‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 18 sur 205 · WEI-WANG · texte numérisé non relu

WEI-WANG

i^'ilH du précédent, le nouveau roi s'appelait Chang ^ ; son nom hiHtoriquo signifie: Sévère et énergique (1).

1-i'évènement le plus important de son règne est la victoire oomplèto qu'il remporta sur le roi de Yué ^, en l'année 334.

\jvh princes de Yué s'appelaient Se ^, et descendaient du luinnux Yu ^. C'est Ou-yué qui reçut ce fief de Tempereur; la (îapitale était à Koei-ki # H (2). Pendant vingt générations Humine mention de ce pays dans l'histoire; il faut attendre jusqu'à l'année 496, où le fameux Keou-tsien ^ Sf ; 1^ seul grand prinrti de ce royaume, monte sur le trône; alors celui-ci remplit ta Ohine de l'éclat de son nom, par Tanéantissement de Ou %.

HvH successeurs furent insignifiants; aucun d'eux ne se montra digne de l'héritage de gloire et de puissance qu'il avait r«'gu : malgré cette infériorité, chacun prétendait bien être le chef (U*H vassaux : mais il eût fallu des caractères autrement trempés, pour rivaliser avec les princes de Tch'ou, les plus proches vulHins.

I/histoire de Yué est peu certaine ; voici le résumé qui n(»UH intéresse ici: Après s'être emparé du pays de Ou, KeouiHirn (l(îvint en quelque sorte l'arbitre de tous les états; et puiH(|ue le pivot de la Chine était au nord, il y transféra sa (japltale; il l'établit à Lang-yé J^ JJjJ (3), ville de Ts'i, enlevée autrefois par le roi de Ou.

Oc voisinage amenait nécessairement des querelles avec le roi de Ts*i; pour se tirer d'embarras, celui-ci trouva moyen de tourner les armes de Yué contre le royaume de Tch'ou; de là des guerres dont nous ne connaissons pas le détail. Lieou-hiang 9\ |nJ ^'^ raconte des anecdotes; Liu Pou-wei g ;f :^ en parle aussi, comme d'un connu (4).

Malgré les efforts de Keou-tsien pour civiliser les gens de

(l) Texte (le liiitcrpr^^tation : $^ i^ M :^ Q J^-

■ 2) Ko(i-ld = c'est Chao-hinp fou IB ^ jjï ■ Trhô-kiarifjMP- Fa., vol. 17, p.23).

(3" Lu n^'-yc — cette ville antique et fameuse était ;\ 140 li sud-est dp Tchou-tch'eng hieii ^ «^ JÎ|î qui est Ji 180 li sud-est dv sa préfectun- Ts'in^'-tcheou fou n /^ fn fClian-ton^'J (k- Fa., vol. 35, p. ii3).

(4) Lieou-hiang, vol. 4, p. 8) — (I-cbe f^ ft» vol. IIG) — (Tcboang-tse ^ ■?, ennemi juré de Yué, vol 3, p. 75).

Yué, ceux-ci restaient sauvages ; c'étaient d'ennuyeux voisins. Ou-kiang ||j| jjS, leur dernier roi, et septième successeur de Keou-tsien, leva une armée, dans le dessein de prendre quelques territoires au prince de Ts*i; mais celui-ci dériva encore une fois la guerre sur le royaume de Tch^ou. Il envoya une ambassade à Ou-kiang, avec le message suivant: Tant que vous n'aurez pas abattu le royaume de Tch'ou, vous n'aurez pas espoir de devenir empereur; ni même chef des vassaux; vous ne pourrez pas non plus vous emparer des pays de Tsin Ç; aucun prince ne peut sans dangsr attaquer le roi de Tch*ou, sinon vous; les fautes politiques des autres états vous sont connues ; vous en commettriez une plus grande encore, si vous ne vainquiez pas ce royaume ! N'allez pas prendre, par-ci par-là. quelques villes aux états chinois ; c'est besogne indigne d'une puissance comme la vôtre; attaquez un rival digne de vous! etc, etc.

Ou-kiang se laissa berner par ces belles paroles ; il se lança sur le pays de Tch*ou; mal lui en prit! Il fut vaincu et tué; les membres de sa famille mirent le royaume en révolution par leurs jalousies mutuelles; Wei-wang s'empara de tout Tancien pays de Ou ^, et d'une bonne partie de celui de Yué. Quant aux princes de la famille royale qui s'étaient retirés dans les régions du sud, il les y laissa tranquilles, se contentant de les avoir comme vassaux, et de recevoir leurs tributs; il ne tenait pas à occuper son armée contre ces sauvages; il prêterait la ramener yers le nord, où le roi de Ts'i et surtout celui de Ts'in ^ lui causaient de l'inquiétude.

