‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 30 sur 205 · HISTOIRE DU ROYAUME DE YUÉ · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU ROYAUME DE YUÉ

Voilà un titre qui surprendra plus d'un lecteur. Quoi donc ! Ce royaume a eu une si grande étendue, il a duré tant d'années ; son histoire ne formera qu'un appendice de quelques pages ! Est-ce bien possible?

Et pourtant, nous en sommes réduit là! Ce pays n'a pas d'histoire; il n'a pas môme de légendes; sur plus de trente générations de rois, on ne connaît rien. Ce peuple était sauvage ; il n'eut que peu de relations avec les autres nations ; il ne semble même pas avoir atteint cette demi civilisation que nous avons trouvée chez son voisin et rival, le royaume de Ou ^, Assurément, il s'est passé chez lui bien des événements, bien des révolutions peut-être; personne n'en a écrit l'histoire; ou bien elle n'est pas parvenue jusqu*à nous; nos recherches ont été infructueuses.

S'il existe quelque part des documents quelconques, nous serions bien reconnaissants à celui qui aurait la bonté de nous mettre sur la voie ; nous n'épargnerions aucune peine pour compléter le peu que avons trouvé.

La maison régnante prétendait descendre du grand Yu ^ (2205-2197), dont le cinquième descendant, l'empereur Chaok*ang *l^ ]^ (2079-2057) aurait envoyé un de ses fils cadets à Koei-ki -§- ||, pour régner dans ce lointain pays.

D'après les uns, ce prince s'appelait Ou-yu ^ j^: d'après les autres, il se serait appelé Yu-yué jjg j^, d'où serait venu le nom de ce royaume. Sa capitale était au nord de la montagne

Koei-ki $t H (^) î ^" ^"^ ^" '^^ [Jfi ;i if 1» *> Y avait un fameux sanctuaire, dédié au grand Yu.

Car on prétend qu'en visitant la Chine tout entière, il serait venu là, aurait réuni tous ses vassaux, sur la montagne Mao-chan

(1) La montage de Koei-ki = est à 12 li sud-est de Chao-hinp fon fg ^ ^

[Tcbé-kianfrjÇr fLl' Là aussi se trouvait rancienne capitale, Yué-vvaijj;-tch'enf,' SS ï jd(* A 58 li à l'est de la mAme préfecture, il y a une vieille ville, nommée Heou-tch'eng ^ j£) qui aurait été la capitale primitive de Yu-yué (g. Fa., vol. 92, p. 4).

1^ (Il (1), y aurait récompensé tout les mérites, puis serait mort, et aurait été enterré sur cette montagne à jamais sanctiâée.

Quoi qu'il en soit, le prince aurait pris les moeurs des habi* tants; il se tatouait le corps comme eux, dit-on; il se coupait les cheveux, et se vêtait comme eux ; il défricha et cultiva le pays, puis y bâtit une ville qui devint sa capitale.

A l'époque de l'empereur King^wang ^ 2, de la dynastie Tcheou jy (519-476), nous trouvons le nom d'un roi de Yué; c'est Fou-tan ^ |^; alors ce pays devait avoir quelque puissance; car Yun4ch*ang ^ 'Jf^ fils de Pou-tan, osait résister au roi de Ou, et même lui faire la guerre; il mourut en 497.

Son ù\ê KeoU'tsien ^ H (496-465), nommé aussi Tan*tche H *k» ^^" ^^ première année de son règne, remportait une g^nde victoire, à Tsoei^li i|^' ii|g ; le roi de Ou mourut des blessures qu'il y avait reçues; mais, deux ans plus tard, son fils Fou^toh^ai ^ H prenait une glorieute revanche, à Fou-tsiao ^ ||| (2)«

En 473, Keourtsien ayant abattu le royaume de Ou,' devint le prince le plus puissant de toute la Chine; selon quelques, auteurs, il fut même compté parmi les cinq grands chefs des vassaux [ou pé £ f|^]. Mais ce fut une gloire éphémère: ses successeurs n'ayant pas hérité de son génie, ne tardèrent pas à tomber sous les coups de Tcheou ^« -*•

Le premier est Lou-yng |fi fl{ ou Che^yu IJQ |^ (464-459).

