LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME
6 ARTICLE VIII
Noms tirés de certaines circonstances de la naïssance ou du baptême
Les Mingréliens ne donnent presque jamais de noms de saints à leurs enfants, dans la crainte qu'ils ne les déshonorent un jour par leur conduite. En général, ils les nomment d’après quelque circonstance de leur naissance, par exemple : Objeca (vendredi), Guionisa (tard-venu), Prévalisa (février), etc. Dans l’usage ordinaire de la vie, les Mingréliens sont appelés, même jusque dans leur vieillesse, le fils d’un tel (x).
En Arménie, le prêtre, en baptisant l'enfant, lui impose le nom du saint inscrit ce jour-là au Calendrier, et si, par hasard, il n'y en a point à cette date, on prend le premier vocable inscrit aux jours suivants (2).
Cet usage, obligatoire en Arménie, très répandu dans l'Orient et en Russie, a toujours été pratiqué librement dans l'Occident ; il se trouve plus particulièrement observé dans certaines provinces, par exemple dans le diocèse de Nîmes. Nous pourrions citer un grand nombre de saints et de pieux personnages dont la fête patronale correspondait au jour de leur naissance ou de leur baptême; qu’il nous suffise d’en mentionner quelques exemples, tirés des temps modernes.
Sainte Chantal fut nommée Jeanne, parce qu’elle naquit le 23 janvier, fête de saint Jean l’Aumônier ; elle y ajouta le nom de Françoise à l’époque de sa confirmation (3). La V. Jeanne-Marie de la Croix, religieuse franciscaine, née le 8 septembre 1603, reçut le nom de Bernardine, parce qu’on célèbre ce jour-là la fête de saint Bernardin. Saint Alphonse de Liguori reçut entre autres noms ceux de Cosme et de Damien, parce qu’il naquit le 27 septembre, et celui de Michel, parce qu'il fut baptisé le 29 du même mois (4). Le Père de Ravignan, né à Bayonne le 3 décembre 1795, fête de saint François-Xavier, recut le nom de lapôtre des Indes (5).
Les légendes hagiographiques nous fournissent divers exemples de choix de noms, déterminés par des circonstances antérieures à la nais-
(1) Chardin, Voyage en Perse, 1, 91.
(2) Tournefort, Voyage du Levant, lettre 20.
(3) Boulangé, Mém. de la Mère de Chaugny, c. n, p.55. (4) De Villecourt, Vie de S. Alphonse de Liguori, t. I, p. 5. (5) Pontlevoy, Vie de X. de Ravignan, p. 3,
sance de l’enfant{r). La mère de saint Dominique, inquiète d’avoir vu en songe le futur fruit de ses entrailles sous la forme d’un chien tenant un flambeau dans sa gueule, allait souvent prier sur la tombe de saint Dominique, abbé de Silos. Ayant recouvré là le calme et l'espoir, elle donna, par reconnaissance, le nom de Dominique au futur fondateur de l’ordre des Frères prêcheurs (2). Saint Nicolas de Tolentin doit son prénom aux prières que ses parents firent sur le tombeau de saint Nicolas, à Bari; on montre encore aujourd’hui l'endroit où ils s’agenouillèrent. |
Les biographes de sainte Claire d'Assise racontent que sa mère Hortulane demandait souvent à Dieu de répandre ses plus abondantes bénédictions sur l’enfant qu’elle portait dans son sein. Le Seigneur lui fit un jour entendre ces paroles consolantes : « Ne crains rien, Hortulane, sache qu’avec bonheur tu donneras au monde une pure lumière qui suffira pour en éclairer les ténèbres. » Hortulane accoucha d’une enfant ravissante de beauté et voulut qu’on l’appelât Claire, en mémoire des paroles prophétiques qui lui avaient annoncé le brillant avenir de sa fille (3). Le père de Beauveau, religieux de la Compagnie de Jésus, recut le nom de François, parce que sa mère, longtemps stérile, l’avait demandé à Dieu par l’intercession de saint François de Paule.
D’autres fois, nous voyons le choix du nom déterminé, non point par des souvenirs antérieurs à la naissance de l'enfant, mais par des circonstances qui accompagnèrent soit cette naissance, soit la cérémonie du baptême. Lucille, fille du tribun militaire Némésius, reçut ce nom au baptême, parce qu’elle venait d’y recouvrer miraculeusement la vue (4). Ce fut pour le même motif que saint Hidulphe donna le nom d'Odile, c’est-à-dire fille de lumière, à l'enfant qui devait un jour devenir la célèbre abbesse de Hohenbourg (5). Saint Austremoine, évêque de Clermont, en baptisant le jeune fils d’un prince des Juifs, l’appela Luctus, parce qu’il l'avait arraché aux ténèbres de l’infidélité (6). Sébastien de Pérouse (7) nous raconte que sainte Colombe Réatina avait reçu le nom d’Angelella, parce que des anges avaient présidé à sa naissance ; mais voici qu’au moment de l’ablution baptismale, une
(1) Boll., 13 aug., Vit. S, Juniani.
(2) Lacordaire, Vie de S, Dominique, p. 214.
(3) L’abbé Demore, Vie de Ste Claire, 1. I, ©. 1, n° 5. (4) Baronius, ad ann. 250, n°95 22 et 23.
(5) H. Feltre, la Vie de Ste Odile, c. 1.
(6) Acta S, Austrem., c. 1v.
(7) Boll., 20 maïii, Vit. B. Columbæ, c. 1, n° 3.