‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 34 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

et la main encore fraîchement ensanglantée, je serais sacrilège de les toucher, avant de m'être lavé dans l’eau vive du fleuve. » Après la sépulture de sa nourrice, Énée dirige son navire vers l'embouchure du Tibre, « afin qu'aussitôt qu’il aura mis le pied sur le seuil de Ptalie, lavé dans les ondes du fleuve, il puisse invoquer avec sûreté Jupiter et sa mère Vénus. »

Chez les Étrusques, le mois de février était consacré à diverses purifications. « Ces cérémonies expiatoires, dit Creuzer (1), avaient lieu sous le règne du Verseau dont les pluies abondantes étaient censées laver tout le vieux limon de l’année qui venait de s’écouler. Chacun se purifiait à l'exemple de la nature, pour jouir pleinement de cette vie nouvelle qui allait commencer avéc le printemps. »

Ceres gr GAuLois. — Les nations celtiques plongeaient les enfants dans l’eau froide aussitôt après leur naissance. Il était d'usage de se baigner le septième jour de la semaine, afin de se préparer à bien célébrer le jour suivant consacré au soleil, le sonntag. « Le nom allemand du septième jour, dit le comte de Stolberg (2), sonnabend, fait allusion à cette préparation pour le dimanche; en Danemark, le samedi est appelé /6verstag, d'un mot irlandais qui signifie laver. En Russie, le peuple se lave encore tous les samedis. »

Récions pu Nov. — Avant l'introduction du Christianisme, il y avait en Islande, en Angleterre, en Norvège, en Danemark, en Russie, une sanctification de l'enfant par le moyen des ablutions (3): ce baptême, que l’Edda appelle vaint ausa (arrosement d’eau), était accompagné de l'imposition du nom, et parfois l'on supposait qu'il devait préserver le récipiendiaire des plus graves accidents de la vie. Un chant runique proclame que le jeune enfant aspergé d'eau ne succombera jamais sous le fer au milieu des batailles (4. Ces ablutions se prolongèrent longtemps dans les régions du Nord, puisque nous lisons dans la Chronique de Snorro Sturleson que, sous le règne d'Harold aux longs cheveux, un seigneur normand versa de l’eau sur la tête d’un enfant qui venait de naître et l’appela Haquin du nom de son père.

(1) Relig. de l'antiquité, 1. V.

(2) Hist. de J.-C.et de son Meclemlnil, xx,

(3) Sperlingius, de Bapt. Ethnicor., c. x1; Grimm, Myth. sw. aufl. S. 30. )

(4) Runa capitule, c, xx1, ap. G. Keysler, Antig. sept., p. 3111.

TurquiE. — Les Turcs pratiquent des ablutions partielles pour les fautes légères, et ne recourent aux bains complets que pour-les fautes graves. Leurs prières sont toujours précédées d’ablutions : ils se versent de l’eau sur la tête et se lavent les pieds trois fois; mais quand ils ont fait le matin cette dernière lotion, ils se contentent de se mouiller la main et de la passer par-dessus leur chaussure depuis les orteils jusqu’à la cheville du pied.

Tournefort nous dit, dans son Voyage du Levant (1) : « J’ai vu dans le fort de l'hiver des Turcs se détacher de la caravane pour se jeter tout nus dans des ruisseaux qui étaient à côté du chemin, sans appréhender ni colique, ni pleurésie ; ils viennent ensuite Joindre la troupe avec cet air de tranquillité qui paraît sur le visage des personnes dont la conscience est juste. Quand ils trouvent des sources chaudes, ils s’y plongent avec plaisir. Dans la plupart des maisons des gens aisés, il y a des cuves que l’on remplit d’eau tous les matins pour faire la grande ablution. Quand nous passâmes de Scio à Constantinople, un bon musulman de notre compagnie donnait trente sols de temps en temps à deux matelots qui le prenaient chacun par une oreille et le plongaient, par trois fois, dans la mer, quelque froid qu'il fit. »

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