‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 240 sur 283 · LIVRE VII. — DES EFFETS DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — DES EFFETS DU BAPTÈME

renégats, renonçant à leur baptême, à leur parrain, à leur part de paradis, se faisaient rebaptiser par des sorciers et recevaient un nouveau nom, ainsi qu'un stigmate, signe de leur sujétion absolue au démon (1).

Les Abyssiniens s’imaginent qu’on est débaptisé, quand on mange de la viande musulmane. M. Guillaume Legeau, dans son Voyage en Abyssinie (2), raconte à ce sujet l’anecdote suivante : « Je partis de Keren, accompagné d’un prêtre indigène, Abba Zaccharia, d'Axum, élève de la Propagande romaine. Je lui ai fait, je le crains bien, perdre sa cure, et voici comment : je l'avais eu quelquefois à dîner, mais comme je prenais ma viande chez les bouchers musulmans de Massaoua, on vint à savoir que M. Zaccharia avait mangé de la viande musulmane, donc qu'il s'était débaptisé. Les paroissiens du P. Zaccharia vinrent en députation chez l’évêque, lui déclarer qu'ils ne voulaient plus d’un curé mahométan. J'intervins, je me fâchai, je demandai pour qui on me prenait? — Pour un Chrétien faux teint, un Franc enfin. — Vous prenez donc les Francs pour des Musulmans ? — Mon Dieu! les Francs sont assurément meilleurs et plus vertueux que nous : ils ne sont pas des Turcs, mais ils ne sont pas Chrétiens non plus. »

Les effets sacramentels du baptême ont été naturellement contestés par tous ceux qui en ont nié la nécessité. Quelques Origénistes, les Caïnites, les Messaliens, les Marcossiens et les Pélagiens n’attribuaient au baptême aucune rémission du péché, ou ne lui supposaient qu'une efficacité incomplète (3).

D’après Luther (4), le mal héréditaire subsiste encore dans l’homme justifié et baptisé. Tous les péchés qu’il peut commettre sont des formes particulières du péché primordial; pour les effacer, il suffit de s’appliquer de nouveau, par la foi et par le souvenir, le sacrement de baptème qui remplace ainsi la pénitence. Selon Mélanchton, le baptême efface le péché originel, mais non pas les péchés actuels; ce sectaire se trouve entraîné dans cette erreur, parce qu’il considère la concupiscence comme un véritable péché, quoique Dieu ne nous l’impute pas, Zwingle, tout en reconnaissant la nécessité du baptême, n’en nie pas moins l'efficacité : « Tous les anciens, disait-il (5), depuis les apôtres

(1) Delrio, Disquis. magic, 1. V, sect. 16.

(2) Le Tour du Monde, t. XV, p. 390.

(3) Epiphan., Hær. LXIV, n. 25; Theodor., Hær. fab., IV, u;lren., Ady. hær., 1, 21, (4) Auslegung des Briefes an die Gal,

(5) De Bapt., p. 50.

jusqu’à moi, se sont trompés sur l'idée qu’ils se sont faite du baptême ; ils ont attribué à l’eau une efficace qu’elle n’a point. Ils ont

cru que ce sacrement avait été institué pour conférer la justification ; .

mais ni le baptême, ni l’Eucharistie ne sont des signes de la grâce. Elle n'est pas dépendante, cette grâce, des types extérieurs ; ainsi, recevoir le baptème, ce n'est pas recevoir la sanctification, C’est se faire marquer au sceau de Jésus-Christ, c’est prendre une reconnaissance extérieure des engagements que nos pères ont contractés avec lui, de même que la circoncision fut seulement une marque du pacte qu'Abraham fit avec Dieu. »

Les doctrines des Sacramentaires sont pleines d’obscurités sur le sujet qui nous occupe. Le Catéchisme de Genève dit que le baptème «représente la rémission des péchés et la régénération spirituelle. » D'après le Catéchisme d'Heidelberg, « il représente le gage de la vérité par lequel Dieu veut assurer aux hommes que leurs péchés sont aussi certainement lavés que leur corps l’est avec de l’eau naturelle. »

D'après les Mennonites, le baptême ne communique point l'esprit de Dieu ; il marque seulement ce qui se passe dans nos âmes et montre la vertu d’en haut descendant sur le fidèle (1).

Selon beaucoup de Baptistes, le baptême n’efface pas le péché originel : c’est seulement l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu. D’autres sectes lui attribuent une vertu hyperphysique, c'est-àdire l'infusion dans le Catéchumène de la justice divine, qui le rend capable des bonnes œuvres indispensables à son salut (2).

D'après M. Pierre Leroux, le baptème n'a pas été institué pour effacer le péché originel; il n’a eu d'autre objet que de convertir les nations à la doctrine de la Trinité; ce ne serait que le sceau mis au croyant qui adhère à cette doctrine et qui se régénère ainsi spirituellement.

) Schyn., Hist. Mennonit., c. vu.

QU (2) Eug. Haag., Hist. gén. des Dogmes chrét., p.352.

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