CH. XIV. DYN. DBS T8*ING GUERRE DE L*0PIU1I
Le 11 et le 12, la mise à terre des batteries s'exécuta à **Ma-tan keang'' dit le texte anglais où nous puisons ces détails. Le 13 au soir, un formidable parc d'artillerie se trouvait constitué à Mai^kao k'iao, où le régiment de Madras vint aussi le rejoindre (1).
La population des environs n'accusait aucun symptôme insolite de défiance, ni d'bostilité; elle semblait peu au fait des éventualités redoutables qui se préparaient, ou bien peut-être elle se désintéressait du conflit, dans lequel les deux gouvernements lui paraissaient seuls acteurs en cause. A Mai-kao k'iao pourtant, devenu quartier-général, les habitants avaient fui en partie. Les ouvrages cités plus haut nous décrivent ce village comme bien différent de ce qu'il est maintenant. Il renfermait, détail invraisemblable aujourd'hui, des demeures d'une extrême et élégante opulence, dont les richesses devinrent la proie des troupes qu'on y tint consignées pendant ces quelques jours. C'est actuellement à peine un hameau, à cheval sur la route, non loin et au nord de Chen-tch'é men et ne contenant au plus qu'une vingtaine de boutiques; simple relai pour accommoder les âniers de passage.
Le programme de l'autorité militaire avait fixé au 14 août l'attaque contre Nankin ; nous avons dit qu'elle devait avoir lieu aux environs de T'ai'p'ing men, près de la colline intérieure de Long-hoang chan, récemment couronnée de casemates et d'artillerie. Une large chaussée en remblai conduit à cette porte, dont un pétard, une cartouche explosive, aurait aisément raison. Aux abords s'élevaient encore quelques maisons, promettant aux compagnies de débarquement un abri opportun, pour tirailler, fusiller les crêtes des murs, couvrir et appuyer une troupe qui tenterait une pointe en avant. Mais surtout, des hauteurs très voisines qui dominent immédiatement une étendue considérable de l'enceinte, des pièces mises en batterie devaient foudroyer presque sans danger le rempart, avant d'ouvrir une brèche aux assaillants,
fer) qui mène à cette porte et elle tourne brusquement au nord-ouest, avant d'arriver à Koan-yn men ; non loin de ce coude, il se détache de la route un embranchement vers la porte de Chen-trh'é me7i, par Mai-kao kHao. Les AnplaiR avaient donc pertinemment choisi et assuré leurs voies de communication, du fleuve aux remparts à attaquer.
(1) Il y avait en août 1842 à Nankin, 6000 Tartares et 9.000 Chinois, et l'expédition anglaise amenait 4.500 hommes. China by Mnrray, Il p. 496.
«En 1842, la garnison de Nankin comprenait près de 3000 Tartares armés avec environ autant de Chinois. Des renforts arrivèrent de Tchen-kiang, après la prise de cette ville, sans compter d'autres secours. D'après les documents chinois, le 29 juin 1847, la flotte anglaise quitte Ou-song : le 29 et 30, alarme à Ts'ong-ming. Le 9 juillet, elle est à Lang-ohan. Un officier chinois de la rive gauche est cassé pour avoir donné la nouvelle. Le 10, avant-garde à Kiang-yn.... Le 13, deux vapeurs éprouvent une résistance sérieuse à C7/«?i«;/an et sont arrAtés. Le 14, la flotte passe.» Chinesr Repository, 1841: vol XI, p. 476. V. ibid p. 512 la circulaire de Sir H. Pottinger aux sujets anglais.
f I. SIEGE DE NANKIN. 261
lancés en colonnes d'attaque. Les officiers en effet n'avaient pas tardé à remarquer qu'à l'angle aigu de l'extrémité nord-est de l'enceinte, des pièces qui battraient la muraille ou des troupes qui la saperaient, ne seraient guère exposées qu'au feu d'un seul mauvais canon, placé et servi du reste dans des conditions très désavantageuses. Là est un des points faibles de la place ; les Impériaux, comme nous le montrerons ailleurs, devaient également le reconnaître et en bénéficier au mois de juillet 1864.
A vrai dire, les Nankinois finissaient par s'inquiéter peu à peu de ces préparatifs menaçants, et, tactique chinoise, ils s'ingéniaient à gagner du temps. Tchen-kiang leur avait envoyé des défenseurs de circonstance, exaspérés par le massacre, mais ébranlés aussi, par le désastre, dans leur confiance en l'efficacité de leurs ressources militaires.
