‹ Histoire du Sacrement De Bapteme (volume 2)Chapitre 82 sur 283 · LIVRE lil. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE lil. — DE LA NÉCESSITÉ DU BAPTÈME

d'Allemagne, les Albigeois, les Pétrobusiens, les Béguards et les autres sectes du moyen âge qui se rattachent aux doctrines gnotisso-manichéennes étaient plus ou moins hostiles au baptême. Quant aux Vaudois, Bossuet (1) a pris leur défense sur ce point. Ils proclamaient bien l’inutilité de l’ablurion ; toutefois, par cette expression, il ne faudrait pas entendre le baptême, mais le vin qu’on donnait parfois aux enfants, après la réception du sacrement.

Après avoir affirmé la nécessité du baptême, Wiclef émit des opinions tout à fait opposées, que le concile de Londres condamna en 1306. Au commencement du xv° siècle, les Wiclefistes de Prague ne baptisaient plus publiquement (2).

Bien que Luther ne se soit pas toujours exprimé assez catégoriquement sur la nécessité du baptême, on ne saurait l’accuser de l'avoir hniée. Elle a été proclamée par la confession d’Augsbourg, qui s’est le mieux inspirée de ses doctrines, et l’on sait que cette profession de foi a été approuvée par les plus intimes disciples du réformateur, entre autres par Melanchton. Si la plupart des Luthériens, par une heureuse inconséquence, se montrèrent infidèles sur ce point à la croyance de la prédestination, un certain nombre d’entre eux se trouvèrent entraînés par la force de la logique, et ne virent dans le sacrement qu’un signe extérieur ne détruisant pas le péché, n’opérant point la purification et pouvant se renouveler. Zwingle qui n’admet point la transmission du péché originel, n’accorde aucune valeur purificative au baptême, mais il le tolère parce que, disait-il, on ne peut prouver par l'Écriture qu'il soit défendu (3). Il ne s’embarrassait pas de ces paroles si positives de Notre-Seigneur : « Nul n’entrera dans le royaume des Cieux, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint », car il ne s'agirait là que d’un baptême spirituel concernant seulement les adultes. La doctrine de l’inutilité du baptême d’eau conquit tant de partisans parmi les protestants, que divers gouvernements formulèrent des lois pour obliger à faire conférer se sacrement, et l’on vit ce singulier spectacle de magistrats conduisant des enfants au baptême, malgré la volonté de leurs parents (4).

Calvin admet le péché originel; mais au lieu de reconnaître, comme la plupart des anciens Luthériens, qu'il est effacé par le baptême, il

Hist. des variat., 1. XI, n. 110.

HhndeValden CAPES TC, xevr.

Hottinger, De Zwingle et de son époque, p. 224. Buchmann, Symbol., 1. IL, sect. V, 8 55.

s'imagine qu’il est remis aux enfants des chrétiens par leur naissance dans l alliance de la grâce. Dès lors, le baptême, tout en étant de précepte,n est plus que le signe de notre initiation dans l’Église, la marque extérieure de notre union avec Jésus-Christ (1). Si les religions protestantes n'étaient pas remplies de contradictions, ou pourrait s'étonner de trouver la négation de ces principes dans cette prière qui fait partie de la liturgie calviniste du baptême, insérée dans le Livre des Psaumes, imprimé à Cambrai en 1825 : « Veuille recevoir cet enfant en ta sainte protection, et te déclarer son Dieu et son Sauveur, en lui remettant le péché originel dont toute la postérité d'Adam est coupable, et en le cute par ton Esprit. »

Un certain nombre d’Anabaptistes ne considéraient le baptême que comme un symbole représentant la mortification de la concupiscence et croyaient que la grâce est reçue auparavant par la foi et dans la foi.”

D'après Épiscopius, un des évêques de la secte arménienne, le baptême, n'étant que la marque de la profession chrétienne, on ne doit l’exiger que des païens qui se convertissent et des chrétiens qui ont commis de graves péchés ; ceux qui sont purs ne doivent pas plus y recourir qu’un homme en bonne santé ne recourt aux remèdes du médecin (2).

Selon les Sociniens, Jésus-Christ n’a point prescrit aux apôtres de baptiser dans le sens que nous l’entendons, mais d’initier les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (3). Quelques-uns d’entre eux, pressés par l'évidence des textes de l’Écriture, admettaient bien la réalité de ce précepte, mais ils le limitaient aux temps apostoliques ou n’en reconnaissaient l'utilité que pour ceux qui sont nés hors du Christianisme (4).

Le baptême prescrit par Jésus-Christ, disent les Quakers (5), est celui de l'esprit. Si les apôtres ont laissé pratiquer l'immersion inventée par saint Jean, c’est uniquement par condescendance pour la faiblesse des Juifs; mais c’est là un rite devenu superflu, car le seul et véritable baptême, c’est l’ablution du cœur, la purification de toute souillure, la circoncision de l'esprit, le feu intérieur qui rend bien inutile le prétendu bain de la régénération.

(1) Calvin, Institut, 1. IV, c. xv.

(2) Oper., t. I, quæst. 64.

(3) Socin., Tract. II de Bapt., c. un ; Moscorovius, Cathech. racov., quæst. 346-351 se Volkelius, De ver. relig, c. xiv.

(4) Ostodorius, Znst. germ., c. 1x.

(5) Barklay, Theol. vere Christ. apol. ; Abya Darby, Useful instr. for Children

Page 1