TOU-NGAO
Après la mort de Wen-wang, son fils Tou-ngao lui succéda; mais il eut à peine le temps de prendre possession du trône. Sema-ts'ien lui donne le nom posthume de Tchoang-ngao ^ gc î d'après lui, ce prince redoutait son frère Hiong-hoei || t$, et voulait l'assassiner; celui-ci s'enfuit au pays de Soei ||, où il fut bien reçu. On lui donna une armée, à la tête de laquelle il revint, s'empara de la capitale de Tçh'ou, tua son frère, et prit son trône. (Tong-k'ien kang-mou, vol. 14, p. 5). (8e-ma-ts'ien, chap, 40, p. 5).
(1) Son nom de prince était Hiong-kien ]^ |K*
TCH'ENG-WANG (672-636) (i)
Après le meurtre dont nous venons de parler, le nouveau roi comprit qu'il fallait avant tout en atténuer la fâcheuse impression produite parmi le peuple; en homme habile, son premier soin fut de regagner les cœurs de tout le monde; il montra une grande bienveillance; distribua force cadeaux, force faveurs; renouvela les traités de paix et d'amitié avec les autres vassaux; envoya môme une ambassade à l'empereur, pour lui offrir ses hommages avec de magnifiques présents. Oelui-ci en fut d'autant plus flatté que depuis plusieurs générations les princes de Tch'ou l'avaient parfaitement dédaigné, pour ne rien dire de plus; il considéra les avances de Tch'eng-wang comme une réparation d'honneur; il passa J'éponge sur les anciens méfaits, comme sur le meurtre et l'usurpation ; il voulut même donner au nouveau prince une marque spéciale de bienveillance; il lui envoya une partie des viandes offertes en sacrifice aux Esprits; il y joignit le billet amical suivant : Soumettez et tenez en respect toutes les tribus sauvages de vos pays méridionaux, afin que les barbares Y-yué ^ j^ ne créent pas de troubles, ne fassent pas d'invasion sur les contrées chinoises.
A cette époque, le pays de Tch'ou avait déjà une étendue de mille li en carré, il songeait cependant à s'agrandir encore, aux dépens de ses voisins plus faibjes. Le roi chercha d'abord à nouer des relations amicales avec les états puissants les plus éloignés, afin de les empêcher de former une coalition quand il entreprendrait de nouvelles conquêtes.
C'est ainsi qu*en 671 il envoya une légation saluer le duo de Lou ^ (2), et lui demander son amitié. C'est pour la première fois que Confucius mentionne un tel acte de politesse à l'égard de son maître, ce modèle des princes ; et dans toute sa chronique il ne relate que trois faits de ce genre ; ce qui prouve que les rois
(1) Le recueil Che-ki JÇ, pQ ? chap. 40, p. 6, 4onne Iq, aigni^cation de pe nom postjmme Tch^epg; o'est-à-dire :• prince «qui donne à son peuple la paix et une bonne adminigtration» ; nous dirions en deu:^ njots : prince accompli. $ ^ 5)Ç IçC ^*
(2) Les pripces de I^QU n'avftient, eu droit, que le titre de marquis ; mais l'un d'eux p.yant été honoré du titre de duc, ses successeurs s'arrogèrent la môn^e appellation, quand ils n'allaient pas jusqu'à prendre celle de rois.
Donc, dans cette histoire et les autres, nous leur donnerons indifféremment l'un de ces titres.
de Tch'ou ne tenaient guère à TafTection de ces lettrés aux fines manières ; et que l'intérêt seul était le mobile de ces relations.
Du reste, Confucius, tout en relatant Tambassade, laisse apercevoir le dédain du lettré envers ces sauvages : «des gens de Tch'ou viennent nous saluer» ; voilà comme il s'exprime ; il ne dit pas «le prince, ou le vicomte», comme le veut la coutume dans les rapports officiels.
Les commentaires, voulant expliquer cette expression, disent que sans doute les gens de l'ambassade ont dû se conduire avec gaucherie, étant peu au fait de ces rites solennels des réceptions chinoises. C'est possible ; mais il n'est pas nécessaire de chercher si loin une telle explication ; le mépris envers les étrangers suffît bien ; après de longs siècles, nous le voyons de nos jours aussi vif qu'autrefois; les ministres, les ambassadeurs se rendant à Pékin ne sont-ils pas toujours censés apporter le «tribut» au «fils du ciel», même quand ils viennent lui imposer un traité de paix ou de commerce !
Il est assez curieux d'observer comment le fier et méticuleux Confucius gradue peu à peu ses appellations à l'égard de ces sauvages dont il est obligé de parler: c'est d'abord simplement «King ^j,» le pays barbare; puis «les gens de King;» puis «Tch'ou;» puis «les gens de Tch'ou;» «le vicomte de Tch'ou;» il a grand soin d'écarter le nom de «roi» que s'attribue ce sauvage, malgré le refus obstiné de l'empereur ; ce serait une impiété ! Les historiens suivent l'exemple de ce docteur et maître universel.
En 666, les historiens parlent de nouveau des guerres de Tch'ou; jusque-là, Tch'eng-wang s'est tenu tranquille. En homme intelligent, il s'est appliqué à consolider son autorité ; il a gagné son peuple, l'a rendu riche et puissant, capable d'entreprendre de grandes choses.
«En automne, les gens de King font la guerre au pays de Tcheng ^ ; le duc de Lou avec les princes de Ts'i ^ et de Song 5|ç lui portent secours.» Telle sont les paroles de Confucius. Tsouo-k'ieou-ming nous donne les détails suivants (1) :
Tse-yuen ^ 7^, premier-ministre de Tch'ou, et frère du roi Wen-wang, cherchait à séduire la reine douairière, la fameuse Si-Koei ,§, Jg dont nous avons parlé. Dans ce but, il s'était bâti un palais tout à côté de celui de la princesse ; là il faisait exécuter de la musique et des jeux; la reine, ayant entendu tout ce tapage, se mit à pleurer en disant: le roi défunt employait ces pantomimes et ces chants pour s'exciter à la guerre; maintenant le premier-ministre s'en sert pour tourmenter une veuve désolée ; la différence n'est-elle pas bien grande entre les deux frères !
Tsouo-tchoan ^ W' vol. 7, p. 8.
Un des officiers de la reine rapporta ces paroles au premier-ministre ; celui-ci répondit : voilà bien cette femme ! elle ne pense qu'à se venger de son ennemi! Moi, je ne songeais pas à sa haine ! Aussitôt, pour gagner le cœur de la «chaste veuve», il équipa une armée de six cents chariots, c'est-à-dire quarante-cinq mille hommes, et se mit en campagne contre la principauté de Tcheng ^ ; celle-ci ne s'y attendait point ; aussi le premier-ministre parvint-il, sans résistance, jusqu'au passage Kié-tié jj^ j0^ (1), qui commandait la porte méridionale de la capitale ; lui-même était à l'avant-garde, avec les généraux Teou-yu-kiang R ^ ®, Teou-ou ^ |g- et Keng-tse-pou-pi J^ ^ ^ J:t, ayant chacun un grand étendard de diverses couleurs (2). Les généraux Teou-pan ^ ]^, Wang-suen-yeou ï ^ JÎJ et Wang-suen-hi 3E ^ § étaient à l'arrière-garde ; tous les chariots pénétrèrent dans le faubourg, par la porte appelée Choen-men i^ P^, et parvinrent au pied de la forteresse. Le premier-ministre croyait y entrer sans coup férir; mais le pontlevis ne s'abaissa point devant lui. Il fallait donc préparer un assaut en règle. Les habitants semblaient d'ailleurs très calmes sur leurs remparts ; quelques-uns même vinrent converser en langage de Tch*ou (3). Le premier-ministre fut très impressionné par cette apparence de tranquillité ; il tint conseil avec ses collègues: les gens de Tcheng, leur dit-il, sont prêts à la résistance, et nous ne sonimes pas prêts pour l'attaque. Son hésitation lui fit perdre un temps précieux ; il apprit bientôt que les armées de Ts'i ^ et de Song ^ arrivaient en toute hâte, et n'étaient plus guère loin ; craignant d'être cerné par elles, il donna Tordre de la retraite, et déguerpit pendant la nuit. Cependant, les gens de Tcheng n'étaient pas si rassurés qu'ils le paraissaient; ils étaient même sur le point de s'enfuir à Tong- K'ieou fl3 £ (4), quand un de leurs espions les en dissuada: j'ai vu des corbeaux sur les tentes, leur dit-il; ainsi, certainement, les troupes de Tch*ou se sont retirées. De fait, le premier-ministre avait repris le chemin de sa capitale.
(1) Un chariot de guerre était monté par trois hommes, et entouré de 72 fantassins. (Tou-ling, vol. 13, p. 2). Les noms des portes de cette capitale se trouvent dans la grande géographie, vol. 47, p. 31.
(2) Le nom de ces étendards était Pei JnS 5 la bordure était ornée de festons en forme de queues d'hirondelle. (Couvreur, page 605).
(3) Quelle était la langue de Tch'ou? Il nous en reste quelques noms propres dans les chroniques Tsouo-tchoan ; nous aurons occasion de les mentionner au cours de ce travail; ils sonnent d'une manière curieuse, et n'ont rien de commun avec les noms chinois.
(4) Tong-k4eou= était à 20 li à l'ouest de Fou-keouhien ^ W S^o qui est a 120 li nord-ouest de la préfecture Tch'en-tcheou fou ^ yi] f^ [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 57)(g. Fa., vol. 47, p. 43)— (Histoire du Ho-nan M $ !( iê vol. 21, p. 9).
En 664, l'historien finit son récit de la manière suivante. Revenu de sa honteuse expédition, Tse-yuen s'établit dans le palais même de la reine douairière; c'était un grand scandale. Teou-lien f^ ||, l'officier que nous connaissons déjà, lui fît des remontrances; pour récompense, il fut mis aux fers; mais en automne de cette même année, Teou-pan ^ |li, parent du prisonnier, assassina Tse-yuen qui subit ainsi la peine de son inconduite.
Son successeur fut Tse-wen ^ ^Jf, fameux parmi les ministres de Tch^ou. Il était de la grande famille Teou pj, et s'appelait Neou-yu-t'ou |S ^ ^ î *^ sacrifîa les intérêts de sa parenté au bien public du royaume, contrairement à ce que faisaient les gens de sa condition ; il voulut ainsi payer d'exemple, afîn d'exciter le dévouement des autres. Sous sa direction, et sous le gouvernement d'un prince tel que Tch'engwang, le pays de Tch^ou s'éleva à une grande puissance (1).
En 659, Confucius écrit: les gens de Tch*ou font la guerre à la principauté de Tcheng g]?. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, c'est pour la première fois qu'il appelle ce pays du nom qui lui était donné depuis longtemps par tout le monde ; il le fait bien à regret, sans doute ; c'est pourtant une constatation du fait accompli ; une preuve de l'importance acquise par ces sauvages, en dépit et aux dépens de ses voisins les fiers Chinois.
La raison de cette expédition, c'est que cette principauté s'était mise à la remorque du prince de Ts'i ^, un des plus puissants parmi les vassaux. Que de fois nous aurons à raconter les rivalités de ce pays avec celui de Tch'ou ! pour le moment, c'est un simple prélude ; et déjà nous voyons un essai de coalition des états chinois contre ce sauvage envahisseur: les princes de Lou
(1) Légende sur Tse-wen, et son nom : En langage de Tch'oii, neou ^J signifiait allaiter, Yu-t*QU jK 56 signifiait tigre; neou yu-t'ou voulait donc dire : allaité par un tigre; pourquoi ce nom, ou ce sobriquet? Voici l'explication :
Jo-ngao >Q Sx» prince de Tch'ou (791-764), marié à une princesse de Yun jKP [Té-ngan fou ^ ">? fff [Hou-pé] , en avait eu un fils, appelé Teou-pé-pi R ÎH Jt (Voyez à l'année 706). Celui-ci, après la mort de son père, suivit sa mère au pays de Yun ; là il eut de mauvaises relations avec une princesse de la cour ; Tse-wen 'X 31v fut le fruit de cette union clandestine ; mais la grand'mère ordonna de jeter ce bâtard dans les marécages de Yun-mong ^ W^ [l'endroit exact serait le village actuel Yut'ou-hiang J5l^ ^ ||S ^ 50 li au sud* de Yun-mong bien S ^ JH ) préfecture de Té. ngan fou]; une tigresse allaita l'enfant, au lieu de le dévorer; le fait fut constaté par le prince de Yun-lui-mêmej dans une de ses chasses ; émue de ce prodige, la grand'mère envoya des hommes rapporter à la maison cet enfant mystérieux ; elle permit aussi à Teou-pé-pi de prendre pour femme légitime la princesse qu'il avait séduite. A partir de Tse-wen, la famille Teou commença à donner des premiers-ministres au royaume de
Tch*ou.
(p. Fa., vol. 21, p. 16).— (g. Fa., vol. 77, pp. 27 et 29).
^, de Ts'i 5^, de Song 5|?, de Tcheng jjR, de Tsao 1g et les délé. gués de Tchoq ^\\ tinrent une assemblée à Tch'eng jj:||, dans \§ pays de Song (1) ; ils y firent une convention, s'engageant à lutter ensemble contre l'ennemi commun. Oonfucius n'en parle pas; les commentaires supposent qu'elle ne lui fut pas officiellement communiquée ; c'est possible, mais ce qui suit est plus curieux; il omet un détail qui humiliait son orgueil.
