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Origine des anciennes ablutions purificatoires
Quelques écrivains, sans vouloir remonter à la source primitive et générale des rites purificatoires, se sont contentés d'en faire honneur à tel ou tel peuple. Voltaire (1) et M. A. Maury (2), en raison des préceptes du Zend-Avesta, en attribuent l'institution à la Perse. Tandis que ceux-ci affirment que les Juifs ont emprunté leurs lustrations aux
(1) Essai sur les Mœurs, fntrod,, cr (2) Essai sur les légendes du moyen âge, p. 60.
païens (r), ceux-là (2), invoquant le témoignage de saint Justin et de Tertullien, prétendent au contraire que les paiens ont imité les rites judaïques. Comment pourrait-on attacher quelque valeur à ces attributions nationales, quand on voit ces coutumes pratiquées par des peuples qui n’ont jamais eu de relations entre eux, quand on en constate l'existence dans toutes les parties du globe, chez les sauvages de l'Amérique, comme chez les nègres de l'Afrique? D'ailleurs, comme l’a justement fait remarquer M. Prosper Leblanc, « les peuples n’ont jamais adopté les croyances les uns des autres, parce qu'ils ne pouvaient abjurer à la fois leur propre religion, leur patrie, leur civilisation, leur race. L'expérience et la réflexion démontrent que les religions sont esclaves des nationalités avec lesquelles elles se sont développées. En général, les croyances spirituelles se livrent plus facilement au prosélytisme, mais ce leur est une chose tellement laborieuse de s’implanter dans un groupe de nations préoccupées d’autres idées, quelque absurdes qu’elles soient, qu’il est facile de juger qu'il a été moralement impossible aux systèmes à forme symbolique de jamais se dénationaliser. »
Supposons un instant (ce qui est inadmissible) qu’il faille chercher dans une contrée quelconque l'institution d’un rite universel, il faudrait tout au moins assigner une cause probable à cette prétendue innovation.Le Dictionnaire de M. Larousse (3) n’explique rien quand il prétend que « le but primitif des ablutions était d'entretenir la propreté indispensable dans les pays chauds, de prévenir le développement et la propagation des maladies contagieuses. À une époque où politique, économie sociale, législation, faisaient partie de la religion, on comprend que l'hygiène y ait été également comprise. » Si des ablutions purement hygiéniques étaient devenues, sous l'influence des idées religieuses, un symbole de la purification de l’âme, il faudrait nous dire pourquoi l’on a cru à la nécessité de cette purification expiatrice, et cela non pas seulement dans les pays chauds, mais également dans les régions septentrionales où ne régnait pas l'usage fréquent des bains.
On a avancé (4), sans plus de raison, que les ablutions des anciens
(1) J. Spencer, de Lustrat. Hebræor.
(2) J.-H. Maius, de Lustr. Hebr.
(3) Vo Ablutions. Dans nos séances à la salle du travail à la Bibliothèque nationale, nous avons pu constater que cette vaste et irréligieuse encyclopédie est l'ouvrage le plus consulté par les journalistes qui improvisent à peu de frais des articles de omni re scibili.
(4) Sperlingius, de Baptismo ethnicorum, p. 26.