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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÊME

des litanies, l’aspersion de l'édifice avec l’eau qu’on venait de bénir, l’encensement et la récitation de quelques oraisons (1). Amalaire nous dit (2) que le chant des litanies avait pour but d’intercéder les saints en faveur de ceux qui devaient un jour être régénérés dans ces lieux. La consécration des baptistères paraissait si importante, qu’on la mentionnait parfois dans les martyrologes (3).

La plupart des baptistères étaient dédiés à saint Jean-Baptiste, et ceux qui, perdant leur destination primitive, ont été plus tard affectés au culte paroissial, ont ordinairement conservé leur ancien vocable de Sanctus Johannes in fonte ou ad fontes. Quelques baptistères ont un second vocable, surtout celui de Notre-Dame ou du Saint-Sauveur. En ce dernier cas, la Transfiguration, fête correspondante à ce titre, était celle du baptistère, et rien ne pouvait être mieux approprié au temple du baptême qui, en nous donnant une vie nouvelle, nous transfigure par la vie sanctifiante.

Avant que les fonts baptismaux eussent été multipliés dans les paroisses, c'était seulement dans le baptistère de la cathédrale que pouvait avoir lieu l’administration solennelle des baptêmes diocésains. Quand des églises baptismales furent érigées dans les principales localités, les baptistères de cathédrales n’en conservèrent pas moins leur privilège par rapport à tous les paroissiens de la cité (4) ; au xviri° siècle, surtout en Italie, dans les villes qui avaient conservé leur antique baptistère, c'était là presque exclusivement que se conférait le sacrement. On réservait au baptistère tout au moins les baptêmes de la veille de Pâques, et, encore de nos jours, c’est à celui de Latran qu’a lieu, à cette date, la régénération spirituelle des Juifs convertis.

Dans les premiers temps, alors que régnait encore la loi des mystères, - l'entrée du baptistère était interdite, même à ceux des Catéchumènes qui ne devaient pas recevoir immédiatement le baptême (5). Plus tard on les y admit pour les instructions préparatoires, mais les infidèles en étaient soigneusement exclus. Aussi les Pères du concile de Constantinople, tenu en 518, firent-ils un grave reproche à Pierre, évêque

(1) Patr. lat., t. LXXIV, col. mexziv; t. CXXXVIIL, col. mxxxv.

GiEDeroric.;- el 'cravine

(3) On lit dans celui de Corbie : « In Antissiodoro, dedicatio baptisterii qui est juxta basilicam S. Germani, episcopi et doctoris. (Martène, Anecd., t. IIT, 15 april.)

(4) Benoît XIV, en 1752, frappa d’une amende de cinq écus d’or quiconque mettrait obstacle à ce qu’un enfant de Rome fût baptisé au baptistère de Saint-Pierre de Rome.

(5) Conc., Arauxican. (441), €. cexriIr.

d'Apamée, de ce qu'il avait introduit dans son baptistère une comédienne qui n’était ni baptisée, ni catéchumène (1).

Les baptistères servaient de lieu d'asile aussi bien que les églises. Nous voyons dans la lettre que le clergé d'Alexandrie et les évêques d'Égypte écrivirent à l’empereur Léon que Protérius, poursuivi par les partisans de Timothée, se réfugia dans un baptistère comme dans un asile inviolable et que ses barbares persécuteurs n’osèrent l'y poursuivre.

Pour rendre ces sanctuaires plus vénérables, on y plaçait des reliques et surtout, quand on le pouvait, de celles de saint Jean- Baptiste. C’est pour cela qu'Ennodius (2) dit que les baptistères, de même que les autels, sont érigés sur les restes des martyrs. Saint Grégoire de Tours, qui plaça des reliques de saint Jean-Baptiste et de saint Serge dans son baptistère de Tours (3), nous dit que celui de Dijon contenait un nombre considérable d’ossements de saints (4).

Quelques écrivains (5) ont supposé que l’on conservait dans les baptistères la réserve eucharistique, pour rendre ces sanctuaires plus dignes de respect et surtout pour communier plus facilement les nouveaux baptisés. Les seuls arguments invoqués à l'appui de cette hypothèse sont tirés du ÆRifuel baptismal de Sévère d’Antioche, évêque d’Aschmonin au x° siècle, et des actes du cinquième concile général de Constantinople (553). Sévère d’Antioche nous dit bien que les prêtres conduisent les baptisés à l’autel pour leur donner l’Eucharistie. Supposons qu’il s'agisse bien ici de l’autel du baptistère et non pas de celui de la basilique voisine, il n'est pas besoin de recourir à l’hypothèse d’une réserve eucharistique, puisque l’on pouvait, à ce moment-là même, célébrer la messe à cet autel. Arriverait-on à prouver le contraire, il ne s'agirait en ce cas que d’un rite spécial de la province d’Antioche. Quant aux actes du concile de Constantinople, nous y lisons que des clercs et des moines se plaignirent que le patriarche intrus d’Antioche avait enlevé les colombes d’or et d'argent qui planaient sur les autels du baptistère; mais rien n'indique que ces colombes fussent destinées à contenir la réserve eucharistique ;

(1) Labbe, Concil., t. V, p. 222.

(2) Epigr. XX.

CES Franc; TX NC xx, (4) Vif. patr., c. vir.

(5) Cabassut, Notic. eccles., diss. X, n0 15; Traité des Bénédictions de l'Église, C. VIUT, art. 2. ;

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