En 658, en hiver, écrit-il, les gens de Teh^ou pénètrent dans la ville de Tcheng @i ; il ne dit pas que le prince Tan Qf| fut fait prisonnier par le général Teou-tchang ^ ^ ; il ne devait cependant pas Tignorer; c'est Tsouo-k'ieou^ming qui répare cette omission. Mais on ne voit pas que les amis du captif aient rien fait pour le tirer d'embarras.
En 657, les gens de Tch'ou reviennent à la charge contre la principauté de Tcheng, dit Oonfucius. Tsouo-k*ieou-ming ajoute que le comte Tp,n voulait faire un traité de soumission et de paix ; mais le grand-officier K'ong-chou JL iK s'y opposa en disant : Le prince de Ts4 vient d'exercer envers nous un grand acte de miséricorde ; oublier un bienfait reçu est indigne d'un homme d'honneur. Sur ce, les princes de Ts4 ^ et de Song 5fî, avec les déléguée des petits états de Kiang f£ et de Hoang ^ (2), eurent une réunion à Yang-keou ^ ^ (3), ville de Ts4; elle fut toute pacifique, sans grand appareil guerrier, sans grande solennité ; on y rechercha les moyens d'arrêter les progrès de Tch'ou, dont la puissance effrayait déjà tous les voisins.
En 656, à la 1^^® lune, les princes de Lou ^, de Ts*i ^, de Song 5|c, de Tch^en ^, de Wei ^, de Tcheng %, de Hiu ^ et de Tsao "^ tenaient une assemblée, à la suite de laquelle ils envahirent l'état de Ts*ai 3^ allié de Toh*ou. Les habitants s'étant dispersés, les troupes coalisées se dirigèrent vers le royaume de Tch-ou. Tch'eng-wang députa un grand-officier vers le chef de l'expédition, le fameux Ts'i-hoan-kong ^i^^ (694-642). L'envoyé parla en ces termes : «Votre Majesté réside le long de la mer septentrionale, tandis que mon chétif maître demeure au bord de la mer méridionale ; nous sommes donc bien séparés, et n'avons aucune relation ; cqmme les chevaux et les bœufs vont
(1) Lo ^ ou Tch'eng |^ = Cette vijle put ces deux noms ; elle était au nordouest de Tch'en-tcheou fou ffi Jt! /JÏ [Ho-nfin]. (p. Fa., vol. 12, p. 55) — (g. l'a., vol. 47, p. 35).
(2) jK'm»^= Sa capitale se trouvait au sud-est de Tcheng-yang bien j£ ^ j||,
dans la préfecture de Jou-ning fou ifC ^ M [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 50).
Z^oaw^= Sa capitale était à 12 li à l'ouest de Koang-tcheou ]36 /H [Ho-nan]. (Voyez à l'année 675).
(3) Yang-keou = était à 50 li au nord de Yang-keou bien |^ ^ JH) dans la préfecture de Yen-tcheou fou ^ jtj iJf [Chan-tong] . (p. Fa., vol. 10, p, 10).-^(g. Fn-, vol. 33, p. 21).
chacun leur chemin, selon le proverbe». Koan-tchong ^ fi^, le grand-ministre et fidèle coopérateur de Hoan-kong répondit par une fine chinoiserie: «Autrefois, dit-il, Chao-k*ang-kong ^^^ mandait à notre ancêtre Kiang-t'ai-kong H >k S (vers 1122): les cinq titulaires des dignités impériales (duc ^, marquis -j^, comte f||, vicomte ^^ baron JJ) et les neuf chefs des provinces vous seront soumis, et seront gouvernés par vous ; de cette manière, ils seront les appuis de la maison impériale Tcheou ^. C'est Chao-k'ang-kong qui accorda ainsi à nos ancêtres les territoires de l'est jusqu'à la mer, ceux de l'ouest jusqu'au fleuve jaune, ceux du sud jusqu'au défilé Mou-ling ^ J^ (1), ceux du nord jusqu'au fleuve Ou-ti ^ ^ (2). Vos princes devaient offrir en tribut les paquets d'herbes sèches nécessaires pour les sacrifices ; ils ne l'ont pas fait ; ainsi l'empereur ne pouvait clarifier le vin des offrandes (Couvreur, p. .52). Voilà un premier grief dont nous sommes venus demander raison. De plus, l'empereur Tchao-wang HH I (1052-1001) étant allé inspecter les pays méridionaux, n'en est plus revenu ; moi, homme de nulle valeur, j'ose vous demander ce qu'il est devenu? voilà notre second grief». L'envoyé de Tch'ou ne se déconcerta point ; il répondit respectueusement : «Que nous n'ayons pas apporté le tribut imposé, c'est bien la faute de notre prince ; désormais nous le fournirons ; si l'empereur Tchao-wang n'est pas revenu, informezvous de cela auprès des riverains du fleuve Han ;^, où il a fait naufrage ; car en ce temps ce pays ne nous appartenait pas.» (3)
L'envoyé de Tch*ou n'ayant pas reconnu cette accusation, les armées alliées s'avancèrent jusqu'à la montagne de Hing fg (4), dans le pays de Tch'ou ; ayant occupé cette position importante, elles y établirent un camp retranché^ afin de laisser à Tch'eng-wang le temps de réfléchir et de faire sa soumission. Celui-ci envoya le général Kiu-wan ^ ^ comme ambassadeur, avec l'ordre d'examiner l'état des forces ennemies, et d'agir en conséquence.
(1) Mou-ling=est un fameux défilé, à 105 li sud-est de Lin-kiu bien ^ IJn) JÇ^, dans la préfecture de Ts'ing-tcheou fou W ffl /iT [Chan-tong]. (p. Fa., vol. 10, p. 20).
(2) Ou-ti= Ce fleuve coule à 57 H sud-ouest de Tsang- tcheou îjg JHiï 180 li au sud de la préfecture de T'ien-tsin fou P^ ^ /jj [Tche-li] . Cette dernière ville est connue du monde entier, (p. Fa. vol. 2, p. 36).
(3) Le recueil T'ong-kien kang-mou M IS m H? vol. 9, p. 4. donne les détails sur la mort de cet empereur. Après 400 ans, demander raison de ce naufrage ! On a ici un exemple de la manière chinoise ; avant de parler des choses sérieuses pour lesquelles on est venu, on discute sur des futilités; c'est une entrée en matière.
(4) Hing= Cette montagne, point stratégique très important, est à 30 li au sud de Sin-tcheng bien m W>Wk^ 220 li au sud- ouest de la préfecture de K'ai-fong fou ^ ^ ^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 5)— (g. Fa., vol. 47, p. 32).
A cet acte de politesse, Hoan-kong répondit par une mesure de courtoisie ; il recula son camp jusqu'à Chao-ling S ^ (^) î c'était alors une des lois de la guerre : quand l'ennemi montrait de la bonne volonté à se soumettre, l'envahisseur reculait à 90 li, ce que l'on évaluait à trois journées de marche pour toute une armée. Hoan-kong fît alors ranger ses troupes comme pour une grande revue ; prit l'ambassadeur sur son char, et s'en alla avec lui faire l'inspection. Ce n'est pas pour mon propre avantage, lui dit-il, que j'ai amené cette armée, mais pour assurer les anciennes relations amicales entre les divers princes ; voulez-vous faire avec moi un traité de paix et d'amitié? — K'iu-wan répondit humblement: Votre Majesté fait un grand honneur et accorde un insigne bienfait à mon chétif maître, en daignant accepter son amitié; c'est son plus ardent désir! — Voyez quelle belle armée! ajouta Hoan-kong, qui donc pourrait lui résister en bataille rangée ? quelle ville, fût-elle la mieux fortifiée, pourrait soutenir ses assauts? — L'ambassadeur répondit en lettré philosophe: Si votre Majesté gouverne les divers princes d'après les lois de la vertu, il n'y en aura en effet aucun qui ne se soumette ; si vous comptez uniquement sur la force de vos armes et de vos cuirasses, notre pays de Tch'ou aura la montagne de Fang-tch'eng -jf JJ (2) pour rempart, et le fleuve Han ^ pour fossé ; ainsi il sera invincible, même contre une armée plus nombreuse que la vôtre !
Malgré ses grandes paroles, K'iu-wan, ayant considéré les troupes ennemies, consentit à faire un traité de paix, au nom de son maître.
En 655, Confucius écrit dans sa chronique: Les gens de Tch'ou s'annexent le pays de Hien ^ (3) ; le prince s'enfuit à la cour de Hoang. Quelques mots d'explication nous sont fournis par Tsouo-k'ieou-ming : Ce prince, dit-il, était l'allié des pays de Kiang |^, de Hoang ^ (4), de Tao |g (5), et de
(1) Chao-ling = était à 45 li à l'est de Yen-tch'eng hien !l|i ^ f^i 120 li au sud de Hiu-tcheou pf t\ sa préfecture [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 57).— (g. Fa., vol. 47, p. 47).
(2) Fang-tch'eng=Nous avons déjà dit que cette montagne, avec sa forteresse si fameuse, était îl 40 li au nord-est de Yu-tcheou ^ >n1 qui est à 120 li au nord-est de sa préfecture Nan-yang fou fflf fe în [Ho-nan] .
(3) Hien — Sa capitale était à Koang-chan hien jC UJ W^^ 45 li au sud-ouest de Koang-tcheou "JQ t\ [Ho-nan]; ses princes étaient de la famille Koei ^S' ils avaient le
titre de Vicomte (tse "x) (Kiang-yu piao, vol. JL ? p. 17). — (p. Fa., vol. 12, p. 67). — (g. Fa., vol. 1, p. 16 — vol. 50, p. 40). Le pays fut annexé, mais la famille régnante ne fut pas anéantie; car en 511 on l'y retrouve encore.
(4) Kiang et Hoang = Voyez l'identification un peu plus haut.
(5) Tao = Sa capitale était à l'est de Tcheng-yang hien JE^Ji^) dans la préfecture de Jou-ning fou 5X W^ /ET [Ho-nan] ; tout près de la frontière de Si-hien ^@» j^ , dont la préfecture est Koang-tcheou (ci-dessus). La principauté de Kiang était au sud-est de la môme ville de Tcheng-yang hien. (p. Fa., vol. 12, p. 50). (Kiang-yu piao, Jl» p. 17).
Pé ijfg (1), grâce à des mariages mutuels. Il comptait donc sur leur amitié et leur secours lui paraissait d'autant plus assuré qu'euxmêmes venaient de conclure un traité avec Hoan-kong i^ ^, le puissant roi de Ts'i ^. Fort de cet appui, il avait refusé obéissance à Tch*eng-wang. Il n'avait même fait aucun préparatif de défense ; c'est pourquoi il succomba dès la première attaque de Tch'ou. C'était le premier état chinois anéanti par un sauvage ; les traités de paix n'avaient déjà pas grande valeur ; il fallait être fort soi-même, si l'on voulait garder son indépendance. Telles sont les mélancoliques remarques du commentateur.
En 654, en automne, les gens de Tch'ou assiègent la capitale de Hiu 1^. Ainsi parle Oonfucius. Le commentaire nous est donné par Tsouo-k'ieou ming (Tsouo-tchoan, vol. 9, p. 15): Les princes de Lou ^, de Ts'i ^, de Song 5fî, de Tch'ôn P|, de Wei H^ et de Ts'ao ^ avaient réuni leurs troupes et attaqué le prince de Tcheng fj^, allié et ami de Tch'ou. Pour les détourner de cette entreprise, Tch'eng-wang conduisit une armée assiéger la capitale de Hiu, sachant bien que les coalisés s'empresseraient d'aller à son secours ; c'est en effet ce qui arriva. Tch'eng-wang, content d'avoir délivré son ami, retira ses troupes ; mais elles stationnèrent auprès de Ou-tch'eng ^ :|^ (2), prêtes à recommencer les hostilités.
En hiver, Mou-heou ^ j^, prince de Ts'ai *jt (674-645), conduisit le baron de Hiu, nommé Hi-kong ^ ^ (655-622), auprès de Tch'eng-wang encore à la tête de son armée à Ou-tch*eng. Le baron se présenta dans la plus humble posture ; il avait les Qiains liées derrière le dos; il avait un jade à la bouche, pour lT)ffrir au roi de Tch'ou ; ses officiers étaient vêtus en deuil ; ils amenaient le cercueil où il devait être déposé. Tch'eng-wang ne comprit pas d'abord ce que signifiait cet attirail essentiellement chinois; il en demanda l'explication à Fong-pé j^ f|§|, l'un de ses grands-officiers ; celui-ci lui répondit : Quand autrefois Tcheouou-wang ^ ne 3E 6"* abattu la dynastie Yng U, Wei-tse ^ ^, prince de la maison vaincue, se présenta devant lui de la même manière; Ou-wang en personne délia les liens, reçut le jade, fit enlever les habits de deuil, brûler le cercueil, traita amicalement Wei-tse, et lui ordonna de continuer à exercer la charge qu'il avait eue jusque-là. Sur ce, Tch'eng-wang en fit autant.
En 653, Oonfucius dit que le prince de Tcheng ^ mit à mort le fameux Chen-heou ^ ^. Cet homme avait été en relation intime avec Wen-wang ^jf 3Eî ^^^ ^® Tch'ou ; c'est un fait connu
(1) Pé= était au sud-ouest de Si-p'ing bien W t^ JI^î 130 li nord-ouest de Jouning fou [Ho-nan] . (p. !Pa., vol. 12, p. 51).
(2) Ou-tch*eng = était au nord de Nan-yang fou [Ho-tian] . 11 y a bon nombre de villes appelées Ou-toh'eng; il faut donc se défier, pour ne pas faire confusion, (p. Fa., vol. 12, p. 40).
de tous les lettrés, il est souvent relaté dans leurs livres; il se rattache à notre histoire ; nous avons donc intérêt à connaître ce qu'on en dit.
