‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 242 sur 283 · LIVRE VIII. -— DES EFFETS DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. -— DES EFFETS DU BAPTÈME

liser le monde ? Est-ce aux peuples baptisés ou aux peuples infidèles ? Par le nombre, vous êtes le plus petit des peuples ; par le territoire, vous occupez à peine la cinquième partie de la terre; mais le courage, l’éloquence, l’action, la victoire, l’avenir, tout est à vous. Les infidèles reculent et vous marchez, parce que le génie du baptême vous anime ; ils se cachent et vous vous montrez partout ; ils se taisent et vous parlez, l'épée à la main et le drapeau de la civilisation sur vos têtes. Levez votre front parmi les peuples, peuples du baptême et du Christianisme. Que vous meniez avec vous, ou la guerre, ou l’industrie, ou le commerce, ou les arts, vous forcez les barrières, vous imposez les conditions, vous régnez. Il y a un signe sur ce front dominateur et prédestiné, c'est le signe de la lumière surnaturelle, c’est le signe du baptême ! »

Des jurisconsultes (1) ont soutenu que la liberté civile était une conséquence du baptême reçu par les esclaves. Cette assertion, dans sa généralité, ne nous paraît pas exacte. Ce qu’il est vrai de dire, c’est que, de tout temps, on a vu des maîtres rendre la liberté à ceux que Jésus-Christ venait d’affranchir, et que d’autres traitaient avec une grande charité ceux que l'Église venait de prendre sous sa protection. Les Chrétiens voyaient des frères dans les captifs baptisés; en s’intéressant à eux, au temps des invasions barbares, ils préludèrent à ces admirables congrégations qui eurent pour but spécial le rachat des captifs. Saint Ambroise, saint Césaire d’Arles, saint Hilaire de Poitiers, saint Exupère de Toulouse, vendirent les vases d’or de leurs églises pour racheter les vases vivants du Christ, et donnèrent ainsi le branle à cette charité privée, dont M. Edm. Le Blant nous a rapporté de si nombreux exemples (2).

Le baptême a servi d'acheminement à l'égalité civile; aussi dans les inscriptions des catacombes, on ne rencontre point de qualifications d’esclave ou d’affranchi, parce qu’elles répugnaient à l'esprit de l'Évangile et que le baptème avait renversé, du moins devant Dieu et devant la mort, les barrières de caste.

Le moyen âge nous offre de nombreux exemples de cette influence du baptême sur le rapprochement des conditions. En 70r, Ingo, duc de Carinthie, invitait à sa table, servie avec luxe, une foule d'ouvriers

(x) Potgiesserus, De Statu servorum, 1. IV, ch.1v; N. Ittigius, De manumissione mancipiorum baptismo implicita.

A 2 DE (2) Note sur le rachat des Captifs, dans la Revue arch., nouv. série, t. X, p. 435:

pauvres mais chrétiens comme lui, et faisait servir en même temps un grossier repas, dans la cour de son château, aux princes et aux grands de sa Cour, encore paiens. Comme ceux-ci s’en montraient irrités : « Ces pauvres gens, leur dit-il, ont été enrichis des grâces du baptême, ce sont mes frères en Jésus-Christ; quant à vous, vides de trésors spirituels, vous êtes restés les esclaves des ténèbres. Ne vous étonnez donc pas que je préfère leur société à la vôtre (1). »

(1) Brunner, Annal. Boïicor.

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