A CHAULES X, LE DÉPARTEMENT DE LA MARNE
Le 27 mai , avant l'arrivée du roi , les autorités s'étaient rendues à l'arc de triomphe, ayant à leur tête M. de Jessaint, préfet de la Marne'. Seul entre les
* Dans la matinée du 27 mai, M. le baron de Jessaint, préfet de la Marne; Ms"". l'archevêque de Reims; M. le comte Lion , lieu-
préfets de France, M. de Jessaint a conservé le même de'partement depuis l'origine des pre'feclures. Au milieu de tous les mouvemens qui ont tant de fois renouvelé' l'admmistration publique , seul il est reste au même poste. Chéri de ses administrés , dont il a constamment surveillé ou défendu les intérêts avec un zèle courageux, il tient à eux comme ils tiennent à lui, et, par une exception bien honorable pour le magistrat qui en est l'objet, tous les gouvernemens qui se sont succédé ont respecté ces liens d'affection et de confiance. La droiture des sentimens, une conduite toujours loyale, toujours généreuse, expliquent ce phénomène. Dans les crises les plus difficiles, empressé pour les mesures de clémence, circonspect pour celles de rigueur, M. de Jessaint a été assez heureux pour faire beaucoup de bien et pour empêcher beaucoup de mal. Sous un chef qui s'inquiétait de toute illustration dont il n'était pas la source et à qui une fidélité héréditaire faisait ombrage, il eut Ihonneur de protéger plus d'un grand
tenant-général commandant la 2*= division militaire ; M. Ruinart de Brimont, maire de Reims; M. le comte de Gestas, sous-préfet de cette ville; M. Leclçrq, secrétaire général de la préfecture; divers autres fonctionnaires et officiers-généraux , se sont rendus à Fismes pour recevoir le roi sur la limite du département. M. le vicomte de La Rochefoucault, aide-de-camp de Sa. Majesté, était allé au devant d'elle pour prendre ses ordres.
nom, et plusieurs de ces familles historiques qui sont l'orgueil de la France lui ont dû leur sécurité.
A quatre heures , le canon annonça l'arrivée de Charles x, parti le matin de Compiègne. Quand la voiture du roi , où M. le Dauphin se trouvait aussi , eut atteint l'arc de triomphe , M. de Jessaint s'avança vers Sa Majesté , et d'une voix ferme , accentuée par la douce et respectueuse émotion que son ame éprouvait, le vétéran de l'administration prononça le discours suivant : ^
Sire,
« L'antique cite' où Clovis fut consacre' au christia- (( nisme et à la royauté vous attend. Depuis cette épo- « que si féconde, treize siècles ont passe' sur la monar- « chie, et à votre ave'nement au trône, vous la trouvez « jeune encore de gloire et d'espérance. La religion , « en emhrassant dans sa faveur le royaume Irès-chre'- « tien, semble le faire participer de sa perpétuité'. (( L'amour des peuples, qui se reproduit d'âge en âge, c< ajoute ses tre'sors à tant de souvenirs imposans et à « ce merveilleux triomphe sur le temps.
« Oui, Sire, vous allez entendre les acclamations (( des fils de ceux que commandait Clovis et qu'instrui- « sait saint Rémi. Ils accourent, avides de contempler
« sur votre visage l'empreinte de vos royales vertus. Ils c( élèvent leurs voix jusqu'au ciel , à la vue du monar- <i que qu'ils attendaient si ardemment. Je ne peux être « ici que l'organe de leur impatience, car ces cris , (( celte ivresse d'un grand peuple , sont le seul langage i< qui ne soit point au dessous du roi de la vieille « France et de l'auguste ce're'monie qui l'attire au mi- « lieu de nous. »
La population entière de la ville de Fismes et des communes environnantes , à une assez grande distance, s'était portée sur le passage du roi , en poussant des cris de joie. La réponse de Sa Majesté au discours de M. de Jessaint s'est perdue dans ces acclamations j il a été impossible de la recueillir : mais le roi a plus d'une manière d'exprimer les sentimens qu'il porte à son peuple, et il a été facile de lire dans ses regards attendris combien il était touché.