Le 2^""^ Pou-oheou 7 ^ ou Mong-koU Kf tjjf (458-449).

Le 3^me Wong H ou Tohou-keou ^ ^ (448-412), eut pour femme une princesse de Ts4n J| ; il parait avoir été un peu pluft actif; en 415, il s'emparait de la petite principauté de Teng H; en 414, il prenait celle de Tan l^i (3).

Le 4^»''' i jm (411-375J,. transféra sa capitale à Sou-tcheou Il jH( (Kiang-sou) ; il fut assassiné, à la 7^nie lune, par son fllà

(8) La montAgne Mao-chan = ou Miao-chan ff (1|«= c'est la montagne iCoeiklîsOn dit que c'est Ift grand Yu qui lui attrait donné ce nom; c'est-à-dire montagne où l'on pendit lês comptes de l'administration [BT p|*Jï pour récompenser les bons vas-' sahx, et punir les fnauvais. Oette montagne a encore beaucoup d'autres noms.

Bn 210, Ch© Hoang-ti jfy Jl flf?i roi do Ts'in |||i y vint offrir un Sacrifice au

grand Tu. Bile Continue à ^tre visitée par les curieux et les devôts, qui y viennent de" fort loin.

(i) T8oei-li=-étaità45 1i sud-ouest de Kia^bing foU M 9H Jff [Tohé-klang.) [g. Fa., vol. 91, p. 2>.

La montagne Fou-tsiao "^^ appelée encore Pao-cban cl lIJ=eBtà 85 li sud-ouest

de Sou-tcheou fou tf /H /pf f au milieu du lac T'ai-hou ^ a|| [Kiang-sou] (g. Fa. vol. 24, p. 7).

(2) Teng=*était à 14 li sud-ouest de Teng-hien 1^ M^ qni est à liO li sud-est de Yen-tcbeôù 58 ?H [Ghan-tong] (p. Pa , vol. 10, p. 9).

Tan = éUit à 100 li sud-ouest de Tan-tch*eng bien $6 Ml CI* qui est & 129 li sudest de I-tcbeou Vf /M O^ban-tong] (p. Fa., vol. 10, p, 30).

Tchou-kieou Hf ^ qui à son tour fut massacré par le peuple, à la IQème lune. La révolution plaça sur le trône Ts^ouo-tche ^ j^^ qui ne régna qu*un an.

Le 5toe Tse-heou ^ fl| ou Ou Yu-tche ^^ ^ j^ (373-361) ; celui-ci avait été mis sur le trône par Che-kiu % 2^ ^^^^ ^^^ seigneurs révolutionnaires; il semble avoir eu un troisième nom, Mang-ngan ^ ^, mais il fut massacré par le frère de son bienfaiteur, le seigneur Tchong j^, qui établit un nouveau roi, à savoir :

Le 6^me Ou-tchoan H g| (369-353), encore nommé Tan Tchou-

OAAO H iSt 9ïi ^^ aussi Tse-seou f tt.

Le 7^me Ou-kiang H 9 (352-334), frère du précédent.

Du moins, voilà un peu de chronologie! Ce qu'on raconte par ailleurs, n'est que légende ; et Ton ne sait à qui l'attribuer. Donnons quelques sprécimens:

Le recueil de Li Pou-wei g >|C :$:, vol. 9, p. 11, dit ceci: Gheou ff (1), roi de* Yué, avait quatre fils; Yu f^, son frère, voulait les massacrer, pour s*assurer la succession ; il en avait déjà fait mourir trois ; mais le peuple ayant exécré publiquement ce crime, le roi prit un peu de courage, et empêcha le meurtre du 4^°^®. Ce fils dénaturé, craignant malgré tout pour sa vie, 8*appuya sur le parti opposé à son oncle, et vint assiéger son propre père dans son palais. Dans sa détresse, le roi se lamentait en disant: hélas! je n'uî pas écouté les conseils de mon fîrère ; voilà pourquoi je suis réduit à cette extrémité ! et Ton ajoute: c*est le fait d'un homme imprudent et imprévoyant. — Oe récit a Tair fabuleux; il semble raconté (nous dirions mieux inventé)^ pour servir d'exemple à la théorie énoncée.