En 333, il voulut punir le premier» de lui avoir suscité cette guerre de Yué, quoiqu'elle lui eût été si fructueuse ; il remporta une victoire à Siu-tcheou ^ j\\ (1), et mit tout de suite le siège devant cette ville. Avant tout, il voulait obliger le roi de Ts*i à renvoyer le fameux ministre T'ien-yng H ^. auteur de la guerre de Yué, et père du héros célèbre Mong Tchang-kiun ]£

Le roi de Ts'i députa un vertueux lettré, nommé Tchatigtcheou ij^ jt' pour traiter cette question; celui-ci, naturellement, réussit à berner le barbare: Si votre Majesté, dit-il h Wei-wang, a remporté la victoire, c'est grâce aux sottises de T'ien-yng; par jalousie, il écarte de la cour TMen Pan-tse ffl g^ ^, homme supérieur que tout le monde voudrait voir à la tête des affaires; il se sert de Chcn-ki ^ i^, dont personne ne veut, et qui ne sait rien faire. Si votre Majesté s'obstine à demander. le renvoi de T'ien-yng, sa succession reviendra à T'ien Pan-tse ; celuici vous donnera du fil à retordre ; infailliblement il voua vaincra.

(1) 3ia=la capitale était à 50 11 nord-ouest de Se-tcheou f H Tn [Ngan-hoei] .

Wei-wang fut assez simple pour donner dans le panneau ; il renonça à sa prétention, et Ton fit la paix ; le génie d'un lettré remportait mieux que des victoires, en conservant à son pays un si grand ministre.

Hoei Wen-wang jg ^ 2, roi de Ts*in ^ (337-311), venait de remporter sur le prince de Wei une de se*?? victoires les plus éclatantes; cela causa une telle panique parmi les princes chinois, qu'ils organisèrent aussitôt une ligue contre lui. Le promoteur était le fameux lettré Sou-ts'in j|^ |§. —

Ce génie était originaire de Lo-yang |pf |^, la capitale de l'empereur ; il avait d'abord offert ses ser\'iees à celui qu'il en avait cru le plus digne, à savoir le roi de TsMn |^ lui-même ; celui ci n'ayant pas apprécié à sa valeur une pareille perle, Sou-ts4n s'était rendu à la cour de Yen, où l'on reconnut la haute volée politique de cet homme d'état ; il fut nommé ambassadeur auprès des rois ou princes de Tchao ^, de Han ^, de Wei H, de Ts4 ^ et de Tch'ou £.

Arrivé dans ce dernier pays, on lui fît d'abord attendre trois jours sa première audience; grande injure, pour un tel homme! Ensuite, Wei-wang sembla faire peu de cas de lui; c'était le comble ! Le fier lettré se fâcha, et menaça de partir. La colère d'un lettré fait trembler tout l'olympe ; Wei-wang sentit sa faute : moi, dit-il, homme de peu de valeur, je viens d'entendre vos paroles, qui sont dignes d'un sage antique ; vous avez daigné faire un voyage de mille li pour venir me voir, et vous voudriez partir si tôt! Veuillez, je'vous en prie, m'instruire encore!

Alors Sou-ts*in reprit: ce qu'il y a d'étonnant dans ce pays, c'est que les vivres y coûtent plus cher que les jades ! Le bois de chauffage, plus que le cannelier! Les domestiques y sont plus difliciles à trouver que les Esprits ! L'accès auprès de votre Majesté plus difficile à obtenir qu'auprès de l'empereur !

Wei-wang s'empressa de le consoler, en disant: veuillez retourner à votre palais; je serai si heureux de recevoir vos enâeignements !

Si cette scène était véritable, ce serait le fier langage d'un bourgeois; non celui d'un sage et grand ambassadeur; mais il est bien probable que c'est une amplification littéraire d'un écrivain postérieur. Se Ma-ts'ien n'en parle point; il dit seulement que notre homme voyageait en grandissime. seigneur; qu'il avait un train de roi.

