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LIVRE VII. — DES SUJETS DU BAPTÈME

lesenfants morts, pour qu’ils puissent recevoir le baptême. Telles étaient l'abbaye de Moury, en Suisse; celle de Pontigry ; Notre-Dame de Laus, dans le diocèse de Langres, etc. En Piccrdie, on donnait le nom de répits aux chapelles qui étaient censées jouir de ce privilège miraculeux. Le concile de Langres, en 1452, explique ces croyances populaires, en faisant remarquer que la chaleur produite par les cierges et par le nombreux concours des assistants, colorait momentanément les traits de l'enfant mort, ce qui faisait supposer qu'il était ressuscité. Cette superstitieuse coutume a été condamnée très sévèrement, non seulement par ce concile, mais par la Congrégation du Saint- Office (1) et par de très nombreux synodes (2).

ARTICLE IV

Bes êtres non humains

L'auteur apocryphe des Voyages de saint Paul et de sainte Thècle raconte que l’Apôtre des nations baptisa un lion (3). Il ne faut peutêtre pas ajouter plus de crédit à l’anecdote que nous raconte Césaire, moine du xrr° siècle. Des écoliers, nous dit-il (4), s'amusant à singer les fonctions sacerdotales, plongèrent un chien dans l’eau en simulant les cérémonies du baptême ; à l'invocation de la sainte Trinité, l’animal fut pris d’un accès de rage furieuse, mais il ne fit qu’effrayer les enfants sans leur faire mal; parce que, ajoute lechroniqueur, ils avaient agi par légèreté et non point par malice.

Ce qui n'est que trop certain, c’est que les sorciers des xv° et xvi® siècles avaient l'abominable coutume de baptiser des chiens, des chats, des pores, des chèvres, des crapauds et d’autres animaux. Pierre Grégoire de Toulouse nous raconte (5) qu'en 1460.un prêtre de Soissons, d’après le conseil d’une sorcière, baptisa un crapaud,

(x) Bened. XIV, De Syn. diœces., evil IC Avr

(2) Statuts syn. de Lyon (1557 et 1566), de Besançon (1502 et 1656), de Toul (1658), de Grenoble (1690), d'Amiens (1697), etc.

(3) Hieron., De Vir. illustr.

(4) Dial. de Miracul., 1. MINE

(5) Syntag. juris. univ., part. Ill, 1. XXXIV, c. xv, n. Q.

lui donna lé nom de Jean, lui fit manger une hostie, et qu’avec la

chair de cet animal il composa un poison pour faire mourir ses

ennémis. On croyait jadis que les sorcières, dans leurs cérémonies infernales, baptisaient en même temps, avec de l'urine du diable, des enfants et des crapauds, les premiers habillés de velours noir, les seconds de velours rouge (1). Ce qui est autrement certain, c’est que, pour opérer des maléfices, elles baptisaient et oignaient de saintes huiles la membrane dans laquelle les enfants viennent au monde (2).

Voici, d’après J. B. Thiers (3), comment les sorciers baptisaient des figures de cire, dans le but de faire mourir les personnes qu’elles étaient censées représenter : « Ils font une image de cire, entière et avec tous ses membres, la mettent tout de son long dans une boîte qui se ferme avec un couvercle, prennent de l’eau dans le creux de leur main, la jettent sur cette image en disant : NN ego te baptizo, etc.; ils récitent ensuite le petit office de la Vierge, et, quand ils en sont au psaume LXXXIV, entre generatione et generationem, ils prennent une épine de laquelle ils piquent légèrement l'endroit du cœur de l’image et achèvent le petit office. Le lendemain, ils font la même cérémonie, et, aux mêmes mots, ils enfoncent l’épine plus avant. Le troisième jour, ils en font autant, enfoncent l’épine tout entière, achèvent l'office, et, le neuvième jour, ils ont ce qu’ils souhaitent. »

En 1337, le pape Benoît XII fit poursuivre des sorciers qui avaient ainsi baptisé des images de cire, pour faire mourir le pape Jean XXII (4).

Le P. Crespet, parlant des sorciers qui faisaient baptiser des plaques ou des livres destinés aux opérations magiques, s'exprime en ces termes (5): « Les magiciens qui veulent évoquer les démons à leurs secours, pour savoir les choses futures ou deviner et faire autres tours du métier de Sathan, ont de coutume de faire consacrer les livres où sont contenus leurs conjurations, marques, plaques et caractères, par quelque prêtre qui a une étole au col, et les arrose, avec l’eau bénite, d'un asperges d’herbe de mille-pertuis, en prononçant ces mots : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Et pendant qu’il fait cela, il doit tenir un cierge bénit. Puis il

1) De Chesnel., Dict. des Superst., vo Baptême du Diable. 2) Bernardin de Sienne, Constit., part, I, tit. VII. 3) Traité des Superstit., t. II, p. 82.

4) Raynaldi, ann. 1337, c. xxx.

( ( ( ( (5) De la haine de Sathan, 1. I, disc. 12,

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