‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 20 sur 205 · K'AO-LIÉ-WANG · texte numérisé non relu

K'AO-LIÉ-WANG

Le nom du nouveau roi renferme deux caractères ; K*ao ^ signifie très appliqué à garder la modération en toutes choses ; Lié ^ signifie homme de grand mérite, qui donne la paix à son peuple. Nous verrons, si ces appellations élogieuses sont un peu plus méritées que celles du précédent (1).

On n'a pas oublié la manière dont le nouveau roi s'était évadé de Ts'in |g ; il n'était plus dans les griffes du tigre ; mais il en redoutait encore la colère ; pour l'apaiser, il lui céda le pays de Tcheou ji\ (2).

En 258, le prince de Tchao jg[ se voyait en grand péril ; l'armée de Ts'in guerroyait chez lui, et menaçait d'anéantir ses états. Il ordonna au seigneur de P'ing Yuen-kiun Zp jfg ;g^, son frère, d'aller en ambassade à la cour de Tch'ou former une nouvelle ligue, et demander du secours. Vous savons la valeur de telles conventions ; chacun des confédérés jdonnait son nom, mais il cherchait avant tout son intérêt privé ; il n'y avait pas d'action commune décisive pour le bien commun. Aussi, le roi de Ts^n avait beau jeu ; il attaquait les ligueurs l'un après l'autre, s'emparait de quelqu'un de leurs territoires, et devenait de jour en jour plus menaçant envers tous.

Avant de se mettre en route, le seigneur de P'ing-yuen fit savoir à ses familiers qu'il voulait avoir, dans son escorte, vingt hommes ràmarquables et courageux, pour l'aider à accomplir dignement sa mission. Or, parmi ces milliers de parasites, lettrés ou guerriers, il ne se trouva que dix-neuf hommes dans les conditions voulues. C'est alors qu'un certain individu nommé Mao-soei ^ ^ se présenta pour compléter le nombre de vingt.

P4ng-yuen lui dit : depuis combien d'années mangez-vous mon riz? — Depuis trois ans, j'ai l'honneur d'être auprès de votre seigneurie, répondit Mao-soei. — Je n'ai point encore entendu parler de vos qualités éminentes, repartit P^ng-yuen ; cepen-

ri) Texte chinois de rinterprétation : :k iS^Sl B^! ^ ^ ^ R

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(2) Tcheou = appelée plus tard Tcheouling ff\ K' = était à 30 li a Test de Kieuiihien S 91 JRf qui est à 310 li à l'est de sa préfecture King-tcheou fou ^ JM ISP [Hou-pé] (g. Fa., Tol. 78, p. 18).

clAni, ri'fipr^K lo proverbe, un homme remarquable est comme unn filjurullln dans un sac ; il attire bientôt l'attention sur soi ; dfipulN troiH ans votre talent ne s*est pas encore fait jour ; c'est (|u'il tint bien m<^diocre ; vous ne pouvez me suivre à la cour de T(i))'ou ; restez tranquillement chez vous. — Si je ne me suis pas fait n^marquer, répliqua Mao-soei, c'est que votre seigneurie n'& pas nncore eu recours à mes services ; mettez-moi dans le sac ; non seulement la pointe percera, mais encore l'aiguille entière apparaîtra foncièrement bonne.

Content de cette réponse, P'ing-yuen admit le familier parmi les gens de sa suite. Les dix-neuf autres riaient sous cape de voir un si pauvre sire honoré d'une telle distinction ; ils se promettaient de se divertir à ses dépens ; mais ils furent bien détrompés quand ils le virent à l'œuvre !

Quand le seigneur de Ping-yuen fut arrivé à la cour de Tch^ou, il exposa tous les avantages de la ligue, tous les dangers d'un refus, apportant tous les arguments pour et contre ; ayant commencé l'entretien au lever du soleil, à midi il n'avait encore rien obtenu. Les dix-neuf héros dirent à Mao-soei : voici le moment de montrer votre talent! allons, -en avant!

Celui-ci tira son épée, monta les degrés de la salle, et dit k P*ing-yuen: il suffît de deux mots pour montrer tous les avantages de la ligue, et les malheurs d'un refus ; votre seigeurie parle depuis ce matin sans résultat; pourquoi cela? où en est la cause ?

