‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 17 sur 205 · TAO-WANG · texte numérisé non relu

TAO-WANG

C'est le fils du prëcédent ; il s'appelait Hiong-i )pg ^ ; son nom posthume n'est pas très louangeur; il signifie: homme qui sapplique peu à la vertu, et ne s'inquiète que d'olTrir des sacrifices k temps et à contre-temps (1).

En 400, les princes de Wei |J|, de Ilan ^ et de Tchao ^% c'est-à-dire les chefs des trois familles qui s'étaient partagé le royaume de Tsin ^, firent nn simulacre de guerre au royaume de Tch'ou ; leur armée pénétra jusqu'à Tch*eng-k'ieou ^ ^ (2), puis elle s'en retourna. Unies sous un même sceptre, ces trois principautés pouvaient rivaliser avec le pays de Tch'ou ; divisées d'intérêts, elles étaient réduites à l'impuissance, et condamnées à périr dans un avenir peu éloigné.

En 398, une armée de Tch*ou mettait le siège devant la capitale de Tcheng ^. Ce pays était en révolution ; le premier ministre venait d'y être massacré ; sous prétexte de rétablir la paix, le puissant voisin venait traxailler à son profit; c'est encore le système de certains états actuels.

Se Ma-ts*ien "^ ||| ^ ajoute que l'armée de Tch'ou fit aussi la guerre à l'empereur : mais il ne donne pas de détails. Il est bien probable que ce fut une simple promenade militaire. Une fois arrivées dans les grandes plaines arrosées par le fleuve jaune, les troupes de Tch'ou auront voulu se donner le plaisir d'efïrayer un peu le personnage poétique^ appelé l'empereur, qui se morfondait à Lo-yang '^ J^ (3).

En 393, Tao-wang s'attaque au prince de Han ]^, pour le punir de sa récente expédition contre Tch*eng-k4eou £ ^ ; il lui prend la ville de Fou-chou -^ ^ (4).

(1) Texte de cette interprétation ; ft fx ^ ÏE H "fë-

(2) Tch'eng-k'ieou= était à 50 li nord-est de Ts'ao bien f J||) qui est à 120 li sudest de sa préfecture Ts'ao-tcheou fou W 5m /n [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 17) — (g vol. 33, p. 28).

(3) Se Ma-koang ^ i^ JC dit que l'armée s'avança jusqu'à Chang-k'ieou 5^ 5\)] ce serait Sanp-fi ^ ^i à l'est de Si-p*ing bien ffl ^ Sh » «l^i est à 130 li nord-ouest de sa préfecture Jou-ning iouifC^fn [Ho-nan] (g. Fa., vol. 50, p. 28).

(4) Fou-chou = est le village de Fou-chou-tsiu ^ ^ Jfii qui se trouvait à 27 li sud-ouest de l'ancienne ville de Yang-tch'eng f^ JK î or, celle-ci était à 40 li sud-est de Teng-foQg bien S îj JSfii qui est à 110 li sud-est de sa préfecture Ho-nan fou |(jf TO /fiF [Ho-nanJ (p. Fa., vol. 12, p. 39) — (g. vol. 48, p. 4-5).

En 391, les trois principautés de Han ^, de Wei §| et de Tchao ]@ prennent une revanclie inattendue ; elles s^emparent des deux villes Ta-leang ^ fj^ et Yu-koan 4|t M W- Grande humiliation pour Tao-wang! Au lieu d* accourir avec son armée, il s'en va offrir de riches cadeaux au roi de Ts'in |^, pour gagner les bonnes grâces de ce mortel ennemi des trois principautés ; celui-ci ne demande pas mieux que d'avoir un allié puissant dont il saura se servir un jour contre elles.

En 389, un ambassadeur de Tch'ou assistait à une singulière réunion de princes, tenue à Tchou-tché ^ ^ (2), dans le pays de Ts'i Iff; le motif de ce congrès était de s'opposer aux agrandissements du royaume de Ts4n ^ ; le promoteur était le roi de Ts^i lui-même, qui commençait à craindre pour ses états ; les princes de Wei 33| et de Wei |^ étaient présents à cette assemblée. La conclusion fut l'organisation d'une ligue, dont le chef était le roi de Ts'i; huit états en faisaient partie; et Tempereur donna son approbation ; c'est tout ce qu'il pouvait î

En 387, Ou-k*i ^ jjj, grand seigneur de Wei j^, s'enfuyait à la cour de Tch'ou; on ne dit pas pour quel motif. C'était un sage lettré, qui fit des discours onctueux sur l'eflicacité de la vertu (3) ; il fut bientôt établi ministre. Quand il se vit assuré des bonnes grâces de Tao-wang, il commença son œuvre de réforme; il publia des lois claires, trancha les questions indécises, renvoya les employés inutiles, éloigna une foule de gens plus ou moins apparentés avec le roi ; avec toutes ces économies, il entretenait une belle et forte armée, toujours prête à entrer en campagne; ce qui prouve qu'il ne se fiait pas uniquement à l'eflicacité de la vertu, comme il l'avait prêchée autrefois ou prince de Wei 33|.

