LIVRE Il. — INSTITUTION DU BAPTÈME CHRÉTIEN TO
Volney, qui visita la Palestine pour y chercher des arguments contre la véracité des Livres saints, dit qu’il a suivi le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, et que cette route creusée à travers des sites abrupts n’a jamais été carrossable; d’où il faudrait conclure que l’histoire de l’eunuque de Candace, parcourant ce chemin sur un char, ne mérite aucune croyance. « Jai suivi la même route, dit M. Victor Eyzaguirre, vice-président de la Chambre des députés du Chili (1), et je puis affirmer que non seulement elle fut jadis un chemin à voitures, mais encore qu'elle pourrait très facilement le devenir de nouveau, J’en ai la preuve dans la route elle-même qui conserve sa direction toujours égale au milieu de montagnes qui la contrarient fréquemment... Les rochers et les masses rocailleuses qui parurent si gigantesques à Volney, sont le résultat des éboulements et des tremblements de terre qui ont eu lieu dans l’espace de quinze siècles, durant lesquels personne n’a songé a en réparer les effets. » Quoi qu’il en soit de cette appréciation, il y a une autre réponse à faire à l'objection de Volney : c’est qu’il est très présumable, comme nous le verrons plus tard, que le baptême de. l’eunuque n’eut pas lieu à la fontaine dite de saint Philippe, sur le chemin actuel de Jérusalem à Gaza, mais sur l’ancienne route, à la fontaine qu'on appelle aujourd’hui l'Ain-ed-Diroueh.
Saint Paul est le seul apôtre dont le baptême soit mentionné dans l’'Écriture. Après s’être converti sur le chemin de Damas, il s'était retiré dans la maison de Jude, où le disciple Ananie, envoyé par le Seigneur, alla le baptiser (1x, 18).
Le centurion Corneille paraît être le premier des Gentils qui ait reçu le baptême. C'était un homme craignant Dieu, faisant beaucoup d’aumônes et de bonnes œuvres. Un jour qu'il était en prière, l'ange du Seigneur lui apparut et lui dit: « Vos prières et vos aumônes sont montées en la présence de Dieu ; c’est pourquoi envoyez à Joppé chercher Simon Pierre, il vous dira ce qu'il faut que vous fassiez. » Le chef des Apôtres, ayant été averti par Dieu même, alla trouver Corneille qui avait assemblé ses parents et ses amis. Tous entendirent avec un cœur droit les paroles de vérité que leur annonça l'Apôtre, et le Saint-Esprit descendit sur eux. « Alors, dit l’Écriture (Acé., x, 47), Pierre s’écria : Qui empêche qu'on ne donne le baptème d’eau à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous? Et il les fit baptiser au nom du Seigneur Jésus-Christ. »
(1) Le Catholicisme en présence des sectes dissidentes, t, L, c. xrrr.
Il est à remarquer que saint Pierre ne baptisa point lui-même le centenier et ses amis, de même que plus tard saint Paul devait non point baptiser, mais faire baptiser à Éphèse quelques disciples qui n'avaient reçu que l'immersion de saint Jean (xx, 1). Ces deux particularités nous démontrent que l'administration de ce sacrement n’était pas une fonction réservée exclusivement à l’apostolat. On peut en conclure que les apôtres, absorbés par les soins de la prédication, se déchargeaient ordinairement sur leurs disciples des fonctions baptismales ; mais on ne saurait en inférer qu’ils n'aient jamais rempli un ministère qui leur fut directement confié par leur divin Maître. En ce qui concerne saint Pierre, la tradition affirme qu’il baptisa souvent dans les catacombes vaticanes où il devait être enseveli.
ARTICLE II
Des Baptêmes non mentionnés par le Nouveau “'estament
Des traditions plus ou moins autorisées nous parlent du baptême chrétien reçu par saint Jean-Baptiste, par la sainte Vierge, par les apôtres, par les rois Mages, par Nicodème et par quelques disciples de Notre-Seigneur.
SAINT JEAN-BAPTISTE. — Quelques textes des saints Pères (1), interprétés complaisamment, ont fait croire à divers commentateurs que Notre-Seigneur avait baptisé saint Jean, comme le prétendent, du reste, les Evangiles apocryphes. Bien que ces passages puissent s’entendre d’un baptême de grâces, d’une sanctification spéciale différente du baptême d'eau (2), certains écrivains du moyen âge, comme saint
(1) Saint Grégoire de Nazianze, saint Jérôme, saint Augustin, saint Chromace, Théophylacte, Euthymius, etc. | (2) Et baptizavit quidem Joannes Dominum ac Salvatorem nostrum, sed potius ille bap4 tizatus a Christo est : quia ille aquas sanctificavit, hic aquis sanctificatus est ; ille En tiam donavit, hic accepit; hic peccata deposuit, ille remisit. (Zract. I in Évans S. Matthæi, c. 11, ap. Patr. lat., XX, col. 320.) E