Kao Lié-wang furieux de cette audace lui cria: que viens-tu faire ici ? Je parle à ton maître ; cela ne te regarde pas ; va-t'-en ! Mao-soei, l'épée en main, s'avança jusque devant le roi: votre Majesté, lui dit-il, ose me maudire, parce qu'elle se repose sur le nombre de ses soldats; mais, à ce moment, sa vie est entre mes mains; et elle ose me mépriser, m injurier en présence de mon seigneur et maître! Je n'admets aucun de vos prétextes! L'empereur T^ang f| n'eut d'abord qu'un territoire de soixantedix li d'étendue; cependant il finit par devenir le maître de la Chine; l'empereur Wen-wang "j^ J n'eut d'abord qu'un territoire de cent li ; il soumit pourtant tous les vassaux ; est-ce que ces deux grands hommes avaient tant de troupes ? Votre royaume a cinq mille li d'étendue ; vous pouvez en un moment mettre cent mille hommes en ordre de bataille ; avec une telle armée, vous pouves subjuguer tous les princes de la Chine ; aucun ne peut vous résister. Le général Pé-k'i j^ JË) ^^ Ts'in, n'est qu'un enfant, comparé à vous; comment donc a-t-il pu, avec ses quelques milliers de misérables soldats, venir livrer bataille à une armée comme la vôtre? Comment a-t-il pu, dans une première invasion, prendre les villes de Yen gp et de Yng g? dans une seconde, brûler I-ling |^ m? dans une troisième, brûler les tombeaux de vos ancêtres ? Pareilles atrocités suffisent pour créer

entre vos deux pays des inimitiés qui ne s'oublient pas pendant eent générations! Notre royaume de Tchao lui-même a été indigné en apprenant une telle barbarie; et votre Majesté n*en Tessentirait aucune honte ! Si nous voulons cette ligue, c'est pour le bien de votre royaume, non pour le nôtre ; et vous osez me maudire, en présence de mon seigneur et maître !

K^ao Lié-wang se hâta de répondre: oui, oui, ce que vous dites là est bien vrai ! Je vous suivrai donc avec mes troupes ! — Est-ce bien convenu? reprit Mao-soei; consentez-vous à faire avec nous un traite d'alliance? — Oui, c'est entendu répondit le roi.

Sur ce, Mao-soei s'écria devant l'entourage: apportez du sang de coq, de chien et de cheval ; nous allons de suite faire le serment! Prenant en main une cuvette de cuivre, il y versa le sang, se mit à genoux devant le roi et lui dit: que votre Majesté se frotte les lèvres ; ensuite ce sera le tour de mon maître, puis le mien ! (1)

C'est ainsi que Mao-soei réussit à faire conclure un traité d'alliance, dans le palais môme de K'ao Lié-wang. Quand il eut fini, il fit signe à ses dix-neuf compagnons d'approcher, leur tendit la cuvette en disant: vous autres, vous êtes ici pour faire nombre, et rien de plus ! Allez vous frotter les lèvres, en dehors de cette salle ! (2)

Le seigneur de P'ing-yuen retourna dans son pays; là, il sentit, parait-il, le besoin de s'excuser devant Mao-soei de n'avoir pas plus tôt découvert ce génie caché: je n'oserai plus, lui dit-il, me flatter de ma perspicacité: je croyais qu'aucun homme de ^valeur ne pouvait échapper à mon coup d'oeil; je m'étais trompé! A la cour'de Tch'ou, MaoHBK>ei a fait pencher la balance de nos intérêts, plus que ne l'auraient pu fura les neuf trépieds et \e& grosses cloches de l'empereur; avec ses trois pouces de langues il s'est montré plus fort que les généraux et lea guerriers de toute la Chine ! Non vraiment, je ne me flatterai plus d'être un connaisseur d'hommes; puisque je n'avais pas au distinguer celui-ci !

(1) QoftDd rempereur Jurait an tmté d'alliuioB, il* employait du &aag de boeuf et de cheTal; les divers princes, du sang de chien et de oochon mâle, les gnud^ officiers et aeigneors, du sang de ooq. Ici ob réutiiasait tout à la fois ; pour jaiontrer que la iigite serait universelle. Remarquons, en passant, que dans les provinces septentrionales de la Chine, le chien a été de tout temps regardé comme un animal honorable, dont on pouvait servir la chair dans les festins solennels.

<3) Inutile de remarquer que les lettres chinois trépignent de joie, quand ils lisent on racontent ce fait bien connu ; ils jubilent de voir un des leurs, méoonnu jusque là, briller iont d'un coup d*un éclat merveilleax, qui luira de génération en gtoération ; ils espèrent x>onr enx-mftxnes une pareille bcmne fortune; comine les jonenrs espèrent toujours gagner le gros lot.

