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(1) Hoai-joei =c'e8t Cheou-tcheou 9 9H [Ngan-hoei]. Ce territoiro faisait partie de la région appelée Yu-tchang, comme nous venons de le dire.
Chen = il s'agit de Chen-kieou, dont nous avons parlé tant de fois»
(2) Pé-kiu= c'est Ma-tch*eng bien mt Jm Wk^ dont la préfecture est Hoangtoheou fou JC i/H JSP [Hou-pé]. — La rivière Kiu ^ estàl'estde la ville; elle a sa source dans la haute et abrupte montagne de Koei-fong-chan £ iQE LU ) à 60 li a Test de Ma-tch*eng. A 30 li nord-est de cette m^me ville, se trouve la montagne Pé-tseohan tt "P lU (p. Fa., vol 21, p. 10) — (g. vol. 76, p, p7).
(3) C'est-à-dire jusqu'à Han-k*eou Ipl M i ville bien connue maintenant des Européens, à l'endroit mûme où le fleuve Han se jette dans le Yang-tse-kiang.
D'abord on se contenta de se surveiller de part et d'autre ; les gens de Ou ^, à Test du fleuve, les gens de Tch'ou à l'ouest; qui passerait le premier ? Siu J^, le brave gouverneur de Chen ÎJlb, et aide du ministre de la guerre, s'adressant à Tse-tch*ang •^^, lui proposa un plan excellent: Restez ici, lui dit-il; suivez les mouvements de l'ennemi, qu'il monte ou qu'il descende ; empêchez le de passer la rivière ; moi, je vais conduire l'armée de Fang-tch'eng -ff j|| détruire la flotte de Ou; ensuite je reviendrai occuper les défilés de Ta-soei ^ ^, Tche-yuen ]i[ ^ et Ming-ngo ^ PB (1) ; alors vous franchirez le fleuve : vous prendrez l'ennemi par devant, moi par derrière ; la victoire est certaine. Tse-tch*ang fut enchanté de l'exécuter, et le brave Siu partit aussitôt.
Mais ce projet fut contrecarré par les autres généraux : Hé j^, gouverneur de Ou-tch'eng 1^:^(2)' ^^* *^ ^^" tour à Tse-tch*ang:
(1) Siii, gouverneur de Chen, proposait doue d'aller, avec une faible escorte, chercher la garnison de la forterese Fang-tch'eng ; d'aller ensuite détruire la flotte qui avait amené l'armée de Ou, et qu'on avait laissée à Hoai-joei; puis de revenir par le chemin suivi "^dkV cette môme armée ; d'occuper fortement les trois défilés par où elle était venue ; de lui couper ainsi la retraite de toute manière. Ce plan suppose un homme de grande énergie, et un habile capitaine ; s'il n'avait pas été stupidement contrecarré, les troupes de Ou eussent été anéanties avec leurs auxiliaires.
Les trois défilés dont il s'agit sont dans la préfecture de Jou-ning fou ^ ^ ^^ [Ho-nan] .
1') Ta-soei= appelé encore Ou-yang-koan Hp P^ Hii ou encore Foug-chan-koan B Ul Iw=e8tàl501i sud-est de Sin-yang tcheou |« ^ Tfl* Vers le sud-ouest, il conduit à Yn-<?han bien . ^ lU |P^ i dans la préfecture de Té-ngan fou S 3C fflf [Hou-pé], à une distance de 130 li. C'est le moins dangereux de tous; il porte encore le nom de Ta-sai-ling zC S tS*
2') Tche-yuen = appelé encore Hoang-hien-koan ^ 11^ BBi ou Pé-yen-koan H Jj$ Hii ou Kieou-li-koan TL £ M = est il 90 li au sud de Sin-yang tcheou. Au sud, il conduit aussi a Yng-chan bien, avec 90 li de distance.
3**) Men-ngo= est il 90 li sud-est de Sin-yang tcheou. Au sud, il conduit aussi à Yng-chan bien, 65 li. Ce défilé s'appelle encore P'ing-tsing-koan ^ Jff HI î taillé de main d'homme dans le roc, il est si étroit, si dangereux par lui-m6me, qu'il n'a pas besoin de fortifications (p. Fa., vol. 11, p. p. 8 et suiv). — (g. vol. îfî, p. p. 42 suiv. où sont tous les détails désirables) — (Histoire du Ho-nan. vol. 6, p. p. 42 et suiv). Ces gorges de défilés sont i\ l'est du grand massif Hoai-chan XW- LU i dont nous avons parlé au début de cette bistoii-e, lors des entreprises du roi Ou- Wang 5Ç i contre le marquisat de Soei m* Ils s'appellent du nom commun Tch*eng-k'eou ^ P« ils ont environ 200 li de longueur dans les montagnes.
L'armée de Ou avait d'aboi*d marché vers le nord, pour déguiser son intention; elle s'était ensuite dirigée vers l'ouest, pour s'unir aux troupes de Ts'ai ^ ? les gens de Tch'ou s'attendaient à une invasion par le sud ; ils n'avaient point songé que l'ennemi pût faire un si énorme détour; ils n'avaient point gardé les défilés en question; combien ils devaient s'en repentir !
(2) Ou-tch*eng=Il y a bien des villes de ce nom: celle-ci était il 25 li nord -est de Sin-yang tcheou 1& lil îW (P- Fa» vol. 50, p. 34).
les armes [les boucliers?] de Ou sont en bois, les nôtres en cuir; nous ne pouvons pas rester plus longtemps ici, par cette saison; il vaudrait mieux livrer bataille tout de suite. — Le grand officier Che-hoang ^ ^ ajouta : le peuple vous déteste, et il aime votre rival Siu; si celui-ci réussit dans son dessein, la victoire lui sera attribuée, votre seigneurie n'aura que la honte ; hâtons-nous donc de livrer bataille !
Emu par ce discours, Tse-tch^ang passa le fleuve et disposa son armée en ordre de bataille entre les deux montagnes Siao-pié è]> JJlJ et Ta-pié -j^ J^\ (1) ; il engagea successivement trois combats, sans pouvoir entamer les troupes de Ou ; cet échec le découragea ; il parla même de s'enfuir. Che-hoang lui dit: en temps de paix, vous ambitionniez la première dignité du royaume; maintenant dans l'embarras, vous voulez fuir! Où pourriez-vous aller? Il faut savoir mourir, et réparer ainsi vos torts passés!
A la ll^iïie lune, au jour nommé keng-ou j^ ^, les deux armées se livrèrent une bataille décisive à Pé-kiu jj^ $, c'est-àdire entre la montagne Pé-tse-chan ?fâ "F llj (2) et la rivière Kiu $. Le matin même, Fou-kai ^ H dit au roi Ho-liù son frère : le premier ministre de Tch*ou manque d'humanité ; aucun de ses inférieurs ne voudra affronter la mort pour lui ; laissez moi le premier l'attaquer; ses soldats s'enfuiront certainement; notre armée se jettera alors sur eux ; notre victoire sera complète. Ho-liu n'approuva pas ce conseil. Fou-kai dit alors à ses amis : il y a un proverbe ancien ainsi conçu : que l'inférieur examine les circonstances (favorables), et agisse ensuite, sans attendre Tordre du supérieur ; c'est notre ca^ ! Que je meure aujourd'hui, nos troupes entreront dans la capitale de Tch'ou! Sur ce, il conduisit ses cinq mille hommes au combat ; les soldats de Tse-tch'ang prirent la fuite ; les troupes de Tch'ou se débandèrent ; l'armée de Ou les poursuivit, et les tailla en pièces ; Che-hoang périt sur le champ de bataille ; Tse-tch'ang alla se réfugier chez le prince de Tcheng §|S. —
Arrivés sur les bords de la rivière Tsing-fa ]^ |S (3), les
(1) Ta-pié-chan = ét8it autrefois iV l'est de fleuve Han ; en 1465, sous la dynastie Ming ^ î on a détourné le cours de cette rivière ; maintenant la montapfne est à l'ouest ; elle est à un demi li nord-est de Han-yanj,' fou 1§| f^ jjj [Hou-pé].
Siao-pié-chan = est j\ 10 li au sud de Han-tcheou hien 1§| )\\ J|^î qui est îi IGOli nord-ouest de sa préfecture Han-yang fou. Il y a environ 150 li entre les deux montagnes. (Ta-pié-chan-tcbe ^f^ ^îj [Ij JE ^ vol. 1, p. p. G a 17, édition de 1874) (p. Fa., vol. 21, p. p. 5 et suiv.). — La monographie sur ces 2 montagnes a pour auteur TIou Hong- tan nB 8L tS*) appelé aussi Yué-ts'iao ^ 'jfl-
(2) Pé-tse-chan = Voyez un peu plus haut, îl la note Pé-kin.
