‹ Histoire du royaume des Pays-bas depuis 1814 jusqu'en 1830Chapitre 35 sur 70 · HAYE, LE 21 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

HAYE, LE 21 SEPTEMBRE

« NN. et M\ SS., nous sommes venus ici parce que le roi nous convoquait ; parce que nous ne voulions point rompre les liens qui nous attachent à vous ; parce que nous voulions qu'à votre tour vous vinssiez bientôt parmi nous; parce que nous croyions n'avoir à remplir enfin qu'une mission toute pacilique. Nous croyions être appelés uniquement à examiner ensemble les causes des troubles qui agitent une partie de nos provinces et à chercher les moyens de les calmer. Toutefois si j'en jugeais d'après quelques-uns des discours que j'ai ouïs dans cette assemblée, je douterais que notre présence ici pût être utile et honorable au pays et à nous-mêmes. J'ai entendu de la colère, des conseils violents,dts provocations à la sévérité. Des pillardst des incendiaires, dit-on, ne méritent aucune grâce ; il faut les écraser d'abord, et ion s'occupera du reste après ! Vous ne vous attendez pas, Messieurs, à ce que je prenne la défense des pillards et des incendiaires ; mais permettez-moi de songer au salut de l'état et de vous en dire quelques mots. J'appartiens à une ville où aucun désordre grave n'avait éclaté jusqu'à ces derniers jours, au milieu de la plus extrême agitation ; où l'on a incarcéré, en une seule fois plus de 40 brigands ou incendiaires appartenant à d'autres communes ; où toutes les administrations sont demeurées debout; où la justice s'administre au nom du roi ; où tous les impôts se perçoivent sans difficulté ; où la bourgeoisie n'a pris les couleurs liégeoises, couleurs purement municipales, que parce qu'on aurait voulu lui faire prendre les couleurs françaises, et ne s'est armée que pour faire respecter les personnes et les propriétés : je ne veux cependant point séparer sa cause de la cause générale. Mais comment voudriez-vous, Messieurs, que cette bourgeoisie armée, sentant sa force, et animée par l'exemple àt k

France, ait oublié tout à coup les plaintes qu'elle a fait retentir inutilement depuis tant d'années .v Ne confondez pas, je vous en supplie, ce qu'il peut y avoir de sérieux, de politique, de vraiment populaire dans ces mouvements, depuis qu'ils se sont régularisés et que les opinions se sont prononcées, avec des scènes déplorables, mais partielles et passagères, de pillage et d'incendie, exécutées par des gens ennemis de toute espèce d'oedre social. Nous ne sommes point venus ici pour faire de l'opposition, quoique nous en eussions eu le droit plus que jamais peut-être, après avoir prou ce tout récemment, et dans des circonstances assez difficiles, que nous n'en savions faire qu'en vertu de notre devoir et de notre mandat, que nous ne nous laissions point emporter même par une exaltation patriotique, plus contagieuse qu'on ne pense sur les cœurs généreux, et que nous ne séparions point la cause du souverain de celle de la patrie et de nos libertés. Certes, Messieurs, il fallait que notre confiance en vous fût bien grande, lorsque nous nous disions à Bruxelles : c'est à La Haye où nous devons aller plaider la cause de nos concitoyens et de la patrie en danger ; là seulement nous sommes les députés de la nation ! Et pourtant nous savions fort bien que plusieurs de nos griefs n'étaient pas pour vous des griefs, et qûe peut-être même on s'en ferait contre nous des titres d'accusation. Mais, Messieurs, une idée, une seule idée nous absorbait tout entiers : laisserons-nous périr (nous disionsnous), dans une lente et douloureuse agonie, plusieurs provinces, et deux des plus belles villes du royaume ! Si vous êtes ici rassemblés pour donner conseil au prince, qui n'a rien voulu faire sans vous, ne vous élèverez-vous pas a la hauteur de votre mission ? Vous laisserez-vous dominer par ces passions vulgaires de haine, d'orgueil ou de vengeance, que la politique ne proscrit pas moins que l'humanité? Je n'ai pas le loisir de rechercher les causes de cette fièvre de liberté qui agite la France, qui agite l'Allemagne, qui agite la Belgique, placée entre elles deux, qui