D'heure en heure plus pressants, les Anglais écartaient impitoyablement tout subterfuge, tout faux-fuyant et affirmaient leur inébranlable résolution d'ouvrir le feu à la date, à la minute Rxée. Aussi, trois heures avant ce moment décisif, les hauts mandarins ahuris firent-ils savoir à Sir Henry Pottinger qu'ils se trouvaient nantis des pouvoirs nécessaires (point nié jusque-là), qu'ils consentaient enfin à parlementer utilement. Le 16 août, K'i Yng, nommé commissaire impérial le 10 avril, demanda un armistice. Il vint à bord le 20 août avec son collègue al-lUpoun (1).
Vers le milieu d'août 1842, la même semaine peut-être, dans l'île de Formose, 197 naufragés des navires anglais Ann et Nerbudda étaient décapités après une fort cruelle captivité. On excusera les implacables exigences de Texpédition britannique, si on a lu, dans le Chinese Repositorrj de 1845 (p. 298) le ajournai)) de leur détention, tenu par M. Gully et le Capitaine Denham.
Le 24, Sir Henry Pottinger rendit la visite avec son état-major. On lui servit à dîner dans une très ordinaire pagode (2) (Ts'ing^ hai se?) non loin du mur, au bord de la nouvelle route actuelle, à peu près au point où elle s'engage en ville. L'escorte présente raconta TeiTarement plaisant des convives chinois quand, à la fin du repas, ils ouïrent éclater les accords du God save national,
(1) "I-li-pou était pour la paix" D. C. Boulier, "A short history of China", Londres 1893. Les autres couimissaireu étaient K*i Yng et Nieou Kien, vice-roi des deux Kiang. a Le 2i) août, six petites canonnières amenèrent les trois commissaires, en costume fort simple, C(* dont ilb s'excusèrent, prétextant qu'ils étaient trop affairés. Une troisième visite officielle eut lieu le 2<) août dans le Collège liaU^ au centre de Nankin» p. 226.
(2) Il s'agit peut-ôtre de la pagode rebâtie sur l'emplacement du célèbre et riche monastère de TaHug-nai-se. Tout à côté, à l'est, s'élève encore une belle stèle (très ornée) sur une tortue, datant de Yong-lo^ et provenant du T^ien-fei kong^ temple élevé en l'honneur de la déesse de la mer. Cet empereur rédigea l'inscription de la stèle, pour remercier la déesse d'avoir protégé ses ambassadeurs (la 14* année de son règne), dorant leur voyage aux Indes.
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enlevé par la musique anglaise. Quoi qu'on en écrive, la musique chinoise, même avec son tapage de gongs et de timbales, n'atteint pas aux sonorités de la nôtre.
Le 26 août, le ministre plénipotentiaire, pourvu d'une brillante escorte aussi, entra dans la ville par I-fong men et fut reçu par les mandarins. Ce furent là les seuls Anglais qui, durant toute l'expédition, pénétrèrent dans Nankin. Comme les fonctionnaires chinois étaient frappés du bel air des montures des officiers et des soldats, on leur offrit deux des plus beaux chevaux arabes pour l'empereur. Les mandarins, redoutant quelque dénonciation de corruption, aisée à formuler, déclinèrent cette offre aussi tentante qu'imprévue.
Enfin, le 29 août, K'i Yng monta à bord du Cornxçallis, le 24* de la 7* lune de la 22® année de Tao-koang, pour signer avec H. Pottinger le «Traité de Nankin», qui peut se résumer en ces termes: La Chine accordait «la cession à la G'^'^ Bretagne de l'île de Hong-koiig {\), l'abolition du monopole des négociants Hongs à Canton, le paiement au gouvernement anglais d'une indemnité de 21 millions de dollars, indépendamment des 6 millions déjà perçus devant Canton (2) ; et l'ouverture au commerce étranger des ports dAmoy, Fou-tcheou, Ning^po et C/iang-Ziai» (3).
