‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 177 sur 445 · LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — DES NOMS DE BAPTÊME

ment prophétique, car sa vie ne fut qu’une longue carrière de souffrances, supportées avec la plus admirable générosité. Il est donc à croire que ce nom mystérieux ne lui fut point donné par hasard, mais par un secret dessein de la divine Providence, dont les parents de Lidwine suivirent, sans le savoir, l'inspiration. »

Me Dabert, évêque de rue dit de saint François de Paule dont il a écrit la vie (1) : « Il y a un mystère attaché au nom de François de Paule, un on mystère peut-être, car premièrement François de Paule ira en France, il dotera la France de vingt-cinq années de sa vie, de sa mort et de son institut ; et, en second lieu, François de Paule aura pour mission de continuer en un sens l’œuvre de saint François d'Assise. »

Le révérend père Dosithée de Saint-Alexis nous dit (2) en parlant de saint Jean de la Croix : « Il fut nommé Jean au saint baptème par une disposition particulière de la Providence qui voulait lui donner les rapports les plus essentiels avec saint Jean-Baptiste. Car on peut lui appliquer ce qui est dit dans l’Écriture du Précurséur de Jésus- Christ : 1] y eut un homme envoyé de Dieu; il est venu pour rendre témoignage à la lumière, pour annoncer aux peuples la science du salut et faire connaître l’infinie miséricorde de Celui qui a voulu nous visiter du haut des Cieux. Il a été la voix qui criait dans le désert du Carmel : Aplanissez le chemin du Seigneur. Il a mené une vie cachée à la plupart des hommes, dans la pratique des plus austères pénitences. Il a été une lampe ardente et luisante qui n’échauffait pas moins les cœurs par les feux du divin amour qu’elle éclairait les esprits par l'éclat de sa lumière. »

On a pu voir que plusieurs des écrivains que nous avons cités ont entouré leurs appréciations de quelques formules hésitatives, et nous ne pouvons que les en louer, car il nous paraît bien difficile de prouver l'intervention de la Providence dans l’imposition des vocables, alors que le hasard a fait donner ces mêmes noms à des gens qui sont loin de les avoir sanctifiés. On doit ici rester prudemment dans le domaine de l'hypothèse, en faisant des rapprochements plus ou moins ingénieux, et se borner à mettre en relief de curieuses coïncidences, comme l'a fait Mer Cruice, dans sa Vie de Me Affre : « Il est remarquable, dit-il (3), que trois prêtres, Denis Boyer, Denis Frayssinous et

(1) Hist, de S. François de Paule, p. 32.

(2) Vie de S. Jean de la Croix, 1. I.

(3) Vie de Denis-Auguste Affre, p. 6:

Denis Affre, nés dans une des provinces les plus éloignées de la France (le Rouergue) furent appelés ensemble à l’église de Paris, dont leur patron avait été le premier apôtre. L’un d'eux devait diriger les jeunes élèves dans les études et la pratique des devoirs ecclésiastiques ; l’autre, doué d’une voix éloquente, devait apprendre aux savants la science plus élevée de la religion; le troisième, saint Denis le choisit pour son successeur dans l’épiscopat et dans le martyre. »

Si quelques écrivains, par un sentiment de pieuse admiration, ont prêté à certains noms une valeur prophétique qu’on est parfaitement libre de contester, ce n’est là après tout qu’une opinion sans danger. Il n’en est pas de même de la croyance superstitieuse aux noms fatidiques qu’on s’imagine devoir influer mystérieusement sur notre libre arbitre. Ce fut là l’objet de l'Onomatomancie, prétendue science dont les rabbins font remonter l’origine jusqu’à Énoch. Ce qui est autrement sûr, c'est qu’elle fut pratiquée, dans une certaine mesure, par l'antiquité paienne. Les Grecs rejetaient différents noms, comme étant de mauvais augure; les Romains demandaient aux oracles la révélation d’appellations favorables. Au moyen âge, Le Maire de Bavai attribuait toutes les infortunes de Marguerite d'Autriche à la seule lettre M, initiale de son nom, et aussi de bien des choses funestes, comme "al, malheur, maladie, malédiction, malencontre, méchanceté, misère, mortalité, etc. (1).

A Padoue, on considérait comme de mauvais augure tous les noms commençant par un A. En Écosse, le nom de Jacques était réputé fatal, à cause du triste sort des rois qui le portèrent. Chez les Anglo- Saxons, le parrain donnait à son filleul des noms qui, pensait-il, devaient pour ainsi dire lui infuser certaines qualités et spécialement la noblesse, l'honneur, la droiture, la valeur, la paix, l'amitié, la tranquillité, la charité, la loyauté, etc. Voici quelques exemples de ces noms pour les garçons : Edgard, qui garde son serment ; Egbert, versé dans la justice; Earnulph, la défense de l'honneur ; Oswin, bien-aimé de sa famille. Pour les filles : Adelève, la noble femme ; Wynfréda, la paix de l’homme; Deorwyn, chère à l’homme; Deorswythe, frès chère; Winnefride, qut gagne la paix, etc. Cependant, malgré l'introduction du Christianisme, les Anglo-Saxons conservèrent encore des appellations qui, selon eux, devaient communiquer les qualités redoutables qu'’estimaient tant leurs ancêtres païens, comme Althelwulf, le noble loup ;

(r) Scott, op. cif., p. 71.

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