(3) Tsing-fa- cette rivière, appelée aussi Yuen-choei îH ^r^^ est au nord-ouest de Té-ngan fou S 3C /UT [Hou-péJ ; elle a sa source dans la montagne Ta-hongchau ;Kc ^ llj [Hou-pé] (p. Fa., vol. 21, p. 10) — (g. vol. 77, p. 28).
gens de Ou voulaient de nouveau livrer combat; Fou-kai leur dit: une bête fauve poussée à bout se retourne contre ses agresseurs; si Tarmée de Tch*ou voit qu'il n'y a plus qu'à mourir, elle se battra à outrance, et nous vaincra peut-être : si Tavant-garde peut passer la rivière, l' arrière-garde la suivra; attendons que la moitié des troupes soit de l'autre côté, ce sera le bon moment pour Tattaque. Ainsi fut fait, et Ton remporta encore une grande victoire. L*armée de Tch'ou était occupée à préparer son repas, quand *on se jeta sur elle; après la bataille, les gens de Ou trouvèrent donc leur diner tout prêt; ils s'en régalèrent au plus vite, et se remirent à poursuivre les fuyards; ils les atteignirent à Yong-che ^ ^^. (1), les anéantirent complètement, et marchèrent droit sur la capitale.
Au lieu d'en faire le siège, les gens de Ou employèrent un autre stratagème ; ils détournèrent la rivière Tchang ^\ la firent passer près de Ki-nan ^ ^, et la conduisirent dans le lac Tch*e-hou ^ jj^ (2). Quand les eaux furent assez hautes, ils les lâchèrent sur les remparts de la capitale; ceux-ci, qui n'étaient probablement qu'en terre battue, ne tardèrent pas à s*écrouler (3).
A la llème lune, au jour appelé ki-mao g, ^, Tchao-wang quittait la ville, emmenant sa plus jeune sœur Ki-mi Pi-ngo ^^ If $ (4), et le censeur Kou @. Avant de partir, il avait essayé un moyen de défense désespéré ; il avait un certain nombre d'éléphants daus son palais ; il ordonna de les conduire hors des remparts, de leur suspendre des torches allumées sous la queue, et de les lancer sur l'armée de Ou; (5) mais ce fut inutile.
(1) Youg-che = cette rivière coule 80 li Bud-ouest de Kiug-chan hieu ff^ llj J|^9 dont la préfecture est Npjan-lou fou "S ® In [Hou-pé] ; elle a sa source daus la montaprne Mouo-che-chan @ 'Ç lU « qui est à 70 11 plus ù l'ouest (p. Fa., vol. 20, p. 14) — (g. vol. 77, p. 8).
(2) Tch'e-hou=ce lac est j\ 15 li nord-ouest de King-tcheou fou ^ yf\ fff [Houpé] (loco citatoV-
La rivière Tchaug=a sa source dans la sous-préfecture Nau-tchaug hieu ^ {I|l JSfi') dont la préfecture est Siaug-yang fou S ffi /ff [Hou-péJ (p. Fa., vol 20, p. 7) -^ (g. vol. 77, p. 16).
(3) (g. Fa., vol. 78, p. 8, citant l'histoire de King-tcheou fou, rancienue capitale de Tch'ou).
(4) Daus sa fuite, Tchao-wang traversa d'abord la rivière Soei J^i à 1 li au nord de Tan-y&ng hien Q |^ ^ ) qui est à 120 li à l'ouest de sa préfecture King-men tcheou ^ P^ W (p. Fa., vol. 77. p. 10).
Quelques auteurs croient que Tchao-wang emmenait deux sœurs, dont l'une s'appelait Ki-mi ^ ^î et l'autre Pi-ngo ^ ÎÇ* L'ancien historien Fou-k'ien ^ J5» affirme cependant que c'est une seule personne, dont le surnom serait Kl-mi.
(5) On avait donc en Chine, i\ cette époque, des éléphants de querre. Aux Indes (et en Indo-Chine probablement), l'usage en est très ancien. A l'ouest de Tlndus, la première apparition de ces éléphants remonte il l'an 331 avant Jésus-Christ.
Au jour nommé keng-tch'en ^ g, les gens de Ou entraient dans la capitale, et prenaient possession des palais abandonnés. Chacun voulait avoir le plus beau; c'est ainsi que Tse-chan ^ [II, fils du roi Ho-liu, prit celui du premier ministre; mais Fouk^^ ^ S§9 frère du même roi, le pria de le lui céder, sinon il allait Ten déloger à main armée.
Pendant ce temps, que devenait Siu j^, gouverneur de Chen ^, ce brave général qui avait conçu un plan si magnifique pour anéantir l'armée de Ou? 11 était parvenu à Si ,§.'(1), quand lui arriva la nouvelle des premiers désastres; aussitôt il rebroussa chemin, et vint attaquer Tennemi sur les bords de la rivière Yong-che ^ f S i i^ remporta la victoire, mais il fut blessé luimême. Ayant été autrefois officier de Ho-liu, il avait honte de tomber entre ses mains, vivant ou mort; il demanda donc à son entourage: qui peut sauver ma tête? Kiu-pei ^ ^, comme lui transfuge de Ou, répondit: moi, homme de rien, puis-je être agréé de vous? — Très bien! répliqua Siu: je ne te savais pas si courageux; j'accepte ton offre! Sur ce, il livra encore deux batailles, et fut deux fois blessé; à la fin, il s'écria: c'est fini, je meurs! et il expira. Kiu-pei étendit son vêtement à terre; il coupa la tête du général, Tenveloppa avec soin et l'emporta ; quant au cadavre, il le cacha si bien que les gens de Ou ne purent le retrouver.
Tchao-wang, dans sa fuite, avait d'abord traversé la rivière Soei Bfl ; puis, se dirigeant vers l'ouest^ avait encore traversé le fleuve Kiang f£ (2), à 180 li de sa capitale; il errait dans les broussailles de Yun-tchong ^ 4* (^)« ^^ sachant que devenir^
(Voyez le dictionnaire des antiquités grecques et romaines, de Hachette, à l'article «elephas».
(1) Si = était a 301i au nord de Si-hien JS* J||i qui est h 90 li nord-ouest de sa préfecture Koang-tcheou yu /fl [Hou-pé] ; c'était la capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le roi de Tch'ou (p. Fa., vol. 12, p. 58).
(2) Voilà une version sur le chemin parcouru par Tchao-wang; car le texte dit qu'il traversa le Kiang flQ î ce qui, dans le sens obvie, signifie le Yang-tse-kiang ; et de fait, sur la rive sud de ce fleuve, il y avait et il y a peut-Atre encore beaucoup de broussailles. Il aurait donc erré à l'aventure, ne sachant où se retirer; tandis que les ressources de sa puissance étaient au nord; i\ la fin, il s'y rendit, et c'est de ce côté que lui vint le salut.
D'autres tranchent le nœud de la question, eu disant que Kiang LC ' signifie le le fleuve Han 1^^ qui en effet, A cause de ses masses d'eau, est aussi quelquefois nommé Kiang.
(3) Yun-tchong=est aussi expliqué Yun-mong^ 9^ bas-fonds, marais et broussailles, qui se trouvent il 50 li au sud de Té-ngan fou ^ 5? /Ç [Hou-pé] ; cette dernière ville est {\ 401i à l'est de la rivière Tchang î?- C'est l'opinion la plus naturelle; c'est celle de la grande géographie, vol. 77, p. 28).
n'osant se retirer dans quehjue forteresse, dans la crainte d'y attirer Tarmée de Ou.
Un soir, pendant son sommeil, des brigands vinrent l'attaquer; il reçut un coup de lance; un second coup allait l'achever, si le prince Yeou-yu ^ -^^ ne l'eût couvert de son corps ; celui-ci fut blessé derrière Tépaule, et tomba évanoui.
Tchao-wang ayant échappé à ce péril se réfugia dans le pays de Yun ^5 (1). L'officier Tchong-kien ^ j^ portait la princesse Ki-mi ^ ^ sur ses épaules ; le prince Yeou-yu ayant recouvré ses sens, suivait lentement par derrière.
