‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 33 sur 283 · LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES

les crimes pendant la vie et après la mort (1). L’Ajax de Sophocle s’écrie (2) : « Je me rends aux bains et aux prairies qui s'étendent le long de la mer, afin de me purifier de mes taches et d'échapper par là aux colères de la Déesse.» L'Iphigénie d’Euripide ordonne d’employer l’eau de mer pour les ablutions de deux étrangers nouvellement arrivés, parce que, dit-elle, la mer lave tous les crimes des hommes (3). Sur l’ordre d’Atride, les troupes se purifient dans la mer et, selon l’expression d'Homère (4), y jettent toutes leurs souillures. Les maisons étaient, aussi bien que les hommes, l’objet d’ablutions religieuses. Dans le Katharmos des Grecs, l’eau lustrale, l’eau agitée, le feu, l’encens, les aromates, les mains levées ou étendues, certaines paroles sacrées, tout avait pour but de purifier les maisons, ainsi que leurs habitants, et d’exorciser le mauvais principe. Théocrite dit que cette purification locale doit se faire d'abord avec de la fumée de soufre, ensuite avec de l’eau mélangée de sel (5). Parfois le Kafharmos avait lieu pour une cité tout entière, comme à Athènes et à Argos, après la sanglante vengeance accomplie sur les mercenaires de Bryas (6).

Turace. —- C’est de la Thrace qu'est originaire le culte de Colytto, déesse de l’impureté. Ses prêtres s’appelaient baptes, à cause des bains d'eau tiède qu’ils prenaient avant-de célébrer, pendant la nuit, leurs infâmes mystères, et à cause aussi des ablutions qu'ils imposaient aux initiés. Leur baptême, mêlé de culte priapique, passa de la Thrace en Grèce, et de là à Rome, où les Vestales se mirent à l’administrer comme préparation aux mystères de la Bonne Déesse.

Empire ROMAIN. — La plupart des rites purificatoires de la Grèce furent adoptés par les Romains, qui donnèrent bientôt une plus grande importance aux purifications des enfants. Pour les filles, la fête appelée lustrique se célébrait le huitième jour de la naissance, le neuvième pour les garçons. Dans cette solennité intime, placée sous les auspices de la déesse Nundina, la plus âgée des parentes remplissait le principal rôle. « C’est, dit Perse, quelque grand’mère, quelque tante maternelle, femme craignant les dieux, qui tire l'enfant de son berceau ;

(1) De Republ., 1. I.

(2) Ajax flagell., v. 665.

(3) Oracon xhvËer mavra T’aybpomewv xaxx.

(4) Iliad, I, 313.

(5) Zdyll. XV.

(6) Diog. Laert., I, 110 ; Pausan., IT, 20.

et d’abord, avec le doigt du milieu, elle frotte de salive le front et les lèvres humides du nouveau-né pour le purifier; puis, elle le frappe légèrement des deux mains, et déjà, dans ses vœux suppliants, elle envoie ce frêle objet de ses espérances en possession des riches domaines de Licinius. » Après cette cérémonie, le nom qu’on avait donné à l'enfant purifié était inscrit dans le livre des actes publics (1).

Virgile, en nous parlant de certains peuples d'Italie, nous dit qu’ils plongeaient leurs nouveau-nés dans la rivière la plus proche (2).

Dans les antres consacrés aux mystères de Mythra, coulait une fontaine d’eau pure où l’on administrait aux initiés l'espèce de baptême dont parle Tertullien (3, Une de ces cavernes mythriatiques a été découverte sous la basilique romaine de Saint-Clément (4).

Les Romains, comme les Grecs, multipliaient les lustrations avant les sacrifices et dans diverses autres circonstances, pour effacer les souillures de leur vie. Tibulle nous dit (5) que, pour approcher des dieux, il faut avoir purifié ses mains avec de l’eau de fontaine. Ovide nous parle de celle de Mercure où le marchand va se purifier; il trempe dans cette eau sacrée une branche de laurier, en arrose les objets de son commerce et s’en asperge lui-même en disant au dieu : « Efface avec cette eau mes mensonges et mes parjures. » Le poète n’a pour son compte qu'une confiance limitée dans l'efficacité de ces ablutions, car il s’écrie ailleurs (6) : « Esprits par trop crédules, si vous vous imaginez que l’eau d’une rivière puisse purifier des meurtres odieux! » Le Sénat de Rome ne paraît pas avoir eu de ces doutes philosophiques, lorsqu'après avoir fait massacrer des conjurés, il ordonnait des lustrations publiques par toute la ville, « Attendu, dit Denys d’Halicarnassé (7), qu’il n'aurait pas été permis de s'approcher des autels et d'offrir des sacrifices, avant que ce massacre fût expié et que la souillure en fût effacée par des lustrations. »

Les héros de Virgile ont la même confiance que ceux d'Homère dans la vertu purificatoire de l’eau. Énée, sortant de Troie incendiée, dit à Anchise : « Toi, mon père, prends dans tes maïns les ustensiles sacrés et nos pénates domestiques ; car, sortant d’un si terrible combat,

) Macrob., Saturn., c. xvi; Polyd. Virg., 1. IV de Invent. ) Natos ad flumina primum deferimus. Æneid., IX.

) Tert., de Bapt., c. v; Porphyr., de Ant. nymph.

) De Rossi, Bullettino, 1870, p. 160.

5) Elles, 111

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