Ce Chen-heou était neveu du prince de Ohen ^ (1)^ et était en grande faveur auprès de Wen-wang; celui-ci, sur le point de mourir, lui fit cadeau d'un beau jade, et lui dit de s'en aller au plus tôt dans un autre pays: Je vous connais, ajouta-t-il, vous ne soupirez qu'après l'argent, et n'êtes jamais rassasié ; vous m'en demandiez, vous m'en preniez ; je ne m'en suis pas montré irrité ; mais mon successeur vous en demandera raison ; vous ne pourrez éviter un rigoureux châtiment ; dès que je serai mort, fuye^ au plus vite; n'allez pas dans une petite principauté; vous n'y pourriez pas tenir ; là, tout est vu et connu ; les lois y sont plus strictes.
Chen-heou suivit ce conseil ; aussitôt après l'enterretnent de Wen-wang, il se rendit à la cour de Tcheng ^ ; il y eut bientôt gagné les bonnes grâces du prince Li-kong ^ ^ ; il sut même être si agréable à Ts'i-hoan-kong § i^ ^ que celui-ci lui confia la ville de Hou-lao ^ ^ (2) qui était alors d'une importance capitale. Cette bonne fortune excita la jalousie d'un habitant de Tch'en ^, nommé Yuen-tao-tou ^ JS â ' celui-ci voulut se venger des perfidies de Chen-heou. Pour le perdre, il lui conseilla de fortifier encore et d'embellir sa ville de Hou-lao ; quand ce fut fait, il alla trouver Li-kong, lui souffla à l'oreille que Chen-heou méditait une révolte. Ces calomnies finirent par faire impression sur l'esprit de Li-kong, qui fit massacrer Chenheou i
Confucius dit simplement: En hiver, 649, les gens de Tch*ou font la guerre à la principauté de Hoang ^ (3). Tsouo-k'ieouming en donne la raison bien simple (Tsouo-tchoan, vol. 10, p. 7): on avait refusé le tribut. Le prince de Hoang se fiait à la pro-
(l)^Chen = nous en avons déjà parlé, alors qu'elle fut détruite par Wen-wàng. Elle était à 20 li au nord de Nan-yang fou. (p. Fa., vol. 12, p. 40).
(2) Hou-lao = était célèbre depuis les temps anciens par son défilé situé à 2 li à l'ouest de Fan-choei bien f E VJi J|^ ? dans la préfecture de K'ai-fong fou ^ ^ Jff [Ho-nan] . Ce défilé fut encore appelé Tcb'eng-kao-koan JSK ^ PU ou Hiao-koan |1|^ H) (p. Fa., vol. 11, p. 7 — vol. 12, p.lO) — (g. Fa., vol. 47, p. 62).
Horu-lao était dans le pays de Tcbeng; mais celui-ci était alors vassal du royaume de Ts'i; à titre de suzerain, Hoan-kong confia cette ville à Cben-beou, du consentement du prince de Tcheng.
En 656, Chen-heou avait sauvé le roi de Ts'i et son armée; voilà pourquoi oelui-oi le récompensa, en lui donnant le fief de Hou-lao. (Histoire de Ts'i, année 656).
Les états de Tch'en ^ et de Tcheng ^P étant alors intimement liés d'amitié, le fourbe Yuen-tao-tou était à Hou-lao.
(3) Hoang = sa capitale était à 12 li à l'ouest de Koang-tcheou ju yf\ [Ho-nan] . (Voyez à l'année 657).
tection de Ts*i-hoan-kong, le chef officiel des vassaux; c'est pourquoi il faisait le fier à l'égard de Tch*ou ; mais Tch'eng-wang se sentait fort et comptait aussi sur la désunion des différents états chinois; il en profitait pour exiger de ses petits voisins le tribut et les hommages dûs en principe au seul empereur; si l'un d'eux s'y refusait, il le ramenait à Tordre à la tête d'une armée. Hoan-kong était bien le chef des vassaux ; il était soucieux de maintenir et même d'accroître son autorité sur eux ; mais il était bien loin de Tch*ou ; il avait trop d'affaires à traiter; il ne pouvait à chaque moment parcourir de si longues distances pour aller régler des difficultés secondaires ; de plus, il ne tenait pas à courir les chances d'une guerre avec le pays de Tch'ou sans y être forcé ; un échec eût été mortel pour son autorité ; il laissa donc le prince de Hoang se tirer d'embarras.
Différents auteurs blâment Hoan-kong de cette conduite : ils prétendent même que ce petit mot de Confucius était un reproche à son adresse. Mais si Hoan-kong avait la bonne volonté de secourir son protégé, il devait aussi tenir compte des circonstances. D'ailleurs, nous verrons cela plus au clair dans l'histoire du royaume de Ts*i |^. Nous avons déjà dit que les petits états comptaient trop sur le secours d'autrui, au lieu de se tenir prêts à toute éventualité ; leurs princes étaient, pour la plupart, des tyranneaux menant joyeuse vie, faisant la cour à tel état puissant, puis à tel autre, selon le vent de la fortune. C'est ainsi que ces nombreuses principautés, instituées par la dynastie Tcheou ^, furent anéanties les unes après les autres par des voisins influents. Déjà à cette époque, la politique était une science qui examinait les circonstances, non une vertu qui modère les appétits.
Tsouo-k4eou-ming observe que tous ces roitelets, groupés autour de Ts'i, unis entre eux par des mariages et des traités d'amitié, croyaient former une puissance inattaquable. Pour venir chez nous, disaient-ils, le prince de Tch'ou devrait franchir une distance de neuf cents li ; comment oserait-il nous chercher chicane ! Tch*eng-wang le leur fît bien voir; en été, il anéantissait la principauté de Hoang. Confucius relate la guerre ; il en omet la conclusion qui humilie son orgueil ; mais voici encore plus fort, dans le même genre.
En 645, au printemps, dit-il, les gens de Tch*ou attaquent la principauté de Siu ^ (1). Tch'eng-wang ne perdait pas son temps ; tous les petits états situés dans le Hou-koang ^ J| actuel étaient déjà annexés; maintenant il franchissait les montagnes qui formaient sa frontière naturelle à l'est ; il s'avançait
(1) Siu = Sa capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcheou fH yf\ [Ngan-hoei] . Ses princes étaient de la famille Yng ^i comme les rois de Ts'ing ^j et descendaient du fameux Pé-i fp d&fcî ils avaient le titre de Vicomte, (tse "X/* (Tou-ling, vol. 10, p. 12). — (Kiang-yu piao, vol. Jl» p. 18). (p. Fa., vol. 6, p. 39) — (g. Fa., vol. 21, p. 37).
jusque dans la province actuelle du Ngan-hoei ^ ^, sous les yeux mêmes du fameux Hoan-kong ; c'était vraiment un coup d'audace ; et il eut un plein succès ! On aurait pu croire que les deux rivaux allaient se mesurer dans une lutte à mort; il n'en fut rien, comme nous allons le voir.
Cette principauté avait été florissante autrefois ; elle avait même ambitionné le titre de royaume. Le commentaire fait observer qu'elle fut la première à tenter cette usurpation ; le roi de Tch'ou ne fît que suivre son exemple. Fort de son amitié avec Hoan-kong, le Vicomte de Siu avait attaqué et conquis la principauté de Chou ^ (1), amie et protégée de Tch'ou; c'est pour cela que Tch*eng-wang venait lui demander raison.
Effrayés de son audace, les états chinois firent ce que font les peureux ; ils se réunirent en assemblée à Meou-k'ieou (pi J£ (2) ; là se trouvèrent les princes de Ts'i ^, de Lou ^, de Song 5|^, de Tch'en ^, de Wei :^, de Tcheng f[5, de Hiu |^ et de Ts'ao "^ ; ils y renouvelèrent la convention faite a K'oei-k'ieou ^£ (3), en 651 ; comme conclusion, ils résolurent d'aller au secours de Siu. Mong-mou-pé :ÎÊ ^ fÊ? grand-ofïicier de Lou, conduisit aussitôt une armée, à laquelle se joignirent les troupes auxiliaires ; mais les princes ne crurent pas prudent de se mettre euxmêmes en campagne ; ils restèrent tranquillement à festoyer à K'oang g (4), attendant les nouvelles de l'expédition. De son côté, Hoan-kong envoya une armée, renforcée des troupes de Ts'ao, attaquer le petit état de Li Jg (5); on avait peur d'engager une action décisive avec Tch'eng-wang; on préférait l'obliger à scinder son armée; mais celui-ci comprit le stratagème, et se garda bien de tomber dans le piège qui lui était tendu ; il persista à faire le siège de Siu. La discorde et la guerre entre les deux états de Song et de Ts'ao fut encore pour lui une chance de succès; les autres fédérés, ne sachant que faire, se rejetant mutuellement la faute, demeurèrent dans une lâche inaction ; ce fut la perte de Siu. En hiver, l'armée de ce prince fut
(1) Chou = C'est maintenant Chou-tch'eng bien py 38C Sp ' à 120 li sud-ouest de Liu-tcheou fou fl. jlt| /jj [Ngan-hoei]. (p. Fa., vol. H, p. 16) — (Kiang-yu piao., vol. JL» p. 19).
(2) Meou-k'ieou = était à 70 li nord-est de Tong-tch'ang fou ]K Q /ff [Chantong] . (p. Fa., vol, 10, p. 21) — (g. F., vol. 34, p. 3).
(3) K'oei-k'ieou — était un peu à l'est de K'ao-tch'eng hien ^ ^ JÇ| ? dans la préfecture de Wei-hoei fou fft" ^L /jj [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 22j. Il y a encore un kiosque de ce nom.
(4) K'oang — était à 15 li sud-ouest de Tchang-yuen hien ^ JW J|^î dans la préfecture de Ta-ming fou ;f^ ^ J^ [Tche-li]. (p. F., vol. 2, p. 55).
(5) Li = Nous en avons déjà parlé plus haut. Ce nom était d'abord celui de la montagne au pied de laquelle se trouvait la ville appelée Li-hiang ^ J^» (Voyez à l'année 706)— (p. Fa., vol. 21, p. 18).— (Kiang-yu piao, vol. Jii p. 20).
complètement battue à Leou-lin $ ^ (1); et lui-même fît sa soumission entre les mains de Tch*eng-wang, dont il devint feudataire.
C'était un magnifique triomphe pour le roi de Tch'ou; les états chinois y avaient fait triste figure, malgré leur brillante fédération ; nous comprenons pourquoi le fier Confucius ne voulut pas enregistrer ce honteux échec.
Quant à la principauté de 8iu, nous la verrons, dans la suite, être une vraie pomme de discorde entre les rois de Ts'i et de Tch'ou ; viendra enfin le terrible roi de Ou i^ qui s'en emparera, poUr la perdre bientôt à son tour.
En 642, le Comte de Tcheng HP commence à ofîrir ses hommages à Tch*eng-wang. Est-ce possible! N'est-il pas un des fédérés de la dernière campagne? L'explication de ce revirement est cependant bien simple. Le fameux Hoan-kong était mort le 8 de la dixième lune de l'année précédente; dans les derniers temps, comme nous venons de le constater, son action snr les vassaux avait subi une sensible diminution ; quand il fut mort, ceux-ci, se trouvant sans chef, s'orientèrent chacun de son côté comme ils l'entendirent. Le prince de Tcheng se rallia au pays de Tch'ou. Tch*eng-wang fut grandement réjoui; comme gage d'amitié, il lui fit un magnifique présent de différents métaux ; mais à peine eut-il fait ce cadeau qu'il le regretta; il craignait que le prince n'en usât pour se fabriquer des armes. Pour le rassurer, le prince en fit fondre trois énormes cloches (2).
En 641, Confucius mentionne qu'en hiver Tch'eng-wang eut l'insigne honneur de prendre rang parmi les princes chinois. Un sauvage admis enfin en si bonne compagnie ! la chose est en effet assez curieuse ! Tsouo-k'ieou-ming nous en donne l'explication suivante. Le prince de Tch'en ^, nommé Mou-kong ^ ^ (647-631), invita les autres vassaux à faire un traité de paix et d'amitié au pays de Ts'i ^, pour perpétuer la mémoire des
(1) Leou-lin — était au nord-est de Ou-ho bien £, ÎHJ J|^j dans la préfecture de Se-tcheou fou fH J|t| ^ [Ngan-hoei] . Il y a encore le kiosque appelé Leou-ting J Ç . {Edition impér., vol. 13, p. 35).— (Tou-Ung, vol. 10, p. 18).— (P- Fa., vol. 6 p. 43).— (g. Fa., vol. 21, p. 16).
(2) Les royaumes de Ou ^ et de Yué ® surtout, étaient avides du fer de Tch'ou, pour en fabriquer leurs épées.
Le recueil intitulé Je-tcbe-lou U 58Ï 1^^? vol, 12, p. 24, a tout un article bistorique, pour prouver le zèle des princes cbinois à probiber l'usage du fer, parce qu'ils redoutaient les guerres et les révolutions. Nous avons vu Cbe-boang ti Jp ,^ ^ j roi de Ts'in ^î poser la même probibition, pour ce même motif, ce qui n'empêcba pas la révolution d'éclater.
Le livre des Rites donne encore une autre raison; c'est que les malfaiteurs s'en seraient fait des armes. (Couvreur, vol. 1, p. 309).