Nouveau danger: le gouverneur s'appelait Teou-sin ^ ^; son frère Hoai {U lui dit: le roi P*ing ^ a tué notre père; moi, je veux tuer son fils; n'est-ce pas juste? — Non, répondit Sin ; quand le roi met à mort un de ses officiers, qui peut vouloir s'en venger? Ses ordres sont ceux du ciel même! Le livre des vers nous donne un bon conseil en ces termes : je ne dévore pas ce qui est tendre, et ne rejette pas de ma bouche ce qui est dur; je n'opprime pas les veufs ou les veuves, et je ne crains pas de résister aux puissants et aux violents (2). Seul un homme de vertu peut agir ainsi. Eviter les forts et se venger des faibles est de la lâcheté ; profiter de l'embarras d'un homme pour lui nuire, c'est de la barbarie ; causer la mort de toute notre famille, et faire cesser les sacrifices des ancêtres, c'est de l'impiété ; commettre un tel forfait serait donc une folie ! Si tu veux absolument exécuter ce crime, moi-même je vais te tuer!
Teou-sin avec un autre frère plus humain, nommé Tch*ao -^, accompagna le roi jusqu'à Soei ^ ; là, le péril devint extrême : L'armée de Ou était sur la piste de Tchao-wang ; bientôt elle arrivait à cette même ville de Soei, et y faisait des perquisitions. Les gens de Ou disaient aux habitants: toutes les principautés de notre antique dynastie Tcheou ^, autour du fleuve Han ^, ont été anéanties par les rois de Tcheou ; le ciel nous a poussés à punir un de ces tyrans, et vous voulez le cacher! Quel crime notre maison de Tcheou a-t-elle donc commis envers vous? Si vous nous aidez à venger l'honneur de notre famille, vos. bienfaits remonteront jusqu'à notre roi, et accompliront les desseins du ciel. Si votre prince nous fait cette amitié, les territoires du bassin de la Han "j^ lui seront donnés en fief.
Tchao-wang se trouvait alors dans la partie nord du palais ; les gens de Ou dans la partie sud. Tse-k4 ^ ^, demi-frère de Tchao-wang, fils d'une concubine [du roi P*ing Zp, lui ressemblait beaucoup ; il lui conseillait de s'enfuir au plus vite, tandis que lui-même feindrait d'être le roi, se livrerait aux gens de Ou,
(1) Yun = capitale d'une ancienne petite principauté annexée par le roi de Tch'ou 'ett Té-ngan fou |S ^ ilf [Hou-pé] (p. Fa., vol. 3J, p. 16) — (g. vol. 77, p. 20).
(2) (ZottoU, III, p. 229) - (Couvreur, p. 491).
et conjurerait ainsi le péril. On consulta les sorts, pour savoir si ce parti était bon ; la réponse fut négative ; on n'y donna pas suite. Les gens de Soei dirent à ceux de Ou : notre minuscule principauté est voisine de Tch^ou; jusqu'ici les rois de ce pays nous ont laissé notre indépendance ; nous avons ensemble des traités d'amitié qui n'ont jamais été violés; si maintenant nous trahissions Tchao-wang dans son maJheur, quelle confiance auriezvous en nous? puis, votre embarras ne cesserait pas par la prise d'un seul homme ! Si vous soumettez à votre domination le royaume de Tch'ou tout entier, notre humble prince oserait-il ne pas vous obéir? — Sur ce, les gens de Ou se retirèrent.
L'oilicier Louo Kin-tch'ou f|H^ ^ était aux ordres du prince Tse-k*i ; c*est lui qui avait suggéré cette réponse aux habitants de- Soei ; Tchao-wang Tappela pour le récompenser ; celui-ci refusa : jamais, dit-il, je n'oserai tirer avantage de ce faible service ; d'ailleurs, ma langue seule en a tout le mérite. Tchaowang fut grandement réjoui de cette réponse; il tira un peu de sang de la poitrine de Tse-ki pour signer un traité d'alliance avec le prince de Soei.
Le lecteur n'a pas oublié le fameux Ou Tse-siu fE ^p ^; cette campagne contre le royaume de Tch'ou, sa patrie, était vraiment son ouvrage, le fruit de sa vengeance ; il était à la tête de l'armée. Après avoir pris la capitale, il chercha à s'emparer de Tchao-wang ; ne pouvant y réussir il tourna sa rage contre le roi P*ing ^; il fît démolir son tombeau, retirer son cadavre; du pied gauche il lui frappa sur le ventre: de sa main il lui arracha les yeux et lui fit donner trois cents coups de fouet; après quoi il lui coupa la tête, en lui criant: qui donc Va conseillé d'écouter les calomnies, et de tuer mon père et n)on frère aine? N'était-ce pas une injustice révoltante?
C'est ainsi que le fait est raconté par Se Ma-ts4en (1). D'après son texte, on supposerait que le tombeau était dans les environs de la capitale; or, l'histoire de la province du Ho-nan, vol. 19, p. 19, le place au nord de Ou-yang bien f| ^ $^1 qui est à 170 li nord-est de sa préfecture Nan-yang fou ^ ^ J^- Etait-il là dès le commencement.^ Y a-t-il été transféré plus tard, quand on fit les réparations d'honneur pour l'injure qu'il avait reçue? Je n'en sais rien. L'acte sauvage de Ou Tse-siu est admis par tous le historiens; il n'y a que de faibles divergences; ainsi, Liu Pou-wei @ 7(i i^, dans son recueil intitulé Tch'oen-ts'ieou ^ ^, et le fameux philosophe Hoai Nan-tse fH ^ ^, disent que le cercueil fut seulement fouetté, non le cadavre (2).
(1) (Se Ma-ts'ien, histoire de Ou Tse-siu) — (Kai-yu-ts'ong-k'ao ^ f^ IS ^, vol. 39, p. 6).
(2) Liu Pou-wei É5 ^ -^ï Tch'oeu-ts'ieou § ^» vol. 14, p^ II.
Hoai Nan-tse SI ro "?' vol. 20, p. 15. Pour le reste, ces deux auteurs donnent les mômes détails.
Tchao-i ^ P|, dans son recueil Kai-yu-ts'ong-k'ao |5J ift JE :^, vol. 39, p. 6, rapporte un fait analogue des temps postérieurs, où l'on brûla les ossements, on délaya la cendre dans l'eau, et on ravala avec rage.
Si le roi PMng a été primitivement enterré au nord de Ouyang bien, la vengeance de Ou Tse-siu n'a dû avoir lieu qu'à son expédition contre la principauté de Tcheng Hp. Quant à celleci, voici ce qu'on raconte de lui : En 523, il avait fui avec le prince Kicn J^, fils aîné du roi P'ing^ comme nous l'avons dit plus baut ; ils avaient cru trouver asile à la cour de Tcheng; ils furent grandement déçus; Kien y fut massacré, et Ou Tse-siu mis en prison, d'où il parvint à s'échapper. On comprend qu'après avoir pris la capitale de Tch*ou, il songeât à punir le prince de Tcheng ; il se présenta bientôt en effet, à la tète de son armée ; le prince de Tcheng était dans les transes; il alla jusqu'à publier l'édit suivant : quiconque sera capable de détourner de nous l'armée de Ou, partagera le trône avec moi ! Un jeune pécheur se présenta et dit: je m'en charge, et n'aurai besoin ni de soldats, ni de provisions de guerre ; je n'ai besoin que d'une petite barque, sur laquelle en ramant je chanterai mon refrain. Quand donc Ou Tse-siu arriva avec ses troupes, le jeune homme se mit à ramer en frappant la mesure, et chanta la chanson intitqlée Lou-tchong-jen ^ 4* A- c'est-à-dire «l'homme au milieu des roseaux» ; il continua jusqu'à ce qu'il eût attiré l'attention de Ou Tse-siu. Ce refrain qui réveillait ses anciens souvenirs lui causa une vive émotion : il s'écria : qui chante ces paroles ? On lui amena le jeune homme: Qui es-tu? lui dit-il. Je suis le fils du pêcheur qui vous a sauvé la vie: notre prince a promis la moitié de la principauté à celui qui détournerait de lui l'armée de Ou ; mon père a autrefois sauvé votre Excellence ; en retour, je vous demande la principauté de Tcheng. — Hélas ! dit en soupirant Ou Tse-siu, oui, j'ai reçu de ton père un grand bienfait ; c'est grâce à lui que je suis devenu ce que je suis maintenant ; par le ciel bleu, je ne puis être ingrat ! — Sur ce, il ramena l'armée dans le pays de Tch*ou, et se remit à la poursuite de Tchao-wang.
Cette historiette si poétique a-t-elle été inventée? C'est possible ; en tout cas^ c'est un trait tout chinis ; ce peuple s'attendrit quelquefois d'une manière inattendue, au milieu de sa colère, dès qu'on évoque le souvenir de ses parents, d'un bienfait signalé resté dans la mémoire, ou de circonstances réputées sacrosaintes.