Il avait horreur des sophistes errants, qui, comme de petits Confucius, s'en allaient de pays en pays, vendant au plus offrant leur recette infaillible pour devenir empereur, ou k tout le moins chef des vassaux.

Au sud du royaume, il faisait un traité d'amitié avec les différents princes voisins, connue sous le nom vague de Pé-yué "ff a [^®^ ^®^* roitelets de Yué], c'est-à-dire ceux qui étaient

(1) Ta-leanK= [ne pas confondre avec K*ai-fong fou PI îf /fiF ' qui s'appela aussi Ta-leanfi^] = était à 45 li sud-ouest de Jou-tcheou 2x Ta [Ho-nan] Yu-koan était à l'ouest de cette mAme ville (g. Fa., vol. 51, p. p. 35 st 37). Il y a encore le défilé Yukoan.

(2) Tchou-tché = il y a deux villes de ce nom. La grande géographie, vol. 47, p. 43, dit

que celle dont il est question ici se trouvait à l'ouest de Jou-tcheou VT /H [Ho-nan] . L'autre était au nord-est de Kiai-tcheou M W [Chan-si] (ibid, vol. 41, p. 29). Quelques auteurs prétendent qu'il s'agit de cette dernière.

(3) Voir le recueil T'ong-kien kang-mou JB S ^ S f Tcheng-pien jE fB^ vol. 1, p. 17.

sur la frontière de ce pays. Au nord, il tenait en respect les trois principautés de Wei ||, Han ^ et Tchao ^, tronçons de Tsin Ç. A Touest, il fît la guerre au roi de Ts'in |^, qui en dépit de la ligue susdite, venait de passer les Pyrénées chinoises, appelées Tchong-nan-chan i^ $ ll]i était entré dans le bassin du fleuve Han ^, avait pénétré jusqu'au Se-tch^oan Q j|(, et s'était emparé de la principauté de Chou J^, —

C'était donc une bonne fortune pour Tao-wang que d'avoir trouvé un si bon ministre ; grâce à lui le royaume de Tch'ou se voyait respecté et même redouté de tous les autres pays. Mais, naturellement, cet homme supérieur devait être jalousé, haï, calomnié, par la clique des bouches inutiles qu'il tenait éloignées de la cour.

En 381, mort de Tao-wang; c'était la perte assurée de son ministre: les mécontents se réunirent en masse, et Tattaquèrent dans le palais même ; Ouk4 ^ i^ se réfugia derrière le cadavre du roi; une grêle de flèches tomba sur lui et sur le corps du défunt. Voilà quelle fut la recompense du mérite!

Vingt ans plus tard, un fameux lettré, nommé Wei-yang ^ $i^, se rendit à la cour de Ts4n ^, y eut des succès pareils, et une fin aussi tragique; mais il fut encore plus dénigré.

Le crime de ces deux grands ministres, c'est qu'ils étaient traîtres à la bonne doctrine des anciens, ne s'appuyaient pas uniquement sur la vertu, estimaient trop la puissance des armes, tyrannisaient le peuple pour plaire au roi. On reconnaît tout de suite la ritournelle des sophistes errants, jaloux de n'être pas au pouvoir, malgré leur génie !

tw

sou- WANG (380-370)

Le nouveau roi, fils du précédent, se nommait Tsang ^ ; aprt'îs sa mort il fut appelé Sou J|||", c'est-à-dire caractère énergique, sachant se faire respecter et obéir (1). Il donna du premier coup une preuve de cette belle qualité ; à peine sur le trône, il se hâta de punir les révoltés ; soixante-dix familles entières furent exterminées, avec toute leur parenté.

En 377, Sou-wang se voyait attaqué par les gens de Sou Jlf, dont le roi de Ts'in ^ venait de faire la conquête ; leur armée, paraît-il, serait parvenue sans résistance jusqu'à Tse-fang ^ "fi (2)' c'est-à-dire au cœur même du pays, à une faible distance de la capitale.