(1) Lire la Bévue française de 1895 (p. 189) pour voir ce qu'est devenu entre des mains anglaises, dans l'espace d'un demi-siècle, cet ilôt extorqué par le Traité de Kankin. Sis à 9000"»- du continent, dominé par un pic de 1.000"- et couvrant 80 kilom. carrés, l'île de Hiang-kiang ^f rS, Hong-kong en cantonais, «fait plus d'un milliard d'échanges avec l'Angleterre et ses colonies, soit les */j j> du commerce extérieur de la Chine. Entrées et sorties (mouvement maritime) en 1893 : 14, 350.000 tonnes (plus que Londres et Liverpool), «de sorte que Hong-kong est devenu, en âO ans, d'un rocher dés^-rt, K' premier ytoit du monde». Chang-hai occuperait le 9» ran^'. L'île renfermait alors 230.(K)0 h. dont 10.000 européens, avec une garnison de 2.000 soldat;!., recevant 7. 500.000 de solde annuelle. Les Anglais y ont créé plus de cent écoles, coûtant 250.0<}0 francs.
(2) Ces 6 millions avaient été exigé^ en compensation partielle des •'0.2S9 caisses d'opium, valant près de 11 raillions de Vlollars, (]ue le Commissaire Lin avait contraint les étrangers de lui remettre s\ Canton, en 183î». et dont il avait ordonné la destruction, plus légitime que légale (28 mars 1839).
(3) «Invité h assister A la conclusion du Traité ijui fut signé à bord du ComnoHiny le C* Cécile remonta sur une jonque h Xanking. et fut présenté par l'amiral anglais (Sir "William Varker) aux commissaires impériaux». (Vice-amiral Juricn delà Gravière. Voyage de la rorvetiv In Baijonnaisc dans les mers de Chine 3* édition. 1872. Tome I, p. 83). Bientôt la corvette la Favorite (C* Page) «vint jeter l'ancre au milieu de la flotte britannique» peu de jours après la signature du traité. Voir dans cet ouvrage l'intéressant résumé des négociations poursuivies alors par la France (île Kosamel, de Ratti-Menton, de Lagrené...) pour conquérir aux Chinois la tolérance religieuse. Une convention provisoire, échangée le 10 sept. 1843, prépara le Traite Lagrené, signé le 24 oct. 184i, sur la corvette VArchimède, A Watnjwa (Canton). Cf. sur ce Traité si iniportant pour l'évangélisation de la Chine, le Chin^^ne Recorder d'octobre 1888 et «Nankin port ouvert».
f I. TRAITS DE NANKIN. 263
Au Bogue, devant Canton, on signa le 8 octobre 1842 un traité additionnel, réglementant les droits de tonnage à Timportation et à l'exportation.
Officiers et soldats se transformèrent, pendant deux ou trois semaines encore, en Nemrod et touristes pour explorer le Tombeau des Ming, la Tour de Porcelaine et autres curiosités presque disparues aujourd'hui.
Les Nankinois pouvaient aussi respirer; le siège par les armées barbares leur aurait du reste été probablement moins calamiteux que ceux que la vieille capitale avait subis si souvent au cours de sa longue histoire. Et des jours plus sombres lui étaient réservés encore (1).
En décembre 1842, la flotte ramena aux Indes plus de 5.000 h.; on en laissait derrière soi 4.800 à Hong-kong, à Koulang-sou (près Amoy) et à Tcheou-chan, «Les pertes des Anglais, pendant toute la durée de la guerre, s'étaient élevées à plus de S.OOOh., morts soit de blessures, soit de maladies.» (S. du Mas, II. p. 52) (2>.
Les Chroniques de Nankin, pas plus que les documents étrangers, ne nous révèlent rien de marquant sur les années suivantes. Je mentionnerai seulement l'incident du consul anglais Alcock, bloquant le port de Chang-hai, arrêtant avec le Chiltem et V Espiègle j les jonques chargées de riz pour Pékin, et dépéchant à Nankin ce dernier navire pour exiger du vice-roi la réparation de sévices commis par des pirates contre M. M. Medhurst, Lockart et Muirhead. tj'Espiegle mit dix jours pour arriver à Nankin. Le taO't'ai de Chang-hai fut cassé (mars 1848).
En 1848, les missionnaires jésuites, renouant un passé trop lointain, avaient repris l'administration de la chrétienté nankinoise (v. Lettres de Jersey, août 1887 p. 156 (P. Colombel).
(1) Koa-tcheoH jQSL jfH) au nord de Tcheii-kiaug, dut payer H.OOO.OOO de fraucs pour éviter dïtre occupé par l'expédition an^'laise de 1842. Jurieii de la Gravière. Voyage en Chiue, 3 édit. p. 72.