Reprenons maintenant la suite de notre récit: Non seulement Ou Tse-siu ne parvint pas à prendre Tchao-wang, mais il dut encore se retirer, et retourner dans le royaume de Ou, après avoir perdu ses conquêtes; et, ce qui est plus curieux, c'est un ancien ami qui lui infligea ce désastre.
Autrefois, Ou Tse-siu avait été lié d'amitié avec un certain
sage, nommé Chen Pao-siu, seigneur de Tch'ou ; en 523, partant pour l'exil, il avait dit a cet ami: certainement je me vengerai! Le* sage lui avait répondu; si tel est votre dessein, appliquez-vous y tout entier ; car si vous êtes capable d'anéantir notre pays, je suis capable de le relever !
Au moment où nous parlons, Chen Pao-siu était retiré dans les montagnes ; de là, il envoya ce message à Ou Tse-siu : Votre vengeance n'est-elle pas excessive? Vous avez été officier du roi P'ing ^ ; vous avez tourné votre visage vers lui ; vous l'avez honoré comme majesté royale ; aujourd'hui^ vous insultez son cadavre dans le tombeau ; est-il permis d'aller jusqu'à ce point ?
Ou Tse-siu lui Ht répondre: je salue aiTectueusement Chen Pao-siu: mais le soleil va se coucher^ le chemin est encore long, il faut donc aller vite, même en se résignant à offenser un ancien ami et bienfaiteur !
Chen Pao-siu comprit qu'il n'obtiendrait rien de ce côté ; il résolut de s'adresser au roi de Ts'in ^, l'oncle maternel de son prince; il voyagea jour et nuit, au point que ses pieds étaient tout enflés et couverts de plaies; alors il déchirait sa robe, enveloppait ses jambes, et reprenait sa route. Arrivé au palais de Ts'in, il se prosterna à terre, implorant une armée de secours; le roi de Ou, disait-il, semblable à un gros sanglier, à un énorme serpent, dévore tous les états, même chinois; sa tyrannie s'exerce d'abord sur notre pays, au point que notre humble roi a dû s'enfuir dans des régions inhabitées; il m'a envoyé, moi son serviteur, pour vous exprimer sa détresse. L'appétit de ces sauvages de Ou, vous dit-il, est insatiable; si par la conquête de notre royaume ils deviennent vos voisins, vous aurez bientôt des malheurs à votre frontière ; profitez du temps où ils n'ont pas encore établi solidement leur domination, pour prendre une partie de notre pays; si ie royaume de Tch*ou doit périr, ces terres seront à vous; si par votre puissant secours, vous nous faites miséricorde et nous relevez, de génération en génération, nous serons vos fidèles serviteurs !
Le roi Ngai-kong ^ ^ (536-501) était un buveur, et ne s'occupait guère de son gouvernement ; il finit cependant par envoyer un officier dire à Chen Pao-siu : notre humble roi connaît maintenent vos ordres; il va prendre conseil et vous donner sa réponse; allez vous reposer à l'hôtellerie !
Chen Pao-siu répliqua: notre humble roi demeure dans les régions sauvages, et n'a pas où s'abriter; comment votre inlime serviteur oserait-il prendre du repos? Il restait donc appuyé contre le mur de la salle et pleurait à chaudes larmes, n'acceptant ni nourriture, ni boisson; tantôt il se lamentait, tantôt il chantait sa complainte; il persévéra ainsi sept jours. Le roi Ngai était très impressionné: le royaume de Tch*ou, disait-il, a de tels
sages; et malgré cela le roi de Ou a pu s'en emparer! Notre pays, qui n'a pas un tel homme, pourrait-il lui résister ? Nos jours sont comptés ! Il vint lui-même devant Chen Pao-siu, et chanta Tode «Direz- vous que vous n'avez pas de vêtements? Je partagerai avec vous mes tuniques ouatées ! Le roi va conduire ses troupes en campagne ; je prépare mes lances ; vos ennemis seront les miens ! » (1) Chen Pao-siu frappa neuf fois la terre de son front, et consentit enfin à s'asseoir (2) ; on organisa aussitôt une armée.
En 505, pendant que les troupes de Ts*in ^ se rendaient au pays de Tch*ou^ le roi de Yué, de son côté, envahissait celui de Ou; il n'avait nullement l'intention de porter ainsi secours à Tchao-wang; il agissait pour son compte, et dans son propre intérêt ; voyant son voisin occupé dans une grande guerre dans une contrée lointaine, il crut trouver une magnifique occasion de s'emparer de ses états ; il se jeta dessus à la façon des brigands ; c'était une heureuse conjoncture pour le pauvre Tchaowang.
Chen Pao-siu arriva à la 6^"^® lune, avec ses cinq cents chars de guerre, c'est-à-dire environ trente sept mille cinq cents hommes, commandés par les deux généraux Tse-p*ou ^ J^ et Tseh*ou ^ J^. Ceux-ci dirent à Chen Pao-siu: nous ne connaissons pas la tactique des gens de Ou ; mettez les soldats de Tch^ou à Tavant-garde ; les nôtres les suivront. C'était une mesure prudente. Chen Pao-siu partit sur-le-champ, réunit toutes les troupes qu'il put trouver, et rejoignit les auxiliaires à Tsi ?g|; ensemble ils marchèrent à la rencontre de Fou-kai ^ |||, frère du roi de Ou, et le battirent à I f|ff (3).
A la bataille de Pé-kiu j^ $, les gens de Ou avaient fait prisonnier Wei-che ]^ ^, grand officier de Tch'ou ; son fils étant par\'enu à rassembler les fuyards, suivit l'armée du prince Tse-si •^ "g, demi-frère du roi; eni^emble ile vainquirent les troupes de Ou, àKiun-siang ^ ^ (4).
(1) (Zottoli, III, p. 10]. ode 133) — (Couvreur, p. ]42i.
(2) Kou Yen-ou JS il€ K' dai.s son recueil intitulé .Te-tche-lou H tÏI £|(f vol. 28, p. 4, dit que ces prostrations sort extraordinaires, excessives, explicables seulement par l'extrême danger de royaume de Tch'ou. Ordinairement on se contentait do deux inclinations très profondes, suivies de deux prostrations; dans une violente douleur on allait jusqu'à trois. Ici, le roi chanta trois strophes ; Chen Pao-siu fit trois prostrations après chacune d'elles. — Mnlfrré cette c :plication savante, l'usage de neuf prostrations, mArae pour des cérémonies ordinaires, sfst perpétué jusqu'à nos jours.
(3) Tsi^était dans le territoire de Toug-pé hicii ^^ ^ l||i qui e.H à 3<»0 li sudest de sa préfecture Nan-yaiig fou |h 3ct Jn [Ho-nan], près du pays de Soii H§ tp. Fa., vol. 12, p. 43).
I=était au nord-est de Sin-yang t'heou TS Vm /H [Ho-nauj.
(1) Kiun-8iang= était au sud-ouesl de Soei-tclieou HH Jtl [Hou-péJ.
A la ?*»« lune, Tse-k'i ^ tt, autre demi-frère du roi, et Tse-p'ou f jlHf, général de Tfi'in |^i anéantissaient la principauté de T*ang ^, qui avait fait cause commune avec les gens de Ou, comme nous l'avons dit. Per.dant ce temps, Ou Tse-siu s'acharnait en vain à la recherche de Tchao-Avang.
Fou-kai ^ fj^ ayant été battu, et voyant le mauvais état des affaires, rentra dans son pays, et se déclara roi à la place de son frère; c'était donc à la fois la révolte ouverte et l'invasion étrangère qui désolaient le royaume de Ou : Ho-liu fut contraint de rapatrier ses troupes. Fou-kai fut vaincu ; il s'enfuit à la cour de Tch*ou ; qui lui assigna comme fief le territoire de T^ang-k'i ^ iS^ (2) ; c'est là qu'il passa le reste de sa vie.
L'armée de Ou remporta encore une victoire à Yong-che ^ j^, où elle avait commencé sa campagne ; mais elle fut de nouveau vaincue par les troupes de Ts4n à Kiun m (3). L'historien veut que Tse-k'i fît incendier le camp et brûler l'ennemi ; son frère Tse-si voulait l'en empêcher: les ossements de nos pères et de nos frères, disait-il, gisent encore à terre depuis la dernière bataille; nous n'avons pas encore eu le temps de les inhumer; comment irions-nous les brûler avec l'ennemi? Ce n'est pas possible ! Tse-k'i lui répliqua: notre pays est à l'agonie; si les morts ont encore quelque connaissance (d'eux et de nous), nous pourrons, après avoir sauvé notre royaume, leur offrir des sacrifices ; pourquoi craindre de brûler leurs ossements? On mit donc le feu au camp: mais un grand nombre de soldats purent échapper à l'incendie ; on se mit à leur poursuite ; on les battit dans une première rencontre; puis on les mit en pleine déroute au torrent de Kong-si & i^ (^)i sur les bords du Yangtse-kiang.