Outre l'arc et l'épée, il y avait quatre sortes de lances: cbou jt ' meou ^j kouo :iè et ki ^ . — (Ibid., p. 388).
biêttfâita répandus paf ie défunt Hoan-kong suf les états chinois. Ge pieUx prétexte cachait ie véritable motif; il s'agissait d'évincer Siang^kong ^ ^ (650-636), prince de Song; celui-ci était habile, ambitieux ; il avait une grande influence ; il avait déjà tout un parti, formé par des états chinois plus ou moins affaiblis par des querelles intestines, ou gouvernés par des princes incapables ; il se trouvait donc tout désigné pour prendre la succession de Hoan-kong. Le prince de Tch'en ^ en était jaloux; pour écarter ce rival, il ne craignit pas d'appeler à cette assemblée de chinois le roi de Tch*ou, leur ennemi héréditaire. C'est ainsi que Tch'eng-wang se trouva à leur réunion, en compagnie des princes de Ts'ai ^ et de Tcheng @|5. On y renouvela les conventions et les ordonnances édictées autrefois par Hoan-kong.
En 640, en hiver, dit Confucius, une armée de Tch'ou attaque la principauté de 8oei gg. Ce pays nous est déjà connu, c'était le plus puissant des états situés à l'est du fleuve Han ]g|. Faisant cause commune avec ses petits voisins, il avait cru pouvoir reprendre sa liberté; mais Tse-wen 'J ^, le premier-ministre de Tch'eng-wang, se présenta avec une armée, le fit rentrer sous le joug, et lui imposa un nouveau traité de paix.
Là-dessus, l'historien fait des réflexions sur l'imprudence et l'imprévoyance des princes révoltés. Si avant de commencer, dit-il, on considère ses forces, la faute ne sera pas bien lourde ; Succès et revers dépendent de nous, non pas des autres. Le livre des Vers (Che-king ||p j^) a cette sentence : «Comment ne voudrais-je pas marcher la nuit, et de grand matin ? mais je crains la trop grande abondance de rosée !» (*).
En 639, Confucius relate qu'au printemps le prince de Song 5|î présida une réunion à Lou-chang ^ J^ (1)» sur son territoire; les congressistes étaient peu nombreux; il n'y avait que Tch'engwang et le prince de Ts*i ^. On voit tout d'abord que ce dernier avait effectivement perdu sa dignité de chef des vassaux. Tsouô-k*ieou-ming ajoute que le prince de Song demanda Tautorisation de grouper les divers états chinois soUs sa propre tutelle; il pria même Tch'eng-wang de vouloir bien l'aider dans cette entreprise ; celui-ci lui fît une réponse favorable ; mais au fond, il se promit bien de l'empêcher d'arriver à ses fins ambitieuses.
Fort de cette approbation factice, le prince de Song (c'està-dire Siang-kong ^ ^) ordonna aux différents vassaux de se
(*) (Zottoli, III, p. 15, ode 17«). —(Couvreur, p. 20, ode 6«).
(1) Lou-chang — était à l'ouest de T'ai-houo bien >JC W JH' 90 li au nord-ouest de la préfecture Yng-tcheou fou ^ yj\ /jj [Ngan-hoei]. (p. Fa., vol. 6, p. 31). — (g. Fa., vol. 21, p. 59).
trouver en assemblée à Yu 3Ê (1), sur son territoire, en automne. La réunion ne fut pas complète ; elle fut cependant brillante. Là furent présents Tch*eng-wang avec les princes de Tch'en ^, de Ts'ai ^, de Tcheng %, de Hiu f^; et de Ts'ao If. Le sage Tseyu -F ^ï de la famille même de Song. s'écria avec tristesse: C'est un malheur qu'un petit état comme le nôtre veuille se mettre à la tête des vassaux! n'est-ce pas s'exposer à périr? Si notre pays s'en trouve seulement amoindri, ce sera encore une grande chance !
Ce Tse-yu raisonnait très juste ; les événements faillirent sur-le-champ réaliser ses craintes ; car, en plein congrès, Tch'engwang fit saisir Siang-kong, et il allait attaquer le pays de Song, si les autres congressistes ne s'étaient pas interposés. Confucius ne dit pas qui fît arrêter Siang-kong; les commentaires prétendent qu'il était honteux de voir un sauvage porter la main sur un chinois ; d'autres pensent qu'il a voulu par là faire comprendre que toute l'assemblée fut complice, chacun étant bien aise de voir cet ambitieux humilié.
Le sage Tse-yu s'écria : Est-ce que déjà les malheurs fondent sur nous? Notre prince nourrit vraiment de trop hautes prétentions; comment pourrait-il réussir? Naturellement, le différend fut apaisé entre les deux princes ; ils finirent même par faire un traité de paix et d'amitié à Po (2) ; après quoi Siang-kong fut relâché. Le sage Tse-yu s'écria encore: Nos malheurs ne sont pas finis; la leçon n'a pas été assez forte pour guérir notre prince !
En 638, en été, Siang-kong unissait ses troupes à celles de Wei |§, de Hiu f^ et de Teng ^ ; il partait en expédition contre le prince de Tcheng ^g, pour le punir d'avoir offert ses hommages à Tch'eng-wang, à la 3® lune. Le sage Tse-yu ne s'était pas trompé; la correction n'avait pas été assez forte. Cette fois, dit-il, les malheurs que j'ai prédits vont arriver! En effet, Tch*eng-wang vint au secours de son protégé ; le combat eut lieu sur les bords de la rivière Hong g^ (^)j le jour appelé Ki-se ^ g^, c'est-à-dire le 1er de la 11® lune.
Siang-kong fut vaincu misérablement. Voici ce qu'on en raconte. L'armée de Song était déjà rangée en bataille quand celle de Tch'eng-wang était encore occupée à passer la rivière; le sage Tse-yu dit à Siang-kong: Ils sont nombreux. Nous avons
(1) Yu = c'est Soei-tcheou HJL iHl ? dans la préfecture de Koei-té fou ^ ft jfif [Ho-nan]; au nord-ouest de la ville, se trouve encore le kiosque appelé Yu-ting SE ^. (g. Fa., vol. 50, p. U).
(2) Po = était au nord-ouest de Koei-té fou. (p. Fa., vol. 12, p. 12).
(3) La rivière Hong = est à 30 li au nord de Che-tch'eng bien ffi JK JR* 90 li sud-est de Soei-tcheou. C'est l'endroit evact de la bataille, (p. Fa., vol. 12, p. 14). — (g. Fa., vol. 50, p. 15),
peu de monde ; profitons de leur embarras pour les attaquer ; permettez-moi de fondre sur eux ! Siang-kong refusa. Quand ils eurent effectué le passage de la rivière, Tse-yu demanda de les attaquer avant qu'ils fussent rangés en bataille ; Siang-kong s'y opposa encore. Quand ils furent parfaitement prêts, Siang-kong donna le signal du combat. Son armée fut mise en pleine déroute, sa garde personnelle massacrée ; lui-même reçut à la cuisse une blessure, dont il mourut Tannée suivante, à la 5® lune.
On peut s'imaginer la colère de ses troupes! Personne ne comprenait sa conduite. Quand on lui en demanda la raison, il répondit par une maxime de lettré chinois: Le sage ne blesse pas deux fois un ennemi; il ne fait pas prisonnier un homme aux cheveux gris. D'après les règles des anciens, on ne doit pas attaquer l'adversaire qui est dans l'embarras; moi, homme de nulle valeur, rejeton d'une souche extirpée, je n'oserais battre le tambour pour attaquer une armée non encore rangée en bataille. Voilà ôe morceau d'éloquence, que les lettrés savourent avec une satisfaction incroyable ! en le lisant, ils se sentent au moins aussi parfaits, aussi saints que le plus achevé des pharisiens! les principes de la vertu chrétienne pâlissent devant cette perfection païenne exposée dans les livres !
Le Jérémie Tse-yu ^ ,® lui disait; Votre Majesté n'entend rien à la guerre ! qu'un ennemi fort et nombreux soit dans l'embarras, dans la confusion, au moment de la bataille, c'est un singulier bienfait du ciel ! vous aviez parfaitement le droit de battre le tambour quand les gens de Tch'ou passaient la rivière ! même avec cet avantage sur eux, nous étions encore en danger d'être vaincus! De plus, nous trouvant en face d'un ennemi fort et nombreux, qui vient nous faire du mal, fùt-il encore plus vieux, eût-il la tête plus blanche, il fallait le faire prisonnier! Comment faire une telle distinction, et lâcher celui qui a les cheveux gris ! les règlements, les exercices militaires, tout cela nous enseigne à tuer l'ennemi ; s'il n'est pas mort du premier coup, pourquoi n'en pas frapper un second? Si cela vous semble cruel, ne serait-il pas mieux de ne point frapper du tout? S'il vous répugne de capturer un homme aux cheveux gris, ne valait-il pas mieux vous soumettre humblement à lui? On va à la guerre pour vaincre son ennemi ; si c'est notre avantage de tomber sur lui, quand il est encore dans l'embarras, il est parfaitement permis de le faire ; le bruit du tam-tam et du tambour est un cri de guerre, il soutient et augmente le courage des troupes; il est bien permis de le faire retentir, même quand l'ennemi n'est pas encore rangé en bataille !
Siang-kong fut-il persuadé par son sage conseiller? c'est peu probable; d'ailleurs il n'en avait plus besoin; il n'avait plus qu'à se préparer à la mort. Les lettrés faisant de la vertu et de la
politique dans leurs livres, gont pour lui; la pratique, en Chine comme ailleurs, donne raison à son conseiller.
Mais voici un spectacle d'un autre genre. Le jour appelé ping-tse ^ ^, les deux femmes de Wen-kong ;^ ^, prince de Tcheng fl^. se rendirent ensemble à Ko-tché ^ ^ (1) pour remercier Tch'eng-wang du secours apporté à leur mari. L'une, appelée Mi-che ^ ^, était la propre sœur de Tch'eng-wang; l'autre, appelée Kiang-che || ^, était une princesse de Ts'i ^. Tch'eng-wang députa Che-tsin ^ j^, le chef des musiciens, pour leur montrer le monceau d'oreilles coupées à l'ennemi (2). Quelle agréable exhibition pour des princesses ! Vrai trait de mœurs d'un sauvage! Aussi l'historien, chinois pur-sang, réprouve-t-il ce fait comme contraire aux anciennes bonnes mœurs. Une femme honnête, recevant ou reconduisant un hôte, ne passe pas la porte de l'appartement des femmes ; que le visiteur soit propre frère, elle ne doit pas sortir de la maison; les instruments de guerre ne sont pas affaire de femmes ! Ainsi on n'aurait pas dû montrer à ces dames cet amas d'oreilles coupées. Voilà ce que les anciens usages avaient établi.
Le jour appelé ting-tcheou T S^ c'est-à-dire le lendemain, il y eut un grand dîner à la cour de Tcheng |j|5, en l'honneur du roi de Tch'ou; on y offrit neuf fois le vin, comme aux dîners de l'empereur; dans les cours, on avait exposé toutes sortes de décors; on avait surajouté six espèces d'objets, dans des vases de bambou et de bois, appelés pien-teou ^ ^. Quand on sortit de table, il était déjà nuit. Tch'eng-wang retourna à son camp ; sa sœur l'accompagnait; comme cadeau, elle lui offrit deux de ses filles.
Chou-tchan ^ |J, grand-officier de Tcheng |j|5, fit la remarque vertueuse suivante: Certainement le roi de Tch'ou ne mourra pas de sa belle mort; car il n'observe pas les rites, qui demandent la séparation des hommes d'avec les femmes, la distinction des supérieurs et des inférieurs, la prohibition des mariages avec de proches parentes ; un tel homme ne peut être le chef des vassaux ! Voilà une prédiction après-coup ; elle ne coûtait guère au pinceau de l'historien, qui l'écrivait longtemps après les événements ; c'est un procédé littéraire bien connu ; Virgile et les nutres ont des prophéties semblables; elles ne tirent pas à conséquence, Du moins, le cadeau de la sœur à son frère montre
(1; Ko-tché = était une ville de Tcheng Upî on n'en connaît pas l'emplacement.
(2) On coupait l'oreille gauche aux ennemis morts sur le champ de bataille, et aussi à bon nombre de prisonniers voués à la mort; c'était un trophée de victoire.
En principe, les oreilles ainsi coupées aux barbares, devaient être envoyées à l'empereur. On ne pouvait les conper aux vrais chinois que si l'empereur avait donné ordre de faire la guerre è^ l'un de ces états déclaré rebelle. MMs ces théories étaient lettre morte. (Couvreur, Li-ki, vol. 1, p. 281).
que la moralité de ces anciens n'était pas des plus austères.
En 637, Oonfucius dit brièvement : Les gens de Tch*ou font la guerre au pays de Tch'en ^, Tsouo-k'^ieou ming ajoute les détails suivants. Le prince de Tch'en s'était rallié au parti de Song ^ : à cette nouvelle, Tch'eng-wang, qui se considérait comme son suzerain, résolut de le ramener à l'obéissance ; il envoya, en automne, une armée sous les ordres de Tse-yu ^ 3Ê (autrement dit Tch'eng-té-tch'en J5^ ^ g) ; ce général eut un plein succès ; en peu de temps il prit les villes de Tsiao j[^ et de I ^, répara les murs de Toen ^ (1), et rentra couvert de gloire.
Tse-wen ^ ^, premier-ministre de Tch'ou, céda sa charge à ce brillant officier. Un grand dignitaire, nommé Chou-pé ^ flÊI, l'en reprit en lui disant: Comment traitez-vous notre pays? vous donnez une charge si haute à un homme incapable de la remplir! — Je veux, répondit Tse-wen, procurer la paix du royaume en cédant ma dignité au général ; combien d'individus, ayant des mérites égaux aux siens, sauraient se tenir tranquilles, s'ils ne recevaient une telle récompense?
