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CHAPITRE PREMIER

Dénominations du Baptème

Bien que le mot baptême ait toujours été le plus fréquemment employé pour exprimer le sacrement de la régénération, on trouve dans les écrivains sacrés, surtout aux 11 et rve siècles, chez les Pères grecs, un nombre considérable d'expressions pour rendre la même idée. Nous rechercherons, dans un premier article, leur signification

et leur origine; un second sera consacré à mentionner les acceptions détournées du mot baptême.

ARTICLE I

Origine et signification des diverses dénominations du Baptême

Les noms qu’on a donnés au baptême sont généralement empruntés » à sa matière, aux effets qu’il produit ou aux cérémonies qui l’accom-

pagnent. Enfin il y en a quelques-uns qui sont relatifs au secret des mystères.

Dénominations tirées de la matière du Baptême

M. Alexandre de Stourdza (1) fait ainsi l’apologie du rite de l’immersion dans l'Église grecque : « Le caractère distinctif de l'institution du baptême est l'immersion, Bérrioux, qu’on ne saurait omettre sans détruire le sens mystérieux du sacrement, et sans contredire en même temps la signification étymologique du mot qui sert à le désigner.

L'Église d'Occident s’est donc écartée de l’imitation de Jésus-Christ;

(1) Considérations sur la doctrine et l'esprit de l'Église orthodoxe, p. 87.

elle a fait disparaître toute la sublimité du signe extérieur ; enfin elle commet un abus de mots et d'idées, en pratiquant le baptême par aspersion, dont le seul énoncé est déjà une contradiction dérisoire. En effet, le verbe Bérr&w, mmergo, n’a qu'une seule acception, ilsignifie littéralement et perpétuellement plonger. Baptême et immersion sont donc identiques, et dire baptême par aspersion, c'est comme si l'on disait immersion par aspersion ou tout autre contresens de même nature. Qui pourrait, après cet aperçu, refuser son assentiment ou hésiter de rendre hommage à la sage fidélité de notre Église, toujours invariablement attachée à la tradition dogmatique et rituelle du Christianisme primitif. Elle seule a conservé le sens profond ainsi que les formes imposantes du sacrement initiatoire, et l’on n’a qu’à lire dans les annales des premiers siècles, la description des cérémonies baptismales par lesquelles devaient passer les catéchumènes, pour être frappé de leur parfaite identité avec nos rites actuels. »

On voit par ces conclusions. analogues à celles des Anabaptistes d'Amérique et d'Europe, qu'il n’est pas sans importance de rechercher l’étymologie et le sens réel du mot baptême.

Il faut tout d’abord rejeter quelques étymologies fantaisistes qui ne supportent point l'examen. Gabriel Sévère, évêque de Philadelphie, fait dériver baptiser de BäNw, blesser, parce que, dit-il, le baptême fait une blessure mortelle au péché (1). Quelques Sociniens, comme Ostodorus (2), voulant démontrer que le baptême n'est pas un sacrement, n'ont pas craint d'affirmer que ce mot signifie simplement doctrine évangélique. Il n’est point contestable que Bérrifew ne soit une forme fréquentative de Bérrav. Or quelest le sens de ce dernier mot? Saumaise a tort assurément de dire qu’il emporte l’idée d’infusion et non d'immersion (3), mais M. de Stourdza et les Baptistes ne se trompent pas moins quand ils le réduisent à la seule acception de plonger. Ce vocable signifie tout à la fois plonger, immerger, submerger, teindre, nettoyer, laver, purifier, tremper, mouiller ; par conséquent baptême est synonyme d’ablution en général et non pas d'immersion exclusive (4).

) De Septem sacram. ap. Schelstrate, Act, orient. Eccl., p. 270. ) Institut, c. XXXIX, P. 02.

) De Primat. Papæ appar., p. 192.

(4) Dans une traduction du Nouveau Testament, faite par Campbell, d'Édimbourg, le mot baptigo est constamment traduit par plonger, ce qui semble exclure tout autre baptême que celui par immersion; à cette occasion une scission s’est opérée dans la : secte des Baptistes qu’on appelle anti-creed baptists.

Le docteur protestant Dwight a constaté que d’après presque cent exemples tirés du Nouveau Testament et quatre de l'Ancien (version grecque), le sens du verbe Bér&ew est purifier, ce qui indique l'effet de l’ablution et non pas son mode. Le terme baptême a des significations très variées dans l'Écriture sainte. Dans le sens littéral, il exprime l'ablution et s'applique également à une immersion complète (1), à une ablution partielle comme celle des mains (2), et même à une simple aspersion, lorsqu'il est dit que le corps de Nabuchodonosor fut baptisé de la rosée du ciel (3). Dans le sens cérémonial, il exprime les purifications légales auxquelles les Juifs étaien soumis (4). Dans le sens théologique, c’est le sacrement de baptême (5) Dans le sens figuré il marque : la profonde affliction dans laquelle on est comme plongé (6); une abondante effusion de la grâce divine (7); le déluge universel et le passage de la mer Rouge - qui sont des figures du baptême chrétien (8), etc. Les saints Pères ont conservé ces diverses significations. En général, ils réservent la forme férrioua pour le baptème proprement dit, tandis que férnisuoe, surtoutau pluriel, s'emploie pour touteespèce d’ablutions. SaintCyprien aomme toujours baptismus le sacrement catholique et baptisma celui des hérétiques (9). Les Grecs modernes disent Bérrioux pour le baptême par immersion et férriouos pour le baptême par infusion.