On voit que l'armée de Ou se hâtait de regagner la frontière; mais elle avait peine à y arriver; t;lle y parvint enfin, et s'empressa de retourner dans ses foyers. Elle emmenait captif un grand officier de Tch*ou, nommé Yn Yu-pai SI H ^ ^^ demanda permission de marcher un peu en avant, et réussit à s'enfuir
(1) Taii/,'-k'i=^ était j\ 100 li nord-ouest de Soei-p'inf,' hien âS ^ j|^i dans la préfiTtnro de Jon-ninj; fou î3v ^ n] THo-naM]. Au nortl, cf^ fief s'étendait jusqu'à Yrntch'eng H* J^^ ; la capitale était j\ Ou-fan^'tch'enp ^ M ÎR» ville ainsi appeléo parce que c'était ia capitale d»* l'ancienne principauté de Fan^, et qu'elle avait été donnée s\ un seifrneur de On. Le tombeau de Fou-kai yi SI était A 120 li nord-est de Piyangliien ^j^ ^ S|i dans la préfecture de Kan-yang fou TO 1^ iflP fHo-nan] (p:. Fa., vol. 50, p. 29) — (Histoire de la province du Ho-nan, vol 19. p. 29).
(2) Kiun = était jt 30 lii\ l'est de Yo-tclieou fou m" J^ m [Ho-uanJ . Le grande géographie, en donnant l'identification de l'endroit, écrit J^) et lit Mi; les deux caractères s»' ressemblcTit beaucoup. Qui a raison ? Il faudrait consulter les histoires locales du Hpu-uan, que je n'ai pas sous la main (g. Fa., vol. 77, p. 12). Les commentaires disent qu'il faut lire Kiun.
(3) Kong-Bi= dans le royaume de Toh'oU; mais on ignore l'endroit.
ce qui prouve le désordre avec lequel s'opérait la retraite.
Voici un autre trait, rapporté par Thistorien : Siu J^, le fameux gouverneur de Chen f^fc, dont il a été parlé si souvent, avait deux fils, l'aîné nommé Tchou-leang |g H^, né de Tépouse légitime, était gouverneur de Ché m ; le cadet, né d'une concubine, s'appelait Heou-ts*ang ^|K; celui-ci avait été emmené captif avec sa mère, par les gens de Ou, qui en espéraient une bonne rançon ; mais le jeune homme réussit à s'enfuir, et retourna à la maison, sans attendre que sa mère eût été libérée. Son frère aîné, indigné de ce manque de piété filiale, ne voulut plus le voir.
L'armée de Ou étant partie, Tchao-wang put rentrer dans sa capitale Yng §{$. En bon lettré, notre historien va nous prouver que ce salut inespéré avait été prévu et prédit par un prophète de qje temps-là: Le seigneur Teou-sin p^ ^, que nous connaissons déjà, voyant que les grands dignitaires de Ou se jalousaient, se disputaient les palais, fit la remarque suivante: j'ai ou! dire par les ancTiens que là où règne l'ambition, il n'y a ni paix ni union, le régime ne peut dui'er longtemps; les seigneurs de Ou se querelleront entre eux, et seront obligés de s'en retourner; comment pourraient-ils s'emparer du royaume de Tch'ou?
Quand Tchao-wang fuyait vers la ville de Soei |S|j, il dut traverser la rivière Tch*eng-k*ieou JJ fj (1) ; à ce moment, Wei (, gouverneur de Lan J|g, était occupé à faire passer sa femme et ses enfants ; il refusa de prêter sa barque. La paix étant rétablie, Tchao-wang voulait l'en punir et le mettre à mort; mais le prince Tse-si ^ ^ s'y opposa en disant : le premier ministre Tse-tch'ang -^ '^ ne pensait qu'à -venger ses injures; vous savez ce qu'il y a gagné! Est-ce que votre Majesté voudrait l'imiter?— Ho-bien, répondit Tchao-wang. qu'il garde son poste, j'y consens; je lui accorde cette grâce en souvenir des maux que j'ai soufferts!
On récompensa généreusement les grands seigneurs Teou-sin R ^, Wang-suen Yeou-yu I ^ È "^^^ Teou-lch*ao f^ ^, Wang Suen-yu ï ^^, g, Tchong-kien '@ ^, Chen Pao-siu ^ ^ W» Wang Suen-kia J Jf; jj, Song-mou 5|c /fC et Teou-hoai p^ ^, le frère de Teou-sin.
Le prince Tse-si -^ U voulait faire rayer de la liste ce Teou-hoai, qui avait eu l'intention de tuer le roi dans sa fuite; Tchao-wang refusa en disant: sa faute a été ensuite grandement réparée par son dévouement ultérieur ; on ne peut le méconnaître !
Chen Pao-siu ^ @ 9 refusa absolument ce qu'on lui offrait:
(1) La rivière Tch'eiifî-k'ieou=e8t à 30 H à Test de la préfecture Ngan-lou fou '>r ^ ^ [Hou-pé] ; elle a sa Bource dans la haute et large moutaffiie Leao-k'iué-cban 9P S lU f 50, li l'eBt de la mAine villej c'est un affluent de la Han ^ (K- ^Aj vol. 77, p. p. 4 et 5).
J'ai travaillé, disait-il, pour mon seigneur et roi^ non pour mon propre avancement ; votre Majesté est rétablie sur son trône, que puis-je vouloir de plus ! Moi-mémo, j'ai autrefois blâmé Tse-k'i *? M i P^i*c6 <iu'îl recherchait son propre avantage, en récompense de ses grands services : oserais-je aujourd'hui en faire autant !
Tchao-wang voulait marier sa sœur Ki-mi ^ ^ à quelque grand prince ; elle s'y opposa en disant : une jeune fille doit être loin de tout homme : personne ne peut la toucher, si ce n'est son mari ; or Tchong-kien |£ j|^, en me portant m'a touchée ; lui seul peut être mon époux ; on la donna donc à cet officier, qui reçut en même temps l'office de directeur de la musique royale.
Pendant que Tchao-wang était réfugié à Soei gg, le prince Tse-si ^ If, à cause de sa ressemblance, avait simulé le roi, montant son char, portant ses robes, tenant sa cour à Pé-sj^ ^ îft (2), pour rassurer le peuple qui était affolé. Dès que l'ordre fut rétabli, il se hâta de venir près de son frère, et de se mettre à ses ordres. Ainsi, dans son malheur, Tchao-wang avait été bien servi par les circonstances et par ses gens ; lui, au contraire, avait fait assez piteuse ligure.
Wang Suen Yeou-yu I î^ È 'î' avait été chargé de fortifier la ville de Kiun ^, dont nous avons parlé tout récemment ; quand il vint rendre compte de sa mission, le prince Tse-si lui demanda quelle était la hauteur, la largeur des murs? Je n'en sais rien, répondit-il. — Si vous n'entendez rien à un tel travail, riposta vivement Tse-si, vous n'auriez pas dû vous en occuper! — Ainsi ai-je obstinément refusé, faisant connaître mon ir capacité; c'est votre seigneurie elle-môme qui m'a forcé d'accej)ter ; chaque homme a ses talents, en conséquence desquels il est capable pour tel office, incapable pour tel autre ; lorsque le roi, dans sa fuite, se trouvait au milieu des broussailles, à Yun-tchong ^ tj», je l'ai protégé contre un coup de lance des brigands ; vous pouvez encore en voir la cicatrice sur mon corps ; j'avoue mon incapacité pour faire ce que vous avez si bien accompli à Pé-sié. Ce disant, il découvrit ses épaules et lui montra sa blessure.
Tout cela est raconté par l'historien avec un plaisir évident ; il veut montrer quels hommes avait le royaume de Tch'ou ; et que c'est grâce à eux qu'il put se relever de son effondrement.
En 504, au printemps, le comte de Tcheng P|5, voyant une bonne occasion dans l'état de désarroi où se trouvait le pays de Tch'ou, anéantit la petite principauté de Hiu |f , et se l'annexa.