Cette même année 637, le prince Tchong-eul S! 5^ du royaume de Tsin §, le futur Wen-kong '^ ^, se réfugiait au pays de Tch'ou; il y fut reçu et traité en ami. Tch'eng-wang offrit un grand dîner en son honneur ; puis il demanda : Si votre seigneurie peut rentrer dans sa patrie, et monter sur le trône de ses ancêtres, que me donnera-t-elle en reconnaissance de mon secours (2) ? Tchong-eul répondit : Votra Majesté a tout ce qu'elle peut désirer: Des esclaves, des musiciennes, des trésors, des soieries, de belles plumes, de l'ivoire, des cuirs, et tant d'autres richesses à foison; que pourrais-je lui offrir? notre pays de Tsin § ne reçoit que vos restes! — Oui, c'est bien vrai, répliqua Tch'eng-wang ; mais promettez-moi tout de même quelque chose, en reconnaissance de mes services. — Tchong-eul réfléchit un moment et dit : Si par la puissante entremise de Votre Majesté je puis rentrer dans ma patrie, je promets, en cas de guerre dans les plaines chinoises entre nos deux pays^ de reculer de trois
(1) Tsiao = c'est Po-tcheou !§ ilij ? à 320 li au nord de la préfecture Yun-tcheou fou ^ iWi jiï [Ngan-hoei] . (p. Fa., vol. 6, p. 31).
I=était dans la mAme préfecture, à 70 li sud-est de Po-tcheou. (p. Fa., vol. 6, p. 31).
Toen= était un peu au nord de Chang-choei bien ^ ^<Sh' ^^ ^^ sud-ouest de la préfecture Tch'en-tcheou fou R yi] /jj pFIo-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 55).
Ses princes étaient des vicomtes ( tse "X/î du clan impérial Ki JE» c'est en 496 que ce pays fut annexé au royaume de Tch'ou. (Kiang-yu-piao, vol. 1, p. 17).
(2) Voilà encore une pièce littéraire comme de tout le monde; en la lisant, les lettrés sentent leur cœur se soulever d'une noble fierté. Si tout cela était vraiment historique, ce serait parfait ! mais il en est de ce discours comme de tant d'autres, mis sur les lèvres des héros par leurs historiens.
journées (90 li) devant Votre Majesté; après quoi, si vous persistiez à me pousser, ma gauche saisirait le fouet et Tare, ma droite le carquoiâ et les flèches, pour recevoir Votre Majesté le plus valeureusement possible!
Tse-yu ^ 5, le nouveau ministre, entendant un pareil langage, voulait mettre à mort un hôte si orgueilleux; Tch'engwang Ten empêcha. Ce jeune prince, dit-il. a un caractère généreux: dans sa conduite, il est modéré: dans ses paroles, il est poli : en toutes ses manières, il observe les convenances ; les gens de sa suite ont un maintien grave et digne; ils sont d'une fidélité à toute épreuve; ils savent se dévouer pour lui. Au contraire, son frère Hoei-kong ]g ^ (650-637), l'usurpateur du trône, n'a aucun ami ; au-dehors, comme à l'intérieur du royaume, il est détesté. J'ai oui dire que la descendance de T'ang-chou M M, (c'est-à-dire la famille Ki Jg) ne doit périr qu'à la fin des temps ; elle va donc se relever de ses troubles par le moyen de ce prince; quand le ciel veut exalter quelqu'un, qui donc pourrait l'abattre? quiconque se dresse contre le ciel s'attire des calamités.
Ayant ainsi parlé, Tch*eng-wang fit honorablement conduire Tchong-eul au pays de Ts'in ^, selon son désir, comme nous l'avons raconté dans l'histoire de ce royaume. En 636, le prince de Song 5fc fait la paix avec la cour de Tch*ou, à laquelle il se rend en visite amicale.
A l'année 635, Confucius écrit: En automne, les gens de Tch*ou assiègent la capitale de Tch*en ^, et rétablissent le prince de Toen ïg (1). Voici maintenant les détails racontés par Tsouo-k'ieou-ming. Les armées réunies de Ts'in ^ et de Tsin § attaquaient, en automne, la petite principauté de Jo 5^5 (2), voisine de Chang-mi ^ ^ frontière de Tch'ou; celle-ci était donc en danger. Sur ce, Teou-k'o p^ ^ (autrement nommé Tse-i "7^ ^), gouverneur de Chen ^, avec K'iu-yu-k*eou Jg |^ ^ gouverneur de Si ,g,, tous deux oflTiciers de Tch*eng-wang, réunirent des troupes afin d'aller garder Chang-mi contre toute tentative de la part des envahisseurs. Le général de Ts'in
(1) Toen= était un peu au nord de Chang-choei hieii (voyez ci-dessus). (Kiang-jni piao, vol. 1, p. 17).
Ce petit état était sans cesse harcelé par les gens de Tch'en ppl î au moment dont nous parlons, ils en avaient môme chassé le prince ; celui-ci s'était réfugié à la cour de Tch'ou.
(2) Jo=Sa capitale était sur les bords de la rivière Tan-choei 77* /f^\ à peu près 120 li sud-ouest de Nei-hiang bien t^ T^^j dans, la préfecture de Nan-yang fou ^ ^ Jiï [Ho-nan]. En 622, elle fut^transférée à 90 li sud-est de I-tch'eng !â ifti dans la préfecture de Siang-yang fou ^ Iw /iT [Hou-pé] . (p. Fa., vol. 12, p. 45).— (g. Fa., vol. 51, p. 21).— (Kiang-yu-piao, vol. £ p. 17).
Chang-mi = était à l'ouest de Nei-hiang hien; elle fut aussi appelée Jo, et Tan-choei tch'eng.
usa de ruse; il faufila son armée par Si-wei ^ ^ (1), montagne très boisée ; puis il s'approcha à une certaine distance de Changmi, qu'il investit de toutes parts; à l'entrée de la nuit, il se rendit sous les remparts, traînant une troupe de conducteurs de chars enchaînés comme des prisonniers de guerre ; il fît creuser un trou (*), comme on avait coutume quand on voulait faire une convention avec Tennemi ; le lendemain, il exhiba des écritures aspergées de sang, comme si c'était un traité signé sur le champ de bataille avec les deux officiers de Tch*ou. Le stratagème eut un plein succès; les gens de Chang-mi eurent peur; ils s'imaginèrent que la ville de Si j^ était déjà prise, et les deux officiers repartis ; ils se rendirent donc à discrétion. Le général de Ts'in ^ reçut leur soumission: il fut encore assez habile pour s'emparer des deux officiers à leur arrivée ; après quoi, il s'en retourna au pays de Ts'in.
Quand Tse-yu ^ ^, nouveau ministre de Tch'ou, apprit cette nouvelle, il entra en fureur; il prit une armée, et se mit à la poursuite des vainqueurs; mais ce fut en vain ; ils étaient déjà bien loin. Dans sa rage, Tse-yu attaqua la ville de Tch*en ^ qui se soumit ; ensuite il replaça sur son trône le prince de Toen. Celui-ci était vicomte (tse ^), et appartenait à la branche Ki ^ de la famille impériale Tcheou ^ ; il était sans cesse harcelé par les gens de Tch*en J^ ; chassé par eux, il s'était réfugié à la cour de Tch'ou.
A Tannée 634, Confucius écrit: Le ministre de Lou i§L, nommé Kong-tse-soei ^ -p.^? se rend à la cour de Tch'ou,
(1) Si-wei = Cette montagno est à 70 li au sud de Nan-yang fou m f^ JW [Ho-nan]. La ville de Si fPf i encore appelée Si-yang tch'eng fPf t^JK' était îi l'ouest de Nei-hiaiig bien f^ }|p jf^î qui est à 190 li de la préfecture Nan-yang fou. (p. Fa., vol. 12, pp. 44. et i5).-(g. Fa. vol., 51, pp. 19 et 20).
(•) Nous avons raconté, dans notre précédent ouvrage sur le royaume de Ts'in :î comment se faisait un pacte solennel. On y offrait un sacrifice; une partie du sang des victimes était versée dans une fosse, pour rendre l'Esprit de la terre témoin et garant de la foi jurée ; le reste du sang servait à frotter les lèvres des contractants, et t\ asperger les documents si l'on en avait écrit. Comme on le voit, ces rites renfermaient à la fois l'idée d'invocation à l'égard des Esprits, et l'idée d'imprécation contre celui des deux partis qui se montrerait parjure. Quelquefois même, les imprécations entraient dans la formule du contrat, en guise de conclusion ; nous en montrerons un exemple, à l'année 579, dans un traité solennel entre le royaume de Tch'ou et celui de Tsin ^•
D'après le livre des Rites (Li-ki ^S. lE)' la fosse était rectangulaire; la victime était immolée au bord de cette fosse ; on lui coupait l'oreille gauche, que l'on mettait ensuite sur un plat orné de perles ; on recueillait le sang dans un bassin orné de pierres précieuses ; ce sang servait à écrire le texte du traité, et à se frotter les lèvres ; on lisait ensuite le traité; on le déposait sur la victime, dans la fosse, et on l'y enterrait avec elle. (Couvreur, vol. 1, p. 92).
pour demander du secours. Oh le saint homme! il ne dit pas pourquoi ! il avait honte d'avouer que son prince, le modèle des vassaux, s'adressait à un sauvage contre un pays chinois, le royaume de Ts^i 5^! Ainsi expliquent les commentaires. Mais voyons les détails.
L'ambassadeur de Lou, avec son compagnon, s'adressant à Tse-yu ^ 3£, le prièrent de venir attaquer les princes de Ts'i et de Song 5|c) parce qu'ils ne se conduisaient pas bien à l'ég^ard de l'empereur. La belle raison ! Mais ni Tch*eng-wang, ni les autres ne se préoccupaient guère du personnage poétique appelé Tempereur, qui trônait à Lo-yang f^ ^, et qui mendiait son riz auprès de ceux qui avaient la charité de lui faire l'aumône ! Le vrai motif était bien autre : le prince de Ts'i venait de vaincre le pauvre duc de Lou ; celui-ci voulait se venger ; mais il ne voulait pas l'avouer en public.
Avant d'aller Taider, Tch'eng-wang voulut régler une querelle avec l'un de ses parents; cela nous fournit encore un trait de mœurs de ces temps-là. Voici le fait. Le prince de K'oei ^ (1), appelé Mi ^ (2), de la famille royale de Tch'ou, n'offrait plus les sacrifices à ses ancêtres Tchou-yong jjR. §t ^^ Yu-hiong Jff Jj|, dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage. Tch*engwang l'en fit blâmer ; le prince répondit : Mon ancêtre Hiong-tche JH m avait une maladie que les Esprits ne permirent pas de guérir; il se retira dans ce pays de K'oei ^, parce que son infirmité ne lui permettait pas de monter sur le trône de Tch'ou (877); ainsi nous n'avons plus rien, à faire avec ce royaume; pourquoi donc sacrifier à ses ancêtres ? Ce n'était pas mal raisonné, mais Tch'eng-wang convoitait sa principauté; il envoya Tse-yu ^ ^ avec le général Tse-si ^ |f s'en emparer; ceux-ci accomplirent leur mission, et ramenèrent prisonnier le pauvre prince à la capitale de Tch'ou.
C'est alors qu'en hiver de cette même année 638 Tse-yu conduisit une armée contre le prince de Song 5jc ; celui-ci avait rompu avec Tch'eng-wang, et s'était mis à la remorque du roi de Tsin § ; c'était une grosse faute ! on l'en punit en assiégeant la ville de Min |§ (3). Après cela, l'armée de Tch'ou se mit à la disposition du duc de Lou ^. Celui-ci la conduisit faire le siège de Kou ^ (4), dans le pays de Ts'i; cette ville fut prise; le duc
(1) K'oei= Sa capitale, large de un li et cent-dix pas, était îl l'est de Koei-toheon 1$ iH|î 350 li à l'ouest de la préfecture I-tch'ang fou 5Ë ^ /iT [Hou-pé]. (Kiang-yn piao, vol. Jl p. 20).— (p. Fa., vol. 21, p. 26).— (g. Fa., vol. 78, p. 35).
(2) Ce prince était un descendant de Hiong-tche ^^ St '
(3) Min=il y avait autrefois une ville de ce nom, capitale de la principauté, à 20 li nord-est de Kin-hiang hien ^^JI^î dans la préfecture de Ts4-ning fou Wt^9^M [Chan-tongJ ; c'est probablement celle dont il s'agit ici. (p. Fa., vol. LO, p. 88).
(4) Kou= c'est Tong-hohien $ Ppf H^) à 210 li nord-ouest de T'ai-ii^ran fon M^M [Chan-tong] . (p. Fa., vol. 10, p. 14).
de Lou y plaça comme gouverneur le prince Yong ||F, un des fils du fameux Hoankong ;|g ^, et compétiteur à la couronne; il reçut la commission de harceler de tout son pouvoir son propre frère, le roi Hiao-kong i^ ^; I-ya |^ ^, l'ancien cuisinier de Hoan-kong, avait suivi Yong dans son exil, et s'était mis avec lui au service du duc de Lou ; il Taida de toutes ses forces dans sa mission ; de plus, Chou heou -l^ ^^ officier de Tch*ou et gouverneur de Chen ^, fut laissé par Tch'eng-wang, avec un détachement de troupes, dans cette même ville de Kou, pour la garder.
