LIVRE I. — PROLÉGOMÈNES
aussi à la purification, comme nous l'explique saint Jean Chrysostome, « Le baïn, dit-il {r), s'emploie communément pour laver les souillures du corps. Les Juifs avaient leurs ablutions par lesquelles ils purifiaient leurs corps de souillures qui, en elles-mêmes, n’en étaient pas, mais qui en devenaient par l’opinion dont la Loi les avait chargées ; tandis que le bain de la grâce reçue au baptême nous lave des souillures que le péché imprime à nos âmes. Quand on aurait commis tous les crimes que la perversité humaine peut inventer, il n’en est point que les eaux du baptême n’effacent. »
2° Noms exprimant le don d’une vie nouvelle. — « L'Église, dit ailleurs le même Père(2), a emprunté de l’Écriture:les noms qu’elle donne au baptême qui y est appelé le bain de la régénération et non de la purgation, parce que non seulement il remet les péchés, mais qu’il régénère ceux qui le reçoivent etles crée de nouveau, les formant non de la terre, mais de l’eau. » C’est en raison de cette vie spirituelle ajoutée à la vie matérielle, de cette naissance à la grâce, que le baptême est appelé la palingénésie, la régénération, la régénération en Dieu, le bain de la régénération, la seconde naissance, le renouvellement de vie, le commencement de la vie, la nativité spirituelle, le changement de vie; l’onde génératrice, parce que, dit saint Cyprien (3), « l’eau baptismale est remplie d’une force vitale qui est l’unique source de toute foi, l'introduction à l'espérance de la vie éternelle et le moyen céleste par lequel Dieu purifie et vivifie ses serviteurs (4). »
3° Noms exprimant la lumière produite dans l'âme. — Le baptême est appelé la lwmière, l’illumination, le mystère ou le sacrement de l’illumination (5), parce que l'Esprit-Saint répand sa lumière dans l'âme du baptisé, et parce que le baptême des adultes est précédé de l’enseignement qui éclaire l'esprit. « Le jour où se confère le baptême,
(1) Homil. ad baptizand.
(2) Catech. I.
(3) Epist. LXXIII.
(4) Hohryyevecix (Greg. Nyss., Orat. cat. XX XII); elç Oedv avayewnots (Iren., À dv. hœr., 1. I, c. xxr); Regeneratio (Damascène, De fide, 1. IV, ch. x); Renovatio Spiritus sancti {Tit., 1, 5); Lavacrum regenerationis (ibid.); Novitas vitæ (Rom., vi, 4); Sacramentum novæ nativitatis (Hil., in Ps. LXIII, 11); Initium vitæ (Bas., De Spir. S.); Secunda nativitas (Hier., Ep. ad Ocean.); Nativitas spiritualis (Optat., De Donat.); Vitæ commutatio, innoyatio (Greg. Naz., Orat. XL).
(5) Pux, pOTIGULX (Just., Ap. II; Clem. Alex., Liv. I, c. vi); Zlluminatio (Hebr., vi, 4, 6; x, 32); Sacramentum illuminationis (Greg. Naz., Orat. XXXIX).
dit saint Grégoire de Nazianze (1), s'appelle la solennité des lumières, parce que ce sacrement est la lumière des âmes ; c'est un feu qui les purifie et les éclaire en les unissant à Jésus-Christ qui est la lumière de tous les hommes... C’est la plus abondante et la plus sanctifiante des irradiations de la clarté divine qui puisse pénétrer notre âme. »
Cette expression était répandue dès l’origine du Christianisme, parce que saint Paul parlant aux Hébreux du temps où ils avaient été baptisés, leur dit: « Souvenez-vous de ces anciens jours où, après avoir reçu l’/lumination, vous avez soutenu de grands combats et de grandes persécutions. »
Les théologiens du moyen âge, qui acceptaient naturellement la science de leurs temps, donnent une singulière explication de ce terme #/lumination. La voici, telle que la reproduit de Marandé (2) : « De même qu’il y a certaines fontaines, au rapport des naturalistes, dans lesquelles les flambeaux éteints se rallument, s’ils y sont plongés, aussi pouvons-nous dire que nos âmes mortes à la grâce par le péché originel se rallument dans les eaux du baptême et y prennent feu, mais feu de charité, et reçoivent par sa vertu sacrée les rayons de la foi qui les doivent éclairer et conduire seurement en la vérité des voyes évangéliques. »
4° Noms exprimant le caractère imprimé par le baptême. — Saint Paul, dans son épître aux Romains (1v, x), avait dit de la circoncision qu'elle est comme le sceau de la justice qui vient de la foi. Dans beaucoup d’autres passages, 1l est question du sceau imprimé dans les âmes par le Saint-Esprit. Plus tard, le baptême a été désigné sous le nom de signe du Christ, sceau, sceau de la Trinité, sceau du Seigneur, sceau du Rédempteur, sceau de la Fot (3), parce que le baptême est un signe de conservation spirituelle et la marque du souverain domaine que le Seigneur prend sur notre âme, dit saint Grégoire de Nazianze (4), et aussi, ajoute saint Jean Chrysostome, parce que c’est la tessère, le
caractère qui distingue les soldats du Christ (5); c’est pour cette
(1) Orat. XL.
(2) Le Théologien francois, t. IIL, p. 76.
(3) Eppuyls, signum, sigillum, signaculum, signaculum Trinitatis, sigillum Christi sigillum fidei, signaculum Redemptoris, etc. (Const. ap., 1. III, c. xvi; Tert., De Spect.,
iv, 24; Dion. Areop., Hier. Eccl., c. 1; August., Ep. CLXXX V. (4) Orat. XL,
(5) Hom. III in IT ad Cor., vi.