LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
supportaient la coupe désignaient les douze élus qui seraient chargés de cette mission évangélique (1).
MER DE VERRE DE L'APOCALYPSE. — Au chapitre 1v, on voit le Juge suprême assis sur son trône, tandis qu’à ses pieds coule une mer de verre, pure comme le cristal. Bède, Rupert, Bruno d’Asti, etc., ont vu là une image du baptême. IL faut sans doute reconnaître une traduction iconographique de cette interprétation dans les scènes apocalyptiques des vitraux de Bourges où une foule d’âmes, figurées par des personnages nus et sans sexe, sont baptisées par un ministre qui vide un vase d’eau sur leur tête (2).
Moïse FAISANT JAILLIR L'EAU DU ROCHER. — D’après l'Écriture sainte (3), le Christ est le rocher mystique qui verse les eaux de la grâce dans le désert du monde. Aussi, d’après la plupart des Pères (4), Moïse frappant le rocher est-il la figure de saint Pierre à qui fut donné le pouvoir d'ouvrir dans le rocher divin, c’est-à-dire en Jésus-Christ, la source de la grâce, le canal des sacrements et par conséquent de celui qui, par le bain de la régénération, donne de nouveaux enfants à l’ Église dont il est le chef. Donc, le rocher du désert, c'est Jésus-Christ qui est à la fois rocher, pierre angulaire et source d’eau vive; l’eau qui jaillit pour abreuver les Hébreux, c’est l’eau baptismale qui doit désaltérer la soif de l'âme ; la verge qui frappe, c’est la croix qui communique à l’eau sa vertu régénératrice, ou, si l’on veut, l'autorité du sacerdoce chrétien, qui tire de Jésus-Christ, pour ile aux hommes, l’eau spirituelle de la grâce; Moïse, c’est Pierre, le chef de l’ Église, qui fait couler cette eau sanctifiante dans le désert, c’est-à-dire dans les âmes pécheresses. L’'iconographie s’emparant Ce ces données, a identifié saint Pierre avec le législateur des Hébreux. Sur un fond de verre trouvé par Boldetti dans les catacombes et que l’on conserve à la Bibliothèque vaticane, on lit le mot Perrus. Ce nom n’apparaît qu’au quatrième siècle, mais, comme le fait observer M. de Rossi (5), c’est simplement un signe explicatif de conceptions beaucoup plus anciennes qu’on
(1) Bed., de Templo, édit. Giles.,t. VIII, p. 330; Isid. Sev., éd. Arevali, t. V, p. 539; Orderic, Ordo off. Eccl. Senensis.
(2) Auber, Hist. du Symbol., 11, 403.
(3) Is., xxxv, 6; I Cor., x, 3.
(4) Just., Trynhe: ; ne ., in Isai., c. xivin; Aug., Serm. LXXXVI de temp. ; Isid. Sev., in Genes., xxI1.
(5) Bullet. d’arch., janv. 1868.
reconnaît dans les peintures des cimetières du second et du troisième siècle(r). Nous ferons toutefois remarquer que M. Ie chanoine Davin (2) nous semble avoir prouvé que, dans les plus anciennes représentations, Moise figure le Christ lui-même donnant sa grâce, surtout celle de la régénération, et que sa baguette signifie tout à la fois la croix et la lance qui ouvrit le côté du divin crucifié. Plus tard, on vit dans Moïse non plus le Christ, mais son vicaire, saint Pierre, parce que Jésus- Christ baptise par Pierre et par ses successeurs.
Moïse-Pierre frappant le rocher.
(Fond de verre.)
PASSAGE DE LA MER RouGE. — « Les Israélites mangèrent la manne dans le désert, dit saint Augustin (3). Mais ce ne fut qu'après avoir traversé la mer Rouge, et si vous voulez savoir ce que c'était que cette mer Rouge, écoutez ce que dit l’Apôtre (T1 Cor., x, 1) : « Vous ne « devez pas ignorer, mes frères, que nos pères ont tous été sous « la nuée, qu’ils ont tous passé la mer Rouge; » et il ajoute, pour expliquer ce que signifiait ce passage: « Ils ont tous été baptisés « sous la conduite de Moïse dans la nuée et dans la mer. » Si ce passage de la’mer Rouge, qui n’était qu’une figure du baptême, a été si avanta-
(1) Le rocher de Moïse, nommé Meriba, se voit encore aujourd’hui au pied du mont Horeb avec les traces du prodige qui l’a frappé. Mgr Mislin (Les Lieux saints, t. III p. 223) en donne la description d’après les voyageurs protestants Schaw et Hd
(2) La Capella greca, ap. Revue de l’Art chrétien, janv. 1877.
(3) In Evang. Joh., tract. XII, c. 11.