LIVRE VII — DES SUJETS DU BAPTÈME A
donner aux mots bapligari et pro mortuis des significations impropres, métaphoriques et forcées, de recourir à des hypothèses et de méconnaître les lois grammaticales de la langue grecque. On n’a cherché tant d'explications détournées que parce qu'on a craint de voir saint Paul autoriser presque une erreur, en ne la blâmant point. L'Apôtre, il est vrai, n'approuve ni ue désapprouve la pratique du baptême pour les morts, mais il n'avait pas à la qualifier; il la cite en passant, pour montrer à des hérétiques et peut-être à des fidèles peu éclairés que leurs propres coutumes superstitieuses rendent ellesmêmes témoignage au dogme de la résurrection. Dans un argument ad hominèm, il n’est pas d’usage de combattre l'erreur des adversaires qu'on met en contradiction avec eux-mêmes. Il est probable que saint Paul avait en vue la secte des Cérinthiens qui niaient la résurrection et n’en baptisaient pas moins des vivants au profit des morts. On objecte à tort que ces hérétiques n’ont paru que du temps de Domitien, car des témoignages irrécusables (1) prouvent que Cérinthe a vécu du temps même des apôtres et qu®, d’ailleurs, les erreurs des Cérinthiens avaient été antérieurement professées par les Nicolaites qui datent du commencement de l'Église.
Cette absurde pratique des Cérinthiens et des Marcionites a revécu, de notre temps, chez les Mormons : #7 saint des derniers jours (on sait qu'ils se donnent ce nom) peut être baptisé à l’intention d’un mort du même sexe que lui. Ce sacrement rétrospectif, qui efface les péchés du défunt, ne peut être administré que dans le grand temple de Sion, ce qui multiplie les pèlerinages à Great-Salt-Lake-City (2).
ARTICLE III Des enfants morts
Nous voyons par les prescriptions de divers Rituels et de quelques Ordonnances synodales, que des sages-femmes baptisaient parfois des enfants mort-nés, pour leur procurer frauduleusement l’inhumation
en terre sainte.
(1) Epiph., Hær. XX VIIL, c. vis lren., 1. HI, c. m1; Euseb., Hist. eccl., 1. IE, c. XXVIT;
Hieron., De Vir. illustr., c. 1x.
(2) Magas. pittor., t. XXVII, p. 240.
Tournefort (1) raconte avoir entendu dire que les prêtres arméniens baptisaient les enfants alors même qu’ils étaient morts. Nous ne trouvons pas dans les autres voyageurs la confirmation de ce rapport, et nous le croyons d’autant moins acceptable que ce qu’il faut reprocher aux Orientaux, c’est bien plutôt de négliger de baptiser les enfants. Il est possible, toutefois, que le faitse produise dans certains cas, chez des nations peu éclairées, chez les Mingréliens, par exemple ; c'est du moins la conséquence qu’on pourrait tirer de la relation communiquée à Chardin (2) par le R. P. Dom Zampi : « Il arriva un jour, dit-il, qu'on fit venir un gopas pour baptiser un enfant fort malade ; ce popas, trouvant l'enfant moribond, ne le voulut jamais baptiser, disant qu'il ne voulait pas ainsi employer inutilement son huile sainte, comme si le baptême consistait dans l’onction ! Cet enfant étant mort sans être baptisé, il vint un autre popas, ami de la maison, pour visiter la famille sur son affliction et sur la perte qu’on avait faite. Le père lui dit, les larmes aux yeux, que ce qui le fâchait le plus dans la mort de son enfant, c'était qu’il n'avait point recu le baptême, parce qu'ayant appelé un tel popas pour le baptiser, il avait refusé de le faire, de peur, disait-il, de perdre son huile sainte. Ce popas l’arrêtant, lui répondit : « Ne saviez-vous pas que ce popas « est un avare ? Ne pleurez point, consolez-vous, je le baptiserai, moi; « un peu d’huile n’est pas si grand’chose. » Cela dit, il tira son cornet de dessous sa veste, en prit un peu d’huile et en oignit cet enfant mort, comme on fait dans l’administration du baptême. »
Il est parfois question dans les annales hagiographiques, non pas d'enfants morts baptisés, mais d'enfants morts ressuscitant pendant quelques heures pour être baptisés. Nous n'avons pas à rechercher l'authenticité des Actes qui racontent de tels miracles, opérés par l'intervention de saint Étienne, de sainte Cunégonde, de saint Edme, de saint Léonce, de sainte Rosalie, de saint Thomas de Villeneuve, de saint Thomas d'Aquin, de saint Viventius, etc. (3); mais nous devons constater que ce sont ces récits qui ont donné à certains sanctuaires la réputation de faire revivre, pendant quelques heures,
(1) Voyage du Levant, t. Il, ch. de l'Arménie.
(2) Voyage en Perse, t. I, p. 90.
(3) Evod., Mirac. S. Steph., c. xv ; Bolland., 3 mart., Vif. S. Cunegund., c. 1v, n. 20; 15 sept., DeS. Leontio, ? 9; 4 sept., De S. Rosalia, ? 33,n. 342; 18 sept., Mir. S. Thomæ,
43, n. 25; Massé, Vie de S. Edme, p. 7; Bolland., 7 mart., Mirac. S. Thomæ, part. II, n. 86; 13 janv., Act, S, Vivent., p. 807.