LIVRE VIIL — DES EFFETS DU BAPTÈME
harmonie de croyances avec l’Église primitive; car les inscriptions des catacombes ne font pas du baptème un simple symbole extérieur de la grâce ; elles nous disent que le défunt a conquis, a obtenu, a reçu la grâce, et elles nous font envisager la paix, c’est-à-dire la félicité éternelle, comme la conséquence de la fidélité acquise par le baptême.
De nombreuses controverses se sont élevées entre les scolastiques sur la nature et les effets de la grâce baptismale. La plupart d’entre eux soutiennent avec les Thomistes, que le baptème, ainsi que les autres sacrements, opère la grâce comme cause physique, tandis que les Scotistes admettent que c’est une cause purement morale de la grâce, c’està-dire un motif par lequel Dieu est déterminé à la produire.
Pierre Lombard insinue que dans le baptême l’homme n'est point justifié formelléèment par une grâce intérieure, mais seulement par l'amour que Dieu conçoit pour lui. Cette justice imputative des enfants a été réfutée par la plupart des théologiens (1) et condamnée par le concile de Trente. Ce même concile at-il décidé que cette grâce est habituelle ? Beaucoup le soutiennent, bien que ce mot n'ait pas été prononcé; quelques autres prétendent que la question est restée libre (2).
On est d'accord sur ce point que le baptême produit le même effet dans tous ceux qui le reçoivent, quant au but pour lequel il a été établi, c'est-à-dire par rapport au renouvellement de la vie spirituelle. Mais il y a quelque divergence au sujet de l'égalité des autres grâces que reçoivent les enfants et les adultes également bien disposés. Selon Gabriel, les uns en ont plus et d’autres moins, en raison du degré de gloire auquel Dieu les a prédestinés ; mais c’est là un effet dela miséricorde divine et non point de la vertu sacramentelle. Scot arrive à la même conclusion, en attribuant cette inégalité de grâces à la dévotion du ministre. Paludanus pose en principe qu'il n’y aura pas plus d'hommes sauvés qu’il n'y a eu d'anges déchus, et que comme ces derniers devaient posséder des degrés différents de gloire, les enfants baptisés qui sont appelés à prendre leur place recoivent également plus ou moins de grâces. Mais ces opinions sont rejetées par presque tous les autres théologiens, démontrant qu’en raison du baptême, la même quantité de grâces est donnée à tous les enfants, ainsi qu’aux adultes, également bien disposés.
(1) Altissiod., I. IT Summ., tract. VI, c.1; Guill. Paris., De Morib., c. 1v. (2) Melch. Canus, De locis, 1. VIE c. 11; Stapleton, De justificat., 1. VIT, c. vin; Pighius, De liber. arbitr., 1. V,
Les scolastiques appellent fiction, l'obstacle que le récipiendaire, par sa volonté, met aux effets du baptème, comme l'absence de foi, le mépris du sacrement, l’inobservance des rites, l'attachement au péché, etc.; cette fic/ion n'empêche pas de recevoir le caractère baptismal, mais elle met obstacle à la grâce qui ne produit ses effets que lorsque la fiction a disparu. Comment peut s’opérer cette transformation ? Paludanus est à peu près le seul qui croie suffisante une simple attrition. Les autres docteurs exigent la contrition ou tout au moins l’attrition unie au sacrement de pénitence. Quelques théologiens supposent qu'alors les péchés commis après le baptême sont effacés en raison même du sacrement de la régénération; mais lopinion commune est qu’il n’efface que les péchés commis antérieurement à sa réception, et que le sacrement de pénitence efface, en même temps que la fiction, les péchés qui l’ont suivie.
Nous avons dit qu’outre l’infusion de la grâce, le baptême produit encore dans notre âme un caractère indélébile, qui rend sa réitération nulle et coupable. C’est une vérité proclamée par les Pères, qui comparent cet effet permanent à l'empreinte des monnaies, à la circoncision, à la marque des troupeaux (1). Les scolastiques ne sont partagés que sur quelques questions accessoires. relatives à la nature, aux causes et aux effets de ce caractère (2). Les libres penseurs eux-mêmes se trouvent forcés de reconnaître au baptème un cachet indélébile, « Hélas ! disait la Petite République française, du 17 janvier 1877, nous sommes restés catholiques : bien peu, il est vrai, mais plus encore que nous ne le voudrions. Mais quoi ! On nous a faits catholiques quand nous étions tout petits et que nous n'avions pas la force de nous défendre. Le baptème a passé sur nous, avec les saintes huiles de la confirmation. Cela tient. On a beau frotter, cela ne s'en va pas. Ïl n'y a savon qui tienne. C’est une tache indélébile. Toute la benzine Collas y passerait sans l’effacer. »
C’est pourtant ce que la superstition a plus d’une fois essayé de faire. Ce fut pour effacer le sceau divin du Christianisme que Julien l'Apostat eut recours aux lustrations idolâtriques. Les procès de sorcellerie du xvi® siècle nous montrent d’étranges scènes où des
(1) Const. apost., 1. IL, c. xvr; Tert., Apol., xx1; Ambros., De Spir, Sanct., 1. AC NT, n. 78; Cyrill., Cat. I, n.2; Cat. XVII, n. 35; Basil., Exhort. ad Bapt., n. 5 ; August. Cont. Crescon., 1. I, c. xxx, n. 35 ; Contr. Parm., n, 15.
(2) Alex. Halens., sent, IV, dist. VI; Thom., part. III, quæst. LXIIL, art, 2; Biel, sent, IV dist, VI, quæst. II, art. 3, :