A la 4^^"^^ lune, au jour appelé ki-tcheou g, ^, Tchong-lai U ^, prince héritier de Ou, battait la flotte militaire de Tch*ou, faisait prisonniers les deux commandants Pan Tse-tch'en |S ^ E
(2) P<^-Rié- était aux environs de la capital^ Yn|jr îp i mais on ne connaît pas au juste l'endroit, dit le commentaire impérial.
et Siao Wei-tse >J% 'fH -1^, avec sept autres grands officiers; il prenait encore la ville ; de P*ouo ^ (ou P'ouo-yang ^ |^) (1). A ce nouveau désastre s'en joignait presque aussitôt un autre aussi considérable; le prince Tse-k'i ^ ^, généralissime de Tarmée de terre, se faisait battre à Fan-yang ^ |^ (2) ; les gens de Tch*ou tremblèrent encore une fois pour leur existence.
Le prince Tse-si ^p |f , au éontraire, devenu premier ministre, montre presque de la joie: Maintenant, disait-il, tout ira bien ! Il avait compris, en eflet, que pour rendre le pays fort et stable, il fallait y opérer pluaîéurs changements importants qu'il pourrait exécuter du conseQtçment de tous. On transféra d'abord la capitale à Jo ^ (3) ; p^â^on modifia tout le système d'administration, ^■^g
Aux années 503 et j^R, rien n'est inscrit dans l'histoire; de même pour les années Cuvantes.
En 496, à la 2^n^âpfune, au jour nommé sin-se ^ g^, le prince Tse-k*i ^ ^J^Je'^^ ^" grand officier de Tch'en |^, Kong Suen^T*ouo-jenr ^ jBpYlg A» anéantissait le minuscule état de Toen Kg (4), qui aySlt rompu avec son suzerain immédiat, le prince de Tch'én jRt et voulait se mettre sous l'obéissance du roi de Tsin Ç: soh^îhce, nommé Tsang jj^, fut conduit prisonnier au pays dj^chtou.
A la»||^lune , Ho-liu |]| J|[, le terrible roi de Ou, mourait des blessiM^ qu'il avait reçues dans une expédition contre le pays dc/Yirf j|| ; toute la colère des gens de Ou s'étant tournée cont^ppué'. le royaume de Tch'ou pouvait respirer en paix.
495, à la 2^"^® lune, au jour nommé sin-tcheou ^ ^, le
état de Hou ]^ (5) sombrait à son tour. Pendant les maly de Tch'ou, le prince Pao ^ s'était emparé de toutes les les situées dans son voisinage ; Tordre était rétabli depuis longtemps ; malgré cela, ce fier roitelet refusait encore de se soumettre: Texistence comme la ruine d'un pays, disait-il, est réglée par le ciel; pourquoi irais-je servir le roi de Tch*ou? Ce
(1) P*ouo=ou P*ouo-yang= était à 50 li à l'est de Chao-tcheoii ® /H [Kianpf-ai] (g. Fa., vol. 85, p. 18).
(2) Fan -yang= était au nord do Sin-ts'ai bien j^ ^ J||) qui est i\ 5011 à l'est de sa préfecture Jou-ming fou ffC ^ jjlj [Ho-nan] . Il y a encore un autre Fan-yang an nord de Nei-hoang ri J^i avec lequel il ne faut pas le confondre (g. F., vol. 50, p. 26).
(3) Jo=était a 90 11 sud-est de Itch'eug bien £,^11 iH^ q^i est à 120 11 sudest de sa préfecture Siang-yang fou K W Jn [Hou-pé]. Le palais de Tcbao-wang était à 5 11 à l'est du bourg actuel de Jo-tcb'eng % JK («• F., vol. 79. p 14).
(4^ Toen=c'e8t Cbang-cboei bien f^ /f^m*^ î^ ^ li sud-ouest de Tcb*en-tcbeou p|( jHl [Ho-nan] (p. F., vol 12, p. :"5)"-(g. F., vol. 47, p. 37K
(5) Hou = était à 2 li nord-ouest de Yng-tcbeou fou §^ Jn /ff [Ngan-boei] (p. F. vol. 6, p. 30)— (g. F., vol. 21, p. 54).
vasselage coûte trop cher! Enfin, une armée vint lui prouver que (cla raison du plus fort est toujours la meilleure. i>
En 494, le pays Ts'ai ^ recevait la punition du concours qu'il avait prêté au royaume de Ou, douze ans auparavant; les troupes de Tch'ou ^, de Tch'en ^, de Soei g| et de Hiu pf^ vinrent mettre le siège devant sa capitale. Nous trouvons ici le prince de Soei mentionné parmi les autres à titre égal ; Tchao-wang lui avait accordé cet honneur en récompense de l'hospitalité qu'il lui avait donnée au moment de son plus grand péril ; auparavant ce petit état était vassal d'un autre prince, feudataire lui-même de Tch^ou ; il n'était donc que médiatement sous la suzeraineté de Tchao-wang, et n'avait pas entrée à la cour; désormais il était sous sa juridiction immédiate. De mêjne, la petite principauté de Hiu 1^, anéantie par l'état de Tcheng g|? en 504, réapparaît ici, à régal des autres alliés ; c'est Tchao-wang qui l'avait relevée.
Les armées réunies élevèrent tout autour de la ville, à un 11 de distance, une chaussée en terre, large de dix pieds et haute de vingt, pour protéger leurs travaux d'attaque, et pour empêcher toute communication avec l'extérieur ; elles-mêmes campaient entre cette chaussée et les remparts de la capitale. Cet ouvrage n'avait coûté que neuf nuits, tellement le généralissime Tse-si ^ U avait bien pris ses mesures pour l'accomplir.
Les gens de Ts*ai étaient terrifiés; hommes et femmes, divisés en deux groupes, vinrent demander grâce, et offrir leur soumission. Tsesi ^ f| leur pardonna, mais à conditioa qu'ils émigreraient entre le Yang-tse-kiang tg -^ fj^ et le fleuve Jou ^f (1). Ils en firent volontiers la promesse; mais une fois les armées parties, ils refusèrent de l'accomplir; ils aimèrent miAix se retirer, en 493, sur le territoire de Tcheou-lai ji\ ^, dans le royaume de Ou.
Pendant les grands désastres de Tch'ou, le prince de Tch'en fjfl n'avait pas voulu faire cause commune avec le roi de Ou, comme on Ten pressait; celui-ci envoya une armée le punir de ce mépris; nouvelle frayeur pour les gens de Tch'ou, qui se crurent menacés d'une invasion ! Tsesi les rassura en faisant un beau discours sur l'union, la concorde, qui les rendra vainqueurs de tous leurs ennemis (Voyez notre histoire de Ou, p. i08). De fait, cette expédition n'eut pas de suites.
En 493 et 392, rien dans l'histoire. — En 491. Confucius écrit dans sa chronique: «en été, les gens de Tsin ^ saisissent le chef des sauvages Jong-man ^ ^', nommé Tch*e ^, et le livrent au roi de.Tch*ou». Voici comment le commentaire de Tsouo K'ieou-ming ^ 5B W raconte celte félonie: Les généraux
(1) Le fleuve Jou = est cj^us le Ho-nan, comme nous l'avons déjà dit (p. Fa., vol.
de TchaO'Wang ayant comprimé la révolte des sauvages Lhou ^ ^, se consultèrent sur les moyens à employer, pour faire prévaloir dans ces pays du nord l'influence du royaume de Tch'ou; alors Pan ^, aide du ministre de la guerre, Oheou-yu H j^^ gouverneui" de Chen i)c^ et Tchou-leang ^ ^ gouverneur de Tch'e ^, réunirent ce qui restait des gens de Ts'ai K^, et les placèrent à Fou-han H ^ (1) ; les habitants ramassés en dehors du territoire de Fang<tch'eng j^ j|j[ furent transférés à Tseng* koan ff BU (2); puis ces généraux firent répandre le bruit que l'armée de Ou ^i longeant les bords du Yang-tse*kiang, allait de nouveau attaquer la capitale de Tch^ou, qu'ils étaient obligés eux-mêmes de s'y rendre en toute hâte. Trompés par cette rumeur, les Jong«man ne se mirent pas sur leur garde ; en une seule nuit, ils perdirent les deux villes de Leang Ht et de Houo S (3) î h général Chen Feou-yu ^ ff^ fk mit le siège devant la capitale ; aussitôt la population se dispersa, et le prince Tch^e TJf^ s'enfuit à Yn-ti |^ ^ (4), dans le royaume de Tsin j§. Le général Pan ^ amena encore les garnisons de Fong JH et de Si ^ (5), avec des troupes auxiliaires de Tartares Ti ff^ et Jong 3^, pour attaquer la ville de Chang-lo J: |{| (6); son aile gauche guerroyait à Tou-houo ^ lu, montagne à Test de Chang-lo; son aile droite à Ts*ang'yé ^ gp (7), au sud de la môme ville. Pendant ce temps, il envoyait à Che-mien i B£' gouverneur de Yn-ti, le message suivant: les rois de Tsin § et de Tch'ou ont fait un traité d'alliance offensive et défensive; ils n'ont qu*un seul cœur et une seule âme; mon humble maître ne demande qu'une seule chose, c'est qu'on observe bien ce traité; sinon, il passera le défilé Siao-si (8) et viendra demander vos ordres.