(2) Le O»^ Ernest Martin (L'opium,... p. 8G) représente comme trop rapide et trop aisément obtenue la reddition de Nankin. P. 24, un lapsus (rectifié plus loin, p. 86) donne À tort le 29 avril, au lieu du 29 août, comme la date du traité de Nankin, ratifié à Chang-hai le 26 juin 1843.
«LeB Barbares anglais furent apaiséb à Kiang-ningn, disent les chroniques chinoitiieb, à la 6* lune de 1842.
Les Chinois rougiront pluH tard de cette rédaction et de quelques autres plus compromettantes» encore.
Cf. C^ Elliot Bingham. «Narrative of the Expédition to China» Londres 1843 (il donne 200 pieda à la Tour de Porcelaine). Comparons le texte de l'article VI. du Traité: «The Govemmcait of Her Britannio Majesty having been obliged to send out an expédition to demand and obtain redress for the violent and unjust proceedings of the chinese High Authorities, the Emperor of China agrées to pay the sum of 12.000.000 dollars.» Herst. p. 7.
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A Texemple des notices qui accompagnent les .dernières Cartes (n"' XIV (districts), XV (montagnes), XVI (cours d'eau), XVII (Nankin sous les dynasties successives, Cartes comparatives); nous formulerons quelques remarques relatives à la Concordance des noms anciens et des noms nouveaux.
A. — Autant qu'on en peut conjecturer d'après les vieilles annales du pays : 1*/ La ville de la préfecture (non la capitale ou le palais) était sous les Han au sud de la Ts'in hoai. — 2^ Sous les Lou'tch'ao, Six dynasties, elle était au nord, auprès de la colline Fou^tcheou chan, à l'ouest de T'ai-p'ing men, — 3*/ Sous les Tch'en, les Soei et les T^ang, au N.O. de la TsHn hoai, auprès de TsHn^liang chan, — 4®/ La dynastie insurrectionnelle, ou plutôt le Royaume de Ou, et les dynasties subséquentes jusqu'aux Ming^ occupèrent les territoires au nord et au sud de la Ts'in hoat, jusqu'au Tsiu-pao chan, près Yu-hoa t'ai et le Nan men. — 5*/ Les Ming agrandirent la ville jusqu'aux limites énumérées plus haut. — 6*/ Enfin la dynastie actuelle, sans aucun changement notable, en fit la capitale des provinces du Kiang~nan et du Kiang-si.
B. — La capitale des Lou-tch'ao (6 dynasties, cf. Carte n* VI) avait cette étendue : Ta-se-ma men :A:'^JS|P^^ la porte précédant le palais, était juste en face de la porte Siuen^yang men ^ |^ P^^ à un peu plus d*un kilomètre. A 3 kilom. plus au sud et tout droit, on rencontrait Tchou'tsio men ^ ||g p^, porte, non pas de la ville, mais du faubourg, ou plutôt de la rue impériale, sur la Ts'in hoai, au nord de Tctiou-tsio hang ^ ^ J|J, qui se trouvait probablement au nord-est du pont actuel de Tchen^hoai k'iao. La porte de Siuenyang men était au pont de la rue Tchong-tcheng kiai 4* jE 'K- La porte de Ta-se-ma meii dut être au nord de cot endroit, tout auprès, à l'ouest de la grande rue qui, vers l'est, arrive au Siphon men d'aujourd'hui.
Ping-tch'ang meti Zp ^ f^, la porte nord, au delà du palais, a dû s'ouvrir au sud de la rue actuelle Tch'eng^hien kiai ^^^ : le petit ruisseau Tchen^tchou ho jj^ 3^ }^ coulait dans l'enceinte du palais.
La partie nord du Si-che^pa-wei H + /VÎ& ^^ait la partie nord de la capitale Pé-tch'eng ; la partie oM de la capitale Tong^tch'eng se trouvait là où, sous les Song, était le camp Si-Heou yng ^^ ^, et aussi le Tribunal de la sous-préfecture Chang-yuen /ii>/i. La iepart ouest de la ville Si-tch'eng allait jusqu'au nord de l'École militaire, Ou-hio, établie sous les Ming.
C. — Le palais des Nan T'ang s'ouvrait au sud vers le pont actuel Nei~k^iao (celui où commence réellement la partie septentrionale de la rue du Nan men); il avait à Touest le pont actuel