Nous voyons à cette époque sept fils du grand Hoan-kong ;g 2*, exilés de leur patrie, se retirer au pays de Tch'ou ; il y reçurent tous de hautes dignités ; c'était dans les mœurs de ce temps-là ; nous en avons cité bien des exemples dans l'histoire du royaume de Ou ^ et dans celle de Ts'in |j| ; nous en rencontrerons encore ici ; ce n'était pas alors une infamie ; on pouvait sans honte faire cause commune contre sa patrie avec les hôtes qui vous avaient hébergé. Heureusement, les principes de l'honneur ont quelque peu changé à cet égard !
A l'année 633, Confucius écrit: En hiver, les princes de Tch'ou, de Tch'en f|, de Ts'ai ^, de Tcheng $^ et de Hiu f/^ assiègent 'la capitale de Song 5^ (1). Le commentaire ajoute: Avant de se mettre en campagne, Tch'eng-wang ordonna à son premier ministre en retraite, Tse-wen -^ ^, de faire exercer les troupes à K'oei ^, et de les passer en revue. La besogne fut accomplie en une seule matinée ; il n'y eut pas une seule f)unition à infliger; il remplissait cet office à contre-cœur; il aurait voulu que son successeur présidât ces exercices.
De fait, Tse-yu ^ ^ les recommença dans un autre endroit nommé Wei }^. Il y consacra toute une journée ; sept hommes furent fouettés ; trois autres eurent l'oreille percée d'une flèche, selon les règlements militaires.
C'est alors que les anciens hauts dignitaires du royaume vinrent remercier Tse-wen de leur avoir donné un premier ministre si éminent. Tse-wen fit préparer un grand banquet pour les recevoir. Wei-kia ï^ ||, père fameux du plus fameux Suen-chou- ^S^o ^ ^ ^, était jeune à cette époque; il vint en retard à la réunion, et ne présenta pas ses félicitations. Tse-wen lui en demanda la raison; il répondit : Je ne vois pas pourquoi vous complimenter; vous avez cédé votre dignité pour procurer la paix à notre pays; à l'intérieur, nous sommes tranquilles; mais au-dehors, cet arrogant nous exposera à être vaincus; la perte sera donc plus grande que le gain ; la défaite de Tse-yu vous
(1) Song = c'est Koeî-té fou 1$ ^ /j^ [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. II).— (Kiangyu piao, vol. JQ ? p. 8).
sera imputable, car c'est vous qui avez mis cet homme au pinacledur, inflexible, sans égard pour les autres, il est incapable de gouverner le peuple ; conduisant une armée de trois cents charriots, bien certainement il ne rentrera pas sain et sauf dans la capitale. Si mes prévisions ne se réalisent pas, je vous offrirai alors mes félicitations ; nous pouvons bien attendre jusque-là, nous ne sommes pas si pressés*.
En biver donc, Tch'eng-wang et les autres princes mettaient le siège devant la capitale de Song. Aussitôt, Kong-suen-kou & M M^ premier ministre, se rendit au royaume de Tsin §, priant le roi Wen-kong ^ ^ (635-627) de venir au secours de la ville. Celui-ci tint conseil avant de donner réponse ; un de seâ généraux lui dit: En aidant le prince de Song, nous montrons notre gratitude pour les bienfaits que nous en avons reçus ; écartons les calamités en affaiblissant le roi de Tch'ou; nous gagnerons de l'autorité sur les autres vassaux, dont vous deviendrez facilement le chef. Hou-yen |K M» grand dignitaire de la cour, opina dans le même sens en disant: Le prince de Ts'ao T|f vient de se soumettre à Tch'eng-wang, celui de Wei ^ vient de conclure avec lui un traité de mariage ; faisons la guerre à ces deux princes. Le roi de Tch'ou s'empressera d'aller à leur secours; ainsi nous aurons délivré notre ami. Sur ce/ Wen-kong commanda de rassembler une armée, nomma les généraux, et fît exercer les troupes avec grande ardeur ; il s'agissait d'une grande entreprise !
EiP 632, à la 1^^"® lune, Wen-kong marchait sur la principauté de Ts'ao "Ç. Pour s'y rendre, il désirait passer par le pays de Wei ^, ( omme c'était son chemin ; il en demanda la permission; elle lui fut refusée. Il s'y attendait, mais désormais il avait un prétexte pour attaquer ce pays, même avant d'avoir fini avec celui de Ts'ao. Il rebroussa chemin, tourna vers le sud, passa le fleuve jaune (Hoang-ho ^ fpf ) à Ki-tsin ^^ (1), envahit à l'improviste la principauté de Ts'ao, sans battre le tambour,, ni agiter les sonnettes ; il voulait tellement cacher son intention ! puis, au jour appelé Meou-chen jrJi^ ^, de cette même lune, il se jetait sur le pays de Wei ^ auquel il prit la ville de Ou-lou
(1) Ki-tsin = L'Edition impériale (vol. J5, p. 14) dit que le passage du fleuve eut lieu à cet endroit, au nord de Yen-tsin bien §^ ï¥ Wk ' 70 li au sud de Wei-hoei fou IK )ff /iï [Ho-nan]. (p. Fa., vol. 12, p. 23).
Le commentaire indique un autre endroit ù savoir, Ki-hien f^ Hp» qui se trouvait à 25 li sud-ouest de la sous-préfecture actuelle du m^me nom, dans la môme préfecture de Wei-hoei fou. (p. Fa., vol. 12, p. 19).
(2) Ou-lou = était au sud-est de Ta-ming fou y'C ^ /Jî [Tche-li] . (p. Fa., vol. 2 p. 52).— (g. Fa., vol. 16, p. 5).
A la deuxième lune, K'io-kou ^JjJ ^, généralissime de Tsin étant mort, YueTi-tcheng J^ ^ fut établi à sa place; les autres promotions furent faites selon les mérites de chacun. Le prince de Ts'i ^, oubliant les conventions qu'il avait faites en compagnie, de Tch'eng-wang, s'empressa de proposer à Wen-kong un traité de paix et d'alliance. Il fut bien accueilli ; la signature eut lieu à Lien-yu ^ ^ (1). Le prince de Wei ^ voulut en faire autant, mais il fut éconduit. Il ne lui restait plus qu'à se ranger du parti de Tch*eng-wang; son peuple refusa de le suivre, et l'expulsa; il dut se retirer à Siang-nieou ^ ^ (2), une des villes de son territoire qui lui restait fidèle.
Kong-tse-mai .^ -^ ^, grand officier de Lou i^, avait conduit un détachement de troupes au secours de Wei ^; mais l'armée de Tch'ou, envoyée dans le même but, n'avait pu arriver à temps; Kong-tse-mai se trouvait donc seul en présence de l'ennemi; impossible de livrer bataille! Le duc de Lou craignit des représailles de la part du roi de Ts'in ^; il fît mettre à mort Kong-tse-mai, comme s'il eût agi sans ordre; d'autre part, pour apaiser la colère de Tch'eng-wang, il lui dit: J'ai fait punir cet officier, pour sa négligence à secourir le prince de Wei, notre ami commun. Voilà une de ces finesses politiques du duc de Lou, le modèle des vassaux, dans la patrie classique de la vertu!
Cependant, Wen-Kong n'avait pas d'abord grand succès devant la capitale de Ts'ao (3) ; ce siège lui coûtait bien du monde ; les gens de la ville écartelaient les cadavres de ses soldats, et les exposaient sur les murailles; ce spectacle produisait une fâcheuse impression sur les assiégeants. Pour réagir contre le découragement, Wen-Kong permit à ses troupes de démolir les tombeaux situés hors des remparts, et de violer les morts; c'étaient de cruelles représailles! A cette vue, les gens de Ts'ao cessèrent leur système; ils allèrent même jusqu'à ensevelir les cadavres dans des cercueils, et les envoyer au camp ennemi. Les troupes de Wen-Kong reprirent courage; elles attaquèrent la ville avec une nouvelle fureur, et finirent par s'en emparer, le jour nommé Ping-ou ^ ^ de la troisième lune.
Wen-Kong, s'adressant au prince de Ts'ao, le blâma de n'avoir pas pris à son service un sage tel que Hi-fou-ki fa -^ |^, tandis qu'il s'était entouré de trois cents hauts dignitaires incapa-
'1) Lien-yu = était uu peu au sud-est de K'ai-tcheou pB 7n [Tche-li]. (p. Fa., vol. 2, p. 56).
(2) Siang-nieou = c'est probablement Pou-tcheou (P§ yf\^ dans la préfecture de Ts'ao-tcheou fou ^ Jt| jjj [Chau-tong] . Quelques auteurs disent que c'est Hoei-tcheou Sfl yV\ î dans la préfecture de Koei-té fou 5v ^/IT [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 13).— (Hoang-ts'ing king-kiai ^ m & ^S' vol. 2.53, p. 9).
(3) Ts'ao = c'est Ts'ao-tcheou fou ^ iW /§p [Chan-tong]. (p. Fa., vol. 10, p. 15).
blés de lui donner un bon conseil ; il lui imposa de lui présenter un rapport, et d'avouer sa faute.
Non content de cela, Wen-Kong ordonnait à son armée de respecter la maison de ce Hi-fou-ki ; toute sa parenté reçut un sauf-conduit, pour la garantir de tout pillage; enfin, Wen-Kong se montra si aimable envers cet homme que ses propres officiers en furent jaloux, comme nous le raconterons dans Thistoire du royaume de Tsin §. Pour comprendre cette conduite, il faut savoir qu'auparavant, pendant son exil, Wen-Kong, alors appelé le prince Tchong-eul J| 5P, avait reçu l'hospitalité dans 4a maison de ce sage; il en avait même reçu un jade, comme g^ag^e de leur amitié réciproque. Wen-Kong tenait à se montrer reconnaissant.
Pendant les faits que nous venons de raconter, le prince de 8ong 5(J était dans une grande anxiété. Harcelé par les troupes de Tch'eng-wang, il était près de succomber; la ville ne pouvait plus soutenir longtemps les attaques des assiégeants. Il députa Men-yn-pan P^ ^ iU, un de ses grands officiers, avertir Wen- Kong de sa détresse, et le supplier de venir au plus vite à son secours.
Celui-ci réunit aussitôt son conseil. Le prince de Song, ditil, est dans l'angoisse; si nous Tabandonnons, il rompra avec nous ; j'ai mandé au roi de Tch'ou de cesser la guerre ; il n'en tient pas compte ; je vais donc marcher contre lui ; mais voici une nouvelle difficulté : les généraux de Ts'i ^ et de Ts'in H nous refusent leur concours! Que faire?
Sien-tchen ^t ^^ ^^^ général en chef, proposa l'avis suivant: avertissons l'ambassadeur de ne pas s'adresser à nous, pour demander du secours, mais aux généraux de Ts'i et de Ts'in; qu'il leur fasse des cadeaux considérables, afin qu'ils ordonnent au roi de Tch*ou de cesser les hostilités. Nous, de notre côté, prenons le prince de Ts*ao; donnons son territoire et celui de Wei ^ à notre ami le prince de Song; Tch'eng-wang va en être furieux; il méprisera l'ordre des généraux; ceux-ci, pour l'en punir, consentiront à se joindre à nous. Ce plan fut approuvé, et sur-le-champ mis à exécution.
Tch'eng-wang était rentré dans la ville de Chen ^ (1); il avait ordonné à Chen-chou ^ 5^ de quitter celle de Kou ^ (2), dont il avait la garde depuis deux ans ; il avait même niandé au premier ministre Tse-yu de lever le siège de Song. Ne vous laissez pas entraîner à une bataille avec l'armée de Tsin, lui
(1) Chen = était à 20 li au nord de Nau-yang fou to BI JS [Ho-nan] . C'est M nord de Chen ^ que se trouvait la fameuse forteresse de Fang-tch*eng ^7 JK* dont
nous avons déjà parlé (p. Fa., vol. 12, p. 40).
(2) Kou = voyez ci-dessus, à l'année 634.
disait-il ; vous savez que Wen-kong a été en exil pendant dixneuf ans, avant de monter sur le trône ; il a affronté toutes sortes de périls ; il a surmonté des difficultés de tout genre ; il est prêt à tout hasard ; il connaît à fond les sentiments de son peuple ; le ciel lui a accordé de survivre à ses cinq frères, et lui a frayé le chemin du trône ; on touche difficilement au protégé du ciel ! De plus, c'est un principe en art militaire de ne pas pousser les choses à l'extrême; si vous avez la face (1), retirez-vous! il ne faut pas s'engager d-ens des difficultés insurmontables ; enfin et par-dessus tout, il ne faut pas s'attaquer à un homme vertueux !
Tch'eng-wang avait conscience du danger qu'il y avait à se mesurer avec le roi de Tsin § ; mais le premier ministre s'obstina à courir les chances d'une bataille ; il envoya le grand officier Pé-fen fé ^ demander du renfort. Je n'ose pas, disait-il, garantir la victoire, mais je veux fermer la bouche à mes détracteurs.
Tch'eng-wang était furieux de cette désobéissance; mais, pour éviter un plus grand désastre, il se résigna, bien à regret, à envoyer quelques troupes de secours; à savoir: les régiments appelés Si-koang |f H, puis la garde du prince-héritier, enfin les 6 régiments de Jo-ngao ^ |^ (790-765) duquel descendait Tse-yu et toute sa parenté ; on ne voulait pas lui confier toutes les forces du pays.
Tse-yu, plus décidé que jamais au combat, députa le grand officier (ta-fou ^ ^ Yuen-tch'oen Jg ^ dire aux généraux de Tsin § : Restituez son territoire au prince de Wei |§ ; remettez le pays de Ts'ao Ç en son état primitif; moi, votre serviteur, je lèverai immédiatement le siège de Song.