Parvenu à la porte de Fismes, le cortège s'y est arrêté sous des berceaux de verdure et des guirlandes de fleurs. M. Barbey de Chambray , maire de Fismes , à la tête du conseil municipal et de la garde nationale, a présenté les clefs et complimenté le roi , dont la voiture a traversé la ville au pas, au milieu des acclamations toujours renaissantes. Ces transports l'ont accompagné
jusfju a l'hôtel prépare pour sa rcceplion , et clioisi exprès à proximité de l'église , où le lendemain Sa Majesté devait assister à la messe; car les rois de France sont dans la piense habitude de l'entendre tous les jours. La maison qui a reçu Charles x, et que le se'jour de ce monarque a momentanément transformée en un palais, appartient à un meunier de la ville.
Le soir, les autorités retournèrent à Reims. Fismes fut illuminée. Sa Majesté se montra plusieurs fois au balcon de son appartement. Le lendemain matin, la pluie commençant à tomber, le roi devait se rendre à l'église en voilure. Mais le maire ayant pris la respectueuse liberté de lui exprimer combien les habilans auraient de regret s'il ne leur était pas permis de contempler ses traits augustes d'aussi près qu'ils l'avaient espc're' : Eh bien, monsieur le maire , dit le roi, firai à pied. En effet , le roi fit à pied le trajet pour aller cl pour re\^nir, ayant à ses cotes le maire, qu'il daigna inviter à déjeuner à sa table, avec le commandant de la garde nationale. La messe avait e'ie' célébrée par M. le cure' de Fismes, Sa Majesté n'ayant pas voulu d'autre aumônier que le pasteur du lieu.
Après le déjeuner, le roi, accompagne' de M. le Dauphin et de sa suite, partit pour Tinqueux, petit village situé sur la Vesle , à une lieue environ de
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Reims , à gauche de la grande route. Le matin , M^'. le duc d'Orléans et M^\ le duc de Bourbon s'y étaient rendus de Reims. Ils devaient recevoir Sa Majesté dans une petite maison qui appartient à M^'. l'archevêque de Reims , et qui sert de maison de campagne au séminaire. C'est eu ce lieu que la voiture du sacre attendait le roi.
Noble, élégante et riche, celte voilure est, sous le rapport de l'art, une très-belle chose. Elle consiste en une berline dont les panneaux de bronze dore' sont ornes de peintures; sur chaque côlë, des glaces d'une parfaite transparence laissent la facilite de voir dans l'intérieur les augustes personnages qu'elle doit contenir. Aux quatre coins, des demi-figures de femmes, dispose'es en caryatides, sont couronnées de chapiteaux qui se lient à une corniche finement profilée; une frise , composée de faisceaux de lauriers unis entre eux par des rosettes, règne sous la corniche, et celle-ci supporte une galerie où des palmettes alternent avec des fleurs de lis. Tous ces ornemens du bord supe'rieur sont d'un excellent goût. Ils forment avec le galbe de la voiture une ligne harmonieuse, qui se termine inferieurement par une guirlande où la feuille du lierre s'entremêle agréablement avec son fruit. Cette guirlande , épaisse sans être pesante , supporte ou paraît
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supporter la caisse. Une baguette artistement ciselée encadre les glaces, au dessous desquelles se prolonge la ceinture; cette ceinture est aussi ornée de guirlandes ; mais celles-ci sont d'olivier, largement traitées, et surmontées d'un riche enroulement.
