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LIVRE III. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÊME

La nécessité du baptême a été longtemps reconnue par l’Église anglicane, comme le témoignent la liturgie et les écrits de ses plus célèbres théologiens; il n’en est plus de même aujourd’hui; on s’est tellement relâché de cette doctrine qu'un grand nombre d’enfants meurent sans avoir été régénérés. Ce ne sont plus seulement des sectes particulières, comme les Walkeristes et les Free-thinker-Christians qui rejettent l'obligation du baptême, ce sont aussi des ministres de l’Église officielle. En 1847, Sa Majesté britannique nomma à la cure de Brampfort-Spekie le ministre Georges Gorham, qui ne croyait pas à l'efficacité de ce sacrement; l’évêque du comté lui refusa pour ce motif l'institution canonique. M. Gorham porta l'affaire à toutes les juridictions, à la cour de Cantorbéry, au Conseil privé, à la Cour du banc de PÉchiquier. L'évêque, M. Phillpols fut condamné à accepter M. Gorham pour curé de son diocèse. Sur 15,000 ministres, 2,000 seulement protestèrent, ainsi que quatre évêques anglicans, d’où l’on pourrait conclure que les 13,000 autres ministres attachaient peu d'importance à la question du baptême (r).

Dans les autres contrées protestantes, un bon nombre de ministres, devenus à peu près rationalistes, n’admettent plus l'obligation du baptême; les uns ne le confèrent plus, les autres croient n’accomplir qu’une simple formalité d'usage. « Le baptême, à lui seul, n’est rien, disent les Archives du Christianisme (2), il ne devient sacrement que par la foi. »

Tous les chrétiens orientaux croient comme nous à la nécessité du baptême, à l'exception des Nestoriens qui sont tombés dans le Pélaglanisme,

Au xvr° siècle, les habitants de l’île de Socotora (mer des Indes) qui se prétendaient issus des chrétiens engendrés à la foi par saint Thomas, ignoraient complètement ce que c’est que le baptême (3).

Quelques sectes séparatives de Russie, comme les Malakanes, ont renoncé à ce sacrement, en prétendant qu’il ne doit être reçu que spirituellement et sans aucun rite extérieur. La secte des Recenseurs, née dans le gouvernement de Saratov, n’admet aucun des sacrements et les parodie dans des orgies sacrilèges (4).

Les Mormons, qu’il est difficile de rattacher à la grande famille

(1) Le Monde, n° du 6 mai 1860.

(2) No du 12 avril 1845. -

(3) Léon Pagès, Lettres de saint Fr. Xavier, 1. Il. (4) Dixon, la Russie libre, p. 194.

chrétienne, n'en reconnaissent pas moins que le baptême est indispensable pour atteindre aux trois degrés de béatitude céleste que peuvent espérer les Saints des derniers temps.

Les rationalistes de tous les temps, niant le mystère du péché originel, ne sauraient admettre l'existence d’un sacrement qui le répare. « Ilest évident, dit le philosophe Naïgeon, dans l'Encyclopédie du XVIIT: siècle, que le baptème pouvait être d'usage dans la naissance du Christianisme, à ceux qui sortaient du paganisme pour rendre publique leur profession de foi et en être la marque authentique, mais qu’à présent il est absolument inutile et tout à fait indifférent. »

Le philosophe Kant proclame que la raison repousse tous les moyens de grâce comme opposés à l’idée et au sentiment de la moralité, et que le baptême, en tant qu’on le suppose exercer dans l’ordre moral une sorte d’action magique, n’est aux yeux de tout penseur, affranchi du surnaturalisme, qu’une superstition dangereuse.

Un ancien vicaire de Privas, devenu complètement incrédule, Pierre Feuillade, a publié en 1815 un Projet de réumion de tous les cultes qui consiste en réalité à les abolir tous et à les remplacer par la religion naturelle. Il consent, pour respecter les préjugés populaires, à ne pas supprimer le baptême, pourvu qu’il ne soit plus qu’un signe d’enrôlement dans le nouveau Christianisme rendu à son institution primitive.

L'abbé Chatel, qui avait supprimé le péché originel dans l’enseignement de sa prétendue Église catholique-française, avait toutefois conservé le baptême, « comme une simple consécration que les paie font à Dieu de l'enfant qui leur est né (1). »

D’après Towiananski, prétendu prophète polonais qui publia en 1841 un bizarre ouvrage intitulé Biescada (le Bouquet), non seulement tous les hommes qui naissent, mais tous les êtres en général sont enfants de Dieu. Ce n'est pas le baptême qui confère cette dignité aux hommes, car ils ont sans lui tout ce qu'il faut pour opérer leur salut ;

« Ils ont l’étincelle, la colombe et le dieu de la colonne (2). »

M. Patrice Larroque, ancien recteur de l’Académie de Lyon, qui entreprit, vers 1860, de substituer une prétendue religion rationnelle au Christianisme, remplace le premier de ces sacrements par la cérémonie de l’admission, consistant à ce que, le premier jour de l'an,

(1) Catéchisme, p. 42.

(2) P. Semenenko, Towiananski et sa doctrine, p. 71.

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