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CHAPITRE XI

De quelques noms de baptême qui ont été considérés comme! prophétiques ou fatidiques

Pour les anciens, beaucoup de noms étaient des espèces de présages, nomen et omen, auxquels s’appliquait le vers du poète :

Conveniunt rebus nomina sæpe suis,

Cette croyance, dépouillée de son fatalisme, a trouvé un écho, plus d'écho peut-être qu’il ne conviendrait, chez quelques orateurs chrétiens, entrainés par les hardiesses de l'imagination, et chez un certain nombre d’Hagiographes anciens et modernes qui n’ont voulu rien négliger dans la louange de leurs héros.

Saint Chrysologue, dans un de ses sermons (1), dit que « c’est un privilège des saints de recevoir du Ciel des noms qui nous annoncent leurs mérites, comme les caractères gravés sur les bornes des propriétés font connaître aux passants les qualités de leur maître. »

Saint Grégoire de Nazianze (2) observe que saint Mélèce avait un nom tout de miel qui exprimait la douceur de ses mœurs. Les Biographes de saint Benoît, Benedictus, ont vu dans son nom un présage des bénédictions du Ciel qui devaient le combler de grâces (3).

Grégoire de Tours (4) remarque qu’Artémie, femme du sénateur Florent, donna à son. enfant, au baptême, le nom de Micef, Nunris, comme si elle eût prévu que ce futur évêque de Lyon serait un varnqueur du monde. | |

On n’a point manqué d'appliquer la même observation à saint Victrice, évêque de Rouen. « Ce saint, dit Dom Pommeraye (5), a porté

) Serm. CLIV.

) Orat. de S. Melitio.

) D. Planchette, La Vie de S. Benoït, p. 20.

4) Vitæ Patrum, c. vu, n°1.

dans son nom un heureux présage des insignes victoires qu’il devait remporter sur soi-même, par la mortification et l’abstinence des aïses et des satisfactions de la vie, même les plus innocentes; sur la cruauté des tyrans, par le courage et la générosité qu'il a témoignés en confessant Jésus-Christ au milieu des supplices ; sur l'erreur et l’impiété du paganisme, par la destruction des temples des faux dieux et la conversion des idolâtres; et enfin sur la malice et la calomnie de ses ennemis, par les glorieux témoignages qu’il rendit de la pureté de ses mœurs et de sa doctrine. » |

Saint Cunibert, évêque de Cologne, au vui° siècle, nous dit dans sa Passion de sainte Ursule: « Parce qu’à l’exemple de David, elle devait un jour étouffer un ours terrible, c’est-à-dire le démon, les parents de l'enfant lui donnèrent au baptême le nom d’Ursule, présage de cette lutte et de cette victoire, vocable indiqué par Dieu lui-même qui nomme ceux qu'il prédestine. »

Saint Brindan, abbé irlandais, en baptisant l’enfant de Gelgès, lui donna le nom de Fursy qui présageait ses vertus (1), parce qu’il prévoyait dès lors que cet enfant de la grâce étonnerait un jour le monde par la sainteté de sa vie.

« Le nom de l’Ange de l’École, dit un biographe de saint Thomas (2), signifie abîme. Il ne fut point ainsi nommé sans mystère; Dieu, sans doute, voulant marquer dès lors que celui que sa miséricorde accordait aux besoins de l’Église, dans un siècle d’ignorance et de corruption, serait un abîme de science, aussi bien qu’un modèle de sainteté, dont les lumières serviraient à dissiper les ténèbres de l'erreur. » |

Jean Bruchman, dans sa Vie de sainte Lidwine, explique ainsi le sens prophétique de son nom : « Ce fut le dimanche des Rameaux de l'année 1398 que cette enfant de bénédiction vint au monde. Sa mère, yon qui ne savait pas que son heure était si près, se rendit à l’église pour assister au saint Sacrifice ; mais avertie par quelques douleurs, elle s’en retourna chez elle, et Lidwine fit son entrée dans la vie au moment où l’on chantait, à la messe, la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ses parents s’empressèrent de lui procurer le bienfait de la régénération, et lui donnèrent le nom de Lidwie ou de Lidwine, qui, dans la langue germanique, signifie grande patience ; nom vrai-

(1) Colgan (Act. Sanct. Hibern.) ne voit que le vieil irlandais Fearta, signifiant vertus qui aurait pu se corrompre en Fursea:

(2) Touron, Vie de S. Thomas d'Aquin, p: 6.

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