L'impériale est recouverte en velours cramoisi. Aux quatre angles, sur des fleurs de lis à quatre faces, flottent des touffes de plumes blanches 5 le couronnement est un groupe de quatre renommées assises, embouchant la trompette, et soutenant deux à deux, sur un médaillon , le chiffre rojal; vis-à-vis chaque face, des guirlandes de fleurs et de fruits s'attachent à la base du couronnement, et en descendent par une courbe gracieuse. Au centre du groupe , sur une tige orne'e de feuilles, s'élève la couronne de France, qui en termine la sommité. Ce pavillon du char de triomphe est, comme il devait être, d'un caractère triomphal.
Les peintures des panneaux figurent toutes des génies; elles occupent les champs d'or réservés pour elles; un ornement léger de perles et de pierres précieuses leur sert d'encadrement. Sur les portières, deux génies spirituellement ajustés avec la cotte d'armes , développent la bannière de France et l'oriflamme; ils soutiennent l'écu royal, au dessus duquel on lit les mots: Monijoje , Saint-Denis. Un soleil rayonnant domine ces
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armes ; au dessus voltige une banderolle déployée , portant la devise : Lilia iwn lahorant iieque ncnt. Les quatre panneaux adjacens aux portières pre'sentent le Commerce, avec une hourse et un caducëej l'Abondance , fille du Commerce , couronnée de flenrs , et e'pancliant les trésors de sa corne inépuisable; l'Agriculture, portant sur l'cpaule une gerbe de ble, la tête e'galement ceinte de fleurs; enfin, le génie des arts, pinçant les cordes de la Ijre. Les panneaux d'avant et d'arrière sont ornes des vertus rojales; on découvre ante'rieurement la Prudence tenant son miroir, et la Sagesse sous la figure de Minerve , avec l'e'gide , sans casque, une brancbe d'olivier à la main; postérieurement , la Justice , armée de son glaive , et la Force , de sa massue.
Le clioix de ces sujets est bien adapte à l'esprit du siècle, et l'ide'e m'en paraît neuve. Dans tous les temps, autour de la voiture d'honneur, on a vu les allégories de la Force et de la Justice, sans lesquelles on ne peut régner; on a vu souvent les symboles des aris et des lettres, qui répandent de l'éclat sur le trône; mais c'est peut-être la première fois qu'on y voit les emblèmes de l'aericullure et du commerce. Cette innovation est heureuse pour Charles x; elle devient pour lui le gage d'une prospe'rite' paisible et d'un avenir glorieux. Quand
la philosophie monte sur le char du prince , la confiance du peuple élève l'autorité au plus haut degré de puissance.
J'ai dit que la guirlande inférieure était censée supporter la caisse j dans la realilc, elle masque le marchepied, dont le mécanisme s'enfonce scus la voiluie, comme un tiroir j le devant est une section mobile de la guirlande. Cela est ingénieux et bien entendu. Jamais l'art n'imite mieux la nature qu'en donnant aux ornemens un motif d utilité. Les ferremens ne paraissent nulle partj on ne voit ni gonds ni charnières j une combinaison habile a déguisé toutes les articulations j on a voulu que la forme ou la symétrie des ornemens ne fût point ahc'rce, et ici encore on a imité la nature, qui, dans les êtres animés, montre les mouvemens en recouvrant avec soin les charnières vivantes qui les exécutent.
Les roues sont richement décorées. Les jantes figurent une couronne d'un dessin arabesque. Les rayons sont façonnés enbalustres. L'extrémité de l'essieu représente une tête de lion entourée de rinceaux et de feuilles. La plupart de ces motifs sont puisés dans l'antique.
Les tentures et coussins de l'intérieur sont en velours cramoisi, brodés en or, avec des franges et des crépines d'or. Toute cette garniture est de bon goût. La
housse du siège est d'une étoffe pareille , orne'e de
même. Uu maroquin rouge du plus beau ton forme
les soupentes. L'acier des ressorts est dissimule' par
la dorure. Le seul fer qui soit visible est le cercle des
roues.
L'encastrure porte des figures de femmes, qui se terminent par des spirales et des enroulemens de fantaisie j des chimères soutiennent 1 avant-train. Ces accessoires ont ëtë combine's de manière à faciliter le service de la voiture.