Tse-fan ^ ^Ë, oncle maternel de Wen-kong, ayant entendu cette proposition, s'écria: Tse-yu a-t-il perdu la tête? il n'entend rien aux rites! Votre Majesté n'aurait qu'un seul avantage; lui, sinple ministre, en aurait deux! Ne perdons pas l'occasion; tombons sur lui 1
Mais le général en chef, Sien-tchen ^ ^, se montra plus modéré: Accordez à Tse-yu ce qu'il demande, disait-il; accorder la paix à quelqu'un est conforme aux rites ! or, une seule proposition de Tch'ou procurerait la paix à trois états; nous refusons; c'est nous qui manquons aux rites ; comment alors oserons-nous Jivrer bataille? Nous sommes venus secourir le pays de Song; notre obstination le perdra; que diront de nous les autres vassaux? Le roi de Tch'ou veut accorder trois grands bienfaits; nous assumons sur nous trois motifs de haine! Nous avons déjà tant d'ennemis, comment engager le combat? Ne serait-il pas mieux
(1) Avoir la face! expression bien particulière à la Chine! Cela ne veut pas toujours signifier : l'honneur est sauf : loin de là ! il s'agit bien plus souvent des «apparences extérieures» de l'honneur, de la vertu, de la victoire, etc., etc.
de remettre les principautés de Wei et de Ts'ao dans leur situation précédente? elles seraient ainsi gagnées à notre parti. Quant au roi de Tch'ou, pour exciter sa colère, et le pousser à nous livrer lataille, le meilleur moyen serait de saisir son ambassadeur, et de le retenir prisonnier. Après quoi, risquons le combat! ensuite nous verrons ce qu'il y aura à faire !
Wen-kong trouva ce conseil plein de sagesse ; il l'exécuta de point en point. Tse-yu voyant son délégué prisonnier, les deux princes de Wei et de Ts'ao ralliés à leur vainqueur, entra dans une grande colère; il se mit aussitôt à poursuivre l'armée de Tsin ^. Celle-ci recula de trois journées devant lui ; les généraux en étaient fort mécontents: Votre Majesté, disaient-ils, recule devant un ministre ! c'est une honte ! l'armée de Tch'ou est depuis longtemps en campagne; elle est harassée; pourquoi nous retirer à son approche?
Tse-fan, l'oncle du roi, lui qui d'abord était si belliqueux, apaisa les murmures. Les soldats, disait-il, qui combattent pour la justice sont forts ; ceux qui luttent pour une mauvaise cause sont faibles ; peu importe qu'ils soient depuis plus ou moins longtemps en campagne! Sans les bonnes grâces de de Tch'eng-wang, Votre Majesté ne serait pas parvenue au trône ; nous devons nous montrer reconnaissants^ et faire honneur à notre parole; autrement, c'est nous qui aurions tort; quelle confiance pourrions-nous alors avoir dans nos armes? Reculons de trois journées; évitons le. combat; si l'armée de Tch'ou s'en retourne dans son pays, que pouvons-nous désirer de plus? si elle persiste à nous pousser, elle sera dans son tort.
Les gens de Tse-yu voulurent en effet arrêter leur marche en avant, mais il s'y opposa absolument. Donc en été, à la 4® lune, au jour appelé Meou-tch'en jT^ ^, l'armée de Tsin § vint camper à Tch'eng-pou JîS ÎH (^) î ®^1® y ^^^ bientôt rejointe par les troupes de Song commandées par leur propre prince ; celles de Ts'i arrivèrent, sous les ordres des généraux Kouo-koei-fou g 1^ ^ et Ts'oei-yao >g ^ ; enfin, celles de Ts'in |^ s'y rassemblèrent, sous la conduite de Siao-tse-yn >]> ^ ^, fils du grand roi Mou-kong Q ^.
L'armée de Tch'ou était adossée à la colline Hi ^ (2) ; elle y avait établi un camp très bien fortifié; sa position était magni* fique; Wen-kong en était presque découragé; le sort du combat lui semblait trop chanceux ; la victoire elle-même ne lui coûterait-
(1) Tch'eng-pou = était à 70 li au sud de Pou-tcheou iH jlt| ? 120 li au nord de Ts'ao-tcheou fou flf jUj Jn [Chan-tong]. La rivière Pou ifH est h 70 li sud-ouest de cette même préfecture Ts'ao-tcheou fou. (p. Fa., vol. 10, p. 18). — (g. Fa., vol. 34, p. 18).
(2) Hi = colline au nord de la rivière Ts'i ^S î celle-ci à 30 li au nord de Ts'aotcheou fou "^ jfH JRp (p. Fa., vol. 10, p. 17). — (g. Fa., vol. 33, p, 31).
elle pas le meilleur de ses troupes? Ne sachant à quoi se résoudre, li se mit à visiter son propre camp; les soldats lui parurent pleins d'entrain ; à son approche ils chantaient à l'envi: Le haut plateau est riche et abondant — il faut oublier le passée regarder en avant! Les officiers étaient mécontents de ses hésitations et de ses scrupules; ils le pressaient d'engager la bataille, l'assurant de la victoire.
Wen-kong temporisait; son oncle Tse-fan ^ ^^ lui dit: Que craignez-vous ? si nous sommes sainqueurs, tous les vassaux viendront à nous; si nous sommes vaincus, notre pays n'a rien à redouter; à l'extérieur il est protégé par de grands fleuves; à l'intérieur il est fortifié par de hautes montagnes.
Wen-kong lui répondit: Le roi de Tch'ou m'a rendu tant de services ; comment les oublier?^ — Tch'eng-wang ne recherche que son avantage, répliqua Tse-fan ; ce n'est pas par affection qu'il vous a secouru; ne voyez-vous pas qu'il a anéanti et annexé toutes les petites principautés au nord du fleuve Han ^? Elles appartenaient à votre famille Ki ^ ; vous ne pensez qu'aux légers bienfaits reçus de lui ; vous ne songez pas à tout le mal qu'il a fait à votre parenté] Livrons bataille; il le faut!
Wen-kong était perplexe. Il avait fait un songe qui lui semblait de mauvais augure : en rêve, il s'était boxé avec Tch'engwang; celui-cî était tombé sur lui, lui avait arraché le cerveau et l'avait mangé. Tse-fan lui disait: Ce songe est en votre faveur! en tombant ainsi, votre face regardait le ciel ; celle de Tch'engwang était tournée vers la terre, comme un coupable qui reçoit son châtiment; il suçait votre cervelle; cela indique seulement qu'il abuse de votre bonté (1).
Tse-yu ^ 3g, lassé d'attendre, lui envoy£^ le ta-fou ^^ Teoup'o |§^, avec le message suivant: humble prière de nous permettre une joute avec vos troupes ; Votre Majesté pourra s'appuyer sur la traverse de son char, et regarder; moi, je ferai de même.
Wen-kong députa Loan-tche ^ ;|^ avec cette réponse : Votre humble serviteur a reçu vos ordres. Votre illustre roi m'avait rendu bien des services, je ne pouvais l'oublier; j'ai donc humblement reculé devant vous jusqu'ici, pour ne pas livrer bataille à l'armée de mon bienfaiteur ; maintenant vous me contraignez ; préparez donc vos chars, appliquez-vous à sauvegarder les intérêts de votre prince ; demain nous allons nous rencontrer sur le champ de bataille.
Wen-kong avait sept-cents chars de guerre ; il n'y manquait pas une lanière, l'ordre y était parfait; c'était donc une armée de cinquante-deux mille cinq-cents hommes, beau chiffre pour ces temps-là ; elle était campée sur les ruines d'une ancienne
(1) Dans quelques commentaires, il est dit : Nous le ramollirons comme une cervelle; sens peu naturel pour le contexte.
ville nommée Yeou-sin ^ ^ (1); If'S recrues, les anciens soldats, tous avaient une tenue irréprochable. Quand ils défilèrent devant lui, il en était fier, et pouvait espérer une belle journée. Il ordonna que chacun se coupât une branche d'arbre, pour s'en servir à un signal convenu.
Le jour appelé Ki-se g, £, Wenkong déploya donc ses troupes au nord des ruines. Siu-tch'en ^ g, aide du général de l'aile gauche, devait attaquer les gens de Tch^en ^ et de Ts'ai ^, qui renforçaient l'aile droite de Tch'ou; c'est lui qui devait engager l'action ; de lui dépendait en grande partie le sort de la journée ; il se montra digne de cet honneur, comme nous allons le voir. Wen-kong était au centre de ses troupes, avec le généralissime Sien-tchen ^ ^ ; à sa droite^ il avait les deux généraux Hou-mao HR ^ et Hou-yen J£ fg ; ceux-ci devaient charger l'aile gauche de Tch'ou ; tous deux firent bien leur devoir, Wen-kong n'eut qu'à les féliciter.
Tse-yu -f 2, entouré de sa garde, les six-cents guerriers de sa maison, avec Jo-ngao ^ ^, était au centre de son armée; à sa gauche était le général Tse-si -^ Uî ^ sa droite, le général Teou-p'o dont nous venons de parler. Tse-yu se croyait invincible: aujourd'hui, disait-il, nous allons anéantir l'armée de Tsin ^. Il fut cruellement déçu dans ses espérances ! combien il dut avoir regret de son obstination !
Siu-tch'en ^ g avait fait mettre des peaux de tigres sur les chevaux de ses chars, pour effrayer ceux de l'ennemi; se lançant sur les gens de Tch'en ^ et de Ts*ai ^, il les chargea avec une telle impétuosité que l'aile droite en fut tout d'abord ébranlée.
Pendant ce temps, Hou-mao |K ^ usait d'un autre stratagème. Il avait deux grands étendards, comme ceux du général en chef; au premier choc, il feignit de prendre la fuite. Loan-tche ^ ;|^ fît semblant de l'imiter; il avait attaché des branches d'arbre à ses chars ; celles-ci traînant à terre soulevaient un immense tourbillon de poussière; on aurait cru l'armée entière en sauve qui peut.
Les gens de Tch'ou tombèrent dans le piège; ils s'élancèrent à la poursuite des fuyards. Sien-tchen ^ -^, le généralissime de Wen-kong, n'attendait que ce moment pour les prendre en flanc. Hou-mao et Loan-tche faisant volte-face, les deux ailes de Tse-yu furent assaillies des deux côtés et dispersées ; la défaite était complète.
(1) Yeou-sin = C'était autrefois la capitale d'une petite principauté nommée Sintchong 3p IV î la mère du grand Yu -^ était de ce pays; le fameux I-yn " ^j le modèle de tous, y cultivait la terre, comme un bon paysan. Cet endroit était à 18 li au nord de Ts'ao-hien ^ j|^î dans la préfecture de Ts'ao-tcheou fou [Chan-tong]. (p. Fa., vol. 10, p. 17. — vol. 12, p. 3). — (g. Fa., vol. 33, p. 29). Cette ancienne ville avait été bâtie sur une colline du même nom.
Cependant, le centre de Tch'ou n'avait pas été entamé. Tseyu dut se contenter de tenir Wen-kong en respect, sans prendre part au combat; il rallia autour de lui ce qu'il put sauver des deux ailes, pour éviter un échec absolu et opérer sa retraite.
L'armée de Wen-kong resta trois jours sur le champ de bataille, pour s'y reposer et festoyer avec les provisions du camp ennemi; au jour appelé Koei-yeou ^ g", elle reprit le chemin de Tsin ^ ; au jour nommé Kia-ou ^ 4^, elle parvint à Heng-yong ^ ^ dans le pays de Tcheng ^ (1).
L'empereur Siang-wang ^ ^ (651-619), ayant appris cette grande victoire, voulut aller lui-inême féliciter Wen-kong; aussitôt, celui-ci fît bâtir un palais d'honneur à Tsien-t'ou 1^ i (2) ; les fêtes furent des plus solennelles; il y eut grande distribution de dignités. Wen-kong offrit à l'empereur, comme trophée, cent chars de guerre avec quatre cent chevaux cuirassés et mille fantassins, pris à la bataille de Tch'eng-pou ^ ^.
Le prince de Tcheng ^ était l'allié de Tch'ou; il avait fourni son contingent de troupes auxiliaires; après la défaite, il s'empressa de déserter la cause de son protecteur, et conclut un traité de paix et de soumission avec Wen-kong.
Le prince de Wei m, effrayé de cette victoire, s'enfuit d'abord au pays de Tch'ou, puis au pays de Tch'en ^; de là, il envoya le grand officier Yuen-hiuen 7c P5, avec son propre frère, le prince Chou-ou 5^ ^, faire acte de présence à la réunion plénière des vassaux présidée par l'empereur ; il adhéra au traité de paix et d'amitié renouvelé par les congressistes. Wen-kong était le véritable maître dans cette assemblée ; mais il eut la sagesse d'y respecter l'autorité de l'empereur, quoiqu'elle fût une ombre vaine ; par cette politique il vit tous les princes se ranger de son parti. Tch'eng-wang, au contraire, eut le chagrin de constater la défection de ses alliés; on devine sa colère contre Tse-yu, l'auteur de cette débâcle !
Celui-ci n'osait pas retourner à la cour; il savait trop bien l'accueil qui l'y attendait! Il ne pouvait même pas rentrer dans le royaume de Tch'ou; car aussitôt après sa défaite, Tch'engwang avait dépêché un grand ofïïcier lui porter ce message : Si votre Seigneurie revient dans ce pays, que répondra-t-elle aux gens de Chen ^ et de Si ,g, (3) dont elle a perdu les fils? C'était
(1) Heng-yong = était à 50 li nord-ouest de Yuen-ou bien ^ 5Î Hpi 180 li à l'est de Hoai-k'ing fou ® H /iï [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12 p. 27).