Cette invasion a dû être repoussée à temps ; puisque l'histoire n'a enregistré aucune perte de territoire, aucune prise de ville ; elle dit seulement que pour empêcher à l'avenir semblables incursions, Sou-wang fît élever la barrière appelée Han-koan Jj^ m (3), à l'endroit par où étaient venus les envahisseurs.

Quant à cette principauté de Chou, elle était déjà puissante sous la dynastie Hia J|[ ; elle se donna le titre de royaume au temps de la décadence de la dynastie Tcheou ^ ; ce serait Tikou ^ §, l'un des premiers de la Chine, qui aurait attribué ce fief à un de ses fils, né d'une concubine ; comme il s'agit de temps si reculés, il faut se contenter de cette légende ; il n'y a pas de documents.

En 371, une armée de Wei ^ s'emparait de la ville de Louyang ^ |^ (^), mais elle lui fut reprise aussitôt, car l'expédition ne poussa pas plus loin.

(1) Texte (le l'interprétation; PHfê^ ]^ B J^f*

(2) La. principauté de Chou = sa capitale était la ville actuelle de Tch'eng-tou fou )SiiM }^ [Se-tch'oan] (g. Fa., vol. 67, p. p. 1, 0).

T8e-fang= c'est Song-tse hien>Ej SS JBi ^ 120 li sud-ouest de Kiug-tcheou fou ^ ji\ J^ [Hou-pêJ (g. Fa., vol. 78, p. 21).

(3) La barrière Han-koan = était à 70 li au sud de I-tch'ang fou S â /ff [Houpé] ; c'était la plus importante et la plus dangereuse de la contrée?. D'autres passages fortifiés, comme Kiang-koan JL BH ) à 29 li au sud de Koei-tcheou fou ^ Jt| ]^ [Setch'oan] , était regardés comme faisant partie de cette barrière Han. (g. Fa., vol.[69, p. 6 —

vol. 78, p. 30).

(4) Lou-yang= [sud de la montagne Lou] = était un peu au sud de Lou-chan bien

^y m ^î qui est à 129 li sud-ouest de Jou-tcheou 25f Jt| [Ho-uan] ; la montagne est à 18 li sud-ouest de la ville ; à 90 li sud-ouest il y a l'important défilé de Lou-yang, qui conduit à Nan-yang fou (g. Fa., vol. 51, p. 38).

Cette même année 371, Sou-wang faisait la guerre au roi de Ts'i JJ ; ce qui prouve qu'on ne se souciait plus guère de la fameuse ligue dont nous avons parle plus haut; d'ailleurs cette campagne n'eut pas de suites : le prince de Tchao ^ ayant envoyé une armée de cent mille hommes [comprenant mille chars] au secours de Ts'i, les troupes de Tch*ou se retirèrent.

Cette expédition est cependant restée célèbre, à cause de l'ambassade et du discours du fameux charmeur Choen Yu-koen JS[ -^ ^ (1) ; mais cela concerne surtout l'histoire de Ts4 ; nous l'y trouverons à sa place naturelle.

En 370, mort, de Sou-wang. Comme il n'avait pas de fils, c'est son frère Hiong Leang-fou ^ ^ ^ qui lui succéda sur le trône.

(1) (Zottoli, IV, p. 210).

SIUEN-WANG (369-340) m. dE

Siucn 35, le nom historique ou posthume du nouveau roi Kignifii; : homme qui écoute tout ce qui est bon et saint [pour le pratiquer, «ans doute!] (1)

Le prince de Song %, dont le territoire se trouvait placé «ntre Tcli»ou et Ts'i 5|, avait pris parti pour ce dernier^ dans la dcrniftre campagne : Siuen-wang le fit avertir que s'il recommençait il Ten punirait sévèrement.

Kn 354, le prince de Wei UJ assiégeant la capitale de Tchao j|g, 8iuen-wang envoya une faible armée au secours de ce dernier, fK)U8 la conduite du général King-ché ^ ^, Il est assez curieux de voir quelle était la raison politique pour laquelle le roi de Tcli^ou crut bon de s'engager dans ce démêlé:

Le grand /ieigneur Tchao Hi-siu HB H «Ml Ten dissuadait en diHant : laissons le prince de Wei faire cette conquête ; devenu plus puissant, il exigera encore d'autres territoires; Tchao en Hera aiïaibli d'autant ; si celui ci refuse, ils se feront une guerre il mort, et s'épuiseront tous deux, à notre grand avantage.