Le radical grec s'est conservé dans beaucoup de langues (ro) ; les autres idiomes ont traduit le sens d'immersion, d’ablution ou de - purification (11). Diverses autres dénominations expriment tantôt, de même que baptême, l'application de la matière, comme l'ablution (12),

(1) Judith, xu, 7.

(2) Marc., vu, 4 Luc, xt, 38.

(3) Daniel, 1v, 23, 33.

COPIRESdras, 1v, 235: Hebr., 1x, 10.

(5) Matth., xxvinr, 19; Marc, xvi, 16.

(6) Marc, x, 38, 39; Luc, xn, 5o.

(7) Matth., mx, 11; Luc, ut, 16.

(GRCOF, x, 2:

(9) Voir spécialement Epist. LXXIII et LXXV.

(10) Italien, baftesimo; espagnol, bautisme; portugais, babtismo; provençal, buptisme: anglais, baptism; breton, badisiant. En France, au moyen âge, on trouve baptissio, baptisamentum, batisme, baptisement, baptistère, baptistement, bauptizament, baptesme, etc.

(11) Allemand, fauf; flamand, doop; danois, dob ; suédois, dop; russe, krechichénié, çcopte, ghœtas; syriaque, maomudito où amodo; mendaïite, zaba; annamite, pheb rüa toi. Les mahométans donnent au baptême des chrétiens les noms de zibgah ou de sebgae (teinture), parce que ceux dont ils sont témoins se font par immersion.

(12) Lotio. (Sicard, Mitrale, 1. VI, c. xiv.)

le bain (1); tantôt cette matière seule, plus ordinairement qualifiée, comme l’eau, l’eau vivante, l’eau de la vie, l'eau de la vie éternelle, l'eau du salut, l'onde génitrice, le sacrement de l'eau, la source divine, la fontaine, la fontaine sacrée (2). Il est à remarquer que cette dernière expression; fons, est restée en anglais et en français pour désigner le récipient de l’eau baptismale, et qu’au xvu* siècle encore on disait donner l’eau pour baptiser (3).

Noms tirés des effets du Baptème

Ces dénominations, fort nombreuses, expriment: 1° la rémission des péchés ; 2° le don d'une vie se 3° la lumière qui se produit dans l’âme ; 4° le caractère qu’imprime le baptème ; 5° les diverses grâces qu il nous procure ; 6° l'alliance qu’il nous fait contracter avec Dieu ; 7° l’accès qu’il nous donne dans la société chrétienne ; 8° les résultats définitifs du baptême, c’est-à-dire le salut.

19 Noms exprimant la rémission des péchés. — Le péché originel ne peut être détruit que par les mérites de Jésus-Christ, et ces mérites nous sont appliqués par le baptême qui efface tous les péchés actuels en même temps que le péché originel; c’est pour cela qu’il est appelé l'ablution des péchés, le déluge des péchés, la mort des péchés, le naufrage des péchés, la rémission . péchés, l'expiation, l'expurgation, la purgalion, la purification, l’absolution, l’indulgence, etc. (4). L'expression de bain, que nous avons rapportée à la matière, se réfère

(1) Lavacrum, lavacrum aquæ, \outpôv. (Ephes., v, 26; Tit., nr, 5; Clem. Alex., P 1. I, c. vi; Cyrill. Catech. X.) É ? ex., Pædag., (2) 1YDwp, dwp Eüv, Üdop tn Ewñc (Barn., Epist. II, x1; Justin, Tryph., IL, 14); Aqua salutaris (Cypr., Ep. LXXTIT); Aqua enitals (Id., Ep. Il): Saramentei aquæ (Tert, De

Bapt., c. xL); xouyé lp (Ephr., De Charit.); Fons sacer (August., Civ. D Fons divinus (Cassiod., In cant. 1m), etc. = fie iv. Dei, XL, 7);

(3) Inst. syn. du diocèse de Grasse, 1672.

(4) ‘Auaptov 10apate. (Greg. Nyss., Orat. in bapt. Christi); Diluvium peccati (Greg. Naz., Or. XL); Odwaos Guuptius (Bas., Hom. in S. Bapt.); Naufragium peccatorum (Optat, ne Donat., 1. V); Remissio peccatorum (August., De Bapt., V, 21); Expiatio (Hieron.,

in cap. VI Amos); Expurgatio nn. Orat. ad bapt.); Absolutio (A Indulgentia (Conc. Carth., ap. Cypr., n. re pEa olutio (Aug., ibid.);

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