Le môme Li Pou-wei, vol. 9, p. 7, rapporte le trait suivant: Tchoang ^, grand-officier de Ts4 H, demanda la permission d'aller faire la guerre au pays de Yué; le roi T'ien-houo Q %i (386-384) répondit: mes prédécesseurs m'ont recommandé de ne pas m' attaquer aux gens de ce pays; ce sont des fauves, des tigres! — L'officier reprit: autrefois, oui, c'était bien vrai; mais maintenant les fauves et les tigres sont morts ; ils ne sont plus à craindre! — Le roi répondit: je veux consulter mon ministre Hiaotse H ^. Celui-ci donna raison à son maître, bien entendu : le tigre était mort, dit-il ; mais il vient de ressusciter, parce qu'il a pour soi le peuple et l'opinion publique; il pourra donc entreprendre de grandes choses !

C'est encore un aphorisme de lettré, appuyé d'une histoire; n'est-ce pas écrit pour confirmer la théorie ?

Un dernier exemple, tiré du même Li Pou-wei, vol. 2, p. 4: Dans les intrigues et les révolutions de cour, les gens de Yué

(1) Ce roi est pent-ôtre celai qui est a^ipelé plus haut I H* ~~

avaient déjà massacré trois princes. Le roi Cheou fj^ eut peur ; il s* enfuit et se cacha dans une caverne. Le peuple l'ayant longtemps cherché, finit par le trouver; mais le roi ne voulait pas sortir de sa i^etraite ; ' on fut obligé de Tenfumer, comme un renard, en brûlant des plantes d'absinthe. Le char royal était tout prêt; en y montant, Cheou leva les yeux vers le ciel, en disant: ainsi donc, seigneur, vous n'avez pas voulu me lâcher! — Et Ton ajoute : ce n'est pas que ce ])rince refusât de gouverner: il redoutait seulement les angoisses attachées à la couronne! Ce n'est pas lui qui eût une vie pour monter sur le trône! Mais le peuple persistait à l'avoir pour roi.

Hoai Nan-tse fit 1^ -f^ vol. 1, p. 8, dit qu'il s'agit du roi I JH ; ci-dessus ; d'autres auteurs sont du m^me avis, et assurent qu'avant lui le pays n'avait pas commis d'atrocités si sauvages.

Peut-être le récit s'appjique-t-il à Ou-tchoan |ft fj^; car avant ce prince il y eut de grandes révolutions ; et tout présageait la ruine de Yué.

Ce qu'il y a d'historique sur ce pays, nous l'avons donné: 1®. dans notre histoire du royaume de Ou ^, à propos des guer* res de Keou-tsien^ K; 2®, dans notre histoire du royaume de Tch'ou, qui relate l'extinction de Yué, à l'année 334.

Les noms des rois de Yué, tels qu'ils nous ont été transmis, ne sont pas chinois ; c'étaient probablement des sauvages venus du sud, et qui avaient eu la bonne fortune de s'emparer de ces pays plus civilisés; mais ils furent incapables de se dégrossir et de gouverner; aussi tout leur échappa.

Les grands commentaires officiels de la cour impériale parlent de ce royaume, à propos du tch^oen-ts^ieou ^ ifK^ dans leur fameux recueil Hoang-ts^ing-king-kiai M, ^ 9LM^ ^^'* ^^« p. 14, mais ils ne font pas plus de lumière.

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