Mais le seigneur King-ché ^ ^ répliqua: Ili-siu n'y entend rien ! Le prince de Wei, dans cette expédition, a grand'peur que nous l'attaquions par derrière ; si nous ne secourons pas le payH de Tchao, il est perdu ; celui dç Wei, notre voisin s'agrandira du double ; comment dire que tous deux s'épuiseront ! Si le prince de Tchao prévoit sa ruine, il se réconciliera avec celui de Wei, et tous deux se tourneront contre nous. Ainsi il vaut mieux envoyer du secours, mais en faibfe quantité ; comptant sur notre appui, le prince de Tchao va certainement livrer bataille ; celui de Wei luttera avec acharnement ; c'est alors que tous deux s'affaibliront. Par ailleurs, les rois de Ts'in ^ et de Ts'i iif entrant dans nos vues, prendront aux deux adversaires quelque partie de leurs territoires ; ainsi nous serons débarrassés de Wei !

Voilà les «bons et saints» conseils qu'écoutait et suivait Hiuen-wang. Sa petite armée laissa prendre la capitale Han-tan "ils ffiS (2), ce qui était convenu ; elle enleva de plus au prince de

<I) Toxtc (lo cotte interprétation; ^ 9 ^ N B 'M.'

(2) Haiitan = était \ 20 li sud-ouest de Han-tan bien 'H'B flR JH ) qui est il 55 li HudoucMt de sa préfecture Koang-p*ing fou JR ^ ™ f Tche-ly] (p. Fa., vol. 2, p. 50).

Wei la ville et le territoire de Soei-yang J^ ffi- (^)- Quelle belle chose que la vertu païenne ; elle n'est guère gênante !

Ces deux seigneurs King-ché :^ ^ et Tchao Hi-siu B3 H '[É étaient membres de la famille royale, et comme tels très puissants. Les King ^ avaient le privilège de porter le uom de Mi :*}t, comme le roi lui-même ; son temple des ancêtres était aussi le leur. Les familles de ce nom sont originaires de Tch'ou ; elles sont nombreuses dans la province de Chen-si ^ ff ; c'est le terrible Che-wang-ti iè 3E SÎî ^® Ts'in |^ qui les y a transplantées^ quand il se fut rendu maître de toute la Chine.

Tchao Hi-siu était un ministre et général assez célèbre ; son collègue le jalousait ; mais leurs querelles n*intéressent que médiocrement une histoire générale ; nous en omettons le récit.

Tchao Hi-siu avait encore un autre ennemi ; c'est Kiang-i f£ Zji descendant des roitelets de Kiang-kouo ^L @J, de la famille royale Yng |K; il était aussi très puissant; pour déprécier Hi-siu, et flatter Siuen-wang, il inventa (ou raconta?) la fable suivante, qui est légendaire en Chine:

Le tigre ayant attrappé toutes sortes d'animaux, les mangea ; ayant pris un renard, celui-ci lui dit: prenez garde de me toucher; car le ciel m'a établi le chef de la gent animale; si vous me mangiez, il vous arriverait malheur! Si vous ne me. croyez pas, faisons la preuve ! Je vous précéderai de quelques pas : vous allez voir comme tout fuira par respect, à mon approche! Le tigre consentit à faire l'expérience, et fut assez simple pour croire que cette crainte était inspirée par le renard, non par lui-même.

Le tigre, ajouta Kiang-i, c'est votre Majesté; Hi-siu n'est qu'un renard^ qui abuse de votre puissance à son profit.

La mère de ce Kiang-i est une héroïne chinoise très populaire; mais nous laissons de côté toutes les légendes qu'on en raconte.

Nous omettons aussi les contes merveilleux écrits sur Tsefan -^ g^ général de cette époque ; les romans et les comédies continueront encore longtemps à perpétuer sa gloire, ses succès prodigieux par des moyens si simples, ses victoires remportées par le seul ascendant de la vertu, etc.

En 340, Weî-yang ^ ^, seigneur de Chang-kiun |^ ^, ministre fameux de TsMn |^, dont nous avons parlé à la fin du règne précédent, ayant attaqué et trompé tous les rois et les princes voisins, envahissait enfin le royaume de Tch^ou, quand mourut Siuen-wang.

On ne connaît pas d'autres détails.

(1) Soei-yang= était à 30 H au sud di- Koei-té fou Bp uJn [Ho-nan] . La rivière Soei, qu'on écrit aussi |3(t est au sud de la m^ine préfecture (g. Fa., vol. 50, p. p. 3 et i).

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