RÉVOLUTION BELGE
On nous écrit de La Haye :
« Les représentants des deux parties du royaume forment ici « comme deux camps séparés; la froideur et l'immobilité des
t figures est une chose inexplicable: tandis que tout le monde « devrait tendre à la paix, aucune main hollandaise, même li- « bérale, ne s'ouvre plus pour serrer une main de l'opposition « belge, quelles qu'aient été les anciennes relations d'amitié « entre divers membres des deux côtés. L'effervescence est si « grande, que quelques députés méridionaux ont eu peine à se « toper. L'un d'eux (M. deGerlacho), a été assez gravement insulté « par un groupe de jeunes gens appartenant, dit-on, à certain t ministère. Mais cette espèce d'attentat, qui excite l'indignation « de tous les bons citoyens, a été réprimé à l'instant même. On « assure que le chef des mutins est arrêté. L'autorité a donné les « ordres les plus précis pour que ces MM. soient garantis de tout « excès. Ce qui n'empêche pas que plusieurs n'aient cru devoir « se tenir chez eux jusqu'à présent.
« Ainsi, il faut du courage à des hommes qui viennent ici « remplir une mission toute pacifique, et qui certes n'y seraient « pas venus, s'ils ne se sentaient forts de leur patriotisme « et de leurs antécédents. Ce fait confirme ce que nous avions t pensé, qu'en Hollande on ne sait rien de ce qui se passe « chez nous, qu'on n'y connaît ni les événements ni les hom- « mes (1). »
(Courrier de la Meuse du 17 septenibre 1830.)
(1) Le Courrier delà Meuse atténua beaucoup les rails pour ne pas exaspérer les Belges qui auraient pu se porter a de fâcheuses représailles contre les Hollandais habitant notre pays. La vérité est que ma vie fut menacée sérieusement |>ar une populace ameutée qui m'entoura à la descente des voitures, en faisant entendre des cris de mort. J'avais été entraîné déjà assez loin par ces furieux lorsqu'une escouade d'agents de police arriva à temps pour me dégager.
J'étais devenu particulièrement odieux aux Hollandais depuis-nos discussions sur les griefs, où, bien à regret, je me vis contraint de les blesser au vif ; mais le droit de la défense et l'intérêt de la cause belge m'y obligeaient. Ils criaient incessamment contre le fanatisme des catholiques; ils avaient coutume de dire qu'ils étaient le plus libre et- le plus tolérant de tous les peuples, que l'histoire en faisait foi ; et nous leur démontrions , leur histoire à la main,
Nous donnons ici une des nombreuses pétitions adressées au roi, après les événements du mois d'août 1830. On y verra que ce n était plus un redressement des griefs constitutionnels qu'on demandait : c'était un nouveau mode de gouvernement.
« Nous désirons (disaient les pétitionnaires de Louvain) le changement complet du système exposé dans le message du 1 1 décembre, et le renvoi des ministres qui ont adhéré à aes doctrines;
« L'organisation de la responsabilité ministérielle par une loi spéciale, et l'établissement du contre-seing, principe aussi favorable à l'inviolabilité royale qu'aux libertés publiques;
« L'institution du jury en matière criminelle, et surtout daus les procès de la presse et autres procès politiques ;
« L'abolition de la loi du Ier juin 4830 sur la presse;
« La reconnaissance explicite et formelle: 1° que l'imprimeur n'est pas responsable quand l'auteur d'un écrit est connu; 2° que les faits d'office des fonctionnaires publics ne sont point sujets au rapport do la preuve légale dans les accusations de calomnie; N
« L'établissement de la haute-cour dans une ville centrale du royaume;
« Le rétablissement du droit de patente dans le cens électoral;
que ce prestige dont ils s'enveloppaient depuis si longtemps aux yeut 4e l'Europe, n'était qu'un mensonge convenu. Mes répliques à MM. Van&hrmrn et Luzac, et ma réponse aux doctrines du message, au moyen de certaine haraugtic du Taciturne, les avaient irrités au dernier point. Je Taillis, peut-être. lepajf' cher.
« La liberté du langage en toutes matières administratives et judiciaires ;
« La répartition plus équitable des emplois publics entre le nord et le midi ; c L'abolition du million de l'industrie;
* La révision de la loi du 27 août 1827, sur l'organisation judiciaire, principalement dans le but d'assurer l'indépendance de Tordre judiciaire de toute autorité autre que celle de la loi ;
« L'élection directe; la représentation provinciale et nationale proportionnelle à la population, sans distinction de classes ou d'ordres;
f La liberté de renseignement privé et de l'instruction publique réglée par une loi ;
« La suppression de l'impôt sur l'abattage et des entraves qui arrêtent l'activité de nos distilleries;
« La réduction du budget des dépeuscs, au moyen de la suppression dos sinécures, de la modération des traitements, et d'une loi qui fixe le maximum des pensions de toute nature ;
« Que les fonctionnaires électifs, acceptant des places salariées, soient soumis à la réélection ;
« Révision do la loi du 11 avril 1827, sur la garde communale, dans le but d'assurer aux gardes la nomination de leurs oQiciers jusqu'au grade de capitaine inclusivement ;
* Abolition de toutes les condamnations en matière de délits politiques et de presse depuis octobre 1828 ;
Tels sont, Sire, les vœux que nous formons, et pour l'accomplissement desquels nous supplions Votre Majesté de s'entendre avec les états-généraux.
« Sire, le roi qui aime à nous appeler ses compatriotes, saura apprécier la franchise de notre langage et faire disparaître bientôt tons les ferments de division pour ne voir autour de lui <|u un peuple heureux et satisfait. »
[Courrier de* Pays-Bas du 3 septembre 1830.)