‹ Histoire du sacre de Charles X, dans ses rapports avec les beaux-arts et les libertés publiques de la FranceChapitre 1 sur 32 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

JLiES arts ont fait les délices de ma vie; dès mon enfance, ils eurent pour moi un attrait irrésistible; j'en recherchais avec avidité les productions ; j'en contemplais avec ravissement les chefs-d'œuvre; j'étais sensible à l'impression du beau long-temps avant l'âge où l'on cherche à raisonner ses sensations et à remonter à la source de ses plaisirs.

Plus tard, des études spéciales, des comparaisons répétées , de constantes méditations , m'ont éclairé sans me refroidir. Je me suis fait une doctrine invariable sur la destination des arts^ sur leur influence, sur les causes de leur perfectionnement ou de leur dégradation . Quelquefois j'osais me dire : « Et moi aussi, je pourrais écrire sur la peinture , sur la sculp-

ij PRÉFACE,

tiire , sur l'architecture , sur la musique. » Mais j'avais voue aux arts une espèce de culte ; ils étaient, en quelque sorte, ma seconde religion. Jamais ces enlans du génie n'eurent rien de frivole à mes yeux. Je pensais qu'il n'était pas permis de prendre la plume froidement , sans inspiration , je dirais presque, sans mission^ sur un texte dont je ne voyais que la sublimité; je me taisais par respect pour les arts mêmes.

Des circonstances étrangères à ma volonté m'ont conduit à entretenir le public de ce qui avait été pour moi jusqu'alors l'objet d'une adoration secrète. J'avais rendu compte d'un Salon, presque malgré moi ; mes examens furent goûtés, parce qu'ils reposaient sur une théorie. Je lis paraître en hésitant mon Essai sur les beaux- arts ; je fus honoré de suffrages flatteurs; j'eus le bonheur d'obtenir le plus auguste de tous 5 sans avoir même conçu la pensée d'y aspirer; j'appris que M. le duc de Berry avait lu mon livre. Je désirai lui en présenter un

PRÉFACE. iij

exemplaire, et celte faveur me fut accordée. Le prince me reçut avec cette bonté franche qui le caractérisait. « A merveille, M. Miel, me dit-il, à merveille^ je vous ai lu avec intérêt et avec plaisir, et la duchesse aussi; je vous remercie ; continuez, n Tel fut l'encourageant accueil de Son Altesse Royale. Hélas! un mois après , mon auguste protecteur n'était plus.

11 n'était plus ; mais ses paroles restaient gravées dans mon âme. Je ne perdais pas de vue la tâche que son suffrage m'avait imposée; je la remplirai. Je n'oublie pas que j'ai à renouer mon premier Essai avec 1 époque actuelle. J'y suis tout prêt ; mon plan est tracé , mes matériaux sont disposés ;, mes gravures faites. Je passerai en revue toutes les productions remarquables qui ont paru , soit dans les arts, soit dans les lettres eu tant qu'elles se rattachent aux arts. J'examinerai l'influence des doctrines exotiques qu'on essaie de naturaliser en France. Ces poétiques étrangères, qui menacent de faire perdre à notre littérature

iv PRÉFACE,

sa physionomie nationale , ne sont pas moins redoutables pour les arts. Quand un faux goût s'est emparé de la lyre du poète, il est difficile que la palette du peintre y échappe entièrement; la poésie et la peinture sont sœurs, et la marche de l'une se lie toujours à celle de Fautre. J'oserai aborder aussi les actes de l'autorité; j'exprimerai mon sentiment avec mesure, mais avec franchise; les opinions que je professe sont trop miennes pour n'être pas indépendantes; si j'ai pu valoir quelque chose, c'est par mon franc-parler ; je le conserverai ou je cesserai d'écrire; j^ai prouvé qu'aucun intérêt ne pouvait m'y faire renoncer.

Depuis long-temps je n'ai publié que des fragmens ou des articles épars ; mais ils ont été constamment empreints de cette liberté qui , lorsqu'elle vient de la conviction, supplée quelquefois le talent. Des devoirs que je m'étais imposés, et qui devinrent d'autant plus sacrés pour moi qu'ils étaient volontaires, ont restreint ma plume à ces pages isolées. J'ai pu né-

Page 1