Tout ce qui tient à la caisse est dore en or mat j tout ce qui constitue le train l'est en or moulu; toutes les figures sculptées sont en bois dore. Peut-être y a-t-il trop d'or. L'ensemble avait par lui-même assez de beauté pour n'avoir pas besoin de tant de richesse.
Une voiture d'apparat est un composé de la plus étrange complication. Beaucoup d'industries diverses devant y concourir manuellement, une forme partout harmonieuse, une forme qui soit d'accord avec ellemême dans sa masse comme dans ses détails, est un problème difficile à résoudre. A des ouvriers la plupart sans lumières , à des hommes de métier qui pratiquent fort bien leur routine, mais qui ne voient rien au delà, faire adopter des élémens nouveaux et inusités, c'est presque tenter l'impossible, même avec le secours du
temps j lorsque le temps refuse son secours, c'est l'impossible , et le seul parti à prendre est de décorer la forme vulgaire j il n'y a pas moyen de la modifier.
La voiture du sacre a e'te composée par M. Percier , le père de l'archi lecture en France; ce grand artiste a aussi donne tous les dessins d'ornemens. La composition générale est Lien entendue j toules les intentions sont heureuses; l'ouvrage est digne de son auteur, et l'on reconnaît, dans la décoration d'une voiture, l'archilecle qui a dccore tant de palais. Quelques personnes ont trouvé que les rayons des roues étaient trop rapproches. Si cette disposition existe , je crois que la critique ne s'en est pas bien rendu compte. Dans une voiture ordinaire , la célérité du mouvement donne à la roue l'aspect d'un disque plein ; mais cette illusion ne pouvant plus naître dans une cérémonie où la marche du char est grave et lente, il fallait néanmoins offrir à l'œil l'effet dont il a l'habitude et le besoin ; alors, on a dû regagner par des rais plus serrés ce que faisait perdre une rotation moins rapide. Le parti pris à cet égard décèle la réflexion , qui entre pour beaucoup dans ce que nous appelons le génie.
Les peintures des panneaux sont exécutées de la manière la plus satisfaisante par M. Delorme, élève de feu Girodet. Depuis long-temps , M. Delorme a prouvé son
talent pour les sujets gracieux '. Il a bien conçu le système d'une peinlure destinée à être vue en plein air , et que le soleil dëvoïc en l'eclairanl.
Les modèles de toute la sculpture sont dus à M. Roguier, statuaire connu par plusieurs figures monumentales \ M. Dcnnière, ciseleur habile, a fondu et ciselé les bronzes avec un art qui ne laisse rien à désirer. M. Gaudiier, peintre ordinaire des équipages du roi , et M. Daidringen , sellier de sa maison , méritent des éloges, le premier, pour la dorure du train, le second, pour tout ce qui tient à la sellerie.
Le malin, on avait vu partir de Reims celte belle voiture, tristement enveloppée d'une toile, pour la garantir d'un déluge de pluie. Tout à coup, par un de ces cliangemens qui semblent surnaturels, tant ils sont subits, un souffle de beau temps e'claircit les nuages; le ciel recommence à sourire; rcspërancc renaît dans les âmes; l'arrivée de Sa Majesté sera saluée par un rayon de soleiP.
En face de Tinqueux , et vis-à-vis rembrancliemcnt
' Entre autres dans la charmante composition de Héro et Léandre, gravée par M. Laugier, et qui a obtenu un succès populaire.
' Notamment par la statue de Duguesne, destinée pour le pont Louis XVI.
^ Au moment où j'écris (6 juin), une métamorphose sera-
de la grande roule avec le chemin qui conduit à ce village, s'élève un arc d'arcliilecture golliique, d'un bon stjle. Le caractère en est tout religieux. Au haut de l'arcade ogive, dans un has-relicf peint, Clovis reçoit l'onction des mains de saint Rcmi entoure de ses prêtres; les anges sont prosternes dans une altitude d'adoration , et les bienheureux prennent part à la conversion rojale. Une inscription porte :
A CQARLES X, l'aRRONDISSEMENT DE REIMS.
