‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 23 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

geux aux Israélites qu'après les avoir délivrés des Égyptiens, il les a conduits dans le lieu où Dieu les a nourris de la manne qu’il envoya du ciel, ne sommes-nous pas mieux fondés à attendre le même effet du baptême, qui est la réalité dont ce trajet n'était que la figure, et à espérer que nos péchés, ces Égyptiens qui nous poursuivent, ayant été noyés dans les eaux du baptême, nous parviendrons sous la conduite de Jésus-Christ, que figurait Moïse, à nous nourrir de Jésus-Christ lui-même, qui est la véritable manne. »

Saint Jean Chrysostome développe éloquemment la comparaison du baptême et de la mer Rouge, qui se retrouve dans les écrits de beaucoup d’autres Pères (1): « Dans le passage de la mer Rouge, dit-il, comme dans le baptême, vous voyez le même élément. Tous, pour être sauvés, passent par les eaux de la mer Rouge, comme les chrétiens par celles du baptême. Le peuple hébreu est tiré de l'Égypte; nous, de l'idolâtrie. Le Juif est affranchi de la servitude d'un peuple barbare; nous, de la captivité du péché. Là c’est Pharaon, ici c’est le démon qui est submergé. L’Égyptien est enseveli sous les eaux; dans le chrétien, le vieil homme est anéanti. Analogie complète entre la figure et la réalité. La figure ne doit pas être en opposition avec la chose, autrement elle n’en serait point la représentation. Elle n’en doit pas être non plus la ressemblance absolue; autrement elle serait la chose elle-même. Mais il est bon qu'il y ait mélange, et que la figure attende, des faits postérieurs, son entier éclaircissement. N’exigez donc pas de l'Ancien Testament la clarté qui n'existe que dans l’ensemble. Les nuages, bien que légers, dont il reste enveloppé, étaient nécessaires pour faire mieux ressortir l’excellence de la vérité par-dessus les figures. Vous en découvrez la preuve plus sensiblement encore par ce qui suit : Tous ont été baptisés sous la conduite de Moïse. Une vaste mer se déployait sous leurs yeux ; il leur avait été ordonné de passer sur le sable, par un chemin merveilleux où pas un homme n'était encore entré. Ils hésitent, ils tremblent ; personne n’ose tenter un si formidable projet. Moïse s'y engage le premier, et son exemple apprend à tous à le suivre. La même chose est arrivée sous Jésus- Christ. Il nous a arrachés au joug de l'erreur et de l’idolâtrie pour nous conduire au royaume du ciel; et, le premier entré dans le chemin qui y mène, le premier il est monté dans le ciel. Les Hébreux crurent à Moïse et franchirent avec confiance les eaux de la mer

(1) Orig., Hom. in Exod., c. 1; Cyrill., Catech. IIl; Greg. Naz., Orat. XXXIX; Prosper, de Promiss., part. I, c. xxxvint.

Rouge; et nous aussi, pleins de confiance en Jésus-Christ, nous marchons à sa suite, dans le chemin qu’il nous a ouvert, à travers les eaux du baptême ; avec cette différence que les Juifs, régénérés par ce baptême symbolique, ne le furent point au nom de Moïse, et que nous le sommes au nom de Jésus-Christ, parce que, encore une fois, la figure doit être au-dessous de la vérité. »

PAssAGE pu Jourpain. — Si l'eau en général a été considérée comme la figure du baptème, à plus forte raison devait-il en être ainsi du Jourdain sanctifié par le baptême du Sauveur. Le passage de ce fleuve par les Israélites sous la conduite de Josué a reçu la même interprétation symbolique que celui de la mer Rouge, et dans l’arche d’alliance qui restait au milieu du fleuve, on a vu le type de Jésus-Christ qui devait à ce même endroit recevoir le baptême (1). Sur la cuve baptismale d’'Hildesheim, la représentation du passage du Jourdain est accompagnée de cette inscription :

AD. PATRIAM. JOSVE. DUCE. FLVMEN. TRANSIT. HEBREVS. DVCIMVR. AD. VITAM. TE. DVCE. FONTE. DEVS.

PISCINE PROBATIQUE. — Saint Jean Chrysostome (2) compare ainsi la piscine de Bethsaïde avec celle du baptême : « L'ange qui descendait dans cette piscine, pour en troubler l’eau, y imprimait une vertu divine pour la guérison des majadies corporelles, afin que les Juifs apprissent par là que le Seigneur même des anges, que Celui qui est appelé l'Ange du grand Conseil, pourrait beaucoup plus facilement laver les crimes ettoutes les taches des âmes dans les eaux baptismales sanctifiées par le mérite de son sang. Comme la piscine ne guérissait point par sa nature, puisqu'elle eût guéri en tout temps, mais seulement lorsque l'ange y descendait pour la remuer, de même l’eau n’agit pas en nous simplement par elle-même, mais c’est lorsqu'elle a reçu l'impression de la grâce du Saint-Esprit, qu’elle efface en nous tous nos péchés. La faiblesse corporelle était alors un obstacle pour être guéri, puisqu'elle pouvait empêcher les malades de se jeter assez promptement dans la piscine; mais maintenant chacun a la liberté de s'approcher des eaux du baptême; car ce n’est plus l'ange qui trouble l’eau en certains temps, c’est le Seigneur des anges qui guérit tous ceux qui y ont recours. Il ne s’agit plus d’un seul qui puisse espérer sa

(1) Orig., Homil. XLIV ; Greg. Nyss., de Bapt. Christi. (2) In Johan. Hom. XXXV.

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