Le lecteur a déjà compris que cet éloge enthousiaste est sorti du pinceau de Thistorien ; la langue du seigneur de P4ng* yuen à dû être beaucoup plus discrète; si K*ao Lié-wang avait promis son concours à la ligue, il y avait encore un autre inter^ cesseur intéressé à cette conclusion favorable: le prince de Tchao avait offert un cadeau magnifique au premier ministre de Tch^ou, le seigneur de Tch*oen*chen ^ ^ ; il lui avait donné en fîef le territoire de Ling-k*ieou H ]^ (1) ; ayant accepté un tel présent, le premier ministre avait exhorté son maître, et K'ao Lié-wang avait accordé ce qu'on désirait ; les choses s'étaient passées bien plus prosaïquement que Thistorien, ou plutôt le lettré, ne le donne à entendre. Quoi qu'il en soit, Mao-soei devint dès lors le chef des familiers du seigneur de P4ng-yuen.

L'armée de Tch^ou arriva bientôt; mais elle n'engagea aucun combat; par sa présence elle augmenta sans doute la confiance et le courage des autres soldats; les gens de Ts4n |^ furent vaincus, sous les murs de Han-tan jJH^ Jg, capitale de Tchao; mais ce triomphe était dû surtout à Kong-tse Ou-ki St ^ M St>y frère du roi de Wei H, et à son armée. On était à Tannée 257.

L'empereur voyant que les troupes de Ts'in pouvaient encore être battues par quelqu'un, sonna lui-même le tocsin, appelant toute la Chine à l'assaut du terrible roi; mal lui en prit; il y Perdit son territoire et son trône ; l'empire fut définitivement

Anéanti.

En 255, le premier ministre de Tch*oen Chen-kiun 31^ ^ S" établissait comme gouverneur de Lan-ling H gl (2) le fameux philosophe Siun-hoang |$ ^. originaire de Tchao ^, dont les ouvrages subsistent encore. Ils ont le rare privilège d'être lus, parce que sa doctrine n'est pas si absurde que celle de ses congénères. Se Ma-koang ^ jg :)fc nous en donne un spécimen, que je ne rapporterai pas, il jest trop long et peu intéressant; le philosophe discute avec un autre lettré sur la meilleure manière de faire la guerre; naturellement, ces deux généraux en chambre dissertent sur les principes et la stratégie des anciens sages, qu'ils développent dans les plus grands détails.

Cette même année 255, le duché de Lou §, pays classique delà «vraie doctrine» selon Confucius, cessait d'exister, même de nom; d'ailleurs depuis longtemps il n'avait ni prestige, ni influence; il ne subsistait que par grâce, personne n'osant se

(1) Ling-k4eou=étaità 10 li A l'est de LiDg-k'ieou bien K f S JKi qui est à 270 li Bud-CHt de sa préfecture Ta-ming fou ^ ^ ifif [Chaii-si] . La grande géographie, vol. 44, p. 50, relate expressément cette donation.

(2) Lan-ling=était à 00 li à l'ent de Yen-tcheou fou S ?H iff [Chan-tong]. Il ne faut pas la confondre avec une autre ville du niAme nom, qui se trouvait i\ «O 1: nordouest de Tch'ang-tcheou fou "fit Tu M [Kiang-sou] (g. Fa., vol. 32, p. 19).

Tannexer. K^ao Lié-wang crut le moment venu de s'en emparer; il relégua le duc au pays de Kiu ^ (1). Nous venons de voir son premier ministre Tch^oen-chen disposer de la ville de Lanling, y établir Siun-hoan (ou Siun-tse) comme gouverneur ; ce territoire appartenait au duc; mais on agissait déjà en maitre à son égard, sans se préoccuper de son consentement.

En 253, K^ao Liéwang ne se croyant pas en sûreté dans sa capitale de Tch^en f^. transportait sa cour à Kiu-yang §^ ^ (2).

