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LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME

AR ATICNTA EVA

Noms tirés de la littérature, de la fantaisie et des opinions politiques

L’admiration légitime ou non pour diverses œuvres littéraires a déterminé le choix d’un certain nombre de prénoms, surtout dans les temps modernes. A l’époque de la Renaissance, on emprunte les noms des héros et des héroïnes du Dante, du Tasse et de l’Arioste : Angélique, Béatrix, Clorinde, Herminie, Laure, Léonore, Renaud, Roger, Roland, Tancrède, etc.

Aux xvir° et xviri® siècles, le théâtre multiplie les noms d’Alztre, Aminthe, Arabelle, Ariste, Églé, Mérope, Nanine, Philis, Roxane ; le roman propage ceux de Clarisse, Chloris, Chloé, Émile, Héloïse, Julie. Plusieurs de ces noms sont bien inscrits dans les calendriers chrétiens, mais lintention de ceux qui les choisirent se rapportait évidemment à un personnage littéraire.

De nos jours, surtout dans les classes inférieures, combien ne compte-t-on pas d’Afalas, de Corinnes, d’'Indianas, de Lélias, de Lucindes, de Malvinas, d'Ophélies, de Pamélas, de Zulmas, etc.

Comme si les noms de personnages fictifs ne suffisaient pas encore, on invente des vocables sans aucune signification, comme en Italie, Blando, Sapo, etc., ou se rapportant aux objets les plus divers, comme, en Espagne, Alegria (joie), etc.

Les circonstances et les opinions politiques n’ont pas créé de nouveaux noms, mais ils en ont mis quelques-uns à la mode et proscrit quelques autres. Quand Henri IV fut assassiné, une immense douleur s’empara des populations et beaucoup de familles du peuple et de la bourgeoisie, pour exprimer leur regret, donnèrent à leurs enfants le prénom de ÆZenri, qui, jusque-là, n’était guère sorti des rangs de la noblesse (1). M. Eusèbe Salverte (2) parle d’un Écossais, partisan enthousiaste des Stuarts, père de quatorze fils à chacun desquels il donna les noms de Charles-Édouard, en l'honneur du prétendant. En 1778, au tir de Meaux, le Conseil général permanent décida que quatre couples seraient dotés aux frais du corps des arquebusiers et que chaque

IRÉASCOtt OP. cif., D. 117.

(t MIRESSar etc, t L, p. 324:

enfant premier-né de ces mariages s’appellerait Louis-Auguste, si c'était un garçon, ou Marie-Antoinetle, si c'était une fille (1). Pendant la période révolutionnaire, on donna à beaucoup d'enfants les prénoms de Danton, Saint-Just, Fouquier-Tinville, Robespierre, Marat, etc. Sous le premier et le second Empire, les noms de Vapoléon et de Marie-Louise étaient fort à la mode ; sous la Restauration, c’étaient ceux de Louis, de Charles, de Marie-Antoinette, de Marte- Thérèse, etc.; sous la monarchie de 1830, ceux de Zouis-Philippe et de Lafayette.

Cette manie politique a parfois causé bien des embarras aux ambitions serviles ; on nous a cité un conventionnel, devenu préfet de l’'Empire, qui se hâta de donner le nom de Jérôme-Napoléon à un fils qu’il avait jadis appelé Brutus ; mais ce dernier, à l’avènement de la Restauration, s’empressa de signer Louis-Charles ; pendant les Centjours, ne sachant trop ce qui allait arriver et voulant prudemment réserver l'avenir, il ne signait plus que de son nom de famille.

Les pays étrangers ont payé aussi leur tribut à ces prédilections politiques. Plus d’un enfant, en Allemagne, est baptisé sous le nom de Bismarck, et, en Italie, sous celui de Garibaldi. Dans cette dernière contrée, on en est venu jusqu’à forger des noms avec un assemblage de mots exprimant une idée particulière. En 1861, l’Armona de Turin (2) annonçait qu’on venait de baptiser, à Brescia, une petite fille sous le nom d’J{alia-Tibera. On peut se demander comment le prêtre a pu s'empêcher de sourire, lorsque, dans la cérémonie du sel, il dut dire à cette enfant : « Italie libre, reçois le sel de la sagesse ! » Si la politique a mis en faveur temporaire un certain nombre de noms, il en est d’autres qu’elle a déconsidérés. Bingham (3) nous apprend que, du temps de la reine Élisabeth, l’évêque Bancroft refusa de baptiser un enfant auquel ses parents voulaient donner le nom de Richard. Sous la Restauration, quelques ecclésiastiques se refusèrent à accepter pour le baptême le nom de Napoléon, par ce motif que ce n’était pas un vocable de saint. Ils se trompaient; car, si le nom de saint Napoléon, martyr à Alexandrie, est absent du Martyrologe romain, il figure au 15 août dans plusieurs anciens Martyrologes d'Italie.

(1) Janvier, les Sociétés de tir avant 1789, p. 74. (2) Semaine du Vermandois, 1861, p. 665.

(3) Antiquities of the Christian church, t. IV.

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