‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 82 sur 205 · MORT DE SIUEN TI, 582. HEOU-TCHOU · texte numérisé non relu

MORT DE SIUEN TI, 582. HEOU-TCHOU

Fang-ming t'an -ff B^ ||[, dominant le lac Leou hou ^ ^ (1).

Suivant la coutume des derniers règnes, l'empereur préside une revue générale de ses troupes (8® lune, 579), au nord du lac Heou hou ^ ijfl, au pied des collines Ta-tchoang-koan chan ^ }Jf 1^ llj, qui ballonnent cette plarne en vue de Nankin.

Comme à la fin de cette année toutes les villes du Kiang-pé Ùl^t (région au delà du Yang-tse kiang) étaient tombées au pouvoir du royaume de Tcheou j^, Kien^k'^ang regorgea de réfugiés et d'é migrants en fuite. L'empereur envoya Jen Tchong ^ ^ pour garder, à la tête de toutes ses forces navales, le passage du grand Fleuve.

La mort surprit Tch'en Siuen ti (âgé de 42 ans) dans la salle SiuPii-fou tien ^jjg M» ^ ^^ ^^^^ ^^^^- ^^ ^^2. L'année suivante on Tcnterra au IHen-ning ling |g ^ ^. Pour le rejnplacer, d'ardentes compétitions se produisirent autour du trône vacant. Tch'en Chou-ling ^ ^ ^, Prince Che-hing wan^f j^ ^ 5, blessa le fils et héritier présomptif Tch'en Chou-pao ^>^9, que Tch'en Chou-kien |^ ^ ^, Prince Tch'ang-cha wang -jS: Q? J, arracha au danger de mort. Retiré dans sa forteresse de Tong^fou ]g /j|J, le meurtrier (Tch'en Chou^ling) ébaucha une tentative de révolte. En ces conjonctures critiques, l'impératrice Lieou che ^ ^ fit appel au loyalisme du Général Siao Mo-ho ^ J^ |^, qui sur son ordre, fit périr Tch'en Chou-ling ^ ^ ^, avec Tch'en Pé^kou K fé @» Prince Sin-ngan wang ^ ^ J, complice de sa rébellion. Tch'en Chou-pao, l'héritier légitime, put alors monter sur le trône ; sa mère Lieou che, qui habitait la salle Pé-liang tien IQ ^ ^, administrait en son nom le royaume. Et quand il fut guéri de sa blessure, elle lui remit en mains l'autorité suprême, sans en distraire aucune part.

Cet empereur Tch'en Heou-tchou ^ ^ ^ ordonna à deux reprises (582) des cérémonies solennelles devant la salle du T'aihi lien "ii ^ Wi ^^ l'honneur de Bouddha, sous le titre Ou-ngai hoei ^ ç| '^. La seconde fois il fit don au poussah de son palanquin, de ses vêtements impériaux, de ces joyaux et de son propre corps. A la fin de l'été, époque des grandes crues annuelles, l'eau du Yang-tse était devenue aussi rouge que du sang !

Le superstitieux et licencieux monarque, déshonoré par d'abjectes débauches, inaugura l'année 584 par la construction de trois palais pour trois de ses concubines préférées, Lin-tch'oen ko

(1) La préfecture Nan Lang-yr kiuu f& }fiS 3}p ^Sf) fut supprimée à la date de 578. En sa placn on créa celle de Kien-hiiig kiiin j^ ^ ^) qui avait sous «a dépendance les six souR-préfecturcH» suivantes : T'o7/<7-/«V/ (^ ^^ Kiavg-rheîig jl ^i JToii-rhov |^ ^î Lin-f/rn SS uT ^ Kien-ttgan j^ "5C et Ou-chan ,^ [Ij • Trois autres sous-préfectures, Kir)i-Jc'<nig ^ j^ i Mou-Urtg ^ ^ et Kinng-ning fX. ^ ressortissaient encore de la Préfecture Tan-yang kiun Tj WS 5|>'

114 CH. VI. DYN. (xi*) DES NAN-TCH*EN, 557-590.

fê # S, Kié-k'i koi^^^et Wang-'Sien ko M llll ^- Cette triple appellation reste stéréotypée dans la littérature indigène comme synonyme des plus somptueuses habitations. Eclectique très avisé, le prudent empereur fit reconstruire le temple de Confucius et y députa son fils-héritier Tch'en Yun ^ ^ pour le sacrifice rituel. Lui-même se rendit à la pagode Tch'ariQ-kan *Je ^ ^ ^- H mit à mort cette année-là (585), je ne sais pour quel crime, le général Fou Tsai ^ j^.

A rautomne de 586, l'empereur Tch'en Ileou-tchou assistait aux grandes manœuvres nautiques de ses flottes sur le lac Ileou hou. Il est de toute évidence que ce lac marécageux, qui baigne les remparts de Nankin au nord, communiquait alors avec le Yang-tfie kiang; les crues périodiques du fleuve élevaient considérablement le niveau de ces vastes lagunes, ^'ailleurs plus profondes qu'aujourd'hui. Le canal de communication, l'émissaire nord de ce lac, est encore reconnaissable à la porte moderne de Clicng^ tch'e men et le long du front méridional de l'enceinte actuelle de Nankin, dans la direction de Che-tse c/ian, près Hia^koan.