En 251, mourait Tchao Siang-wang BS iï 5Ei roi de Ts*in m, après ifn glorieux règne de cinquante-six ans. K^ao Liéwang ne devait pas être bien aiTligé de cet événement; il envoya cependant son premier ministre porter ses condoléances à la cour, selon Tusage. S'il s'était réjoui en se voyant débarrassé d*un redoutable ennemi, sa joie ne devait pas durer longtemps; car le nouveau roi, le fameux Che Wang-ti, allait se montrer bien autrement terrible ; c'est lui qui va broyer tous les états de la Chine, et les réunir en un seul empire sous sa main. Mais n'anticipons pas sur la marche des événements; voyons comment cette catastrophe se prépare:

En 249, K*ao Lié-wang, qui avait jusque là laissé un semblant de cour princière au malheureux duc de Lou igi, lui retire ce dernier reste d'honneurs ; il le réduit à Tétat de sinple particulier, et le transfère dans la ville de Pien ~f7 (3).

En 247, le premier ministre Tch^oen-chen échange son fief des bords de la Hoai ff|, contre celui de Sou-tcheou jj|£ j|f|, comme nous Tavons dit plus haut.

Cette même année, Tarmée des cinq états confédérés remporte une grande victoire sur les troupes de Ts4n |^; on poursuit les fuyards jusqu'au fameux défilé Han-kou-koan ^ ^ ^; c'est encore un exploit de Kong-tse Ou-ki & ^ ^ ^, frère du prince de Wei f|. —

En 241, les ligueurs reviennent à la charge; mais cette fois le généralissime est Ling Ou-kiun ^ ^ ^ (le seigneur de Lingou), un favori du premier ministre Tch'oen-chen. D'abord, on s*empare de la ville de Cheou-ling H S^ (4); puis. Ton s'avance fièrement jusqu'au défilé Han-kou-koan, comme dans la précédente expédition; mais le succès n'est plus le même: l'armée de Ts4n sort de son embuscade, et disperse les confédérés comme un troupeau de moutons.

(1) Kiu = c'est Kiu-tcheou S /H^ ^ ^ li nord-est de I-tcheoii fou f/f jH Jff [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 31) — tg. vol. 35, p. 27).

(2) Kiu-yang=:était à 40 li Dord-ouest de Yng-tcheon (ou jj^ yl\ Jff [Nganhcïi] ; le roi se retirait donc à 270 li vers le sncT-est.

(8) Pien^est à 50 li à l'est de Se-choei bien A9 ^ )||v qui est à fM) li à l'est de •a préfecture Yen-tcheou fou ^ JT| ^ [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 8) — (g. vol. 32, p. 13).

,(4) CheoTi-ling=on ne sait plus où était son emplacement.

Le premier ministre avait mal choisi son homme ; c'est sur lui qu'on rejette la faute; dès lors il perd une bonne partie de son influence. Le commentaire, parlant de cette campagne, la compare à la dernière agitation fébrile d'un moribond. Encore un peu de temps, et les ligueurs vont tomber, l'un après l'autre, sous les coups de Ts*in.

 cette occasion, un fameux lettré, nommé Tchou-jmg jj^ ^, originaire de Koan-tsin ||{ flf (3), faisait à Tch^oen-chen Ja remarque suivante : On dit qu'auparavant le royaume de Tch^ou était fort, et qu'il s'est affaibli sous votre administration ; ce n'est pas mon avis. Précédemment, nous vivions en bons termes avec le roi de Ts4n Jfj^ ; pendant vingt ans, nous n'avons pas eu de guerres avec lui ; la raison est que son armée aurait dû passer par le délilé si dangereux de Mong-i flB. |B; ou bien elle aurait dû demander l'autorisation de traverser le territoire de Tempe* reur, ou celui de Han ||Jt, ou celui de Wei J^, toutes choses peu pratiques; maintenant, il n'en est plus de même! L'état de Wei fH est sur le point de périr: il ne peut plus garder ses villes de Hiu f)F et de Yen-Iing ii5 S! (^) ; ^1 ^ ^^^^ 1^ première au roi de Ts4n; dès lors, les troupes de celui-ci, pour faire invasion chez nous, n'ont plus qu'une faible distance à franchir; elles ne sont plus qu'à cent-soixante li de notre capitate Tch^en ^. Ainsi, il est évident que nous aurons des guerres continuelles à soutenir contre lui.

Le danger était manifeste ! On transféra la capitale à Gheoutch'oen ^ ^ (1) ; ro*is pour donner le change an peuple et aux Esprits, on donna à cette ville le même nom que l'ancienne et célèbre capitale Yng ^. Quant au premier ministre Tch*oehcben, voyant que son influence était bien amoindrie, il se retira; K la fin de l'année, dans son fief de 8ou-tcheou 0 ji{. D'ailleurs, il se rendait compte aussi que le royaume de Tch'ou approchait de sa ruine ; il n'avait plus guère de courage à l'administrer.