(1) Fou-han ;=éUût daiu le territoire à l'ouest de Siu-yaug tcboou ^ ]{§ jH| [Ho nanj (g- Fa., vol. .%, p. 32).
(2) Tse»g-koan=étaitprè8(ie Yu-tclieoufft /H^ quie»tàl201i uord^^tdosapréfooture Nan-yaiïff fou îfî m fS [Ho-unuj (g. Fa,, vol. 'a, p. 28 .
(.3) Leangaétait il 45 U sud-ouest, Hou à 20 li lud-egt de Jou*tcbeoa o( 7n fHoiiaîi] ; la capitale des sauvages était au sud-ouest de la niArao ville (g. Fa., vol. 51, p, p.
35 et 37).
(4) Yn-ti=8ou territoire était très étendu, comme uous l'avoue déjîi dit, depuis la frontière du Chen-si jusqu'à la prcft^cture Ho-nun fou, dans les montagnes du Ho-n«)i 'g. Fa., vol. 48, p. 4^).
(5) Fong = ét»it au sud-ouest de Si-tch'oan bien Fpf /i| JPI* qui est à 240 li sudouest de sa préfecture Nan-yang fou ffif J^ /fif [Ho-nan] .
Si=c'e8t Nel-hiang bien ^ îPp JBi à 190 li nord-ouest do la mAme préfecture
<p. Fa., vol. 12, p. p. 45, 46) (g. Fa., vol. 51, p. p. 20 et 20).
(fl) Chang-lo=o'eHt la ville actuelle de Cbang-tcbeou fif Jtl [Chen-si] — (p. Fa.
vol. 14, p. 58).
(7) Tt*ang-yé- était à 140 li au sud de Cbapg-tcbeou (g. Fa., vol. M, p. 18).
(S) Slao-ais^oVat le fameux déf)lé Ou-koan pÇ Mj dont nous avons parlé dan^
l 'histoire du royaume de Is'in ^ (p. Fa., vol. 18, p. 16).
Le gouverneur embarrassé demanda des instructions au premier ministre Tchao-mong jg i ; celui-ci répondit : notre pays n'a pas la paix à Tlntérieur; comment oserait-il provoquer le royaume de Tch*ou ? Hâtez-vous de livrer les fuyards qui se sont réfugiés sur votre territoire ! Le gouverneur se rendit auprès des Tartares de Kieou-tcheou ^ ji{n qui se trouvaient à Lou-hoen ^' j$ et à Yn-ti |$ ^, il fit semblant de vouloir distribuer des terres aux fuyards, et leur construire une ville ; il consulta les sorts au moyen de la tortue divinatoire ; quand les sauvages vinrent demander le résultat de la consultation, le gouverneur fît saisir Tch*e ^, leur chef, avec cinq de ses grands officiers, et les remit entre les mains du général, à San-hou ^ JS (1). Celui-ci voulait avoir toute la population; il continua le jeu de son compère ; il commença les murs de la prétendue ville qu'il leur destinait, avec un temple pour leurs ancêtres ; les Tartares étaient sans défiance ; ils furent tous pris et emmenés dans le pays de Tch^ou.
A l'année 490, il n'y a rien dans l'histoire. — En 489, le roi de Ou ^ n'ayant pas encore assouvi sa haine contre la principauté de Tch^en |^, venait de nouvau l'attaquer au printemps. A cette nouvelle, Tchao-wang dit à son entourage : mon père a fait un traité d'amitié avec le prince de Tch'en (en 529), je ne puis omettre de lui porter secours. Sur ce, il se mit à la tête de ses troupes, et vint camper à Tch*eng-fou J^ fH {2). A la 76iiie lune, il consulta les sorts, pour savoir s'il convenait de livrer bataille ; la réponse fut négative ; devait-il se retirer avec l'armée ? La réponse était encore négative. Alors il ne me reste plus qu'à mourir ! s'écria-t-il. Plutôt que de voir mes troupes vaincues de nouveau ; plutôt que d'abandonner un état ami et fuir honteusement, il vaut mieux périr en combattant !
Ayant ainsi parlé, il désigna le prince Tse-si ^ |f pour son successeur ; celui-ci refusa, et le pria de choisir le prince Tse-k'i ^ ^ ; celui-ci refusa de même, et le pria de désigner le prince Tse-liu -î^ O ; ce dernier refusa jusqu'à cinq fois, puis finit par consentir.
Au moment de livrer bataille, Tchao-wang fut subitement arrêté par une grave maladie ; il donna cependant Tordre d'attaquer la ville de Ta-ming :^ g (3), puis il mourut à Tch'eng-fou même, où il se trouvait encore.
(1) San-hoa=était au sud-ouest de Nei-hiang bien, dont nous avons parlé un peu plus haut (p. Fa., vol. 12, p. 45) — (g. vol. 51, p. 23).
(2) Tch'eug-fou= était à 70 li sud-est de Po-tcheou ^ jHl TN^an-hoei], comme nous l'avons déjà dit (p. Fa., vol. 6, p. 31).
(3) Ta-ming=était, d'après les commentaires, à l'ouest de Hiang-tch'eng 3^ JK) qui et au sud-ouest de Tch'en-tcheou W jH| [Ho-nan], mais les recueils géographiques ne l'indiquent pas.
Le prince Tse-liu dit alors aux grands dignitaires: le défunt roi avait laissé de côté son propre fîls, pour passer la couronne à ses frères et ministres, nous donnant un bel exemple de désintéressement ; j'avais accepté par obéissance ; maintenant j'use de mon autorité pour déclarer roi le prince héritier Tchang jjt (1) ; en cela, je ne fais qu'exécuter le désir intime du défunt ; et c'est encore réellement lui obéir.
D'accord avec Tse-si et Tse-k'i, on cacha soigneusement la mort de Tchao-wang ; on fît venir le prince Tchang, puis on retourna avec Tarmée à la capitale.
Naturellement, le commentateur va nous prouver que cette mort inopinée du jeyne roi avait été annoncée par de sinistres présages: Selon lui, trois jours de- suite, le soleil avait été entouré d'nne foule de nuages rouges, ressemblant à une bande d'oiseaux; Tchao-wang avait été intrigué par ce fait si singulier; pour en avoir l'explication, il avait consulté le grand augure [t'ai-che ^ È] (2) de l'empereur; la réponse avait été celle-ci:
(1) La mère du prince Tchang était fille de Yué Kiu-tsien j3 ^ M ) 1^ fameux roi de Yué jQ qui anéantit le royaume de Ou ^^ et dont nous avons longuement parlé dans l'histoire de ce pays. C'est une des héroïnes chinoises; c'est elle qui aurait poussé Tchaowang, Hon mari, i\ la pratique de la vertu et aux faraudes entreprises. lî y a toute une monographie surelle, dans le recueil T'ong-kien-kang-mou JH S JB @î vol. 23, p. 29.
(2) T*ai-che=Voil4\ donc cette fameuso expression, qu'on traduit si souvent paJ grand annaliste, ou grand historiographe, etc.— Par le contexte, il est évident que cse deux caractères signifient tout d'abord grand astrologue, chef des augures, chef des devins: offices qui, en Chine, n'étaient pas bien distincts. Se Ma-ts4en ^ £§ ^gf comme son père, était chef des devins a\ la cour impériale. D'après les idées reçues, il y avait une connexion naturelle et nécessaire entre les phénomènes célestes et les événements qui se passaient sur la terre; du notait les uns et les autres : on avait ainsi des documents anciens et sftrs, éléments nécessaires de l'iiistoire. Bien certainement aussi, ces devins, surtout leur chef, avaient du temps libre ; ils devinrent annalistes, archivistes, historiographes, etc. (Voyez : Chavannes, introduction à l'histoire de Se Mats'len, p. XI).