En effet, l'arc est censé Ihommage de cet arrondissement. De ce point à la porte de la ville, on rencontre à distances égales, quatre arcs de triomphe en feuillages, variés de forme, hommage des quatre autres arrondissemens. On y lit pour inscriptions :
ARRONDISSEMENT D'ÉPERNAY , — DE CHALONS , — DE VITRY- LE-FRANÇAIS, — DE SAINTE-MENEIIOULD.
Tous ces arcs sont ornés des armes de France et du chiffre du roi. Sous chacun d'eux, le sous-préfet, le
blable, et peut être encore plus inattendue , s'opère à la rentrée de Charles X dans sa capitale. Hier, le froid, la pluie , la tempête; aujourd'hui, un ciel calme, doux et serein. Chacun fait l'application de ce distique si connu :
Nocle pluil totâ, reJeunt epcclacnla manii; Divisum imperiuui cum Jove Cssar habet.
maire du chef-lieu et un détachement de la garde nationale attendent Sa Majesté.
Entre ces arcs de triomphe, à droite et à gauche de la route, des poteaux plantes à distances égales, portent des ëcussons qui indiquent les noms des communes; entre ces poteaux, des colonnes equidislantes sont couronnées de branches de pin. Ces arbres artificiels se lient deux à deux par des pièces d'étoffe de laine diversement colorées, déployées dans toute leur longueur, et dont les extrémités flottent librement, agitées par un vent léger, ou s'enroulent en spirales autour des poteaux , retenues par des nœuds. Sous les écussons , les autorités municipales de chaque commune sont réunies 3 le maire est à leur tête ' ; il est accompagné de jeunes fdles qui soutiennent les extrémités des écharpes flottantes , présentant au souverain , à son passage, ces produits de l'industrie locale.
En parcourant l'histoire des sacres, on trouve que la beauté joue presque toujours le premier rôle dans les fêtes célébrées à l'occasion de cette solennité; mais la manière dont on l'y met en scène est qiielquefois bien
' L'idée de rassembler les maires de campagne , la plupart cultivateurs, sur le chemin du roi, appartient, dit-on, au roi lui-même ; elle est digne d'un petit-fils de Henri îv, de ce monarque qui ôtait son chapeau à un laboureur.
SACRE DE CHARLES X. Bg
bizarre. Tantôt une jeune fille, vêtue à l'antique, descend du ciel en plein théâtre, et glissant le long d'une gaze azurée, vient complimenter le prince' ; tantôt un soleil, mis en mouvement par un rouage secret, s'ouvre pour donner passage à un cœur, d'où sort une vierge élégamment vêtue et tenant à la main les clefs de la ville. Ailleurs , des demoiselles représentent par des emblèmes les qualités nécessaires à un roi 5 le nom de chaque vertu est ostensiblement porte par une des demoiselles: il commence par une lettre de celui du monarque, et devient le mot initial dun vers à sa louange'. Une autre fois, c'est une jeune femme belle
' <c Elle représentait la ville de Reims , dit un auteur , comme nous voyons, dans les médailles anciennes, Rome et Athènes exprimées par une fille portant un laurier. »
' Voici un exemple de ce singulier acrostiche :
HoNitEVR est en Ion cœur compris , Espérance ton croissant nieine, Noblesse est dans ton |-ourpris Renommée si le pournieine, ,
JvsTiCE règne en ton domaine, Diligence ton fait conduit, Eqvité bon renom demaine, Vérité ton fleuron produit, Amovr et cliarilé t'induit, Libéralité en toy florit, Obédience te poursuit.
Intelligence de près te suit, Sapience en toy reluit.
