les membres d'une famille envers l'un d'entre eux.

Le hao=prénom plus noble, employé par les étrangers.

expatriés, ils prenaient le nom de leur pays (1); 6* s'ils étaient les descendants d*un roi détrôné, ils prenaient le nom de la principauté anéantie (2).

Les fils de la femme légitime prenaient, à Tâge de cinquante ans, pour nom de famille celui de leur ordre de naissance : par exemple ; Mong-suen Jg îl (équivalent de tchong-suen fiji ïg), c'est-à-dire Taîné des petit-fils; Chou-suen A jR, le second des petits-fils ; Ki-suen ^ i^, le troisième des petits-fils ; noms que l'on trouve si souvent dans l'histoire du duché de* Lou H. *—

Les cadets [chou-tse ]jjÈ ^] ; ou fils de concubines, parvenus à l'âge de 20 ans, étant déclarés majeurs, et recevant le bonnet (chapeau) viril, prenaient pour nom de famille le prénom ordinaire qu'ils avaient reçu à leur adolescence ; par exemple : Tchan ^ ou Tsang ||K. —

Quant aux nobles, qui n'étaient pas de la famille régnante, ils prenaient, pour leur che J^» ^^ °^°^ ^^ ^^ dignité de leur père, ou de leur grand-père ; ou encore le nom de la ville dont il avait été gouverneur. O'est ainsi que l'on eut les familles Se-ma [ministre de la guerre ^ J^], 8e-tch*eng [gouverneur d'une Ville f9 j^; et encore les familles Han H, Tohao ^, Wei H, du nom de ces villes, dont les ancêtres avaient eu le gouvernement.

Pour prétendre à l'honneur d'un nom transmissible à la postérité, il fallait être ou ministre ou grand dignitaire [K'ing jigl], d'un mérite rare, d^une vertu exceptionnelle ; comme fut, par exemple, Chou-suen Tai-tch'en ^ ^ ^ S) ^^^ ^^ prince Ya :^, et petit-fils du prince Hoan Jj^ (années 662, 626, 604, annales du duché de Lou ^) (3).

Si un membre de la famille régnante s'était distingué au service du pays, alors, même de son vivant, son appellation honorifique passait à sa descendance, comme nom de famille (che J9^) ; ainsi, la postérité du prince Siang-tchong ^ fi^ reçut le nom de Tchong (i{i , c'est-à-dire fils, petit-fits, arrière-petit-fils... etc... du prince Tchong.

Si un membre de la famille régnante ne s'était pas distingué après sa mort seulement, on lui donnait un nom que sa descendance pouvait se transmettre. C'est ce qui arriva au prince Ou-hiai fl^ .[ft ; après sa mort il reçut le nom honorifique

(1) Ainsi, King-tohong jJK jifî originaire de Tch'en ^, s'étant enfui an pays dç Ts'i 5^9 y fut appelé Toh'en; quoique ce ne fût pas son aom de famille.

(2) Mais il ne faut pas conclure, comme il arrive parfois, que tous les noms actuels de famille, répondant à ceux de principautés anéanties, aient cette origine. Ce n'est que l'exception !

(3) Le frère de Siuen-kong Jg. W (608-591) avait aussi pour nom de famille Chou ^SL ) mais ici il ne s'agit pas de lui. Les annales de Lou parlent longuement des mérites de Tautre.

Tohan JH, porté d'abord par son grand-père Kong Tse-tchan ^ •^ JH, et le passa ainsi à sa postérité.

Quant aux princes qui ne s'étaient pas distingnés, quelquefois on ne leur donnait aucun nom honorifique, même après leur mort. Ainsi arriva-t-il pour les princes suivants: Hia ^ en 714, Yeou m^ en 701, et ni ^ en 691.

En 692, le frère-ainé de Tchoang-kong ^ ^, mais né d'une concubine, ne reçut pas le nom de Mong ;£ (frère aîné), comme il le devait; mais seulement celui de ^Tchong fijf (frère cadet); et sa descendance porta le nom de Tchong-suen fijf JR. Plus tard cependant, on revint sur cette décision, et ses descendants reçurent le nom de Mong-suen 3£ M (!)•

Donc, il y avait des règlements officiels pour ces détails, (des Rites, comme on disait); mais on nç les observait pas toujours, tant s'en faut! Dès lors qu'il s'agissait d'un favori du prince, ou d*un homme puissant, etc, on faisait volontiers des exceptions.

