PREMIERS TEMPS
Ses débuts sont légendaires ; nous rapporterons cependant ce qui en est écrit (*).
La maison royale de Tch'ou prétendait descendre de Tchoan-hiu jgg ï^. fils de Tch'angi g ,%, et petit-fils du premier empereur chinois, le fameux Hoang-ti ^ 'j^ ou l'Empereur jaune.
La généalogie serait ainsi qu'il suit: Tchoan-hiu, appelé aussi Kao-yang ^ ^ (1), eut un fils nommé Tch'eng ^; celui-ci fut père de Kiuen-tchang ^^, appelé encore Lao-tong ^ ^; qui eut deux fils^ Tchong-li 3! ^ ®* Ou-hoei ^ m.
Tchong-li fut grand-officier de l'empereur Ti-k'ou ^ ^ (appelé aussi Kâo-sin ]^ ^, du nom de sa principauté). Son emploi était «le soin du feu, houo-tcheng iHC lË^N ^^ disait aussi «nantcheng ^j JE», parce que le feu, la chaleur, la lumière, viennent du sud. Tchong-li était l'officier principal de la cour, comme le soleil est Tastre le plus important du ciel. Il paraît que notre dignitaire remplit parfaitement ses fonctions, et que l'empereur lui accorda le titre de tchou-yong JUJ ^, c'est-à-dire Esprit qui préside au feu, à l'été, au midi (2). Aucuns disent que tchou est mis pour ta ^j^, grand, et yong pour ming 0^, lumière; d'où le sens serait la grande lumière. D'autres prétendent que ce caractère, au lieu de tchou, doit être che ^, commencer; d'où le sens serait, il commence à briller, à se distinguer !
Lors de la révolte de Kong-kong ^ X? l'empereur Ti-k'ou envoya Tchong-li la réprimer; il ne put y parvenir; c'est pourquoi il fut mis à mort, le jour appelé Keng-yn j^ H ; son office avec son titre passa à son frère Ou-hoei.
Celui-ci eut pour fils Lou-tchong j^^ qui eut six fils, dont la naissance fut grandement laborieuse; voici leurs noms: K'oenou SL ^^ Ts'an-hou ^ |g, P'ong-tsou ^ jj|, Koei-jen ^ A,
(♦) Voyez le recueil de Se-ma ts'ieii pj ^ jS' c'est-à-dire le Che-ki 5Ê pQ? chap. 40, Histoire de Tch'ou ; et encore le Tong-kien kang-mou JS iS Xn @ » Ts*ien-pien "flf jH? vol. 1, p. 24.
(1) Ce nom de Kao-yang avait été donné à Tcboan-Hiu Ti cause de sa capitale et de sa principauté, qui s'appelaient ainsi ; la ville était à 25 li à l'ouest de K'ai-fong fou W S Jfif [Ho-nan] . (Petite géogr., vol. 12, p. 3).
(2) Voj-ez, Couvreur, p. 833.
Tsao-sing !§ ^, Ki-lien Ç jjt, nommc^ Mi jp l'ancêtre de la
famille royale de Tch'ou.