Le recueil intitulé Hoaug-tsing-king-kiai S llf S W) vol. 9, p. 21, dit qu'à cette époque tous les princes féodaux avaient des t'ai-che xC 55» et par conséquent les tien-tsi -ft jj9 ou archives, mémoires, livres contenant la doctrine des anciens. Le royaume de Tch'ou ne les avait pas : mais il était considéré comme sauvage, et ne faisait pas partie de la communauté chinoise. Ces t'ai-che avaient les mômes titres et les mômes fonctions qu'à la cour impériale ; ils résidaient auprès de leurs princes respectifs. Quand donc on lit dans les livres qu'on consultait le Tcheou t'ai-che JQ j{C £) cela ne signifie pas nécessairement qu'on se rendait à la cour impériale ; mais seulement que l'on interrogeait le grand archiviste du pays, le gardien et le maître de la «vraie doctrine», pour avoir les explications relatives h des phénomènes extraordinaires, ou à des points de «doctrine chinoise».
A l'époque dont il est question ici, le royaume de Tch'ou était aussi eu possession de ce précieux trésor; Wang Tse-tch'ao du ^ ffl» frère de l'empereur Tcheou King- Wang M % I' qïiJ l'y avait introduit, quand il vint se réfugier à cette cour, «n 616.
Le soleil indique le chef du royaume ; le malheur n'attendra que le pays de Tch^ou, puisque le phénomène n*a pas été observé ailleurs; le roi est menacé en personne par Tinfluence du mauvais air, représenté par ces nuages extraordinaires ; s'il fait les sacrifices voulus, il pourra détourner cette funeste influence; mais elle se portera sûr son premier ministre, et sur le ministre de la guerre.
Tchao-wang aurait répondu: moi, je suis le cœur; mes ministres sont les bras et les jambes ; quelle utilité y aurait-il de dériver la maladie du cœur, pour la faire tomber sur les bras et les jambes? Si moi, homme de peu de valeur, je n'ai rien de considérable à me reprocher, le ciel ne me fera pas mourir jeune ; si j*ai commis de fautes graves, il est juste que j'en subisse la peine ; pourquoi la rejeter sur d'autres? En conséquence, il avait refusé d'offrir les sacrifices déprécatoires qui lui étaient suggérés.
Au début de la maladie, on avait consulté la tortue divinatoire ; la réponse avait été la suivante : c'est l'Esprit du fleuve Jaune qui cause cette maladie. Tchao-wang. refusa encore d'envoyer lui offrir des sacrifices ; il ne permit pas môme daller les offrir à la frontière du royaume, la plus proche du fleuve ; Les trois grandes dynasties anciennes, disait-il, nous ont laissé pour règle que les princes ne peuvent sacrifier qu'aux Génies des montagnes et des rivières de leur territoire; notre pays possède les fleuves Yang-tse-kiang 1^ ^ Jl, Han ]g|, Hoei ^ et Tchang fff, ; le bonheur ou le malheur ne peut nous venir que de ceux-là; quoique je sois un homme de peu de vertu, quelle faute aurais-je pu commettre contre l'Esprit du fleuve Jaune (1)?
Après ces sornettes de lettrés païens, en voici une autre encore digne de ces messieurs: A cette époque, Confucius en personne se trouvait en voyage dans pays de Tch'en [5^ et de Ts^ai ^ ; lui, le «Saint» le maître de toutes les générations futures ! Tchao-wang ayant appris cette nouvelle, envoya vite une ambassade solennelle, l'inviter à venir au royaume de Tch*ou. Confucius avait grand'envie d'accepter. Emoi et frayeur à la cour de Tch'en et de Tsai î Les grands dignitaires tiennent conseil; que faire? Si «le Saint» va au pays de Tch'ou, si ce royaume embrasse sa doctrine, nous sommes perdus ! Sur ce, on envoie un régiment de soldats monter la garde autour de Confucius, et l'empêcher de partir; on le soumet à un jeûne rigoureux, jusqu'à ce qu'il ait renoncé à son projet. Seul, son fidèle disciple Tse-kong ^ ^ trouve moyen de se rendre auprès du roi de Tch'ou, lui faire connaître Tétat des choses. Celui-ci voulait à tout prix recevoir «le Saint» ; il lui préparait déjà le fief de
(1) Lieou-hiaDg 9} f^ ) vol. 1, p. 13, raconte et célèbre le môme fait; et tous 1m lettréB postérieiin rapportent cette sornette.
Ghou-che U St (^)» d*une étendue de sept cents li et contenant dix sept mille cinq cents familles.
Le premier ministre Tse-si ^ |f eut toutes les peines du monde, pour empêcher le roi de donner suite à ce dessein. Son meilleur argument était celui-ci : Confucius connaît bien les règlements des anciens empereurs Tcheou ^ ; d'après eux, les princes de Tch'ou ne sont que des vicomtes, et n'ont droit qu'à un territoire de cinquante li d'étendue; or le nôtre en a des milliers; tout cela nous sera donc enlevé. De plus, Confucius et ses disciples étant des saints, l'empire finira par leur être dévolu; il remettront en vigueur le régime de la vertu pure, où naturellement nous n'aurons pas place.
Voilà les intrigues qui ont empêché Confucius de faire refleurir l'âge d'or ! Ainsi dans le royaume de Tch'ou, ainsi ailleurs !
Choses semblables sont encore débitées maintenant, d'après les formules de Mong-tse ^ ^. Se Ma-ts'ien ^ ,|| ^ et autres ; on y croit encore comme au temps jadis ; bien mieux ! qui n'y croit pas est un hérétique ! La vérité semble se réduire à une certaine estime, bien platonique, à l'égard de Confucius; le nimbe glorieux qui entoure sa tête ne lui est venu que plus tard; ses contemporains se souciaient fort peu de lui et de ses sermons sur «le juste milieu». Son positivisme si pratique a séduit les Chinois, peuple ami des réalités «palpables». L'idéalisme de Platon est à mille pieds au-dessus de cette doctrine ; et pourtant il n'a pas été mieux reçu de ses contemporains.
Tsouo K'ieou-ming £ ^ ^ nous donne l'appréciation de Confucius sur Tchao-wang: «ce roi, disait-il, entend la grande et vraie doctrine ; voilà pourquoi il n*a pas perdu son royaume, quoiqu'il fût à deux doigts de sa perte; le livre des annales dit: seuls les princes de T'ao f^ et de T'ang Jgl ont suivi la doctrine du ciel, et ont pu ainsi posséder le pays de Ki ^ (2); à présent, ses principes sont abandonnés, ses lois et ses règlements sont bouleversés ; par suite, la ruine est prochaine ; le même livre dit encore: la sincérité procède du cœur, et le bonheur aussi; quiconque suit constamment les lois du ciel, avec droiture et sincérité, est dans la bonne voie». (3)
Le tombeau de Tchao-wang est au nord du parc et du petit lac de la famille Si §, au pied méridional de la montagne Péma-chan ^ JH llj (4) ; c'est un endroit de plaisance encore très-
(1) Cliou-che = on ue connaît pas ce pays. Tous ces racontars sont des fables inventées par les lettrés, qui veulent toujours exalter «leur Saint» jusqu'aux nues.
(2) Ki=c'e8t P'ing-yang fou ^ ^ ^ [au Chan-siJ (p. F., vol. 8, p. G).
(3) Le commentaire dit que ce texte est perdu ; il y a cependant quelque chose de semblable (Zottoli, III, p. 369 n* 7).--(Couvreur, p. 94, vers 7).
(4) Pé-ma-chan=e8t à 10 li sud-ouest de Siang-yang fou ^ ^ Jff [Hou-péJ (g. F., vol. 79, p. 10).
fréquenté maintenant, surtout le troisième jour de la troisième lune. Ce tombeau a été pillé par des brigands, vers Tan 479 après Jésus-Christ ; on y trouva des miroirs et des coflrets en jade, de vieux livres, des écritures sur des planchettes de bambou, d'autres sur de la soie verte ; un vieux lettré aurait remarqué que c'étaient des fragments du Tcheou-li 1^ iH ou Rites de la dynastie Tcheou.
La famille Si 9 est une des plus anciennes et des plus nobles du pays.
Le recueil intitulé Je-tche-lou B /O Ml^ vol. 15, p. 1, dit que ce' tombeau est appelé Tchao-k4eou Dq OL* ^en la fin de l'époque du Tch'oen-ts'icou 9 K* l^s tombeaux sont appelés k*ieou ^* colline, colline artificielle élevée de main d'homme pour montrer la grandeur du personnage qui y est enterré.
Dans les temps anciens, ces tombeaux s'appelaient mou 2* i^^*^ Q^^ ^^^ maintenant employé pour ceux du peuple,
Depuis environ 32G ans avant Jésus-Christ, les tomb»*aux royaux furent appelés ling IS t qui signifie aussi colline.
A partir de la dynastie Han 0I) ce caractère a été employé, à l'exclusion de tout autre.