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gliger le culte des arts pour celui de l'amitié j j'étais si heureux et si lier de me consacrer à elle! Aime-t-on sans faire des sacrifices? J'ai fait sans réserve le plus difficile de tous ; quand j'aime^ je me dévoue , j'aime à aimer. J'ai rempli les obligations de mon cœur. Redevenu libre, je dois reporter vers les arts le reste d'une existence qu'ils ont animée j c'est obéir à l'ordre d'un prince dont les encouragemens retentissent encore à mon oreille; c'est suivre ma plus douce inclination , après l'amitié.
Pour rentrer dans la carrière sous des auspices favorables, il me vint à l'esprit de saisir une occasion où les arts déploient toute leur pompe , en s^associant aux institutions nationales. Je conçus avec enthousiasme le projet de décrire une imposante solennité, à laquelle se rattachent les destinées de la patrie. Je vis là un double motif de reprendre la plume; je m^y décidai comme ami des arts et comme français. Aussi , dès que la commune renommée eut annoncé que les préparatifs de Reims étaient
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assez avancés pour qu'il fût possible d en juger l'effet, je fis un voyage dans cette ville. J'y vis d'admirables dispositions à la cathédrale et à l'archevêché ; le système de décoration me parut parfaitement approprié à son objet; les idées m'arrivèrent en abondance ; celle qui domina toutes les autres fut de mettre le sacre de Charles x en parallèle avec celui de Louis xvi , et de comparer l'état des arts aux deux extrémités du demi-siècle qui vient de s'écouler. Plein de ce projet , je fis faire des dessins fidèles et propres à rendre ma comparaison sensible ; car sans dessins , ces sortes de considérations ne sont que de vains mots. Mais je ne tardai pas à m'apercevoir que le temps me manquait. J'ai poursuivi toutefois , espérant pouvoir en partie suppléer au temps par le bonheur que j'éprouve à parler de ce que j'aime; c'est pour moi une telle satisfaction , qu'elle double mes forces.
J'offre donc cet ouvrage^ fait autant de nuit que de jour, comme une sorte d'improvisation écrite. Quand je songe que, six semaines
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avaiït le jour oii je trace ces ligues, j'étais encore à Reims , ayant , il est vrai , des matériaux précieux, abondans, mais n'ayant guère que ces matériaux, je ne vois pas sans inquiétude mon livre s'échapper de mes mains, et je demande grâce d'avance pour ses nombreuses imperfections. Ici le temps fait beaucoup à l'affaire. Quelque intéressante que soit la solennité en elle-même , il y a un à-propos qu'il importe de ne pas manquer^ malheureusement, l'improvisation ne va pas à ma tournure d'esprit. A vingt-cinq ans, ne doutant de rien , je savais produire avec rapidité; à cinquante ans, quoique je sente bien que mon imagination n est pas encore froide et inactis^e, il me faut de la méditation ; c'est quand la vie m'échappe et quand j'aurais le plus besoin de me hâter, que je ne le puis plus. Mais mon respect pour le public ne nie permet pas de lui livrer des choses indigestes et hasardées. Cependant, le volume que je lui présente a été produit par feuillets détachés , la presse dévorant chaque matin la com-
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posilioa de la nuit, et ne me laissant ni le loisir de consulter la censure de l'amitié pour m'épargner celle d'un lecteur justement difficile , ni la faculté de voir ensemble une certaine étendue de travail autrement que par les épreuves; j'ai presque toujours revu l'épreuve de la veille en composant la feuille du lendemain, et, par rares intervalles, j'ai pu avoir en même temps sous les yeux le commencement et la fin d'un même chapitre. Au surplus, ce livre ne pouvait pas voir le jour d'une autre manière ; il fallait qu'il se fît comme cela ou qu'il ne se fit point. Mon ouvrage n'est que le récit du sacre de Charles x, accompagné de réflexions historiques et de considérations artieïles. J'ai tout vu le crayon à la main. J'ai fixé sur le papier toutes mes impressions, à mesure que je les éprouvais, ne m'en fiant pas à mes souvenirs, et parmi ces impressions, j'ai choisi celles qui caractérisaient le mieux et le plus vivement, celles qui faisaient le plus image. Mon but a été de retracer la fête du sacre au lecteur qui a
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eu le bonheur de lu voir . comme de la faire voir au lecteur qui ne l'a pas vue. Si ma narration manque de coloris, il m'est du moins permis de garantir que le dessin en est exact. Observateur scrupuleux, j'ose croire que je suis reste lidèle à la physionomie. Comme La Bruyère, mais dans un autre sens, je me flatte de rendre au public ce que j^ai reçu de lui.
L'étude des sacres approfondie est curieuse et instructive. Mais écrire une histoire des sacres, roi par roi , ne me semble pas une idée heureuse \ c'est s'engager dans des redites inévitables ^ car tous les sacres se ressemblent. Cinq seulement ont un caractère propre et individuel. Je n'y comprends pas celui de Clovis , sur lequel nous manquons de données vraiment historiques.
Le sacre de Charlemagne est le premier qu'il soit possible d'étudier dans l'histoire. Quoique par des documens encore imparfaits , il montre déjà tout l'esprit de l'inauguration royale. La religion s'empare de la personne du prince; elle va le chercher dans son palais et le conduit