Ki-lien eut pour iils Fou-lsiu (tB" JB.; rclui-ci eut un fils nommé Hiué-hiong ^ fj^ (l'ours do la caverne), dont les descendants ne se sont illustrés en rien, et sont n»stés dans Toubli; ils habitaient, soit les pays chinois, soit les pays sauvages. Fou-tsiu eut sans doute d'autres enfants plus remarquables: car, en 1130 avant jésus-Christ, nous voyons un descendant de Ki-lien, nommé Yu-hiong ^ ]^, se distinguer au service de l'empereur Tcheou Wen-wang J^| ^ J: malheureusement, il mourut jeune. Son fils Hiong-li ]^ ]g eut pour fils Hiong-koang ]|| ^; et un petit-fils Hiong-i '& |^, qui vécut sous Tcheou-tch'eng-wang Jf3 A5c ï (1115-1078). Cet empereur, voulant récompenser tous les officiers (jui avaient bien mérité sous Tcheou Ou-wang ^ ^ ^ et Tcheou Wen-wang JS] ;i ï- leur fit une distribution de fiefs. Hiong-i reçut le titre de Tse ^ (vicomte) avec le fief de King-man ^ g, d'une étendue proportionnée à son rang, c'est-à-dire de cinquante li en carré. Sa résidence était Tan-yang
S'il faut en croire les historiens, c'est à partir de cet empereur Tch'eng-wang que commença le fonctionnement régulier et parfait de la dynastie Tcheou ^ . Il y avait alors parmi les vassaux treize grands états ; leurs princes portaient un des cinq titres en usage h cette époque; à savoir: Kong ^ (duc), heou ^ (marquis), pé fjQ (comte), tse ^ (vicomte), nan ^ (baron). Les petites principautés se comptaient par milliers. Il paraît que, malgré leur nombre, tous ces princes étaient de vrais modèles de vertu: très soumis, très fidèles envers l'empereur; très bons, très paternels envers leurs sujets : c'était l'âge d'or de la Chine !
Après Hiong-i se succédèrent de père en fils lliong-ngai ^ 3t (1078-1053) (2), Hiong-ta ^|H (1052-2002), Hiong-cheng ]^ j§ (1002-946) ; mais nous n'avons pas de détails sur leur compte.
A Hiong-cheng succéda son frère Hiong-yang ]|6 ^ (946-887). Celui-ci eut pour fils Hiong-kiu ^ |g (889-877), qui eut trois fils.
C'était l'époque de la décadence pour la maison impériale de Tcheou ^. Sous le règne de I-wang ^^ (874-878), les princes vassaux, jusque là si soumis, ne se préoccupaient plus de l'empereur; ils se révoltaient même ouvertement, et se faisaient la guerre entre eux.
Quant à Hiong-kiu ^ ^, il gouverna son pays entre le Yang-tse-kiang ^ -^ flC et le fleuve Han ^ ; il sut lui procurer une grande paix, une sage administration ; chaque jour il devenait
(1) Tan-yang=Nou8 avons dit plus haut que cette ville étaii à 7 li sud-est de Koei-tcheou If ift|» à 305 li à l'ouest de I-tch*ang fou 5Ë j^ jjj [Hou-pé].
(2) Hiong-ngai (ou Hiong-i) = est encore appelé Hiong-wen J§ 5C par quelques auteurs.
plus fort. C'est ainsi qu'en peu de temps il fut assez puissant pour lever une armée et attaquer la petite principauté de Yong J^ (1), qui, habitée par des sauvages (Man ^), se soumit au vainqueur.
Fier de ce premier succès, Hiong-kiu conduisit son armée contre le pays de Yang-yué ;^ !^, et s'avança victorieux jusqu'à Ngo §15 (2). C'était en 887. «Je suis un sauvage (Man-i ^ |^), disait-il, je ne veux aucun de ces noms, aucun de ces titres que les chinois donnent aux vivants et aux morts». Sur ce, de sa propre autorité, il établit son fils aîné, K'ang J^, roi de Kiu-tan ^ J ; le second, Hong ^, roi de Ngo ^; le troisième, Tchetché 4 iifiÉ, roi de Yué-tchang j^ ^ (3).
Sous le tyrannique empereur Tcheou Li-wang Ml J^ J (878- 841), Hiong-kiu commença à craindre pour ses récentes conquêtes ; il renonça bien vite à son titre de roi, et ordonna à ses fils d'en faire autant; il fallait enlever à l'empereur tout prétexte d'invasion. L'aîné dut désormais se contenter du nom de Hiong-ouk'ang ]|ê U J^ ; bientôt il mourut sans postérité. Hiong-kiu donna la succession à son second fils, Hong, mais le troisième en fut jaloux ; il tua son frère et s'empara de la couronne sous le titre de Hiong-yen ^ JE (876-848). Son fils aîné lui succéda; il s'appelait Hiong-yong ^fB ^ ; il mourut au bout de dix ans (847-837). Le second, nommé Hiong-yen ^j^, prit la succession, mais il ne régna que dix ans (837-827). Il eut quatre fils; le premier s'appelait Pé-choang f|^ ^*, le 2^^^® Tchong-siué fljf ^, le 3ème Chou-k'an ^ j^, le 4ème Ki-siun ^ fgj. C'était sous l'empereur Siuen-wang g J .