renverse ou qui menace presque tous les trAnes ; mais enfin elle existe : je crois qu'on peut la diriger, mais non lui résister. Vous imaginez-vous de bonne foi, que si Bruxelles fût demeuré tranquille, et que nous nous fussions trouvés, chambres réunies, dans un mois, le souverain, dans son propre intérêt, n'eût pas examiné, d'accord avec nous, ce qu'il convenait de faire en faveur de la Belgique pour la rendre contnnto, pour qu'elle n'eût rien à envier à la France, et pour la rattacher de plus en plus à la dynastie? Quant à moi, je n'en doute point. Eh bien, pensez-vous que les événements qui se sont passés depuis peu aient pu changer une cause juste en elle-même el que l'intérêt du souverain ait aussi changé? Nullement. 7nw>quer des mesures de rigueur et non des mesures rèparatoires, c'est invoquer la guerre civile. Ira-t-on jusqu'à dire: que uous importe le sort de la Belgique! nous nous suffisons à nous-mêmes; nous ne plions point notre conduite politique aux exigences de ceux qui ne veulent point se plier à nous ! D'abord, Messieurs, le souverain, qui est chargé par ses serments et par les traités, de veiller au maintien de l'état et au salut commun, ne pourrait adopter un tel langage; et puis, voyez où vous conduirait ce système ! Croyez-vous que si la Belgique tombait dans les mains d'un voisin puissant, votre propre indépendance ne serait pas menacée ? Voulez-vous qu'elle vous reste attachée et reconnaissante? Réunissez-vous à nous pour obtenir du souverain une transaction honorable et utile à tous, et qui surtout ne se fasse point attendre. La politique vous le conseille et la justice aussi. Aucune contrée n'est à l'abri des révolutions el des malheurs qu'elles entraînent. Le service que nous vous demandons, peut-être le réelamerez-vous de nous un jour. Votre pays a eu comme le nôtre^ ses temps de troubles et ses tourmentes politiques. Je ne suis point du nombre de ceux qui veulent énerver les ressorts de l'autorité ; mats je pense qu'elle doit céder quelque chose aux vœux universels de nos provin-

ces : car ne vous y trompez pas, celles qui ne sont point armées, ne pensent pas au fond différemment des autres. Que si les institutions réclamées par le midi ne sont pas des besoins pour le nord, n'oublions pas, Messieurs, que c'est particulièrement à chercher la solution do ce grand problème que nous sommes appelés par le souverain. Je ne dirai rien sur la grande question de la séparation ; cette question, comme l'a dit un de nos collègues du nord, est résolue par le fait aux yeux de ceux qui connaissent l'état du royaume. Si, rejetant tout moyen de conciliation, on voulait dompter par ta force une nation généreuse, ou la laisser se déchirer de ses propres mains dans les discordes civiles, pour l'asservir ensuite par la terreur, cette triste victoire ne serait que momentanée et ne servirait, selon toute apparence, qu'à préparer une réaction plus terrible. Nous deviendrions infailliblement le partage de l'étranger qui pourraitbien difFérer encore l'exécution de ses projets , mais sa proie lui serait assurée.

« Nous sommes venus ici avec des intentions que personne ne suspectera plus désormais, nous avons droit de l'espérer. Pour moi, si nos voix n'étaient point entendues, mon dessein n'est point de contempler, impassible spectateur, les ruines de ma malheureuse patrie: déM'spéré d'avoir lutté, pendant six années, pour une cause que je crois juste et sainte, sans avoir été compris, je céderais à un autre un poste oxi je ne pourrais plus siéger arec la dignité qui convient au député d'une tuition généreuse et libre!! D'après ces motifs, vous concevez que je suis loin d'approuver certains passages de l'adrpsse. Si mon vote est aftirmatif, ce sera par les raisons d'urgence et de salut public énumérées par quelques-uns de mes collègues. J'ajouterai toutefois que la nature même des arguments allégués par la majorité de ceux qui la repoussent, serait la principale cause qui me la ferait adopter (i). »

(t) Beaucoup de Hollandais votèrent contre l adre»*, uarw» qu elle n'exprimait pasunWiiuc assez sévère contre la Belgique.

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