Faute de mérites personnels, on s'appela d'après le nom honorifique d'un ancêtre. D'autres fois les principes énoncés plus haut sont dits exagérés ; et ne sont pas admis par tous les commentaires. Naturellement, bien des détails de ces temps si reculés nous sont inconnus; et les textes, eussent-été autrefois très clairs, sont maintenant très obscurs pour nous.

Jusque vers l'an 715, ce genre d'honneur, qui consistait à attribuer ou à changer des noms, était encore assez rare. L'empereur seul, au reste, eut toujours le privilège d'accorder des noms de clan (sing ^) ; les vassaux n'eurent que le droit d'accorder des noms de famille (che J35).

Les noms de clan restaient toujours les mêmes ; ceux de. famille pouvaient changer après une ou deux générations, comme on l'a vu par ces nombreux exemples (2). La confusion entre les

(1) Les trois familles Moiig-8u*^n mL W? Chou-suen wL ^» et Ki-suen ^ ^ descendaient de Hoan-kong S ^ i elles furent très puissantes danb le duché de Ijou §j Confucius les appelle les trois (familles) Hoan [san-hoan ^ fiJ*

(2) Nouveaux exemples: Le prince Fou-kai ffe ^t après s'être ré volt© contre son

trère, le fameux Ho-liu PQ JK de Ou ^F^i et s'ôtre déclaré roi, s'enfuit au pays de

Tcb'ou ; il y reçut le gouvernement de T*ang-ki ^ ^f et prit le nom T'ang Ki-che ^

Le fameux ministre Ou Tse-siu QL "T W » originaire de Tch'ou, voyant que 1© royaume de Ou -^ courait à sa perte, confia son fijs à la cour de Ts'i ^ •> et lui do9aa le nom de Wang Suen-che 3E w JQ* "~"

La grande famille Fan Y&^ de Tsin W» descendait du fameux empej?eur Yfto et son nom de clan était Ki JHS î alors son nom de famille était Tao T'aug-che Rf S^ ; sous la dynastie Hia S j elle s'appela Yu Long-cbe '^ SI ^ î sous la dynastie Chang ^ ) elle s'appela Che Wei-che ^ ^ &\ sous la dynastie Tcbeou m§ % elle s'appela T'ang Tou-che JB ^ ££ î ayant été chargée du gouvernement de Fan JEi elle s'appela Fan-che f^ S^ î. plus tard, elle fut ei^core appelée Lieou-che SIJPç* l^^f elle garda toujours son nom de clan (Ki ïp}*

uns et les autres commence à la dynastie Han ^; c'est ainsi que son fondateur est mentionné par Se Ma-ts4en "^ JS S ^^^^ ^^ curieuse appelation Sing Lieou-ohe H 91 R^ ^^ ^^ ^î^S H ^^ '^ Ghe Jlg sont accolés au nom Lieou ; le nom de clan et celui de famille était le même.

On explique cette confusion dont nous parlons, en disant que la gloire des anciens clans avait bien pâli, à la suite des temps ; pour plusieurs même, elle était éteinte; à leur place, s'étaient élevées des familles nouvelles, plus riches, plus puissantes, plua célèbres; celles-ci ont éclipsé celles-là.

Les princes régnants n'avaient pas de nom de famille ; on les appelait par le nom de leur pays ; par exemple^ à Tannée 516,

on trouve cette mention: Tch^ou Tse-kiu 3BS *? JS^ ^^^ (^^0 ^^ Tch^ou. Les historiens ont de nombreux faits semblables.

Les fils des princes régnants n'avaient pas non plus de noms de famille ; on les appelait par leur nom propre (personnel)^ précédé du titre (prince) Kong-tse ^ ^.

Le peuple n'avait que son nom personnel.

C'était donc la spécialité, le privilège, des ministres et des grands seigneurs d'avoir un nom de famille.

Tant que les princesses demeuraient dans la maison paternelle, on les appelait du nom de leur ordre de naissance: Chou-koei ^ ^ rainée, Ki-koei $ |3 la cadette; etc..

Quand une princesse était mariée à un grand seigneur, on l'appelait par le nom de famille du mari, auquel on ajoutait son nom de clan à elle. Ainsi nous avons vu, dans cette histoire, la princesse Mi ^, mariée au seigneur Kiang ^, s'appeler (la dame) Kiang-mi Jt ^. —

Après leur mort, les princesses recevaient un nom posthume, auquel on ajoutait celui du clan paternel; ainsi, King-yng ^ j|[ signifiait: la princesse (défunte) King, du clan de Yng.