(1) La capitale Chang-yong tch'eug Jl /^ J^ se trouvait à dO li à l'est de Tchou-chan bien 'tir [Ij M^ à 380 li sud-ouest de Yuii-yaiig fou MS ^ flï [Hou-pé] . C'est dans cette contrée que se trouvait la forteresse Fang-t'clieng "ff j^ dont nous avons parlé précédemment. — La Grande géographie, vol. 79, p. 35, donne un résumé de toutes les guerres qui ont été faites pour prendre ce pays si important. (Petite géogr., vol. 21, pp. 33 et suiv.)
(2) Ngo était à 20 li sud-ouest de Ou-tch'ang fou jR^ jq /jj [Hou-pé] . Les limites géographiques de ce pays de Yang-yué ne nous sont pas connues ; il devait être situé entre la préfecture de Yun-yang fou et le sud de celle de Ou-tchang fou.
Il y a encore une autre ville de Ngo ; mais il semble peu probable que Hiong-kiu se soit aventuré si loin de son pays. — (Grande géogr., vol. 76, p. 7) — (Petite géogr., vol. 21, p. 3; vol. 12, p. 41).
(3) On ne peut pas identifier Yué-tchang. Le commentaire dit seulement que c'était sur le cours supérieur du Fleuve bleu (Yang-tse kiang). — Se-ma-ts*ien ajoute que c'était dans la région des sauvages (Man-i). Tout cela est bien vague.
Quant à Kiu-tan, c'était au nord de King-toheou fou ^ yt\ ^. (Petite géogr., vol. 21, p. 20).-— (Grande géogr., vol. 78, p. 5).
Le second fils de Hiong-kiu est encore appelé par les auteurs Tche-hong ^ ^fî et le troisième est aussi nommé Yen 5Si • — (Li-tai t*ong-ki-piao ^ ^ ^^ fE vol. 2, p. 22).
Hiong-yen étant mort, l'aîné, Pé-choang, lui succéda; mais en 821 il mourait sans postérité. Aussitôt la division se mit parmi les frères ; chacun prétendait à la couronne ; le second ne tarda pas à mourir; le troisième s'enfuit (1); ce fut le quatrièmo qui prit la succession, avec le nom de Hiong-siun ^;fê) ; il régna jusqu'en l'année 800. Son fils et successeur fut Iliong-ngo ^ ^ (800-791).
A celui-ci succéda son fils Hiong-i fjè ^, qui prit le nom de Jo-ngao Hiong-i ^ fJC ^ fit (791-764). Son fils et successeur fut Siao-ngao Hiong-k'an ^ ^ ^ ^ (764-758). Après celui-ci régna son fils Fen-mao Hiong-hiu J^ § ^ B^, (758-741). A sa mort, la succession revenait de droit à son fils aîné ; mais il fut massacré par son oncle Hiong-t'ong ^ jj qui s'empara de la couronne sous le nom de Tch'ou Ou-wang ^ |S; I (741-690); c'est le premier roi des temps vraiment historiques.
(1) Il s'enfuit au pays de Pou f^i appelé encore Pé-Pou R (H (les cent pays de Pou). Le Kiang-yu-piao, vol. 1, p. 23, dit que c'était le territoire actuel de Tchangté fou fli JS /lî et de Tch'en-tcheou j^ 711 [Hou-nanJ ; mais, de fait, on n'en est pas bien sûr; car les auteurs ne sont pas d'accord sur cette question.