En 238, le nouveau roi de Ts'in |g, Che Hoang-ti f^ ^ ^, déclaré majeur prenait en main le gouvernement de ses états, et dès, sa première année montrait ce qu'il serait plus tard (Voyez l'histoire de ce pays).

La cour de Tch*ou se trouvait alors dans un triste état ; lenÉ

(3) Koau- tain tétait à 33 li sud-est de Ou-i bien V^ S^ JB^) qui est à 50 li

nord-dft de «a préfecture Ki-tcheouJt jHl [Tché-lî] (p. Fa., vol. 2. p. (i6) — (p. vol. 14, p. »?).

(4) Hiu «était i\ 30 li à l'est de Hiu-tcheou K^ jHI [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 58). Yen-ling=c'e8t Yen-liiiR bien ]§J |^" Jf î à 40 li sud-ouest de K'ai-fonj,' fou P|

it Hï [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 4).

(1) Cheou-tch'oon = c'est Cbeou-tcbeou S jfHf ^ 180 li ^ l'ouest de Fong-yang fou S. ^ ^ [Ngan-boei] (p. Fa., vol. 6, p. 24).

hifirtônens qui le racontent semblent se contredire; est-ce un roman qu'ils nous débitent? est-ce la réalité ? Quand un gouvernement est à la merci de femmes intrigantes et de courtisans ambitieux, on peut s'attendre k tout ! Voici donc ce que l'on nous dit :

K'ao Lié-wang n'avait pas d'enfants, malgré les nombreuses femmes que son premier ministre lui avait procurées. Un Seigneur de Tchao j^, nommé Li-yuen ^ B|, avait une sœur qu'il désirait lui offrir ; mais ayant entendu dire que le roi était incapable d'engendrer, il craignit que sa sœur ne tombât en disgrâce, il la confia au premier ministre lui-môme ; puis, il demanda permission de rentrer chez soi, promettant de revenir au bout de quelques jours. Il prolongea un peu plus son obsence, dans l'espoir que le ministre lui en demanderait la raison. En effçt, Tch^oen-chen l'interrogea sur son retard ; il répondit : j'allais me mettre en route, quand est survenu un messagerduroide Wi ^, demandant ma sœur en mariage pour son maître ; j'ai dû retarder mon départ, afin de traiter honorablement l'envoyé et sa suite. — Le mariage est-il conclu? — Non, pas encore! Je voulais auparavant consulter votre seigneurie ! Le ministre tomba dans le piège ; voyant la jeune personne recherchée par un roi, il voulut la garder pour soi, comme un trésor ; il en fit donc sa concubine.

Dès qu'elle se sentit enceinte, elle en avertit son frère ; eeluj-ci lui fit la leçon ; voici, lui dit-il, les considérations qu'il faudra exposer habilement à votre mari : Sa Majesté vous tient en plus grande estime que ses propres frères et ses proches parents ; vous êtes son premier ministre depuis plus de vingt ans. Mais le roi n'ayant pas de fils, après sa mort^ un de ses frères sera placé sur le trône ; celui-ci voudra s'entourer de ses favoris ; vous ne pourrez garder votre dignité. Bien plus, dans une si longue administration, vous avez plus d'une fois froissé l'orgueil de ce prince ;; arrivé au trône, il cherchera à se vengée de vous ; les plus grands malheurs fondront sur votre tête ! Maintenant j'ai conçu ; personne ne le sait encore ; on ignore même que je jouis de votre faveur ; usez de votre influence pour m'introduire auprès du roi ; certainement il sera content de moi ; je m'appliquerai à gagner ses bonnes grâces ; si le ciel m'aceofde un fils^ c'est lui qui sera le prince*héritier ; ainsi le royaume sera vôtre; ne sera-ce pas mieux pour vous que d'être exposé à tant de malheurs !

Tcb'oen-chen trouva le raisonnement très sensé ; il éloigna la jeune personne, la mit dans un palais princier, et la recommanda à K^ao Lié-wang. Celui-ci l'accepta et l'aima grandement. De fait^ elle mit au monde un fils, qui fut aussitôt proclamé prince-héritier ; elle-même devint la reine titulaire, et son frère fut gratifié d'une grande dignité à la cour. ,

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