(2) Tsien-t'ou = était à 15 li nord-ouest de Yong-tsé bien H ^ iH? 140 li nordouest de K'ai-fong fou Pi îj jjî [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 8).— (g- Fa., vol. 47, p. 58).
(3) Chen = était à 20 li au nord de Nan-yang fou TO fe fflf [Ho-nan] . Ip. Fa., vol. 12, p. 40).
Si = était à 30 li au nord de Si-hien ,& jçp ? dans la préfecture de Jou-ning fou
i& ^ M [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 68).
un ordre de se suicider. Il voulait l'exécuter aussitôt; mais son fils Ta-sin J^ i(^ et son parent Tse-si -^ |f le conjurèrent d'attendre une nouvelle injonction, espérant obtenir sa grâce. Tous deux se rendirent auprès de Tch'eng-wang. Le premier ministre, lui dirent-ils, voulait se donner la mort; nous l'en avons empêché, nous lui avons persuadé de laisser à son roi la consolation de le châtier lui-même. Tch'eng-wang comprit bien quel était le sens de ces paroles, mais il refusa de faire grâce. Tse-yu, étant parvenu à Lien-kou j^ ^ (1), s'y suicida.
Quand Wen-kong apprit cette, nouvelle, la joie éclata sur son visage. Maintenant, dit-il, soyons sans crainte; il n'y a plus personne capable de nous faire du tort! le successeur Wei-liu tch'en ]^ â S aura déjà bien de la peine à se garder de faire des sottises ; comment pourrait-il méditer une entreprise pour le bien public? il s'occupe surtout de ses intérêts personnels!
Pour expliquer comment Tse-yu -^ 3E ^^^ ^^ honteusement battu, les historiens rapportent une légende assez curieuse; la voici. Précédemment, il s'était fait faire un magnifique chapeau en peau de cerf, couvert de jades rouges; les cordons mêmes étaient chargés de pierres précieuses; il ne l'avait pas encore porté. Avant la bataille, il eut un songe où l'Esprit du fleuve jaune lui dit de lui offrir ce chapeau en sacrifice ; moyennant quoi, il lui promettait les verdoyantes rives de Mong-tchou jÊ |§ (2); mais Tse-yu tenait à ce splendide chapeau. Son fils Ta-sin et son parent Tse-si l'exhortèrent en vain d'en faire le sacrifice ;il s'y refusa; ils espéraient que son ami Yong-hoang ^ ^ aurait plus de succès, mais celui-ci fut pareillement éconduit. Pour le salut public, lui disait-il, nous devons faire bon marché de la vie; à plus forte raison devons-nous sacrifier quelques perles! Si par ce moyen vous pouvez faire du bien à l'armée, pourquoi vous y refuser?
Yong-hoang épuisa son éloquence en pure perte ; au sortir de l'entretien, il dit à Ta-sin et à Tse-si: Il n'est pas nécessaire que les Esprits s'opposent au premier ministre ; ayant si peu de dévouement pour l'armée, il s'est perdu lui-même !
Les événements que nous venons de raconter se passaient en l'année 632 ; après cette grande défaite, le royaume de Tch'ou ne pensa qu'à réparer ses pertes. En 628, Tch'eng-wan^ changea de politique; il chercha un rapprochement amical avec le pays de Tsin § ; il envoya le grand officier (ta-fou ^ ^) Teoutchang 1^ ^ négocier un traité de paix; de son côté, Wen-kong députa le grand officier ^Yang-tchou -fou ^ ^ "^ rendre la visite
(1) Lien-kou = était à l'est de la fameuse forteresse de Fang-tch'eng 3v ^K' dans la préfecture de Nan-yang fou. (p. Fa., vol. 12, p. 47). — (Edition impér., vol. 15, p. 20).
(2) Mong-tchou = C'étaient de grands lacs, au nord-est de Koei-té fou %^ ^^ JjJ £Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 12).
et conclure le traité. C'est à partir de là que datent les relations amicales entre les deux royaumes. En hiver, à la 12® lune, Wen-kong mourait après un règne de huit ans.
En 627, une armée de Tsin ^, renforcée des troupes de Tch'en ^ et de Tcheng gj, attaquait le petit état de Hiu ^ (2) resté fîdéle à Tch'eng-wang; c'était une violation du traité signé quelques mois auparavant. Aussitôt^ une armée de Tch'ou, commandée par Teou-p'o (autrement dit Tse-chang ^ Ji), envahissait les états de Tch'en ^ et de Ts'ai ^ ; ceux-ci s'empressèrent de signer un traité de paix et de soumission. L'armée de Tch'ou marcha de suite contre la capitale de Tcheng §5, pour y établir le prince Kong-tse-hiai ^ ^ ïg. fils de Wenkong, réfugié depuis deux ans auprès de Tch'eng-wang, et tout dévoué à ses intérêts. On livra des assauts furieux à la porte méridionale, appelée Kié-tchou |^tf^c5 pendant le combat, le char du prince fut renversé dans le marais Tcheou-che J^J JE ; un esclave de bas étage, dont les cheveux avaient été rasés en punition d'un crime, s'élança sur le prince, lui coupa la tête, et l'offrit à Mou-kong 5g ^ (627-605) le roitelet de Tcheng f|S. La mère du défunt put ensuite obtenir son cadavre ; elle le mit ellemême dans un cercueil, et l'enterra au-dessus des murs de Koei-tch'eng 1§|5 ^ (3) ; cette princesse avait nom Wen-fou-jen ^ ^ A (madame Wen).
Cependant, le nouveau roi de Tsin ^ voulait punir Tétat de Ts'ai ^ d'avoir fait défection; il envoya une armée sous les ordres de Yang-tchou-fou, dont nous venons de parler. Les troupes de Tch'ou, commandées par Teou-p'o ^ ^ (c'est-à-dire Tse-chang -^ J^), vinrent au secours de Ts'ai. Les deux armées furent bientôt en présence, séparées seulement par la rivière Ti \& (^) î elles se fatiguaient réciproquement en marches et contre-marches, sans pouvoir ou sans oser traverser la rivière. Yang-tchou-fou finit par envoyer un message à Tse-chang: On nous a enseigné, disait-il, qu'un homme bien élevé ne ruse pas avec celui qui lui montre de la déférence : un homme qui a
(2) Hiu = la capitale était la ville actiiello de Hiu-tcheou Wf /n [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, p. 57).
(3) Koei-tch'eng = c'était une petite principauté, mentionnée dans le Livre des vers (Cho-king "^ ^5); elle fut anéantie par Ou-kong J^C ^' prince de Tcheng ^ (770- 744). La capitale était A 50 li nord-est de Mi-hien ^ Sf' <^^ans la préfecture K'ai-fong fou II âj" flï [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 47, p. 52).
(4 Co fleuve Ti s'appelle maintenant Kiang-choei ^ H^'i il a sa source dans la montagne Yao-chan ^ llj ? à 40 li à l'ouest de Lou-chan bien ^ lil j^î qui dépend de Jou-tcheou Xk /H [Ho-nan]; il coule à un li au nord de Che-hien ^ J|^, dans la préfecture de Nan-yang fou ^ ^ JjJ [Ho-nan] . (p. Fa., vol. 12, pp. 48 et 62).— (g. Fa., vol. 51, p. 32).
conscience de sa force ne fuit pas devant l*ennemi. Ceci posé, si vous désirez livrer bataille, je me retirerai à trois journées de distance, et vous laisserai toutes les commodités pour passer le fleuve et vous ranger en bon ordre; ou bien, si vous le préférez, laissez-moi traverser la rivière ; autrement, nous fatiguons nos soldats et nous épuisons nos ressources en pure perte, de part et d'autre. Il monta sur son char, et s'en alla sur le bord de la rivière y attendre la réponse de Tse-chang.
Celui-ci, piqué d'honneur, voulait passer le fleuve et livrer combat; mais Tch'eng-ta-sin ^:f^è(^^ le fils de Tse-yu -^35? ^^i dit: Les gens de Tsin n'ont ni foi ni loi; dès que la moitié de votre armée sera de l'autre côté, ils se jetteront sur elle; vos regrets ne vous serviront de rien; accordez-leur de venir ici. Sur ce, l'armée de Tch*ou recula de trois journées. Yangtchoufou se fit sans doute le même raisonnement ; il se garda bien de traverser le fleuve ; il s'écria que les gens de Tch'ou avaient fui devant lui, et s'en retourna dans son pays.
Tse-chang n'avait plus qu'à s'en retourner aussi chez lui ; c'est ce qu'il fit. Mais il avait un ennemi puissant à la cour, le prince -héritier lui-même; celui-ci lui avait voué une haine mortelle, pour avoir exhorté Tch'eng-wang à donner la succession à un autre. Ce prince s'appelait Chang-tch'en "^^ ; il profita de la circonstance pour se venger ; il dit au roi : Notre général a fait une expédition ridicule, sans résultat; il s'est laissé corrompre par l'argent de Ts4n, et nous a trahis; c'est pour cela qu'il a décliné la bataille; c'est un crime impardonnable! Tch'eng-wang fut si impressionné de cette calomnie qu'il ordonna de mettre à mort l'infortuné Tse-chang. Voici le châtiment de cette injustice.
En 626, Confucius écrit : en hiver, à la 10® lune, au jour appelé ting-wei "J* ^, le prince-héritier de Tch'ou, Chang-tch'en, massacre son père Tch'eng-wang. Voyons les détails donnés par Tsouo-k'ieou-ming. Quelques années auparavant, le roi voulait déclarer son fils aîné prince-héritier; ayant consulté son premier ministre Tse-chang, celui-ci l'en avait dissuadé: Votre Majesté n'est pas encore très âgée, lui disait-il; pourquoi se hâter si fort? De plus, c'est la coutume dans ce royaume de donner la succession H l'un des princes cadets; changer cet ordre serait une source de révolutions; Votre Majesté a bon nombre de fils tendrement aimés; si plus tard vous avez regret d'avoir choisi l'aîné pour votre successeur, vous ne pourrez éviter une révolte de sa part.; il est d'un tempérament cruel ; il a les yeux d'une guêpe, et la voix d'un loup ; gardez-vous bien de le déclarer prince-héritier !
Tch'eng-wang n'avait pas tenu compte de ce bon conseil ; nous venons de voir qu'il coûta la vie à Tse-chang. Plus tard, le roi se repentit de son choix ; il voulait revenir sur sa parole, et donner la succession au prince cadet Tche ^. Chang-tch'en en
eut vent, mais sans en ôtre sûr; il s'adressa de suite à son précepteur, P*an-tch'ong ^^, lui demandant un moyen de connaître la vérité. Celui-ci lui répondit: C'est facile! invitez à un grand dîner la princesse Kiang-mi, votre tante (1), insultez-la pendant le repas ; dans sa colère, elle trahira le secret. La ruse réussit à merveille : la princesse indignée de l'outrage s'écria : Fi de cet esclave ! le roi a bien raison de vouloir le tuer, pour donner la succession au prince Tche!
Chang-tch'en se hâta de communiquer ces paroles à son précepteur, lui demandant de nouveau que faire pour conjurer le péril. — Hé-bien ! répondit P'an-tch*ong, ôtes-vous capable de servir en simple sujet? — Non ! — Pouvez-vous accepter la fuite et l'exil? — Non! — Voulez-vous alors hasarder un grand coup? — Je suis prêt à tout pour monter sur le trône! Sur ce, le complot fut préparé.
En hiver, donc, à la 10® lune, Chang-tch'en, entouré de ses gardes du corps, assiégeait le palais royal ; il s'en empara en un coup de main ; personne ne s'y attendait ! Tch'eng-wang lui demanda une grâce avant de mourir; c'était de lui faire cuire des pattes d'ours pour son dernier repas. Cela exigeait un temps considérable ; le roi espérait que ses gens, revenus de leur première stupeur, tenteraient de le délivrer. Le parricide comprit bien son intention ; il exigea que son malheureux prisonnier s'exécutât surle-champ ; aussitôt celui-ci se pendit.
Après sa mort, on s'occupa de lui donner un nom posthume. On voulait d'abord l'appeler Ling-wang ^ ^ , mais le cadavre ne voulait pas fermer les yeux ; il semblait protester ; car le caractère Ling S, entre autres significations, a celle-ci : pas d'ordre dans le gouvernement, sans cependant avoir nui ^au royaume (2). On s'arrêta enfin au nom Tch'eng-wang j^ ^, qui signifie: donner la paix et la justice (3), alors le cadavre consentit à fermer les yeux. Voilà du moins ce qu'en racontent les historiens.
Quant au parricide, il monta sur le trône sans être inquiété par personne ; il est connu dans l'histoire sous le nom de Mouwang ^ J. Pour récompenser son complice P'an-tch*^ong JH ^r il lui donna le palais du prince-héritiur, avec les titres de Grandprécepteur (Ta-che ^k 69) ®* ^® Grand chef de la garde royale.
(l) Cette princesse Kianf?-Mi îlL ^ = était la propre sœur de Tch'en^-waiig; elle était mariée an prince de Kiang Ûl? dont le nom de famille était Yng^ j|P<) comme pour les rois de Ts'in ^^- Ce petit état était au sud-est de Tchenpr-yanfî bien JOq f^ j^i dans la préfoclnre do .Tou-ning fou Ï5f ^ /iJ [Ho-nan]. (Kiang-yu-piao, vol. Jl ? p. 1«)— (p. Fa. vol. 12, p. .50).
(2) fâ & mw ;f «
(3) $ 15 jjc ift ^-