LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME
tout au contraire, elles sont qualifiées d'images du Saint-Esprit, et nous avons vu que c'était là une décoration qui avait pour but de rappeler la colombe qui apparut au baptême de Notre-Seigneur.
Sans doute c’est par respect pour les baptistères que plusieurs conciles (1) défendent d’inhumer dans leur enceinte ; mais cette prescription ne fut pas toujours observée. En 1079, par exemple, Jean d'Avranches, archevêque de Rouen, fut enterré dans le baptistère de sa cathédrale (2). Au moyen âge, la haute bourgeoisie de Florence avait droit de sépulture dans le baptistère, où l’on voit encore aujourd’hui le mausolée de Jean XXIIT. A Ravenne, au baptistère des Ariens, on a trouvé naguère, sous le pavé, une tombe d’enfant. Cet usage, d’ailleurs, pouvait invoquer d’illustres précédents, puisque les baptistères des catacombes furent établis au milieu des tombeaux, que le baptistère de sainte Constance, à Rome, est devenu son mausolée, et que la fameuse inscription d’Autun prouve que le baptistère dont elle provient avait d’abord été un lieu de sépulture.
En Espagne, au vu® siècle, le baptistère était fermé depuis le commencement du carême jusqu’au jeudi saint. La porte en était scellée du sceau de l’évêque, et :l était interdit de l’ouvrir sans un cas de grave nécessité (3). Aux autres époques, le monument n'était point clos avec une telle rigueur. On s’y rendait pour jeter dans la piscine les eaux qui avaient servi à laver les nappes d’autel et les corporaux (4). Parfois, on y tenait des conciles et on y célébrait certains offices exceptionnels. A Tours, du temps de l’évêque Perpétue, on récitait les vigiles de la décollation de Saint-Jean dans le baptistère dédié au Précurseur (5); à cette même fête, on chantait une messe solennelle dans les baptistères de Pise (6) et de Rouen (7). A Florence, c'était sur les fonts mêmes du baptistère qu’on faisait chevaliers les citoyens ou les illustres étrangers
- qui avaient bien mérité de la patrie ; c’est aussi dans son enceinte que
Dante Alighieri fut couronné poète deux cents ans après sa mort, comme pour réparer envers lui les anciennes injustices de sa cité natale.
(1) Concile d'Autun (578); concile d'Auxerre (614).
(2) Ord. Vital, Hist. eccl., 1. V, n. 4.
(3) Concil. Tolet. (694), can. 2.
(4) Missale Franc, c. vi, ap. Mabillon, De liturg. gall., 1. II, p. 303. (5) Greg. Tur., Hist. Franc., 1. X, c. im.
(6) J. Martinus, Theatr. basil. Pis., p. 78.
(7) Hist. de la cath. de Rouen (1686), 1. V, c. xxt.
A RVPEGE FE VI
Notes historiques et descriptives sur un certain nombre de baptistères conservés ou disparus
Nous croyons qu'il ne sera point sans intérêt de réunir ici, d’après nos propres souvenirs et les renseignements puisés dans diverses monographies, quelques notes RÉ biee sur un certain nombre de baptistères conservés ou détruits. Nous accorderons une attention spéciale à ceux de l'Italie, où ils ont toujours été plus splendides et plus nombreux, et à ceux de la France, qui, tout ruinés qu’ils sont, la plupart, n’en réclament pas moins notre patriotique sollicitude. Nous dirons ensuite quelques mots des baptistères de la Belgique, de lAngleterre, de l'Allemagne et de l'Autriche, de l'Espagne, de la Grèce et de la Turquie, de l’Orient, et enfin de Amérique.
ET
Italie
AsTi. — Son baptistère est situé sur la route qui conduit à Alexandrie. On y remarque un autel du xn° siècle, richement sculpté.
ES 4 1) AS 1° Ps 5 Bari. — Baptistère rond à l extérieur et à l’intérieur ; il a douze pans dont chacun, autrefois, portait l’image de l’un des douze apôtres.
BoLoGxE. — On croit que la petite église circulaire du Saint-Sépulcre, a jadis été le baptistère de l’église contiguë des Saints-Pierre-et-Paul, première cathédrale de cette ville, qui se trouve aujourd’hui enchevêtrée avec six autres églises dont les grosses constructions remontent aux xr° et xu siècles. Les anciennes fresques ont été remplacées par d’affreuses peintures que Valery, dans ses Voyages historiques, littéraires et artistiques en Italie, a considérées comme étant celles du xn° siècle, Sans doute parce que le nom des Saints y a été reproduit en lettres grecques.
Brescia. — Plusieurs historiens de cette ville croient que l’ancienne cathédrale, appelée Duomo vecchio ou la Rotonda, est le baptistère