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Des effets faussement attribués au baptème
La superstition et l’hérésie ont souvent attribué au baptême des effets qui ne lui appartiennent nullement.
Les paiens ont parfois prétendu que la réception de ce sacrement exposait à une mort prochaine. Clovis, alors qu'il était encore ido- Jâtre, attribuait la mort de son premier-né au baptème que Clotilde lui avait fait conférer. Encore aujourd'hui, les pamphlets des Chinois assurént que la mort est une conséquence prochaine de la réception du baptême (1).
Une erreur diamétralement opposée, généralisant quelques faits exceptionnels et miraculeux, consistait à croire que l’ablution baptismale rendait la santé aux enfants malades. Cette superstition, qui régnait déjà du temps de saint Augustin (2), s’est surtout propagée en Orient. Au xiv° siècle, les Sarrasins faisaient parfois baptiser leurs enfants, non pas pour en faire des chrétiens, mais afin qu'après leur mort ils dormissent tranquillement dans leur sépulcre, sans y être tourmentés parles démons (3). Les Turcs présentaient aux fonts leurs enfants pour les guérir de la mauvaise odeur qu'ils exhalaient dans leur jeune âge, ce qui ne les empêchait point de les élever plus tard dans les principes de l’Islamisme (4).
Ce sont surtout de faux effets relevant de l'ordre spirituel que lPhérésie a attribués au baptème. Ceux qui l'ont reçu, disait Jovinien au ve siècle (5), ont une âme impeccable, ou du moins leurs péchés
mortels se changent en yéniels. Certains Pélagiens soutenalent qu'on
(1) Les Missions catholiques, 1874, P- 3
(2) Epist. XC VIII ad Bonifac.
(3) Concil. Armen. (1342), art. 17, ap. Martène, Ver. mon., t. VII, p. 333. (4) Balsamon, in Can. LXXXIV Trullan.
) 5) Sander., Hær. LXXX VII.
ne baptisait les enfants que pour effacer par avance les péchés qu'ils pourraient commettre plus tard (1).
Mallebranche, dans ses Recherches de la vérité, fait cette bizarre sup-
position, que l’enfant, pendant qu’on le baptise, peut produire un acte
‘inconscient d'amour de Dieu. Voici son raisonnement, contre lequel s’est insurgé à bon droit le Père Harduin (Afhærï detecti, c. 1v): « On ne doit pas trouver fort étrange, si je dis qu’il se peut même faire que les enfants, dans le temps qu’on les baptise, aiment Dieu d’un amour libre. Car, puisque le second Adam est contraire au premier, pourquoi dans le temps de la régénération ne délivrera-t-il pas les enfants de la servitude de leur corps, à laquelle ils ne sont sujets qu’à cause du premier, afin qu'étant éclairés et excités par une grâce vive et efficace à aimer Dieu, ils l’aiment tous d’un amour libre et raisonnable. Il ne faut qu'un instant pour faire cet acte d’amour ; et cet acte peut se former dans l’âme sans qu'il s’en fasse de traces dans le cerveau. »
Les novateurs de la Réforme ont tantôt amoindri et tantôt exagéré lefficacité du baptême. Ils ont prétendu que c'était un remède contre les péchés qu’on pourrait commettre à l'avenir ; que tous les péchés sont effacés par le simple souvenir de ce sacrement, sans l'intervention de la pénitence ; que le baptisé ne peut plus être damné, quand bien même il le voudrait, à moins qu’il ne perde la foi ; que le baptême délivre de l'obligation d’obéir aux lois humaines et d'accomplir les vœux émis avant ou après la réception du sacrement (2).
Parmi les sauvages du nord de l'Amérique, il y en eut qui crurent longtemps que les missionnaires les baptisaient, afin qu'ils fussent leurs esclaves en l’autre monde. Une mère dont la fille était morte après la réception du sacrement disait en voyant une de ses esclaves à l’agonie: « Ma fille est au pays des morts, toute seule avec les Français, sans parents et sans amis, et voici le printemps... Il faut qu’elle sème du blé d’Inde et des citrouilles. Baptisez mon esclave, afin qu’elle aille aussi au pays des Français, pour servir ma fille (3). »
Les Cochinchinoïs paiens croient qu’au moment du baptême, l’âme du néophyte, soigneusement empaquetée, est envoyée par le missionnaire au Dieu des Chrétiens, qui l'achète et la lui paye (4)
(1) August., De Peccator. merit., c. xvur.
(2) Luther, De Baptism.; Calvin, Instit., 1. IV; Kemnitius, Exam, conc. Trid., sect. vir, c. 1x; Bellarm., De Bapt., c. xn.
(3) Jovet, Hist. des relig., t. IV, p. 282.
(4) L’abbé Dourisboure, Les Sauvages Bha-Nars, p. 245.