A la 5" lune de 588, à Tong Yé ^ j^ (kiosque près de Tchong chan) un énorme météore rouge tomba du ciel, avec un fracas de tonnerre, sur une fonderie de métaux. Alors aussi une portion des murailles de Kien-h^ang (Nankin) s'écroula. A l'automne, l'empereur se rendit aux collines de Mou-fou chan pour une grande chasse; le pays, boisé et embroussaillé, était alors plus giboyeux qu'aujourd'hui.

Vers la fin de 588, une attaque soudaine du royaume de Soei |5g troubla la paix. Ses troupes descendaient du nord sous la conduite de Yang Koang ^ Jj| (ensuite Soei Ynng ti). Prince Tsin Wang Ç 2- En outre, deux de ses collègues traversaient le Yang-tfio kiang: l'un, //an Kin-hou |^ j^ j^, par Tx^ni-che ^ ^ (Ts'ai'Che-ki ^ Ç fi|) ; l'autre, //o Jo'])ien ^ yj^ ;,'|], par Koangling Jl gf, c. h d. Ynng-tcheou. Ce dernier général vint camper à Pé-t'ou hang Ê i 133^ "^^ ^^^ contreforts de Tchong cJian g jjj. Pour comble de malheur, le général en chef des ennemis, le Tsin-wang Yang Koang (Soei Yang H) envoya Yu-\s;en Chou ^ ^ tÊ passer le Fleuve au sud de Lou-ho •; >& et attaquer Che-t'eou tch'ong qui fut emporté d'assaut. A la suite d'un rude combat, désastreux pour la garnison nankinoisc. IIo Jo-jn(ni arriva jusqu'au jardin Lo-yeon yucn, et il incendia la porte Pè-i men 4fc^P^- ï^^ même jour, Ilan Kin-fou, débouchant i)ar Sin-lin j^ou if W \Ê^ occupait la butte de Che-tse hiing ^^[39 (Yu-hoa t'ai). Les -plus fermes positions stratégiques tombaient au pouvoir de l'ennemi: le généralissime Jeu Tchong fj ^ se rendit avec toute son armée et introduisit les troupes des Soei jusque dans la ville impériale, par la porte Nan-i men ^ ]{ii P^. Alïolé. l'empereur Tch'en Ileon-tchou ^ fê i se précipita dans un puits avec deux de ses concubines, Tchang Koci-fei ^ "^ ^ et K'ong Koei-pin

piîj DES tch'bî*, 590. 115

?L Jt fÊ' Pourtant, remarquent les ohroniquesj on s'^ipp^^ra è tenip3 des trois personnages.

Tchang Koei^fei fut décapitée et l'on e^^posa sa tête au pont Tchong k'iao ifi ;f^. Ce puits garda une certaine notoriété historié que : on l'appelle King^yang tsing :p: ^ ^^ ou Yen»tche tsing ^ fl&^ ou simplenient Jou tsing J§^. Selon les uns, il est au bap de Ki-ming se, selon d'autres plus à l'ouest, à Ts'ing^liang chan

Le Prince Tsin'\çang Yang Koang fît son entrée dans la capitale des vaincus (589). ïl fit mettre à mort cinq grands mandarins qui avaient joui sous Tch'en Ileou-tchou d'une autorité presque discrétionnaire et que le peuple détestait pour leurs exactions tyranniques.

Ainsi finissait honteusement la dynastie des Tch'en (557- 590). A leur chute. Nankin perdait son titre de capitale, titre qu'il avait possédé pendant près de quatre siècles, sans autre interruption notable que celle de 265 à 317, sous les Si Tsin*

Les Tch'en ^, après 33 ans de règne, codaient la place à la dynastie des Soei |(|| (590-620). Le P. Zottpli (Cursus. II, p. 16) résume, avec sa concision habituelle, la situation politique à cette époque : «Pendant que ces quatre dernières familles impériales tenaient leur cour à Nankin, il existait concurremipent un double royaunie appelé Nan^Pè-Vchao ^ •|j^ ^, c. à d. état du sud et état du nord. En effet, au nord, les 3 familles des Wei |^, des Tcheou ^ et des Ts'i ^ se disputaient le pouvoir, qui passsait successivement à tels ou tels de ces compétiteurs. Et même, les Wei se subdivisaient encore en Wei orientaux et Wei occidentaux, avant de succomber au temps de la dynastie des Liang. Enfin le l***" ministre Yang /Cien JH^^ (père de Yang Koang) usurpe au nord le titre d'empereur, descend au sud avec 500.000 h., renverse la dynastie des Tch'en, joint les états du nord à ceu^ç du midi (divisés pendant trois siècles par le Kiang) et établit sa Cour à Tch'angngan (Si^ngan fou) au Chen-si.yi

Des historiens présentent un autre groupement de ces * ' petites dynasties " et de quelques-unes de la même époque. A propos d'un bienveillant compte-rendu du n" 4 des Variétés sinologiques, M^ E. II. Parker écrivait en mai 1894 : «Je suis porté à croire que le P. Gandar commet une légère erreur en rangeant la courte mais illustre dynastie des Soei avec les quatre dynasties méridionales des Song, des Ts*i, des Liang et des Tch'en, de façon à former cinq petites dynasties. Pendant que ces quatre dynasties chinoises régnaient au sud, les trois dynasties successives des

(1) Ce puits est indiqué sur les plans indipjènes, avec léfjende explicative, au bas et au sud de Ki-ming se. Du Halde I, 389, dit que le suicidé survécut 24 ans et mourut i\ 52 ans.