D'ailleurs, dans les audiences où il traita les affaires de son ambassade, il tint un autre ton; voici une partie de sa harangue: Votre Majesté surpasse tous les rois en sagesse ; votre pays est le plus puissant de toute la Chine ; à l'ouest, il s'étend jusqu'à K'in-tchong |^ ^ et Ou-kiun S ^; ^ l*est, jusqu'à Hia-tcheou 31 jHi et H'ai-yang :f^ |j|; au sud, jusqu'à Tong-ting }Q jg et

Ts'ang-ou 5lf fg ; au nord, jusqu'aux défilés de Fen-hing ^ |IS ^^ de Kiun-yang |f{ m (1) ; c'est un territoire de cinq mille li en carré ; vous pouvez mettre en campagne un million de fantassins dix-mille cavaliers, mille chars de guerre; vous avez des provisions pour dix ans; avec des forces pareilles, on peut tout entreprendre, et tout mener à bonne fin. Si donc votre Majesté se mettait d'elle-même à la remorque du roi de Ts4n SU, les princes féodaux ne se tourneraient plus vers elle ; ils s'en iraient tous à la tour de Ts'ang-tai |f J (2)^ se déclarer vassaux de Ts^n. Celui-ci ne craint que vous; tant qu'un état comme le vôtre reste debout, Ts4n ne peut rien; si vous montrez de la faiblesse, il deviendra tout-puissant; il est impossible que vos deux royaumes subsistent ensemble. Ainsi, votre Majesté n*a rien de mieux à faire que d'entrer dans la ligue et d'isoler le roi de Ts'in |^ ; sinon, celui-ci viendra vous attaquer par K'intchong 1^ 4* ^^ P^^ ^^ défilé de Ou-koan -^ m ; votre capitale sera en danger. Les anciens sages disaient qu'un bon régent doit prévenir les troubles. ...etc.... (le reste du discours n'a plus que des lieux communs de rhétorique...)

Wei-wang n'avait pas besoin de tant de phrases pour comprendre le danger qu'il y avait, pour lui comme pour les autres, à laisser grandir le royaume de Ts^in ^; il se déclara donc volontiers partisan de la ligue.

D'ailleurs, celle-ci ne devait pas durer longtemps: Tchang-i ^ ^, autre lettré fameux au service de Ts4n, la détruisit comme une toile d'araignée ; c'était d'autant plus facile que

(1) K'in-tchong était à 22 li à l'ouest de Tch^en-tcheou fou 1^ )i\ J^ [Hoanan] (p. Fa., vol. 22, p. 18).

On-kian= était au nord-ef>t. de Ou*cban hieu S [I| JB|i qui est à 120 li à l'est de sa préfecture Koei-tcheou fou 3c /H flrf [Se-tch*oan] (p. Fa., vol. 24, p. 25).

Hia-tcheou= c'est Han-k*eou JH D « bien connu des Européens, dans le Hou-pé.

H*ai-yang= c'est Yang-tcheou fB 9t|i dansle Kiang-sou; et tout le pays de Ou, inconnu du lettré qui en parle.

Tong-t'ing= c'est le lac de ce nom, au Hou-nan.

T8-ang-ou= c'est le pays de YonR-tchcou fou :^ /H /(ï [Hou-nan] (p. Fa., vol.

Fen-hing = c'est la montagne; appelée maintenant Hing-chan^ lUi^ 30 li au sud de Sin-tcheng jR jKi qui est a\ 220 li sud-ouest de K'ai-fong fou m ^ M [Honan] (p. Fa., vol. 12, p. 5).

Kiun-yang= c'est le déftlé appelé maintenant Siun-koan vl M ) ^ l*est de Siunyang bien nj Iw J{i« Q^^ ^^t >\ 120 li nord-est de sa préfecture Hing-ngan fou 9^ $ jjp [Chan-si] (p. Fa., vol. 14, p. 45) — (g. vol. 56, p. 51).

Ces mômes frontières sont indiquées dans la Grande géographie, vol. 1, p. 31.

(2) Ts'ang-tai= cette tour était dans la palais appelé Ts'in-kong 3| ^i dans la ville de Tcbang-ngan "fk 9^ qai se trouvait à 13 li nord-ouest de Si-ngan fou Q 3C JUP [Chan-si] (g. Fa., vol. 63, p. p. 11. et 21).

chacun des ligueurs ne cherchait que son propre intérêt ; ce seul principe de division eût suffi, à lui tout seul, pour annihiler cette coalition. (1)

L'Europe a vu quelque chose de semblable ; bien des états s^étaient ligués contre Napoléon premier; leurs jalousies permirent au despote de les écraser tous, Tun après Tautre.

Quant à Wei-wang, il mourait en 329. Son fils Hoei ijf^ lui succéda; c'est lui que nous allons étudier, sous le nom historique de Hoai-wang fl| î- —

Le royaume de Tch^ou était plongé dans le deuil national, quand le prince de Wei, contrairement aux usages, Tenvahit et lui prit le territoire de Fen-hing ^ fg, dont nous venons de parler.

(1) Voyez notro histoin* du roj^anmode Ts'in IRi îi l'aiinée 332.

Page 1