CHAPITRE III
Des effets miraculeux du baptème
Nous lisons dans l’ouvrage que composa saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, contre Julien l’Apostat, que ce célèbre sophiste contestait la valeur du baptême, parce que, selon lui,.il n’avait encore guéri ni lèpre, ni goutte, ni dysenterie. Saint Cyrille lui répond que ce sacrement a été institué pour guérir les maladies de l’âme et non point celles du corps, mais qu’il est cependant au pouvoir de Jésus-Christ de donner aux eaux du baptème la vertu de guérir les maladies corporelles, ainsi qu’il le fit pour les eaux de Siloé, où l’aveugle-né recut le bienfait de la vue.
L'histoire ecclésiastique, en effet, contient le récit de nombreux miracles opérés par le baptême, surtout à l'égard d’aveugles qui recouvrèrent la vue, comme saint Paul, et de lépreux purifiés de leur lèpre, comme l’empereur Constantin. Nous nous bornerons à rappeler quelques exemples tirés des annales hagiographiques.
Mammertin se rendait en pèlerinage à un temple d’idoles, pour obtenir la guérison d’un œil dont il ne voyait presque plus et d’une main dont il ne pouvait faire usage. Un religieux, nommé Sabinus, qu’il rencontra sur la route, le convertit en lui montrant l’inanité des idoles et l’engagea à aller trouver saint Germain, évêque d'Auxerre. Saint Mammertin, après avoir été baptisé par ce pontife, fut complètement guéri de ses infirmités (1).
Nous lisons dans la vie de saint Hidulphe, archevêque de Trèves (2), que le B. Erhart, évêque de Ratisbonne, apprit un jour, dans un transport extatique, qu’il y avait dans le monastère de Baume une jeune fille, aveugle de naissance, âgée de douze à quinze ans. Dieu lui ordonna d’aller la baptiser et de lui donner le nom d’Odile, l’assurant qu’aussitôt après la réception du sacrement, elle obtiendrait le don de
(1) Bolland., 31 Jul., De Vit. S. Germani, 1. I, c. 1x et 1v. (2) Zbid., 11 Jul., Vita prima S. Hidulphi, n. 11.
la vue. Le pontife se rendit aussitôt à Baume, avec son frère Hidulphe, ancien archevêque de Trèves. Ce fut ce dernier qui, après l'immersion de la jeune fille, la releva des fonts et fit sur ses yeux les onctions du saint chrême, en disant : « Au nom de Jésus-Christ, soyez désormais éclairée des yeux du corps et de l'esprit ». Quand laveugle-née eut ouvert les yeux à la lumière du jour, le prélat lui imposa le nom d’'Odile, qui signifie fille de lumière. La miraculée devait un jour être abbesse d'Hohembourg, et devenir la patronne de l'Alsace.
On lit dans les Actes de saint Saturnin (1) qu'une femme nommée Cyriaque, appartenant à l'élite de la société toulousaine, était couverte de lèpre. Elle se fit instruire des vérités de la religion et reçut le baptème. Dès qu’elle fut immergée dans la piscine, sa chair devint blanche comme celle d'un petit enfant. Ce miracle produisit une telle impression, que la moitié de la ville de Toulouse embrassa aussitôt le Christianisme.
Un jour, un lépreux nommé Péritius, voyant passer saint Éleuthère, évêque de Tournai, le supplia de lui conférer le baptême. — Seigneur, dit un prêtre nommé Andonéus à l'évêque, c’est un
lépreux, chassez-le de votre présence. — Que dis-tu là, homme de peu de foi, repartit Éleuthère ? Apprends que c'est à ces malheureux qu’appartient le royaume des Cieux. — Cela dit, l'évêque fit apporter
de l’eau, et, devant tout le peuple, baptisa Péritius qui fut soudain purifié de sa lèpre (2).
En l'an 409, un Juif, paralysé depuis de longues années, se convertit et fut baptisé par Atticus, évêque de Constantinople. On l'avait apporté dans son lit au baptistère ; aussitôt qu’il fut sorti de l’eau, il recouvra l'usage de tous ses membres (5).
Nous lisons dans les Actes de saint Sébastien (4), que les deux fils de Claudius, dès qu'ils eurent été plongés dans l’eau baptismale par saint Polycarpe, furent aussitôt guéris, l’un de son hydropisie, l’autre d’une grave maladie dont ilétait atteint. Ce même jour, le Saint conféra le baptème à Tranquillinus, dont les pieds et les mains étaient tellement perclus par la goutte, qu'on dut le transporter à bras et qu’il ressentait d’intolérables douleurs, alors qu'on le dépouillait de ses habits. Quand il eut reçu l’onction des saintes huiles et fait sa pro-
(1) Surius, 29 Nov., Act. S. Saturnini.
(2){Bolland., 20 Febr., Vita IS. Eleuth., c. ur, n. 14, (3) Ibid., 8 Jan." Vit.S. Attic., p. 477.
(4) Ibid., 20 Jan., Act, S. Sebast., p. 270.