116 CH. VI. DYNASTIE (xi*) DES TCH'EN.

Tartares Toha f^f^, des Wei^, et leurs parents tartares les Ts'i fl; 55 et les Tcheou ^ septentrionaux régnaient dans le nord.- La dynastie des Soei remplaça celles et du nord et du sud, et durant ses quarante années d'existence, elle déploya une immense activité industrielle, militaire et diplomatique, depuis Siam, les Lieou'hiou JU 3^ et la Corée, jusque chez les Turcs et les Tartares Tou-houhoen IH § ^ du désert, sans parler de ses innombrables travaux d'utilité publique en tout genre.»

L'auteur mentionne ensuite cet "acte de vandalisme", attribué à Liang Ou H, qui «endigua la rivière Iloai jusqu'à la hauteur de 200 pieds, en vue de noyer les armées tartares: un beau jour le barrage creva, et 100.000 h. furent emportés jusqu'à la mer» (1).

J'ignore si à propos de ce cataclysme local, plus ou moins imputable à des volontés humaines, M*" E.-H. Parker a puisé aux mêmes sources que nous. Voici celles qui nous ont édilié sur l'accident en question.

D'après le T'ong'-tche chang-kiang hien-tche |^| fp h fiC S^ 5ë » on voit au delà de Ts'ing-long c/ian ^ f| \\l (2), près du village Chè'tch'eng ^ JËR, l'étang T'ié-ti t'ang ^ é.)^- L'auteur du Tai-tch'eng^lou f ^ ^ ^ place là l'ancienne fonderie de fer T'iéyé'keou ^\^^. Au dire du Kien-k'ang tche rjgj^^, on aurait, sous les Liang^ élevé un long barrage en vue de détourner le fleuve Hoai fH ^Jç (ancien cours du Fleuve jaune au Kiayig-nan) vers la région de Cheou^tcheou. Pour consolider l'ouvrage, on aurait fait venir quantité de ferrements du pays de Nankin ; telle serait l'origine des fers trouvés encore en cet endroit.

Le T'ong-kien ]kang-moii jj ^ 8| @ nous apprend qu'on endigua la grande Iloai f^ la 14® année de Tien-kien ^ ^ (515). D'après le commentaire^ Wang Tsou J g, un transfuge des VV>/ ^ aurait conseillé à Liang Ou H ^ JÇ f^' d'inonder ainsi le pays de Cheou-tcheou, alors ('heou-yang ~ïj |^. Ce barrage, mené du

(1) Ovrrhniil China Mail, 2 iiiay 1801. — Cimptc-reiulu sur "le Cnnnî ïiffju'>riiiV\ dn P. Doiiiiiiiquo (Taiuliir; Varirtrs Hifiofofjiqurs îi'' 4.

(1) Dans lo jiays. l'étang' s'appolk- Chou/t'ir-f'dnf/ 3c. Wi ^ "^^^ nian- du for cm," ou naturel. On y voit plonfi:é(' une lourde niasse de fer oblouf^aie, de forme sin^^culière, {.S™ X !"» 20'- X O,?.')'- (?), dont il est ditlicile d'indiquer la provenance. Cf.N.T. Dnih/ Nrirs, 12 îuai ISOr», ([ui appelle l'étang airon breedini? pond.» "Invfjrular niass of almost pure iron, containinj,' nearly a Inmdred cubie feet. I felt sui*e it was an .ierolitlie, and, aftrr meeting witb some opposition on tlie part of tbe villagers, suceeeded in seeurin;^; a pieee for analysis. Tbis, bowewer, sbowed tbat itcontained noiu^oi tbe distin^misbing eleînents of meteoric iroîi. Tbe rock is greatly revereneed liy tbe conntry peo])le. It is possible tbere may be mf)re iron ore in tbese bills, but it bas lieretofore ])een regarded as altog( tber improbable."— T^n jeun»' Chinois, nn-mbre de la Mi-sion eatbolicine, le décrit ainsi :" 1)(> loin, on croirait un tronc d'arbre couché dans l'étang dont il touelie le bojd : il mesure à peu près Ira X .3"^. L'étang ayant peu d'eau, nous avons pu descendre «t marcliei- sur le fer. A mon avis, c'est une masse de fer fondu, et non pas, comme aHinnent les :^'ens du pays, un filon venant des montagnes voisines : car ce fer ne contient aucun mélange de ten*(> ou de cailloux.

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