Nous avons dit plus haut que c'était une loi sacro-sainte, sous la dynastie Tcheou ^, de ne pas prendre femme dans son propre clan; on voulait conserver intacte et vigoureuse, la race des anciens «saints» qui avaient fondé et gouverné la Ohine. Ainsi Tchao-kong Q^ &^ ^^^ ^^ ^^^ @ (541-510), ayant épousé la sœur du roi Yu-mei j^ ^ (543-527), ce mariage fut absolunient réprouvé, quoique depuis mille ans les deux familles princières n'eussent plus eu de rapports entre elles; et pour cacher la provenance de la duchesse, on ne l'appela pas Lou Ki-che ^ ^ ^, ce qui eût été un crime; on l'appela Ou Mong-tse ^ "Si "fi comme si elle fût du clan Tse, qui régnait au pays de Song $U.-^

Voilà donc une brèche éclatante, faite aux «saintes lois» des anciens! Après l'avènement de la dynastie impériale Ts4n ^, ce fut bien pire encore! tout fut renversé! Même les descendants des anciens «saints» ne reçurent aucun fief; il n'y eut plus quç

d&s provinces et des gouverneurs; tout le monde fut égalisé, comme à la grande révolution française. La confusion des noms de clan et de famille fut un «fait accompli»; elle persévéra jusqu'à nos jours, et continuera sans doute.

Mais le désordre dans les traditions antiques datait de plus loin. Tant que la population fut peu nombreuse^ il fut assez facile de conserver les règlements établis si sagement; mais, avec le temps et l'augmentation incroyable de la population^ aVec l'agrandissement énorme des anciennes frontières, on ne eut bientôt plus à quel clan appartenait telle ou telle personne ; on ne connut plus que le nom de famille, que Tusage journalierempêchait d'oublier.

Ainsi, quand le fondateur de la dynastie impériale Han ^ monta sur le trône, personne ne sut de quel clan il descendait; on ignorait même le prénom (ou surnom) de son père ; le nom de clan de l'impératrice Ngo-hiang fjjj^ ||p] était aussi oublié ; il ne restait plus que le nom de famille Lieou. L'empeteur déclara donc que le nom de famille équivalait à celui de clan ; on plutôt, on ne fit plus de distinction.

Aussi est-il généralement admis, par les lettrés, que les généalogies des diverses familles ne sont pas authentiques; malgré le soin que Ton a mis à en écrire et conserver les registres [Kia-pou ^ If]. — L'origine des différents noms de famille est et reste donc incertaine, comme à peu près partout.

Nous n'avons presque rien dit d'une autre source de confusion, à savoir l'adoption, qui a toujours eu lieu en Chine, dans n'importe quelle famille ; même dans celle de Confucius ! même dans celle de l'empereur ! Que de fois celui-ci adopta ses favoris, leur donna son propre nom! Que de fois il les fit adopter par des familles illustres !

Enfin, quand on réfléchit aux guerres, aux révolutions, aux anéantissements successifs ou simultanés de tant de principautés, petites et grandes, qui donc osera se fier à un registre généalogique pivé? D'ailleurs, en est-il un seul qui puisse remonter à la plus haute antiquité? Les noms qui s'y trouvent ne sont pas non plus une preuve irréfutable. On sait comment se font ces registres : moyennant finance, n'importe «qui peut se faire inscrire comme membre d'une famille célèbre, et recevoir un exemplaire du registre généalogique. Ici, on est encore plus large que les Romains, qui avaient l'adoption légale.

Les livres classiques, malgré d'innombra]3les exemplaires, ont pu avec peine traverser les siècles; des ouvrages fameux, malgré de nombreuses copies, n'ont pu parvenir jusqu'à nous; quel registre privé osera se glorifier de n'avoir été, dans les temps les plus reculés, les plus troublés, ni falsifié, ni même embrouillé?

Chez le peuple hébreu, on faisait aussi grand cas des livres généalogiques, tous ont été embrouillés, excepté celui de la tribu

de Juda ; et cela, grâce à une providence spéciale ; Dieu voulant prouver la fidélité des promesses qu'il avait faites au sujet du Messie; ce but rempli, la providence spéciale cessa; et cette tribu, glorieuse entre toutes, disparut de l'histoire authentique, «ut non glorietur omnis caro». L'homme est poussière; même après avoir volé bien haut, cette poussière retombe, et se confond avec celle du sol. Il n'y a pas d'arbre qui pousse jusqu'au ciel !

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