En rapprochant les lettres initiales, on forme le nom de Henri de
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et parce, qui, d'une cabane de chaume, s'élance sur un char brillant , et court au devant du roi , pour lui présenter les clefs. Aujourd'hui, ces clefs sont offertes par le magistrat qui en est de'posilaire, et les beautés de nos villes et de nos campagnes se contentent de pre'senler les fruits du travail paternel. Cet hommage simple et naturel ne vaut-il pas bien l'apprêt complique' de ces e'chafauds et de ces ressorts qui faisaient l'admiration de nos ancêtres ?
Telles sont les dispositions dans la campagne. J'en fe'licite M. Isabej, que les autorites rémoises avaient charge de décorer l'inte'rieur de Reims , ainsi que la grande route depuis la limite du département, et particulièrement depuis Titiqueux. Il faut pourtant dire que ces houppes de mélèze sur des pieux dessèches offrent à l'œil quelque chose de mesquin; mais le parti pris est simple et noble. Nous allons voir que celte ordonnance a e'te heureusement conçue dans l'intérêt d'une fête où le peuple est acteur en même temps que témoin.
Dès le malin, une partie des troupes qui devaient former le cortège, traverse la ville, venant du camp de
Valois. Le second vers fait allusion à la devise du prince , qui consistait, comme on sait, en un croissant avec cet hémistiche : Donec loium impleat orbem.
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Saint-Léonard*, et de'file sur la grande route; l'autre partie s'y rend par des chemins de traverse. Les troupes forment la haie ; à droite du chemin est la garde rojale; à gauche, l'infanterie de ligne.
A midi le roi e'iait arrive à Tinqueux , avec le soleil. Il y a pris un peu de repos. Au houl d'une demiheure Sa Majesté est montée dans la voilure du sacre, avec M. le Dauphin , M. le duc d'Orléans et M. le duc de Bourhon; elle porte l'uniforme de colonel-gëne'ral. Immédiatement après, le corte'ge s'est mis en marche. Voici comme il est dispose.
La marche est ouverte par les ofals-majors suivis de la cavalerie de ligne et de la garde nationale à cheval de Paris. On voit ensuite le carrosse de M. le duc de Bourhon , attelé de luiit chevaux hais avec des harnais noirs, et celui de M. le duc d'Orléans traîne' par huit chevaux hlancs avec des harnais de maroquin rouge j l'or hrllle sur ces harnais, et les chevaux sont orne's de plumes hlanches. Suivent deux carrosses de service de Sa Majesté, où se trouve M. le prince de Tallcyrand, grand chamhellan. Ces voitures sont séparées ou escorte'es par les lanciers et les hussards de la garde. Un escadron des gardes-du-corps , les pages du roi , le grandmaître, les maîtres et aides de ce're'monies à clicval ,
' On donnera une idée de ce camp , en parlant de la revue du roi.
précèdent le carrosse de Sa Majesté; les e'cuyers accompagnent les chevaux , dont la tête empanache'e s'agite fièrement sous les aigrettes qui l'ombragent. Enfin s'avance la voiture du sacre qui laisse voir jusqu'à mi-corps le roi et les princes de sa famille. Derrière le char , quatre escadrons de gardes-du-corps , un. détachement de gendarmerie d'ëlite , quatre escadrons de cavalerie de la garde royale, les grenadiers, les cuirassiers , les dragons et les chasseurs. Les gendarmes à cheval de la ville de Paris et la grosse cavalerie de la ligne , ferment cet imposant cortège.
On arrive au premier arc. Là, M. de Gestas, à la tête des maires des communes de l'arrondissement de Reims , adresse au roi le discours suivant :
Sire,
« C'est dans les contrées où la France devint chre'- « tienne, c'est au pied de l'autel où fut sacre Clovis, « où les aïeux de Votre Majesté ont leçu l'onction « rojale, que le Dieu de saint Louis semble se plaire (( à veiser ses plus abondantes be'ne'dictions sur les rois « que sa bonté nous donne.
« Du même autel aussi partent plus puissantes les « inspirations d'amour, dont sont animés tous les Fran- « çais pour Votre Majesté et pour son auguste dynas-
« lie, et ce sont surtout les habitans de l'arrondisse- « ment de Reims, qui , place's à la source même de ces « inspirations sacrées , y puisent les sentimens de fide- « lite', de deVouement sans bornes et de profond res- <( pect qu'ils déposent, par mon organe, aux pieds de « Votre Majesté.
« Sire, le ciel entendra leur cri de f^we le roi! Vive « Charles x ! »
Ce cri a été répété avec enthousiasme.
Sa Majesté a répondu tf qu'elle était sensible aux « marques d'affection que lui exprimait M. le sous-pré- (( fel. »
Le cortège poursuit sa marche. Quelle scène pendant une lieue ! On ne saurait rien concevoir de plus pompeux ni de plus animé. Sur une route couverte de sable et pavoisée par les manufactures de la contrée , les maires à leur poste en écharpe, l'élile des jeunes filles vêtues de blanc et tenant des lis, la plupart belles, toutes brillantes de jeunesse , toutes parées de santé et de pudeur; les paysans d'alentour accourant de tous côtés à travers les moissons; une population répandue avec affluence, mais sans foule, formant ici des groupes immobiles, là, s'agitant par masses ondoyantes, et après avoir vu passer le roi , se précipitant pour le voir
passer encore, offrant tumultuairement, mais sans de'sordre, mille épisodes divers dans une joie commune, e'pisodes d autant plus vifs que les mouvcmens n'en sont ni commandes ni prévus; les habitans des campagnes, avides de contempler leur prince, heureux de s'entredire; j'ai vu le roi; il ma salue ; j'ai vu le Dauphin, le brave de l'Espagne; il m'a souri; commentant leurs sensations avec franchise et liberle, chacun exprimant à sa manière son admiration et son amour, tous manifestant naïvement, mais energiquement , ce qu'ils e'prouverft; quelques spectateurs plus calmes, plus paisiblement curieux, monle's sur les arbres de la roule ou assis sur le chaume des toits rustiques; le dôme de la voilure royale dominant tout et servant de point de mire ou de ralliement à celle multitude c'parse; les troupes de'fdant avec l'appareil militaire; les e'clairs iunocons qui jaillissent des armes; les battemens du tambour, re'clal des fanfares, le bourdon de la cathédrale mugissant dans le lointain, et mêlant à tous ces bruits ses sons uniformément continus, comme pour servir de basse à celle sublime harmonie. Figurez-vous un tel tableau se de'veloppant sur une vaste plaine et s'encadrant dans la bordure des montagnes qui terminent l'horizon; ajoutez-y tout ce qu'il y a de vif et de fortuit dans l'enihousiasme d'un peuple, et vous aurez une ide'e du spectacle
que la route prcsenlait. Par celte effusion de sentimcns si spontauës et si vrais, Charles x a pu voir combien il est aime'.
Quel est l'objet de cette pompe? Un souverain légitime va humilier sa puissance devant Dieu. Il sent qu'il faut à sa couronne un reflet de la majesté divine, et il place sa couronne sur lautel; il reconnaît qu'il faut à son sceptre l'appui du Très-Haut, et il dépose son sceptre au pied de la croix. Religion , voilà tes secrets, et tel est le premier anneau de la chaîne mystérieuse qui unit la terre avec le ciel.
A un quart de lieue de la ville, il existait autrefois un édifice consacre à la bergère de Nanlerre. ]Nos rois s'y arrêtaient avant d'entrer à Reims. Ce n'est pas la révolution qui l'a fait disparaître : il était abattu avant le sacre de Louis xvi. La chapelle de Sainte-Geneviève n'en est pas moins regrettable. Celle pieuse station convenait à la de'votion de nos princes, qui fut toujours tendre pour la patronne de la France, et les nombreux habitans de Paris, compagnons du monarque, retrouvaient encore à Reims leur culte de prédilection.